— Il n'en est pas question !
— Je n'ai pas besoin de vous de toute manière ! répliqua Daisy.
— La miroir ne fonctionne pas sans un magicien !
— Et j'en ai un !
— Ça suffit, tous les deux !

Strange et Daisy se tournèrent vers Ross.

— Vous allez arrêter de vous hurler dessus comme des gosses ou bien ? demanda-t-il. Stephen, qu'est-ce que cela peut vous faire qu'ils aillent explorer une autre dimension pour tenter d'y trouver une copie de Jön ?

Strange serra les mâchoires et ses narines s'agrandirent.

— C'est contre les lois de la physique ! Si vous ramenez une personne d'une autre dimension, il finira par mourir à cause de son double se trouvant déjà ici !
Mais Jön est mort ! s'exclama Daisy. Il n'a pas de corps, juste son âme coincée entre deux dimensions ! Bon sang, Strange, Kaecilius est votre ami, votre frère, pourquoi est-ce que vous refusez de l'aider ?!

Strange souffla et croisa les bras. Daisy comprit qu'elle n'aurait pas de réponse et quitta le bureau du magicien à grands pas. Elle descendit jusqu'au hall d'entrée et alors qu'elle allait sortir, elle sentit une présence et avisa Jön.

— Salut, mon lapin... dit-elle doucement, soudain radoucie.
Je ne veux pas que tu te disputes avec le Docteur, dit le jeune garçon en s'approchant. Je ne crains rien ici...
— Je sais, mais ton papa veut te revoir, il voudrait te serrer dans ses bras et je lui ai promis qu'on ferait tout ce qui est possible.

Jön baissa le nez, lèvres serrées. Il renifla puis regarda la jeune femme et posa une main sur sa joue. Elle sourit doucement et il disparut soudain. Avec un profond soupir, Daisy quitta ensuite le manoir pour marcher un peu dans New-York et se détendre avant d'appeler Kaecilius pour qu'il lui ouvre un portail de retour pour San Francisco.

.

Alors que Daisy sillonnait les rues de New-York sans vraiment de destination, ses instincts la titillèrent lorsqu'elle arriva près d'une bouche de métro. En haut des escaliers, un groupe d'hommes et de femmes discutaient entre eux. Pour Daisy, ils apparurent cependant aussitôt suspects, surtout parce qu'ils portaient tous une oreillette, mais aussi parce qu'ils regardaient régulièrement autour d'eux comme s'ils craignaient que quelqu'un ne les écoute.

Mais qu'est-ce que ces Inhumains font ici ? se demanda la jeune femme en s'éloignant comme si de rien n'était pour s'asseoir au bout d'un banc.

Elle attrapa son portable et envoya un message à Strange. Ross s'assit quelques secondes plus tard près d'elle en lui tendant un pot de café.

— Où sont-ils ? demanda-t-il.
— Là, le groupe en haut de l'escalier du métro... Qu'est-ce que Strange a dit ?
— Rien de particulier, mais j'ai contacté Coulson et bien qu'il ne soit pas très content de votre présence ici, il nous demande de les tenir à l'œil.

Daisy opina et but un peu de café en regardant autour d'elle. La rue était noire de monde, les New-Yorkais allaient et venaient au gré de ce qu'ils avaient à faire et personne ne se préoccupait d'un couple assis sur un banc en train de siroter un café et encore moins d'un groupe qui discutait en gênant tout le monde en haut des marches du métro. Un policier vint cependant leur demander d'aller discuter plus loin et le groupe décida de traverser la rue.

— On les suit ? demanda Ross.
— Ils ne vont pas bien loin, regardez... Je pense qu'ils attendent quelqu'un.
— Qui ?

Daisy haussa les épaules.

— S'ils attendent Strange, ils ne sont pas près de mettre la main sur lui, il ne sort plus du manoir autrement qu'avec un portail... répondit Ross.
— Ce qui est vachement pratique, il faut l'admettre ! s'esclaffa Daisy.

Ross rigola à son tour et, soudain, le groupe se dispersa comme si de rien n'était.

— Ça, c'est étrange, souffla Daisy.
— Nous ne sommes pas assez pour les suivre, enchaîna Ross. Rentrons. À moins que vous ne vouliez rester encore un peu dehors ?
— Je vais rentrer chez moi, je reviendrai un autre jour avec Kaecilius pour utiliser le miroir des dimensions avec lui.

Ross serra les lèvres.

— Vous êtes amoureux, tous les deux ? demanda-t-il.

Daisy baissa le nez et opina.

