À l'autre bout du pays, Daisy ne dormait pas encore. Il était cinq heures du matin et elle était incapable de trouver le sommeil. Elle était allée dormir dans la chambre de Kaecilius, éprouvant un besoin de présence, mais elle avait rapidement émigré dans le salon avec un chocolat chaud sur les genoux, devant la télévision en sourdine.
Son téléphone vibra soudain sur la table basse et elle s'en empara rapidement.
— Un message vocal de Ross ? souffla-t-elle. Oh, yes !
Elle pianota rapidement sur l'écran et s'adossa au canapé avec un sourire en coin. Son compagnon choisit ce moment-là pour sortir de sa chambre en baillant largement, torse-nu, et Daisy haussa un sourcil en le reluquant sans aucune gêne.
— Je vous en prie, faites-vous plaisir, répondit le magicien, amusé.
Daisy renifla et secoua la tête.
— Ça m'avait manqué de voir un homme au saut du lit, avoua-t-elle. Je viens de recevoir un message de Ross, il a réussi à convaincre Strange de nous laisser l'accès au miroir des dimensions, ajouta-t-elle.
— Vraiment ? Je me demande ce qu'il a bien pu faire.
Daisy rigola.
— Quand voudriez-vous y aller ?
— Le plus tôt possible, je connais Stephen Strange, il change d'avis toutes les deux minutes, c'est une véritable girouette.
— Alors allons-y aujourd'hui.
— Et votre travail ?
— Je prendrai un jour de congé. Nous allons essayer de trouver un corps à votre fils, nous rentrons, et ensuite, je demande à Coulson de nous sortir de cette souricière. Assurément, nous ne trouverons rien sur... eux, ici.
Elle avait légèrement hésité sur la fin de sa phrase, manquant prononcer HYDRA avant de se reprendre, craignant d'être écoutée. Ce n'était pas la première fois qu'elle avait cette désagréable impression qu'ils étaient observés et depuis qu'ils avaient entendu que de potentiels agents infiltrés se trouveraient dans le quartier. Ils étaient de ce fait encore plus prudents.
— Très bien, annonça Kaecilius. On mange et on va chez Strange. Toutefois, Daisy, je tenais à vous préciser une chose, si cela ne fonctionne pas, nous ne réessaierons pas.
— Quoi ? Mais et pour...
— Il est en sécurité dans le Sanctum, Strange et Ross s'occuperont de lui et je passerai le voir aussi souvent que possible. Vous avez raison, il n'est pas mort, ce n'est pas un fantôme, il ne partira pas, néanmoins je veux quand même tout essayer pour le ramener parmi les nôtres.
Daisy serra les mâchoires puis opina. Kaecilius tourna alors les talons et disparut dans la salle de bains pour se préparer. La jeune femme écouta l'eau de la douche un moment puis soupira en ramenant un genou contre sa poitrine, pensive. Pendant une seconde, elle songea à la solution d'offrir le corps d'un nouveau-né à Jön, mais jamais le gamin ne voudrait recommencer sa vie à zéro en ayant passé plusieurs mois sous une forme astrale à l'âge qu'il aurait dû avoir s'il n'avait pas trouvé la mort dans le ventre de sa mère. De plus, elle n'était pas prête à avoir un enfant, elle ne ferait pas une bonne mère, elle le savait pertinemment, elle n'avait jamais eu d'exemple et quand elle avait retrouvé Jiaying, cette femme s'était avérée contaminée par son immortalité et sa détermination à vouloir conquérir le monde et mettre les Inhumains au sommet de la chaîne alimentaire par tous les moyens.
Avec un soupir, Daisy entreprit de préparer un solide petit-déjeuner et quand Kaecilius libéra la salle de bains, elle se dépêcha de prendre une douche puis de manger ; à huit heures le magicien ouvrait un portail pour New-York.
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— C'est très dangereux, Cili.
— Je sais, Stephen, mais tu y es allé avec Ross, vous en êtes revenus sans aucune séquelle, perturbés, mais sains et sauf. Je suis un Maître des Dimensions, qui d'autre mieux que moi pour se balader entre elles ?
— Et tu as parfaitement raison, mais n'oublies pas que ta femme est une Inhumaine, répondit Strange. Ross est humain, il ne risque pas de voir ses capacités se détraquer si...
Strange serra les mâchoires et se passa une main sur le front.
— Et quoi ? demanda alors Kaecilius avec un sourire en coin. Si Daisy perd momentanément le contrôle de ses pouvoirs, la dimension où nous serons se fera secouer par un tremblement de terre, ce n'est pas grave. Tu avais toujours tes pouvoirs, donc je devrais logiquement garder les miens aussi.
Strange opina. Daisy et Ross apparurent alors dans la bibliothèque et les deux les observèrent.
— Vous avez vu un fantôme ? demanda Daisy.
— Non, mais... commença Strange.
— Je sais, c'est dangereux, le coupa la jeune femme. Mais vous avez tout fait pour avoir l'homme que vous aimez à vos côtés. Je dois faire pareil, et si pour cela je dois lui rendre son fils perdu, alors je le fais.
