Bonjour
Ce chapitre est un petit chouilla plus long que les autres, oupsi. J'espère que vous l'apprécierez tout de même.
Bonne lecture à vous !
Chapitre 7
Un mois plus tard…
Dragon s'était occupé de sa sœur les deux semaines qui suivirent afin d'être sûr qu'elle se rétablisse correctement. Sakazuki ne l'avait donc pas revue durant ce temps-là. Les deux semaines encore d'après ne lui permirent pas non plus de la revoir, le travail ayant augmenté du fait de la fin d'année qui approchait. Il ne la croisait donc que brièvement, se contentant de la saluer et/ou de lui donner une mission. Toutefois, s'il avait été honnête avec lui-même, il aurait certainement avoué que…
« Vous m'évitez, vice-amiral. »
Sakazuki s'arrêta en plein milieu d'un couloir et tourna la tête pour voir la jeune femme qui accaparait un peu trop ses pensées.
« … Pardon ?
-Vous m'évitez. J'aimerais comprendre pourquoi. »
Sakazuki se ferma aussitôt et abaissa sa casquette.
« Absolument pas soldat. Si tu as le temps de dire de telles bêtises, j'imagine que quelques missions en plus ne te feront pas de mal. »
Army fronça légèrement les sourcils. Elle voulut dire quelque chose mais, à ce moment, une alarme se déclencha. Tous s'arrêtèrent un instant tandis que la situation était expliquée via des escargophones accrochés.
« Une attaque de pirates se déroule sur une île à l'ouest de Marineford. Les première et deuxième flottes des vice-amiraux Sakazuki et Borsalino doivent s'y rendre sur le champ. »
Après cette brève annonce, plusieurs soldats se mirent en marche comme un seul homme, en direction du port. Le vice-amiral et la lieutenant en firent de même après avoir chacun récupéré leurs armes respectives. Sakazuki monta rapidement sur le navire de sa première flotte et fronça les sourcils en voyant la jeune femme.
« Tu…
-Vous m'avez assignée à la première flotte la semaine dernière afin de pouvoir me donner d'autres types de mission. »
Le vice-amiral pesta, maudissant l'idée qu'il avait eue de vouloir l'éloigner à tout prix. Il n'avait toutefois pas de temps à perdre et partit dès que tous les hommes furent à bord.
Ils arrivèrent sur place mais pas assez rapidement à son goût. En effet, quelques maisons avaient déjà été brûlées et une odeur de mort étouffait déjà l'atmosphère. Il hurla plusieurs ordres et se pressa de descendre.
Heureusement, l'incident put vite être réglé. Il fallait dire que les flottes des deux vice-amiraux avaient déjà dû coopérer plus d'une fois ce qui facilitait le travail d'équipe. Kong avait envoyé les bons hommes pour répondre à cette crise.
Une fois les pirates arrêtés, ne restait plus qu'à s'occuper des habitants. C'était la partie qu'il aimait le moins. Il n'était pas très diplomatique et ne savait pas rassurer correctement les populations. Il laissait donc généralement d'autres personnes faire. Cependant, cette fois, il était bien obligé de s'y coller, le deuxième gradé se trouvant être Borsalino, un homme encore plus doué que lui pour dire ce qu'il ne fallait absolument pas dire dans ce genre de situation. Il préférait tout de même éviter de s'adresser directement aux habitants, préférant donner des directives à ses soldats pour qu'ils puissent s'en occuper. Un camp avait été dressé afin de permettre aux blessés d'y être soignés tandis que Borsalino cherchait un moyen d'héberger les personnes dont les maisons avaient brûlé. Il savait heureusement être rapide quand la situation l'imposait.
Sakazuki prenait tout de même le temps d'écouter discrètement les conversations des habitants sous les tentes du camp afin d'être sûr que ses soldats et les infirmiers s'occupaient de tout le monde correctement. Il fut surpris d'entendre plusieurs fois qu'un soldat semblait connaitre les besoins de chacun au moment où il le fallait. Il partit donc à la recherche de ce soldat mais comprit rapidement qu'il s'agissait en réalité d'une soldate. Il ne put empêcher un soupir de franchir ses lèvres.
« Evidemment… Il faut toujours que ce soit elle… »
Alors qu'il marmonnait ces mots, il vit la lieutenant passer devant lui en courant. Il en fut d'abord surpris mais comprit rapidement lorsqu'il la vit se diriger vers un homme près de la mer. Lorsqu'elle fut à quelques mètres de ce dernier, l'homme perdit connaissance mais la jeune femme l'attrapa juste avant qu'il ne fasse un plongeon dans l'eau. Il la vit souffler un coup puis un soldat s'approcha rapidement et s'inclina.
