— Bonjour !
— Bonjour Johnson. Bien dormi ?
— Court, mais oui.
Daisy sourit à Alfred Merckx, son supérieur. Il lui proposa du café et elle opina en prenant place à son bureau avec un soupir.
— Dites, Johnson, dit-il en revenant avec le pot vide de la cafetière. Vous n'avez pas entendu des rumeurs sur la base, ces derniers jours ?
— Quel genre de rumeurs ? Je ne sais pas trop, c'est Jön qui fait les courses, alors...
— En fait, il paraîtrait qu'il y a des agents secrets qui vivraient là-bas, reprit Alfred en disparaissant dans les toilettes pour remplir la cafetière.
— Des agents secrets ? Et comment les gens le savent ?
— Aucune idée, mais ce sont des rumeurs de bonne femme, je pense, répondit Alfred en revenant. Ça va tellement vite ce genre de chose...
Daisy pinça la bouche. Son téléphone sonna alors et elle loucha sur l'appareil. En voyant la photo de Kaecilius, Alfred sourit et disparut dans la pièce où ils prenaient leurs repas.
— Je viens de penser à vous, dit la jeune femme en décrochant.
— Ravi de l'entendre, pour quelle raison ?
— La même qui vous a poussé à m'appeler ?
— Hm, j'en doute, le boss a envoyé un message, faut qu'on soit à la base à dix-neuf heures.
— Pour quelle raison ?
— Aucune idée, il n'a rien voulu dire. Je dois voir Stephen cet après-midi, je lui poserai la question.
— Entendu...
— Que vouliez-vous me demander ? demanda ensuite le magicien.
Daisy jeta un coup d'œil dans la salle de repos puis se leva et s'approcha d'une fenêtre.
— Je viens d'apprendre qu'il y a des rumeurs sur la base, dit-elle en baissant un peu la voix. Apparemment, des agents secrets vivraient parmi nous...
— Des agents secrets ? Vous pensez que nous...
— Nous en parlerons à la maison ce soir.
— Entendu. À ce soir dans ce cas.
Daisy opina puis raccrocha et s'adossa au mur en se mordant la lèvre, les bras croisés, soucieuse. Ils avaient été très prudents depuis trois mois, ils s'habituaient tant bien que mal à leur vraie-fausse vie maritale, ils sortaient aussi souvent que possible à deux, même juste pour aller acheter du pain et ils commençaient à connaître leurs voisins, même s'ils s'étaient renseignés sur eux dès leur première rencontre.
— L'un d'eux est peut-être plus perspicace que les autres, ou alors, cette rumeur ne nous concerne pas du tout et il y a d'autres agents infiltrés sur le site...
Elle baissa les yeux sur son téléphone puis composa le numéro de May. En tombant sur la boîte vocale, elle jura et raccrocha. Elle retourna ensuite à son bureau et pianota au bord de la table de verre un instant avant de secouer la tête et de se mettre au travail.
.
La nuit tombait quand Daisy gara sa voiture dans l'allée de la maison. Les fenêtres étaient éclairées et quand elle entra, elle trouva Strange et Kaecilius dans le salon, chacun avec une bière à la main.
— Eh bien messieurs, on ne se refuse rien, dit-elle en guise de salutations.
Elle accrocha son manteau à la patère en déposant ses souliers puis s'approcha du canapé et entoura Kaecilius de ses bras.
— De quoi vous discutez ?
— De cette rumeur que vous avez entendue, répondit son compagnon.
Il lui proposa sa bière et elle refusa d'un mouvement de tête avant de se redresser.
— J'ai pensé que peut-être, il pourrait y avoir d'autres agents infiltrés, dit-elle en s'asseyant près de Kaecilius, une jambe repliée sous elle. Et que cette rumeur ne parle pas de nous deux.
— C'est ce que je pensais aussi, répondit Strange. Peut-être des agents d'HYDRA, d'ailleurs. Auquel cas, il vous faudra être encore plus prudents, car je n'ai aucune nouvelle de Cléa, je ne sais pas ce qu'ils ont fait d'elle et il se pourrait qu'elle ait été endoctrinée de force.
— Tu as bien peu confiance en ta fille, souffla Kaecilius, surpris.
— Là n'est pas la question, Cléa est une jeune magicienne, elle ne sait pas comment contrer une manipulation mentale basique, et pis encore si elle est pratiquée par un Inhumain. Nous ne nous sommes jamais entraînés contre eux.
— Un point pour vous, Strange, répondit Daisy. Mais vous êtes bien plus puissant qu'eux, de toute manière, une manipulation, ça ne vous fait pas peur, n'est-ce pas ?
