Eeet c'est encore moi, une dernière fois cette année... Un peu à l'arrache, mais avec un petit texte (en partie) sur mon crackship préféré. Je suis désolée, c'était plus fort que moi xD Merci de m'avoir lue cette année et à une prochaine ! :)
Défi choisi : No. 2 - Écrivez un texte entièrement au futur, à l'exception (si vous le voulez) de la première phrase OU de la dernière phrase (à choix).
Longueur : 1850 mots
Personnages/Pairings : majoritairement Tomura Shigaraki, avec un soupçon de Tomura Shigaraki/Natsuo Todoroki (en s'appuyant sur la théorie que Dabi = Touya, même si c'est juste mentionné)
Rating : T
Remerciements : À Zofra pour ses pompons en or massif, et aussi et surtout pour l'organisation de cet événement à mes côtés - c'est quand même plus facile et moins intimidant quand on peut compter sur quelqu'un d'aussi efficace que toi pour partager la charge ! x3 Tu es définitivement la meilleure ! Et pendant que j'y suis, un grand merci et bravo aux participant.e.s des deux équipes, en espérant que vous ayez eu du plaisir à écrire jusqu'ici... et que vous en ayez tout autant à lire ces prochains jours ! :P
Défi no. 2
À chaque fois que tu aimeras
La première fois de ta vie que tu aimeras, tu ne t'en rendras même pas compte.
Tu n'auras pas encore le recul nécessaire pour le comprendre, bien sûr, encore moins les mots pour le décrire ; tout juste peut-être les petits cris, les babillages et les sourires pour le témoigner un peu à ces visages qui passeront devant toi, que tu apprendras à reconnaître, que tu te découvriras l'envie de revoir. Papa, Maman, Papy, Mamie, Hana, Monchan. Rien de tout ce qu'ils te diront n'aura de sens, au début, y compris les coucou, petit Tenko ! et les on t'aime, mon grand, mais ça ne fera rien – ce qui comptera, ce ne sera pas ça, mais la grande main de Papa caressant doucement ta tête. La chaleur de Maman te serrant tout contre elle. Les grimaces rigolotes de Papy, la gentille voix de Mamie. Le rire de Hana, quand rien ne pourra l'arrêter, et ses doigts à peine plus grands que les tiens quand elle les appuiera sur ton visage, comme les poils tout doux et la langue toute mouillée de Monchan.
Ces moments seront à la fois longs, pendant des mois et des années, et à la fois courts, parce que leur souvenir ne restera pas longtemps net dans ta mémoire – et pourtant le sentiment, lui, ne s'effacera pas. Planté comme une petite fleur au fond de toi, d'abord fragile, il continuera de grandir et de consolider ses racines même sans nom et même sans que tu le regardes faire. Avant que tu ne le remarques, à chaque fois que tu regarderas Papa, Maman, Papy, Mamie, Hana, Monchan, il sera là et ce sera tout.
Puis tu grandiras et, au fil des années, tu comprendras trop vite, trop tôt que cet amour sans encore de nom parfois fait mal.
Ça commencera doucement, les premières fois où on t'expliquera ce qu'est un héros et que Papa froncera tout de suite les sourcils, ou que les jolis traits de Maman s'assombriront d'un seul coup. Les premières fois où tu poseras des questions simplement pour en connaître la réponse, mais que tout le corps de Hana se tendra avant qu'elle ne te chuchote ce que tu veux savoir à l'oreille, à toute vitesse pendant que ses yeux regarderont tout autour de vous comme à la recherche de quelque chose ou de quelqu'un.
