Le lendemain, Daisy ne travaillait pas et elle se permit de demeurer couchée un peu plus longtemps, mais à sept heures, elle fut réveillée malgré l'absence de son alarme et elle soupira d'agacement. Quittant son lit, elle emporta son oreiller et se faufila dans la chambre de son compagnon. Il grogna quand elle se glissa dans le lit dans son dos et lorsqu'il se tourna en soupirant, l'entourant de son bras, il se frotta un œil.

— Que me vaut ce doux réveil ? demanda-t-il.
— Il est sept heures et je suis réveillée alors que je ne travaille pas, voulez-vous faire la grasse matinée à mes côtés ?

Kaecilius sourit et la jeune femme l'embrassa en se calant contre lui. Il l'entoura de ses bras et se cala plus confortablement.

Ce fut un coup de sonnette qui réveilla le couple en sursaut une heure plus tard et Daisy jura dans sa barbe en regardant l'heure.

— Je viens... grogna-t-elle comme le visiteur insistait.
— Mais qui... ?
— Je vais voir, ne bougez pas, répondit la jeune femme.

Elle s'enroula dans une veste trouvée sur le portant au pied du lit et sortit de la chambre, pieds nus. La sonnette retentit à nouveau et elle traversa la maison en se frottant le visage.

— Qui est le con qui... dit-elle en ouvrant. Oh... Coulson ? Mais qu'est-ce que... ?

Elle observa l'homme planté devant elle et se frotta un œil en plissant les yeux.

— Vous êtes encore couchés ? demanda le Directeur du SHIELD.
— Il est huit heures, Monsieur, et je ne travaille pas...

Coulson contourna la jeune femme et entra dans la maison.

— Mais qu'est-ce que vous fichez ici ? demanda-t-elle en refermant la porte.

Kaecilius apparut alors en se frottant le visage et rejoignit sa compagne.

— Monsieur, je sais que notre porte est ouverte, mais pas à huit heures du matin... dit-il. Qu'est-ce qu'il y a de si urgent pour que vous débarquiez en personne sans prévenir ? Et où est May ?

Daisy se figea et haussa un sourcil. Son cerveau se connecta aussitôt et elle comprit quand elle vit un pistolet se pointer sur elle. Elle leva aussitôt les mains.

— Ce n'est pas Coulson, dit-elle. C'est un Inhumain métamorphe !
— Bien vu, Mademoiselle Johnson ! ricana l'autre.

Son apparence changea alors et une femme se montra, brune, plutôt petite et mince, le regarda dur.

— HYDRA, je suppose ? demanda Kaecilius, les mains levées.
— Bien supposé. Maintenant, allez vous asseoir dans le canapé et laissez-moi bosser.
— Qu'est-ce que vous fichez ici ? demanda alors Daisy. Vous savez qui nous sommes, n'est-ce pas ?
— Oh oui, je le sais, Quake et le « magicien » Kaecilius...
— Elle a bien mis des guillemets sur ma famille, n'est-ce pas ? dit celui-ci.

Daisy plissa le nez et lui montra du menton la vaisselle propre qui avait séché toute la nuit sur l'égouttoir. Appuyant son épaule contre celle de sa compagne, Kaecilius lui demanda par télépathie ce qu'elle désirait faire et, les mains en l'air, il retourna ensuite sa paume droite et ferma les doigts. La lourde casserole en fonte vola à travers la cuisine et frappa l'intruse à l'épaule. Surprise, elle poussa un cri et lâcha le pistolet. Daisy tendit le bras pour l'éloigner d'une vibration et Kaecilius tendit la main vers l'importune. Elle se mit aussitôt à suffoquer.

— Un Inhumain ? croassa-t-elle. Vous êtes...
— Non, je suis un magicien, comme vous l'avez dit, répondit Kaecilius. Vous nous avez sous-estimé, je pense...
— Mais on m'a dit que...

Elle émit un son étranglé et tâtonna sa poche. Daisy récupéra ce qu'il y avait dedans et sourit en montrant la cartouche de gaz Terrigène vide.

— Nous sommes tous les deux immunisés, dit-elle en la brisant. Franchement, vous êtes le pire agent d'HYDRA que nous avons vu jusqu'à maintenant. Relâchez-la Kaecilius, c'est une novice, elle ne sait même pas que les Inhumains sont insensibles au Terrigène.
— J'ai plutôt envie de l'envoyer en orbite, en fait, répondit le magicien. Ou... en enfers ?

