Et c'est encore moi avec un kiribaku !

Comme d'hab, un Bakugo qui sait rien faire d'autre que grogner au lieu de parler et un Kirishima qui fait de son mieux pour avoir une discussion sérieuse. J'aime beaucoup écrire les disputes qui partent d'un malentendu et qui finissent bien (surtout à cause d'un Bakugo qui panique à la moindre émotion), so enjoy, j'espère hehe

(le tout est très inspiré par la musique "would you love me less" de MAX)


La porte claqua derrière lui, alors qu'un bâillement difficile à retenir lui échappait. Il avait encore veillé trop tard, entre les devoirs à faire et sa routine sportive qu'il tenait absolument à ne pas rater.

Kirishima s'étira quelques secondes, dans l'espoir de faire partir un peu de sa fatigue, et vit du mouvement au coin de son champ de vision. Bakugo venait aussi de sortir de sa chambre, un air contrarié déjà accroché au visage. Il croisa le regard de l'autre garçon, et sans un mot, se dirigea vers l'ascenseur les mains dans les poches.

Kirishima, un sourire étirant ses lèvres et prêt à saluer son camarade, leva à peine la main lorsqu'il le vit passer à toute vitesse devant lui. Encore. Il poussa un soupir et décida de prendre les escaliers pour rejoindre la salle commune.

C'était devenu presque habituel. Bakugo n'était pas quelqu'un de très avenant ou de bavard, mais au fil du temps, les deux garçons avaient fini par suivre une petite routine. C'était du moins ce qu'avait cru Kirishima.

Après l'incident de Kamino, il avait senti quelque chose changer entre eux. Même si Bakugo ne l'avait jamais dit à voix haute, il semblait un peu plus accepter la compagnie du garçon aux cheveux rouges. Il ne râlait plus autant lorsque Kirishima faisait le chemin jusqu'aux dortoirs avec lui. Pour le midi, Bakugo suivait presque automatiquement Kirishima et le laissait s'asseoir à la même table que lui, avec Kaminari et Sero.

Kirishima avait même réussi à rendre habituel leur cours du soir. Bakugo ne toquait plus pour entrer dans sa chambre, ses livres et cahiers dans les mains, prêt à lui faire rentrer dans la tête ce qu'il n'avait pas compris. Si le jeune homme était particulièrement de bonne humeur et que son heure de coucher n'était pas encore arrivée, il lui arrivait de regarder une série avec Kirishima, ou de rester lire un de ses bouquins avant de repartir dans sa chambre. Parfois, il restait même sans raisons, il s'installait sur le lit de Kirishima pendant que ce dernier se battait encore avec ces devoirs, prétextant surveiller que le temps qu'il passait à lui servir de prof particulier n'était pas inutile.

S'il était bavard, Kirishima arrivait à avoir de petites conversations avec lui. C'était durant une de ces soirées qu'il avait appris la passion du blond pour la randonnée et l'escalade. Ou encore le métier de ses parents, et comment ils lui tapaient sur les nerfs quand il rentrait les voir.

Ce qui restait la plus grande surprise pour Kirishima, c'était lorsque Bakugo avait accepté de l'amener à une de ses fameuses randonnées. Kirishima en avait parlé en rigolant, qu'il n'avait jamais vraiment quitté la ville, et que ce devait être sacrément beau à faire, que Bakugo avait de la chance d'habiter plus en retrait.

Et durant un de leurs jours de repos, alors qu'ils pouvaient rentrer voir leur famille le temps d'un weekend, Kirishima s'était retrouvé à passer sa journée dans la montagne en compagnie du blond. Il avait pu faire la connaissance de ses parents qui avaient semblé l'apprécier, visiblement heureux que leur fils se fasse des amis. C'était un souvenir très agréable pour Kirishima. Il avait pu voir un autre Bakugo, plus calme, loin de la compétition de l'école et de ses objectifs de super héros.

Les choses se passaient bien. Kirishima était heureux de se rapprocher du blond. Il considérait Bakugo comme un très bon ami, et il avait le sentiment que c'était de plus en plus réciproque.

Jusqu'à il y a peu. Bakugo semblait être revenu à la case départ. Comme si ces derniers mois n'avaient jamais existé et que le Bakugo de la rentrée, solitaire et sauvage, était lentement de retour.

Il sortait de la classe dans les premiers, n'attendait personne pour rentrer aux dortoirs. Il était totalement silencieux durant le midi, lâchant seulement quelques remarques épicées dont lui seul avait le secret. Leurs révisions communes se faisaient de plus en plus rares, il trouvait toujours une raison pour claquer la porte au nez de Kirishima.

Kirishima qui regrettait actuellement de ne pas avoir plus insisté la veille. Sans l'aide du blond, il était resté deux fois plus longtemps sur son devoir, et à cause de l'heure tardive, il n'avait pas osé toquer aux autres portes, encore moins dans l'aile des filles pour demander l'aide de Momo. Et maintenant, en plus d'être fatigué, il était certain de la note médiocre qui l'attendait.

D'un pas traînant, il entra dans le grand hall, la présence du reste de la classe lui redonnant un peu d'énergie. Une fois dans le lycée, entre les cours et les entraînements, la journée passa à une vitesse folle. Kirishima donna toute sa concentration durant la matinée de cours, sachant qu'il ne pouvait plus compter sur l'aide de son prof particulier une fois aux dortoirs.

Après deux heures de mathématiques particulièrement intenses et une pause repas, ce fut le moment de rejoindre l'un des nombreux terrains d'entraînement. Kirishima était impatient de s'activer et de se défouler, jusqu'à ce que la classe soit divisée en groupe de deux pour l'exercice du jour. Sans un mot, Bakugo vint presque naturellement vers lui. Même en échangeant le strict nécessaire, et avec un Bakugo distant, les deux garçons étaient d'une grande efficacité. Kirishima aimait se battre à ses côtés, protéger ses arrières et le voir disparaître dans la fumée de ses explosions, un large sourire victorieux au visage.

