Bonsoir
J'ai une avance sur ma relecture donc autant poster.
Bonne lecture à vous !
Chapitre 6
La lieutenant Army était introuvable depuis son retour de mission, quelques jours auparavant. On lui avait rapporté un incident la concernant sur le chemin du retour qui était apparemment anodin. Un soldat chargé de l'escorter pour le retour l'avait défiée mais elle s'en serait sortie et l'aurait assez facilement battu. Cependant, après l'amarrage du navire dans le port de Marineford, plus personne ne l'avait vue. Il ne doutait pas de sa présence, puisqu'il avait trouvé deux matins auparavant son rapport soigneusement rédigé sur son bureau, mais elle ne participait de nouveau plus aux entrainements. Il pensa tout d'abord à un autre harcèlement mais rien ne vint étayer son hypothèse car, excepté l'incident sur le navire, rien ne lui avait été rapporté. Elle avait simplement disparu, n'apparaissant ni pour s'entrainer, ni pour se nourrir.
Il en avait bien entendu parlé à Dragon par Den Den. Ce dernier se trouvait, à ce moment, sur une île de North Blue. Il en avait d'abord été étonné, Dragon travaillant dans une base du Nouveau Monde, mais il avait décidé de ne pas relever. Après que Sakazuki lui ait expliqué la situation, Dragon avait raccroché avant de rappeler quelques minutes plus tard, lui disant de ne pas s'en préoccuper, qu'il règlerait rapidement cette affaire.
Il avait donc attendu mais cela faisait plus d'une semaine et toujours aucun signe de vie de sa subordonnée. Ayant terminé le travail de la journée et l'heure n'étant pas encore très tardive, il avait donc décidé de la chercher. Usant de son Haki de l'observation, il la trouva dans une chambre, probablement la sienne.
Arrivé devant, il hésita un instant. L'heure du dîner était déjà passée. Il n'avait aucune réelle raison de venir, et encore moins à cette heure-là. Elle avait déjà rendu son dernier rapport, aucune mission n'était assignée pour elle et, au vu de son niveau, il ne pouvait pas réellement lui reprocher son absentéisme aux entrainements.
Il soupira légèrement puis décida de frapper quatre coups. Après tout, il était son supérieur et, bon niveau ou pas, ses subordonnés avaient l'obligation d'assister aux entrainements lorsqu'ils n'étaient pas en mission ou blessés. Il attendit plusieurs secondes mais n'entendit aucune réponse ni même un bruit lui signifiant que quelqu'un était présent. Il était pourtant certain de sentir sa présence dans cette chambre.
Sakazuki fronça les sourcils.
Il était trop tôt pour qu'elle dorme. Soit elle était malade et donc clouée au lit, soit elle l'ignorait superbement. Aucun des deux cas ne l'enchantait vraiment. Il ouvrit donc rapidement la porte et découvrit sa subordonnée sur son lit, ne semblant pas l'avoir remarqué. Il ne vit pas grand-chose d'autre, la chambre étant plongé dans la pénombre.
Ne la voyant pas bouger après son entrée, Sakazuki s'approcha et tendit la main afin de prendre sa température. Cependant, il arrêta son geste lorsqu'il l'entendit s'exprimer :
« Veuillez m'excuser. Je ne suis pas en état de recevoir… Je pourrai reprendre mon travail… dans deux ou trois jours je pense… »
En entendant cela, Sakazuki fronça davantage les sourcils. Il posa sa main sur le front de sa subordonnée et remarqua sans mal sa température anormalement élevée. Il se redressa et se dirigea vers la fenêtre afin de tirer les rideaux. Cependant, à peine les eut-il touchés que la voix de sa subordonnée se fit de nouveau entendre.
« Laissez. »
Il se tourna vers la silhouette mais ne distingua aucun changement notable. Il laissa les rideaux et s'approcha du lavabo présent dans la chambre. Il humidifia rapidement une serviette et la posa sur le front de la lieutenant.
« Hm… Devrais-je appeler un médecin… »
Il s'était plus posé la question à lui-même mais la jeune femme lui répondit tout de même.
« Ça ira… Il me faut juste quelques jours… »
Sakazuki se mordit la lèvre mais obtempéra. Ne sachant pas vraiment quoi faire d'autre, il sortit et laissa sa subordonnée se reposer.