« Excusez-moi. Il… Il semblait aller mieux… aucun blessure visible… et il avait dit vouloir prendre l'air… »
La jeune femme leva simplement la main pour le faire taire et lui sourit.
« Tout va bien. Il n'a effectivement aucune blessure. La perte de connaissance doit certainement être due à une descente d'adrénaline soudaine. Gardez-le juste à l'œil le temps qu'il se réveille et demandez à ce qu'un infirmier effectue quelques examens. »
Le soldat fit un bref salut avant d'emporter l'homme dans une des tentes.
Sakazuki, lui, ne sut pas vraiment quelle attitude adopter. Il vit toutefois la jeune femme se tourner vers lui.
Elle l'avait remarqué.
Il voulut partir rapidement, prétextant un quelconque devoir mais, encore une fois, le regard de la lieutenant le dissuada de faire le moindre geste. Ses lunettes étaient relevées sur sa tête. Il avait donc tout le loisir de voir ce regard qui faisait à chaque fois rater quelques battements à son cœur. Army, ne semblant pas se rendre compte du trouble de son supérieur, ou n'y prêtant pas attention, s'approcha. Elle s'arrêta ensuite devant lui et dut lever la tête pour le regarder dans les yeux. Sakazuki, lui, ne la quitta pas du regard un seul instant. Il voulut dire quelque chose, ne serait-ce que pour combler ce blanc ou avoir des réponses à ses questions mais il n'arrivait tout simplement pas à formuler ses pensées. Il n'eut cependant pas à y réfléchir plus car il entendit un léger rire en provenance de la jeune femme en face de lui. Il ne put empêcher quelques rougeurs d'apparaitre sur ses joues et détourna le regard.
« Un problème, soldat ?
-Aucun, vice-amiral. Veuillez m'excuser. Je ne savais simplement pas comment réagir à ce que je voyais. »
Les paroles de l'aîné Monkey D lui revinrent alors en tête et il se mordit l'intérieur de la joue.
« Et… qu'as-tu vu ? »
A cette question, Army se contenta de lui sourire et tourna sa tête en direction de la mer.
« … J'ai su que l'homme allait s'évanouir parce qu'il avait le regard dans le vague, le teint livide et il suait beaucoup trop malgré la température fraiche.
-Comment… »
Army se tourna de nouveau vers lui et, en croisant son regard, les mots restèrent de nouveau obstinément au fond de sa tête, refusant de sortir. La jeune femme l'observa et répondit comme s'il avait terminé sa question.
« Je n'en étais absolument pas sûre. Il aurait très bien pu ne pas s'évanouir. Cependant, j'ai déjà vu quelques personnes dans le même cas que lui alors je finis par voir quand ça ne va pas trop en général. »
Il se posait de plus en plus de questions.
Il avait l'impression d'être comme un livre ouvert devant ce regard car, calmement, et avec un léger sourire, la lieutenant répondait à toutes ces interrogations sans qu'il n'eut besoin de clairement les exprimer. D'un point de vue extérieur, Army sembla donc parler seule pendant plusieurs minutes.
« Je n'ai posé aucune question à toutes les personnes que j'ai aidées. Je les ai simplement observées et j'en ai déduit ce dont elles devaient avoir besoin. Je n'ai fait qu'amener des couvertures à des personnes qui tremblaient, des boissons à celles qui avaient soif et j'ai ramené un enfant auprès de ses parents en me basant sur ses traits afin de reconnaitre les liens de parenté probable. Ce ne sont que des petites actions mais, souvent, de petits gestes font bien plus plaisir que de grandes paroles. »
Puis, elle rigola de nouveau légèrement, ce qui fit une nouvelle fois rougir le vice-amiral.
« Ce n'est pas que vous êtes facilement lisible. C'est juste que je commence à connaitre vos expressions faciales et vous êtes bien trop honnête alors il m'est aisé de deviner, même légèrement, ce que vous pensez avec votre regard. »
Une autre pensée lui vint alors, différente des autres. Une question qu'il se posait depuis la première fois qu'il l'avait vu sans ses lunettes. Cette question sembla une nouvelle fois être comprise par la lieutenant mais, cette fois, elle ne répondit pas immédiatement. Elle semblait réfléchir à une manière de le dire mais il n'eut finalement pas la réponse car la jeune femme se détourna de lui et se remit à courir. Il tourna la tête et put ainsi voir Army se placer entre des habitants et ce qui semblait être un enfant. Ses vêtements étaient en piteux état et il semblait avoir été frappé. Sakazuki s'approcha rapidement mais un mouvement de la part de sa subordonnée le fit s'arrêter à quelques pas de la scène.
