Fr01


NDas :

D'abords, une petite explication pour le titre. FR01, c'est le début du code qui est imprimé sur les œufs bio en France. C'est tout ce que vous avez besoin de savoir.
Oui, je suis tordue. C'est pas nouveau.

Bonne lecture


Boya était revenu changé de sa rencontre avec le Serpent.

Ses shidi ne savaient pas trop si la responsabilité en revenait au Serpent, à l'ami que leur shixiong s'était fait à leur grande surprise, ou à Zhuque.

Leur shixiong jusque là n'avait qu'une seule chose dans sa vie : son devoir de chasseur.

Il vivait Chasse, il mangeait Chasse, il respirait Chasse et s'il copulait, c'était probablement pour préparer une Chasse aussi. En tout cas, ses cadets en étaient sur.

Jusque-là, quand il s'occupait des plus jeunes, c'était pour faire d'eux de meilleurs chasseurs. Maintenant, il passait du temps avec eux aussi pour jouer, leur enseigner des connaissances plus dispensables comme les étoiles dans le ciel, les herbes dans les montagnes ou simplement les surveiller pendant leurs temps libres, un livre à la main. Il ne les grondait même plus quand ils trouvaient le moyen de cochonner leurs robes, trouer leurs bottes ou tomber des arbres. Il souriait doucement, secouait la tête et calmait les autres maîtres coléreux avec un petit : "Ce sont juste des enfants, laissez les s'amuser. Ils apprendront bien assez vite à être sérieux."

Mais s'il était aussi gentil et affectueux avec les plus petits shidi qui n'avaient plus le moindre complexe à venir faire leur sieste sur ses jambes ou dans ses bras, ce n'était pas la même chose avec les adultes.

Avec ses frères chasseurs, Boya était encore plus dur et implacable. Il ne leur passait plus la moindre erreur à l'entrainement. La moindre erreur était douloureusement remarquée d'un coup de plat de la lame ou d'un coup de pied dans un tibia, une fesse ou de botte dans la figure. Boya avait même déjà cassés quelques os sans le moindre remords.
Les anciens lui avaient hurlés dessus.
Boya ne s'était pas excusé.

"- Je préfère leur casser un bras à l'entrainement que voir leur cadavre revenir d'une chasse sur une charrette parce qu'ils auront fait n'importe quoi."

Les anciens ne pouvaient pas vraiment répondre quoi que ce soit à ça ! Alors ils avaient simplement demandé à ce qu'il se calme et ne casse plus d'os. Les bleus ça allait, les os cassés, c'était trop dangereux. Il ferait quoi si un os se remettait mal et handicapait à vie un frère ?

Boya en avait convenu. Il s'était depuis limité aux bleus mais ça faisait presque aussi mal. Ses reproches physiques étaient toujours agrémentés d'une décharge de qi affreusement douloureuse. Et si le niveau de ses élèves avait faire un progrès météoritique, ce n'était pas la question. Ça faisait MAL.

Boya se retrouvait de plus en plus adoré des plus jeunes et détesté à l'entrainement par les plus âgés. Comme il redevenait paisible, plus qu'il ne l'avait jamais été avant, dès qu'il mettait un pied hors de l'arène d'entrainement en sable, cette détestation ne faisait pas long feu une fois les bleus couverts de baume et les muscles détendus dans l'eau chaude des bains. Heureusement.

Avant, Boya n'avait jamais de temps à passer avec ses shidi une fois l'entrainement finit. Maintenant, il était toujours trouvable à la bibliothèque en train de lire et lire encore, comme affamé de connaissances. Ses shidi pouvaient venir le déranger s'ils avaient un soucis avec leur cultivation. Ou n'importe quoi d'autre.
Boya s'était découvert des trésors de patience au point qu'il ne montrait plus aucune irritation lorsqu'un de ses jeunes shidi venait lui pleurer sur l'épaule parce que la demoiselle qui les faisait sourire depuis des semaines en épousait un autre. Nombre des élèves de Boya avait atteint cet âge bizarre où ils tombaient amoureux dix fois par jour. Boya n'avait jamais vraiment connus ce maelstrom émotionnel qui faisait tomber amoureux de l'amour plus qu'autre chose.

Quand il y réfléchissait, Boya ne pouvait que sourire lorsque des robes blanches, un sourire aussi doux que moqueur et des yeux tendres lui montaient à l'esprit.

Boya avait changé et certains s'en inquiétaient. Si ces changements s'étaient limités à aplanir un peu ses troubles relationnels et à se montrer plus dur à l'entrainement, personne n'aurait trop rien dit. Boya avait toujours été bizarre. Il avait toujours été renfermé sur lui-même, renfrogné même, paranoïaque un peu, impitoyable avec ses ennemis et toujours, toujours, FIABLE

Mais maintenant ?
Même ses chasses avaient changées.

Déjà, il ne tuait plus les démons de manière indiscriminée. S'ils n'avaient fait de mal à personne et juste commis un vol ou des dégradations, il se contentait de les gronder très fort et de les chasser de la capitale. Il ignorait aussi ceux qui n'avaient commis aucun délit envers les lois de l'Empire.

Pour ceux qui avaient tués ou blessés des humains, par contre, il était toujours aussi implacable mais tuait avec l'efficacité la plus grande pour ne pas faire souffrir là où il prenait plaisir avant à les torturer. S'il avait voulu, avec son habileté à l'arc, il aurait pu tuer d'une flèche entre les deux yeux à peu près n'importe qui. Ou n'importe quoi.

Avant, il s'amusait à tirer dans une épaule, puis une jambe, l'autre puis prenait plaisir à voir sa victime tenter de s'enfuir en rampant sur le sol avant de l'achever. Maintenant ?

Il tirait dans l'œil quand il pouvait, dans la gorge quand il ne pouvait pas et s'il devait sortir son épée, il cognait pour tuer tout de suite. Trancher une tête avait sa préférence. C'était rapide et sans douleur.

De tous les changements, c'était celui qui inquiétait le plus les anciens et celui dont ce fichaient le plus les autres disciples. Eux étaient jeunes. Ils ne voyaient pas le mal à ne pas être cruel, bien au contraire. Boya était l'un des rares chasseurs à avoir pris plaisir à tuer ses victimes. La plus part des chasseurs le faisaient par devoir et obligation mais n'aimaient pas ça.

Boya était un tueur et un assassin.

Les autres étaient des nettoyeurs par obligation.

Voir Boya changer avait soulagés pas mal de jeunes disciples qui voyaient en lui un modèle mais rechignaient à devenir un meurtrier comme lui. Le voir devenir raisonnable était un soulagement.

Ho bien sûr, tout ne c'était pas fait du jour au lendemain et sans heurts. Bien au contraire.
Les plus fines mouches avaient remarqué que les changements apparaissaient toujours après les visites du prêtre en blanc que Boya avait présenté aux anciens comme un Maître du Bureau du Yi Yang. Et surtout, comme son ami.

Boya souriait toujours lorsque le prêtre en blanc était là.

Il avait été présenté comme Anbei QingMing et tout le monde savait qu'il était un demi renard démon. Le malaise parmi les maîtres de JingYun avait été évident jusqu'à ce qu'il montre ses oreilles et ses queues entre la poire et le dessert lorsqu'un des anciens avait exigé qu'il le prouve. QingMing s'était retrouvé quasi instantanément taclé au sol par les shidi de Boya qui n'en pouvaient plus de s'extasier sur ses jolies oreilles et ses longues queues toutes douces.

Boya, pour la première fois de sa vie au temple, avait éclaté de rire. Un profond rire qui venait du ventre comme il n'en avait plus eut depuis que sa mère était morte. La tête de prédateur traqué de QingMing qui ne savait absolument pas quoi faire face à la vingtaine d'enfants entre quatre et dix ans qui venaient de le prendre comme rocher à singe avait réussit à faire pleurer de rire Boya.

Le petit "Au secours" étranglé du demi-renard en avait remis une couche.

Il n'avait pas fallut longtemps pour que le reste de la secte ne rit à ses dépends jusqu'à ce que Boya reprenne le contrôle de ses petits élèves et les rapatrie dans ses jupes.

QingMing avait boudé. Longuement. Et le voir bouder avait participé à effacer la moitié de son sang démoniaque de l'esprit des disciples de JingYun. L'homme était avant tout un prêtre comme eux et avait réussit à apprivoiser et faire rire le disciple le plus rigide de la secte. Ils n'avaient pas douté qu'il était aussi la cause, tout ou partie, des changements qui s'étaient opérés et continuaient à s'opérer en lui.

Tout au moins, c'était ce que chacun avait assuré. Et si les anciens étaient suspicieux du renard démon, si les autres maîtres étaient jaloux du statut de Boya devant le trône et si les séniors en voulaient à Boya de les traiter comme des pelotes à épingles, chacun cachait sa rancœur et son aigreur sous les beaux sourires bien élevés qui étaient la base de la vie en société. Tant pis si on crachait sur Boya dans son dos, tant pis si on le surveillait comme le lait sur le feu en ajoutant régulièrement à son thé des élixirs sensés le garantir de tout contrôle par un renard démon et tant pis si le seul ami que Boya avait vraiment était la plus souvent dans le nord.

Le Chasseur ne s'était jamais soucié de la politique interne de la secte avant et ne s'en souciait pas plus à présent.

On le jalousait avant pour son tableau de chasse, on crachait sur lui quand on n'avait pas eu la chance d'être choisit pour être son shidi et on lui en voulait d'être le premier à qui le trône pensait quand il y avait une mission lucrative.

On le haïssait déjà avant.

Les choses n'avaient, finalement, pas tant changé que ça.

JingYun était ce qu'il était : un panier de crabe aux sourires avenants.

Maintenant, ils n'osaient pas plus qu'avant s'en prendre de front à Boya. Pas alors qu'il était l'un des deux Vainqueurs du Serpent. Pas alors qu'il avait pour ami l'un des quatre ou cinq Grand-Maîtres du Yin Yang. Pas alors qu'il était l'Elu de Zhuque.

Boya savait qu'à part ses shidi, personne ne l'avait jamais apprécié à JingYun. Et Boya s'en tapait totalement les reins avec un fémur de langouste. Il faisait son boulot de son mieux, avait évolué pour le faire encore mieux et s'il froissait des sensibilités nouvelles, s'il marchait un peu plus sur des orteils délicats et si on le méprisait un peu plus pour les marques noires qui étaient revenues sur son corps à mesure que Zhuque retrouvait ses forces et que sa statue était réparée, il s'en fichait avec une rare efficacité.

Les membres de JingYun avaient le droit de se détester les uns les autres. Ils n'avaient juste pas le droit de se taper dessus ou de massacrer les copains pour régler leurs querelles de personnes.

