— Vous ne pouvez pas le garder, sa place est à Asgard !

La voix du dieu du Tonnerre tonna puissamment dans les couloirs de l'immense building typiquement new-yorkais. Nick Fury, qui venait de terminer son entretien hebdomadaire avec le Conseil de Sécurité Mondial, ne parut guère impressionné par cet élan de colère et annonça avec calme :

— Loki doit rendre des comptes à la Terre et, tant qu'il n'aura pas été jugé, il restera sous la surveillance du S.H.I.E.L.D.

— Vous êtes inconscients ! Vous n'arriverez pas à le garder prisonnier plus longtemps ! Vous avez oublié ce qu'il s'est passé la dernière fois ?

— Nous avons pris des mesures supplémentaires. Il n'y a donc aucune risque qu'un telle chose se reproduise.

— Ça se voit que vous ne connaissez pas mon frère ! s'écria Thor. Laissez-moi le ramener à Asgard. Nous avons les moyens de le maîtriser.

— Pour qu'il soit acquitté par votre père ? Hors de question !

— Odin ne lui pard…

Il fut brusquement interrompu par un bruit sourd, semblable au grondement lointain d'un tremblement de terre, qui ne cessait de croître et de se rapprocher tel un train de chemin de fer entrant en gare, qui vibrait jusque dans les murs épais du quinzième étage. Le sol tremblota vaguement sous leurs pieds, les fenêtres et portes frémirent dans un léger tintement. Nick Fury se précipita vers l'ascenseur, imaginant déjà les rues de New York envahies par un nouvel ennemi, et porta la main à son oreillette pour demander :

— Qu'est-ce qu'il se passe en bas ?

Soudain, de grands battements réguliers retentirent, produisant de magistraux roulements qui se répercutèrent dans toute la ville en un rythme puissant et imposant. S'approchant d'une des immenses vitres qui recouvraient le building, Thor aperçut une dizaine d'hommes portant de massifs tambours accrochés par des lanières à leurs épaules. Ils martelaient leurs instruments sans relâche, dans une chorégraphie effrénée qui pouvait impressionner les profanes, délivrant un son envoûtant. Au bout d'un moment, ils furent accompagnés du vrombissement des cuivres, du sifflement des flûtes, du pincement des cordes et tout ceci constitua des notes guillerettes qui virevoltèrent gaiement dans l'espace.

— Hé ! On m'avait pas dit que c'était aujourd'hui le carnaval ! plaisanta Tony Stark qui observait du cinquième étage le spectacle en compagnie de Steve, Bruce et Natasha.

Son commentaire faisait notamment allusion aux somptueux habits, richement brodés, aux couleurs chatoyantes dont étaient revêtus les musiciens. Ils s'avançaient d'un pas harmonieux dans la grande rue tout en jouant une musique passionnée et endiablée. Des soldats vêtus d'armures d'or et d'argent les succédèrent, faisant trembler le sol sous leur pas cadencé, brandissant leurs longues lances de formes élégantes pareillement à des bannières. Ils inspiraient l'admiration et le respect sans pour autant effrayer la foule qui s'était amassée dans les rues new-yorkaises pour regarder, époustouflée, ce cortège rocambolesque. Leurs armures étincelantes de mille feux paraissaient refléter l'éclat éblouissant de l'astre du jour.

— Vous pensez qu'il faille s'inquiéter ? bégaya Bruce tout en se rongeant nerveusement les ongles.

— Non, dit Steve d'un ton sérieux. Ils sont venus en paix.

— Que peuvent-ils bien chercher à New York ? demanda Natasha en fronçant légèrement des sourcils.

— Ça, nous allons bientôt le découvrir, fit Tony.

Les soldats aux armures scintillantes laissèrent place aux danseuses vêtues de robes aux couleurs éclatantes et constellées de pierreries miroitantes. Ces dernières rappelaient fortement les robes élégantes de la Rome Antique, exotiques de l'Inde traditionnelle et magnifiques de l'Orient médiéval.

— Couvrez-vous les yeux, cap'tain ! lança Tony d'un ton railleur.

Les danseuses ondulaient au rythme de la musique, s'arquaient, gesticulaient dans un balancement torrentueux et langoureux. Les hanches de leurs corps sveltes ondoyaient sous les mouvements saccadés et leurs longs cheveux clairs flottaient au gré des voltiges. Leurs bras nus couverts de bracelets précieux accompagnaient le vol d'oiseaux splendides qui planaient au-dessus de New York.

— On va peut-être nous offrir ces drôles de volatiles, qui sait ? dit Tony. Évitons tout de même de foutre en l'air la biodiversité.

Apprivoisant la foule de leur seule présence, les danseuses effectuaient des acrobaties et autres pirouettes, cambrant le dos et soulevant haut la jambe. Elles précédaient des saltimbanques qui jonglaient avec des poignards, affilés comme des rasoirs, les faisant tourbillonner avec une rapidité toujours croissante, au point que l'on ne parvenait plus à distinguer leurs mains. Les spectateurs les observaient avec enthousiasme, notamment les enfants, dont l'expression du visage hésitait entre curiosité et crainte.