« Peut-on savoir ce qu'il vous prend ?
-C'est le fils du capitaine des pirates et de sa seconde ! Que fait-il parmi les blessés ?! Il n'a pas sa place ici ! »
La lieutenant fronça les sourcils à ces mots. Le garçon lui, semblait effrayé et s'accrochait à la veste de la jeune femme. Cette dernière tourna légèrement la tête et passa ses bras autour du jeune garçon.
« Vous le voyez bien. Ce n'est qu'un enfant. Un enfant blessé. Il a tout autant le droit…
-C'est le fils d'un criminel ! »
Army fusilla alors du regard la personne qui venait de s'exprimer. Cette dernière, loin d'en être intimidée, continua :
« Il a le sang d'un démon dans ses veines ! Il faut l'éliminer avant qu'il ne devienne lui-même dangereux ! »
Plusieurs acquiescèrent. Des soldats étaient arrivés entre temps mais, ne sachant pas quelle position prendre, ils se mirent derrière leur supérieur, en attente d'instruction. Ce dernier était partagé.
S'il y avait un quelconque risque, il fallait en effet…
« Un enfant n'est jamais responsable des actes de ses parents. Personne ne devrait être blâmé pour quelque chose qu'il n'a pas commis. »
La lieutenant n'avait pas haussé la voix ni eut l'air agressive. Toutefois, son ton fut sans appel et il suffit à faire taire toutes les personnes présentes. L'habitant sans doute responsable du rassemblement autour de l'enfant sembla vouloir ajouter quelque chose mais Sakazuki choisit ce moment pour intervenir. Il s'approcha de sa subordonnée, retira son manteau et le posa sur le garçon afin de le couvrir. Army le regarda alors puis, après un bref hochement de tête, elle se releva en portant l'enfant et entra dans une tente. Ce simple geste avait suffi à faire taire les dernières protestations. Après tout, si un homme aussi reconnu était intervenu, ça ne devait certainement pas être pour rien. La foule s'éparpilla, non sans quelques regards en direction de la tente de la part de quelques récalcitrants puis, le calme revint.
Sakazuki souffla et entra à son tour dans la tente. Il vit la jeune femme caresser la tête de l'enfant qui semblait s'être endormi. Sans quitter des yeux le garçon, Army prit la parole :
« Le stress et l'épuisement ont eu raison de lui. Au moins, il semble bien dormir. »
Sakazuki l'observa puis parla doucement.
« Tu avais raison. Pas besoin de grandes paroles. Il suffit de petits gestes… mais… ça peut être pratique de pouvoir s'exprimer. »
La jeune femme tourna la tête dans sa direction et haussa un sourcil. Puis, un léger sourire étira ses lèvres.
« C'est vrai. En plus, j'aime beaucoup votre voix. Ce serait dommage que vous ne l'utilisiez pas pour poser vos questions. »
Une rougeur apparut de nouveau ce qui fit pouffer de rire la lieutenant. Sakazuki grogna légèrement.
« Tu le fais exprès en fait.
-Peut-être bien. »
Puis elle se leva et contourna son supérieur pour sortir de la tente. Sakazuki ne sut pas quoi faire sur le coup. Cependant, il se reprit rapidement et fit demi-tour afin de suivre sa subordonnée à l'extérieur. Cette dernière se dirigeait déjà vers une autre tente lorsqu'il lui attrapa le bras. Il la vit alors tourner la tête vers lui avec une expression étonnée.
« … Comment peux-tu être aussi différente en fonction de si tu portes tes lunettes ou non ? »
Cette question fit de nouveau hausser les sourcils de la jeune femme. Elle se tourna vers lui et le fixa de ce regard si vif. Lorsqu'elle reprit la parole, chaque mot semblait avoir été choisi avec soin :
« … Mon frère a dû vous le dire. Mes lunettes sont en granit marin. J'ai donc une ''vision normale'' quand je les porte. Cependant… j'ai toujours été habituée à voir un peu plus que ce que voyait la majorité des personnes. Ma vision normale de mon point de vue est celle où je peux connaitre les émotions de chacun d'un simple regard… et où je peux deviner les pensées d'une personne grâce à un léger changement d'expression… j'ai appris à me fier à ma vue alors… porter ces lunettes me donnent l'impression d'être aveugle. Je suis donc moins sûre de moi… Je montre moins ce que je ressens. Je me dis que mes réactions ne seraient pas les bonnes alors je préfère rester passive… »
Puis, Army esquissa un léger sourire.
