Résumé : Une mission de plus, sur une planète au climat capricieux. Une relation qui se métamorphose peu à peu, puis bascule.

Bonne lecture !


Émergence


Les eaux du lac de montagne étaient incroyablement claires en cette matinée. Claires et brillantes, d'un bleu transparent qui ressemblait à s'y méprendre aux superbes atolls de certains mondes éloignés.

Sauf que cette planète n'avait rien à voir avec un quelconque paradis fait d'îles et d'une mer calme. C'était une minuscule planète, à six jours de voyage de Coruscant. Un caillou perdu dans l'espace, fait de montagnes humides au climat capricieux. Un monde peuplé d'humanoïdes à la peau si blanche qu'elle était translucide sous certaines lumières. Des habitants peu bavards, qui s'exprimaient pour la plupart dans un mélange de sifflements et de claquements de langues. Seuls quelques-uns d'entre eux parlaient un Basic haché, mais complet, suffisamment pour que les deux Jedis soient en mesure de réaliser ce pour quoi ils avaient été envoyés en cet endroit. À savoir aider à l'écriture d'un traité de paix entre deux factions rivales.

Obi-Wan ne regrettait ni Illum, ni Hoth. Et encore moins les tempêtes de sable continuelles de la planète qu'ils avaient visitée juste avant celle-ci. Malgré tout, la succession d'orages et de pluies torrentielles qu'ils avaient expérimentée depuis leur arrivée n'était guère réjouissante. Surtout combinée avec la chaleur écrasante qui planait dans l'air.

Trois longues semaines s'étaient écoulées depuis leur arrivée. Et ce matin, c'était la première fois qu'Obi-Wan pouvait contempler les rayons du soleil matinal, sans que ces derniers soient ternis par la pluie.

Les discussions de la veille s'étaient poursuivies jusque tard dans la nuit, et les deux Jedis n'avaient pu regagner leur logis qu'après avoir apaisé une tension lourde et pesante.

Obi-Wan était épuisé. L'orage l'avait réveillé à plusieurs reprises. Et même l'aura réconfortante de son Maître, profondément endormi à l'autre bout de leur cabane étroite, n'était pas parvenue à l'apaiser.

Le soleil venait tout juste de se lever. Et pourtant, le jeune Jedi était déjà debout.

Une nuit de plus. Une nuit agitée, qui ne faisait qu'ajouter un poids de plus à la fatigue qu'il traînait déjà.

La cité était située dans la montagne, dans un enchevêtrement de constructions accrochées à même les falaises. Le jeune homme avait été surpris d'y trouver de nombreux palais, dans lesquels étaient incrustés de nombreux cristaux de toutes sortes, qui faisaient la richesse de ce peuple si étrange.

Sa respiration était calme, tandis qu'il exécutait patiemment une suite de katas bien précise. Un exercice pour commencer la journée dans le calme, et communier avec la Force, si présente en ce lieu. Mais il sentait que cela n'était pas suffisant.

Torse nu, pieds nus, seul restait son pantalon ajusté, qui était presque étouffant dans la chaleur humide.

Il se débarrassa du vêtement, après une brève analyse des alentours. Leurs hôtes leur avaient gracieusement prêté cette cabane étroite, située à près d'une demi-heure de marche du centre-ville. Obi-Wan avait au début été presque vexé d'être autant mis à l'écart. Mais à présent, il appréciait cette solitude relative.

Il plongea sans attendre dans le lac.

Il savait qu'il n'était plus loin de la fin de son apprentissage. Son Maître le lui avait répété à plusieurs reprises. Il lui restait quelques mois. Peut-être un an. Avant le début d'une autre étape de sa vie. Et la routine qui s'était installée depuis leur arrivée sur cette planète n'avait fait que renforcer cette impression.

Ils participaient tous les deux aux discussions. Mais Qui-Gon se comportait avec lui davantage comme un partenaire de mission que comme un professeur, écoutant son avis et le laissant marcher à ses côtés, et non plus dans ses pas, tout en le mettant en avant vis-à-vis de leurs hôtes.

Un jour, l'homme ne serait plus là pour l'épauler. Et Obi-Wan devrait faire ses propres choix, et endosser le rôle d'un véritable Chevalier Jedi. Cette perspective était incroyablement attrayante. Il avait travaillé dur pour cela, toutes ces années durant. Mais une crainte en particulier demeurait. Celle de perdre son Maître.

Il savait ce qui adviendrait lorsqu'il serait déclaré comme Chevalier Jedi. Il serait expédié d'un bout à l'autre de la galaxie, avec comme objectif de faire ses armes. Seul. Avec de rares contacts avec celui qui lui avait enseigné si longtemps.

