Disclaimer : Hetalia ne m'appartient pas.

Vieille, très vieille fic (qui date de 2013 xD) que je dépoussière et sors des profondeurs de DeviantART. Malgré tout, c'est une fic dont je ne suis pas mécontente et que j'avais envie de relire et corriger pour la reposter ailleurs, en attendant d'avancer sur mes projets Hetalia plus récents.

Je vous souhaite une bonne lecture !


France n'avait jamais imaginé se marier un jour.

Comment le pourrait-elle ? Pour une nation, c'était une notion improbable. Du moins, c'était le cas lorsqu'elle était une jeune nation, d'abord sous la tutelle de Rome, puis celle des souverains francs.

Elle était si jeune alors. Cela ne la concernait pas.

Bien que France se rappelait encore de la Grèce Ancienne et l'Égypte Antique qui furent les deux grands amours dans la vie de Rome, jamais on n'avait entendu parler de mariage entre nations. C'était une chose réservée aux humains.

Le mariage, pour les nations, n'était pas une bénédiction. Lorsque deux pays s'unissaient, c'était parce que l'un avait envahi son prochain et que le mariage n'était ni plus ni moins que la volonté de l'envahisseur sur l'envahi. La marque concrète de la fin de sa liberté.

Le mariage par amour n'existait pas.

France n'avait jamais eu l'occasion de s'en inquiéter. Elle avait été si jeune lorsque Rome s'était emparé de la Gaule et il l'avait aimé comme sa propre fille. Elle se souvenait de son sourire lorsque ses yeux se posaient sur elle, et comment il l'appelait tendrement son petit bouton de rose. Son alouette.

Malgré ses responsabilités de nation, France avait été une fille heureuse, souriante, qui aimait rire et s'amuser avec ses amis, Antonio et Gilbert, malgré les invasions barbares.

Elle s'amusait sur les plages au bord de la Méditerranée avec Antonio, riait lorsque Danemark la soulevait dans les bras et la faisait tourner, elle prenait plaisir à jouer dans la neige avec Gilbert. Elle aimait passer du temps sur les plages de Normandie ou sur les nouvelles terres conquises par Guillaume le Conquérant à s'occuper du petit Arthur avec qui elle aimait passer du temps dans les forêts vertes ou les grandes plaines. Peu importe si Arthur râlait souvent, la mordait, lui tirait les cheveux, elle savait au fond qu'il aimait la voir et il lui racontait souvent des histoires sur les fées et les licornes. Il adorait la voir cuisiner, il aimait qu'elle lui apprenne à monter à cheval, à tirer à l'arc et autres choses que ses frères n'avaient jamais voulu lui apprendre et, bien qu'il ne l'ait jamais avoué, il aimait qu'elle s'occupe de lui. Après avoir été souvent malmené par ses frères et d'autres nations barbares, cela avait été un changement bien agréable.

Bien-sûr, France avait ses propres devoirs. Elle avait beau être dans un corps d'enfant, son intelligence, sa maturité et l'éclat sérieux qu'elle avait parfois dans ses yeux trahissait son statut de nation. Elle avait déjà vécu plusieurs siècles alors et avait été témoin de bien nombreuses guerres et invasions. Elle s'était vue attribuer des rois, un nouveau peuple – les Francs – s'étaient mélangés aux Gallo-Romains et elle avait assisté à de nombreux mariages royaux. Malgré cela, jamais France n'avait imaginé se marier un jour. Les Francs étaient un peuple aussi fiers et farouches que le furent les Gaulois puis les Romains. Ils avaient l'amour de la liberté dans le sang. Il n'y avait rien d'étonnant à ce qu'il en fut de même pour la jeune nation qu'elle était.

C'est en grandissant que l'idée a commencé à naître, dans son esprit et dans ceux des autres. En plein Moyen-âge, des guerres éclataient, des alliances naissaient et pour mieux solidifier ces alliances, des mariages entre nations étaient célébrés.

C'était une idée des dirigeants à l'origine qui s'étaient dit qu'après tout, si on mariait des princes et princesses, ou des nobles entre eux pour cimenter une alliance, pourquoi ne pas en faire de même avec les nations ?

Roderich et Elizavetha n'étaient pas encore mariés à l'époque, mais Hongrie était déjà au service de la maison d'Autriche et, très souvent, leurs dirigeants avaient caressé l'idée d'un mariage entre eux. France savait tout cela de Gilbert qui voyait d'un très mauvais œil une alliance, politique comme matrimoniale, entre Autriche et Hongrie. Ce fut pourquoi l'idée avait commencé à percer son esprit et même à l'inquiéter.

Elle était l'une des rares nations à être de sexe féminin, elle était jeune mais elle savait qu'on mariait les jeunes filles alors qu'elles étaient encore adolescentes à cette époque. France était rationnelle. Elle se disait que cela pourrait lui arriver un jour, si jamais ses dirigeants voulaient pousser la solidification d'une alliance jusqu'à un mariage ou en cas d'invasion. Cela l'inquiétait, ce qui est bien compréhensible car après tout qui rêve d'un mariage arrangé ? Ses dirigeants ne semblaient pas avoir cette préoccupation à son égard, et des alliances, comme l'Auld Alliance, n'avaient jamais nécessité de mariage. Les mariages entre nations étaient encore rares et France ne voyait pas l'intérêt de s'inquiéter davantage pour une chose qui ne risquait pas de lui arriver bientôt.


Haut Moyen-âge

Angleterre

— Raaah, j'en ai assez de mes frères ! Ils ne font rien que m'embêter, un jour je me vengerais ! Aïeuh, ne tire pas si fort-euh ! Espèce de frog !

— Je n'aurais pas besoin de tirer aussi fort sur tes cheveux si tu ne t'étais pas arrangé pour avoir de la boue dans les cheveux, réprimanda France.

— Je voulais pas m'en mettre, stupid frog, j'essayais de toucher mes frères, pas mes cheveux ! gronda Arthur.

— Je me doute bien, mais tu vois où ça t'as mené maintenant !

— J'ai pas besoin de leçon de ta part ! gronda à nouveau Arthur, le rouge aux joues.

Ils étaient tous deux assis près d'une rivière dont France se servait pour laver les cheveux d'Arthur.

Las d'être malmené par ses frères, et surtout Écosse, Arthur avait essayé de leur jouer un tour en leur jetant de la boue. Malheureusement pour lui, la quantité de boue qu'il avait ramassée s'était avérée trop lourde pour ses petites mains et il avait lâché sa charge qui avait atterri dans ses cheveux. Honteux et en colère, Arthur s'était enfui sous les rires de ses frères, après les avoir bien insulté et promis de les ensorceler.