JingYun était à peine plus tolérable que le Yin Yang uniquement parce qu'ils étaient un ramassis de tueurs en série et que s'ils se laissaient aller aux même mesquineries que dans le nord, leur secte ne serait plus qu'une boucherie sanglante avant la fin de la semaine.

La cloche qui marquait le couvre-feu de la nuit avait sonné depuis une dizaine de ke lorsque la porte de la petite chambre perdue au fond d'un couloir se referma derrière un sénior d'une trentaine d'années. Il était plus vieux que Boya mais toujours pas un maître. Il n'avait pas d'assez bons résultats sur le terrain pour ça.

"- Dépêche-toi Wei Wei. Entre vite et ferme la porte." Insista un maître à peine plus vieux que lui.

Une trentaine d'autres adultes entre vingt et cinquante ans étaient réunis dans la petite chambre. Tous étaient là pour la même chose. Tous se rassemblaient là périodiquement dans le même but : se plaindre de Boya.

"- Personne ne t'as vu ?"

"- Tu es en retard !"

"- Il a fallut que j'échappe au gamin qui partage ma chambre.'" Protesta le Sénior.

Trente ans et toujours à partager sa chambre avec un autre disciple du même rang que lui. L'autre Senior était toujours juste nommé. Avoir dans sa chambre un sénior de quatorze ans ulcérait Wei Wei de toutes ses forces. Comment pouvait-il supporter d'avoir avec lui un sénior de la moitié de son âge ? Tout ça, c'était la faute de Boya. Une fois de plus. Le scandale était qu'il forme trop bien et trop vite ses shidi. Pas que lui soit toujours un Senior à trente ans passés.

Forcement.

"- Bah, à cet âge-là, ça dort encore avec un doudou."

"- Tu ne penses pas si bien dire."

Boya ne forçait pas ses shidi à se séparer de leurs béquilles psychologiques mais les laissaient s'en séparer à leur rythme. C'était ridicule. Un Senior qui dormait avec une couverture puante et pelée dans les bras en suçant son pouce. Consternant.

"- Alors ? Quelqu'un à une explication pour les marques ?"

Un des maîtres présent hocha la tête.

"- J'étais là quand les anciens l'ont convoqué."

Les tatouages, ça faisait mauvais genre. Le maquillage comme ça, aussi. Mais ils avaient eut beau frotter, rien n'y avait fait. L'un des anciens avait proposé de les brûler mais Boya avait protesté. Non seulement ça n'y ferait rien, mais Zhuque n'allait pas apprécier.

"- Zhuque ? Qu'est ce que Zhuque vient faire là-dedans ?"

Boya avait expliqué avoir servit d'Avatar au Dieu-Gardien mais personne n'y croyait vraiment. Un humain qui servirait d'Avatar ? Et qui y aurait survécut ? La blague était remarquable.
Et pourtant…

Pourtant Boya avait ces marques sur le corps qui n'étaient pas des tatouages mais similaires aux marques spirituelles qui apparaissaient sur le corps lorsqu'il utilisait son troisième œil.

Les anciens lui avaient demandés encore et encore de lui raconter ce qui s'était passé avec Zhuque lorsque le Serpent s'était éveillé.

Le maître présent avait tout entendu et pouvait le répéter à ses collègues. Boya s'était suicidé pour offrir sa vie au Dieu-Gardien pour réveiller la sienne. Zhuque avait sauvé la Capitale du Serpent puis lui avait rendu sa vie.

L'amertume du groupe aurait pu desceller les pierres du mur.

"- Alors ce sont vraiment les marques de Zhuque."

"- Il semble bien. En plus elles changent de forme quand on les observe avec le troisième œil. Elles sont beaucoup plus grosses et il y a comme… comme… je sais pas une concentration de qi dans le dos de Boya qui ressemble à des ailes."

"- Pfff…"

Le silence se fit pendant encore quelques minutes. A JingYun, il n'y avait pas beaucoup de moyen de lutter au milieu de leurs petites guerres intestines. A part la rumeur, il n'y avait pas grand-chose.

"- Ça reste un tatouage et une marque d'esclavage finalement. Peu importe que Boya appartienne à Zhuque. Il lui appartient justement. Il en est marqué visiblement."

La réalisation, puis les sourires apparurent sur tous les visages. C'était bas, petit et mesquin mais la mesquinerie était l'un des moins pires travers des disciples quand ils n'aimaient pas un collègue ou en étaient jaloux. Et l'une de leurs seules armes réelles.

La rumeur allait vite se rependre. Il serait difficile pour Boya de porter ces marques comme un signe d'honneur encore très longtemps.

Et puisqu'il aimait si fort se draper dans la supériorité que lui donnait Zhuque, autant l'attaquer là-dessus n'est ce pas ?
Ho, ce ne serait ni méchant, ni douloureux.

Juste une bête plaisanterie stupide et un peu cruelle comme ils savaient si bien le faire.

C'était toujours cocasse d'humilier ceux qui se voyaient un peu trop au-dessus de leurs frères alors qu'ils ne le méritaient en rien.

Boya n'avait pas à se sacrifier comme il l'avait fait. Encore moins à y survivre et certainement pas à en conserver un cadeau fait par Zhuque !

C'était sa faute s'ils allaient le remettre à sa place.

Boya se réveilla avec la Mère de Toutes les Migraines qui jouait du sheng sous son crâne. Et en jouait très, très mal et très, très fort en prime.

Il gémit avant de se masser les tempes dans une vaine tentative de calmer son mal de tête. Boya ne buvait jamais ou presque. Le seul avec qui il buvait était QingMing et jamais plus de deux ou trois coupelles de vin sur un soirée entière. Il n'avait pas la descente de QingMing qui avait besoin de huit ou dix bouteilles d'eau de vie pour être simplement un peu gris.
Alors pourquoi avait-il une gueule de bois suffisamment épaisse pour tailler un paravent dedans ? Qu'est ce qui c'était passé ?

Boya n'avait pas bougé depuis son réveil à part pour se frotter les tempes. Il n'avait pas ouvert les yeux non plus, d'ailleurs. Il fallait déjà qu'il règne sur sa nausée, son manque d'équilibre, son vertige et tout le reste.

Un gémissement lui échappa encore. Le son se répercuta dans les os de son crâne. Il avait envie de mourir. C'était sa première cuite. Il aurait fallut attendre ses trente ans dépassés pour sa première gueule de bois. QingMing allait tellement se moquer de lui ! Peut-être que s'il restait sous ses couvertures, il allait se dissoudre dedans pour éviter les plaisanteries douteuses de son ami aussi bien que sa désolation de ne pas être celui qui l'avait amené à se lâcher.

Boya n'arrivait pas à se souvenir comment il avait pu s'imbiber ainsi. Ni avec quoi ! Qu'avait-il fait de sa soirée ?
Il avait participé à une chasse conjointe avec une douzaine d'autres maîtres. Il était rare que JingYun participe à des chasses de cette taille mais un troupeau de sangliers-démons avaient commencés à ravager les rizières à l'ouest de la capitale au point que le trône et son tout nouveau locataire, un bébé d'à peine vingt ans qui avait heureusement été instruit depuis sa naissance par Fangyue et des tuteurs capables avait fait appel, non seulement au temple mais également aux autres sectes plus petites qui pullulaient dans la région. Deux Anciens de JingYun étaient venu aussi avec eux pour la planification.

La mission en elle-même avait été un massacre.

Ses frères s'étaient bien fichus de lui et de ses nouvelles habitudes dès le départ. Il voulait aller parler aux grosses bêtes avec des fleurs et des bonbons avant qu'ils ne les découpent en rondelle ou ils allaient pouvoir se passer de son pacifisme ridicule et bosser proprement ?

Boya avait pété le nez d'un de ses frères d'un coup de boule irrité.
D'accord, il n'aurait pas dû. Maiiiiis c'étaient eux qui avaient commencé ! Là ! Il n'avait rien contre détruire des démons dangereux. Il épargnait juste ceux qui ne l'étaient pas.

Devant un troupeau de sangliers démons à moitié fous, il n'y avait même pas de question à se poser.

Les deux anciens avaient un peu gueulés mais sans le punir. Dans l'absolu, Boya avait eut raison de se défendre.

Enfin, à eux tous, le nettoyage avait été plus une formalité qu'autre chose. Boya avait prouvé une fois de plus qu'il était le meilleur. Les autres pouvaient se moquer comme ils voulaient de lui, à l'arrivée il était quand même celui qui avait découpé du sanglier de deux mètres au garrot tout seul par le milieu quand ses frères devaient s'y mettre à trois ou quatre par tête.

Quand on lui avait demandé comment il pouvait bien faire ça, Boya avait juste haussé les épaules. Puis ses frères avaient vu les marques sur sa peau plus larges et rouge, ses yeux jaunes comme deux d'un rapace autant qu'ils avaient sentit un qi superposé au sien.
Zhuque était toujours sur son épaule. Ses frères pouvaient se moquer de lui autant qu'ils voulaient, le mettre à l'écart même si ça les amusaient, le résultat était le même.

Il restait bénit par le Dieu-Gardien. Leur jalousie n'y changerait rien.

Une fois le ménage fait, ils avaient tous été fêter ça dans un bordel. Boya était venu aussi parce qu'il s'était déjà bien assez fait remarquer et qu'il n'avait pas envie d'être à ce point mis au banc de sa secte. C'était un équilibre aussi difficile que subtil à maintenir.

Boya avait refusé de s'éclipser avec une des demoiselles présentes mais avait accepté un peu d'alcool pendant que ses frères disparaissaient momentanément avant de revenir pour boire un peu plus puis filer à nouveau.

Boya ne se souvenait pas non plus de la façon dont ils étaient revenu à la secte. Avait-il bu à ce point ? Il n'en avait pas l'impression pourtant. Une coupelle, peut-être deux, trois maximum. Puis il avait demandé du thé aux fleurs. Il était bien moins bon que celui que Honey Bug préparait pour son maître et lui, mais il était buvable.

Quand avait-il tourné de l'œil ? Et pourquoi ? La fatigue ? Zhuque ? Autre chose ?
Il n'en avait aucun souvenir.

Il avait but quelque gorgées de thé puis le trou noir. On aurait mit quelque chose dans son thé ? Mais pourquoi ? C'était ridicule.

La cloche qui prévenait du début du petit déjeuner sonna deux fois au loin. Boya se sentait à peu près en état de se lever. Il s'étira sous sa couverture et voulu rouler sur le matelas mais quelque chose contre son flanc le fit s'immobiliser.

Boya souleva lentement la couverture pour tomber sur…. Qu'est ce que c'était que ça ? un œuf ?

Un œuf ?
Dans son lit ?