Il avait longuement médité sur ce concept. Particulièrement pour comprendre pourquoi cela le dérangeait autant. Ces derniers temps, il ne pouvait nier que la présence de son Maître était devenue une ancre, un phare dans la tempête. Il était un Padawan senior. Presque un Chevalier Jedi. Et pourtant, il s'accrochait à Qui-Gon comme s'il était l'unique chose qui l'empêchait de sombrer.

Obi-Wan regagna la surface pour reprendre sa respiration.

L'eau fraîche était un pur bonheur, un délicieux contraste avec la chaleur déjà écrasante de l'air.

Il nagea plusieurs minutes, plongeant plusieurs fois pour admirer les algues aux couleurs exotiques qui résidaient dans l'eau, et dont les couleurs étaient accentuées par les rayons du soleil.

Puis finalement, il vint s'installer juste au bord du lac, à l'endroit précis où une cascade venait se jeter dans ce dernier.

Il soupira avec bien-être au massage de l'eau qui tombait sur ses épaules.

Il était encore incroyablement tôt. Les négociations n'allaient pas débuter avant plusieurs heures. Même son Maître n'était pas encore levé.

Obi-Wan ferma les yeux, et commença à méditer.

Ce fut un murmure dans la Force qui le ramena à la réalité. Un bruissement, à peine perceptible. Mais suffisant pour qu'un Jedi s'en rende compte. Plus particulièrement lorsque l'aura en question lui était familière.

Obi-Wan cligna des yeux, et sourit à la figure élancée de son Maître, qui l'observait depuis le bord du lac, pas encore vêtu de son attirail complet de Jedi. Sa tunique et son pantalon étaient froissés, et Obi-Wan songea que l'homme avait dû dormir dans ces derniers.

Ses cheveux n'étaient pas encore noués, et le jeune homme fut surpris de songer à quel point il avait envie de passer ses mains dans ces derniers.

-Obi-Wan, le salua l'homme. Tu es bien matinal.

-Il fait trop chaud pour dormir paisiblement, répondit le jeune homme avec un sourire contrit.

-Hmm, fit l'homme d'un ton d'approbation. Heureusement que nous avons ce lac pour nous rafraîchir. Je ne m'étais pas rendu compte que tu avais pris l'habitude de t'y baigner.

-Je ne voulais pas vous réveiller, Maître, fit Obi-Wan avec amusement. Manifestement, vous dormez beaucoup mieux que moi depuis que nous sommes arrivés ici.

Le plus âgé acquiesça.

Puis il s'assit le long du lac, et vint tremper des pieds dans l'eau.

Il ferma un instant les yeux, un sourire de contentement sur les lèvres.

-La Force est forte en cet endroit. Cela faisait longtemps que je ne l'avais pas sentie aussi animée. Ce matin, en particulier.

Obi-Wan acquiesça. Il avait lui aussi perçu cet émoi particulier, ce tressautement empli d'une joie étrange. Comme si la Force attendait quelque chose.

-L'arrivée du beau temps, peut-être ? Plaisanta-t-il. Il n'a fait que pleuvoir depuis que nous sommes ici.

Cela arracha un sourire à son Maître. Mais ce dernier secoua la tête.

-Non. Il y a autre chose.

Il leva la tête en direction du ciel, et sourit aux nuages qui s'étiraient paresseusement en altitude.

-Je l'ai senti chez nos hôtes, hier soir, confia-t-il. Ils attendent quelque chose. Notre interprète a fait mention d'une manifestation particulière qui ne se produit qu'une fois dans l'année. Je crains qu'ils ne souhaitent pas poursuivre les négociations aujourd'hui. Mais cela nous laissera du temps pour nous reposer.

Il huma l'air, puis sourit avec contentement.

-Je suis incroyablement fier de toi, Obi-Wan, déclara-t-il ensuite en reportant son attention sur son apprenti. Tu fais honneur à mes enseignements. J'espère que tu réalises que le rôle que tu as pour cette mission est celui d'un Chevalier, et non d'un Padawan.

Obi-Wan rosit à ce compliment.

-Encore quelques mois, et tu prendras ton envol, poursuivit Qui-Gon dans un soupir. La Force me le murmure depuis quelque temps déjà. Tu seras un formidable Chevalier Jedi, mon Padawan. Et pourtant...

-Pourtant, Maître ?

Leurs regards se croisèrent.

-Je ne puis m'empêcher d'être nostalgique de toutes ces années passées en ta compagnie, fit Qui-Gon d'une voix douce.