Lorsque l'entraînement prit fin, Bakugo s'éclipsa sans un mot à son partenaire vers les vestiaires. Epuisé, Kirishima ne tenta pas de le rattraper comme il l'avait parfois fait, et rentra aux dortoirs en compagnie de Kaminari. Après une bonne douche et avoir mangé, l'étudiant traîna dans la salle commune, n'ayant pas envie de s'isoler tout de suite dans sa chambre. Il écouta d'une oreille distraite les discussions des quelques filles et de Kaminari installées sur les canapés.

Kirishima aimait bien cette ambiance, partager tout et n'importe quoi avec ses camarades, les écouter raconter ce qui leur passait par la tête et rire de choses stupides. Il aimait en apprendre un peu plus sur ses amis, savoir qui ils étaient et qui ils voulaient devenir. Certains soirs, dans ce même salon, ils parlaient de leurs années de collège et d'école. Kirishima avait appris pour le premier chagrin d'amour de Denki, des anecdotes de Tsuyu, les notes toujours parfaites de Momo. Même Midoriya, malgré sa réserve, avait partagé quelques détails, et tous avaient vite compris qu'il n'avait pas eu la vie facile avant d'avoir découvert son alter.

Et puis il y avait Bakugo. Bakugo qui avait toujours refusé de se joindre à eux et qui préférait s'enfermer dans sa chambre. Kaminari et Mina avaient bien tenté de lui faire cracher le morceau, ne serait-ce qu'une petite anecdote, mais il n'avait jamais rien lâché. Et lorsqu'ils demandaient à Midoriya, celui-ci ne savait jamais trop quoi dire.

Cela avait rendu Kirishima curieux, il se demandait à quoi ressemblait Bakugo quand il était au collège, quand il n'avait que dix ans, ou quand il avait découvert son alter. Tous s'étaient un peu confiés, même Kirishima avait parlé de ces années-là alors qu'il les trouvait un peu honteuses.

Tout à coup Kirishima fut sorti de ses pensées par un Kaminari suppliant Momo de l'aider pour un futur contrôle. Il se souvint subitement que lui aussi avait des devoirs à faire, et alla à contre-cœur dans sa chambre après avoir salué ses amis. Une fois dans le couloir, il s'arrêta une porte avant la sienne, fixant le battant d'un regard indécis. Il leva une main, immobile, incapable de se décider à toquer.

- Qu'est-ce tu fous ?

La voix soudaine le fit sursauter, et Kirishima se tourna vers un Bakugo aux cheveux encore humides, sortant probablement des douches communes. Pendant quelques secondes, Kirishima fut incapable de lui donner une réponse, puis il se souvint du pourquoi il été monté jusqu'ici. D'une voix incertaine, il le supplia de l'aider avec ses exercices de chimie, promettant de faire de son mieux et que ça ne durerait pas plus d'une heure, la tête baissée et les mains jointes.

- Dans dix minutes dans ta chambre.

Kirishima eut tout juste le temps de relever la tête en entendant sa réponse, que Bakugo partait déjà vers sa chambre en claquant la porte derrière lui. L'étudiant aux cheveux rouge ne put s'empêcher de sourire, et de lâcher un "merci !" même si le blond ne pouvait définitivement plus l'entendre. Agréablement surpris, il entra dans sa chambre et prépara rapidement ses cahiers et ses livres sur son bureau. Il ne put s'empêcher de se demander si Bakugo avait accepté à cause de son dernier refus, comme une manière de s'excuser.

Comme promis, l'autre étudiant arriva quelques minutes plus tard, ses cours sous le bras, et s'installa près de Kirishima. Ils passèrent plus d'une heure et demie à remplir les cahiers de Kirishima de formules et de calculs compliqués. Ce dernier se faisait souvent reprendre ou traiter d'idiot, lorsque ce n'était pas un coup de livre sur un coin de la tête quand son erreur était trop abbérante. Bakugo était toujours aussi sévère, mais Kirishima ne s'en plaignait pas, il savait lui expliquer les choses d'une manière qu'il arrivait bien mieux à comprendre.

Lorsque le dernier exercice fut complété, Kirishima n'osa pas tout de suite ranger ses livres, de peur que Bakugo ne voit ça comme un signal pour retourner dans sa chambre. Malgré le manque de réponses du blond, Kirishima tentait de discuter, de boucher le silence qui s'installait entre eux. Il n'était pas si tard, et il hésita à proposer à Bakugo de rester pour un film, ou une série, comme avant.

Mais l'étudiant ne lui laissa pas le choix, récupérant ses carnets et quittant la pièce sans un mot. Kirishima l'observa tristement claquer la porte, et rangea ses propres affaires dans un soupir.

Exactement comme durant leurs entraînements, dès qu'il n'était plus question du lycée et de cours, Bakugo disparaissait.

Kirishima avait l'impression de n'être qu'un camarade de classe pour lui, quelqu'un à deux bureaux d'écart du sien et rien de plus.

Ces derniers mois, il avait pourtant bien avancé avec Bakugo. Il s'était cru capable de l'approcher, de le faire sentir un peu plus intégré à la classe. Kirishima s'était senti spécial aux yeux du blond.

Ce changement semblait si soudain, Kirishima ne pouvait s'empêcher de se questionner. Tout ça était-il de sa faute ? Avait-il dépassé une limite ?

Bakugo ne semblait pas encore le considérer comme un ami. Peut-être même qu'il ne l'avait jamais considéré comme tel. Peut-être qu'à ses yeux il n'avait toujours était qu'un camarade de classe particulièrement collant. Quelqu'un que le blond avait fini par supporter par dépit.

Kirishima se demandait s'il n'avait pas porté ses espoirs trop haut avec Bakugo. Après tout, il ne lui avait jamais clairement dit qu'il aimait sa présence et les moments qu'ils passaient ensemble. Et il ne lui parlait jamais de lui, c'était pourtant fait pour ça les amis, non ? Se confier, s'épauler et se réconforter.

Kirishima connaissait ses passions, sa nourriture préférée, ses parents, et il en était très heureux, mais ce n'était que la surface. Au final, il ne savait rien de Bakugo. Ce qui se passait dans sa tête, comment il voyait le monde, ses doutes et ses envies, c'était le mystère total. Bakugo ne lui avait jamais rien dit.

