Chapitre II

Quelques jours après Lucien revint au château des de Martel, il se rendit dans la grande salle afin de présenter ses hommages au comte comme il se devait.

"Monsieur de Martel, le salua-t-il en s'inclinant.

-Ah Lucien, je suppose que tu viens mon fils, devina-t-il.

-C'est exact monseigneur.

Il s'abstint d'ajouter qu'il venait également voir Aurora, il ne savait que trop bien à quel point il méprisait sa fille et comme il paraissait de bonne humeur, il était sage de ne pas le contrarier.

-Il est parti voir les champs de fleurs de notre domaine, c'est une idée à elle et pour célébrer son retour il a accepté, indiqua-t-il.

-Merci beaucoup monsieur de Martel. J'ai appris pour vos exploits lors de la dernière chasse, mon père m'a tout raconté, mes félicitations pour tout le gibier que vous avez ramenez.

-Ton père ne s'est pas mal débrouillé non plus, je ne doute pas que dans quelques années Tristan et toi en ferez autant.

-Je l'espère également.

-Je ne vais pas te retarder davantage, vas donc tenir compagnie à mon fils, va l'aider à supporter cette épreuve et transmets mes amitiés à ton père de ma part.

-Je n'y manquerais pas mon seigneur, promit-il."

Il s'inclina une seconde fois avant de se redresser et de partir sans tarder. Il ne restait jamais plus que nécessaire en présence du chef du comté pour qui il n'éprouvait aucune affection.

Il remonta sur son cheval, un destrier noir, et parcourut la courte distance qui séparait le château du lieu où était supposée se trouver la fratrie. Il aperçut un destrier blanc qui broutait attaché à un arbre en compagnie d'un palefroi de couleur jaune. Il y parvint et ne fut pas surpris de voir qu'ils n'étaient pas seuls. Ils avaient été accompagnés par dix gardes qui se tendirent l'espace d'un instant avant de se détendre en constatant que le nouvel arrivant n'était autre que le meilleur ami de leur jeune maître.

"Lucien, je ne pensais pas te voir aujourd'hui, commenta le voyant descendre de sa monture et l'attacher près des deux autres.

-Tu me manquais depuis la fête organisée en l'honneur d'Aurora, alors je me suis dit que je pourrais te rendre une petite visite surprise, répondit-il.

-Merci, c'est gentil à toi, je suppose que tu es passé par chez nous et que c'est notre père qui t'a indiqué où nous trouver.

-Pas du tout, j'ai suivi un faucon qui criait ton prénom, le contredit-il. Oui je suis allé chez vous, j'ai croisé ton père mais il ne m'avait pas dit pas pour...

Il ne termina pas sa phrase mais montra discrètement les hommes qui surveillaient les environs.

-Ah tu as remarqué la présence du comité qui s'est joint à nous, termina pour lui son ami.

-Difficile de faire autrement, ils ne sont pas très discrets, signala-t-il.

-Ordre de père, il a exigé que nous nous rendions au milieu des fleurs avec une escorte, au cas où l'une d'entre elles ne nous attaquent, expliqua le blond en levant les yeux au ciel.

Lucien ne fit aucun commentaire mais il compris que la présence des autres hommes l'agaçaient fortement. Il le comprenait, ce n'était pas toujours agréable d'avoir autour de soi de potentiels espions de son père près à lui rapporter tout ce qui se serait dit.

-Pas que ta compagnie me déplaise mais je voudrais aussi saluer ta sœur, où est-elle?, demanda le de Castle.

-Ma sœur, tu veux dire cette ravissante lady que tu as prise pour une inconnue l'autre jour, dit-il en prétendant réfléchir.

-Tris, tu vas me le rappeler pendant encore combien de temps, râla-t-il.

-Hum, probablement jusqu'à la prochaine fois où tu te ridiculiseras, répondit-il.

-Tu es le pire meilleur ami qu'on puisse avoir, au lieu de te moquer de ma personne dis-moi plutôt où est Aurora?

Le blond se détacha de l'arbre contre lequel il était, il fit quelques pas devant lui et indiqua le bas de la colline. Lucien le suivit et vit qu'effectivement à quelques mètres d'eux, en contrebas la cadette des de Martel était assise et parlait avec un des chiens de sa famille.

-Je vais lui dire bonjour, tu viens avec moi?

-Non, je te fais confiance, je sais que tu vas bien te comporter avec elle."

Lucien savait que c'était un privilège d'avoir la confiance du futur comte de Martel, il veillait jalousement sur sa cadette et ne laissait aucun homme (y compris leur père) seul avec elle.

"Ah Tristan je...

La jeune femme ne termina pas sa phrase lorsqu'elle releva la tête et remarqua que l'individu qui l'avait rejoint n'était pas son aîné.

-Je suis désolé Aurora ce n'est que moi.

-Lucien, je suis contente de te revoir, justement je parlais de toi à Max, l'informa-t-elle en caressant le canidé couché devant elle.

-Ah et que lui racontais-tu?, lui demanda-t-il curieux en s'asseyant à côté d'elle.

-Je lui disais que le meilleur ami de mon frère pour qui j'ai beaucoup d'affection, m'avait prise pour une inconnue, s'esclaffa-t-elle.

-Aurora, pas toi aussi, j'ai bien assez de ton frère qui ne manque jamais une occasion de me le rappeler, pesta-t-il.

-Pardonne-moi Lucien, je n'ai pas pu résister, mais je dois t'avouer que je t'ai un peu menti. En réalité je lui racontais la vie à Paris et que même si j'étais bien traitée, la maison me manquait, avoua-t-elle.