Kaecilius baissa le nez, touché, et Ross posa une main dans son dos en le contournant pour rejoindre son compagnon.
— Soyez prudents, c'est tout ce que je vous demande, répondit le magicien. J'ai déjà perdu ma fille, je ne veux pas perdre mon frère en plus.
— Je reviendrai, répondit Kaecilius. Ensuite, on retournera le monde entier pour te ramener Cléa, tu as ma parole. Tu ne m'as pas achevé quand vous m'avez trouvé dans la grotte de glace, tu m'as ramené à Kamar Taj pour que l'Ancien me rafistole, je ne pourrais jamais te le rendre.
Strange serra les lèvres et voulut répondre quand Daisy leva les mains.
— Allez, ça suffit les larmoyages, on y va maintenant, on n'a pas toute la journée !
— Chérie... soupira Kaecilius avec un sourire.
La jeune femme lui tira la langue puis s'approcha du miroir et fronça les sourcils.
— Comment ça marche, ce truc ? demanda-t-elle.
— Comme ça.
Kaecilius s'approcha et dessina une rune flamboyante dans les airs. D'un mouvement de la main, il la poussa ensuite vers la vitre qui ne reflétait rien ; l'instant d'après elle se mit à « bouger », des images défilèrent, comme une télévision que l'on aurait mise en avance ultra rapide. Soudain, l'image se figea sur une rue vide aux immeubles anciens. Une calèche passa devant et Daisy haussa un sourcil.
— Hm, fit Strange. On dirait que quelqu'un va visiter le Londres victorien... Chanceux, va !
Kaecilius rigola. Il se tourna ensuite vers sa compagne et l'observa de haut en bas avant d'agiter la main. Le chemisier et le jean de la jeune femme se changèrent alors en une magnifique robe pourpre ornée de volants à l'arrière et sur les côtés de la jupe. Une chemise de la même couleur avec des dentelles noires sur la poitrine complétait le tout.
— Tu as du goût, admit Strange en observant la robe qui s'étalait sur le parquet avec une traîne d'environ deux mètres.
— C'est très encombrant, commenta Daisy. Et ajusté.
Elle posa ses mains sur ses seins engoncés dans la chemise et Ross rigola. Kaecilius se changea ensuite, passant du jean-t-shirt au costume cinq pièces victorien avec un haut-de-forme dans une main et une canne dans l'autre.
— Quelle classe, sourit Daisy. Pouvons-nous y aller ?
— Je vous en prie.
Strange rigola doucement en passant son bras autour des épaules de Ross, puis ils regardèrent le couple s'approcher du miroir et entrer dedans comme s'ils passaient un seuil de porte. Ils se baissèrent pour passer et à l'instant où ils disparurent de cette dimension, ils apparurent dans la rue londonienne et Daisy dégaina aussitôt un grand parapluie noir.
— Bonne chance, souffla Stephen. Viens, allons déjeuner, dit-il ensuite.
Ross opina.
— Dis...
— Oui ?
— Pas question de se tutoyer au boulot, Stephen. Cela reste pour les murs de ce manoir, d'accord ?
Strange haussa un sourcil puis inclina la tête.
— À vos ordres, Agent Ross.
Celui-ci sourit, amusé, puis ils quittèrent la bibliothèque pour se rendre à la cuisine.
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— Ça caille, ici !
— Il fait froid, corrigea Kaecilius. Nous ne sommes pas censés nous faire remarquer, Daisy, essayez de tenir votre langage.
La jeune femme haussa les sourcils puis hocha la tête. Le magicien lui présenta alors son bras et ils montèrent sur le trottoir rapidement en entendant une calèche arriver à toute allure.
— Dégage ! hurla le cocher.
— Quel langage ! se renfrogna une femme un peu plus loin.
— Il ne vous parlait pas, ma chère, répondit son mari.
Il indiqua quelque chose du pommeau de sa canne et Daisy tourna la tête pour voir un enfant des rues qui faisait un geste obscène au cocher, sur le trottoir d'en face. Lorsqu'il remarqua que des personnes le regardaient, il bondit et fila dans une ruelle. Daisy baissa le nez.
— J'avais oublié qu'à cette époque, il y a des enfants abandonnés partout... Comment allons-nous retrouver Jön ?
— Cela risque de nous prendre quelques jours, en effet, soupira Kaecilius. Venez, allons nous trouver un hôtel, pour commencer. Vous avez raison, il fait vraiment froid ici...
— Ross et Strange n'ont passé que quelques heures dans leur dimension, si cela nous prend plusieurs jours, nous ne risquons rien ? demanda alors la jeune femme.
— Je reste à l'affût. J'ignore s'il existe des versions de nous-même ici, auquel cas, nous nous sentirons mal très rapidement et nous devrons rentrer. Ne vous en faites pas, je nous surveille.
Daisy opina et ils s'éloignèrent le long de la rue plutôt déserte. Ils croisèrent quelques couples et à la grande surprise de Daisy, tous les hommes la saluèrent d'un signe de tête.
