Kaecilius faisait les cents pas dans la maison de San Francisco. Assis sur le canapé, Daisy et Jön l'observaient en silence. La veille, le petit garçon alors coincé depuis des mois sous sa forme astrale, avait pu revenir à la vie grâce au sacrifice de John, un petit voyou d'une autre dimension, mais malgré la joie de retrouver envie la vie réelle, Jön était très inquiet pour son père.

— Arrêtez de tourner en rond, vous nous donnez le tournis...
— Et quoi ?! aboya le magicien en fixant sa compagne. Vous voudriez peut-être que j'accepte ?
— Oui ? répondit Jön. Papa, tu as fait des bêtises, tu dois les payer...
— Mes pouvoirs, Jön ! Le Maître m'a privé de mes pouvoirs pendant un an ! J'ai mis des années à devenir un Maître Magicien, un des plus puissants de ce monde et...

Kaecilius se tut et s'effondra dans un fauteuil. Serré contre Daisy, Jön hésita. Le téléphone de la jeune femme sonna soudain et elle s'en empara en quittant le canapé.

— Directeur, dit-elle en s'éloignant dans le couloir menant aux chambres. Vous tombez assez mal, vous... Quoi ? C'est vrai ?

Kaecilius se redressa et observa la jeune femme qui se tourna vers lui et revint. Elle s'assit sur son genou en mettant le téléphone en haut-parleur.

— Vous êtes en haut-parleur, Monsieur, continuez.
Bien, nous avons retrouvé Cléa. Elle est bien captive d'HYDRA, comme nous le pensions, retenue dans une base reculée dans le désert de Sonora, en Arizona. Des agents du SHIELD en mission aux alentours de Tucson ont découvert des agents d'HYDRA plutôt sûrs d'eux. Ils ont obtenu l'autorisation de les suivre quand l'un de nos agents a repéré une jeune fille blonde dans le groupe...
— L'Arizona ? Mais... s'étonna Daisy.
Je sais, vous avez passé quatre mois à San Francisco, nous étions sûrs et certains que votre quartier était un leurre pour une base d'HYDRA, mais nous ne savions pas si Cléa s'y trouvait. Elle a été repérée à plusieurs endroits par des agents du SHIELD ces derniers mois, mais vous aviez une autre mission.

Daisy serra les mâchoires. Kaecilius posa sa main dans son dos et elle baissa les yeux sur lui.

— Quand est-ce qu'on part ? demanda le magicien.
Demain matin, à huit heures, Strange vient vous chercher. Kaecilius, j'ai appris pour le scellé sur vos pouvoirs, vous aurez donc le droit à une arme, à moins que vous ne...
— Il n'est pas question que ma femme me serve de bouclier, Coulson, grogna Kaecilius.
C'est ce qui me semblait. Demain matin, huit heures. Jön s'installera avec Fitz-Simmons à la base du SHIELD pendant l'opération.
— Entendu. À demain, Monsieur.

Coulson acquiesça puis la communication fut coupée et Daisy inspira.

— Enfin un peu d'action !
— Parlez pour vous...
— Oh, vous allez voir, le SHIELD a plein de super jouets qui font du bruit ! répliqua la jeune femme en rigolant.

Elle l'embrassa ensuite sur la joue puis annonça qu'elle allait préparer leurs affaires, qu'ils n'avaient qu'à commander des pizzas pour le dîner. Le magicien marmonna et Jön l'observa.

— Tu sais, moi je n'ai pas de pouvoirs, dit-il. Donc pendant un an, on sera pareils, toi et moi, deux humains normaux, et on fera tout ce qu'un papa et son fils font en temps normal.

Kaecilius haussa un sourcil.