Qu'est-ce que ça fichait là ?
L'œuf était gros en plus. De la taille de sa tête ou presque. Un instinct qui n'était pas le sien lui fit immédiatement se rouler en boule autour de l'œuf. Il était chaud en plus. Il sentait du qi a l'intérieur. Et il était lourd.

Il y avait forcement quelque chose de vivant là-dedans.

Sans savoir comment il savait quoi faire, il tira toutes les couvertures et les coussins du lit pour en faire un nid confortable, se rouler en boule autour de l'œuf et le réchauffer de son qi avant de fermer les yeux, un contentement étrange au fond du ventre.

Ils allaient bien s'occuper de leur œuf, Zhuque et lui.

Au fond de son crâne, les caquètements satisfait et fascinés de Zhuque le bercèrent jusqu'à ce qu'ils se rendorment tous les deux pour s'occuper de leur petit.

Dans le grand hall de JingYun, ça gloussait pas mal, dans l'attente de voir un Boya furieux débarquer avec l'œuf d'autruche qu'ils avaient trouvé au marché pour exiger de savoir qui avait fait cette blague ridicule.

Deux maîtres avaient trouvé l'œuf chez un vendeur de curiosité. Ils l'avaient achetés, vidé, nettoyé, remplis d'un liquide qui prenait bien le qi puis l'avait chargé du qi de plusieurs personnes comme s'il y avait quelque chose de vivant dedans.

Ils avaient attendu pas mal de semaines pour faire la blague. Ils n'avaient pas osés espérer que Boya les accompagnerait au bordel la veille !

Quand ils avaient demandés aux fille de la maison de mettre du somnifère dans son thé en leur expliquant la blague, elles n'avaient été que trop contentes de les aider, un peu vexées que le délicieux jeune homme ne veuille d'aucune d'entre elles et refuse même de boire correctement.

Boya s'était effondré comme une masse. Hilares, ses frères l'avait chargé sur leurs épaules à tour de rôle pour le ramener à JingYun. Ils l'avaient déshabillé pour ses vêtements de nuit, avait installés l'œuf contre lui, l'avait réchauffé d'un peu de qi puis avait laissé Boya cuver son somnifère en frétillant comme des gardons pour attendre qu'il se réveille.

Ils voulaient l'entendre hurler. Ou se plaindre. Ou les mépriser, même.

Ils voulaient une réaction d'irritation pour acter qu'ils en avait eux-mêmes assez de lui.

Ils cherchaient une bagarre que Boya se refusait de leur donner.

Alors ils attendaient en frétillant.

Ils attendaient.

Ils attendaient…
Ils attendaient et ils attendaient.

Ils attendaient encore.

Ils attendaient toujours.

Lorsque la cloche de midi sonna, ils commencèrent à s'inquiéter.

Et si Boya avait mal réagit au somnifère ? S'il était malade ?

Ils n'avaient pas pensés à ça. Ils avaient méchamment chargé le thé justement parce que sa cultivation était puissante.

Alors si c'était trop ?

"- Il faut aller voir."

Le petit groupe de maîtres monta discrètement dans l'aile des chambres pour aller toquer à la porte de Boya.

Sans réponse de sa part, ils ouvrirent lentement la porte.
A l'intérieur, la pénombre était difficile à percer.

"- Boya ?"

Quelque chose frotta dans du tissu.

"- Boya ?"

"- Quoi ?" Le ton était ouvertement agressif.

"- On va ouvrir les rideaux hein."

Boya grogna mais ne dit rien. Il devait être vraiment malade.

Une fois les rideaux ouverts, ses frères restèrent saisit. Le lit était un véritable dépotoir bizarrement installé. Boya y était roulé en boule autour de l'œuf et les fixait avec suspicion. Les marques sur son visage étaient plus larges et légèrement rougeâtres.

"- Boya."

"- Qu'est ce que vous voulez ?"

"- …Qu'est ce que tu fais ?"

"- Qu'est ce que vous voulez ?" Répéta Boya avec colère en serrant l'œuf plus étroitement contre lui.

"- …Boya… Tu couves ?" Sérieusement ?

L'amusement remplaça très vite l'inquiétude.

"- Mon œuf." Gronda encore Boya. "Pas toucher."

"- Boya… C'était une blague hein." Tenta un des maîtres.

"- Mon œuf." Insista Boya.

"- Non, mais Boya…"

Celui qui était entré le premier s'approcha du lit pour lui arracher l'œuf des bras. La blague n'était pas drôle. D'accord. Mais ils ne s'attendaient pas à ce que Boya la leur renvoie dans la figure de cette façon ! Ça les mettait même vaguement mal à l'aise. Ils ne s'attendaient pas à ce que Boya leur renvoie leur blague comme ça. Il l'avait prise à bras le corps et en jouait pour les humilier.

"- Allez, ça va. Donne ça. C'était juste une blague, pff. Si on peut même plus s'amuser."

Un hurlement de douleur échappa au maître lorsque Boya se détendit comme un ressort pour lui griffer le bras de ses serres…. SES SERRES ?

C'était QUOI ces trucs de trente centimètres au bout de ses doigts ?

"- Boya ?"

"- Merde ! Tu saignes comme un cochon !"

"- BOYA ÇA VA PAS LA TETE ?"

"- Mon œuf."

Boya s'était réinstallé autour de l'œuf et les foudroyait du regard.

"- Mince mais c'est juste un fichu œuf d'autruche avec de l'eau salée et du qi dedans ! C'est pas un œuf !"

Mais Boya. Si c'était vraiment Boya, ne les écoutait pas. Il…Couvait…

"- Mon œuf."

"- Merde, il couve."

"- Comment on va expliquer ça aux anciens ?"

"- Expliquer quoi ? Que Boya a finit par tourner la carte ?"

"- Les gardes, Lin Lee saigne encore comme un cochon ! Il faut l'emmener à l'infirmerie !"

"- Il est complètement taré !"

"- Mon œuf."

"- Boya…" Le maître fit un pas en avant mais Boya se redressa, les serres en avant.

L'homme recula immédiatement. Ils allaient devoir dire ce qui se passait aux anciens. Ils allaient se faire détruire.

Le petit groupe quitta la chambre. Ils laissèrent la porte grande ouverte sans se soucier des shidi curieux et inquiet pour leur Da Shixiong.

"- Boya-Xiong ?"

Boya se réinstalla correctement dans son nid. Il remit les couvertures en place, s'enroula à nouveau autour de l'œuf, puis accueillit ses petits shidi curieux.

"- Shixiong ?"

"- Mon œuf !" Il y avait de la fierté dans la voix de Boya.

"- … Shixiong ! Vous avez fait un œuf ?"

"- Trop fort !"

"- C'est qui le papa ?"

"- Sans doute QingMing Daren."

"- C'est vrai, qui d'autre."

"- Il est trop beau !"

"- On peut le toucher ?"

"- On fera attention."

"- Mon œuf." Le vocabulaire de Boya semblait très limité soudain. Mais c'était entièrement la faute de Zhuque qui couvait son œuf avec précaution.

"- Promis, on le cassera pas."

Boya s'écarta très légèrement pour laisser les enfants s'installer près de lui dans son nid.

Lorsque les anciens débarquèrent en catastrophe dans la chambre pour voir ce qui se passait ils restèrent surpris.

D'après les maîtres qui étaient venu les trouver, Boya était devenu comme fou et les avait attaqué alors qu'ils lui avait fait une simple plaisanterie en mettant un œuf dans son lit.

Boya refusait de le lâcher et les avait attaqué. Sans doute pour se venger de leur plaisanterie bien innocente. Bien sûr, ils n'allaient pas présenter la chose comme étant un besoin de se venger de leur frère juste parce qu'ils ne l'aimaient pas et qu'ils étaient jaloux de Zhuque.

Alors quand les anciens trouvèrent Boya dans un… nid ? fait avec ses couvertures ? Avec tous les shidi de Boya autour de lui qui dormaient avec lui ?

Ils restèrent surpris et un peu perturbés. Ou était le Chasseur fou dangereux qui leur avait été promis ? Parce qu'avec ça, ils avaient une excuse toute trouvée pour le chasser ! Quoi que là, c'était suffisamment bizarre pour au moins l'envoyer de force à l'infirmerie.
Enfin, s'ils arrivaient à s'approcher.

"- Boya ?"

"- Mon œuf !" Il y avait un certain triomphe dans la voix et les manières du jeune homme. Comme s'il avait effectivement pondu un œuf. Mais était-ce vraiment Boya qu'ils avaient devant lui ? Les marques sur sa peau n'avait jamais été aussi larges.

"- Regardez avec votre troisième œil." Souffla un des anciens.

Les autres l'imitèrent. Ils virent tous les grandes ailes de flammes dans le dos du jeune maître. C'était davantage Zhuque que Boya devant eux. Jusque-là, ils avaient toujours douté de ce que Boya leur avait dit sur son sacrifice au dieu gardien même si toutes les preuves étaient là. Mais à présent ?

Comment pouvaient-ils utiliser ce qu'ils avaient sous les yeux ? Comment capitaliser là-dessus ? Il devait bien y avoir un moyen d'enchainer Zhuque au bon vouloir du temple. Quitte à enchainer Boya dans la foulée. Ce serait une perte parce qu'il était un bon chasseur et un bon professeur mais les avantages ! S'il fallait supprimer Boya de son corps pour ne laisser la place qu'à Zhuque, ils n'hésiteraient pas.

Mais ce n'était pas la question pour l'instant.

Pour l'instant, il fallait savoir quoi faire de Boya. Est-ce qu'ils devaient le laisser avec cet œuf vide jusqu'à ce que Zhuque et lui réalisent que ce n'était qu'une mauvaise blague ? Ce serait sans doute la meilleure chose à faire. Ils pourraient le consoler ensuite. Peut-être même promettre au dieu de gardien de lui trouver des œufs qui allaient éclore ?

Tellement de possibilités ! C'était excitant.

"- Boya ? Tu as besoin de quelque chose ?"

Boya regarda autour de lui.

"- Couvertures. Boire. Manger."

"- On va t'apporter tout ça, d'accord ?"

"- … QingMing ?"

"- Tu veux qu'on demande à QingMing Daren de venir ?"

"- Hmm…"

"- Pourquoi ?"

"- Œuf. Papa."

Les anciens échangèrent un coup d'œil. Ils devaient comprendre ce qu'ils comprenaient ? Boya et le demi-renard ? Ils s'étaient tous posés des questions évidemment. Mais avoir la confirmation de la relation contre nature était…. Ecœurante.

"- On va les contacter." Promis un des anciens.

Il n'en ferait bien sûr rien du tout. Ils n'allaient pas aider à ce comportement déviant. Ils avaient en plus une raison d'interdire l'entrée au renard-démon maintenant. Être le second tueur de Serpent lui avait permis de passer leurs portes malgré sa nature, mais là, c'était intolérable.

