À San Francisco, Daisy était pelotonnée dans le canapé, un plaid sur les genoux, son téléphone dans la main, naviguant sur un réseau social quelconque sans vraiment prêter attention à ce qu'elle voyait. Assis à la table de la salle à manger, Kaecilius était silencieux.
— Daisy ?
— Hm ?
Le Magicien observa sa compagne un instant puis la rejoignit sur le canapé et elle bascula sur ses genoux en soupirant. Il lui caressa les cheveux un moment avant qu'elle ne jette son téléphone sur la table basse.
— Voir Jön pleurer m'a brisé le cœur, dit-elle alors en se tournant sur le dos. Il sait qu'il ne pourra peut-être jamais devenir un petit garçon et vous retrouver, mais il garde quand même espoir alors qu'il n'a que douze ans...
Kaecilius serra les mâchoires. Pour retrouver son fils et sa femme, il avait quasiment détruit le monde. Il l'avait payé très cher, il avait failli mourir, pourtant il était là, avec sans doute la femme la plus dangereuse au monde qui avait le cœur brisé par la demi-mort de Jön.
— Daisy, je vais profiter de cette mission pour chercher des informations sur les projections astrales et comment lier une âme égarée à un corps vide, dit-il alors. C'est ma faute si mon fils est coincé au Sanctum de Strange, il est passé entre les dimensions quand elles se sont chevauchées, il n'a pas eu le temps de trouver refuge dans un corps, je dois finir le travail.
Daisy l'observa un moment puis s'assit en tailleur sur le canapé en lui faisant face.
— Que se passera-t-il pour nous, si vous réussissez ? demanda-t-elle.
— Je doute de comprendre, pourquoi cela changerait-il quelque chose ? À moins que vous ne vous sentiez trop jeune pour vous occuper d'un enfant de douze ans ?
Daisy serra les lèvres.
— Ce n'est pas ma question, reprit-elle. Je suis extrêmement dangereuse, on ne m'appelle pas Quake pour rien... Ce sont mes émotions qui dirigent mes pouvoirs.
— Vous ne feriez jamais de mal à un enfant, j'ose espérer !
— Non ! Non, jamais, mais...
Daisy baissa les yeux et Kaecilius sembla comprendre. Il glissa sa main sous ses cheveux et lui saisit la nuque. Elle le regarda et posa son front contre le sien.
— Dangereuse ou pas, Daisy, je suis plus puissant que vous et je saurais vous contenir si jamais vous éprouvez de la jalousie envers mon enfant, même sans le vouloir. Retrouver mon fils vivant est l'accomplissement de toute ma vie. Je n'avais pas idée qu'un jour, je vous rencontrerais, encore moins que vous prendriez la place d'Adria dans mon cœur.
— Ce n'est en aucun cas mon désir. En revanche, je vous apprécie alors que vous n'avez pas du tout l'apparence d'un homme duquel on peut tomber facilement amoureuse.
Kaecilius sourit et laissa échapper un rire.
— Adria a dit pareil quand nous nous sommes rencontrés... Déjà adolescent j'étais plus grand que tous les autres garçons, plus large d'épaules... On me surnommait déjà le Viking, vous savez ?
— Vraiment ? sourit Daisy. Comme quoi... Mais ne vous avisez pas de me demander en mariage !
— Oui, je sais, vous êtes trop jeune... commença le magicien.
— Non... Cependant avec le SHIELD, nous avons bien trop à faire pour nous le permettre, acheva la jeune femme.
Kaecilius haussa un sourcil étonné.
— Je ne travaille pas pour le SHIELD...
— Mais moi si, et quand bien même cette mission sous couverture me fait enfin apprécier la vie de couple, une fois que nous aurons mis la main sur la base principale d'HYDRA et récupéré Cléa, les choses redeviendront normales et...
Le magicien eut un sourire en coin.
— Quoi ? demanda la jeune femme avec un sourire perdu.
— Daisy, je peux être n'importe où dans ce monde simplement en invoquant un portail, donc peu importe où nous serons chacun, si nous voulons nous voir, il me suffira de nous ouvrir un portail, tout comme Strange et Ross le font depuis des mois. Pour nous autres magiciens, les distances n'existent plus...
