Маріу́поль
(Mariupol')
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Notes de l'auteure :
J'ai commencé cette histoire le Dimanche 22 Mai 2022 pour la terminer le Jeudi 11 Août 2022.
Une éternité que je peux facilement expliquer :
J'aborde parfois des sujets sensibles dans mes histoires.
Dans ma Nouvelle préférée : 'La Trêve de Noël', je parle justement de cet événement du même nom durant la Première et Seconde Guerre Mondiale.
Dans : 'Une Magie Volée', j'aborde les maltraitances faites envers les femmes.
Ma dernière histoire : 'Ceux qui restent', je parle enfin des TSPT (Trouble de Stress Post-Traumatique) un sujet délicat et violent, dont je souffre également.
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Je parle de sujets sérieux à travers des personnages fictifs, mélangeant l'irréel et le réel, pour essayer de mettre une espèce de barrière et d'éviter les angoisses.
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Cependant, il y a ce sujet glissant et d'actualité que je voulais vraiment aborder via mes histoires. Comme pour tous les autres sujets, je me documente beaucoup pour être le plus proche possible de la réalité. Mais là... Plonger dans l'horreur de cette guerre m'a énormément affecté.
Pourtant, je pense que c'est important d'en parler.
Et, pourquoi pas, utiliser des personnages fictifs pour raconter une histoire vraie ?
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Pas de lecteurs, pas de Bêta, pardon pour les fautes restantes...
/!\ Âmes sensibles, s'abstenir /!\
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BROOKLYN
Il entendait les balles siffler dans tous les sens, manquant son casque en métal de justesse, les explosions des obus à quelques mètres devant lui et en face du 107e Régiment d'Infanterie. Et puis, les nuages de poussières qui provoquèrent un brouillard aussi noir que les âmes de leurs assaillants.
Un Tank s'approcha de lui et de ses amis.
Du haut de ses jeunes 26 ans, Bucky regarda l'énorme machine avec angoisse et terreur.
Les fronts d'Azzano s'embrasèrent dans les flammes de l'Enfer Allemand. Le véhicule monstrueux commença à tirer des éclairs saphir.
Puis, tout devint noir.
Et son sang l'a suivi parce qu'il n'avait nulle part où aller...
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Bucky se réveilla, 80 ans plus tard, sur le sol de son appartement à Brooklyn.
La Seconde Guerre Mondiale n'était qu'un loin, très loin souvenir. Pourtant, Bucky avait vécu son plus grand Enfer, après ça.
Le Soldat de l'Hiver...
Bien que ses crimes en tant que 'Soldat de l'Hiver' venaient d'être tous expiés, il comprit tristement que ses souvenirs en tant que jeune Sergent de l'armée Américaine lui revenaient en esprit plus violemment qu'il ne l'aurait cru.
Par de très violents Troubles du Stress Post-Traumatique.
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Comme souvent après ses terreurs nocturnes, Bucky passa un long moment sous une douche bouillante pour laver ses souvenirs atroces. Son bras métallique, étanche, posé sur le mur décrépi de sa salle de bain, il laissa l'eau ruisseler sur son corps meurtri.
Après ce temps de relaxation, il s'habilla d'un simple jean usé, de grosses chaussures noires et d'un T-shirt gris qui camouflait les cicatrices entre sa prothèse en métal et son torse Humain. Ses plaques militaires cliquetèrent autour de son cou à chacun de ses pas. Ses cheveux bruns, désormais court, faisaient encore plus ressortir ses magnifiques yeux bleu acier. Seul son visage triste et perdu trahissait de son état mental.
Assis sur une chaise haute contre le comptoir de sa cuisine, aussi vide que le reste de son appartement, Bucky déverrouilla son téléphone pour consulter ses messages. L'utilisation de cet étrange gadget lui était encore quelque peu difficile. Surtout qu'il ne pouvait pianoter que de sa main droite, puisque la gauche était uniquement constituée de Vibranium et donc, non-tactile.
En buvant un café noir, il découvrit quelques sms provenant de Sam. Aussi connu sous le nom de Captain America.
Le nouveau.
Son texto était court et concis :
'U.S ordre nouvelle mission.
Besoin de toi.
Sam.'
Bucky souffla en composant le numéro de téléphone de son ami.