Boya sembla satisfait. Il se roula à nouveau en boule dans son nid et ferma les yeux.

Les anciens restèrent à observer la scène étrange encore quelques minutes avant d'encourager les enfants à quitter le nid et la chambre. Ils avaient des cours à suivre après tout.

Les shidi renâclèrent un peu mais finir par obéir.

Lorsque Boya rouvrit les yeux en fin de journée, on lui avait apporté ce qu'il avait demandé.

Il se sentait mieux. Moins… submergé par Zhuque.

Il voulait toujours autant que lui prendre soin de leur œuf mais il n'était plus écrasé par les pensées purement animales ou presque de Zhuque. Le Dieu-Gardien était un animal avant tout. Un animal d'une puissance colossale mais qui fonctionnait surtout par ses instincts et ses désirs.

Pour l'instant, Zhuque voulait protéger son œuf, que leur mâle leur apporte de quoi manger, s'occupe d'eux et leur tienne compagnie.

Une fois le nid refait, Boya se réinstalla autour de l'œuf et continua sa couvaison dans le calme.

Il continua ainsi pendant onze jours.

C'est le temps qu'il fallut au qi dans l'œuf pour se dissiper totalement.

Au matin du douzième jour, c'est un Zhuque dévasté qui caressait la coquille vide, Boya sur son épaule.

L'un comme l'autre étaient dévastés par la perte de leur petit.

Leur œuf… leur poussin… Pourquoi n'y avait-il plus de vie dans leur œuf ?

"- Hé, Boya ?"

Les maîtres qui lui avaient joués la mauvaise blague avaient quand même été punis pour ça. Ils avaient été mis de corvée de Boya. Ils devaient le surveiller et s'assurer qu'il avait assez à manger et à boire.

"- …. L'œuf… Il est mort…"

Les maîtres échangèrent un petit sourire méprisant.

"- Tu es à nouveau avec nous ou Zhuque est encore là à te griller le cerveau ?"

"- Zhuque ne m'a rien grillé du tout."

Ha ! Au moins, Boya était bel et bien là. Tant mieux ! Ça simplifiait les choses.

"- Mon œuf…"

"- Ho, ça va Boya. Ca suffit la blague tu crois pas ?"

"- La… Blague ?"

"- Ouai, te faire passer pour Zhuque qui couve son œuf. Ça va, on t'a fait une blague, t'as réussi à nous la renvoyer dans la figure, t'as gagné. Ça te va ? on en reste là ?"

"- … Une… blague ?" Comment ça une blague ?

Si Boya n'osait comprendre, Zhuque était en train de se mettre lentement en colère. Il n'y avait pas de blague dans la mort de leur poussin !

"- Ouai. Cet œuf. T'as quand même pas cru que c'était toi qui l'avait pondu ?" Les maîtres étaient incrédules. "Boya, c'est pas comme ça que ça marche de faire des bébés hein." Ils étaient hilares et riaient de bon cœur.

"- T'as vraiment cru que t'avais pondu un œuf ? Ha c'est la meilleure de l'année ça !"

"- Attends qu'on raconte ça aux autres."

"- Boya Daren ne sait pas comment on fait les bébés !"

"- En même temps, il se tape un renard. Qu'est ce que vous attendiez !"

"- Et il doit être dessous pour penser qu'il avait pondu."

"- Ha la bonne blague !"

Boya était en train de passer lentement de la peine à l'incrédulité puis l'horreur et enfin la colère.

Son œuf ? Leur œuf ? Ce n'était pas leur œuf ? Ils ne l'avaient pas pondu ?

De grosses larmes lui montaient aux yeux mais ce n'étaient pas ses larmes à lui. C'était celles de Zhuque. On lui avait fait croire qu'il avait un œuf alors que finalement…

"- C'est juste une œuf d'autruche vide qu'on a remplit d'eau salée et de qi avant de le refermer avec de la cire, Boya. T'es vraiment un idiot."

Le rire des maîtres réunis se calma lentement à mesure que le qi coléreux de Boya enflait dans leur dos. Assis sur son lit, recroquevillé autour de l'œuf, Boya retenait de plus en plus difficilement sa fureur.

"- Sortez d'ici avant que je ne vous tue." Sa voix était basse et chargée de peine.

Il avait l'impression qu'on lui avait tué son petit. La peine était surtout celle de Zhuque. Le dieu-gardien était inconsolable. Et sa peine se soldait par une fureur sans nom qui menaçait d'engloutir une fois encore Boya.

Si seulement QingMing…

"- C'est pour ça que QingMing n'est pas là ? Vous ne l'avez même pas prévenu !"

"- Prévenir ton monstre ? Et pourquoi ? Parce que tu couves ?"

Le rire gras se termina sur un cri de douleur lorsque l'œuf s'écrasa sur le crâne du maître qui s'écroula dans une mare de sang. Boya ne lui avait pas éclaté l'œuf assez fort sur le crâne pour le lui défoncer mais assez pour salement l'amocher quand même. Si le cultivateur avait été un simple humain, il serait mort.

"- Sortez de ma chambre…" Siffla encore Boya.

"- Ho ça va ! C'était juste une blague."

"- DEGAGEZ DE MON NID !" Zhuque n'était plus retenu que d'une fraction par Boya.

Les maîtres semblèrent soudain comprendre que si Boya était en colère, c'était la fureur de Zhuque qu'ils avaient déclenché.

Ils fuirent aussi vite que possible avec leur blessé.

Boya se laissa tomber dans son nid pour pleurer.

Comme pour sa colère, ce n'était pas ses larmes qui roulaient sur ses joues mais celles de Zhuque.

Le dieu-gardien avait vraiment cru que c'était son œuf à lui et il était désespéré qu'on se soit joué de lui. D'eux.

Pendant que Boya tentait de se calmer et surtout de calmer Zhuque, Les maîtres ne savaient pas trop quoi faire.

"- La première chose, c'est d'aller en parler aux anciens."

"- Ça va pas ? Ils vont nous détruire ! Mettre en colère Zhuque ?! T'es fou !"

"- C'est pas notre faute. Si on se brouille bien, ce sera la faute de Boya. C'est pas notre faute s'il a refusé de dire le degré de fusion entre lui et le dieu-gardien. Il aurait dû être contrôlé depuis longtemps pour l'empêcher de faire n'importe quoi. Ce sont ses dissimulations qui nous mettent dedans."

Pendant que ses frères allaient cafter encore sur son dos et se donner le beau rôle, Boya tentait bravement de calmer sa peine et celle de Zhuque. Personnellement, il n'avait jamais réfléchis à l'idée d'avoir des enfants et y étaient assez indifférent. Une femme serait venue à JingYun avec un bébé pour le lui coller dans les bras en lui disant que c'était le sien, Boya en aurait prit soin avec toute la détermination qu'il pouvait mettre dans une mission. Mais désirer un petit ? Ça n'avait jamais été un besoin, ni même une idée pour lui. A présent, il aurait tout fait pour pouvoir calmer la peine de Zhuque.

Le Dieu-Gardien souffrait profondément de la mauvaise blague. C'était une douleur instinctive et animale, profondément simple et infinie en même temps.

Avant cette plaisanterie, Boya n'avait aucune idée de la profondeur de la marque de Zhuque sur son âme. Il savait qu'il lui appartenait, les marques sur son corps, sa capacité à utiliser son qi au besoin étaient les meilleurs indices. Mais avoir ainsi ce qu'il pensait être une partie de la cognition spirituelle de l'oiseau divin qui résidait en lui ? Boya ne l'aurait jamais imaginé.

"Zhuque… Je suis désolé…"

Il était d'autant plus désolé que maintenant qu'il n'était plus totalement noyé sous le désir de couver de Zhuque, il lui était facile de comprendre que c'était une blague pas drôle. Si Zhuque ne l'avait pas noyé sous son bonheur d'avoir un œuf lorsqu'il avait vu l'objet dans son lit, Boya lui aurait immédiatement dit que c'était impossible. Mais Zhuque ne lui en avait pas laissé le temps.

"- Zhuque…" Mais le Dieu-Gardien pleurait la perte de son œuf comme s'il l'avait vraiment pondu.

Pour lui, c'étaient les maîtres de JingYun qui le lui avaient pris. C'était leur faute s'il avait perdu son œuf. C'était leur responsabilité. Et en tant que Dieu-Gardien, il ne pouvait le tolérer.

Un cri de douleur purement avienne passa les lèvres de Boya qui tentait toujours de réconforter le dieu-gardien.

Toutes les flammes de la secte furent soufflées d'un coup ainsi que toutes les flammes de la capitale. Peu importait qu'il s'agisse d'un foyer de cuisine, d'une bougie ou d'une forge. Plus aucune flamme ne brûlait dans les cent li autour de JingYun.

Si Boya n'avait pas profité de la vision nocturne de Zhuque, il n'aurait plus rien vu de ses appartements.

"Zhuque… Les gens du commun ont besoin de chaleur pour se nourrir et se réchauffer. Tu vas tuer des gens innocents."

Zhuque hurla encore sa colère et sa peine. Il refusait de rendre le feu aux humains tant qu'on ne lui aurait pas rendu son œuf.

Boya ne pouvait malheureusement pas faire grand-chose. Pas alors que lui-même souffrait encore de la perte de son… de leur œuf. Même si c'était une blague, il avait été prêt à accueillir son poussin.

Lorsque les anciens déboulèrent, furieux, dans la chambre de Boya pour exiger des explications, ils y trouvèrent Boya installé dans une profonde méditation. Les marques sur son corps brulaient littéralement autour de lui. S'il n'y avait plus une flamme active à des kilomètres à la ronde, c'était comme si elles s'étaient concentrées sur le corps de Boya et y luttaient pour ne pas s'éteindre.

"- YUAN BOYA ! QU'EST-CE QUE C'EST ENCORE QUE CETTE BLAGUE !"

Un frémissement agita les paupières de Boya. Il était en train de lentement calmer Zhuque mais ce vieil idiot d'ancien venait de faire à nouveau exploser la colère du Dieu-Gardien. Boya fut un instant noyé dans les flammes avant qu'il ne parvienne une fois de plus à calmer quelque peu Zhuque. Ce n'était pas grand-chose mais il n'avait pas vraiment le choix.

Boya s'épuisait à consoler le Dieu-Gardien. Il ne pouvait pas lui promettre qu'il aurait un jour un vrai œuf à couver et encore moins le sien. Pas alors que Boya n'était pas une fille, n'avait pas de partenaire et n'était pas prévu pour pondre des œufs.