Ça s'intensifiera vite, malheureusement. Dès que tu seras assez grand pour jouer aux héros avec tes copains, à l'école, et pour avoir comme eux envie d'en devenir un – dès que tu auras le malheur de l'annoncer à ta famille, un grand sourire sur le visage, l'excitation pétillant dans ta poitrine comme le soda dans ton verre pour ton anniversaire, et que tout le monde se figera immédiatement de terreur. Si tu oublieras peut-être les paroles de ton père par la suite, la façon dont il tapera du poing sur la table et l'heure qu'il passera à te gronder en te serrant le poignet à t'en faire mal, tu n'oublieras jamais la drôle de couleur de son regard ; et lourde sur ton estomac, qu'il te faudra encore des années pour apprendre à formuler, comme une tache malade sur la plus belle feuille de ta petite fleur, la conviction que ce que tu ressens pour lui n'est peut-être pas réciproque, en fin de compte. Pas de la même manière. Grandissante, envahissante, elle se répandra au fil des poignes de fer qui secoueront ton épaule et des secrets qu'il ne faudra dire qu'à Maman et à Hana, sinon pleurer contre la fourrure de Monchan, au rythme des zones qui te gratteront de plus en plus souvent et de plus en plus fort, jusqu'à ce jour, ce terrible jour-
Ça atteindra son apogée, ce jour-là. Le point de non-retour. Cet amour fragile que tantôt tu essayais de protéger contre le doute, en lequel tantôt tu hésitais à croire toi-même, il essuiera un coup, puis deux, puis trois, puis les rafales se changeront en tempête ; entre le vent et l'orage, ta petite fleur tentera de résister, mais il n'y aura rien à faire. En l'espace de quelques secondes, de quelques gestes, elle te sera brusquement arrachée- Non, tu l'arracheras toi-même, comme tu le comprendras trop tard, de tes propres mains couvertes de leur sang à tous, sur fond des hurlements qui sortiront de ta gorge et d'aucune autre tandis qu'ils s'écrouleront en morceaux, en touffe de poils et lambeaux de peau et débris de corps, en poussière-
Alors tu connaîtras une période, longue, interminable, où tu n'aimeras plus et où le mot même d'amour, que tu connaîtras enfin, que tu ne rêveras que d'oublier, n'aura plus de sens à tes yeux.
Seul dans la rue, le regard écarquillé sur des images que personne d'autre ne verra mais qui ne te quitteront jamais, ceux qui tourneront la tête, ceux qui presseront le pas sans te répondre, ceux qui te repousseront doucement avant de te faire comprendre d'aller voir ailleurs – tu les haïras tous. Sous les ordres de ton professeur, le cou et la nuque en proie à des démangeaisons dont tu ne songeras même pas à avoir envie de te débarrasser, ceux qui te riront au visage et ceux qui te jureront allégeance, ceux qui se battront à tes côtés et ceux que tu désintégreras toi-même du bout de tes doigts, les noobs de passage dans ton équipe autant que les joueurs des autres guildes – tu les haïras tous. Et si par hasard tu en arrives à te poser la question, au bout d'une nuit de gaming avec Spinner, au détour d'une conversation sans queue ni tête avec Twice, sur un tour de passe-passe de Compress ou un compliment idiot de Magne ou une remarque surexcitée de Himiko- Lorsque les yeux si bleus de Dabi s'arrêteront sur toi un instant de trop, et qu'il t'appellera boss sur ce ton-là, et que ses lèvres s'arqueront en un rictus au sens presque ambigu-
« À quoi bon ? Tu ne seras jamais aimé, Tomura. Et tu n'aimeras jamais. »
À la tête de l'Alliance des Super-Vilains, prêt à marcher sur un monde qui n'attendra que de s'effriter face à ta destruction, tu les haïras tous.
… La haine ne suffira pas, cependant.
Au bout de l'ultime affrontement, à la conclusion de ce qui aurait dû être le dernier chapitre, tes genoux heurteront le sol dévasté d'un paysage en ruines et cette main qui se tendra vers toi, celle du héros Deku, Izuku Midoriya, tu voudras la haïr, elle aussi – tu t'efforceras de la haïr, de toutes les forces qu'il te restera.
Mais tu n'y parviendras pas.
Les années qui s'ensuivront alors s'étendront comme à l'infini et feront mal. Un mal de chien comme tu n'en auras pas souffert depuis longtemps, mille fois pire que de sentir tes os se briser ou ta chair se fendre parce qu'il sera à l'intérieur, partout, comme des racines ou des bourgeons sous ta peau que tu ne pourras juste pas empoigner et détruire – et plusieurs fois tu auras envie de les empoigner et de les détruire eux à la place, tous ces psychologues, psychiatres, aides-soignants, thérapeutes, Deku lui-même. Mais ce sera un mal nécessaire.