— Quand je serai grand et fort, je serai une nation très puissante et là, mes frères riront moins ! s'écria Arthur avec conviction, l'éclair de la détermination dansant dans ses prunelles vertes.

— Je n'en doute pas, répondit France avec un sourire amusé.

— Je serai plus grand et plus fort qu'Écosse, et j'aurai une grande armée et il sera obligé de me craindre ! continua Arthur en serrant ses petits points.

— Si tu le dis, lui dit France, toujours amusée.

— Mais c'est vrai ! protesta Arthur qui sentit que sa voisine ne le prenait pas au sérieux. Je serai un grand pays et les autres me craindront ! Pourquoi tu veux pas me croire, idiote ?

France éclata de rire et Arthur allait se mettre à bouder lorsqu'il vit un buisson non loin d'eux, et que ce buisson bougeait.

Arthur fronça des sourcils. C'était un buisson, résonna-t-il, les buissons ne bougeaient pas. Cela voulait dire qu'il y avait quelqu'un de caché dans les buissons, quelqu'un qui les espionnait, donc un intrus !

Peut-être était-ce simplement un animal mais les invasions barbares avaient déclenché chez Arthur une légère paranoïa lorsqu'il entendait un bruit ou voyait des mouvements suspects, et cela l'entraînait à sortir son arc et ses flèches et de sauter sur l'intrus en question pour lui faire payer cher d'envahir ses terres.

Pour Arthur, c'était clair et net, il y avait un intrus sur ses terres, une nation dans le pire des cas, et Arthur n'aimait pas quand quelqu'un envahissait ses terres. De quel droit cet intrus venait sur ses terres ? (Certes, Arthur disait aussi cela à France mais c'était de mauvaise foi, après tout, qui était-il pour refuser de la bonne cuisine et des câlins gratuits ?) et les intrus, c'était tout bonnement simple, il fallait s'en débarrasser !

C'est pourquoi Arthur se détacha des soins de France pour prendre son arc et ses flèches et se diriger à toute vitesse vers le buisson. Il chargea en clamant ce qui était devenu son cri de guerre :

BRITANNIIIIIIIIIIIAAAAA !

Et la petite terreur plongea, tête la première, dans le buisson, sous les yeux surpris de France. Il y eu du mouvement comme s'il y avait une lutte, des cris surpris puis furieux, puis finalement Gilbert sorti furibond du buisson, suivi aussitôt d'Arthur car celui-ci lui mordait sa main et Gilbert avait bien du mal à se défaire de cette petite teigne.

— Aïe, aïe, aïe, aïeeeeuuh, mais c'est quoi ton problème, gamin ? Lâche-moi !

Gilbert secoua sa main assez fort pour qu'Arthur soit projeté un peu plus loin.

— Espèce de sale gamin, tu… commença Gilbert, mais il fut coupé par France.

— Mais enfin, qu'est-ce qu'il se passe ici ?

Arthur allait répliquer qu'un intrus était entré sur ses terres, quand il vit un bouquet de fleurs, près du buisson, un peu abîmées après leur lutte et commença à comprendre le but de la visite de Gilbert. Il était là pour France, pire, il était là pour lui offrir des fleurs.

Arthur n'aimait pas ça. Du tout. De quel droit cet idiot osait offrir des fleurs à sa rivale ? Ce n'était pas sa rivale et sa voisine à lui, d'abord, c'était celle d'Arthur et Arthur ne voulait pas qu'un autre garçon que lui accapare France. Arthur aimait bien quand France s'occupait de lui et il était hors de question, dans son esprit de petit garçon jaloux et affamé d'attention, que France soit avec un autre garçon. Si ça se trouve, après elle n'ira plus du tout le voir pour le câliner, lui offrir de la bonne nourriture maison et réprimander ses frères quand ils embêtaient trop Arthur, et ça, ça n'arrangeait pas du tout Arthur !

Ainsi, il joua la carte du petit garçon martyrisé.

— Il est entré dans mes terres sans permission et il nous espionnait ! s'exclama Arthur en se dirigeant vers France. Et en plus, ajouta Arthur en se forçant à pleurer, il m'a fait mal. Je dois avoir une bosse !

Puis, il fit semblant de geindre en se frottant les poings sur ses paupières, sachant pertinemment que France, avec son cœur d'artichaut, se laisserait attendrir par un tel spectacle.

Et France se laissa en effet attendrir et se baissa pour prendre Arthur dans ses bras. Bien blotti dans ses bras, Arthur lança un regard victorieux à Gilbert qui jura dans sa barbe. Oh, la sale petite teigne...

— C'est qui ce môme ? demanda Gilbert en observant Arthur avec un air méfiant. Ce sale petit monstre a failli m'arracher la main.

— Il s'appelle Arthur, et ce n'est pas un petit monstre, même s'il a des sourcils d'une taille monstrueuse (« Hé ! » s'écria Arthur avec indignation en donnant un coup au bras de France), il est juste méfiant avec ceux qu'il ne connaît pas bien. Il est encore difficile avec moi tu sais, lança France en direction de Gilbert. D'ailleurs qu'est-ce que tu viens faire ici ?

— Je… je voulais juste… (il jeta piteusement un regard au bouquet abîmé), non, rien, lâcha-t-il, quelque peu dépité. Amuse-toi bien avec ce petit monstre.

Arthur bomba le torse, fier. Bien fait ! Et bon débarras !

— Quand je serais grand, reprit-il, je chasserai tous les intrus ! Je ne laisserai plus personne envahir mes terres !

France pouffa de rire et lui ébouriffa affectueusement les cheveux, faisant lâcher à Arthur un cri d'indignation.

— Vu comment tu as attaqué Gilbert, tu es déjà bien parti pour, mon petit lapin, lui dit-elle en souriant.

Arthur sourit lui-aussi, ce fut un moment de victoire très jouissif. Puis, il jeta un œil au bouquet abandonné.

— Et quand je serais grand, ajouta-t-il comme une résolution, tu seras ma femme !

France lâcha un hochet de surprise.

— Pourquoi tu dis ça ?

— Ben, c'est logique, parce que tu es ma voisine, lui répondit Arthur comme si c'était évident, et que tu t'occupes de moi et quand je serais grand, je pourrais te protéger des intrus aussi ! J'en suis capable ! ajouta-t-il en voyant l'air toujours surpris de sa rivale.

— Je n'en doute pas, lâcha France avec un léger sourire.

— Alors, tu voudras bien te marier avec moi plus tard ? lui demanda Arthur, les yeux brillant d'espérance.

— Si tu veux, répondit France avec un petit sourire. Tu es trop mignon, mon petit lapin !

— Arrête de m'appeler comme ça ! Je ne suis pas un lapin !

— Bien-sûr, mon adorable petit lapin !

— Fraaaaaaaance, geignit Arthur.