Daisy se mordit la lèvre puis quémanda un baiser et Kaecilius lui sourit. On sonna à la porte au même moment et il grogna.
— C'est un fait exprès ?
Daisy rigola et quitta le canapé.
— Joana ? s'étonna-t-elle. Que se passe-t-il ?
— Je m'en vais, Daisy, je venais juste te dire au revoir.
— Tu t'en vas ? Où ?
— Je ne sais pas encore, le Texas probablement, je n'y suis pas allée depuis longtemps.
Daisy opina, un peu perdue. Dans son dos, Kaecilius observa Joana puis plissa les yeux et parvint à capter ses pensées. La jeune femme continua de discuter avec Daisy quelques instants puis on klaxonna dans la rue et Daisy jeta un œil vers le taxi qui attendait.
— Je suis désolée, j'aurais aimé rester plus longtemps, mais j'ai fait le tour de San Francisco, j'ai besoin d'air.
— Je comprends, ne t'en fais pas. Tu m'enverras une carte postale ?
— Une carte postale ? Ça existe encore ? sourit Joana.
— Ma femme les collectionne, répondit Kaecilius en les rejoignant. Pour mon malheur, elle en a des classeurs entiers...
— Rigolez, mais certaines sont uniques au monde ! répliqua Daisy avec un sourire.
— D'accord, va pour des cartes postales alors ! s'esclaffa Joana.
Les deux jeunes femmes s'étreignirent une seconde puis Joana rejoignit son taxi et Daisy inspira en croisant les bras, faisant quelques pas sous le porche. Kaecilius posa une main au creux de ses reins et ils regardèrent le taxi partir. Quand il ne fut plus en vue, ils rentrèrent.
— C'était quoi le délire des cartes postales ? demanda aussitôt la jeune femme.
— Je suis allé faire un tour dans sa tête pendant qu'elle vous parlait, répondit le magicien. Elle n'a pas cillé une seconde, elle n'a rien remarqué, et je n'ai rien trouvé dans ses pensées vives qui dise le contraire de ses paroles.
— Donc, ce n'est pas un agent d'HYDRA.
— Non, ou alors, c'est une très bonne comédienne.
Daisy pinça la bouche et récupéra son téléphone.
— J'envoie un message à May, qu'elle cesse de chercher des infos sur Joana.
Kaecilius hocha la tête. Soudain, un halo orangé éclaira le couloir et le couple se regarda. Mordo apparut, sortant de la salle de bains, et s'approcha.
— Qu'est-ce qui se passe ? demanda aussitôt Kaecilius après lui avoir serré le bras.
— J'ai reçu des informations de Maître Khaled, du Sanctum de Dubaï. Il paraît que tu cherches à ramener une projection dans un corps ?
Daisy et Kaecilius échangèrent un regard surpris.
— Mais enfin, nous en parlions il y a dix minutes à peine ! s'étonna Daisy. Comment...
— Je ne sais pas, mais tu connais Khaled, Cili, quand on a besoin de quelque chose, il l'a.
— Mais à quel prix ! répliqua le viking. Khaled est un fou, Mordo !
— Je ne le sais que trop bien, mais...
Kaecilius serra les mâchoires et soudain, quitta le salon pour s'enfermer dans sa chambre. Daisy tenta de le suivre, surprise par sa réaction, mais Mordo lui prit bras.
— Laissez-le quelques instants.
— Pourquoi cette réaction si violente ? Ce Khaled est-il si dangereux que cela ?
— Dangereux non, mais c'est un puissant homme d'affaires dubaïote, quand il veut quelque chose, il l'obtient, peu importe le prix qu'il faut y mettre et surtout, peu importe s'il faut marcher sur des gens au passage.
— Qu'est-ce que cela a à voir avec Jön ?
— Tout, je dirais, car Khaled est un magicien arabe, une sorte de génie des temps modernes. Faites un vœu et il l'exauce... À condition que vous ayez de quoi payer.
Daisy pinça les lèvres et soupira.
— Non, dit-elle alors. Peu importe la manière dont Jön pourra obtenir un corps, je refuse que nous ayons des dettes envers un homme qui peut ordonner la mort de quelqu'un d'un simple mouvement de tête !