— Tu n'as pas tort, répondit-il en se redressant. À l'époque où tu aurais dû venir au monde, je n'étais pas un magicien, c'est ta mort qui m'a poussé à le devenir. De plus, je n'ai presque pas utilisé mes pouvoirs pendant quatre mois pour ne pas me faire repérer, cela ne devrait pas être trop compliqué... J'espère.
— Je suis là maintenant, et tu as Daisy aussi, répondit Jön en se levant. Tu sais, même si je n'ai pas été là pendant toute ma vie, j'ai l'impression que je te connais depuis toujours.
— Ça vient de John, je pense, sourit Kaecilius. Dans sa dimension, j'étais aussi son père, même si mon alter ego n'était pas un homme gentil avec son fils.
— Tu sais, je me suis dit, cette nuit, que grâce à cet homme qui battait son fils, vous l'avez trouvé et ramené pour moi. Si je n'avais pas eu d'alter ego dans cette dimension, je serais encore dans le manoir du docteur...

Kaecilius baissa le nez. Jön l'entoura alors de ses bras un moment puis le magicien se leva et avertit qu'il allait commander les pizzas, qu'il fallait annoncer les choix.

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— Bienvenue au SHIELD !
— Ça fait du bien de rentrer à la maison, sourit Daisy en enlaçant Jemma. Vous m'avez manqué, les gars !
— À nous aussi, sourit Fitz. Tu nous présentes ?

Daisy pivota et découvrit Jön derrière elle, un peu apeuré au milieu de tous ces adultes inconnus. Elle posa une main dans son dos et le fit passer devant elle.

— Jemma, Fitz, voici Jön, le fils de Kaecilius, enfin en chairs et en os.
— Ravie de te rencontrer enfin, sourit Jemma en tendant la main.

Jön leur sourit, un peu tendu, et leur serra la main tour à tour. Soudain, une alarme se mit à rugir et le garçon sursauta. Il se retourna et s'agrippa à Daisy qui l'entoura de ses bras machinalement.

— Qu'est-ce que c'est ?! s'écria-t-elle.

Un choc sourd résonna et fit trembler la base souterraine.

— C'est une attaque ! répondit Coulson.
— HYDRA ?

Le Directeur opina et Daisy s'écarta de Jön et se pencha vers lui.

— Je dois y aller, dit-elle. Je dois défendre ma base. Reste avec Jemma et Fitz, ils te protégeront, d'accord ?
— Et mon père ?
— Il vient avec toi, grogna Kaecilius. Même si ça m'emmerde, je ne suis d'aucune utilité avec vous autres, alors autant que je protège mon enfant. On aura peut-être besoin d'un viking enragé là-bas, on ne sait jamais.
— Venez alors, allons dans le bunker, dit Jemma.
— Tu ne te fais pas tuer, grogna le magicien en saisissant Daisy par le menton. Sinon je te ramène à la vie et je te tue, compris ?

Daisy sourit et l'embrassa vivement.

— Promis !

Elle détala à la suite de May et Strange ; Coulson, Ross et Mack disparurent dans l'armurerie avec tout un groupe d'agents pour s'équiper.

— Dis donc, ça a bien évolué entre lui et toi, ces derniers mois, sourit Strange alors qu'ils se ruaient à travers les couloirs avec les autres Inhumains du SHIELD.
— Pas maintenant, Strange, je vous en prie. On verra ça plus tard.
— Comme tu veux.

Une détonation retentit à nouveau et Daisy leva les mains quand une porte s'ouvrit brusquement sur leur droite dans un nuage noir. Strange tendit le bras et les deux agents d'HYDRA qui apparurent volèrent à l'autre bout du couloir.

— Je l'aurais fait, vous savez ? grogna Daisy.
— Je n'en doute pas une seule seconde. Continuons.

Impassible, Strange enjamba les deux hommes assommés et ils tournèrent au coin du couloir. Daisy s'arrêta un moment puis secoua la tête et repartit après lui. Lorsqu'ils parvinrent à un escalier, ils décidèrent de se séparer.

— Le premier qui arrive en haut prévient les autres SHIELD que nous avons été compromis, dit Daisy.
— Il faut un code spécial ?

La jeune femme lui prit la main et Strange opina ensuite puis tourna les talons après avoir lu l'information dans son esprit. Daisy inspira et, entendant du bruit derrière elle, elle décida d'aller voir qui était en train de fouiller dans l'un des bureaux.

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Retranchés dans le bunker sécurisé sous la base, Kaecilius, Jemma, Fitz et Jön, ainsi qu'une vingtaine de civils, écoutaient les bruits dans les étages.