Le sol de la maison s'ouvrit aussitôt et Daisy bondit en arrière, surprise. L'intruse poussa un cri quand le sol se déroba sous ses pieds et s'accrocha au comptoir.

— Qui vous envoie ? demanda alors Kaecilius, en sécurité sur un piton rocheux.

Fascinée, Daisy regardait le sol de lave en fusion comme s'ils se trouvaient au-dessus de la bouche mugissante d'un volcan. Elle savait que c'était une illusion, mais le bruit, la chaleur de la lave, l'odeur du souffre... Tout y était et cela la terrifiait.

— Qui... vous... envoie ! répéta Kaecilius.
— Une jeune fille !

Daisy haussa les sourcils.

— Cléa ?
— Oui ! Oui, c'est elle ! C'est la dernière recrue de HYDRA, le patron la protège comme la poule aux œufs d'or, elle... Ugh !
— Kaecilius, laissez-la respirer, demanda Daisy.

Elle fit un pas en avant et le sol reparut devant elle jusqu'à l'intruse. Elle la rejoignit et observa la femme agrippée au comptoir.

— Où est-elle ? demanda alors Daisy. Où est Cléa !
— Pas ici ! Elle n'est pas là, elle est... Elle est...
— Dites-nous où elle est !

Kaecilius resserra sa main et la femme couina. Daisy lui prit alors le poignet et la femme hurla de douleur quand ses os se brisèrent.

— À Seattle ! pleurnicha-t-elle alors. La base principale est à Seattle ! Je vous en supplie, ne me tuez pas, j'ai des enfants !

Daisy se redressa légèrement et lâcha le poignet brisé. La femme ramena son bras contre elle en haletant et soudain, le sol de la maison reparut et Kaecilius la lâcha. Elle tomba à genoux et se plia en deux en pleurant bruyamment.

— C'est une nouvelle, elle ne sait rien, elle est à peine formée, mais j'ai lu son esprit et elle dit vrai, c'est Cléa qui l'envoie, dit-il comme Daisy le rejoignait. Je ne comprends pas pourquoi elle est ici, elle n'avait aucune chance...
— Moi je sais, répondit la jeune femme. C'est un message.

Retournant dans sa chambre, Daisy en revint avec son téléphone et envoya un texto. Strange apparut quelques instants plus tard avec Coulson et May sur les talons.

— Cette femme est un agent d'HYDRA, expliqua Daisy. Mais elle est a peine plus douée qu'un élève de l'académie en première année.
— Comment c'est possible ? s'étonna May. Daisy, bon sang, tu lui as brisé le poignet ?
— Je n'avais pas le choix.

May aida la femme à se relever et récupéra un sac de petits pois dans le congélateur. Coulson observa l'intruse un moment.

— Elle s'est fait passer pour vous, Monsieur, expliqua alors Daisy. Kaecilius et moi nous étions encore couchés quand elle a sonné à la porte... Je suis allée ouvrir et vous êtes entré en me passant devant. Il a n'a pas fallu cinq minutes pour que je comprenne, et cinq de plus pour la maîtriser...
— Elle est clairement sous informée et sous entraînée, répondit Coulson. Vous pensez que Cléa...
— C'est ma technique, répondit Strange, contrarié. C'est ce que j'ai appris à la petite le premier jour de sa formation.
— Manipulation mentale ?
— En effet. Elle est capable de faire croire à des gens que ce qu'elle dit est parole d'évangile, répondit Strange. Si ma fille est sous la protection de Malik, alors nous sommes dans les ennuis jusqu'au cou.
— Pourquoi ? Elle sait apparemment des choses sinon cette femme ne serait pas là, dit Coulson.
— Certes, mais si la base d'HYDRA se trouve à Seattle, alors nous avons un problème, répondit Kaecilius. Nous ne sommes pas au bon endroit depuis le début.

Les deux magiciens se regardèrent et Daisy bouscula son compagnon qui grogna.

— Vous êtes en train de nous dire que vous avez peur du magicien qui gère le Sanctum de Seattle ? demanda-t-elle. Strange, vous aussi ?

Strange inspira puis serra les lèvres.

— Je suis le magicien le plus puissant de ce monde, que ce soit bien clair, jeune femme, mais à côté de Maître Giorgio, ni Kaecilius ni moi-même ne sommes à la hauteur.
— Vous vous êtes contredit tout seul en une phrase, marmonna Coulson.
— Maître Giorgio n'est pas un magicien comme nous, répondit alors Kaecilius en croisant les bras. Il a été... quelque peu altéré par sa magie et il a tendance à attaquer avant de causer.
— Tiens, on dirait moi, répondit Daisy.