Les jours qui suivirent, il continua à lui rendre visite après le travail, lui amenant un repas et changeant sa serviette. Au départ, il s'inquiétait de ne pas pouvoir lui apporter trois repas par jour mais il remarqua rapidement qu'elle ne terminait jamais son repas de toute façon. Toutefois, elle semblait toujours avoir très soif, terminant son verre d'eau d'une traite. Aussi, avait-il pris l'habitude de lui poser une bouteille sur sa table de chevet en passant rapidement dans sa chambre tôt dans la matinée, bouteille toujours vide lorsqu'il revenait le soir.
Cette petite routine dura encore une semaine puis, un soir, en arrivant comme habituellement avec un plateau dans les mains, il eut la surprise de voir les rideaux entrouverts. Il put ainsi voir la jeune femme, assise sur son lit, regardant par la fenêtre.
« … Tu sembles aller mieux. »
Army se contenta de hocher légèrement la tête, sans se tourner. Sakazuki l'observa puis s'approcha et posa le plateau devant elle.
« Mange un peu plus puisque tu te sens mieux.
-… Pourquoi avez-vous pris soin de moi ? »
Cette question le prit de court et lui fit hausser un sourcil.
« … Tu es sous mes ordres. Il est normal de…
-Non. Loin de moi l'idée de vous dire que vous êtes mauvais mais vous êtes plus le genre de personne à envoyer quelqu'un plutôt qu'à vous occuper de la chair à canon vous-même, vice-amiral. »
Sakazuki voulut répondre mais, lorsqu'il ouvrit la bouche, aucun son n'en sortit. La cause était simple : la lieutenant s'était tournée vers lui et le regardait de nouveau avec ce regard si vif. Il déglutit et se força à reprendre contenance. Toutefois, il ne put toujours pas répondre. Il ne savait pas lui-même la raison pour laquelle il avait veillé sur elle. Il aurait pu tout simplement envoyer un soldat ou appeler un médecin malgré son refus. Pourtant, il n'avait rien fait de tel et ce fut seulement à cet instant qu'il se rendit compte que son comportement était inhabituel. Il serra alors les poings et, sans dire un mot, il fit rapidement demi-tour. Il s'apprêta à sortir lorsque la jeune femme reprit la parole.
« Je vous remercie. »
Ces simples mots l'arrêtèrent. Il se tourna légèrement vers sa subordonnée qui le regardait toujours avec ce regard si expressif. Elle ne semblait pourtant pas remarquer son trouble, ou n'y fit pas attention, et continua :
« Je vous remercie d'avoir pris le temps de passer chaque jour malgré votre emploi du temps chargé… et je vous remercie de m'avoir permis de revoir mon frère. »
Après cela, il crut déceler une légère rougeur de la part de la jeune femme avant qu'elle ne détourne le regard, lui permettant de retrouver une partie de ses fonctions cérébrales.
« … Pour tout vous dire… j'avais coupé les ponts avec lui parce qu'il ne voulait pas que j'entre dans la marine. Il disait que c'était trop dangereux pour moi. Pourtant, nous avions reçu le même entrainement… il faut croire qu'il me prenait, et qu'il me prend d'ailleurs toujours pour une enfant. »
Ses paroles firent écho à celles de Dragon. Il ne put s'empêcher de s'approcher et de poser la main sur la tête d'Army. Cette dernière releva la tête, surprise.
« Il m'en avait déjà fait part. Il m'avait d'ailleurs demandé de te forcer à te retirer. »
Army l'observa en silence et, pendant un instant, il se perdit dans ce regard. Il reprit toutefois de nouveau contenance et continua :
« Je lui ai répondu d'attendre que tu fasses tes preuves et, pour moi, tu as su répondre aux attentes de la marine. Il est très inquiet pour toi mais je suis sûr qu'il a bien remarqué que tu as muri. »
Les mots du vice-amiral étonnèrent un peu plus la jeune femme. Elle réfléchit quelques secondes puis un sourire se dessina sur son visage.
« Merci. »
Contrairement aux précédents remerciements, celui-là semblait plus personnel. Ce n'était pas la subordonnée qui parlait mais bien la jeune femme. Cette constatation et le sourire que lui fit Army firent manquer un battement au cœur de Sakazuki. Il ne sut pas immédiatement la signification de cela et ne put y réfléchir par la suite car une troisième personne entra subitement dans la chambre.
« Army. Tu vas m… ? »
Ce troisième individu, qui n'était autre que Dragon, s'arrêta lorsqu'il remarqua son collègue. Dragon plissa les yeux en le voyant et, il n'en sut pas sur le coup la raison, mais il ressentit des sueurs froides. Instinctivement, il retira sa main de la tête d'Army et se décala d'un bon pas. Cette dernière, ne faisant sans doute pas attention au malaise qui s'était installé, se leva doucement afin de saluer le nouvel arrivant. Cependant, Dragon s'approcha rapidement et l'obligea à se réinstaller sur son lit.