— Je ne peux pas contacter Strange pour savoir ce qu'il se passe, grogna Kaecilius au bout d'un moment, comme des coups de feu résonnaient dans les talkies. Je suis privé de magie pendant un an, même la télépathie m'est interdite.
— Ce n'est pas grave, papa, répondit Jön. Pour le moment, rester en vie semble le plus important... Daisy m'a expliqué ce qu'elle était, tu crois que les gens qui attaquent le SHIELD sont des Inhumains aussi ?
— Très certainement, répondit Jemma. HYDRA est connue pour ne compter quasiment que des Inhumains dans ses rangs, souvent des humains qui ont été exposés au Terrigène de force et qui ont révélé des capacités hors norme.
— Vous dites ça comme sui c'était mauvais... répondit le jeune garçon.
— Ça l'est. Un Inhumain ne doit être exposé au Terrigène que volontairement, il doit savoir ce qui va lui arriver et être entouré très étroitement après son réveil pour éviter tout débordement ou submergement qui le pousserait à utiliser ses pouvoirs à mauvais escient.

Jön observa Fitz, assis sur le sol.

— Comme les magiciens, dit-il en regardant son père. Strange m'a expliqué que si les Moines ne sont pas bien encadrés, ils peuvent devenir fous et déchaîner le mal autour d'eux...

Kaecilius baissa le nez, même si son histoire n'était pas tout à fait du même acabit. Il ne répondit rien et s'éloigna ensuite, laissant son fils mettre à jour ses données en discutant avec les deux plus grands cerveaux du SHIELD.

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Strange parvint au centre de commandes principal de la base sans trop de peine, dégommant tout ceux qui se présentaient sur son chemin et n'étaient pas affiliés au SHIELD. Un rapide tout dans les esprits était plus efficace que de lire un badge ou poser des questions et plusieurs agents alliés le remercièrent pour ouvrir la voie quand ils galéraient.

— Nous y sommes.

D'un geste de la main, le magicien ferma les portes sécurisées de la pièce et les verrouilla avant de s'approcher d'une console et de pianoter dessus. Malheureusement, un premier mot de passe lui bloqua aussitôt l'accès et il soupira.

— Aux grands maux, les grands remèdes, dit-il en tendant la main au-dessus de la console.

Il dessina une rune puis la propulsa et le mot de passe se valida sur l'écran. Il continua ensuite d'utiliser la magie pour accéder aux systèmes du SHIELD et alors qu'il envoyait le message d'alerte générale à toutes les branches de l'organisation dans le monde entier, une formidable explosion retentit dans son dos et le propulsa contre la console. Il grogna en glissant sur le sol et regarda autour de lui, le cliquetis d'une arme à feu le fit se relever lentement, une main en l'air.

— À votre place, je ne ferais pas ça, dit-il.
— Satané Inhumain !

L'homme devant lui appuya sur la détente et Strange serra les mâchoires avant d'agiter une main comme s'il balayait l'air. La balle le contourna et se logea dans le mur de béton sans un bruit.

— Quoi ? Mais que...

Agacé, Strange saisit l'arme et la propulsa au loin avant de saisir l'homme à la gorge et le plaquer contre un poteau de béton.

— Où est ma fille ? demanda-t-il, mâchoires serrées.
— Qui ? gargouilla l'homme.
— Cléa ! Où est-elle ?!

Strange serra les doigts et, de l'autre main, illusionna, le sol devint aussitôt un trou béant avec ce qui semblait être de la lave au fond et l'homme se mit à couiner.

— Où est Cléa ?! répéta le magicien.
— Je ne sais pas qui c'est, je ne connais personne avec ce nom !

Strange grogna et plaqua soudain sa main libre sur le visage de l'homme qui se mit à hurler en pédalant dans le vide. Un coup de retentit soudain et Strange grogna en baissant la tête quand le béton du poteau explosa. Il recula en levant un bouclier un magique et l'illusion du sol vide disparut alors que l'homme s'écroulait sur le sol.

— Fais gaffe ! hurla-t-il. C'est un magicien !