-Et moi?

-Quoi toi?, lui demanda-t-elle feignant l'innocence.

-T'ai-je manqué?

Il avait très envie de savoir s'il lui avait manqué comme cela avait été le cas pour lui. Il s'était souvent surpris à rêver à elle, à se demander comment elle allait, si elle était bien traitée et si elle pensait à lui quelques fois. Il la fixait et remarqua qu'une fois de plus les joues étaient rouges, aussi rouge que certaines des fleurs qui les entouraient.

-Bien sûr...tout comme Tristan, ajouta-t-elle.

Ce n'était pas totalement vrai, oui les deux garçons lui avaient beaucoup manqué, mais pas exactement de la même manière. Son grand frère et elle avaient toujours été proche, alors ne pas le voir pendant dix ans lui avait pesé sur le cœur. En ce qui concernait le de Castle, c'était une autre histoire. Enfant, elle avait rencontré de nombreux enfants mâles dans le but d'une future union avec un des garçons nobles. Certains étaient très gentils et auraient pu faire un excellent époux, pourtant aucun n'avait su toucher son âme comme y était parvenu le meilleur ami de Tristan. Au fil des ans, elle avait souvent rêvé au garçon châtain, pleurant parfois seule dans son lit au couvent, s'imaginant qu'il était déjà marié, avait déjà des enfants avec une femme qui n'était pas elle.

Lorsqu'elle avait appris qu'il était toujours libre, elle avait cru qu'elle allait mourir de joie. Elle s'était vite reprise, même si il ne s'était encore unit à personne et même s'il était encore plus beau que dans ses songes, il n'en restait pas moins qu'il était peu probable qu'ils se marient un jour. Elle ignorait tout des sentiments qu'il éprouvait pour elle et ceux qu'elle ressentait pour lui. Peut-être était-ce mieux ainsi, elle pouvait continuer de l'aimer de loin, sans crainte de voir son rêve brisé.

-Aurora, nous allons devoir rentrer si nous ne souhaitons pas être en retard pour le souper, s'écria son frère.

-Je viens Tristan, répondit-elle en criant elle aussi pour qu'il l'entende.

Lucien venait de se relever et elle voulut en faire de même, mais elle se mut un peu trop rapidement et se prit les pieds dans sa robe. Elle se prépara à se retrouver au sol et ferma les yeux pour ne pas voir sa chute. Pourtant, ce fut contre quelque chose de doux mais solide qu'elle se retrouva.

-Tout va bien Aurora, murmura le garçon.

Elle souleva ses paupières et découvrit que c'était contre lui qu'elle avait atterrit. Il avait bloqué sa chute et la fixait l'air inquiet.

-Je vais bien merci, je suis désolée, s'excusa-t-elle gênée en se reculant.

-Ce n'est rien, le principal c'est que tu ne te sois pas blessée, répondit-il rassuré.

-Je n'ai rien Tristan, s'écria-t-elle en agitant les mains.

Elle se doutait que son aîné avait vu la scène et devait se faire du soucis,mais à cause de la présence des gardes, il avait dû s'abstenir de les rejoindre et de prendre de ses nouvelles.

Leur père lui répétait souvent qu'un homme qui se souciait d"une femme était un faible, et à cause des soldats du comte il n'avait pas été près de sa sœur pour prendre de ses nouvelles. Il fut soulagé de l'entendre l'informer que tout allait bien.

-Aurora, accepterais-tu que je te tienne la main pour t'aider à remonter?, proposa le de Castle.

-Je t'en serais très reconnaissante, accepta-t-elle.

Elle aurait pu y parvenir seule, mais elle ne pouvait manquer l'opportunité d'avoir la peau de Lucien toucher la sienne (même si leurs vêtements empêchaient le contact d'être direct, c'était déjà ça aux yeux de la jeune comtesse). Elle tint son bras tout le long de la côte comme si sa vie ne dépendait, et dans le fond peut-être était-ce le cas. Le brun savait pertinemment que la sœur de son meilleur ami aurait pu remonter seule la colline, mais il n'aurait pu rater l'occasion d'être encore plus près de celle qui faisait battre son cœur. Il ne se détacha d'elle que lorsqu'ils furent arrivés près de l'autre de Martel et avant que cela ne paraisse inapproprié pour les gardes qui se tenaient à quelques mètres d'eux.

-Tu vas nous faire l'honneur de ta présence au dîner, se renseigna Tristan.

-J'aimerais beaucoup mais je ne sais pas si votre père appréciera que je m'impose sachant que je n'étais pas supposé venir aujourd'hui, répondit-il.

-Père ne dira rien, pas si c'est toi, tu sais toujours trouver les mots pour le flatter, rétorqua discrètement son ami.

-Si tu n'y vois pas d'inconvénients et que ma présence n'importune pas lady Aurora alors cela serait une immense joie pour moi, affirma-t-il.

-Ce serait un immense plaisir pour nous de t'avoir à notre table ce soir, je suis même sûre que père acceptera que tu dormes chez nous, ajouta-t-elle.

-Un délicieux repas suivit par une nuit dans un lit confortable, voilà une proposition à laquelle je ne peux dire non."

Tristan aida sa cadette à monter sur sa jument, Lucien l'aida à son tour à monter sur son étalon avant de monter sur le sien. Ils s'élancèrent au petit galop suivi par les hommes du comte qui n'étaient pas descendu des leurs afin d'atteindre la sécurité du château avant que la nuit tombe.