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OCÉAN PACIFIQUE
Bucky avait revêtu son costume de combat, entièrement noir, en cuir, portant de multitudes de poches pour y garder des armes à portée de main.
Sam avait également son équipement aux couleurs du drapeau Américain avec, sur le dos, les ailes mécaniques du Faucon, qu'il pilotait depuis des années.
Seuls à l'arrière de l'immense Jet Militaire, les deux hommes lisaient la pile de documents classés Top Secret par le Gouvernement.
Sam, qui était quant à lui en contact direct avec le Président et la Maison Blanche, donnait quelques informations supplémentaires à Bucky.
Le trajet au-dessus de l'océan secouait un peu. Le compartiment militaire dans lequel ils se trouvaient ne disposait que de bancs contre les parois, avec ceinture de sécurité, entouré de filets couleurs camouflages.
Bucky lut en diagonale les données des documents, tout en écoutant Captain America expliquer :
- Les U.S.A ne veulent pas déployer leurs troupes là-bas, ils souhaitent régler le conflit du façon incognito, en interne. Nous serons seuls sur place, sans renfort ni personne pour nous couvrir si nous sommes faits prisonniers.
Bucky lui lança un regard triste, que Sam comprit.
- Je sais, Buck'. Tu vas avoir de sacrées impressions de déjà-vu. Je suis désolé, je ne voulais pas spécialement te demander de venir avec moi, mais...
-... Mais je suis le seul à parler les langues Slaves. Et à connaître le terrain. Et les techniques militaires des Russes.
Sam acquiesça :
- Nous ignorons si l'HYDRA se cache derrière tout ça. Nous devons agir comme si ce conflit vient exclusivement du Dictateur au pouvoir.
Il laissa planer quelques secondes de silence, pour terminer avec sérieux :
- Bucky... Tu comprends ce que tout ça signifie, n'est-ce pas ?
L'homme souffla.
Il ferma les dossiers secrets, et lâcha :
- Ouais... J'ai déjà stoppé la Seconde Guerre Mondiale. J'imagine que je peux faire de même avec la Troisième.
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VORZEL
Il fallut plusieurs longues heures de vol, avant que le convoi aérien militaire ne finisse par abandonner Bucky et Sam au milieu d'un champ qui paraissait désert, vue d'en haut.
Une fois sur le sol étranger, l'avion repartit, laissant les deux hommes seuls face à leur futur combat, comme Sam l'avait si bien expliqué à Bucky.
Lorsque l'appareil disparut dans les nuages gris du ciel triste, Sam et Bucky commencèrent enfin à analyser les environs inconnus dans lesquels ils se trouvaient.
Ce fut un désert de désolation qui s'ouvrait sous leurs yeux. Un endroit respirant la mort, un cimetière de Tanks détruits, abandonnés par les Soldat, des voitures civils dont les nombreux impacts de balles déformaient la carrosserie. Fracassés, sur les bas-côtés des routes autrefois utilisées. Un ancien post militaire déserté par l'armée avec, autour de la base, des traces récentes des combats.
Bucky baissa les yeux, par respect et par tristesse.
Effectivement, une impression de déjà-vu, déjà-vécu s'empara de lui. Tandis que Sam visita cet endroit avec un œil nouveau. Oui, lui aussi avait fait la Guerre, en Afghanistan, assigné au 58e Escadron de Secours.
Et pourtant... Malgré cela, une immense peine envahit son esprit.
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Après tout ce qu'ils avaient vécu, après Thanos, après le Blip, après les pertes de leurs amis proches : Tony, Steve, Natasha... Après tout ça...
L'histoire se répétait à nouveau.
En marchant le long du sentier, ils découvrirent de la nourriture en état de décomposition. Des chariots rouillés rempli de courses par certains civils, dévalisant les magasins avant de prendre la fuite, mais laissant leurs butins derrière eux pour s'enfuir le plus vite possible des tirs ennemis.
Et pourtant, le pire restait à venir.
Au milieu des chars de Guerre éventrés, se trouvaient encore dans leurs ventres métalliques les cadavres de leurs occupants, carbonisés jusqu'aux os.
Bucky lâcha à son ami :
- Fait attention où tu marches, les camps viennent d'être désertés, le sol n'a pas encore été déminé.
Comprenant l'horreur de la situation, le cœur de Sam rata un battement. Son souffle se coupa à chacun de ses pas sur la terre boueuse.