-Maître, c'était un honneur, bafouilla le jeune homme.

Il baissa les yeux, sa main jouant avec la surface de l'eau.

-Je médite à ce sujet depuis des mois, admit-il.

-Oh vraiment ? Releva son Maître. Et quelles sont tes conclusions ?

Obi-Wan rosit.

Le regard de Qui-Gon était porteur d'une émotion bien particulière, sur laquelle il n'arrivait pas à mettre de mots. Une vibration qui se répercutait jusque dans leur lien, et qui se propageait dans la Force autour d'eux.

Obi-Wan hésita un instant, puis secoua la tête.

-Ce que je souhaiterais est indigne d'un Jedi, finit-il par murmurer.

Il eut un rire amer.

-Je suis si proche du but, souffla-t-il. Et pourtant, c'est à ce stade que je commence à douter. Je n'ai pas envie de vous quitter, Maître. Qui-Gon.

-Obi-Wan...

Le visage de Qui-Gon faisait écho au trouble qu'Obi-Wan ressentait dans la Force. Il humidifia ses lèvres, et les yeux du plus jeune glissèrent vers ces dernières.

Puis il ferma les yeux, tandis que des pensées nouvelles s'immisçaient dans son esprit. Des pensées qui n'avaient rien à faire dans la tête d'un Jedi.

-Obi-Wan, répéta Qui-Gon.

Les paupières du jeune homme se soulevèrent à nouveau, et il ne put retenir un souffle de surprise.

Son Maître s'était relevé, et s'était défait de sa tunique, dévoilant son torse nu. Bien malgré lui, Obi-Wan détailla les muscles sous la peau de l'homme, ces lignes qu'il avait pourtant déjà pu observer auparavant. Mais cette fois, la situation était tout autre.

Son attention s'attarda sur les cicatrices blanches, dont certaines descendaient jusque sous le tissu encore noué à sa taille...

-Puis-je me joindre à toi ? S'enquit doucement son Maître.

Le jeune homme acquiesça aussitôt.

Et il ne lâcha pas l'homme du regard tandis que ce dernier dénouait les liens de son pantalon. Le vêtement tomba au sol, et Obi-Wan détourna le regard.

Ce n'était pas la première fois qu'il voyait son Maître nu. Leurs nombreuses missions, parfois dans des conditions déplorables, étaient souvent dépourvues des notions d'intimités les plus élémentaires. Pourtant, alors que Qui-Gon s'enfonçait dans l'eau, Obi-Wan percevait la tension bien présente. Comme une attente. Comme si quelque chose s'apprêtait à basculer.

Qui-Gon nagea dans sa direction. Et ce ne fut que lorsqu'il se posta juste devant Obi-Wan que ce dernier s'autorisa enfin à relever les yeux.

Son regard s'attarda sur le torse de son Maître, et sur les gouttes d'eau qui roulaient sur les muscles de ce dernier. Puis il releva la tête, pour croiser le regard de l'homme. La lumière si particulière de ce début de matinée faisait briller ses yeux bleus d'une manière inhabituelle. Comme si ces derniers étaient habités par la Force elle-même. Mais c'était bien avec un sourire doux que l'homme observait son apprenti. Un sourire qu'Obi-Wan lui connaissait.

-Tu es encore jeune. Ne sois pas trop dur avec toi. Le Code est une ligne directrice. Pas un règlement à suivre à la lettre.

-Le Conseil serait horrifié d'une telle affirmation, fit Obi-Wan d'un ton amusé.

Cette remarque arracha un sourire amusé à son Maître.

-C'est pourtant la vérité. Ou du moins, celle que j'ai décidé de suivre, lui répondit-il doucement.

Obi-Wan sursauta lorsque la main de son Maître se posa sur sa joue. La paume de l'homme sortait tout juste de l'eau fraîche. Et pourtant, elle était incroyablement chaude. Et douce.

Les doigts de Qui-Gon glissèrent jusque sur son menton, puis vinrent effleurer doucement ses lèvres.

-La question, reprit doucement son Maître, est la suivante, mon Padawan. Es-tu prêt à prendre ce risque ?

-Je...

Obi-Wan manquait d'air. Les paroles de Qui-Gon n'étaient pas innocentes, loin de là. Il se trouvait face à un précipice. Sur le bord d'une falaise. Il pouvait reculer, et continuer sa vie comme si rien ne s'était passé. Mais il pouvait aussi sauter, et faire confiance à la Force. Et cette dernière chantait dans son esprit.