Ouvrant sa cape, Strange quitta le poste de contrôle en courant et tomba nez à nez avec des agents du SHIELD. Il les poussa aussitôt dans l'autre sens et bientôt, la base entière fut envahie par HYDRA.

— C'est fini, lâcha quelqu'un. Faut qu'on parte !
— Il y a du monde en bras encore !
— Tant pis ! On doit partir !
— Non ! rugit Strange. Pas question de laisser ces gens mourir ! Couvrez-moi !

Tout le monde s'était réfugié dans une grande pièce totalement fermée avec juste deux portes. Les agents du SHIELD se déployèrent pour couvrir les deux entrées et Strange se planta au milieu. Il invoqua un portail et découvrit Kaecilius, Jön et d'autres civils de l'autre côté.

— Venez, dit-il. Venez, il faut évacuer la base, ils sont trop nombreux !

Tous les réfugiés dans le bunker de la base ne se le firent pas répéter, ils s'engouffrèrent dans le portail et se dispersèrent dans la pièce. Dans les bras de son père, Jön observa les soldats.

— Où est Daisy ? demanda-t-il.
— Elle n'est pas avec toi ? demanda Kaecilius.
— On a été séparés... Je vais la trouver. Combien y a-t-il de civils dans cette base ? demanda-t-il ensuite.
— Une centaine, mais les premiers étages sont déjà dehors, répondit une femme en s'approchant de Strange. Vous pouvez tous les faire sortir ?
— Si je peux les localiser, oui.
— Ne t'épuise pas, répondit Kaecilius.

Strange croisa son regard.

— Je dois sauver mon homme, lâcha-t-il. Et je sauverai ta femme, tu as ma parole.

Kaecilius opina. Jön grimpa sur son dos pour lui laisser les mains libres au cas où puis Strange entreprit de passer tous les couloirs de la base au peigne fin jusqu'à ce qu'il trouve et rapatrie tout le monde. Il dû cependant faire une pause quand l'un de ses portails s'effondra juste après le passage d'une femme qui y laissa sa chaussure.

— Stephen !

Kaecilius lui saisit les bras et le fit asseoir sur une chaise. La pièce était pleine de gens inquiets et secoués qui pleurnichaient en s'inquiétant pour leurs collègues.

— Il faut les faire sortir, dit la femme près d'eux. Il manque encore le Directeur et l'équipe de Johnson.
— Et on ne partira pas sans eux ! grogna Strange en se relevant.

Il vacilla aussitôt et se rassit lourdement sur la chaise en jurant. Serrant les mâchoires, Kaecilius regarda son camarade et lui saisit les épaules.

— Brise mon scellé, dit-il. Laisse-moi t'aider !
— Je n'ai pas le droit, le Maître...
— J'en ai rien à foutre de ce mec ! Brise le scellé sur mes pouvoirs, je dois récupérer Daisy ! répliqua Kaecilius en bondissant.

Secoué, Jön lâcha prise et se réfugia près de Strange qui passa son bras autour de lui, juste au cas où.

— Ma femme est là, dans ces couloirs ! reprit Kaecilius. Et ton mec aussi ! Tu vas les laisser crever ?
— Bien sûr que non, je dois juste reprendre mon souffle un instant et...

Des coups de feu retentirent soudain dans un couloir proche et les soldats postés à l'une des portes de la grande pièce ripostèrent.

— S'ils arrivent jusqu'ici, nous sommes tous morts ! grogna la femme. Brisez le scellé de ses pouvoirs et laissez-le vous aider, c'est un ordre, Strange !

Grimaçant, Strange se releva en s'appuyant sur Jön et plaqua sa main sur le front de Kaecilius qui grogna. Il recula ensuite en serrant les poings, des anneaux enflammés apparurent et il eut un rire presque démoniaque.

— À nous deux HYDRA... dit-il. Jön, à l'abri.

Le petit garçon ne se fit pas prier, il saisit Strange par la main et l'entraîna un peu plus loin ; Kaecilius invoqua ensuite une demi-douzaine de portails en même temps dans la pièce et bientôt, tous les agents du SHIELD acculés ici ou là dans l'immense base réputée imprenable furent rassemblés et entassés dans la salle maintenant surchargée.