Zhuque balaya les arguments les uns après les autres d'un revers de ses ailes. Il voulait un œuf. Il voulait son poussin. Il l'aurait. Il ne leur fallait qu'un géniteur.

Lorsque Boya ouvrit enfin les yeux, sa chambre avait été ravagée par un incendie. La majorité de ses possessions n'étaient plus que cendres, comme ses vêtements. Heureusement que ses possessions les plus précieuses étaient à l'abri dans un coffre. S'il avait perdu son dizi, ses armes, les bijoux de sa mère et quelques rares objets encore qui lui restaient de ses parents, il aurait été lui aussi inconsolable.

"- BOYA !"

"- Shhh. Cessez de hurlez. Zhuque c'est enfin quelque peu calmé." Le ton du jeune maître avait été sec et dur à l'extrême.

Les anciens eurent un mouvent de recul. Comment osait-il leur parler ainsi ! Tout de même ! C'était un scandale !

Mais Boya s'en fichait. Pas avec la peine et la colère de Zhuque qui menaçaient encore de prendre le contrôle à tout moment.

"- Qu'est ce que vous voulez ?"

"- Tes frères sont venus nous dire ce que tu as fait ! Ce n'est pas leur faute si tu n'as pas d'humour. Et tu as utilisés bien assez longtemps cette plaisanterie stupide pour tirer au flanc !" La colère de Zhuque noya encore la chambre de chaleur écrasante. "ET CONTROLE TOI UN PEU."

"- C'EST ZHUQUE QUI A ETE BLESSE PAR LEUR CRUAUTE !

"- Si Zhuque te contrôle à ce point et est fort à ce point, sois certain que nous trouverons très vite à l'enchainer et toi avec. Une créature comme un dieu gardien ne peut être laissé dans la nature. Et toi non plus ! Personne ne peut plus te faire confiance depuis que tu t'es commis avec ce… démon."

"- Nous sommes très déçut de ton comportement, Boya. Tu aurais du nous prévenir que Zhuque était à ce point lié à toi."

"- Tu serras punit pour ça. Sois en certain."

Boya se retenait de plus en plus difficilement de ne pas exploser. Cette fois, c'était lui tout autant que Zhuque qui était furieux. Ils OSAIENT ?

"- JE suis la victime et c'est MOI que vous osez blâmer ?" Il cessa de cajoler Zhuque pour qu'il laisse les flammes revenir. "Débrouillez-vous." Il attrapa ses armes, bouscula les anciens et s'éloigna. "Puisque j'ai à ce point tiré au flanc, je vais aller faire mon travail. En attendant, débrouillez-vous avec les conséquences ! Et puisque je suis aussi dangereux, je vous déconseille de chercher à me suivre."

Zhuque hurlait à nouveau sous son crâne. Il voulait se venger. Il voulait LES venger. Il voulait son œuf. Il voulait couver. Et il voulait surtout qu'on le console.

Boya faisait de son mieux mais il n'avait jamais été un tendre, sauf avec ses shidi.

Sans même y réfléchir, ses pas le conduisirent dans les dortoirs. Ses petits élèves se jetèrent dans ses jambes, inquiets de le voir.

L'annonce de la plaisanterie pas drôle les fit tous pleurer et leurs larmes mêmes soulagèrent la peine de Zhuque autant que celle de Boya. Le chasseur réalisa alors que l'affection des enfants pour lui, leur dévotion, nourrissait Zhuque comme des croyants avec leur dieu. Boya n'était qu'un intermédiaire mais l'affection des enfants soulageait un peu la peine du dieu-Gardien. Assez pour qu'il laisse les flammes renaitre pour les roturiers et les enfants. Pour le reste, il resta intraitable.

Boya resta avec ses petits élèves encore un petit moment puis partit chasser. Il n'allait pas revenir avant des jours.

A sa grand surprise, se retrouver en extérieur le soulagea un peu de la brulure que lui causait Zhuque depuis que la nouvelle de la plaisanterie cruelle avait déchiré le cœur du Dieu-Gardien. Il était dans son élément lorsqu'il était en pleine nature.

"- Allons chasser, Zhuque."

Le gémissement du grand oiseau de feu dans son cœur était un peu moins douloureux mais tout aussi violent. Il ne pardonnerait pas.

Ils disparurent dans les forets qui entouraient la capitale sans un regard en arrière.

"- Boya….. Boya ?"

Le chasseur se redressa d'un coup. Il n'avait pas entendu une voix humaine depuis des jours. Ça ne lui manquait pas vraiment. Il n'avait jamais été des plus sociable. Maintenant, c'était encore pire. Zhuque en voulait toujours tellement aux humains qui l'avaient blessés… Boya essayait de son mieux de le convaincre de ne pas retirer sa protection sur la Capitale. Pas pour JingYun, non. Mais pour les habitants innocents. Pour ceux qui n'avaient rien demandés et continuaient à louer sa statue et à lui apporter des offrandes.
Ses arguments étaient bons. Mais ils l'auraient été davantage s'il restait plus d'une poignée de personne âgées pour se souvenirs et honorer encore les Gardiens.

"- Boya ?"

Le chasseur fouilla dans ses vêtements pour en tirer le lin'ger relié à son frère qu'il avait laissé à QingMing.
Avec tout ce qui c'était passé, il n'avait pas vu le nordiste depuis des semaines. Il avait dû finir par s'inquiéter.

"- QingMing ?"

"- BOYA ! Enfin. J'étais mort d'inquiétude ! Ça fait des semaines que j'essaie de te joindre ! J'ai voulu venir te voir mais les boucliers de JingYun m'ont repoussés et ton lin'ger ne me répondais pas non plus."

Boya en resta bête. Quoi ?

Pourtant il avait demandé…
Est-ce que JingYun…

Il ferma les yeux et serra les mâchoires de colère. Si QingMing avait été retiré des exceptions des boucliers de la secte, qu'il ne puisse plus le joindre de quelque façon que ce soit et qu'il ne puisse plus y ouvrir de portail était attendu. Mais pourquoi faire ça ? A part pour isoler Boya.

"- Je vais bien, QingMing." Rien que son ton devait inquiéter son ami.

"- Boya… Où es-tu ?"

"- Je ne suis pas à JingYun. Je suis partit chasser."

"- Ils m'ont dit que tu étais en séclusion pour quelques semaines."

Boya resta silencieux encore quelques instants.

"- … Tu peux venir me chercher ?" Finit par murmurer Boya. Le ton était si misérable que le demi-démon déjà inquiet était debout avant même que Boya ne finisse sa phrase.

"- Où es-tu ? Ou si tu as un fu'yan sur toi ?"

Boya n'en avait pas. Tout ce qui était en papier dans sa chambre s'était consumé lorsque Zhuque s'était énervé. Le peu que Boya avait encore était sur son dos et dans la poche qiankun à sa ceinture.

"- Tu ne suis pas très loin de la capitale. Rejoins moi devant la statue de Zhuque ?"

"- J'y vais immédiatement."

Boya souffla un remerciement avant de couper la connexion. Il avait sous-estimé à quel point il avait besoin d'une voix amie et qu'une présence réconfortante près de lui.

Boya quitta la foret pour la capitale. Il avait plusieurs heures de marche devant lui mais ce n'était pas quelque chose qui risquait de le fatiguer.

Lorsqu'il atteint enfin la statue du dieu gardien, QingMing était assit non loin. De l'encens avait été mis au pied de la statue avec quelques offrandes sur la forme de rouleaux de viande, de bonbons et de ce qui semblaient être des jouets en tissus.

"- Des jouets, QingMing ?"

"- TianGou a toujours du mal à ne pas jouer avec quand je lui en lance." Les oiseaux adoraient ce genre de petites poupées en tissus qui faisait du bruit qu'ils pouvaient détruire avec délectation.

"- Tu es cruel avec les tiens."

"- Ils aiment ça."

Puis Boya se retrouva engloutit dans l'étreinte de QingMing. Protégé du monde par les larges manches blanches qui sentaient si bon le grand air du nord, le sapin, la neige et cette odeur de musc si particulier que Boya savait être l'odeur naturelle de QingMing.

Il passa ses bras autour de sa taille et enfouit son nez dans le cou du demi-démon qui le serra plus fort sans rien dire. QingMing avait beau être un beau parleur, il savait quand garder le silence.

Au-dessus d'eux, la statue toute neuve de Zhuque en marbre rouge semblait les couver du regard avec attention.

Boya resta sans bouger de longues minutes juste à profiter de la présence de son ami. Quoi qu'il puisse se passer, il savait qu'il serait toujours là pour lui. Comme lui serait toujours là pour QingMing. Il finit par se détacher légèrement du demi-démon. Il sentait sur eux le regard surpris des gens. Il n'était pas commun de voir des prêtres se faire des câlins comme ça devant tout le monde. Une étrangeté de plus avec l'absence de feu dans les maisons nobles sans doute mais quand même. Leur intérêt était désagréable pour Boya.

"- Boya ?"

"- On peut aller chez toi, QingMing ?"

QingMing l'avait proposé si souvent à Boya qui l'avait refusé presque autant. Il n'avait accepté que rarement de venir chez lui. Quelque chose n'allait pas avec Boya. C'était évident.

"- Bien sur mon Boya."

QingMing se mordit la langue pour sa petite erreur mais le chasseur ne la releva pas. Le nordiste ouvrit un portail pour la Maison. Un bras autour de la taille de Boya, il le poussa gentiment sur la terrasse de bois sombre où ils avaient déjà but un soir. Sa flèche était toujours profondément enfichée dans le bois. Personne n'y avait touché.

Dès que le portail fut refermé sur eux, Boya soupira de soulagement. Il se sentait mieux ici. Zhuque aussi.

Le dieu-gardien était toujours aussi furieux, mais il se sentait apaisé par l'ambiance douce de la Maison.

"- QingMing Daren ?"

"- Du thé, Honey Bug. Et quelque chose de plus fort aussi. Je crois que nous allons en avoir besoin."

"- Bien, QingMing Daren."

La petite démone ne dédia pas un regard à Boya. Elle lui faisait la gueule. Elle en avait le droit. Après tout, il avait tenté de la tuer sans sommation et sans raison sans s'excuser jusque-là. Ils ne s'étaient pas beaucoup vu non plus. Ce serait peut-être l'occasion.

QingMing installa Boya sur l'un des coussins de la terrasse et l'ennuya jusqu'à ce qu'il soit confortablement installé au lieu de rester à genoux et le dos bien droit.

"- Tu n'es pas un invité ici, Boya." Protesta QingMing. "Tu as même tes propres appartements. Alors détends toi, tu veux ?"

Boya en resta un peu hébété. Quoi ? Ses propres appartements ? Que….