Son compagnon la regarda avec étonnement et elle haussa un sourcil.

— Bon, ramenons cette pauvre fille au SHIELD, décida alors Coulson. Allez Strange, on rentre, on va étudier tout ça et on vous tient au courant, tous les deux.
— On ne fera pas partie de la mission ? demanda Daisy.
— Non, vous êtes sous couverture, c'est suffisant. Je vous tiens au courant. D'ici là continuez à en apprendre plus sur ce coin, on sait que c'est un nid de HYDRA et tant qu'à faire, si on peut le descendre aussi...

La jeune femme voulut parler, mais May se détourna et elle se contenta de hocher la tête puis les quatre autres disparurent dans le portail de Strange. Quand il se fut refermé, Daisy se tourna vers Kaecilius.

— Hey... Qu'est-ce qui se passe ? demanda-t-elle en posant ses mains sur ses épais bras. C'est la première fois que je vous sens aussi inquiet. Ce magicien est-il aussi instable ?
— Vous n'avez même pas idée... Je ne l'ai jamais affronté, ni Strange, mais nous avons tous eu des échos de ses « prouesses » et en général, quand il s'en prend à quelqu'un, c'est une flaque de sang qui reste de lui...

Daisy fronça les sourcils. Kaecilius l'entoura de ses bras et soupira profondément.

— Je vais faire le petit-déjeuner, dit-elle alors en reculant. Nous irons nous promener en ville ensuite, je ne veux pas penser à cette histoire toute la journée en sachant que je n'ai pas le droit d'aller jouer avec les copains.
— Vous avez raison. Cette mission est suffisamment délicate comme ça, mais ce qui m'inquiète aussi c'est que cette femme a réussi à nous trouver. Il y a donc bien des agents d'HYDRA dans ce quartier tranquille. Si seulement je pouvais...
— Chéri, on a dit pas de magie...
— Je sais, je sais, mais...

Kaecilius soupira puis secoua la tête avant de disparaître dans sa chambre. Daisy ferma les yeux et entreprit de préparer un petit-déjeuner bien consistant après quoi elle s'habilla. Ils mangèrent ensuite ensemble en regardant le journal télévisé du matin puis vers dix heures, ils quittèrent la maison en prenant soin de bien tout fermer.

.

— Vous n'avez pas l'impression qu'on nous regarde ?

Daisy jeta un regard discret autour d'elle puis leva les yeux vers son compagnon.

— À mon avis, c'est vous qu'ils regardent, sourit-elle. Personne n'a jamais vu de viking à San Francisco !

Elle se mit à rire et Kaecilius grommela. Ils étaient dans un marché, dans un petit quartier tranquille, à faire quelques courses et le magicien sentait les regards des gens depuis leur arrivée. Cela l'agaçait un peu et mettait sa patience à rude épreuve, mais il devait faire profil bas, Daisy et lui étaient en mission secrète sous couverture, pas question donc de s'énerver.

— Voilà, ma petite dame ! Ça sera tout ?
— Oui, merci. Tenez.

Daisy tendit un billet de dix dollars et la femme de l'autre côté de l'étal lui rendit la monnaie puis ils s'éloignèrent.

— Arrêtez d'être aussi tendu, vous allez nous faire repérer, soupira alors Daisy. Vous voulez des poires ? Je sais que vous aimez...
— Daisy, et si nous rentrions ? J'en ai ma claque de jouer la comédie... souffla alors Kaecilius.
— La comédie ? Nous devons bien nous nourrir, non ? s'étonna la jeune femme, surprise. Mais vous pouvez rentrer, je vous en prie, je vais finir les courses toute seule...
— Je vous attendrai dans la voiture alors.

Il se détourna sans un mot de plus et Daisy demeura sur place sans comprendre. On se racla alors la gorge et Daisy pivota. Quand elle reconnut Joana, elle lui décocha un sourire.

— Je l'ai fait fuir ? demanda-t-elle.
— Oh non, il... Je ne sais pas, il est un peu étrange depuis ce matin. Il ne sort pas beaucoup de la maison, tu sais, alors quand j'arrive à le traîner en courses, c'est un exploit et ça ne dure jamais longtemps.
— Je vois. Tu achètes quoi de bon ?
— Des fruits pour le moment, sourit Daisy en montrant son cabas. Et toi, qu'est-ce que tu fais ici ? Tu habites dans ce quartier ?
— Non, du tout, mais je viens voir une amie qui habite près de l'église et j'ai vu le marché alors j'en profite pour faire des emplettes. Comment ça se fait que vous viviez dans un quartier réservé aux militaires, d'ailleurs ? demanda Joana.
— Tu es déjà venue pourtant, ce n'est pas une nouveauté.
— Oui, non, mais je n'avais pas réalisé...
— Je suis un ancien agent du FBI, tu as oublié ? Vétéran de guerre, agent du FBI ?
— Et analyste pour la CIA, soupira Joana. C'est vrai... Désolée, j'ai un peu la tête ailleurs en ce moment. Je pensais bientôt repartir sur les routes, je me lasse de ce coin, j'ai fait le tour...