— À présent... Tout le monde s'accroche ! tonna le Viking.

Les pieds plantés dans le sol, il se baissa sur le sol et posa ses mains à plat. Une onde orangée parcourut le béton, faisant sursauter tout le monde, remonta contre les murs et se referma au plafond. Les lumières s'éteignirent aussitôt et des cris plaintifs résonnèrent.

— Un champ de force ? demanda la femme près de Strange. Mais qu'est-ce que...
— Oui, et un sacrément puissant... Cili, qu'est-ce que tu...
— Stephen !

Strange pivota et réceptionna Ross dans ses bras.

— Oh Seigneur, vous allez bien ! Jön, salut mon grand, tu vas bien ? Où est ton papa ?
— Juste là. Daisy est avec vous ? demanda le garçon en opinant.
— Je suis là, mon lapin.

Le garçon pivota et se jeta sur la jeune femme qui le serra contre elle. Coulson et Mac apparurent ensuite et après des retrouvailles soulagées, tout le monde se tourna vers Kaecilius.

— Ma puce, c'est à toi de jouer, maintenant ! dit-il.

Daisy haussa les sourcils un instant avant de comprendre. Elle confia Jön à Coulson et rejoignit son compagnon. Tendant les bras, paumes dirigées vers le sol, elle inspira, ferma les yeux, puis déclencha ses pouvoirs et la pièce entière se mit alors à trembler. Les murs et le sol se fissurèrent, le champ de force s'illumina pour compenser ; le grondement s'intensifia puis il y eut une violente secousse, des bruits métalliques étranges avant que, par les deux portes restées ouvertes, la lumière du jour apparaisse.

— Ils ont arraché la pièce toute entière au bunker ! s'exclama Fitz. Daisy... !
— Je maîtrise, ne t'en fais pas.

Le regard rivé dans celui de Kaecilius, elle dirigea l'énorme bloc de béton de plusieurs milliers de tonnes au-dessus de la forêt qui cachait le bunker.

— On s'accroche ! dit-elle soudain. Je vais poser ce gros bébé !

Il y eut aussitôt des hurlements et chacun saisit son plus proche voisin, assis sur le sol, pelotonnés les uns contre les autres.

— Ça va secouer !

La seconde suivante, il y eut un énorme choc et le bloc de béton fut stoppé net en s'enfonçant dans le sol d'un champ sur plusieurs mètres. Tout le contenu glissa vers l'avant, gens et mobilier mélangés puis se fut le silence total dans un noir d'encre.

— Tout le monde va bien ? demanda soudain Coulson comme une lumière apparaissait. Rien de cassé ?
— Si, répondit quelqu'un faiblement.
— Ici aussi...
— Ça va aller, répondit le Directeur. Les magiciens, faites-nous sortir de là.

Kaecilius leva une main et le plafond de la pièce disparut. Le ciel nocturne apparut et le silence se fit un moment, chacun écoutant s'il entendait des voitures, des hélicoptères ou n'importe quoi d'autre qui ferait penser qu'HYDRA était à leur trousses. Soudain, il y eut une formidable explosion qui secoua la pièce, des arbres et des rochers volèrent au-dessus du plafond magiquement ouvert, sans entrer dans la pièce, puis le silence revint.

— L'autodestruction a été activée ? demanda Coulson.
— C'est moi, répondit Strange. Je savais que le SHIELD ne survivrait pas à cette attaque. Je me trompais...
— Merci, dit alors Coulson. À vous aussi, maintenant. Strange... ?
— Je peux encore les garder ? Jusqu'à ce qu'on se soit assuré que tout le monde va bien... tenta le Viking.
— Cili, c'était exceptionnel...
— Je me porte garante, répondit alors Daisy. Dès qu'on aura terminé avec ici, il sera à nouveau scellé, vous avez ma parole. Sans lui, on n'aurait pas pu quitter le SHIELD.