« Reste tranquille. Il vaut mieux que tu te reposes encore un peu. »
Army hocha doucement la tête et se rallongea, laissant Dragon prendre le plateau, le poser sur la table avant de remonter la couverture sur elle. Il caressa doucement sa tête jusqu'à ce que sa sœur ferme les yeux. Il sortit ensuite un étui à lunettes d'une de ses poches intérieures et le posa sur sa table de chevet.
« Je t'ai amené ta nouvelle paire. Repose-toi pour le moment. Tu les essaieras demain. Je resterai quelques jours au cas où il y aurait un souci. »
La jeune femme hocha une nouvelle fois la tête. Dragon se recula alors et s'approcha des rideaux afin de les fermer. Le silence se fit de nouveau et le Monkey D se dirigea vers la sortie. Une fois hors de la chambre, il fit un signe de tête, intimant à son collègue d'en faire de même. Sakazuki observa un instant sa subordonnée avant de suivre Dragon et de fermer la porte derrière lui. Il soupira légèrement puis se tourna avant de rencontrer un regard noir.
« Puis-je savoir ce que tu faisais dans cette pièce ?
-… Elle était malade. Je me suis juste occupée d'elle.
-Je te trouve bien tactile pour un garde-malade. »
Sakazuki se massa les tempes.
« Tu penses vraiment que je tenterais quoi que ce soit avec une personne malade ? Et sous mes ordres qui plus est ? »
Dragon le toisa alors puis se pinça l'arête du nez.
« … Il vaut mieux continuer cette conversation dans un endroit plus… discret. »
Sakazuki tiqua à ses mots. Il n'avait pas réellement envie de discuter avec son collègue pour le moment mais l'air sérieux de ce dernier le poussa à acquiescer.
« Allons dans mon bureau. »
Sakazuki fit demi-tour et se dirigea vers son bureau, suivi de près par son collègue. Ils arrivèrent rapidement et le vice-amiral entra avant de s'asseoir sur son fauteuil tandis que son ami fermait la porte puis s'installait, comme habituellement, sur le canapé faisant face au bureau. Ensuite, Dragon croisa les bras et sembla sonder Sakazuki tout en réfléchissant intensément.
N'aimant pas particulièrement ce silence pesant, Sakazuki prit la parole :
« Donc… Qu'y a-t-il ?
-… J'essaie de savoir ce que je devrais te dire ou non. »
Sakazuki haussa un sourcil. Ça ne ressemblait pas à Dragon d'hésiter ou de chercher ses mots. Au contraire, c'était un homme très confiant et dont chaque mot et chaque action étaient rapidement et correctement pensés. Il lui laissa tout de même le temps de mettre ses idées en place.
Finalement, Dragon le fixa, commençant par quelque chose auquel il ne s'y attendait pas :
« Je ne voulais pas qu'Army entre dans la marine car son pouvoir est trop puissant.
-… Pardon ? »
Dragon se gratta la tête, semblant regretter ses paroles.
« C'est sûrement un peu abrupt, soupira-t-il. Disons que… Army a mangé le fruit de l'information. Elle peut donc se souvenir de tout ce qu'elle voit et entend… et même extrapoler divers scénarios grâce à cela. Elle a donc été formée depuis son plus jeune âge pour… développer ses compétences. Bien sûr, notre père, de son côté, lui apprenait diverses techniques de combat afin qu'elle puisse se défendre et être plus endurante… Mais ce pouvoir l'épuise énormément.
-Mais… pourquoi me racontes-tu ça ? »
Sakazuki vit Dragon se mordre la lèvre et son regard se fit plus sombre. Il retint une grimace.
« Disons qu'elle est tombée malade parce qu'on lui a trop donné d'informations à stocker et trop peu de temps pour le faire. Et sans ses lunettes, impossible de réfréner ce pouvoir.
Ces paroles perdirent Sakazuki. Dragon le remarqua. Il se leva alors et sortit de sa poche un étui qu'il ouvrit. Il en sortit des lunettes et les lui tendit.
« Qu…
-Prends-les. »
Toujours confus, il obtempéra néanmoins et prit les lunettes. Aussitôt, il sentit ses forces l'abandonner. Il les remit alors immédiatement dans les mains de son collègue et s'enfonça dans son fauteuil.