Alors peut-être que Kirishima avait mal compris depuis le début. Peut-être Bakugo ne comptait pas devenir son ami, ni même se rapprocher plus de lui.

Cette idée le rendait morose. Il n'aimait pas y penser, ce n'était pas dans ses habitudes d'autant réfléchir. Avec une séance de sport, Kirishima tenta de s'occuper l'esprit avant de dormir, d'oublier Bakugo et de se concentrer sur la cadence de ses coups de poings dans le sac de frappe.

A chaque fois qu'il y pensait un peu trop avant de se mettre au lit, il savait sa nuit fichue. Quand il se mettait à réfléchir, il ne s'arrêtait plus, même si ses idées devenaient confuses et totalement déformées.

Ce devenait ridicule ces longues réflexions sans queue ni tête, mais l'étudiant n'arrivait pas à s'en débarrasser.

Kirishima avait besoin de réponses. Il voulait savoir. Il avait besoin de savoir s'il était en tort, ce qu'il avait bien pu faire de travers avec Bakugo. Et surtout, comment il pouvait se rattraper.

L'idée de rester ainsi avec Bakugo, voir pire, que les choses se dégradent encore, était insupportable.

Le lendemain matin, devant son miroir à se battre avec ses cheveux pour leur donner une forme convenable, Kirishima prit une décision. Il allait parler à Bakugo. Il était temps qu'il tire tout ça au clair, que le blond le veuille ou non.

Une semaine avait passée depuis cette fameuse résolution. La tâche était plus difficile à mettre en place que Kirishima le pensait.

Il avait pourtant tout prévu, dans sa tête tout était clair. De la manière dont il allait engager la conversation sans que Bakugo ne se ferme, comment il allait l'obliger à ne pas fuir ses questions, où il allait pouvoir s'y prendre pour ne pas le stresser.

Mais à chaque fois que leurs regards se croisaient, son cerveau devenait un véritable trou noir.

Ce n'était pas très viril de sa part, mais Kirishima avait peur. Il y avait encore trop réfléchi, et maintenant il se demandait si c'était la bonne solution.

Et si pour Bakugo c'était la discussion de trop ? C'était plus fort que lui, Kirishima ne pouvait pas s'empêcher d'imaginer le pire. Il craignait que le blond décide de laisser tomber.

Tout ça le rendait nerveux, Kirishima était perdu, et son esprit était en pagaille. Il avait du mal à s'endormir, et à son tour il commençait à éviter le blond. Il n'osait plus l'approcher en sachant qu'il devait agir, qu'il prévoyait ça depuis des jours.

Ce comportement ne lui ressemblait pas, habituellement, Kirishima posait les problèmes avant qu'ils ne deviennent trop encombrants. Mais avec Bakugo, tout était plus compliqué.

Puis, un soir, l'étudiant aux cheveux rouge tomba avec surprise sur Bakugo en allant récupérer une veste qu'il avait oublié dans le grand hall des dortoirs. Déjà en pyjama, il revenait de la petite cuisine, un verre d'eau à la main. Kirishima resta figé devant les canapés lorsque leurs regards se croisèrent, et ne réussit qu'à lui faire un ridicule signe de la main que l'autre étudiant ne lui rendit pas.

Le grand salon était complètement vide, Denki ayant organisé une soirée jeu vidéo dans sa chambre. Le reste de la classe était probablement retourné réviser dans leurs chambres respectives à cause du grand examen du lendemain.

Mais peu importe, Kirishima s'obligea à se concentrer sur le blond qui repartait déjà vers l'ascenseur menant aux chambres. Il n'y avait qu'eux dans cette grande pièce silencieuse. Personne pour les déranger, personne pour écouter.

C'était le moment. Il devait le faire maintenant.

Kirishima se força à ravaler ses doutes et cria le nom du blond. Bakugo ralentit, mais ne s'arrêta pas, obligeant l'autre étudiant à se rapprocher, jusqu'à ce qu'il ne reste qu'un pauvre mètre entre eux.

- Qu'est-ce tu veux ? J'vais dormir.

- Attends !

Kirishima sentait que le blond n'était pas d'humeur, et voulut abandonner, retenter une autre fois, en s'y prenant mieux. Il approcha une main, que Bakugo rejeta presque immédiatement, et devant le regard noir qu'il lui lança, il décida de tenir bon.

Kirishima ne voulait plus de ça, de ce Bakugo distant et agressif. Il en avait marre, marre de courir après cet idiot mal luné, marre de lui chercher des excuses, marre de se prendre la tête sur une situation qui ne semblait déranger que lui.

- Je veux parler, il réussit à articuler.

- Et moi je veux dormir. On fera ça pl-

- Non ! Maintenant !

Une main devant la bouche, Kirishima avait un air tout aussi surpris que le blond. Il avait parlé beaucoup plus fort qu'il ne l'aurait voulu, le cri et son ton ferme lui avaient échappé. Mais au moins, Bakugo semblait être enfin à l'écoute.

- S'il-te-plait, Bakugo. J'ai besoin de savoir.

- Quoi ? il finit par grogner en lui jetant un regard contrarié.

- Est-ce que j'ai fait quelque chose ? Il y a un truc qui va pas ?

Bakugo l'observa de longues secondes, les sourcils haussés et le visage un peu perdu.

- Hein ? Non. J'peux aller dormir maintenant ?

Kirishima avait beau insister, Bakugo tenait à finir cette discussion au plus vite. Les mains encore dans les poches et la mine lasse, il ne se sentait pas le moins du monde concerné.

- Pourquoi tu m'évites ? Finit par demander Kirishima.

- Abruti, je t'évites p-

- Si. Tu m'évites. Tu ne rentres plus aux dortoirs avec moi, on ne parle plus à la cantine, tu ne m'aides presque plus pour les devoirs, je peux encore continuer longtemps. Alors arrête de faire comme si rien n'avait changé ! Qu'est-ce qui se passe ? C'est quoi ? C'est moi le problème ?

- N'importe quoi, qu'est-ce que tu me balances comme conneries. J'ai envie d'être seul, ok ? Lâche-moi.

Le blond tenta de tourner les talons, mais Kirishima lui attrapa vivement le poignet et l'obligea à le regarder dans les yeux.