Il prit une profonde inspiration, puis agrippa la main de son Maître, pour venir embrasser délicatement son poignet.

-Je le suis, sourit-il. Je suis prêt.

Pourtant, Qui-Gon hésitait. Cela était clair dans son regard. Comme s'il n'était pas vraiment certain de la marche à suivre. Ou peut-être doutait-il de la sincérité pourtant évidente de son Padawan.

-Peut-être devrions-nous réfléchir à tout cela, murmura-t-il.

Obi-Wan roula des yeux avec exaspération. Son Maître pouvait être exaspérant et obtus par moments. Il avait passé les trois dernières semaines à considérer Obi-Wan comme un Chevalier Jedi. Et maintenant, il reprenait le dessus en tant que Maître. En tant que celui qui était capable de prendre ce genre de décisions.

Le jeune homme se mit sur la pointe des pieds, et manqua de perdre l'équilibre en raison de l'instabilité du lit de sable et de roches. Mais il parvint finalement à s'agripper maladroitement aux épaules de son Maître. Puis il posa ses lèvres sur les siennes.

Il perçut aussitôt l'exclamation de surprise de Qui-Gon. Mais cette dernière disparut bien vite. L'homme répondit à ce baiser, passant une main autour de la taille du plus jeune. Et Obi-Wan perdit pieds.

Il bascula en arrière, attirant son Maître à sa suite, pour reposer ensuite sur le mélange de roches et de mousses qui constituaient le bord du lac. Ses lèvres n'avaient pas quitté celles de Qui-Gon.

Le contact de leurs peaux nues était électrisant.

Et il y avait cette cascade, qui continuait de déverser sur eux une eau fraîche et transparente. Cela s'additionnait pour donner une sorte de chaud/froid qui ne faisait rien pour calmer le désir d'Obi-Wan.

-Qui-Gon...

Les lèvres de son Maître avaient glissé dans son cou, puis sur sa clavicule, pour ensuite venir embrasser délicatement sa pomme d'Adam. Comme dans toute chose, Qui-Gon était appliqué. Il donnait l'impression de s'être donné comme objectif la cartographie précise de chaque centimètre de peau de son Padawan. Il n'en était qu'au haut du corps, et Obi-Wan ne savait pas comment il allait pouvoir résister jusqu'au bout.

Il se cambra lorsque son Maître embrassa un point particulièrement sensible, juste sous son oreille gauche.

Son gémissement de plaisir mourut dans sa gorge, tandis qu'il tentait de reprendre sa respiration. Puis il passa une main dans la nuque de Qui-Gon pour l'attirer à son nouveau à lui, mordant sa lèvre inférieure tandis que leurs bassins s'entrechoquaient.

Le jeune homme était perdu dans un monde fait de désir et d'anticipation. La Force dansait autour de lui, célébrait ce contact, mêlait son aura à celle de son Maître.

Il en voulait plus. Toujours plus.

Le désir de Qui-Gon était évident contre son bas-ventre, et Obi-Wan avança une nouvelle fois son bassin, augmentant cette friction si délicieuse.

L'écho du gémissement de son Maître se répercuta sur ses lèvres.

-Doucement, Obi-Wan.

Mais le jeune homme en voulait plus. Enivré par ce désir qu'il n'arrivait plus à contrôler, il laissait ses mains explorer ce corps auquel il avait si souvent rêvé ces derniers temps. La courbe d'une épaule, les lignes fines de muscles, ces hanches marquées de cicatrices. Mais aussi les contours de cette mâchoire dont la barbe créait des frissons sur la peau du jeune homme.

Obi-Wan se cambra lorsque Qui-Gon glissa une main entre leurs deux corps, pour commencer à les caresser lentement. Un rythme bien trop lent du point de vue du plus jeune. Mais peu à peu, au fil des minutes, cette frénésie s'empara de Qui-Gon.

Ses gestes se faisaient plus secs, moins assurés. Et Obi-Wan se laissa emporter.

Il se cambra avec un cri étranglé, qui fut étouffé par les lèvres de son Maître, alors que l'homme le rejoignait aussitôt. Ils s'effondrèrent l'un contre l'autre, le soufflé haché, une fine pellicule de sueur sur leur peau.

L'eau venait déjà laver les traces de leur abandon, et Obi-Wan ne résista pas lorsque Qui-Gon l'attira dans une étreinte solide. Il ferma les yeux, la joue posée contre le torse ferme de l'homme, tandis qu'une main se positionnait sur ce dernier, à l'endroit même où battait avec frénésie son cœur.