— Nous ? répéta Mordo.
— Mordo, j'aime Kaecilius, j'ai appris à le voir autrement avec cette mission qui nous cloue ici comme monsieur et madame Toulemonde ; j'adore son fils et j'ai mal pour lui de le savoir pris au piège dans le manoir de Strange, même s'il y est en sécurité. C'est ma faute si le petit veut redevenir humain, il s'est entiché de moi et il m'a poussée dans les bras de son père.
La jeune femme se tut soudain et Mordo haussa un sourcil.
— Strange... Mais oui, c'est ça ! s'exclama-t-elle.
— Quoi ? Qu'est-ce que vous venez de comprendre ?
— L'enfant est coincé dans notre réalité, mais peut-être que dans une autre réalité, il est vivant, il n'est pas mort dans le ventre de sa mère et...
— Doucement, doucement, mais de quoi parlez-vous ? Strange peut voyager entre les réalités ?
— Oui, il l'a fait, il s'est rendu dans une autre de ses vies avec Ross, ils sont amants depuis des milliers d'années, des âmes sœurs, et Strange et lui se sont rendus dans une autre réalité pour rencontrer leurs autres eux et...
Mordo posa une main sur sa tempe en agitant l'autre.
— Cela devient bien trop compliqué pour moi ! Je vais vous laisser à votre délire de réalités parallèles, je venais simplement prévenir Cili pour Khaled.
— Et merci, mais... Merci Mordo. Rentrez bien.
Le moine hocha la tête puis retourna dans la salle de bains et Daisy lui emboita le pas. Elle l'observa franchir son portail puis le refermer et sentit alors une présence. Elle se retourna et fit face à son compagnon.
— Vous croyez réellement que nous pourrions ramener mon fils d'une autre réalité sans l'endommager ? demanda-t-il.
— On ne parle pas d'un ordinateur, là, sourit la jeune femme. Quand bien même, nous aurions un corps pour Jön, son corps ! Je sais que cela paraît cruel dit comme ça, mais je suis sûre que dans l'une des réalités alternatives de notre monde, il y a un enfant comme Jön, avec le même âge, orphelin, qui ne demanderait pas mieux que d'avoir une nouvelle vie. Peut-être que la projection astrale de Jön se fondra avec la personnalité de l'enfant ramené ?
Kaecilius sembla pensif un moment et quand Daisy lui prit la main, il tourna les yeux vers elle.
— Je veux vous aider à retrouver votre enfant, dit-elle doucement. C'est la raison première pour laquelle je suis venue vers vous ce soir-là, vous vous souvenez ? Je suis probablement la femme la plus dangereuse du monde ou peu s'en faut, mais j'ai un cœur et je ne supporte pas quand les gens sont malheureux. Et encore moins quand il s'agit de mon mari.
Kaecilius haussa un sourcil et esquissa un sourire avant de l'embrasser.
— Peut-être que nous allons finalement pouvoir faire quelque chose de vous, mademoiselle Johnson, dit-il en nouant ses mains sur ses reins. Vous êtes jalouse de Strange qui se prend pour le roi du monde, bien qu'il le soit en quelque sorte, mais vous vous êtes entichée de moi alors que je suis aussi puissant que lui.
— Hm. Pas aussi puissant, il vous a battu une fois, n'oubliez pas.
— Certes. Ne me dites pas que vous êtes attirée par les perdants ?
Daisy laissa échapper un ricanement.
— Si tous les perdants du monde étaient comme vous, alors notre monde irait beaucoup mieux ! s'esclaffa-t-elle.
Kaecilius rigola à son tour puis l'enlaça et la serra solidement contre son large torse. Jamais depuis la mort d'Adria, il ne s'était imaginé retrouver l'amour un jour. Il avait passé toute sa vie de magicien à chercher un moyen de récupérer l'Œil d'Agamotto, d'ouvrir la dimension noire et de ramener sa femme et son fils à la vie... Tout avait échoué, mais il était vivant et il avait désormais un espoir de récupérer son fils un jour. Avec ça, il avait réussi malgré lui à s'attacher une jeune femme génétiquement modifiée capable de tout dégommer d'un simple mouvement de la main...