France rit, sans se préoccuper davantage de son étrange demande en mariage. Ce n'était qu'un jeu après tout, pensa-t-elle, rien qu'un jeu pour l'enfant qu'était Arthur. Il était bercé par les histoires de chevaliers qui secouraient de belles demoiselles en détresse et qui se mariaient avec elles, il était normal qu'il assimile ces histoires de contes de fées à la réalité. Arthur ne pensait pas ce qu'il disait, il oublierait bien vite sa résolution. Il n'était qu'une toute jeune nation après tout…


Guerre de 100 ans

Lorsque la guerre de cent ans avait éclaté, France fut entraînée dans un conflit qu'elle n'avait jamais souhaité voir débuter. Autour d'elle la mort était là, omniprésente. Elle avait l'impression de revivre la guerre des Gaules et les invasions barbares, mais en pire. Son peuple souffrait, ses soldats mourraient un à un, elle le sentait dans les fibres de son corps, au plus profond d'elle-même. Elle en était également témoin dans les champs de bataille.

Pire que tout, c'était celui qui était autrefois son petit lapin qui était face à elle, qui attaquait son peuple, envahissait ses terres et revendiquait pour son roi la couronne de France. Arthur était terrible et redoutable sur les champs de bataille.

Seulement lorsqu'ils faisaient une trêve qu'elle réalisait que, malgré les airs victorieux et féroces qu'il affichait sur les champs de bataille, il était tout autant ébranlé qu'elle. C'était sa première guerre, la première à laquelle il assistait en tant que soldat, sa première confrontation au monde guerrier et politique des humains et des nations. Après tous ces conflits dans lesquels Arthur ressortait le plus souvent vainqueur et gagnait en force et en avancée, France ressentait une certaine appréhension et colère envers Arthur, ce qui ne l'empêcha pas de comprendre ce qu'Arthur traversait. Elle avait vécu la même chose lorsqu'elle avait du prendre part au monde de la guerre pour la toute première fois. Cela ne changeait pas, même au bout du dixième ou centième conflit. On s'y habituait, ou du moins on essayait.

Malgré toutes les guerres qu'elle avait vécues et malgré tout l'entraînement qu'elle avait reçu, prendre part à un conflit était toujours éprouvant.

Aussi intelligent était-il et aussi puissant était-il devenu, Arthur restait un jeune garçon. On ne ménageait pas les soldats.

Mais il était là, un peu loin d'elle, assis sur un tronc d'arbre tombé et il avait sa tête dans les mains.

Étonnamment, elle ne ressentit ni colère, ni mépris envers celui qui lui volait ses terres, en cet instant.

Avec la guerre, France ne savait pas exactement où elle en était avec Arthur. Elle savait qu'au fond d'elle, elle avait gardé une part de la tendresse qu'elle avait ressentie pour Arthur du temps de leur enfance, tout comme elle savait qu'elle gardait – bouillonnant en elle – toute la colère et le mépris qu'elle éprouvait, non pour Arthur, mais pour la nation qui lui faisait la guerre et revendiquait la couronne de son roi. Certains jours, elle le trouvait tolérable. Parfois, elle se noyait dans sa nostalgie, du temps où elle s'occupait de l'adorable petite teigne qu'il avait été enfant, celui qui réclamait son attention tout en lui clamant, avec une fausse conviction, qu'il la détestait et qu'elle devait partir de son pays. Mais la guerre finit toujours par lui rappeler qu'Arthur était l'ennemi à présent.

Il y avait quelque chose entre eux, pourtant, elle ignorait simplement quoi.

Ils passaient du temps ensemble, en temps de trêve ou sur les champs de bataille, mais la situation politique de leur deux pays les empêchait de se sentir confortable en la présence de l'autre.

Puis un jour, elle avait découvert quelque chose d'inédit. Elle avait connu un moment de doute avant d'être sûre et de vraiment s'en apercevoir. Arthur la désirait. Elle avait vu la manière dont il la regardait, même s'il essayait d'être discret, et à en juger par la légère rougeur sur ses joues, c'était peut-être plus qu'un désir d'adolescent.

Il y avait du désir, oui, mais mélange à quelque chose d'autre. Quelque chose qui la surprenait… peut-être même qui lui faisait peur aussi.

Face à elle, c'était l'inconnu.


Elle fut capturée pendant la période du traité de Troyes. Ce fut à cette époque qu'Arthur l'avait embrassé pour la première fois.

Il avait été maladroit. Si les circonstances avaient été autres, elle aurait trouvé cette maladresse adorable et se serait appliquée dans ce baiser, montrant avec patience à Arthur comment s'y prendre. Elle ne s'était pas moquée de lui pour autant. À vrai dire, elle ne lui avait rien dit à part lui offrir un regard furieux. Non content de lui voler ses terres et sa liberté, voilà à présent qu'il lui voyait un baiser.

Arthur n'avait pas protesté, ni posé de question. Il était juste parti, le rouge aux joues.

France n'avait pas eu peur d'admettre avoir ressenti quelque chose pendant ce baiser et s'était dit qu'en d'autres circonstances, elle l'aurait un peu plus apprécié.

Malgré cela, les choses demeuraient les mêmes. La guerre continuait encore, et elle était toujours captive. La seule différence était qu'Arthur lui volait un baiser de temps en temps. Parfois, il s'enhardissait en laissant traîner ses mains sur ses bras ou sur sa nuque et ses cheveux.

Elle crut voir le ciel lui tomber sur la tête le jour où on lui annoncé que, pour solidifier le traité de Troyes et dans l'espoir de mieux la garder captive des anglais, on allait l'épouser à Arthur.

Le fait qu'Arthur ne fut pas plus enchanté qu'elle à cette nouvelle ne la rassurait qu'à moitié.

Et dire qu'elle pensait que l'Angleterre lui avait fait subir les pires outrages pendant la guerre !


— Tu auras beau me regarder comme ça, ça n'arrangera rien à ta situation, lui dit Arthur.

— …

Encore une fois, elle s'était murée dans le silence, ce qui frustrait profondément Arthur qui commençait à souhaiter de plus en plus que France lui crie dessus, lui crache au visage. Cela aurait été préférable à ce silence de mort et cela ressemblait plus à la France qu'il connaissait.

— Cette situation ne me plaît pas plus qu'à toi, tu sais, lui fit-il remarquer.

— Menteur, lui cracha France à la figure. Tu me veux, tu veux mes terres, tu veux mon royaume. L'idée de ce mariage doit te réjouir, non ?

— Je ne le nie pas, reprit Arthur, quelque peu soulagé d'entendre France prendre enfin la parole. Mais je n'aime pas te voir malheureuse. Rivale ou pas, je n'aime pas te voir dans cet état.