— Ça fait trois mois qu'on vit ensemble, ça n'aurait jamais dû arriver, mais c'est comme ça...
— Je ne vous fais aucun reproche, que l'on soit bien d'accord, Daisy, au contraire, je suis content pour vous parce que je craignais que vous ne haïssiez les magiciens dans leur ensemble.

Daisy grimaça.

— Je ne hais pas Strange, répondit-elle. Je suis jalouse de lui, de son ampleur, de ce qu'il dégage. Il est aussi puissant qu'un Inhumain alors qu'il est humain, un misérable humain et...
— Hé, ne soyez pas insolente, vous voulez ? Nous n'avons pas choisi d'être des humains, répondit Ross, les sourcils froncés.
— Non, pardon, vous avez raison, mais ça m'agace de savoir qu'il est aussi puissant que nous simplement parce qu'il a « étudié » quelques bouquins et quelques runes...
— Je le comprends, mais il n'y a pas de raison d'être remontrée contre lui, surtout maintenant que vous avez votre propre magicien, sourit Ross.

Daisy esquissa un rictus et secoua la tête avant de finir son café. Elle jeta le pot dans une poubelle puis récupéra son téléphone.

— À bientôt, Ross.
— À bientôt, Daisy, sourit le jeune homme. Tenez le coup, on retrouvera Cléa, d'accord ?
— C'est la raison de notre mission à San Francisco, n'est-ce pas ?
— En effet.

La jeune femme hocha la tête puis tourna les talons, traversa la rue et disparut au coin d'un immeuble. Ross soupira et observa son pot de café un moment avant de retourner au manoir de Strange à pied.

.

Kaecilius observa le portail orangé au milieu de la salle de bains. Quand Daisy apparut, elle croisa son regard et soupira.

— Excusez-moi, dit-il. Je ne pensais pas que Strange serait aussi catégorique.

Elle lui avait expliqué au téléphone ce qu'il s'était passé durant l'après-midi.

— Jön m'a dit de ne pas me disputer avec le docteur, répondit la jeune femme. Mais c'est plus fort que moi et je veux tellement vous aider que j'en deviens agressive.
— Il n'y a pas lieu, mais si vraiment, je n'ai pas besoin de Stephen pour utiliser le miroir, répondit Kaecilius. Je suis un magicien du même niveau que lui, je suis tout aussi capable de nous faire entrer et sortir d'une dimension. Après tout, les dimensions, c'est mon rayon...

Daisy grimaça puis se mit à rire et Kaecilius l'attira entre ses bras. Elle se laissa étreindre puis proposa qu'ils commandent des pizzas pour le dîner et se fassent une soirée films.

.

— Qu'est-ce qu'on fait ?
— Pour ?

Ross était assis dans le lit de Strange, pensif, et observait son compagnon se changer. Quand il le rejoignit dans le grand lit, l'interrogeant du regard, Ross soupira.

— Pour Jön. L'idée de Daisy est bonne, tu es obligé de le reconnaître.
— Elle l'est, en effet, mais elle est beaucoup trop dangereuse.
— Kaecilius est un maître des dimensions...
— Justement. S'ils vont dans une autre dimension chercher une copie de Jön, Cili pourrait perdre l'esprit et ne pas vouloir revenir.
— Daisy calmera ses ardeurs, je ne m'en fais pas pour cela, sourit Ross.

Il s'enfonça sous les couvertures et Strange l'observa un moment.

— Tu penses qu'ils sont amoureux ?
— Je ne le pense, pas j'en suis sûr, Stephen. Je ne connais pas Daisy depuis longtemps, mais je sais reconnaître une femme amoureuse et elle l'est, quoi qu'elle en dise. Lui aussi. J'imagine qu'une femme comme Daisy, si dangereuse et inaccessible, c'est extrêmement attirant pour lui.

Strange haussa les sourcils et s'allongea, pensif, les mains nouées derrière la tête. Son compagnon l'observa un moment avant d'esquisser un sourire et de l'enjamber.

— Oh, la nuit s'annonce intéressante... ronronna alors le magicien.

Ross rigola, amusé, avant d'aller l'embrasser vivement. La première fois qu'il avait couché avec le Docteur Strange, avec un homme, quelques semaines en arrière, peu après l'incident au Canada, où Kaecilius avait manqué trouver la mort, il en avait été choqué pendant plusieurs heures. Jamais de sa vie, il ne s'était imaginé une telle chose, un tel chambardement dans sa vie. Cependant, il ne s'était pas non plus douté qu'un jour, il deviendrait le champion du Wakanda, qu'il se battrait aux côtés de créatures humanoïdes transformées par une brume « magique » et encore moins qu'il tomberait amoureux d'un homme, de l'homme le plus puissant du monde, à vrai dire.