« C'est…
-Du Granit Marin, confirma Dragon. Je lui ai laissé une paire et j'en ai demandé une deuxième au cas où si elle... hm... si ses lunettes venaient de nouveau à disparaitre disons.
-Mais… Pourquoi ? »
Dragon le fixa mais ne répondit pas immédiatement. Il rangea d'abord les lunettes.
« Toutes les informations passent majoritairement par la vision. Elle ne contrôle pas son pouvoir alors elle retient automatiquement tout ce qu'elle voit, ce qui est la cause de son épuisement. Ces lunettes ont donc été créées afin de bloquer son pouvoir. Bien sûr, ça la fatigue aussi. Ça reste toujours du granit marin. Mais, au moins, elle peut sortir sans devoir savoir quel soldat a trompé sa femme la nuit dernière.
-… Quoi ? »
Cette dernière phrase le surprit. Il ne put s'empêcher de lui demander des explications. Une nouvelle fois, Dragon ne lui répondit pas immédiatement. Il le vit d'abord se réinstaller sur le canapé et croiser les bras.
« Je te l'ai dit. Son fruit lui permet d'extrapoler. Elle peut donc déduire beaucoup de choses d'un simple regard. »
En disant cela, une pensée désagréable sembla surgir car Sakazuki le vit retenir difficilement une grimace. Il continua ensuite, sûrement plus pour lui-même :
« C'est vraiment désagréable de ne pas pouvoir lui mentir parfois. »
Dragon se reprit ensuite et fixa son collègue.
« Et c'est d'autant plus désagréable lorsqu'elle se rend compte de ce que tu ressens avant même que toi tu ne t'en rendes compte. »
Cette fois-ci, il semblait bien s'adresser à Sakazuki. Toutefois, ce dernier ne comprit pas le sens de ses propos. Il préféra donc mettre de côté cette dernière phrase et se concentrer sur tout ce qui lui avait été dévoilé.
« … Pourquoi m'avoir révélé tout ça ?
-… Tu es un supérieur juste et un très bon ami. Je sais qu'elle ne t'en aurait pas parlé mais je sais aussi que ça ne la dérange pas que je t'en parle. Toutefois, si je le fais, c'est seulement dans un but purement égoïste. »
Après cette phrase, Dragon le regarda sévèrement.
« Cesse de t'approcher autant d'elle. Elle a assez à faire entre ses missions en tant que lieutenant et les informations qu'elle doit recueillir et retenir pour... d'autres missions. On lui en demande déjà bien trop. Elle n'a pas à s'occuper aussi des états d'âme de son supérieur.
-Qu…
-Je ne t'importune pas plus. Merci de t'être occupé de ma sœur mais je prends le relais. Bonne journée. »
Dragon se leva et se dirigea vers la porte. Sakazuki, perdu, se leva à son tour.
« Un instant. Qu'est-ce que tu insinues ? Il n'y a rien…
-Vraiment ? »
Sakazuki voulut confirmer qu'il n'y avait effectivement rien mais une voix au fond de lui le fit hésiter. Il fronça les sourcils mais finit par répondre :
« Vraiment. Il n'y a rien. »
Dragon l'observa longuement puis finit par hocher brièvement la tête. Il ouvrit la porte et s'apprêta à sortir mais s'arrêta. Sans tourner la tête, il parla une dernière fois :
« Il n'y a pas si longtemps… je ne me rappelle plus de quoi nous parlions exactement… mais elle m'a dit que, quand elle t'avait regardé sans ses lunettes, ton regard était semblable au mien quand je ne m'étais pas encore rendu compte à quel point Cassiopée comptait pour moi. »
Ses mots figèrent Sakazuki tandis que Dragon sortait du bureau. Il serra les poings et se rassit lourdement sur son fauteuil avant de se masser les tempes.
« Ce n'est pas… Ce n'est pas du tout la même chose. »
Bien entendu, personne n'était présent pour l'entendre. Il s'exprimait à voix haute principalement pour se convaincre lui-même. Toutefois, les mots de Dragon tournaient en boucle dans sa tête. Dragon parlait peu de Cassiopée, restant très discret sur sa vie privée, mais, quand il en parlait, Sakazuki remarquait un amour immense et non feint. Ce n'était définitivement pas ce qu'il ressentait. Il grogna et porta son attention sur le reste des révélations afin de chasser cette dernière réplique de sa tête. Tout le monde pouvait se tromper, même avec le fruit de l'information.
Il secoua la tête et décida finalement de se concentrer sur son travail. Il n'avait pas de temps à perdre.
