En attendant les fameuses suites, qui très probablement arriveront.. mais quand ? Personne ne le sait vraiment...
Voici un minuscule OS qui n'aura finalement pas sa place dans l'histoire qui suivra Sanguis Oblatus.

Les mots chats

Patterond entrouvrit un œil et bâilla : hélas, les oreilles n'avaient pas de paupières. À l'étage, ces humains-là, desquels il était forcé de partager le quotidien s'il voulait recevoir sa ration de croquettes, s'adonnaient à nouveau à ce passe-temps casse-tympans qu'ils semblaient avoir élu roi de leurs loisirs.

Depuis que sa jadis si douce et discrète maîtresse était devenue celle de ce grand type en noir qui ne l'effrayait d'ailleurs pas, elle avait muté en une créature miaulante et feulante en sa présence. Ils ne cessaient plus, dès qu'ils passaient la porte de la vieille maison poussiéreuse, ou des appartements de l'un, ou de l'autre, du bureau de l'un, ou de l'autre, de tenter d'emmêler leurs membres dans des positions plus ou moins improbables. Moins, en fait, songeait le mi-chat, mi-fléreur, yeux mi-clos.

Dans un mouvement souple et paresseux, il se redressa, passant indolemment le plat de sa langue rappeuse sous les coussinets rosés de sa patte droite, puis de la gauche. Il bâilla de nouveau, fixant son regard émeraude sur une zone précise de la salle à manger où il n'y avait... rien. Ne voyant... rien, il s'étira en creusant le dos et laboura le tapis, sans prêter attention aux plaintes déchirantes de celle qui, autrefois, se contentait de bachoter en lui grattant distraitement l'arrière des oreilles. "C'est fini, tout cela, mon bon vieux Pattenrond", songea-t-il au plus profond de sa cervelle féline. Aujourd'hui, c'était elle qui se laissait gratter les oreilles, et bien plus, sur les genoux de ce mâle qui assurait ne lui vouloir que du bien - ce dont rien n'était moins sûr.

Sans projet de vengeance aucun, il s'apprêta planter ses griffes dans le cuir mou du canapé sapin avant de les rétracter soudainement : cela pourrait bien le priver de repas pendant plusieurs jours. Oh, ce ne serait pas du fait d'Hermione. Pas même celui de ce grand escogriffe noiraud. La faute reviendrait à cette immonde créature grisâtre qui s'occupait du ménage et qu'il n'avait même pas le droit de mordre de dépit. À coup sûr, il viderait sa gamelle dans les toilettes avec un sourire démoniaque. "Oh, Pattenrond, tu es toujours si goulu !" : la voix de sa maîtresse raisonna en lui. "Il est énorme, Hermione, je ne comprends même pas comment tu peux avoir pitié. On pourrait le manger : on en aurait pour trois jours, à deux", répondrait le sale type. L'elfe dégoûtant ricanerait en approuvant.

Lentement, il chaloupa jusqu'aux escaliers : autant aller jeter un œil au spectacle, cela était toujours la source d'un divertissement relativement intéressant, bien que passablement assourdissant. La porte était entrebâillée : d'un coup de flanc négligé, il la repoussa et se fraya un passage dans la pièce. Ses pattes marquèrent d'empreintes de poussière la cape noire qui traînait là, puis il y déposa son auguste postérieur.

Devant lui : la scène. Décidément, il ne comprendrait jamais le fondement de cette lubie humaine de se barbouiller l'un l'autre de salive et de se léchouiller avidement la bouche. C'était au-delà de l'entendement, et... "Par Isis, nom d'un Coryza carabiné, qu'est-ce que...". Interloqué, Pattenrond bondit sur le lit, dans les draps froissés, dévorant de ses yeux éberlués la zone stratégique où se déroulait l'action. "Mais, ce n'est pas comme ça que l'on... Ce n'est pas là, ce n'est pas le bon...".

- Dégage !

Le grand type avait assorti son geste de la main d'un son semblable à une bouteille de soda que l'on débouche. Lui aurait voulu les prévenir, "Vous vous trompez, ce n'est pas comme ça que l'on...". Mais ses mots restaient chats, dans sa gorge. Tordus, ces humains étaient tordus. Ou bien bêtes. Enfin, bêtes : bien plus bêtes qu'une bête. Il demeura un moment, là, ses deux billes ambre fixées sur le constat d'erreur, médusé. Au moins, ce n'était pas comme ça qu'ils finiraient par fabriquer un semblable braillard qui lui courrait après, lui arracherait des poignées de poils et lui allongerait les oreilles. En fait, il valait mieux rester discret, ne pas leur dire, surtout ne pas leur dire que ce n'était pas comme cela qu'ils seraient productifs. Il en allait de sa tranquillité : motus.