Serait-ce son dernier pas ?
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Bucky comprit la panique dans la marche de son collègue. Il lui expliqua, machinalement :
- Essaye de marcher dans les traces des Tanks et des autres véhicules. Il y a moins de chance d'avoir des mines dans ces trajets, sinon les voitures les auraient déjà fait exploser.
Sam obtempéra.
En avançant lentement vers le Check-point, ils découvrirent avec horreur des tranchées creusées dans la terre boueuse, des planches de bois totalement neuves, remplient de vieilles rations de combats. Des Bunkers fait mains pour se protéger des bombardements, des toits couverts de branches de sapins pour se camoufler parmi la végétation.
Tout cela, désormais désert.
- Les Soldats ont tout quitté précipitamment... compris Bucky en marchant sur des douilles.
- Ouais, d'après mes sources, ils se sont repliés vers l'Est du pays.
Bucky avoua néanmoins :
- La Zone n'a pas été nettoyée.
- 'Nettoyée' ?
- Quand les Soldats quittent une ancienne base, ils nettoient derrière eux, récupèrent les provisions et les documents sensibles, font des Prisonniers de Guerre et retrouvent les corps des victimes pour les enterrer.
En disant 'Prisonniers de Guerre', la voix de Bucky faiblit.
Sam comprit pourquoi.
Son ami était un ancien Prisonnier de Guerre, à Kreischberg, en 1943.
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Ils quittèrent le Check-point pour rejoindre des habitations.
Mais dans le village régnait un silence de mort.
Les magasins fermés, les gens terrés chez eux.
Au milieu des herbes rouges de certains jardins, Bucky et Sam découvrirent des couvertures enveloppant des corps sans vie. Des parents, des mères, pères, enfants, des civils qui devaient rester chez eux durant l'attaque, mais qui n'avait plus de nourriture pour survivre.
Ils avaient tenté leur chance pour récupérer des vivres.
Un pas dehors, une balle, puis la mort.
Des charniers, des fosses creusées en vitesse pour enterrer les civils, mais exhumés par les autorités pour recenser les crimes de Guerre de l'Armée ennemie.
Trois hommes, tout vêtus de blanc, pelles à la main, relevèrent la tête pour découvrir Bucky et Sam. Ils comprirent rapidement.
L'un d'eux parla dans une langue qui sonna Russe, mais qui ne l'était pas totalement.
Bucky dut traduire pour son ami.
Les scientifiques demandèrent avec espoir s'ils étaient là pour stopper la Guerre.
Sam acquiesça, avec tristesse.
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Des vestiges d'artefacts dans tous les coins des anciennes occupations. Des objets estampillés d'une étoile. Comme l'étoile rouge que Bucky avait gardé sur son bras métallique durant de nombreuses années, lorsqu'il n'était qu'un pion au service de l'HYDRA.
Même si la Russie, anciennement URSS à l'époque, avait ratifié les traités de la Convention de Genève contre les Crimes de Guerre... Eh bien, cela ne l'empêcha pas de recommencer l'horreur.
Sam pianota sur son gadget autour de son poignet gauche, qui contrôlait Red Wing ainsi que les communications vers ses contacts sur place.
Sans quitter le sol écarlate des yeux, Bucky maugréa presque pour lui-même :
- Nous sommes loin des 'Big Three', pas vrai ?
Les 'Big Three' était un Code donné pour surnommer les Trois choses qui attaquaient le plus souvent notre pauvre Planète Terre depuis plus d'un siècle, Trois Entités que les Avengers combattaient sans cesse :
Les Aliens,
Les Androïde,
Les Sorciers.
Sam arrêta de pianoter sur son gadget pour regarder son ami avec peine. Bucky quitta des yeux les tâches rougeâtres, pour lâcher avec amertume :
- Les Humains arrivent très bien à se détruire tout seul. Ils n'ont jamais eu besoin d'aide extérieure pour ça.
- Buck'... commença Sam.
Un bruit étrange fit sursauter Captain America. Red Wing sonnait intensément, tout en virevoltant au-dessus des deux hommes. Sam traduit pour le Soldat :
- Mon contact sur place arrive dans 5 minutes. Il doit nous emmener sur les bords de la Mer d'Azov.
Bucky souffla et obtempéra. Mais, prit d'un doute, il demanda :
- C'est qui ce contact ? Il parle Anglais ?
