- D'où vient ce gosse ?

Le visage de Zoro montre très clairement son irritation. Il est assis par terre sur le pont, en tailleur, les bras croisés, dans sa position favorite. Pour un peu on pourrait croire qu'il est sur le point de faire une sieste, mais cela serait sans compter l'attroupement de la moitié de l'équipage autour de lui et des braillements insupportables du nourrisson qui rendent tout sommeil bonnement impossible.

- De la vigie.

Sanji grince des dents et jette un regard désespéré à Robin. Il a une envie fracassante d'asséner un coup de pied à leur second afin de lui soutirer une réponse qui fasse sens, mais le bébé qui hurle et se débat dans ses bras accapare la plupart de son attention et de ses efforts physiques. Comment un petit être humain peut-il être aussi insupportable ? Ce n'est pas aujourd'hui que Sanji aura la réponse.

Franky, plus sensible que Robin aux supplications de Sanji, se rajoute à l'interrogatoire, conscient du besoin imminent de médiation, en l'absence de l'autorité naturelle de Nami.

- Zoro-Bro, ce que Sanji-cook essaye de te demander c'est comment il est apparu sur le navire. Tu n'as pas une petite idée ?

Zoro grommelle et leur jette un regard moitié assassin, comme pour leur faire comprendre qu'il a conscience d'être pris pour un crétin et qu'il n'apprécie pas cela outre mesure.

- Je dormais. Il était dans mes bras quand je me suis réveillé. Vous voulez que je dise quoi de plus ?

Robin a un rire léger qui suffit à adoucir Sanji, mais il n'est toujours pas loin d'étriper le sabreur. Après tout, il n'a pas l'air d'avoir saisi la gravité de la situation. Un enfant n'apparaît pas comme ça sur un bateau pirate en pleine mer. Ils pourraient avoir un autre passager clandestin, ou pire, d'autres bébés.
L'archéologue le déleste de son fardeau bruyant, tentant à son tour de calmer le nourrisson, les yeux perdus dans le vague comme à chaque fois qu'elle réfléchit à voix haute.

- Je doute que quiconque ait pu survivre clandestinement à la tempête que nous avons essuyée.

Franky la regarde un instant bercer le bébé qui se laisse moyennement faire puis part s'emparer machinalement de ses outils, la pensée pratique. S'ils vont devoir accueillir cet enfant jusqu'à nouvel ordre, autant être préparé dès que possible et rendre le Sunny baby-proof. Quant-à résoudre le mystère de son apparition, il a pleinement confiance en Robin. Sanji farfouille brièvement dans sa veste pour trouver son paquet de cigarettes, l'attention focalisée sur Robin qui continue ses théories.

- On raconte souvent que la mer donne autant qu'elle prend, continue Robin. Peut-être que ce bébé est né de l'écume...

Zoro ne peut s'empêcher de ricaner à l'évocation de la légende. Il sait bien que la mer fait des miracles, mais de là à engendrer un être humain, il faut pas pousser.

- C'est ça. On a passé sept jours dans un accouchement violent alors ?

Sanji, lui, est plutôt séduit par l'idée. Les pleurs du bébé s'éteignent un peu, mais pas assez pour le sabreur, qui se relève et fait signe à Robin de lui donner l'enfant. Il le démaillotte un peu et le plaque contre son torse d'une délicatesse qui lui est peu courante.

- Un enfant de la mer… murmure Sanji un peu rêveusement. J'aurai préféré une sirène.

L'ambiance est soudainement assez silencieuse pour qu'il puisse entendre le grognement sourd de Zoro qui doit sûrement le traiter en son fort intérieur de pervers accompli. Le bébé a cessé ses braillements dans les bras de Zoro et a l'air de mâcher paisiblement sa langue, les yeux mi-clos et la mine toujours un peu boudeuse. Le soupir de soulagement est général, et Sanji fait jouer son briquet pour allumer une cigarette.

C'est la voix basse et accusatrice de Zoro qui l'arrête, alors qu'il le regarde d'un mauvais œil, tenant de manière inquisitrice leur visiteur.

- Pas de cigarette avec les gosses.

Et pour une fois, alors qu'un frisson lui parcourt le dos, Sanji obéit.