Kaecilius lui sourit doucement en posant son front contre le sien ; Coulson grimaça, Strange aussi, puis ils finirent par acquiescer et Strange se dirigea ensuite vers une des portes. Il entreprit de la dégager, mais ses pouvoirs avaient des ratés et Daisy s'approcha. Elle creusa facilement un tunnel dans la terre amoncelée devant la porte et s'y enfonça. Strange la suivit en consolidant les parois. Quand ils furent dehors, Daisy inspecta rapidement les environs puis autorisa les autres à sortir. Le Zéphyr apparut soudain et en les éclairant de son phare et se posa plus loin. Une vingtaine d'agent du SHIELD en descendirent, dont May, qui retrouva ses compagnons avec un soulagement que peu lui connaissaient.

— La base a été détruite, dit-elle quand Coulson l'interrogea du regard. Il n'y a plus qu'un cratère fumant, tout a disparu... HYDRA y compris.
— Tant mieux. Quant à une base, on en trouvera une autre, répondit le Directeur. Comptez-vous ! ordonna-t-il ensuite. Rassemblez vos équipes et comptez-vous !

Aussitôt, les gens se remuèrent, clopin-clopant, pour rejoindre leurs collègues de travail et il s'avéra rapidement que sur les deux milles personnes que comptait la base, une grande partie avait fui peu avant l'attaque et que ceux qui se trouvaient présentement sur le champ n'étaient que les membres avec les plus hautes accréditations.

— Il faut qu'on se rassemble, dit Coulson. May, contactez le Quartier Général.
— Tout de suite.

Elle tourna les talons, suivie de quelques personnes, et Coulson soupira en se frottant le visage. Il tourna la tête vers l'endroit où se trouvait autrefois sa base et secoua la tête. Daisy posa une main sur son épaule.

— Au moins, on a mis un gros coup à HYDRA, dit-elle. Il y avait des centaines d'Inhumains là-dedans, on ne les reverra pas de sitôt.

Appuyé sur son compagnon, Strange grogna.

— J'espère que Cléa ne s'y trouvait pas... dit-il en regardant l'épais nuage de fumée noire qui montait dans le ciel nocturne.
— Tu l'aurais sentie, assura Kaecilius. C'est ta fille, tu l'aurais su si elle était là, et moi aussi.

Strange opina en baissant le nez et Ross s'approcha ; le docteur passa son bras autour de ses épaules puis quelqu'un proposa que chacun rentre chez soi, que la journée avait été longue, que tout le monde avait besoin de repos. Affaibli, Strange laissa le soin à Kaecilius d'invoquer des portails pour que tous les agents du SHIELD rentrent chez eux sains et saufs puis l'équipe de Daisy passa un dernier portail en direction du manoir de Strange.

.

— Vous êtes sûr qu'on ne dérange pas ?
— Du tout, ce manoir est vide depuis des milliers d'années, un peu d'animation lui fera le plus grand bien.

Ross jeta un oreiller au sommet d'un lit et Jemma lui sourit. Fitz entra dans la chambre avec un plateau-repas.

— La magie, ça a quand même du bon, dit-il en mâchonnant un morceau de bacon grillé. J'ai trouvé la cuisine sans la chercher pendant des heures et je n'ai eu qu'à ouvrir le frigo pour trouver des trucs déjà tout prêts.
— N'abusez pas quand même, sourit Ross. La salle de bains est au bout du couloir, ajouta-t-il. Bonne nuit.
— À demain, sourit Jemma.

L'ancien agent du FBI inclina la tête puis quitta la chambre en refermant la porte et longea le couloir pour remonter chez Strange. En passant devant une porta ouverte, il s'appuya contre le chambranle de la porte en croisant les bras ; Daisy lui sourit.

— Tout le monde va bien ? demanda-t-il.
— Oui, on est un peu secoués et fatigués, mais ça va. Demain, on ira sur les décombres de la base, pour voir ce qu'on peut trouver.
— Des équipes vont s'occuper de tout nettoyer, Coulson les a déjà prévenues. Je doute qu'il y ait des survivants, mais s'il y en a, ils seront interrogés et nous trouverons Cléa.

Daisy opina. Jön apparut alors en courant et sauta sur le lit que la jeune femme finissait de tendre.