QingMing avait… vraiment dédié un endroit pour lui dans sa Maison ? Rien que pour lui ? Alors qu'ils étaient juste amis ? L'idée lui réchauffa le ventre. QingMing était réellement son ami rien qu'à lui. Il en était… heureux. Très heureux. Suffisamment pour devoir tenir la bride de ses émotions pour ne pas être submergé aussi bien par les siennes que celles de Zhuque.

Le Dieu-Gardien avait apprécié les offrandes de QingMing. Il y avait si longtemps qu'il n'en avait pas reçu !

"- Zhuque est heureux de tes offrandes."

"- Comment peux-tu…" QingMing releva le nez du thé qu'il était en train de verser dans la tasse de Boya. "Boya ?" Il n'avait pas vu avant les marques si larges sur son visage. "Qu'est ce qui s'est passé ? Si l'un de nous devait quitter sa secte en claquant la porte, Je savais que ce serait moi. Pas toi." Il ne fallait pas être stupide pour se douter de quelque chose.

Boya joua quelques secondes avec ses doigts posés dans son giron.

Il fit un peu plus son trou dans ses coussins sans savoir par où commencer.

"- Mes frères m'ont fait une plaisanterie stupide qui n'aurait pas du porter à conséquences. Mais avec Zhuque… Elle a eu des répercutions inattendues qui ont… Dégénérées quand Zhuque a comprit que c'était une mauvaise blague et… QingMing, Zhuque à éteint tous les feux de la capitale et du temple depuis des jours. Il a accepté de rallumer ceux des enfants et des roturiers mais il refuse de rallumer les autres."

"- Ho… Qu'ont-ils fait pour que Zhuque estime qu'il doive les punir ainsi ?"

Boya resta incrédule un instant. QingMing le croyait ? Il ne remettait pas en cause que Zhuque était avec lui ?

Une affreuse envie de retourner dans ses bras lui serra la poitrine si fort qu'il en avait du mal à respirer.

"- Boya ?"

"- QingMing… Tu veux bien me reprendre dans tes bras ?"

Il vit le renard ouvrir de grands yeux incrédules. Boya n'était pas du genre à apprécier les contacts physique. Quand QingMing les initiaient jusque-là, Boya les toléraient un temps mais s'écartait rapidement. Alors les demander ? Boya allait s'excuser lorsque QingMing repoussa la petite table devant lui et lui ouvrit les bras.

Le chasseur ne prit pas la décision consciente de se ruer dedans. Zhuque le fit pour lui.

Lorsque les queues de QingMing s'enroulèrent autour de ses membres, Zhuque comme Boya ne purent que se sentir encore davantage protégés et soulagés. Ce qui était idiot. Qu'est ce qui pourrait faire du mal à Zhuque.

QingMing le cajola un long moment, jusqu'à ce qu'il le sente enfin cesser de s'accrocher à lui de toutes ses forces. Et qu'il sente quelque chose d'accroché à Boya se calmer aussi.

"- Si tu me disais ce qui s'est passé ?"

Boya lâcha un profond soupir.
Maintenant qu'il était à l'abri mais surtout avec quelqu'un en qui il avait une totale confiance, il sentait sa colère quitter lentement ses membres.

Lorsque Honey Bug revint avec des plats non de pâtisseries mais de petits rouleaux de viande crue ainsi que du foie cru coupé à la taille de bouchées, QingMing haussa un sourcil interrogatif vers elle mais elle secoua la tête. Elle savait ce qu'elle faisait.

Le demi-renard régna sur la faim que les friandises qui causait pour présenter un premier morceau de foie à Boya avec ses baguettes.
Boya ouvrit juste son bec pour se faire nourrir sans protester. L'incrédulité de QingMing augmenta un peu. Boya ne protestait ni de la viande crue, ni d'être nourrit à la main, ni de rester dans le giron de son ami.

QingMing tenta un peu plus sa chance. Il attrapa un bout de foie entre ses doigts pour le présenter à Boya qui le prit avec un visible soulagement et abandon supplémentaire.

Il fallut encore quelques minutes avant que Boya refuse la nourriture pour répondre. La présence tumultueuse autour du fashi s'était également calmée.

"- Tout JingYun est au courant que j'ai été… non… que je suis l'avatar de Zhuque. A JingYun, on ne se cache pas grand-chose les uns aux autres." Soupira Boya. "Malheureusement, la culture de la secte fait que nous ne sommes pas vraiment amicaux les uns avec les autres malgré les apparences. Tout est du beau jeu tant que les personnes externes à la secte ne réalisent pas à quel point la secte est crasse et qu'il n'y a pas de blessés graves ni de morts."

QingMing se mordait la langue pour ne pas montrer de réaction brutale malgré son envie croissante d'aller égorger des gens. Il avait bêtement crut à cette façade amicale et avenante. Juste pour apprendre que JingYun n'était que marginalement moins pire que sa propre secte. Et lui qui pensait parfois à fonder la sienne en plaisantant. Il allait peut-être le faire finalement. Boya accepterait peut-être d'être son co-chef de secte ? En plus de son mari et…

….
Son mari ? Ça venait d'où, ça ? A part des plus bas instincts vulpins tout au fond de lui qui avaient commencé à considérer Boya comme à lui à la seconde où leurs regards s'étaient croisés.

Il secoua la tête. Ce n'était pas la question pour l'instant. Il savait se tenir. NON PAS COMME ÇA ! Anatomie effrontée !

"- Je vois."

Boya enfouit un peu plus son nez dans le cou de QingMing. S'il continuait comme ça, QingMing ne pourrait être tenu comme responsable de ce qu'il pourrait faire.

"- Jusque-là, Zhuque n'était rien d'autre qu'une petite pépite de présence, juste… Comme s'il était là sans vraiment être là. Je savais qu'il était là, je sentais parfois ses forces s'ajouter à la mienne mais de façon passive. Comme quand tu utilises un lien de chasse entre maîtres. Si tu sais…"

"- Je vois, c'est la même chose avec un shishen. Quand il n'y a besoin de rien, c'est là sans être là même s'il y a la présence physique de ce lien."

Boya eut un petit sourire. C'était ce qui était bien avec son ami. Il comprenait très vite ce que Boya voulait dire. Le chasseur avait même vu les marques physique que QingMing avait des liens qu'il partageait avec ses shishen. C'était comme des petits tatouages, la marque inamovible du lien qu'il partageait avec eux. C'était aussi comme ça qu'ils savaient tous les deux que le lien de shishen qu'il y avait eut entre eux avait totalement disparue. Il n'y en avait la marque active nulle part sur le corps de QingMing bien qu'ils en aient trouvé le relief disparu.

Une marque active était en couleur, bien visible et détaillée. Elle bougeait aussi. Celle de Xue TianGou était un corbeau blanc. Les quelques fois où Boya l'avait vu aux bains, elle n'était jamais identique. Une fois, en pleine nuit, le corbeau dormait la tête sous l'aile, une autre, il chassait, les ailes grandes ouvertes. Une autre, il se grattait la tête avec sa patte arrière. Ça n'avait aucun lien avec ce que le tengu faisait à ce moment-là. Comme si la marque avait sa propre petite vie indépendante.

Les marques mortes étaient figées, noires et glaciales. C'étaient celle des quelques shishen que QingMing avait perdu au combat. C'était aussi grâce à ça que QingMing avait su que Kuang HuaShi était sauvable. Sa marque était sombre mais pas encore froide ni totalement noire. Boya l'avait aidé de toutes ses forces à le ramener à lui.
Et puis, il y avait ce qui restait de Zhuque.

La marque était invisible à l'œil nu mais elle se sentait lorsqu'on passait les doigts dessus. Une marque qui avait existée mais s'était éteinte.

"- Hmm… Enfin, mes frères ont toujours été jaloux de mes capacités. Tant qu'ils sont restés à avoir peur de moi en même temps, ça allait. Et puis… Maintenant que je ne suis plus aussi impitoyable qu'avant, ils ont voulu me donner une leçon en se moquant de moi je pense. Ce n'était pas réellement méchant. Surtout bête et stupide."

"- Qu'ont-ils fait ?" Que QingMing sache s'il devait aller éventrer du monde.

Ses quelques séjours à JingYun s'étaient toujours très bien passés. Il avait même été toléré avec une grâce étonnante. Apprendre que ce n'était que de l'apparence était… Irritant et l'attristait vaguement en même temps.

"- Il y a eut une grande Chasse multi-sectes il y a deux semaines environs. Une harde de sangliers-démon devenue folle qu'il a fallut exterminer. Après la chasse, tout le monde est allé fêter ça dans un bordel." Boya passa une main dans les robes de QingMing pour lui caresser gentiment le ventre pour le calmer. Il l'avait senti se raidir contre lui. De la jalousie ? C'était évident. Cela faisait… Plaisir à Boya même s'il se refusait encore à analyser pourquoi. Non, il se mentait à lui-même. Bien installé comme il l'était dans les bras de QingMing, il savait très bien pourquoi. "Je n'y ai but que deux ou trois tasses d'alcool léger pendant que mes frères s'amusaient. Et du thé. J'ai tourné de l'œil et je me suis réveillé dans mon lit dans ma chambre le lendemain. Je n'ai aucun souvenir de comment je suis rentré."

"- …. Ils t'ont drogués !" La furie dans la voix de QingMing était… Agréable. Le renard démon était furieux pour lui. Parce qu'on l'avait trompé et maltraité.

"- Oui. Mais ce n'était que pour me faire dormir. Par pour quelque chose de plus sulfureux."

"- BOYA ! Tes frères t'ont drogués ! Même si c'était juste pour t'embêter ils ont abusés de ta confiance !"

"- Je sais…"

"- …Mais ce n'est pas le problème ici."

"- Non. Ils se sont amusés à remplir un œuf d'autruche avec de l'eau salée et de la charger en qi. Et ils l'ont mis dans mon lit."

QingMing était perplexe. Qu'est-ce que ça pouvait bien faire ? Quel était le but ? La finalité ? Pourquoi ?

"- Zhuque est devenu comme fou quand il l'a vu. Il a cru que c'était le sien." QingMing en resta les bras ballant. "Il a passé presque deux semaines à me le faire couver comme s'il attendait un petit."

"- Boya…"

"- Lorsque le qi a finit par se dissiper, Zhuque est devenu inconsolable. Il était SÛR que c'était son œuf. Avec son petit à lui. Lorsque mes frères ont enfin crachés le morceau, la fureur de Zhuque était tellement FORTE ! J'ai cru qu'il allait les incinérer sur place. J'ai tout fait pour le retenir, QingMing. Tout. Il n'a tué personne mais il a éteint toutes les flammes de JingYun et de la capitale."

"- C'est toujours le cas ?"