- Non ! Ce que tu appelles des conneries moi ça me prends la tête depuis des jours ! Je serais pas là à t'empêcher de dormir si tu parlais au lieu de t'isoler dans ton coin ! Tu m'ignores et je veux comprendre, je te demande pas la fin du monde !

Kirishima n'avait pas l'habitude de crier autant, il n'aimait pas hurler, pas comme ça. Crier pour partager sa joie et sa bonne humeur, ce n'était pas pareil que de crier pour obliger les autres à l'écouter.

Bakugo le fit lâcher d'un geste brusque, un air mauvais au visage, et Kirishima sentit son estomac se serrer un peu plus. Il n'aimait pas le regard noir qu'il le fixait, il n'aimait pas le ton avec lequel il lui parlait, il n'aimait pas de quel manière il rejetait chacun de ses contacts. Ils étaient en train de se disputer, et Kirishima détestait ça, les disputes.

- Putain mais quel forceur ! J'ai pas envie de te parler ! T'as qu'à me foutre la paix si je te prends tant la tête et arrêter de m'coller aux basques.

- C'est tout ? Je suis juste chiant ? Fallait le dire si ça te dérange autant que ça de passer du temps avec moi ! s'emporta Kirishima. Je pensais, depuis Kamino-

- Ressort pas ça ! On s'en fout de Kamino, ouais tu m'as sauvé la peau et ça me fait chier, t'es content ?! Ça me fait chier, j'ai pas besoin de ça, ni de toi, j'm'en sors très bien tout seul ! Ouais peut-être que je t'évites, et alors ? T'as des tonnes de potes dans la classe, alors t'as qu'à aller faire tes discussions d'introspection avec eux au lieu de me saouler.

Kirishima commençait à regretter cette conversation. Il n'aurait jamais dû forcer Bakugo à parler, ça ne pouvait pas bien finir.

Il était furieux et fatigué, ses mots étaient exagérés par sa colère, il ne les pensait pas vraiment. Kirishima voulait s'en persuader. Ce n'était pas le Bakugo avec qui il aimait passer du temps, lui n'était pas cruel. Agressif dans ses mots, parfois violent, mais pas cruel. Et pourtant, malgré le silence qui les entourait, le blond ne semblait pas regretter ses paroles. Les dents serrées et le regard aiguisé, il toisait Kirishima comme si ce n'était qu'un adversaire à faire taire.

Kirishima sentit une larme glisser près de ses lèvres.

- Tu fais vraiment aucun effort pour comprendre les autres, il parvint finalement à articuler. En fait, t'as jamais changé, t'es toujours le même égoïste qui pense qu'à sa pomme.

Kirishima n'avait plus la force de crier, mais ça n'enlevait rien à sa colère. Sa voix était sèche, remplie de reproches. Il était en colère contre Bakugo, contre ses mots injustement durs et son comportement toujours incompréhensible. Il s'en voulait aussi d'avoir insisté, d'avoir cru voir quelque chose qui n'avait visiblement pas effleuré l'esprit du blond.

Il se sentait stupide, humilié.

Il avait envie de hurler ou de frapper dans quelque chose pour s'en débarrasser. Il détestait se sentir ainsi, mais il ne voulait pas céder, c'était trop facile, il ne voulait pas réagir comme Bakugo. Alors il laissa ses larmes couler et ses dents grincer les unes contre les autres.

- J'ai été stupide de penser que pour toi aussi on était amis. Mais au moins c'est clair. Message reçu, je t'embêterai plus.

Bakugo ne réagissait toujours pas, et Kirishima savait qu'il n'y avait plus rien à ajouter. Il s'obligea à bouger, son corps encore raide et contracté. Il prit la direction de l'ascenseur, son épaule bouscula le blond sans douceur, mais Kirishima ne s'excusa pas, il ne se retourna pas.

Un con.

Voilà ce qu'il était. Un putain de con.

Il avait foiré. Et en beauté.

Depuis quelque temps, il était d'une humeur massacrante. Il n'était pas désagréable simplement à cause de son mauvais caractère, il avait cette sale sensation au fond du ventre qui le rendait à fleur de peau. Tout lui tapait sur les nerfs, encore plus que d'habitude. Le moindre bavardage qui s'éternisait, les rires idiots de ses camarades, un exercice qu'il ne réussissait pas parfaitement, une remarque innocente d'un professeur. Tout lui donnait envie d'exploser.

Et le pire, c'était Kirishima.

Cet idiot avait dû remarquer le caractère encore pire du blond, mais il n'avait rien changé. Rien du tout. Il était toujours à lui offrir de grands sourires stupides, à le suivre à la sortie des cours et à lui proposer de passer la soirée dans sa chambre. Bakugo refusait souvent, mais Kirishima était tenace, et retentait le lendemain avec le même enthousiasme. Il l'amadouait parfois avec des bonbons, des trucs piquants qu'il n'aurait jamais achetés pour lui-même.

Kirishima restait patient, acceptant les maintes refus du blond sans insister, et se retenant de sauter de joie lorsqu'il cédait. Il gardait la même gentillesse, la même attitude compréhensive. Pas une seule fois il avait insisté quand Bakugo ne voulait pas parler, alors qu'il aurait pu demander des explications sur la mauvaise humeur du blond, son mutisme et son retrait de plus en plus fréquent. Il aurait pu être plus tenace, s'énerver peut-être en voyant le blond couper court à la discussion à chaque fois.

Mais c'était toujours la même chose, il souriait et changeait de sujet. Et ce comportement faisait grincer des dents Bakugo. Il supportait de moins en moins sa sympathie, c'était agaçant de le voir aussi indifférent face à son attitude qu'il savait désagréable.

Et pourtant Bakugo n'était pas en colère contre Kirishima. C'était compliqué à expliquer, lui-même avait du mal à comprendre ce qui l'énervait tant tout à coup, alors que Kirishima n'avait rien changé.

Incapable de former une pensée cohérente, Bakugo décida de quitter la grande salle après le départ de Kirishima. Il se savait incapable de dormir dans cet état, son corps était encore trop tendu et sa tête trop agitée pour espérer se calmer immédiatement. La colère était encore là, elle contractait sa mâchoire et serrait ses poings, lui donnant envie d'exploser quelque chose pour s'en débarrasser.