Le silence soudain de son ami inquiéta beaucoup Bucky, qui dévisagea ce dernier, en réitérant sa question :
- Sam ? Qui est ce contact ?
Captain America scruta Bucky dans son jeu étrange de concours de regards noirs. Comprenant que le Soldat ne lâcherait pas l'affaire, il avoua :
- Une accointance de... De Zemo.
Bucky serra les dents et se retint pour ne pas exploser de rage. Sam essaya de le calmer, en expliquant :
- Je sais, je sais, Bucky ! Mais Zemo a beaucoup de contacts dans les Pays de l'Est et le Gouvernement Américain se dédouane de cette mission à cause des représailles. Nous avons besoin de ce genre de personnes pour progresser ici.
Bucky le comprit, mais cela ne l'empêcha pas de maugréer derechef :
- D'accord. Mais si jamais ce mec essaye, comme Zemo, de réciter mes Triggers pour m'activer, je le tue, c'est clair ?
- Reçu.
Sam souffla de soulagement.
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DONETSK
Le trajet se passa étonnamment bien entre les trois hommes. Andreï Dmytro, le contact de Sam, ne semblait pas connaître le passé de Bucky. Apparemment, Zemo n'avait pas jugé bon de le mettre au courant concernant les actions de l'ancien Soldat de l'Hiver. En réalité, Andreï se fichait éperdument de la raison de leurs préséances ici, le conducteur souhaitait simplement être payé par son Boss, qui contrôlait encore ses accointances via sa prison, sur le Raft.
Le véhicule Iveco VTLM Lince (Engin militaire blindé) passa par des chemins tortueux et cachés des séparatistes. Il fallait donc conduire toute la nuit pour traverser le pays à feu et à sang, jusqu'à retrouver un sentier de terre dès l'aube.
Sam sursauta en se réveillant.
Bucky n'avait pas fermé l'œil de la nuit, trop occupé à scruter et à épier tout ce qu'il se passait autour de lui.
Enfin, le convoi arriva devant un énorme panneau de bois où une phrase étrange était gribouillée à la peinture rouge :
Иди Hаxуй
Andreï se mit à rire.
Comme Sam ne comprenait pas le sens de ses mots, il jeta un regard interrogateur vers son ami, qui traduit :
- 'Navires russes, allez vous faire foutre.'
Andreï rit derechef en tournant violemment le volant :
- Da !
Puis, il stoppa l'Iveco et se retourna vers Sam et Bucky, en expliquant en Anglais :
- Les routes sont compromises. L'ennemi a mis des Check-Point stratégiques sur les plus grands axes. Je ne peux pas continuer plus loin.
- Comment faire pour rejoindre Mariupol ? questionna Sam.
L'homme tendit son doigt vers une direction, en expliquant simplement :
- Rejoignez les lignes de front. Y'a pas moins de 500 Km de tranchées creusées par les Soldats pendant les combats. La seule façon de rejoindre Mariupol sans que l'ennemi ne vous voit venir.
Bucky acquiesça et commença à descendre du véhicule blindé, en disant tout simplement :
- Дуже дякую. До побачення
(Merci, au revoir)
Andreï lui fit un signe de tête. Sam quitta à son tour l'engin, puis il regarda son contact partir loin d'eux.
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C'était comme faire un bond dans le temps, loin, loin en arrière.
De retour en 1914 et en 1940.
Pour Bucky, c'était un violent flashback en 1943, en Italie, sur les fronts d'Azzano avant d'être emprisonné à Kreischberg.
Comme Andreï l'avait si bien dit, les tranchées mesuraient plus de 500 Km de long, entièrement faites à la main, sans bulldozer ni machinerie géante. Les murs friables étaient recouverts tantôt de tôles de métal, tantôt de tuiles, tantôt de bâches de plastiques. En bref, de tout matériau qui pouvait retenir la terre et permettre aux Soldats de traverser les minuscules passerelles en bois, également construites à la main, 1m50 sous le sol.
Bucky en tête, Sam juste derrière lui, ils progressèrent lentement dans ce labyrinthe angoissant. Çà et là, ils apercevaient des tentes de fortunes, de toile ou de plastique, qui servaient de murs pour les douches ou les latrines.