"- Il a accepté de ranimer les flammes à quelques endroits de la capitale, pour les roturiers, les enfants et les souffrants, mais pour le reste…"

"- Tu veux dire que tous les nobles et les fonctionnaires de la capitale sont sans feu ni chaleur ou presque depuis des jours, parce que tes frères ont été stupides en s'attirant la fureur et la vindicte d'un Dieu Gardien ?"

Boya resta un instant immobile. Comme s'il analysait les paroles de son ami.

"- C'est exactement ça."

"- Et pourquoi étais-tu au milieu de nulle part quand je t'ai appelé ?" Et pourquoi JingYun avait-il révoqué son accès au temple ?

"- Quand Zhuque a prit le dessus pour couver, j'ai demandé à ce qu'ils t'appellent." Boya rougit soudain affreusement. "Zhuque voulait que le père de son œuf soit avec nous."

Le renard-démon s'empourpra lui aussi au sous-entendu absolument pas subtil. Ils n'avaient encore pas fait grand-chose tous les deux. QingMing n'insistait pas auprès de Boya. Il le savait timide. Il n'allait pas lui sauter dessus et le mordre pour… Bref.

"- …Ho… Je vois…"

Boya se racla la gorge.

"- Je pensais qu'ils t'avaient appelés et que tu étais trop occupés ou que sais-je pour venir."

"- Personne ne m'a contacté. De toute façon, tu sais que j'ai quitté le Bureau. Même s'ils les avaient contactés, ils ne m'auraient pas fait passer l'information."

"- Je sais. Mais sur le moment, Zhuque m'empêchait de penser aussi loin."

"- Donc… Zhuque est davantage présent." Comme si les marques noires sur Boya n'étaient pas une preuve. Quoi qu'elles avaient largement diminuées depuis que Boya était dans ses bras.

"- Il est tout proche. Je l'entends clairement à présent. Je sens ses émotions. Il n'est qu'émotions d'ailleurs. Il n'y a pas vraiment de pensées construites. C'est juste un pigeon géant surpuissant qui ne sais que ressentir."

"- Je vois." Murmura encore QingMing. "Et donc… pour lui, si tu ponds un œuf, je suis forcement le père ?"

Boya s'empourpra encore affreusement sous le sourire canaille de QingMing. Son seul soulagement était de voir que son ami rougissait lui aussi.

"- Est-ce vraiment la seule chose que tu as retenu de tout ce que je t'ai dit ?"

"- Non. Ce que je retiens, c'est que nous avons un dieu-gardien malheureux comme les pierres qui a été humilié par JingYun. Que son avatar a été d'une façon ou d'une autre contraint de quitter le temple pour qu'il ne se produise pas un énorme problème."

"- Les anciens veulent enchainer Zhuque et prendre son contrôle !" Coupa Boya, ulcéré.

"- Un énorme problème effectivement. Et qui a des ramifications politiques colossales autant que dangereuses… Boya, que sais-tu de notre nouvel empereur ?"

"- C'est un gamin mais je l'ai vu grandir sous les jupes de Fangyue. Il a eut les meilleurs mentors. Même s'il est jeune, il a été dressé pour le trône depuis sa naissance par un ancien général sans que personne ne le sache." C'était un arrière-petit-fils du dernier empereur avant Fangyue. "Et il est mon petit neveu aussi. Pour la blague." QingMing oubliait toujours que Boya était un prince impérial par le sang. "A quoi penses-tu, QingMing ?"

"- Que nous allons arracher les crocs de JingYun avant qu'ils ne pensent à les utiliser. Et que si Zhuque veut vraiment avoir une nichée, je n'ai rien contre l'idée de lui servir de géniteur."

Boya s'empourpra encore, partagé entre l'incrédulité, un espoir timide et l'outrage qui lui appartenaient tous les trois et une joie indicible qui n'était qu'à Zhuque.

"- Tu… QingMing. Tu ferais ça pour Zhuque ?"

"- Uniquement si mon Boya en a envie aussi."

"- QingMing…"

"- Boya ?"

Le chasseur sembla chercher quelque chose dans les yeux de QingMing pendant quelques minutes puis il glissa ses doigts sur sa nuque pour attirer son visage dans son cou délibérément. Boya avait été heurté profondément par sa secte. Il n'avait personnellement par vraiment de problème avec la blague idiote de ses frères. C'était juste une blague idiote. Mais ce qu'ils voulaient faire après ? Enchainer Zhuque ? L'enchainer lui dans la foulée sans une pensée pour lui ? Non, il ne pouvait ni le tolérer, ni l'accepter.

Sa confiance déjà vacillante dans sa mission de chasseur avait volé en éclat. Il ne pouvait faire confiance plus longtemps à une secte dont la première réponse était d'enchainer un de ses membres pour gagner du pouvoir et une force de frappe politique plus grande. C'était impossible.

"- Boya ?"

"- Si tu le veux, uniquement."

"- Je ne te laisserai pas partir après ça, Boya. Tu seras à moi. Totalement à moi."

"- Zhuque me considère déjà comme ta femme visiblement."

QingMing ne put se retenir plus longtemps à ces paroles. Il mordit durement le cou de Boya pour le marquer comme sien.

Puis, une chose en entrainant une autre, il ne fallut pas très longtemps aux shishen de QingMing pour savoir qu'ils devaient pour l'instant éviter la terrasse de la maison pendant que leur maître et sa nouvelle épouse toute neuve finissaient de sanctifier leur mariage.

Et de faire des œufs pour Zhuque.

Mais ça, ils l'apprendraient le lendemain, sous les rugissements d'un tengu scandalisé de ne pas avoir été prévenu.

"- Le Prince Yuan Boya demande une audience à sa Majesté Impériale."

L'eunuque était plié en deux, les yeux vers le sol devant le bureau du jeune empereur.

Comme la plus part des membres de la cour, il avait été ravi d'apprendre que le nouvel empereur serait un gamin. Ils avaient tous cru que le gosse serait ignare, facile à manipuler et gâté comme seuls les princes pouvaient l'être. La blague n'avait pas duré longtemps. Pas lorsque le nouvel empereur s'était révélé être le fils adoptif du chef de la garde impériale. Il avait été placé dans les mains de l'ancien général dès sa naissance ou presque. L'homme avait élevé le gamin avec l'aide des meilleurs et des plus discrets précepteurs de l'empire. Non seulement il connaissait parfaitement la cour pour y avoir discrètement apprit à marcher dans les empreintes de pas de son père adoptif, mais il était au courant de toutes les intrigues et de toutes les manipulations. Personne ne prêtait attentions aux jeunes cadets dans leurs cuirs sombres. Alors un particulier, même le fils d'un ancien général, perdu aux milieu des autres ancien militaires qui se pressaient dans la capitale ? Le gosse était un danger public qui avait été éduqué pour n'avoir aucune pitié.

"- Faites le entrer."

"- Majesté. Il est accompagné d'un renard-démon."

"- Faites aussi entrer QingMing Daren alors. Et cessez de perdre mon temps."

L'eunuque se prosterna encore. Il recula toujours plié en deux jusqu'à pouvoir sortir du bureau.

"- Sa majesté va vous recevoir."

Boya entra le premier, QingMing derrière lui.

Les deux hommes se prosternèrent immédiatement.

"- Majesté."

"- Relevez-vous."

L'empereur leur fit signe de s'asseoir à la table basse non loin du bureau. Un eunuque se précipita avec du thé.

"- Que me vaut la présence de deux éminents prêtres comme vous ?"

"- Majesté..."

"- Je préférai vraiment quand j'étais juste "didi", oncle Boya." Soupira le jeune homme.

"- Vous n'êtes plus l'adolescent à qui j'ai apprit à lancer des dagues."

"- Bien sûr que si malgré les couches de soie en plus et les soucis qui s'empilent sur mon dos. Il parait que vous êtes responsables du dernier en date d'ailleurs, QingMing Daren. JingYun réclame votre tête."

Silencieux jusque-là, QingMing se redressa, visiblement outré.

"- Qu'est ce que j'ai encore fait ?"

"- Vous avez enlevé l'avatar de Zhuque, et en rétorsion, Zhuque aurait éteint tous les feux de la capitale."

"- Ben voyons." Renifla Boya.

"- Je savais bien que c'était ridicule. Expliquez."

Boya expliqua encore une fois ce qui c'était passé. Il passa sous silence les histoires de fesses mais pas son mariage avec QingMing pour satisfaire Zhuque.

"- Jiujiu ! Tu vas pondre des œufs ?"

"- Majesté !"

"- Pardon." L'exclamation manquait clairement de dignité mais diantre ! Comment ne pas être sidéré par toutes ces informations. "Donc si je résume, nous sommes dans une situation cauchemardesque parce que JingYun a heurté Zhuque et l'a en prime menacé ?"

"- C'est assez sommairement résumé mais tout a fait juste." Soupira Boya.

"- Et vous êtes venus me voir pour quelle raison ?"

"- Zhuque refuse de rendre sa liberté aux flammes tant que JingYun ne se sera pas excusé et que ceux qui l'ont blessés n'auront pas été punis."

"- Et tant que Boya ne sera pas en sécurité." Ajouta QingMing.

"- Je doute que vous retourniez à JingYun ?"

"- Boya est à moi maintenant." Gronda encore QingMing.

Boya posa sa main sur la sienne pour serrer gentiment ses doigts. S'il ne calmait pas QingMing, ils allaient avoir deux bidules surnaturels dangereux et en colère sur les bras. Ils avaient autre chose à faire.

L'Empereur avait étrécit les yeux pour les observer. Les calculs passaient dans sa tête à toute vitesse jusqu'à ce qu'il se décide. La situation pouvait être retournée à l'avantage du Trône assez facilement. JingYun avait prit un peu trop confiance en son indépendance et son utilité pour l'Empire, au point d'en devenir arrogant. C'était l'occasion parfaite de leur rappeler qu'ils étaient des serviteurs du Trône et de l'Empire. Pas l'inverse.

"- Capitaine."

"- Majesté ?"

Le père adoptif de l'Empereur ne s'éloignait jamais beaucoup. Fangyue lui avait confié le bébé, il le servirait jusqu'à la mort.

"- Envoyez des troupes à JingYun. Je veux tous les séniors, maîtres et anciens de la secte devant moi d'ici ce soir. Je ne tolèrerai aucune excuse."

"- Les malades et les blessés éventuels ?"

"- A part si le déplacement risquerait de les tuer, je les veux au palais aussi."

"- Les juniors et les shidi ne peuvent rester seuls, Majesté." Osa Boya.

"- Je vois. Et bien je veux l'intégralité de la secte ici au coucher du soleil."

"- A vos ordres."

Le capitaine de la garde rapprochée de l'Empereur fila pour donner des ordres.