— Papa est avec le docteur, répondit-il à la question muette de la jeune femme.
— Ah, je peux remonter où ils sont en compagnie d'autres moines ? demanda Ross.

Jön grimaça. Il y eut un solide juron et un bruit sourd et Daisy leva un index en plissant le nez.

— On va aller voir, dit-elle. Je n'ai pas envie que mon viking démolisse le Maître...Jön ?
— Je reste là, pas de soucis !

Daisy lui décocha un sourire puis Ross et elle se dépêchèrent de remonter dans le bureau du docteur Strange où ils trouvèrent Kaecilius effectivement très en colère.

— Maître Kaecilius, il est inutile de faire une scène, c'est comme ça, vous devez obéir !
— Je dois vous le dire en danois ? répliqua le magicien. Il n'est pas question que je sois emprisonné à Kamar-Taj ! J'ai mon fils ici, et...
— Il a moi ici, le coupa Daisy. Et il n'est pas question qu'il aille au Népal pendant une année et que je reste ici à m'occuper seul de son fils.
— Vous n'avez pas votre mot à dire, vous n'êtes qu'une créature sous-humaine ! réplique le Maître.

Un silence s'installa aussitôt.

— Vous n'auriez jamais dû dire ça... souffla Ross.

La réaction de Daisy ne se fit pas attendre, elle tendit le bras et plaqua le moine contre le mur. Il accusa le coup en grognant et voulu invoquer, mais la jeune femme tendit l'autre main et lui plaqua les bras contre le lambris.

— Ne le casse pas, entendit-elle.
— Ne t'en fais pas, c'est un magicien, même s'il a quelques os brisés, il s'en remettra, n'est-ce pas ?
— Relâchez-moi immédiatement, Inhumaine, vous n'avez rien à faire dans les affaires des Maîtres magiciens !
— Kaecilius est mon homme, Maître, répondit Daisy, le visage crispé, mauvaise. Ce soir, il a sauvé des centaines de personnes qui auraient péri dans l'explosion de ma base secrète ! Si Strange n'avait pas brisé le scellé de ses pouvoirs, nous ne serions plus là pour en parler !

Elle se rapprocha jusqu'à être presque nez à nez avec le moine.

— Je sais ce qu'il a fait, d'accord ? Je sais qu'il a été un méchant magicien, qu'il a failli détruire le monde, mais il était aveuglé par la douleur, le chagrin de la mort de sa femme !

Elle pencha la tête et ajouta :

— Mais vous ne savez sans doute pas ce que c'est, n'est-ce pas, d'aimer quelqu'un ? Les moines n'ont pas de compagnons, pas d'amants, pas de famille...
— Daisy... tenta Strange.

La jeune femme tourna les yeux vers lui, souffla par le nez puis reporta son attention sur le nouveau Maître de Kamar-Taj.

— Strange va remettre le scellé sur les pouvoirs de Kaecilius et ne les brisera que dans un an, jour pour jour, heure pour heure, mais il reste avec moi.
— Il a bafoué les lois de notre ordre !
— Il n'a rien bafoué ! Au contraire, il a tenté de s'amender ! Nous avons passé des semaines dans cette autre dimension pour qu'il puisse récupérer son fils et se faire pardonner ce qu'il a fait ! Sans lui, ce soir, des centaines d'agents du SHIELD auraient trouvé la mort ! Vous n'avez pas le droit de le punir alors qu'il veut faire amende honorable ! Quand bien même il ne s'y prenne pas de la façon la plus conventionnelle qui soit...

Serrant les mâchoires, Daisy relâcha soudain le moine et recula. Elle croisa les bras en revenant vers Kaecilius et posa son front contre son épaule ; il passa ses bras autour d'elle et elle se laissa enlacer.

Un silence s'installa ensuite pendant que la Maître de Kamar-Taj reprenait ses esprits. Il était furieux, Strange le sentait, il n'avait qu'une envie, envoyer valser Daisy plus loin et emporter Kaecilius avec lui, cependant, il savait également que s'il le faisait, Daisy se rendrait à Kamar-Taj pas ses propres moyens et démolirait chaque bâtiment pour retrouver Kaecilius.