Seul le gazouillis des oiseaux résonnait dans ce silence pesant. Après plus d'un kilomètre dans les tranchées, les deux hommes tombèrent sur une cuisine de fortune, sous un plafond de filets militaires. Bucky jeta des coups d'œil dans tous les sens, en demandant :
- Où sont les Soldats ?
Sam pianota une nouvelle fois sur le gadget accroché à son poignet gauche, Red Wing lui communiqua directement les informations :
- Ils sont presque tous à l'Usine Métallurgique d'Azovstal, là où le dernier bastion de résistance se trouve.
Bucky reprit la marche dans le dédale labyrinthique, en questionnant derechef :
- Pourquoi nous n'avons pas directement atterri à Mariupol dans ce cas ?
Sam abandonna les données de Red Wing, pour expliquer :
- La bataille est trop violente, notre engin aérien aurait pu se faire attaquer par les Séparatistes, ou même par la Résistance. L'aéroport du Donbass est compromis depuis longtemps. Même les civils atterrissent plutôt à Kiev. Encore une fois, nous sommes ici incognitos, personne ne doit nous voir venir. L'ennemi pourrait se venger avec violence sur les victimes.
Bucky accepta cette explication.
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MARIUPOL
Au fur et à mesure qu'ils marchaient en direction de la ville, l'air devenait de plus en plus lourd et chargé de fumée irrespirable. Bucky possédait toujours le Sérum de Super-Soldat dans son sang, mais ce n'était pas le cas de Sam, qui commença à tousser. Heureusement, la combinaison de son costume de Captain America le protégeait beaucoup de l'atmosphère étouffante. Le soleil ne souhaitait pas faire passer ses rayons chauds à travers les nuages gris et denses, et ce, même en cette belle matinée. La vue désolante retourna le moral des deux Soldats. D'épaisses fumées noires s'échappaient encore des hauts immeubles en ruines. Les arbres morts, sans feuilles, donnaient une ambiance apocalyptique. Les jardins, les sentiers et les trottoirs étaient désormais jonchés de pierres, de briques détruites et d'objets qui, autrefois, devaient appartenir à des familles.
Bucky souffla et baissa les yeux sur ses pieds, faisant attention de ne pas marcher sur des débris dangereux. Sam continuait de pianoter sur Red Wing, qu'il pilotait à distance. Son écran autour du poignet affichait ce que le gadget rouge survolait et voyait.
Des ruines.
De la fumée.
Le désert gris.
Pourtant, Sam perdura dans ses recherches : un rescapé, un Soldat, n'importe qui...
- C'est quoi le plan ? questionna Bucky en brisant le silence pesant. Marcher jusqu'à Azovstal ?
Sans quitter sa montre des yeux, Sam répondit :
- Yep. Nous avons plus de chance de survivre à une attaque en étant sur terre, que dans les airs.
Bucky lui jeta lui regard noir.
- Tu es sûr de ça ?
Sam s'apprêtait à répondre, mais un énorme bruit retentissant, violent et rayonnant, lui coupa la parole.
Un flash orangé, tellement lumineux que les deux Américains durent fermer les yeux pour ne pas être aveuglé. De fait, ils n'eurent pas le temps de voir le coup venir.
Ou plutôt, la bombe.
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AZOVSTAL
Un acouphène terrible vrilla les oreilles de Bucky, dont les perles de sang tombaient sur le sol sale en béton. Il essaya d'ouvrir les yeux, mais une migraine atroce martela son pauvre crâne.
Malgré les bourdonnements incessants dans ses tympans, il entendait des voix lointaines hurler quelque chose. Le son Slave des injonctions le ramena à Kreischberg, capturé par l'HYDRA...
Il revoyait l'énorme tank ennemi se diriger vers lui, et ses camarades du 107e.
Il pouvait presque sentir les barreaux de métal sous ses doigts sales, enfermé dans la cellule avec les autres prisonniers.
Il ressentait encore la douleur puissante qui brûlait l'intérieur de son corps, la pneumonie qu'il avait attrapé sur le front.
Et puis...
Un homme hurla au-dessus de lui, dans la réalité :
- Що з вами ?!
(Est-ce que ça va ?!)
Ce n'était pas du Russe, même si ça y ressemblait beaucoup.
Il fallut un effort surhumain à Bucky pour pouvoir ouvrir les yeux et apercevoir, au-dessus de son visage, la fine silhouette d'un jeune Soldat Allié.