Daisy opina sans répondre et Joana serra les lèvres. Elle s'excusa ensuite quand son téléphone sonna et souhaita une bonne journée à Daisy avant de s'éloigner. La brunette la regarda partir puis décida de rejoindre Kaecilius dans la voiture, nantie d'un étrange sentiment. Ils rentrèrent ensuite chez eux et Daisy contacta aussitôt May sur son ordinateur portable.

Joana Wyman ? Non, ça ne me dit rien, mais je veux bien faire une petite recherche rapide, répondit May. Pourquoi, des soupçons ?
— Je ne sais pas, je l'ai croisée au marché et elle m'a parue bizarre.
Bizarre comment ?
— Elle m'a demandé pourquoi nous vivions dans un quartier réservé aux militaires, d'abord, alors qu'elle est déjà venue à la maison, et j'ai dû lui rappeler que j'étais un vétéran de guerre, puis un agent du FBI et enfin une analyste pour la CIA...
Effectivement, cela semble étrange, mais elle est peut-être perturbée par quelque chose. Je vais tout de même essayer d'en savoir plus sur elle. Tout va bien sinon ?
— Kaecilius est un peu tendu depuis que nous avons entendu ces rumeurs sur des agents secrets installés dans le quartier, et surtout à cause de l'intruse... Vous avez réussi à lui tirer quelque chose ?
Coulson m'interdit de t'en parler, répondit May avec une moue désolée. Vous devez rester concentrés sur votre mission, c'est le plus important. On se charge de faire parler cette femme et de retrouver Cléa. Je te tiens au courant pour ce que tu veux savoir sur ton amie.

Daisy opina, remercia May puis raccrocha et appuya le téléphone contre son menton, pensive, lèvres serrées.

— Chéri ?
— Quoi ?

Daisy haussa un sourcil, surprise par le ton, et Kaecilius soupira et s'excusa.

— Vous êtes sacrément tendu, dites donc... dit-elle en le rejoignant sur le canapé. Qu'est-ce qui se passe ?
— J'en ai assez d'être coincé ici, interdit de magie, à faire semblant d'être quelqu'un que je ne suis pas... grommela le viking, un coussin serré entre ses bras.
— Vous voulez aller passer le reste de la journée avec Strange ? demanda alors la jeune femme. C'est dimanche, nous pouvons tout à fait partir pour la journée et ne rentrer que ce soir.
— Et la voiture ? Si nous partons et que nous laissons la voiture...
— Alors nous allons partir avec et nous la laisserons dans un parking souterrain à San Francisco. Est-ce que ça vous tente ?

Kaecilius serra les mâchoires et souffla par le nez.

— Allez, dit-il en rejetant le coussin. Allons-y. Vous avez raison, j'ai besoin de me défouler.

Il se leva du canapé et, d'un geste de la main, revêtit son habit de moine. Daisy sourit, non sans jeter un rapide coup d'œil vers les fenêtres, heureusement occultées par des voilages, puis elle se leva à son tour et posa ses mains sur le large torse de son compagnon.

— Cette vie est peut-être un mensonge, dit-elle en montrant la maison. Mais j'ose espérer que vous et moi, ce n'en est pas un.

Kaecilius se contenta de l'embrasser sur le front une longue seconde puis la jeune femme disparut dans sa chambre et revint vêtue de sa tenue de combat noire. Elle ajustait ses brassards et il l'observa un moment.

— Ça fait du bien d'être à nouveau soi-même ? demanda-t-il.
— Dès que j'aurais dégommé quelque chose, ça sera encore mieux !

Elle tendit le cou et il l'embrassa puis ils quittèrent rapidement la maison, puis le quartier, et roulèrent pendant une vingtaine de minutes avant d'entrer dans San Francisco et de dénicher un parking souterrain. Là, ils laissèrent la voiture et firent mine, bras-dessus bras-dessous, de quitter l'endroit avant de se faufiler dans un local de maintenance pour que le magicien génère un petit portail par lequel ils se faufilèrent.