L'air frais le fit frissonner, son pauvre débardeur ne le protégeait pas beaucoup contre le changement de température, mais au moins sa tête lui semblait moins chargée. Tout en suivant le chemin faisant le tour des dortoirs, il leva le nez vers le ciel, attentif au moindre bruit de la nuit, voulant à tout prix occuper son esprit.

Bakugo ne demandait qu'à crouler de fatigue pour partir dans sa chambre et s'endormir. Il ne voulait pas réfléchir, surtout pas à cette sensation désagréable dans un coin de son ventre, surtout pas à Kirishima et son air blessé.

Un son régulier fit reporter le regard de l'étudiant sur le chemin bordé d'arbres, et il se stoppa en décelant une silhouette se diriger vers lui. Avançant au pas de course, la présence indésirable remarqua Bakugo à son tour, qui regretta soudainement sa virée nocturne.

- Kacchan ? Toi aussi tu sors pour t'entraîner ? C'est pourtant tard, d'habitude t'es déjà couché ou dan-

- Ferme-là. J'sors si j'ai envie.

Midoriya n'ajouta rien, les mains sur les hanches, il reprenait son souffle tout en fixant le blond du coin de l'œil. Comme d'habitude, il ne lui fit aucune remarque sur son ton sec, il en prit à peine compte, et continua de parler comme s'il s'agissait d'une discussion banale.

- Tu devrais au moins prendre une veste si tu cours aussi, tu vas attraper froid sinon.

- La ferme, j't'ai dit, répéta Bakugo, sentant son corps se tendre de nouveau.

Cet abruti n'était pas mieux que Kirishima. Ils étaient tous les deux idiots, avec leurs conseils débiles et leurs sourires. Ce n'était pas ce que Bakugo voulait. Il sentit sa colère revenir, et avec elle, le besoin de la cracher sur quelque chose, ou quelqu'un.

Sauf que Midoriya n'entra pas dans son jeu, il ignora son regard noir et ses poings serrés. Et puisque Bakugo n'avait rien de plus à lui dire, il préféra reprendre sa course, à peine perturbé par l'humeur massacrante du blond.

- Tu sais, parler est aussi efficace que se battre pour se sentir mieux des fois, il s'était contenté de marmonner avant de partir.

Bakugo avait fait mine de ne rien entendre, et avait continué sa route de son côté. De retour dans les dortoirs environ vingt minutes plus tard, l'étudiant sentait sa mauvaise humeur toujours aussi présente, son esprit n'était pas plus calme, même après avoir bu quelques gorgées d'eau et avoir tourné en rond dans le grand salon.

Il n'arrivait pas à sortir Kirishima de sa tête. La dispute repassait sans qu'il n'ait son mot à dire dans son esprit. Leur première dispute. La première fois qu'il avait vu de telles émotions sur le visage de Kirishima.

Il reposa brusquement le verre sur la table, et cru un instant l'avoir brisé.

C'était stupide. Tout était stupide.

C'est ce qu'il ne cessa de se répéter en prenant l'ascenseur, puis en avançant vers sa chambre.

En ouvrant sa porte, il fut surpris de voir une pile de mangas sur son lit, certain de n'avoir rien laissé dessus. Il reconnut vite la collection qu'il avait prêté à Kirishima la veille. Il les jeta sur son bureau sans plus réfléchir. Sur sa montre, à peine une heure était passée depuis sa dispute avec Kirishima. Il ne dormait sûrement pas encore.

Bakugo savait qu'il l'avait blessé. Il se sentait ridicule d'avoir crié sur l'étudiant une colère qui ne lui était pas destinée.

Assis sur son lit depuis dix bonnes minutes, le blond se décida à sortir pour se rendre à la chambre voisine. Il n'allait pas laisser ce mauvais sentiment lui bouffer sa nuit de sommeil. Parler avec Kirishima allait probablement le calmer, c'était toujours comme ça que les choses fonctionnaient. Il ne le faisait pas parce que Deku le lui avait conseillé, il n'avait pas besoin de lui pour décider quoi faire.

Il n'avait qu'à s'excuser. Un simple désolé. Trois syllabes, c'était facile. Il pouvait le faire, pour avoir l'esprit tranquille, rien de plus.

Il toqua à la porte, ce qui lui fit bizarre, d'habitude il entrait sans prévenir, et Kirishima ne lui en tenait jamais compte. Des pas approchèrent, et une tête dépassa dans l'entrebâillement. Ses mèches rouges tombant sur ses yeux, et déjà habillé de son pyjama, il semblait prêt à aller dormir.

Simplement un mot, c'était tout ce qu'il devait dire.

- Quoi ? J'ai oublié un tome ? Marmonna-t-il.

Bakugo n'aimait pas son ton sec et son regard fâché. Il ne voulait pas le voir ici, mais le blond n'arrivait plus à parler. Sa gorge arrivait tout juste à le laisser respirer.

Un petit mot de rien du tout. Juste un mot.

- Écoute je suis fatigué, je veux aller dormir. À demain Bakugo.

Kirishima ne lui laissa pas le temps de répondre. Le blond eût tout juste le réflexe de coincer sa chaussure avant qu'il ne lui claque la porte au nez.

- C'est quoi ton-

- Désolé. Je suis désolé.

Il l'avait dit. Les mots lui avaient échappé à une vitesse folle, probablement à moitié écrasé les uns sur les autres, mais il l'avait dit. Et au vu du visage surpris de Kirishima, il avait réussi à en saisir le principal. L'étudiant resta muet, et cessa d'appuyer sur la porte pour la fermer.

- J'me suis énervé. J'aurais pas dû. C'était con, continua Bakugo en regardant absolument tout sauf le garçon devant lui.

La main de Kirishima glissa de la poignée, lui, ne quittait pas le blond des yeux. Il recula et partit s'asseoir sur son lit, laissant Bakugo sur le seuil de sa porte. Courbé, le visage posé sur ses mains, il semblait pensif, et probablement aussi perdu que l'autre étudiant.