Captant une lueur orangée du coin l'œil, Daisy pivota entre les bras de son compagnon et observa le Maître. Il lui jeta un regard puis, sans un mot, traversa le portail se referma ; un silence consterné envahit la pièce.

— Il abandonne ? demanda soudain Ross.
— Sûrement pas, répondit Strange. C'est un avertissement.
— Comment ça ? demanda Daisy.
— Il est parti en nous disant qu'à la moindre erreur commise de ma part, il enverrait quelqu'un me chercher pour me ramener à Kamar-Taj et m'enfermer de force dans une prison magique hors du temps et de l'espace.

Daisy leva son visage vers son compagnon puis s'écarta de lui. Strange s'approcha.

— Prêt ?
— Non, mais je n'ai pas le choix, je dois sacrifier ce qui fait de moi ce que je suis si je veux demeurer auprès de ma famille.

Strange eut un mince sourire et posa sa paume contre le front de son frère de galère qui grogna en reculant d'un pas. Il s'ébroua et s'appuya contre le bureau derrière lui.

— J'ai horreur de ça ! s'exclama-t-il.

Il se redressa en secouant la tête puis leva une main et dessina quelque chose dans les airs, mais rien ne se produisit. Il jura aussitôt et quitta la pièce. Daisy se mordit la lèvre en baissant le nez.

— Ça va aller, assura alors Strange. Il est en colère et je le comprends, mais il l'a dit, pour rester avec vous, il doit le faire.
— Vous l'auriez fait, vous ?

Strange plissa le nez et croisa le regard de Ross qui lui sourit.

— Everett et moi, c'est encore différent, dit-il. Nous sommes des âmes-sœurs, peu importe ce qui nous sépare, nous nous retrouverons toujours, dans cette vie ou dans une autre.
— Tu n'as pas répondu, souffla Ross.
— Oui, je le ferais.

Daisy sourit, posa une main sur le bras de Strange puis souhaite bonne nuit aux deux garçons avant de quitter la pièce. En chemin, elle retira ses manchons et détacha son plastron et alors qu'elle entrait dans la chambre qu'ils s'étaient octroyés, elle trouva Kaecilius couché, lui tournant le dos.

— Tu dors ? demanda-t-elle.

Elle n'eut qu'un grognement en guise de réponse, ferma la porte de la chambre dans son dos et se déshabilla. Elle trouva un pyjama dans un tiroir de la commode, l'enfila puis s'approcha de la chambre mitoyenne et trouva Jön couché qui la regardait.

— Ça va, mon grand ? souffla-t-elle en s'asseyant au bord du matelas.
— Ça va aller avec papa ? demanda-t-il.
— Oui, mon lapin, ne t'en fais pas, il est simplement en colère... Le Maître de Kamar-Taj est venu, il voulait l'emmener avec lui pour l'emprisonner pendant une année, mais j'ai refusé. Il n'était pas question que tu sois séparé de ton papa, ni moi.

Jön opina et Daisy lui caressa les cheveux un instant.

— Tu l'aimes, mon papa ? demanda-t-il.
— Oui, oui je l'aime énormément et le savoir en colère comme ça me fait très mal au cœur.
— À moi aussi, mais tu l'as dit, ça va aller...
— Oui, je te le promets, ça va aller. Il est l'heure de dormir maintenant, la journée a été longue, nous avons tous besoin de repos.

Jön opina et Daisy se releva ; elle remit la couverture d'aplombs sur l'enfant puis lui souhait bonne nuit et tira la porte après elle avant de rejoindre Kaecilius dans le grand lit. Avec un soupir, il se tourna vers elle, l'enlaça et la serra dans ses bras.

— Pardon...
— Tu n'as pas à demander pardon, ce serait plutôt à moi de le faire, j'ai malmené ton Maître, je vais sans doute le payer un jour ou l'autre...
— Sans doute, mais pas maintenant. Il ne risque pas de t'approcher de sitôt !

Daisy rigola doucement puis embrassa l'homme en face d'elle avant de se tourner dos à lui. Il resserra sa prise sur elle et l'embrassa sur l'épaule. Les lampes s'éteignirent ensuite et le silence se fit dans le grand manoir.