— Ce n'est pas à notre époque que les hommes feraient ça ! souffla-t-elle, amusée, alors qu'ils atteignaient l'enseigne d'un hôtel de bonne facture.
— La politesse s'est perdue avec le modernisme, malheureusement, soupira Kaecilius. Allez-y.
Il poussa la porte et laissa la jeune femme entrer en premier en veillant à ne pas marcher sur sa robe, puis entra à sa suite.
— Madame, Monsieur, pouvons-nous vous aider ? demanda aussitôt un réceptionniste.
— Nous aimerions une chambre pour quelques jours, dit Kaecilius alors que Daisy allait parler.
— Combien de jours ?
— Pour le moment, nous n'en savons rien, nous sommes venus chercher un enfant, cela pourrait nous prendre deux jours comme deux semaines, est-il possible de payer chaque jour ?
— Bien entendu, Monsieur. À quel nom ?
— Monsieur et Madame Johnson.
Le réceptionniste regarda Daisy qui lui offrit un mince sourire, tenant son parapluie contre sa jupe devant elle.
— Pas de bagages ? demanda l'homme.
— Comme je vous l'ai dit, nous ne prévoyons pas de rester longtemps, mais... Connaissez-vous un tailleur ou une boutique d'habillement ?
— Oui, bien sûr, je vais vous donner des adresses pour tous les deux, répondit le réceptionniste.
Il saisit un crayon à papier et entreprit d'écrire dans le registre la réservation. Il prit ensuite une clef en bronze dans un tableau derrière lui et après avoir donné au couple un papier avec des adresses de tailleurs pour dames et hommes, il fit signe à un groom de s'approcher. Il lui tendit la clef et le jeune garçon leur indiqua de les suivre dans l'ascenseur.
— Chambre cinquante-neuf, le service d'étage est à payer en supplément de la chambre, vous pouvez demander un bain chaque jour et à prendre vos repas dans la chambre, en supplément aussi, expliqua le groom en ouvrant la porte de la chambre, quelques minutes plus tard.
— Merci, sourit Daisy quand il lui fit signe de passer. C'est très joli.
Kaecilius entra et le groom lui donna la clef avant de tendre la main. Le magicien haussa un sourcil, releva le menton, puis glissa sa main dans sa poche et lui donna ensuite quelques pièces. Le groom sourit puis tourna les talons et Kaecilius referma la porte.
— Vous lui avez donné combien ?
— Quelques pièces, mais apparemment, il était content, sourit le magicien. Vous voulez vous défaire ?
— Volontiers, ce corset est une torture. Comment les femmes de cette époque faisaient pour en porter au quotidien ?
— J'imagine qu'elles y sont habituées depuis leur plus jeune âge.
Il lui fit signe de se tourner et Daisy retira la chemise avant de la jeter sur le lit. Son compagnon entreprit ensuite de délacer le corset. Aussitôt, la jeune femme soupira puis elle s'assit sur le lit et observa la chambre.
— Enfilez ça, dit alors Kaecilius en lui tendant un manteau de soie. Nous n'allons pas ressortir avant demain, il fait trop sombre et trop mauvais pour aller à l'orphelinat.
Daisy serra les lèvres puis se rendit derrière un paravent pour déposer sa robe et enfiler le manteau que son compagnon avait fait apparaître. Quand elle revint, il était en pyjama et détonnait totalement de l'environnement.
— Alors moi j'ai droit à un truc d'époque et pas vous ? sourit la jeune femme en le rejoignant sur le lit.
Elle s'étendit sur son torse et il l'entoura de son bras en soupirant, l'autre bras sous la tête.
— Qu'est-ce qu'il y a ? demanda Daisy. Vous avez peur qu'on ne trouve pas de copie de Jön ?
— Oui. Je sais que nous existons tous dans chaque dimension de ce monde, mais parfois, nous ne sommes pas encore nés, ou nous sommes déjà morts... Demain matin, nous nous ferons conduire à l'orphelinat le plus proche et nous demanderons à regarder les enfants qu'ils ont. Si Jön est dans le lot, alors nous serons rentrés demain soir.
— Sinon, nous devrons chercher ailleurs jusqu'à ce que nous ne puissions plus, acheva Daisy en s'asseyant au bord du lit. Vous savez... Non, oubliez, c'est stupide.
— Je sais ce que vous alliez dire, de prendre n'importe quel petit garçon, n'est-ce pas ?
— Hm...
— Malheureusement, si ce petit garçon existe dans notre dimension, il mourra en quelques jours même si nous remplaçons son âme par celle de Jön, ce qui revient à commettre un crime.
Daisy grimaça. Son estomac gronda soudain et Kaecilius sourit. Lorsqu'il leva la main pour faire apparaître à manger, Daisy l'en empêcha.
— Testons le service d'étage, dit-elle avec un sourire. C'est un peu comme des vacances, profitons-en, vous ne croyez pas ?
Son compagnon grimaça puis sourit et changea son pyjama trop moderne en un pyjama de soie noire avec une robe de chambre par-dessus.