Le silence, à nouveau. Elle ne le regardait même pas.

— Écoute…, je peux arranger ta situation. Tu comprendras que je ne peux pas te rendre ta liberté, mais si tu m'obéis, je ferai en sorte que tout aille pour le mieux pour toi. D'une part, tu seras débarrassée de ces chaînes et sera plus libre de tes mouvements.

— Quelle consolation ! lança France avec sarcasme.

— Laisse-moi terminer ! Notre mariage sera peut-être un mariage politique et arrangé, mais je compte m'occuper de toi. Te murer dans le silence ne changera rien parce que quoique tu dises – que tu acceptes, refuses ou te taise à la cérémonie – tout est réglé et tout le monde fera comme si tu avais accepté. La cérémonie ne donne qu'un fond officiel.

— Alors pourquoi te préoccuper de ce que je pense si tout est décidé ? répliqua France.

— Je te l'ai déjà dit, lui répondit Arthur, parce que je me préoccupe de toi. Si tu agis comme il le faut, je te promets de faire en sorte que mon roi et mes armées ne persécutent plus ton peuple. Je ne peux pas te promettre qu'il n'y aura plus aucune querelle mais je peux faire en sorte d'améliorer la situation mais seulement à condition que tu m'obéisses et que tu te tiennes correctement. Si tu te conduis bien, je peux faire en sorte de faire passer en priorité la sécurité et le bien-être des Français. Ils ont déjà tant souffert, inutile de leur infliger d'autres souffrances inutiles, surtout maintenant que leur nation est sous le joug anglais et que leur futur souverain n'est plus considéré comme héritier légitime au trône !

France ne répondit plus rien. Il avait touché le sujet sensible en évoquant son peuple. Il savait qu'elle était prête à faire n'importe quoi pour eux. Tout comme chaque nation, le bien-être du peuple passe avant tout.

Dans les mariages, on se mariait pour le meilleur et pour le pire. France avait plutôt l'impression que dans les mariages arrangés, on se mariait pour le pire. Parce que sa situation, et celle de son peuple et celle de son pays, n'étaient pas au beau fixe. Elle était prisonnière des Anglais, obligée d'épouser de force l'ennemi, et son futur souverain n'était plus considéré comme héritier légitime au trône.

Plus tard, on l'avait déshabillée, lavée, et vêtue avec les vêtements de cérémonie. France faillit pleurer lorsqu'on l'habilla de sa robe de mariée mais se retint. Elle était l'héritière de Gaule et de Rome, elle était plus forte que ça, se disait-elle. Elle pensait aussi à son peuple. C'était pour eux qu'elle acceptait ce mariage. Pas pour Arthur, pas pour les dirigeants vainqueurs, pour eux.

— Je ne fais ça que pour mon peuple, avait-elle encore répété à Angleterre, parce qu'il était Angleterre pour elle désormais et non Arthur.

Arthur hocha gravement la tête.

— Je le sais.

Lorsqu'elle ne répondit rien, il reprit.

— Je ne serais pas un mauvais mari, France.

Puis, il s'en alla.


Elle s'était endormie dans la petite chambre qu'on lui avait attribuée pour s'empêcher de penser à la cérémonie à venir et de son avenir soudainement sombre. Elle eut du mal à s'endormir, et même son sommeil était léger, le simple bruit l'aurait réveillée. C'est pourquoi elle avait entendu très distinctement le bruit de cailloux jetés contre la fenêtre de sa chambre.

Curieuse, elle se releva et alla ouvrir les rideaux, et fut surprise de voir une figure familière tout en bas de la fenêtre. À travers la vitre, elle reconnu un visage constellé de tâches de rousseurs avec des cheveux roux foncés et des yeux bleu-vert.

Alister Kirkland, alias Écosse, se trouvait juste en dessous de sa fenêtre et il lui souriait.

— Alister ! chuchota France d'un air excité en ouvrant la fenêtre.

France, France, let down your hair, so I may climb the golden stair, lui répondit Alister en pouffant (1) Ça va, France ?

— Comment tu as fait… comment tu as réussi à venir jusqu'ici sans être aperçu… ?

France resta bouche bée lorsqu'elle vit qu'Alister ramena auprès de lui ce qui ressemblait de prime à un cheval, mais ça n'en n'était pas un. Un cheval n'a pas de plumes, ni de tête d'aigle.

— Cette petite merveille est un Hippogriffe, lui répondit Alister avec fierté. Il s'appelle Éole et il m'a été prêté gracieusement par Héraclès, il est aussi ton ticket pour la liberté, ma chère.

Sur ces paroles, il monta l'Hippogriffe qui prit son envol jusqu'à se retrouver à hauteur de France.

— C'est… une idée complètement folle, mais formidable ! chuchota France, excitée.

— Allez, arrête tes bavardages et grimpe ! Je suis venu pour te ramener auprès de ton roi.

— Si quelqu'un venait à entrer dans la chambre, ce serait une catastrophe, marmonna France en se hissant hors de la fenêtre pour grimper sur l'hippogriffe, juste derrière Alister.

Peu de temps après, ils s'élançaient avec bonheur dans le ciel avec Éole qui planait comme un fantôme. France n'arrivait pas à le croire : elle était libre ! Toujours agrippée à Alister, elle laissa le vent ébouriffer ses cheveux blonds. L'idée du mariage ne l'inquiétait plus désormais. Elle était libre.


Les choses changèrent après la guerre de cent ans. Elle changeait.

Sur le sol français reconquis par son roi et son peuple, elle s'était terrée peu à peu dans le château royal à aider le roi à s'occuper de ce royaume reconquis et brisé par la guerre. Il fallait reconstruire ce qui avait été détruit, nourrir le peuple, réorganiser l'organisation du royaume par sa politique, son administration… Elle travaillait sans cesse, c'est l'unique façon qu'elle avait trouvé pour ne plus penser à Jeanne d'Arc, pour ne plus penser à son deuil.

Puis un jour, dans les premières décennies de la Renaissance, elle s'était réveillée. Elle n'en pouvait plus de rester enfermée, elle voulait voir d'autres horizons. Elle décida de prendre le large. Littéralement.

Son frère d'adoption, Antonio, l'emmenait avec elle et lui faisait découvrir l'océan. C'était d'abord ensemble qu'ils montaient sur un bateau et voyageaient. Puis elle était devenue corsaire, avait monté son propre équipage et acheté son premier bateau et c'est la liberté.

Ce fut d'ailleurs à cette époque qu'elle revit Arthur pour la première fois depuis la guerre de cent ans. Elle fut surprise de voir à quel point il avait changé.

Ce n'était plus le jeune chevalier qu'elle avait combattu et qu'elle avait failli épouser, c'était toujours un adolescent mais plus que ça, il était devenu, à l'instar d'Antonio, un pirate. Plus que ça, un capitaine.