Au petit matin, Ross observait le soleil se lever sur New-York. Son amant ronflait doucement dans la chambre et lui était planté devant la verrière ronde, à regarder la ville se réveiller lentement. Il n'entendit pas le ronflement cesser et quand les bras de Strange l'enveloppèrent, il s'adossa à lui en soupirant.

— À quoi tu penses... souffla-t-il.
— À rien.
— Vraiment ?

Ross pivota et s'appuya contre le rebord de la verrière en opinant. Il observa son compagnon de haut en bas, simplement vêtu d'un bas de pyjama gris, et soupira.

— Qu'est-ce qu'il y a ? demanda Strange.
— Rien, je t'assure, il n'y a rien, je suis seulement inquiet pour Daisy et Kaecilius.

Strange fronça les sourcils et croisa les bras en changeant de pied d'appui.

— Mais encore ? demanda-t-il.
— Daisy semble réellement vouloir aider Jön à retrouver son père et vice-versa. Je doute qu'elle accepte de s'occuper de l'enfant une fois cela fait. Elle est amoureuse de Kaecilius et j'ai un peu peur qu'elle n'éprouve de la jalousie, une fois que le petit sera de nouveau vivant.

Strange demeura silencieux, pensif un moment.

— C'est un risque à prendre en considération, en effet, répondit-il en posant ses mains sur ses hanches maigres. Tu crois qu'elle serait capable de blesser un enfant ?
— Non, jamais, elle connaît ses priorités, mais je travaille avec elle depuis six mois, Stephen et c'est la première fois que je la sens sereine. Kaecilius lui fait du bien et je ne voudrais pas qu'elle redevienne la petite teigne que j'ai rencontrée à mon arrivée.

Strange dodelina de la tête. Soudain, Jön sortit d'un mur proche et s'approcha des deux hommes.

— Bonjour, mon grand, sourit Ross. Tu nous as écoutés ?
— Un peu. Vous savez, si Daisy veut être ma nouvelle maman, je ne dirais pas non, mais si ma présence l'éloigne de mon père, alors...
— Ce n'est pas à toi de te préoccuper de cela, Jön, répondit Strange. Tu es un enfant, alors reste-le encore quelques années et profite aveuglément de ce que les adultes t'offrent. On devient bien trop vite adulte dans ce monde et une fois que c'est fait, c'est trop tard.

Ross opina, l'air grave, et Jön grimaça en baissant le nez. Strange approcha alors sa main de sa tête et lui effleura les cheveux. Le jeune garçon sourit au contact.

— Tu peux le toucher ? s'étonna son compagnon.
— Je suis un magicien capable de projection astrale, nous pouvons interagir avec les autres plans de ce monde, répondit Strange avec un sourire pour le jeune garçon. Retourne dormir, Jön, dit-il ensuite. Il est trop tôt.

Le gamin opina, l'air triste, puis disparut dans le mur. Ross observa l'endroit un moment puis soupira.

— Laisse-leur l'accès au miroir de la destinée, dit-il alors en se redressant.
— Chéri...
— Je sais... Je sais, d'accord ? Mais ce gamin me fait de la peine et je veux qu'il soit heureux. Il a une chance de retrouver son père, alors ne la laissons pas passer.
— Au risque de perdre mon frère encore une fois ? Everett, ce...
— Stephen, pour l'amour du ciel, pour une fois, laisse juste les gens prendre leurs propres décisions. Si ça foire alors ils ne pourront s'en prendre qu'à eux-mêmes et n'auront aucune raison de te haïr, bien que tu leur aies dit « je vous avais prévenu ».

Strange serra les mâchoires puis opina.

— À la bonne heure. Je vais envoyer un message à...

Le magicien ne le laissa pas finir sa phrase, il leva la main et ils se retrouvèrent dans la chambre. Ross s'écroula alors sur le lit et Strange s'avança au-dessus de lui avec un étrange sourire.

— Et si on laissait ce message de côté pendant quelques heures ? proposa-t-il.
— Tu es insatiable.
— Je suis amoureux, c'est toute la différence.
— Charmeur, sourit Ross.
— Eh, je ne suis pas devenu le meilleur neurochirurgien du monde grâce à ma gueule de bébé imberbe, hein ! répliqua le magicien en rigolant.

Ross roula des yeux puis son amant l'embrassa et ils roulèrent sur les couvertures déjà malmenées par le début de la nuit...