Bakugo se permit d'entrer, et après avoir fermé la porte, alla s'installer sur la chaise de bureau. Il n'avait pas vraiment réfléchi à la suite. Il s'était imaginé certains scénarios, Kirishima qui ne lui ouvrait pas, Kirishima qui lui hurlait de partir, Kirishima qui le frappait de colère. Mais il n'avait pas prévu un Kirishima silencieux.

Kirishima était encore trop gentil, trop patient avec lui, alors qu'intérieurement il voulait probablement lui en coller une.

- Pourquoi tu t'fais chier avec moi ? Fut tout ce que réussit à dire Bakugo après ce long silence.

- Hein ?

Kirishima releva la tête pour le regarder, et le blond se sentit un peu plus honteux en n'y décelant aucune animosité.

- M'fais pas répéter idiot, pourquoi tu m'fous pas dehors ? Pourquoi tu m'en balances pas une dans la gueule au passage ? C'est par pitié toi aussi ?!

Et merde. Sa colère à lui, elle, était bien présente, et était revenue au galop. Il était en train de refaire la même erreur.

- Non, attends, m'réponds pas, il essaya de se rattraper. C'est pas c'que je voulais dire- putain, c'était con comme idée d'venir.

Il ne savait plus le but d'être entré, il s'était excusé, l'objectif avait été atteint. Une main sur la tempe, il voulait juste partir et trouver un autre moyen de dormir. Mais Kirishima parla avant qu'il ne se décide à bouger.

- Bakugo… pourquoi t'as l'air de vouloir que je t'évite ?

- C'est pas ça j't'ai di-

- Me fais pas répéter aussi alors, rétorqua Kirishima.

Bakugo roula des yeux, et resta un long moment silencieux. Le problème, ce n'était pas de ne pas vouloir répondre à Kirishima, mais plutôt de n'avoir aucune réponse potable à lui donner.

Kirishima qui attendait, calmement, sans le presser, toujours assis sur son lit.

- J'arrête pas de penser en c'moment. J'sais pas pourquoi, mais j'arrive pas à m'arrêter et ça m'fait chier. On s'en fout de comment j'suis arrivé ici, j'y suis, et je compte bien montrer que je suis le meilleur. Le reste rien à foutre.

Il s'arrêta un instant, conscient qu'il parlait trop, ça ne lui ressemblait pas. Mais depuis quelque temps il avait du mal à se sentir lui-même, alors il continua.

- C'est c'que j'me disais en arrivant ici. Puis y a Deku qui a suivit, y a eu les tournois, l'attaque de la ligue des vilains, le bordel à Kamino… Ça m'a fait réfléchir sur beaucoup de choses, et j'ai l'impression de m'être amélioré. 'fin, je sais que j'me suis amélioré sur des trucs, mais, en même temps j'me dis que je suis encore loin de c'que je veux.

Il passa nerveusement une main dans ses cheveux en bataille. C'était plus compliqué qu'il ne l'aurait cru de mettre des mots sur ses pensées. Bakugo avait déjà du mal à les cerner, alors les expliquer à Kirishima relevait du défi.

- Évidemment que tu t'améliores Bakugo ! C'est vrai qu'on a pas vécu des choses faciles, mais c'est ça qui nous forge pour devenir de vrais héros. On ne pouvait rien faire à Kamino, mais ce ne sera pas le cas la prochaine fois !

- T'as exactement le même regard que l'autre abruti de Deku. Vous êtes les putains de mêmes… ricana Bakugo. Tout c'que vous avez en tête c'est sauver, sauver sauver. Avec vos belles paroles et vos belles intentions, vous avez déjà la parfaite image du petit héros au grand cœur.

- Toi aussi t'as ce qu'il faut pour être un super héros !

- Qu'est-ce que t'en sais ?

Bakugo regretta presque immédiatement sa réponse cinglante devant le visage perdu de l'autre garçon.

- Qu'est-ce que tu sais d'moi pour en être aussi certain, il redit en se tournant vers le bureau.

- Je t'ai vu te jeter dans les combats peu importe le danger. T'es un des meilleurs de la classe, t'as un alter surpuissant, des techniques géniales, c'est-

- Arrête ! Arrête de me dire que je suis génial et tout le bordel ! S'énerva-t-il. Tu sais pas qui je suis, quel genre de gosse j'étais, quel genre de héros je vais devenir, tu sais rien !

- Alors explique-moi !

- Non !

Kirishima ne sut quoi répondre, et baissa simplement la tête. Bakugo attrapa sa tête dans les mains, faisant encore tout de travers. Ce n'était pas ça, ce n'était pas une question de confiance, c'était encore plus idiot.

- C'est vrai que tu ne m'as jamais parlé de toi, d'avant, de souvenirs. C'est pas grave, j'peux comprendre que tu veuilles pas en parler avec n'importe qui, marmonna Kirishima d'une petite voix.

- Bordel… C'est pas ça… grogna le blond. J'en ai toujours eu rien a foutre de ce que les autres pensent de moi. Qu'ils me détestent, m'trouvent grande gueule, rien à battre. Mais... Je saurais pas l'expliquer, toi, je veux pas que tu vois n'importe quel Bakugo… argh, comment j'dis ça… ça me ferait chier que la manière dont tu me vois change, c'est-, parce que-... j'aime bien comment tu m'vois ?

C'était ridicule. Putain de ridicule. Bakugo pouvait sentir ses oreilles chauffer sous ses doigts. Il ne savait plus ce qu'il racontait. Et il était hors de question de se retourner pour voir l'expression de Kirishima.

- C'est cool quand tu trouves mes techniques géniales et que t'ais l'impression que je pige tout en cours, que je suis super et bon partout… Alors j'veux pas te parler plus de moi, ou du avant lycée, ok… parce que je sais que ce Bakugo là tu pourrais pas le blairer.

C'est déjà un miracle que tu supportes l'actuel, il ajouta mentalement.

Bakugo n'était pas du genre à parler de lui, s'exprimer sur ses ressentis, mettre des mots sur ce qui lui passait par la tête, il ne savait pas faire. Dans sa famille, ils n'avaient jamais été de grands bavards sur le sujet, et en grandissant avec Midoriya, il avait vite associé les personnes émotives à de la faiblesse. Et Bakugo n'était pas faible.