Il leur fallut plusieurs minutes pour s'extraire de cet état secondaire, proche d'une méditation. La Force chantait encore autour d'eux, et brûlait d'une énergie inhabituelle.

La simple idée de devoir se défaire de l'étreinte de Qui-Gon était presque insupportable de l'avis d'Obi-Wan. Les mains de l'homme étaient fermement plaquées contre son dos, le serrant toujours contre son torse.

Les yeux du jeune homme étaient clos, et il était bercé par les battements de cœur de son compagnon, lesquels retrouvaient peu à peu un rythme stable.

Et puis il perçut un mouvement soudain. Une émergence dans la Force. Comme l'éclosion d'une énergie nouvelle.

Il releva la tête, puis son regard fut attiré par une explosion soudaine de couleurs.

-Qui-Gon, souffla-t-il.

Mais l'homme contemplait déjà ce spectacle qui s'offrait à eux.

C'était comme si le paysage autour d'eux s'était soudainement métamorphosé. Sans prévenir.

La lumière du soleil avait toujours cet éclat doré, chaud, caractéristique des premières heures du matin. Mais des particules étranges s'étaient ajoutées à ce tableau, pour donner un kaléidoscope de couleurs.

A leurs pieds, les algues du lac semblaient portées par une danse envoûtante, et brillaient à leur tour de mille et une teintes.

-C'est tout à fait remarquable, murmura Qui-Gon dans les cheveux d'Obi-Wan. Je comprends mieux le comportement de nos hôtes. Un tel spectacle ne doit être manqué pour rien au monde.

Obi-Wan savait que cela devait avoir une explication rationnelle. Peut-être un changement de polarité de l'atmosphère de la planète, ou une variation brutale de température qui générait des cristaux de glace à une certaine altitude. Peut-être que ces algues s'étaient développées pour absorber cette énergie particulière à ce moment précis de l'année.

Mais le spectacle était trop merveilleux pour s'attarder sur de telles considérations.

Ils restèrent immobiles de longues minutes durant, en contemplation devant ce phénomène. Et puis progressivement, les couleurs se firent plus ternes, et la chaleur de l'air se fit plus lourde, pesante.

Lorsque Qui-Gon vint déposer un baiser dans les cheveux de son apprenti, ce dernier eut un murmure d'appréciation, suivi d'un soupir.

-Nous devrions regagner la berge, murmura le plus âgé.

-Encore quelques minutes, fut la réponse paresseuse de son Padawan.

Obi-Wan sourit aux vibrations qui se propagèrent dans le torse de Qui-Gon tandis que ce dernier riait doucement.

-Nos hôtes pourraient nous surprendre, souffla-t-il. Nous devons commencer à nous préparer, mon cher Padawan.

-Hmm...

Il soupira, puis embrassa délicatement la peau juste devant lui. Il sourit au frissonnement de Qui-Gon, tandis que l'étreinte de ce dernier perdait en intensité.

Obi-Wan soupira de nouveau lorsque son Maître fit un pas en arrière. L'absence de contact était douloureuse. Et il avait soudainement très froid.

Mais le sourire de Qui-Gon, tout comme l'étincelle dans son regard, était plein de promesses. Et Obi-Wan le suivit sans attendre, nageant jusqu'à la berge du lac.

La température de l'air extérieur était déjà beaucoup trop élevée. Et le jeune homme savait qu'il ne tarderait pas à transpirer. Il était déjà tard. Et ils allaient devoir se dépêcher. Mais cette fois, ses vêtements à la main, il prit le temps de détailler le corps dénudé de son Maître.

Et lorsqu'il croisa le regard de l'homme, il lui dédia un sourire charmeur.

-Je ne suis pas certain que cela sera suffisant pour accélérer la signature de ce traité, mon Padawan, plaisanta Qui-Gon. Mais tu peux toujours essayer de leur sourire de cette manière, juste pour voir comment ils réagiront.

Le rire d'Obi-Wan se mêla vite à celui de son Maître. Ils regagnèrent leur logement en vitesse, puis enfilèrent sans attendre leur uniforme. Ils redevenaient des Jedis. Et lorsque leurs hôtes se présentèrent enfin, rien sur leur visage ne laissait entrevoir le basculement de leur relation.

Malgré tout, Obi-Wan savait lire entre les lignes, et dans les gestes et sourires anodins de Qui-Gon. L'homme était beaucoup plus tactile, et les sourires et regards qu'il lui dédiait étaient teintés d'une émotion supplémentaire.

Ils étaient des Jedis, mais avant tout des hommes. Et cette fois, Obi-Wan était plus qu'heureux de laisser ses sentiments l'emporter.


FIN