Il était grand, il était jeune, il portait des bijoux, un chapeau noir orné de plumes, des bottes en cuir, une boucle d'oreille à une oreille, son long manteau rouge de pirate ne suffisait pas à cacher son torse découvert par une chemise blanche à moitié ouverte. Il régnait chez lui une certaine aura de confiance. Il était puissant et il le savait. Il était également dangereux.

Pendant cette période, Arthur n'avait été que le capitaine Kirkland et non la nation d'Angleterre. Il avait sillonné mers et océans en roi absolu. Il était le maître, c'était lui qui contrôlait les océans. Il voguait en parfait conquérant et parvenait sans peine à répandre la terreur et l'admiration par où il passait.

France se surprenait à le trouver séduisant.

Son comportement avec elle avait changé également. Peut-être que cet habit de pirate lui donnait plus de confiance, toujours était-il qu'il flirtait avec elle. Entre deux combats et pillages de navires, il lui volait un baiser, l'effleurait, fasait des sous-entendus et la laissait frustrée lorsqu'il repartait sur son navire avec ses cargaisons à elle dans son navire.

Ce n'était donc pas étonnant à ce que France ait décidé de s'amuser à son tour.

S'il pouvait s'amuser et la narguer elle, pourquoi pas elle-aussi.

Elle attaquait ses navires, passait le plus clair de son temps à chercher le contact avec Arthur durant leurs combats, à glisser des sous-entendus mielleux, à siffler des airs marins anglais et français, à lui jeter des clins d'œil moqueurs, à voler sa cargaison… et prenait un malin plaisir à le voir rougir, pester, blêmir, s'énerver, essayer de cacher son désir. Et quand l'un abordait le navire de l'autre, et qu'ils se battaient en duel, le perdant finissait dans le lit de l'autre. C'était devenu une de leurs règles.

Et, pour la première fois depuis des siècles, elle avait laissé derrière elle, pendant un moment, son rôle de nation, pour être simplement que France Bonnefoy.


Vint alors une époque où elle s'était presque considérée comme une épouse et mère de famille.

Sa période de piraterie, à elle et à Arthur, était terminée à présent, bien qu'ils continuaient toujours à prendre la mer. Mais ils avaient des colonies à présent, et la plupart étaient de jeunes nations. Ils les avaient pris à leur charge et s'étaient découvert un instinct – paternel chez Arthur et maternel chez France – qu'ils ne se connaissaient pas. Du moins chez Arthur.

Arthur découvrit les joies et devoirs de la paternité avec Alfred ; et France, en s'occupant de son petit Matthieu, avait l'impression de se revoir petite fille lorsqu'elle s'occupait avec Antonio de leurs petits frères latins, ou du temps où elle s'occupait d'Arthur.

Elle avait déjà une certaine expérience avec les enfants. Elle s'était déjà occupée d'Arthur, qui n'avait pas toujours été un cadeau pendant son enfance, et elle et Antonio avaient souvent été chargés par Rome de s'occuper du reste de la fratrie en son absence.

Arthur en revanche…

Arthur n'était pas un mauvais père, vraiment. Un peu papa gâteau et hyper protecteur sur les bords, mais un bon père tout de même. Avant qu'il ne réclame son indépendance, jamais France n'avait entendu Alfred se plaindre d'Arthur.

Finie sa période de pirate craint et redouté, Arthur s'était découvert la fibre paternelle. Et, finalement, il ne se débrouillait pas si mal. Même s'il ruinait le sens du goût chez Alfred en lui faisant manger son horrible, horrible cuisine.

Il y avait ces fois où Arthur débarquait dans la maison qu'elle avait faite construire dans ce nouveau monde, presque désespéré parce qu'il n'arrivait pas à calmer Alfred, ou parce qu'Alfred avait réclamé la présence de son frère.

Ils s'étaient souvent organisés des rencontres pour que les deux frères puissent se voir régulièrement. Plusieurs fois, ils avaient été pris pour de jeunes parents.

En son fort intérieur, France s'était dit que c'était logique. Ils avaient chacun un enfant à charge, du moins en Amérique du Nord, et ils se disputaient comme un vieux couple marié. Il y avait également des jours où elle surprenait Arthur en train de la regarder avec un mince sourire collé sur le visage lorsqu'elle cuisinait ou s'occupait d'Alfred et Matthieu, tout comme ces moments où elle le voyait jouer avec son garçon, et sentait une vague de tendresse l'envahir.

— Ta cuisine est tellement mauvaise qu'elle pourrait réveiller les morts, tu passes ton temps à ronchonner comme un vieil aristocrate mal embouché, tu jures comme un marin et tu es si papa gâteau avec Alfred que le gamin peut te mener par le bout du nez !

Ce n'était pas une attaque, vraiment.

Yes, so what, wine freak ? lui répliqua-t-il, ronchon.

— Crois-le ou pas, mais je trouve ça étrangement attachant.

Elle avait beau râler sur sa cuisine ou son comportement ou le taquiner sans cesse, elle savait que c'était un privilège qu'Arthur vienne la voir pour lui demander de l'aider à s'occuper d'Alfred ou de l'aider sur une recette de cuisine. Il n'y avait qu'une seule personne au monde avec qui il se permettait de faire ça, avec qui il partageait sa vie commune avec Alfred et c'était elle. Elle avait tout d'abord trouvé ça inattendu, c'était si surprenant de la part d'Arthur après tout, mais elle s'était remise rapidement.

Cela avait été l'époque bénie où elle et Arthur avaient été comme une vraie famille.

Malheureusement, cela n'avait pas duré.

L'Histoire et leurs devoirs de nation avaient fini par les rattraper.

Il y eut d'autres guerres. Puis des crises, des famines, des maladies.

Il y eut la séparation forcée avec son petit Matthieu.

Il y eut encore la guerre, puis la révolution, puis Napoléon.

Puis il y eut l'Entente cordiale et sa réconciliation – définitive, elle l'espérait, avec Arthur.

Cela n'avait pas empêché d'autres guerres.

Certaines encore plus terribles que d'autres. Beaucoup plus terribles.


Mai-Juin 1940

Londres, Angleterre.

En 1940, France repensa au mariage. Pourtant, rien ne présageait cela.

La guerre était imminente, l'Allemagne avait repris de plus en plus de force et regagnait en puissance avec Hitler à sa tête. De nombreux pays étaient déjà tombés sous sa coupe, France savait que ce n'était qu'une question de temps avant qu'il n'avance sur le sol français. Elle prit peur pour son peuple, craignant de voir resurgir une guerre du même genre que celle de 1914-1918. Peut-être sera-t-elle pire. Pendant la grande guerre, il n'y avait pas Hitler.