« Je me fais tellement peu confiance que je ne fais même pas la différence entre un ordre et une invitation à dîner. »
Cette phrase fit grimacer Sakazuki qui toussota légèrement pour reprendre contenance.
« Ton… frère t'en a parlé alors… »
Elle hocha alors la tête puis continua :
« De plus, le Granit Marin me fatigue. J'ai donc fini par avoir naturellement l'air tout le temps endormi.
-… Je vois.
-Mais je ne m'en plains pas. Je trouve même que je m'en sors bien. »
Après cette réplique, la lieutenant lui fit un sourire qui, de son point de vue, était éblouissant. Avant même de réellement s'en rendre compte, il tendit la main et caressa du bout des doigts la joue de la jeune femme. Se rendant toutefois rapidement compte de ce qu'il faisait, il s'excusa maladroitement et retira immédiatement sa main.
« Hum… Je te laisse reprendre ton travail, lieutenant. Tu m'enverras ton rapport quand…
-Je vous le remettrai en main propre.
-… Bien. »
Puis il partit rapidement.
Un mois plus tard…
Il n'arrivait vraiment pas à rester discret. Même Borsalino, qui contrairement à son pouvoir était loin d'être une lumière, avait remarqué son changement d'attitude. Ce changement était très simple : il devenait un peu trop tête en l'air. Ces derniers temps, il lui arrivait d'oublier un dossier confidentiel près de la machine à café, de s'excuser auprès d'une porte après s'être cogné dessus ou encore de perdre le fil de ses pensées lors d'une réunion. Ce dernier cas était un peu plus problématique. En effet, les réunions étaient importantes puisqu'elles permettaient de se mettre à jour sur les récents événements de la mer la plus dangereuse au monde. Heureusement qu'un rapport résumant la réunion était donné à la fin de chaque réunion. Toutefois, il se devait du coup de le lire attentivement pour palier à ce manque de concentration. Son emploi du temps s'en retrouvait donc chargé et il dut songer à reprendre un assistant puisqu'il avait pu faire muter son ancien secrétaire du côté de Borsalino. A cette pensée, Sakazuki se massa les tempes. Kong allait certainement lui remonter les bretelles étant donné que, à peine quelques mois plus tôt, le vice-amiral lui affirmait qu'il s'en sortait très bien sans aide.
Alors que Sakazuki grimaçait à cette pensée, de légers coups se firent entendre contre la porte de son bureau. Il soupira, se redressa et ordonna à la personne d'entrer. La porte s'ouvrit sur sa subordonnée féminine, récemment promue au rang de colonel. Cette dernière, toujours affublée de ses lunettes et de son air endormi, tenait un dossier dans les mains.
« Bonjour vice-amiral. Je vous apporte mon rapport de mission. »
Sans que Sakazuki n'eut à répondre, elle ferma la porte, s'approcha et posa son rapport sur une pile de dossiers impeccablement disposée sur un coin du bureau. Cela faisait un moment qu'elle ne s'embêtait plus avec toutes les salutations et les attentes pour une prise de parole. Au départ, elle ne le faisait que lorsqu'elle ne portait pas ses lunettes mais, petit à petit, elle avait dû s'y habituer. Bien entendu, elle le vouvoyait toujours. Il restait son supérieur après tout.
« La mission s'est-elle bien déroulée ?
-Oui, vice-amiral. Aucun problème à signaler. Tout a été soigneusement consigné dans mon rapport.
-Bien. Tu peux disposer. »
La colonelle hocha la tête et sortit du bureau. Sakazuki se massa alors les tempes.
Il ne se comprenait vraiment pas. Il arrivait clairement à lui parler d'ordinaire mais, dès qu'elle retirait ses lunettes, impossible d'articuler correctement ne serait-ce qu'un mot. Enfin, s'il avait été réellement honnête avec lui-même, il aurait su dire quel était le problème. Il s'agissait de ce regard trop expressif et de cette confiance qu'elle prenait dès qu'elle voyait le monde à sa manière. Tout en étant chaleureux, ce regard avait quelque chose d'intimidant, ce qui ne l'aidait pas à se remettre les idées en place. De plus, c'était à cause de ce regard que, depuis un mois, il n'arrivait pas à se concentrer correctement… ce regard et ce sourire…
A cette pensée, il secoua rapidement sa tête. Il n'avait pas le temps de penser à ce genre de bêtises. Bon sang, il était vice-amiral, à la tête d'une flotte entière. Il se résolut donc à faire taire cette partie qu'il n'arrivait pas à contrôler et se remit au travail.