Le ton était un peu grinçant et Strange préféra ne pas répondre. Il porta sa bière à ses lèvres et observa ensuite la bouteille.
— Fini, dit-il en se levant. Je passe au SHIELD pour leur faire un bref rapport puis je rentre. Je vais continuer à chercher Cléa en me servant de ses pouvoirs. Dès qu'elle s'en servira, je le sentirai et je pourrais la localiser.
Kaecilius se leva à son tour en opinant.
— Soyez prudents, tous les deux, déjà que votre obstination à vous vouvoyer met les gens mal à l'aise, alors n'en faites pas trop.
Daisy regarda son compagnon sans comprendre et il secoua la tête. Strange leur souhaita ensuite une bonne soirée et disparut dans la salle de bain pour invoquer un portail.
— Ça voulait dire quoi ? demanda ensuite Daisy. Vous avez eu des réflexions ?
— Pas des réflexions, juste des questions étonnées. C'est normal, on ne peut pas en vouloir au monde moderne d'être surpris quand deux personnes censées être mariées et amoureuses se vouvoient comme s'ils ne se connaissaient pas.
Daisy pinça la bouche.
— Vous tutoyer n'a jamais été une option pour moi, répondit-elle en fronçant les sourcils. Mais c'est parce que j'ai du respect pour vous, rien d'autre. De plus, je n'en ai rien à faire des commentaires de vieilles chouettes.
Le magicien hocha la tête et la prit dans ses bras en l'embrassant sur le front. Daisy soupira contre son épaule puis se redressa et il posa son front contre le sien avec un sourire.
— Jön a peut-être précipité les choses entre vous et moi, mais il est clair que nous avions besoin l'un de l'autre.
— Pourquoi parler au passé ? demanda Daisy, étonnée. Vous voulez me quitter ?
— Non, ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit, répondit Kaecilius en fronçant les sourcils. Mon fils risque d'être déçu d'apprendre que malgré ce qui nous lie, vous ne voulez pas lui offrir ce qu'il désire.
La jeune femme baissa le nez en passant sa langue sur ses lèvres.
— Je ne veux pas d'enfants, Kaecilius, je vous l'ai déjà dit... Je ne serais pas une bonne mère, je n'ai pas eu d'exemple, je suis orpheline, j'ignore ce que c'est de faire passer son enfant avant soi...
— Je ne suis pas forcément mieux loti que vous, vous savez ? Mon fils n'a jamais vu le jour, Daisy, et à présent, il erre sous forme d'esprit, à jamais rattaché au Sanctum de Strange et je n'ai aucun moyen de lui offrir la vie de petit garçon qu'il voudrait tant.
Daisy grimaça puis soupira et posa sa main sur la joue du magicien qui ferma les yeux.
— Nous en reparlerons quand la mission sera terminée, décida-t-elle. Ne nous dispersons pas.
— Vous avez raison, mais peut-être devriez-vous profiter de votre amitié avec Joana pour lui poser des questions ?
— À quel sujet ?
— Comment on élève un enfant ? Nous sommes sous couverture, nous devons jouer le jeu jusqu'au bout pour être le plus réaliste possible et nous sommes de jeunes mariés, ne l'oubliez pas.
S'éloignant vers la cuisine, Daisy sembla pensive, une main sur la poignée du réfrigérateur.
— Ce n'est peut-être pas une mauvaise idée, répondit-elle. Nous sommes ici depuis trois mois et je sais presque tout de sa vie, mais elle ne sait rien de la mienne. Ou juste le strict nécessaire.
— Mettez-vous dans la peau de Madame Johnson, jeune épouse amoureuse, sourit Kaecilius. Pour ma part, je vais continuer à surveiller nos voisins...
— Pas de magie, hein, rappela la jeune femme.
— Promis, mon amour.
Daisy lui tira la langue et le magicien se mit à rire avant de se jeter dans le canapé en allumant la télévision. C'était à Daisy de préparer le dîner ce soir et la jeune femme observa son compagnon un moment avant de secouer la tête. Aussi étrange que cela paraisse, autant elle ne supportait pas la condescendance de Strange, autant Kaecilius, malgré son passé de magicien presque fou et son air patibulaire à souhait lui donnait l'impression qu'elle l'avait toujours connu.
Est-ce qu'il serait mon âme-sœur ? C'est ça qu'on ressent quand on trouve sa moitié ?
La jeune femme serra les lèvres puis secoua la tête et ouvrit les deux portes du frigo en grand pour voir ce qu'elle allait préparer.