Cet homme n'en était pas un, songeait France avec effroi, il n'en avait que l'apparence. Elle avait lu Mein Kampf. Elle craignait de ce qu'il pourrait faire, de ce qu'il est capable de faire.

Son regard croisa celui d'Arthur. Il partageait ce même mélange de mépris et de crainte à l'égard du dictateur allemand.

Ils se voyaient régulièrement depuis quelques mois à présent, il le fallait, pour des raisons politiques. En ces temps d'insécurité, l'Angleterre restait la seule alliée de la France.

Ils travaillaient souvent ensemble, cherchaient à empêcher l'inévitable, rencontraient les ambassadeurs et dirigeants de l'autre pays. Ils n'avaient pas beaucoup de temps à deux mais lorsqu'ils se retrouvaient seuls dans la chambre, ils prenaient leur temps. Ils ne savaient pas jusque quand ils pourraient se permettre de se revoir, ainsi ils prenaient leur temps. France redoutait plus que tout le moment où la guerre allait éclater, ainsi elle voulait se souvenir de tout. Elle voulait se souvenir du regard d'Arthur lorsqu'elle se déshabillait, de son toucher, de la manière dont ses mains se perdaient dans ses cheveux blonds, de son corps collé au sien. Arthur aussi voulait profiter du temps qu'ils leur restait avant l'inévitable et il éprouvait, dans ces moments d'intimité, le désir presque désespéré de l'embrasser, de la tenir contre lui, de la marquer, de la faire sien.

Le temps passait, sans aucun progrès. Le gouvernement français montrait de plus en plus de pessimisme. Il n'y avait encore que chez le général de Gaulle en qui elle plaçait encore tous ses espoirs. Il affichait une volonté farouche de continuer à se battre et à ne rien céder aux Allemands. De plus, il partageait ses idées et sa volonté de ne pas se laisser faire face aux Nazis, et il lui montrait un profond attachement.

Un jour, France le fit rencontrer Winston Churchill.

Elle l'accompagna dans le bureau du premier ministre britannique où elle savait également Arthur présent.

Cette première rencontre ne se passa pas si mal. De Gaulle avait exprimé ses idées et sa volonté de continuer à se battre à Churchill. Le ministre anglais avait recueilli ces paroles avec bienveillance.

— Que pensez-vous de Churchill ? lui avait demandé France dans l'avion qui les ramenait à Paris.

— C'est un romantique et un bon vivant, lui avait-il répondu. Mais il aime la France et il déteste Hitler, de plus, c'est le seul allié que nous ayons… la France part en débâcle, et d'alliés, nous en avons bien besoin.

France ne répondit pas, et se contenta d'hocher la tête.


Un jour qu'ils séjournaient dans un hôtel à Londres, ils reçurent un appel des ambassadeurs de France et d'Angleterre qui leur avaient priés de rejoindre le cabinet de Churchill. En entrant, elle interrogea du regard d'Arthur qui paraissait ne pas en savoir plus qu'elle.

Ils s'installèrent tous. Rapidement, les ambassadeurs expliquèrent la raison de ce rendez-vous. Ils avaient trouvé une idée pour sauver la situation, une idée qui pourrait sauver la France et l'Angleterre d'une invasion nazie.

Ils expliquèrent leur idée. Les deux nations et leurs représentants en restèrent bouche-bée, plus particulièrement, avait noté France avec amusement, Arthur et De Gaulle.

— … Une fusion de l'Angleterre et de la France en un seul état ? fit De Gaulle, dubitatif. Eh bien, vous ne reculez devant rien ! Et comment ça s'appellerait comment votre… machin ?

— L'Union Franco-Britannique, mon général, lui répondit l'ambassadeur de France.

Le général resta un moment perdu dans ses pensées avant de reprendre la parole :

— … L'union franco-britannique… hm. Ce n'est pas un nom d'état ça, monsieur l'ambassadeur, ça irait mieux pour un club sportif ou de loisir mais ce n'est pas un nom de nation !

Les ambassadeurs toussotèrent, échangèrent un regard. Finalement, l'ambassadeur français reprit :

— Oui, certes… nous aurons toujours le temps de trouver un meilleur nom plus tard, ce qui compte, c'est l'efficacité de cette union. Dans l'idée, les deux nations se fondraient ensemble, les armées aussi. Le commandement militaire serait unique et efficace. Réfléchissez : la France et l'Angleterre en un seul état !

— L'idée est séduisante, monsieur l'ambassadeur, le coupa De Gaulle. Mais vous voyez nos deux pays, nos traditions, les relations passées, notre histoire, sans oublier la différence entre nos gouvernements…

— Oui, j'ai bien conscience des différences qu'il y a entre nos deux nations, mais je vous prie d'y réfléchir sérieusement : c'est peut-être notre dernière chance de sauver nos deux pays et d'empêcher au gouvernement de Pétain de faire un armistice avec l'ennemi.

— C'est tout de même un gros morceau ! intervint Churchill, faisant tourner son cigare entre ses doigts. Nous n'aurions pas assez de toute une vie pour réussir !

— Voyez ! Même monsieur le Premier Ministre est d'accord ! répondit De Gaulle.

Face à ce discours enflammé, France eut une idée. Une idée folle, impossible et complètement stupide, mais comme aurait dit Gilbert du temps où ils s'entendaient encore, c'était mieux qu'aucune idée.

— Je trouve pour ma part que messieurs les ambassadeurs ont raison. C'est une idée folle et impossible, mais elle peut fonctionner. De plus, il y a autre chose qui pourrait cimenter cette union.

Les quatre individus la regardèrent en silence, attendant qu'elle approfondisse son idée. France se racla la gorge, hésita un instant avant de prendre la parole.

— Vous n'avez qu'à… me marier avec Arthur.

Il y eut un grand silence, puis un rire forcé de la part d'Arthur qui s'éteignit très vite, et, de nouveau, le silence complet. Arthur et De Gaulle la regardèrent comme s'il venait de lui pousser une seconde tête.

France se sentit très seule.

— Le… le mariage ne sera là que pour officialiser l'union, la solidifier. Vous parlez d'une union entre la France et l'Angleterre, pourquoi ne pas en faire de même pour Arthur et moi ? Imaginez l'impact d'une telle nouvelle en Europe et chez les Nazis ! Ce qui compte d'abord, c'est l'effet immédiat mais surtout le maintient de notre alliance, et ce mariage, je pense, scellera l'alliance franco-britannique. Et puis, ce n'est pas comme si cette fusion durera éternellement, n'est-ce-pas ? Nous faisons uniquement cela pour tenter de battre l'ennemi.