"- Majesté…"

"- Nous ne pouvons nous permettre de rester sans feu. Si la mort de quelques imbéciles peut satisfaire Zhuque, ce n'est pas cher payé."

"- Zhuque se contentera d'une punition, Majesté."

"- Est-ce que le Seigneur Zhuque se contentera de coups de fouets pour tous les fautifs ?"

Boya hocha frénétiquement la tête. Il voyait que l'Empereur commençait à s'agacer, il n'allait pas tenter le diable. Ils avaient de la chance jusque là que le jeune homme se soit montré aussi concilient grâce à des liens aussi bien familiaux qu'amicaux bien distendu jusque-là. Boya n'avait jamais su profiter de son poids politique, pas plus que se faire un réseau de relations qu'il pouvait utiliser pour gagner en influence.

"- J'ai cru comprendre que vous êtes mariés suivant les rites des renards-démon, QingMing Daren."

Le prêtre s'inclina profondément.

"- Oui, Majesté."

"- Maître du protocole !"

Le quinquagénaire se précipita.

"- Préparez un mariage pour dans… trois heures. Pour ces deux messieurs." L'homme ne posa pas la moindre question. Il s'inclina et fila. "AVEC LES DOTATIONS NECESSAIRES POUR DES FONCTIONNAIRES DE PREMIER RANG !" Gueula l'empereur dans le dos du quinquagénaire qui s'inclina encore avant de passer les portes au petit trot pour montrer qu'il avait entendu.

"- Majesté.." Osa protester Boya.

"- Je fais ça pour que Zhuque apaise sa colère, Boya Daren, QingMing Daren. L'Empire a besoin de feu. La population aussi. Puis-je espérer que Zhuque continuera à protéger la Capitale du Serpent même si vous êtes au loin ?"

Zhuque caqueta son contentement sous le crâne de Boya.

"- Oui. Zhuque accepte ces "excuses" et vos cadeaux."

"- La Capitale et ses habitants n'ont guère été à l'écoute de leurs Dieux-Gardiens ces derniers temps." Ajouta QingMing. "Les réveiller a été particulièrement pénibles."

"- Je veillerai à ce que leurs rites soient de nouveau respectés."

Les deux prêtres s'inclinèrent encore puis toute la solennité disparu du visage de l'Empereur pour être remplacé par de la curiosité presque enfantine.

"- …Jiujiu… Tu vas vraiment pondre des œufs ?"

Boya se sentir affreusement rougir. Il posa une main instinctive sur son ventre. Il sentait sous les muscles la présence des œufs en train de ses former et de durcir.

A coté de lui, QingMing semblait fier. Très, fier.
C'était ses œufs aussi après tout.

Zhuque observait les quatre œufs dans son nid avec fascination à travers les yeux de Boya.

Le corps de Boya était totalement épuisé après trois jours passés sans pause à pondre les quatre œufs qui reposaient confortablement dans le nid de couvertures, de plumes données par Xue TianGou et de coussins que Zhuque avait passé près de deux semaines à harceler Boya pour qu'il l'installe à sa convenance malgré sa démarche de canard de plus en plus affirmée.

A chaque fois que QingMing avait voulu aider, Zhuque avait menacé de lui cramer les queues.

Le renard avait cessé d'insister au bout de quelques tentatives mais avait surveillé de loin avant d'avoir enfin une idée intelligente. Au lieu de laisser Boya piller son domaine, il avait été chercher lui-même tout ce qu'il pensait que Zhuque pouvait apprécier pour son nid et avait ouvert un portail devant la terrasse que Zhuque avait choisit pour installer son nid.

Boya avait été soulagé de juste devoir installer le matériel au lieu de lui courir après.

Une fois le nid installé et seulement alors, QingMing avait été autorisé à le rejoindre pour quelques heures de repos.

Depuis qu'ils étaient officiellement mariés, Boya n'avait quitté la Maison qu'une seule fois pour assister à la punition de JingYun dans son ensemble.

L'Empereur n'avait pas fait que faire venir les membres de la secte pour avoir leur version des faits. Devant leurs réponses et leur manque flagrant de respect aussi bien envers le Trône qu'envers Zhuque, l'Empereur avait lancé un grand audit sur la tenue de la secte. Il avait beau avoir promis à Boya qu'il ne ferait tuer personne il y avait eu des morts. Ce n'était pas voulu mais certains anciens avaient bien stupidement refusés de répondre aux questions. La torture s'était chargée de leur délier la langue au bout d'un moment. Certains n'y avaient pas survécut.

L'Empereur n'avait vraiment pas comprit cet acharnement dans l'obsession à se taire alors que les juniors et les shidi n'avaient été que trop heureux de répondre à toutes les questions qu'on leur avait posé sans la moindre menace. Ils étaient encore trop jeunes pour vraiment apprécier les jeux politiques. Savoir qu'un de leurs shixiong était partit parce qu'on lui avait fait trop de mal avait été douloureux pour eux. Alors balancer tout ce qui se passait ?
Ceux qui étaient déjà assez grands pour avoir les yeux et les oreilles qui trainaient partout avaient même dit aux enquêteurs où étaient peut-être les vrais comptes de la secte. Pas ceux qui étaient envoyés aux fonctionnaires des impôts. JingYun n'était pas censé payer des impôts, mais JingYun n'était pas censé non plus payer des fonctionnaires et des soldats sous le manteau pour obtenir des enfants utilisables. Et tant pis si au moment du recrutement ils avaient des parents qui étaient contre.

Les enquêteurs avaient trouvés les comptes et plein d'autre petites choses aussi marrantes qu'illégales.

Les révélations s'étaient accumulées pour remonter sur des décennies.

Le désintérêt progressif de la Capitale pour ses Gardiens avait été poussé par He Shouyue, certes. Mais le début de ce désintérêt remontait au désengagement de JingYun pour la ville et ses habitants et son ingérence dans la politique impériale.

Le jeune Empereur avait décidé d'éradiquer le mal à la racine en interdisant tout ingérence de secte en politique, à quelque niveau que ce soit.

Les coupables avaient eut le choix entre le poison ou la séclusion à vie dans d'autre sectes ou temples. Mais uniquement après les punitions physiques prévues dans le code pénale, bien sûr.

Boya n'avait pas été mécontent de certaines bastonnades et flagellations. L'Empereur avait fait noyer dans la masse les punitions spécifiques pour l'empoisonnement de Boya ainsi que les mensonges qui avaient été rependus sur les deux Tueurs de Serpent.

JingYun avait oublié qu'ils n'étaient pas les seuls avec un agenda politique dans lequel les deux hommes avaient leur importance.

Deux des plus vieux membres de JingYun étaient morts de leur punition. Plusieurs autres seraient handicapés à vie et avaient été envoyés dans de petits temples perdu pour "guérir" et "réfléchir". Ils y mourraient à plus ou moins longue échéance.
Même le chef de secte garderait des séquelles à vie malgré sa puissante cultivation. Même avec ses capacités, on se remettait difficilement de trois cents coups de bâton de l'épaisseur d'un bras sur le dos. Surtout quand ils étaient infligés par des bourreaux avec les bras de deux fois la taille des cuisses de QingMing. Et encore, de la taille de ses cuisses en hiver, quand il avait fait du gras pour le passer confortablement.
La majorité des Seniors avaient échappés à plus que quelques coups de fouets. Aucun des juniors ni aucun des shidi n'avaient été inquiétés.

Boya avait commencé à ressentir les premières gênes de la ponte quelques jours après leur retour à la maison.

Zhuque avait chassé tout le monde de la Maison à part QingMing jusqu'à ce que les quatre œufs reposent tranquillement dans leur nid. Boya avait interdit à son renard de s'éloigner de lui de plus de quelques mètres jusqu'à ce que la ponte soit finie. QingMing avait dû utiliser des portails pour les nourrir tous les deux ou s'occuper de leurs besoins divers et variés.

QingMing avait aussi demandé à ses shishen de bricoler un sort à placer au fond du nid pour que les œufs restent bien au chaud. Boya n'avait pas la conformation pour couver. Il aurait risqué d'abimer les œufs plus qu'autre chose en s'asseyant dessous. Zhuque avait été désolé de la chose mais avait finit par en convenir. Il voulait des poussins. Pas une omelette géante parce que Boya avait le cul trop musclé.

"- Comment va mon Boya ?"

"- J'ai l'impression que je ne pourrais plus jamais fermer les jambes et que je vais avoir des fuites pour le reste de ma vie."

QingMing gloussa. La cultivation de Boya était déjà en train de remettre ses intérieurs en état de marche. Aucun des deux ne voulait savoir comment Zhuque avait fait pour avoir ses œufs. Ils savaient néanmoins que c'était un coup unique. Zhuque était trop épuisé pour recommencer. La conscience de l'Oiseau Vermillon était de plus en plus diffuse depuis que la ponte s'était terminée.

La présence purement animale se retirait lentement maintenant qu'elle avait eut ce qu'elle voulait après avoir été réveillée d'un coup par la mauvaise blague des frères de Boya. Le résultat allait durcir quelques jours avant d'éclore.

Ou pas.

"- Boya ?"

Les œufs étaient déjà en train d'éclore ?

Les quatre coquilles s'agitèrent vigoureusement jusqu'à se heurter les unes les autres pour se briser et s'ouvrir.

Les quatre petits esprits aviens roulèrent dans les couvertures avec surprise, empêtrés dans leurs ailes, leurs becs et leurs queues. Ils agitèrent les bras avec maladresse jusqu'à ce que Boya se traine lamentablement au milieu du nid pour les prendre dans ses mains. Ils n'étaient pas plus gros qu'une grosse pomme, indéniablement humanoïdes mais foncièrement aviens a la base. Et si petits !

"Bébés." Murmura Zhuque avant de se rendormir totalement, redevenant la sourde présence immobile que Boya avait connu jusqu'à cette blague pas drôle qui avait tout changé.

QingMing avait prit deux des petits contre lui pour les réchauffer.

"- LE SALE PIGEON DE BARBECUE !"

"- Boya ?"

"- Zhuque est partit ! Enfin, il s'est rendormit !"

Et il les laissait avec sa progéniture à gérer.

Quatre becs s'ouvrirent en même temps.

"- PI !"

Ils avaient faim.

Ce qui n'avait été qu'une mauvaise blague était maintenant un héritage que Zhuque avait laissé à la charge de son avatar et de son mari.

"- XUE TIANGOU !" Le cri double de QingMing et Boya, chargé de terreur et d'angoisse, fit se précipiter le shishen qui attendait dehors avec les autres.

"- Maître ? Qu'est ce qui se passe ?"

"- On fait quoi ?"

Le tengu les fixa avec un mouvement de recul. Parce qu'il avait une tête de poule à savoir s'occuper de poussins lui ?

FIN