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Au moment de la détonation de la bombe, Bucky et Sam furent propulsés dans les airs par une violente force, en quelques secondes à peine. Heureusement, des Soldats Alliés se trouvaient non loin de là, dans une cachette, à l'affût des tirs ennemis. Ils comprirent bien vite que les deux Américains ne faisaient clairement pas partie de l'armée ennemie. De fait, ils coururent vers eux pour leur venir en aide, et les traîner jusqu'au camp le plus proche...
...Celui de l'Usine Métallurgique d'Azovstal...
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Il fallut deux longs jours à Bucky pour officiellement se réveiller. Trois jours furent nécessaires à Sam, qui n'avait pas de Sérum de Super-Soldat dans son sang.
Durant ces deux nuits, les terreurs nocturnes de Bucky le ramenèrent dans les plus vicieux de ses traumas. La Guerre était omniprésente, aussi bien dans sa vie, que dans ses songes.
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Un nouveau matin, Bucky réussit enfin à se lever, avec l'aide d'un Soldat et d'une Infirmière qui changea le bandage qui couvrait une énorme et profonde plaie sur sa tempe gauche, vestige des schrapnell de la bombe. Le jeune Allié s'approcha de Bucky, pour lui demander, dans sa langue :
- Як справи ?
(Comment ça va?)
- Добре. дякую.
(Ça va. Merci.)
Bucky demanda à voir Sam. Le Soldat le conduisit à son lit de fortune. En regardant tout autour de lui, Bucky comprit rapidement qu'il se trouvait à Azovstal.
Sam dormait encore. Son costume l'avait presque entièrement protégé. Seules ses épaisses lunettes avaient explosé sous la violence de la bombe.
Bucky fut soulagé de votre son ami sain et sauf.
Puis, il commença à parler au jeune Soldat, toujours à ses côtés.
Ce dernier se nommait Oleksiy, il n'avait que 21 ans, mais se trouvait pourtant déjà aux commandes de son unité, dans une partie du camp. Il avait rejoint la Guerre à l'adolescence, notamment en tant que manifestant Pro-Ukraine durant l'Euromaïdan, entre 2013 et 2014. Bucky écouta toute son histoire avec attention, tout en déambulant dans les allées du camp intérieur, au milieu de civils et des Soldats. Quelques animaux, autrefois errants, avaient rejoint les Alliés pour leur plus grand bonheur. S'occuper des chats et des chiens, tout en les caressant et jouant avec eux, remontait souvent le moral des troupes.
D'ailleurs, au détour d'un couloir, un chat entièrement blanc se faufila entre les jambes de Bucky.
Oleksiy sourit en lui présentant 'Alpine', la nouvelle recrue de soutien psychologique. Le Soldat se pencha pour attraper le chat, pour la dorloter dans ses bras, tout en la caressant, et tout en continuant de discuter avec Bucky.
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En fin d'après-midi, les oreilles, encore douloureuses de Bucky, entendirent un bruit étrange au loin. Un bruit métallique.
Face à son regard intrigué, Oleksiy lui expliqua que c'était simplement les bruits des tronçonneuses que faisaient les militaires dans la zone sécurisée, pour préparer le bois pour la nuit et permettre de réchauffer tout le monde le mieux possible.
Bucky esquissa un sourire.
Ses yeux fatigués se posèrent sur un des murs du fond du camp.
C'était un simple mur gris, en crépis, mais cribler d'impacts de balles. Oleksiy expliqua assez rapidement :
- Ce sont les balles des Snipers Séparatistes... Il y en a un peu partout, ici.
Le mot 'Sniper' déclencha un Trigger dans l'esprit de Bucky. Au temps de la Seconde Guerre Mondiale, aux côtés de Steve, Bucky était lui-même le Sniper du 107e Régiment d'Infanterie.
Bien avant de devenir le Soldat de l'Hiver.
- J'ai été Sniper... avoua Bucky, dans un murmure.
Oleksiy lui fit un léger signe de tête en continuant de caresser Alpine.
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Quatre jours après l'explosion de la bombe au centre de Mariupol, Sam finit par totalement se réveiller, et même réussir à se lever et à marcher. Bucky le briefa du mieux possible sur ce qu'il avait découvert durant ces quelques jours passés dans l'Usine.