Il y eut à nouveau le silence, Arthur regardait France comme s'il venait de la découvrir, De Gaulle était songeur. Finalement, Churchill prit la parole et suggéra un moment de pause. Ils se levèrent tous, à l'exception d'Arthur et France. Ils se regardèrent longuement.

— Tu penses que je suis folle d'avoir suggéré ça ? lui demanda France d'une voix douce.

Arthur soupira.

— Non, après avoir entendu ton petit monologue, je vois où tu veux en venir. Mais… un mariage entre nous deux, tu crois que c'est possible ? J'aurais cru qu'après le fiasco durant la guerre de cent ans, tu serais peu encline à l'idée du mariage…

— Ce n'était pas la même chose, les circonstances n'étaient pas les mêmes ! Et puis… impossible n'est pas français mon petit lapin, le taquina France.

— Ne commence pas avec Napoléon toi ! gronda Arthur dont les yeux s'assombrirent au souvenir de l'empereur français, les années napoléoniennes avaient été traumatisantes pour le reste de l'Europe et un vrai cauchemar pour Arthur.

— Sérieusement Arthur, c'est une idée folle et impossible mais elle peut fonctionner, autant tenter le coup ? De plus… imagine si Ludwig réussit son coup ? … Je n'ai pas envie de voir cette situation se réaliser… et je n'ai pas envie de te perdre, Arthur...

— … I don't want to lose you too… (je ne veux pas te perdre aussi)

Finalement, la réunion reprit. Churchill reprit place à côté d'Arthur et De Gaulle à côté de France. Celle-ci le regarda, semblant lui poser une question. Sans un mot, De Gaulle hocha la tête.

Les deux ambassadeurs échangèrent un regard, et l'ambassadeur anglais demanda à Churchill :

— J'ai discuté avec l'ambassadeur de France, nous maintenons notre idée et nous approuvons les paroles de Miss Bonnefoy. Ce mariage peut aider à solidifier cette alliance et prendre de court nos ennemis. La question est : est-ce que vous approuvez ?

— … Why not (pourquoi pas) ? C'est une petite chance mais une chance quand même ! De Gaulle, vous comptez parler de ce projet à Reynaud (2) ?

— Je lui en ai parlé tout à l'heure, au téléphone.

— Et qu'est-ce qu'il vous a dit ?

— « Vous en avez parlé avec Churchill ? »

Churchill pouffa dans son siège et se ralluma un cigare. De Gaulle soupira de l'air d'un homme qui se résignait à faire quelque chose dont il était que moyennement convaincu. Il s'alluma une cigarette.

— Enfin, voyons le bon côté de la chose ! dit-il

— … il y en a un ? lui demanda Arthur, incertain.

— Oui. On ne peut pas tomber plus bas !

La mine d'Arthur s'assombrit. À en croire le général, c'était de l'ordre du suicide ou de la catastrophe que de l'épouser ou de conclure une alliance avec son pays !


All is alright, De Gaulle ! s'exclama Churchill. Le cabinet vient de donner son accord ! Maintenant, il faut annoncer la bonne nouvelle !

Churchill tenta d'entraîner le général de Gaulle dans une étreinte chaleureuse, mais ne réussit qu'à moitié car, même dans l'étreinte, le général français persistait à garder sa figure droite. Aussi figé et droit qu'un manche à balais. Churchill pouffa.

He seems the more English, and I the more French, wouldn't you say ? plaisanta Churchill à l'un de ses secrétaires.

— Qu'est-ce qu'il dit ? demanda De Gaulle à son subalterne.

— Euh… Il dit que de vous deux, c'est lui qui tient plus du Français et vous de l'Anglais, général.

— Très spirituel…

Quelques heures plus tard seulement, la cérémonie de mariage était mise en place. Elle prit place dans une chapelle modeste de Londres et était présidée par le maire de Londres et un prêtre, car il avait été souhaité que le mariage soit à la fois d'ordre civil et religieux. Le mariage était célébré dans le secret à Londres, en contrepartie, le prêtre était d'ordre catholique (De Gaulle ayant fait remarquer : « ma nation va prendre le nom de la vôtre, le mieux que vous puissiez faire en contrepartie est de la laisser se marier selon la mode catholique ! »)

Il n'y avait pas beaucoup d'invités, la cérémonie ayant été faite à la va-vite. Ainsi étaient présents, en dehors des mariés et des responsables de cérémonie, le général de Gaulle, Churchill, les ambassadeurs et Alister (« Je n'arrive pas à croire que toi, tu vas te marier ! En plus, tu épouses l'une des plus jolies nations d'Europe ! »)

Les mariés n'avaient eu que peu de temps pour se préparer, mais France avait tenu à arranger un peu ses cheveux, à se maquiller un peu et à porter un tailleur blanc.

Dans son costume noir, Arthur observait France avancer jusqu'à l'autel, accompagnée de De Gaulle et ne put empêcher ses joues de se teinter un peu de rouge.

Son tailleur blanc était modeste, mais Arthur la trouva magnifique.

— Elle est très jolie, murmura Alister à son intention.

— Merci de me le faire remarquer, répliqua Arthur avec un brin de jalousie dans sa voix, je crois que je ne l'aurais jamais remarqué.

Git, lui répondit son frère.

Jerk, lui répliqua Arthur sur le même ton. (3)

— N'empêche, soupira Alister, elle est vraiment superbe, tu as de la chance.

Et alors que France vint se tenir à côté de lui, l'effleurant au passage, il murmura distraitement, plus à lui-même qu'à son frère, « Je sais… je sais… »

S'embrasser à la fin de la cérémonie n'était qu'une formalité, le mariage étant davantage un mariage d'alliance et de politique, mais ils le firent tout de même. Arthur laissa ses lèvres traîner plus longtemps sur celles de France. Cette dernière semblait également peu encline à rompre le baiser.

Le raclement de gorge de De Gaulle et les pouffements d'Alister et Churchill les ramenèrent à l'ordre.


Peu de temps après la cérémonie, ils n'eurent pas le temps de se détendre et France et le général de Gaulle durent prendre un avion, direction Paris.

Arrivés à destination, De Gaulle et son secrétaire descendirent de l'avion. France resta un moment assise dans son siège, à contempler son alliance et à la faire tourner sur son doigt. Elle a un sourire béat sur le visage.

Lorsqu'elle descendit enfin de l'avion, elle vit De Gaulle en pleine conversation avec un agent du gouvernement et ce que disait ce dernier ne devait rien présager de bon car la mine du général était déconfite.

— Ah les cons ! pesta-t-il.

— Qu'est-ce qu'il se passe ? demanda France en se rapprochant d'eux.

— Le conseil des ministres a rejeté le projet de l'union, lui répondit De Gaulle, manifestement mécontent.