Un grand silence accueillit ses mots. Kirishima resta silencieux si longtemps, Bakugo se demanda s'il n'avait pas quitté la chambre.

- … Tu le penses vraiment ?

Le sang de Bakugo ne fit qu'un tour. Il venait de dépasser son quota de phrases pour le reste de la semaine, et cet idiot le traitait de menteur ?

- Tu crois que j'me forcerais à dire tout ça pour l'plaisir abruti ! Il s'emporta en se levant devant l'autre étudiant.

Bakugo se stoppa en posant les yeux sur Kirishima. Il n'avait pas bougé du lit, toujours assis, les jambes collées l'une contre l'autre, mais un reniflement secoua ses épaules. D'une main il essuya les larmes qui n'avaient pas encore mouillées ses joues.

- Non, non. C'est juste que… Je suis content que tu me déteste pas.

- Eh, arrête ça, chiale pas pour si peu, marmonna Bakugo en lui tendant un mouchoir.

Le sentiment désagréable dans sa poitrine était de retour, encore plus imposant qu'avant. Il ne savait pas mieux gérer les émotions des autres. Réconforter, rassurer, c'était tout aussi mystérieux pour lui. Sachant que cette fois-ci, Bakugo en était totalement responsable, et il s'en voulait de ne pas être d'une meilleure aide.

- Alors, c'que tu disais tout à l'heure-

- D'la merde. Oublie. Au final t'as sûrement raison, je suis toujours le même con. J'ai réussi à te faire chialer deux fois ce soir.

Depuis son arrivée à UA, Bakugo s'était amélioré, il était devenu meilleur, en tant que héros, et en tant que personne. Il avait réussi à s'en persuader, grâce à ses relations avec ses camarades de classe, la confiance qui s'était installée un peu malgré elle. Grâce à ses rapports avec Deku, qui s'étaient contre toutes attentes démêlés et calmés. Grâce à Kirishima, qui depuis le tournoi ne l'avait plus lâché, qui ne l'avait jamais vu comme un gamin à qui il fallait corriger l'attitude. Grâce à Kirishima qui lui avait montré un tout autre type de force.

Mais dernièrement, Bakugo avait remis beaucoup de choses en question. Il avait l'impression de n'avoir jamais réellement changé. D'être resté le sale gosse qui martyrisait les autres pour rassurer son égo, celui qui ne voyait la gentillesse que comme une faiblesse. Le même égoïste qui ne savait que écraser les autres pour avancer. Au fond, pouvait-il vraiment changer ? Et s'il ne faisait que se voiler la face depuis son entrée à UA ? Et si la gentillesse de Kirishima ne faisait que fausser sa perception des choses ?

Il n'en savait rien, Bakugo n'était plus sûr de rien. Et ça le mettait dans une colère constante. Contre lui, contre ces doutes idiots qu'il ne devrait pas écouter, contre ces inquiétudes qui ne devraient pas tant le troubler. Il détestait se sentir ainsi. Il détestait ce Bakugo qu'il cherchait à laisser derrière, il se détestait pour avoir tant de mal à devenir meilleur, lui, le petit prodige si parfait.

- Merci, marmonna Kirishima après avoir jeté son mouchoir dans la poubelle près de son bureau.

Pendant ce temps, Bakugo n'avait pas osé s'asseoir sur le lit, ou retourner sur la chaise de bureau, alors il était resté debout, immobile, perdu dans ses pensées. La voix de Kirishima lui fit déserrer les poings lorsqu'il croisa son regard.

C'était encore la même chose. Il avait suffit d'une pauvre excuse pour que l'étudiant lui offre un nouveau sourire. Il était encore terni par ses larmes, mais c'était suffisant pour que Bakugo sente la culpabilité revenir.

Peu de gens faisaient preuve de gentillesse avec lui. Le plus marquant avait été Deku, le premier à lui avoir tendu la main. Main qu'il avait violemment rejeté, par pure peur et égo. Et il avait refait la même erreur avec Kirishima. Il ne méritait pas son pardon. Comme il ne méritait pas cette énième main tendue.

- Comment tu veux que j'te déteste ? Il finit par marmonner en s'affalant près du garçon pour ne plus avoir à le regarder dans les yeux. C'est plutôt toi qui devrais me détester.

- Je suis pas du genre à détester facilement quelqu'un.

- Ca j'avais remarqué.

Le silence s'installa dans la petite chambre, Bakugo s'était allongé pour fixer le plafond. La tension entre eux avait disparu, Kirishima avait de nouveau une voix légère, Bakugo arrivait presque à se détendre.

- Tu sais, au collège j'aimais pas mon alter, lâcha Kirishima. Je le détestais presque, je le trouvais ringard pour un super-héros, moi aussi j'me trouvais ringard, il ajouta d'un rire sans joie. C'est pas quelque chose dont j'aime beaucoup parler, j'aimerais bien l'oublier parfois, le moi du collège. Alors je peux comprendre, je crois, ce que tu veux dire.

Ce n'était pas quelque chose que Bakugo pensait apprendre ce soir. Au final, lui non plus, ne savait pas grand chose de Kirishima, il n'avait jamais posé de questions sur son passé et le avant lycée. Et c'était encore Kirishima qui faisait le premier pas, qui se lançait pour que Bakugo puisse suivre s'il en avait envie.

- Je savais pas. Il dit bêtement. Être pratiquement intouchable en combat c'est pas c'que j'appelle un atler ringard, mais ok.

Il entendit Kirishima pouffer, et finit par se relever pour s'asseoir au bord du lit, sans arriver à se tourner vers lui.

Là, à côté d'un Kirishima qui aurait pu lui en vouloir et ne plus jamais lui parler, Bakugo se rendait compte que, peut-être, il tenait à leur routine. Il s'était habitué à sa présence, ses questions idiotes et sa bonne humeur dégoulinante. C'était ce qu'il pouvait le plus rapprocher d'un ami. Et il commençait à comprendre ce que les gens trouvaient de si réconfortant à se trouver quelqu'un avec qui occuper son temps.