Le nouveau Captain America écouta attentivement, essayant d'assimiler les dernières informations. Il voulait donner des nouvelles de leur mission au US, pour cela, il commença à pianoter sur la montre à son poignet gauche pour appeler Red Wing.
Bucky l'arrêta :
- Inutile, Red Wing a explosé avec la bombe.
Sam souffla de désespoir.
- Désolé... rajouta Bucky.
Contre toute attente, ce mot fit sourire Sam, qui lâcha avec humour :
- Menteur. Tu as toujours détesté Red Wing.
Pour la première fois, depuis qu'il avait mis les pieds en Europe, Bucky se mit enfin à sourire.
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Deux petits jours plus tard, et avec l'aide de la traduction de Bucky, Sam put parler aux Soldats du Bastion de résistance pour pouvoir joindre le Gouvernement Américain. Il pouvait seulement les informer de la situation, sans pouvoir leur demander de l'aide, puisque lui et Bucky se trouvaient sur le sol Européen dans le plus grand des secrets et livraient à eux-mêmes. Le Captain America fit transférer la communication par une ligne sécurisée, mise en place par Tony Stark, avant la dernière bataille contre Thanos.
Après avoir fermé le canal de transmission, Sam jeta un coup d'œil vers son ami.
Bucky en profita pour questionner :
- Maintenant quoi ?
Sam rangea les appareils électroniques, en répondant simplement :
- Je dois rencontrer Volodymyr Zelenskyy, le Président actuel, dans trois jours. Je vais avoir besoin de toi pour la traduction.
- Et après ça ?
Sam observa Bucky avec questionnement :
- Après ça ? Nous allons essayer d'arrêter la Guerre.
Bucky acquiesça :
- OK. Tu fais ça.
Cette fois-ci, le Captain scruta son ami avec suspicion :
- Tu as d'autres projets ?
Bucky baissa les yeux vers le sol crasseux, et avoua à demi-mot :
- J'ai beaucoup parlé avec Oleksiy, il m'a dit qu'une petite unité doit se rendre à Pisky, un peu plus à l'Est du pays. Je me suis porté volontaire pour être le Sniper de la troupe. Après tout, c'était mon boulot... En 1943...
Il esquissa un faux sourire.
Sam comprenait.
Sam comprenait même très bien.
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THE END
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Notes de fin :
Durant l'année écoulée, j'ai beaucoup écrit sur le sujet de la Seconde Guerre Mondiale via le personnage Bucky. J'ai vu beaucoup de reportages (En étant alité pendant 3 semaines à cause du COVID), j'ai lu des livres tous plus atroces les uns que les autres et lu des témoignages.
En vrai, en faisant tout ça, pour moi c'était 'loin'.
Une chose dans le temps, passée, que l'on apprend à l'école, grossièrement.
Avec des photos en noir et blanc et des vidéos colorées par la technologie d'aujourd'hui.
Mais, voir des reportages 'IRL', filmant de vrais camps, de vrais gens, de vrais civils et Soldats actuels. Avec la technologie de nos jours et les images actuelles... C'est chaud.
Je ne sais pas si le passé se répète ou si nous revivons le passé, mais...
C'est la merde.
D'ordinaire, je joue l'autruche pour l'actualité.
Je l'ai fait avec le COVID, même si je l'ai chopé, j'ai préféré me mettre des œillères.
Cependant, de par mon éducation militaire, la Guerre me touche personnellement et je me renseigne beaucoup à ce sujet, c'est normal.
J'imagine déjà les cours dans les écoles dans 50 ans...
Et vous ?
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Sources vidéos & articles (Français & Anglais) :
Charles Villa a filmé les crimes de guerre de l'armée russe en Ukraine – Brut.
LMPC - Ukraine / Russie : Comment est on arrivé jusqu'à cette guerre ? – Le Roi des Rats.
Captive medic's bodycam shows firsthand horror of Mariupol – Vasilisa Stepanenko & Lori Hinnant.
Guerre en Ukraine : qu'est-ce que Azovstal, le dernier refuge des soldats à Marioupol ? – Sud Ouest.
'I thought I was dead and in another dimension, in paradise and white fluff flying around.' – Dmytro Rayevskyi, Tetyana Lohvynenko.
La Guerre en Ukraine – Le Grand JD.
Une VRAIE GUERRE en EUROPE (et j'y suis allé) – Simon Puech.