— Quoi ? Mais je suis mariée à Arthur, ils ne peuvent pas ignorer ça, Reynaud…

— Reynaud a démissionné, lui dit l'agent du gouvernement l'air grave, et le conseil n'accorde que peu d'importance à votre mariage avec Monsieur Kirkland, pour eux c'est un mariage blanc. Reynaud a défendu le projet mais… sans conviction.

— Qui a été nommé à la place de Reynaud ? demanda De Gaulle, fronçant les sourcils

— Pétain, lui répondit gravement l'agent.

De Gaulle et France s'échangèrent un regard peu rassuré.

Quelques jours plus tard, elle observait De Gaulle quitter la France en avion, avec sa famille et son secrétaire pour partir, sous ses conseils, en exil en Angleterre, trouver une hospitalité offerte par Churchill et Arthur.

Elle avait prise la décision de rester auprès des siens. Elle sentait que sa place était ici, auprès de son peuple. Maintenant, il lui faudrait faire profil bas. Échapper aussi longtemps que possible à Ludwig et son armée et organiser la résistance…

Elle ne reverrait Arthur et le général de Gaulle que quatre ans plus tard, lors de la Libération de Paris.


Juin 1944

Paris, France

Le ciel brillait d'un soleil étincelant en cette journée de juin 1944. Des civils, soldats et résistants buvaient à la victoire, riaient, dansaient avec des femmes ou des enfants, discutaient. Plus loin, Arthur pouvait voir Alfred avec des jeunes femmes françaises, discutant probablement de ses exploits héroïques, ainsi que Matthieu qui apprenait l'anglais à de jeunes enfants.

Arthur s'étira sur sa chaise avant de se resservir un verre d'alcool, buvant lui-aussi à une victoire bien méritée et s'autorisant, pour la première fois depuis des années, à se détendre. Il était sur la terrasse d'un hôtel parisien, où il avait vue sur la rue et sur la tour Eiffel, d'une chambre louée par France. À ses côtés, cette dernière laissait distraitement tourner son vin dans son verre, tout en observant l'horizon.

Arthur ne lui posa pas de question concernant ses années de clandestinité dans la Résistance. Pas parce qu'il s'en moque, mais parce qu'il était suffisamment intelligent pour deviner quel genre de vie elle avait vécu pendant ces quatre années et assez intelligent pour comprendre qu'elle ne tenait pas encore à en parler.

Pour le moment, il la laissait profiter et célébrer cette victoire. Paris, ainsi que plusieurs villes françaises, avaient enfin été libérées et les Nazis quittaient peu à peu le sol français.

Ils étaient restés assis dans le silence si longtemps qu'Arthur sursauta légèrement quand France prit la parole :

— Tu sais Arthur, même si l'union franco-britannique n'a pas fonctionné… nous sommes toujours mariés aux yeux de la loi et de l'église ? lui demanda-t-elle soudainement, avec un sourire malicieux.

Arthur haussa un (proéminent) sourcil, se demandant ce que diable sa rivale et amante préparait comme coup. L'éclat de malice dans ses yeux bleus et le ton de sa voix ainsi que son sourire ne présageaient rien de bon.

— … Yes… So what (oui et alors) ? lui répondit Arthur d'un ton prudent.

À nouveau, l'éclat de la malice étincelait dans son regard et son sourire s'élargit.

— Nous n'avons pas eu notre lune de miel, lui dit-elle.

Arthur arqua un sourcil, tandis qu'un sourire vorace naquit sur ses lèvres. Il voyait très bien où elle voulait en venir, maintenant.

You're right (Tu as raison). C'est bien dommage, n'est-ce pas ? Que dirais-tu de réparer cet affront, sweetheart ? (mon coeur)

Ce faisant, il rapprocha la chaise de France en la tirant vers lui, l'éclat du désir dansant à présent dans ses yeux tandis que son sourire se fit prédateur.

France rit et rejeta la tête en arrière, laissant Arthur explorer son cou de ses lèvres, ses deux mains posées fermement sur ses épaules tandis que les siennes étaient posées sur le torse d'Arthur. Elle retint un gémissement quand elle sentit une main d'Arthur parcourir son dos pour descendre jusqu'au bas de ses reins. D'une main, elle se saisit de la nuque d'Arthur pour l'attirer vers elle et l'entraîner dans un long baiser tandis que son autre main se posa sur le bras d'Arthur.

— Et si on allait dans la chambre, mon cher mari ? lui chuchota-t-elle d'un air taquin.

Arthur tressaillit lorsque le souffle de France vint effleurer son oreille. Il leva la tête et plongea son regard dans le sien.

— Avec plaisir, Madame Kirkland, lui répondit-il avec un sourire vorace.

Elle rit lorsqu'il la souleva dans ses bras pour la porter jusque dans la chambre, sans voir les yeux émeraude d'Arthur briller avec chaleur, plaisir et contentement.


Merci d'avoir lu, n'hésitez pas à me dire ce que vous en pensez, ça fait toujours plaisir ;)

J'ai choisi de faire de France une femme parce que ça m'arrangeait plus pour l'écriture de cette fic. Je trouvais plus crédible que Francis soit une femme parce que je pense qu'en tant que nation masculine, les dirigeants n'auraient pas forcément envie de le marier à Arthur, que ce soit pendant la guerre de cent ans et en 1940 (Même si certaines fics réussissent très bien à le faire tout en gardant Francis tel qu'il est).

J'ai choisi de garder France comme prénom pour Fem!France, après tout c'est aussi bien un prénom existant et je voyais mal appeler le personnage Francine ou Françoise, ainsi Marianne qui a des connotations « république française »

Pour la plupart des dialogues où Churchill et De Gaulle parlent, j'ai beaucoup emprunté ou me suis beaucoup inspirée des dialogues du téléfilm « Ce jour-là, tout a changé : L'appel du 18 juin », n'hésitez pas à visionner ce téléfilm, il est intéressant et les jeux d'acteurs de ceux jouant Churchill et De Gaulle valent le coup d'œil !

(1) Plus tard, Alister raconterait cette petite anecdote à Gilbert qui la raconterait, pendant une soirée de beuverie, à deux mortels, deux frères nommés Grimm qui reprendront cette histoire pendant l'écriture de leurs contes, en modifiant un peu, cette histoire sera connue plus tard sous le nom de Raiponce/Rapunzel

(2) Paul Reynaud est un homme politique français qui a été président du conseil des ministres de mars à juin 1940, en même temps que ministre des affaires étrangères puis ministre de la guerre. En désaccord avec les principaux membres du gouvernement et responsables militaires sur la conduite à tenir, il démissionne et est remplacé par le maréchal Pétain. On connaît ensuite ce qu'a fait Pétain de la France de 1940 à 1944.

(3) Référence à Supernatural (quand je vous dis que c'est une vieille, vieille fic)