- J'pourrais t'en parler, Bakugo finit par marmonner. Si t'y tiens. J'te fais confiance, c'est pas l'problème, c'est juste que… j'ai jamais été doué pour ça. Et j'l'aime pas non plus, mon moi du collège.

Bakugo fit la grimace en repensant rapidement à quelques souvenirs de cette époque. Kirishima réussit enfin à croiser son regard, un air un peu surpris au visage, vite remplacé par un large sourire. Bakugo le trouvait idiot de s'emballer pour si peu, son passé n'avait rien de grandiose ou d'intéréssant. Il n'avait jamais rien raconté à personne. Mais si c'était une étape obligatoire pour ne plus faire pleurer Kirishima, alors soit, il pouvait bien se faire un peu violence.

- J'étais sérieux tout à l'heure. J'sais que je deviendrais un héros, un putain de bon héros. C'qui me ferait vraiment chier, c'est d'en être un que tu aimerais pas.

Bakugo se rendit compte que tout n'était qu'une question de peur. C'était de là que venaient ses colères, sa mauvaise humeur exacerbée, et ses mots acérés contre Kirishima. Il avait peur. Parce que Kirishima n'allait probablement pas aimer ce qu'il pourrait apprendre de plus sur lui. Parce qu'il n'avait aucune raison d'essayer de comprendre le collégien désastreux et cruel qu'il avait été.

Bakugo ne pouvait pas prévoir ses réactions s'il avait montré plus, alors il avait fait ce qu'il savait faire de mieux. Repousser ce qu'il ne pouvait pas cerner. S'enfermer dans son vieux comportement odieux. S'isoler en se persuadant qu'il n'avait pas besoin des autres, de Kirishima et de son avis.

C'était plus simple de retrouver sa solitude que d'imaginer la déception dans le regard de Kirishima.

- Moi je pense que j'aurais du mal à trouver quelque chose que j'aimerais pas chez toi. Même tes défauts je les aime bien.

- T'es stupide, rétorqua Bakugo presque automatiquement.

Kirishima haussa les épaules, et cacha rapidement un bâillement derrière sa main. Il s'était penché vers Bakugo, qui ne s'attendait certainement pas à sentir un poids contre son épaule. A moitié avachi contre lui, et le visage collé contre son T-shirt, Kirishima retint un second bâillement. Figé par ce soudain contact, le blond resta quelques secondes interdit.

- Peut-être bien. N'empêche je suis vraiment heureux de te connaître.

Bakugo avala sa salive avec difficulté. Cette fois-ci, il n'avait aucune réponse automatique à donner, absolument rien ne lui venait en tête. Et Kirishima ne semblait pas décidé à se relever. Une de ses mains frôlait le bout des doigts de Bakugo toujours aussi démuni.

- Ouais. C'est cool. T'es fatigué, j'vais retourner dans ma chambre, c'est tard, il réussit enfin à articuler.

Son argument fonctionna, et Kirishima s'éloigna, juste assez pour que Bakugo puisse se lever du lit. L'étudiant blond réussit à le regarder dans les yeux sans ressentir le besoin de fixer autre chose. Il pouvait presque ignorer leur proximité et ses oreilles qui commençaient à chauffer.

Sans oser regarder l'heure sur l'horloge murale, Bakugo prit la direction de sa chambre, gardant bien pour lui que sentir la chaleur de quelqu'un contre soi, ce n'était pas si désagréable.

La boule dans son ventre avait disparue, il n'avait plus la désagréable sensation au creux de sa poitrine, et le sentiment d'avoir quelque chose à résoudre. Son esprit était plus calme, ses pensées plus claires. Bakugo se sentait mieux. Beaucoup mieux.

- Et, Kirishima ?

Il s'arrêta devant la porte ouverte, conscient que Kirishima s'était levé à son tour et l'avait suivi au son de ses pas sur le parquet.

- Oublie ce que j'ai dit dans le salon, il dit en se tournant vers l'autre garçon. Absolument tout, c'était n'importe quoi.

- Promis, répondit Kirishima. Et toi, oublie pas ce qu'on a dit dans ma chambre.

- Ouais, promis.

Kirishima jouait nerveusement avec ses doigts, mais ses yeux étaient rivés dans ceux du blond. Son grand sourire n'arrivait plus à partir, mais il semblait plus tremblant. Bakugo haussa un sourcil. Sa main lâcha la poignée, et il se tourna un peu plus vers l'étudiant.

Kirishima saisit l'occasion, une main tira sur le T-shirt du blond, l'autre se posa sur son épaule, et Bakugo se retrouva coincé dans son étreinte. Il sentit les bras de Kirishima les rapprocher un peu plus, sa tête s'appuyer contre sa poitrine, et il ne sut pas quoi faire de ses propres mains.

- Bonne nuit Bakugo, il entendit murmurer près de son oreille.

Il ne remarqua qu'il avait passé le pas de la porte seulement lorsque Kirishima le relâcha. Il en fut aussi surpris que de devoir reprendre son souffle qu'il retenait depuis visiblement plusieurs secondes.

C'est tout ce à quoi il eut droit avant que la porte se referme devant lui et qu'il se retrouve seul dans le long couloir. Il resta comme un idiot durant plusieurs secondes, peut-être même une minute entière, à fixer la porte devant lui.

Et, lorsque sa propre respiration cessa de s'emballer, il décida de rejoindre chambre. Au milieu d'un bâillement, Bakugo se promit de parler à Kirishima. De Kamino, du collège, d'avant, de son enfance, des choses qu'il aimait et détestait. Il avait probablement quelques souvenirs sympathiques à raconter. Et peut-être que Kirishima accepterai de parler aussi plus de lui.

Ils auraient tout le temps de parler, rien ne pressait. Bakugo pouvait prendre son temps, Kirishima ne comptait plus lui claquer la porte au nez.

Et sans surprise, une fois allongé dans son lit, l'étudiant s'endormit rapidement après ça. Absolument rien ne l'empêcha de trouver le sommeil

Il avait été vraiment idiot, à penser qu'il pouvait se passer de Kirishima.

Le pire des idiots.