Jusqu'à ce que les images s'estompent et que les voix se taisent, ce sera un mal nécessaire. Jusqu'à ce que les démangeaisons s'atténuent et que ton souffle se calme, ce sera ce qui te mettra hors de toi autant qu'il te donnera envie que tout s'arrête, ce qui te fera hurler aussi souvent qu'il te murera dans le silence – et pourtant, un jour, tu en apercevras le dénouement dont tu pensais rester privé à jamais, et ce ne sera pas le game over auquel tu t'attendais mais une petite lumière qui brillera fort à l'autre bout du passage. Le couloir de la mort que tu aurais cru éternel, qui débouchera pourtant sur l'épilogue-
Alors même que tu ne seras pas sûr que ça en vaille encore la peine, on te rendra au reste du monde du jour au lendemain, sans lancer la musique du générique mais avec ce qu'il te faudra pour survivre et un cortège de rendez-vous que tu devras honorer. Que tu honoreras. Dont tu te serviras, malgré toi d'abord, en pleine conscience ensuite, comme d'autant de plateformes pour accéder aux étages supérieurs du niveau, comme d'autant de tremplins pour level up dans ta nouvelle vie. Elle sera simple, ta nouvelle vie, sans plus rien à voir avec toutes celles que tu auras vécues avant ; rythmée par tes obligations et les vieux jeux vidéo dans lesquels ta maigre allocation te permettra de te plonger, plutôt que par les secrets à garder ou les attaques à mener à bien, à l'aide d'un alter dont le bracelet à ton poignet t'empêchera désormais de te servir ; mais, tu mettras un peu de temps à le réaliser, ce sera la tienne.
Pour la première fois, ce sera la tienne.
Et la dernière fois de ta vie que tu aimeras, tu ne t'en rendras même pas compte.
Ça arrivera au moment où ça n'aura aucun foutu sens, comme un coup spécial qui échoue alors qu'il ne te manquait que ça pour achever le boss final, ou comme un dégât double contre un ennemi qui t'aurait tué au tour suivant, peut-être. Il t'insupportera au début, en plus, avec ses yeux gris qui ne te regarderont pas, comme découpés dans le ciel orageux, et toutes les questions qu'il posera alors que tu n'auras pas la moindre idée de comment lui répondre – toutes ces interrogations sur une époque que tu auras classée comme révolue depuis longtemps, sur ces gens dont tu auras déjà accepté qu'il vaut mieux ne pas te souvenir, sur son frère… Son frère dont tu n'auras plus rien à dire. Dont tu sauras, au fond de toi, qu'il vaudra mieux que tu ne dises rien, car où qu'il se trouve et quoi qu'il fasse, ton chemin et le sien auront terminé de se croiser et pris des directions incompatibles – qui devront à tout prix rester incompatibles, pas juste pour obéir aux nouvelles règles imposées à votre partie respective.
Natsuo restera, malgré tout. Lorsqu'il cessera de courir après un fantôme qu'il comprendra que tu ne peux pas exorciser à sa place, il deviendra plus… tolérable. Pas trop mauvais aux jeux que tu accepteras de lui faire découvrir, en plus. À mourir de rire à chaque fois qu'il perdra lamentablement, presque de bonne compagnie les fois où il ira chercher le resto à emporter – et juste comme ça, entre ses premiers sourires, ses excuses sincères et son écoute attentive… le sentiment qui s'était décomposé sous tes doigts se reformera. Avec son poing contre ton épaule, ou sa main frôlant la tienne, le terrain que les tempêtes avaient ravagé redeviendra fertile. Tu n'auras toujours pas le recul nécessaire pour le comprendre, pas tout de suite, et il te faudra encore des années pour trouver les mots pour le décrire, mais il sera là.
Il sera là et il restera, cette fois.
Alors n'aie pas peur d'ouvrir les yeux, Tenko, ne crains pas la longueur de la route ou les obstacles sur ton chemin ; ton histoire commence à peine, mais toi aussi, c'est un happy end qui t'attend à la fin.
