Chapitre 16

La porte s'ouvrit en grand et laissa place au majordome de la maison. Edmund était l'archétype même du majordome dévoué corps et âme à ses employeurs. Et s'il avait toujours garder ses distances avec le jeune héritier des Ilch, tout comme les autres domestiques et ses propres parents, aujourd'hui Tesla n'en avait que faire.

Debout devant le majordome de ses parents, alors qu'il pensait s'effondrer comme une lavette dans l'eau, il était étonnamment calme et déterminé. Son stress, accumulé tout au long du trajet, venait de s'évanouir dans l'air, comme par magie.

-Vous... Vous êtes rentrez ?

-Bonjour à toi aussi, Edmund. Et ne t'en fait je ne vais pas rester longtemps.

-Mais je... Heu... Attendez vous ne pouvez pas rentrer comme ça, je dois vous annoncer.

-Tu peux nous laisser Joseph. Ça ira pour le moment, je te rejoins à la voiture quand il faudra partir.

-Bien Ma... Monsieur *s'incline profondément *

-Joe détourna les tallons, laissant le jeune homme au beau milieu du hall de cette immense demeure, si belle et si froide.

-Vas-tu m'annoncer ou dois-je le faire moi même ? Demanda le blond en regardant le majordome comme pour le défier.

-Tout de suite.

L'homme décampa, oubliant ses bonnes manières de gentilhomme. Même si cela ne devait pas plus être un oublie de sa part que sa propre volonté. Cela faisait bien longtemps que les domestiques de cette maison ne lui montraient plus le moindre égard, malgré son rang social. Rien n'avait changé. Depuis combien de temps était-il « parti » au juste ? Il n'avait pas vraiment réalisé le temps passé dans la demeure de Jin.

Au bout d'un bon quart d'heure son père... Non, le maître de maison, le reçu dans son bureau. Toujours la même table basse en granite. Et ce bureau si imposant.

Assit dans un fauteuil digne d'un trône, parce que son ego le valait bien, Edgard Ilch le regardait d'un air hébété. Tara, sa femme, car tesla se refusait également à l'appeler mère, se tenait à côté de lui. Le même air inscrit sur le visage. Aujourd'hui cependant, la pièce qui lui semblait si grande et terrifiante étant enfant, paraissait plus petite. Moins éclatante. Plus pitoyable.

-Que fais-tu là ?

Question somme toute hors de propos quand votre fils héritier se faisait kidnapper pendant des mois et rentrait enfin à la maison. La porte derrière Tesla s'ouvrit une nouvelle fois, laissant place à son frère cadet.

[quel beau portrait de famille on fait là]

-Tesla ? Qu'est-ce que...

-Tu va nous dire ce que tu fais ici à la fin ? Le coupa Edgard.

-Avez vous au moins tenté de me chercher ? Quand j'ai disparu ?

-Pardon ? Pour qui tu te prends ? Tu reviens ici, comme une fleur, après être parti des mois sans donner de nouvelles ! Est-ce encore un stratagème de ta part pour faire ton intéressant !*tape du point *

-Sans affaires ?

-Pardon ?!

-Je suis, selon vous, parti sans rien emporter du tout ? La vérité, c'est que je me suis fait kidnapper. Mais bon. Comment auriez pu savoir ? Il aurait fallu que vous vous rendiez dans ma chambre pour savoir cela. Hors même les domestiques n'y mettent plus les pieds depuis des années. Mais bon, pour avoir cette idée il faudrait déjà que mon absence vous préoccupe et nous savons bien tous les deux que vous vous fichez éperdument de mon existence.

-Ça suffit ! Je ne te permets pas de me parler sur ce ton. Pour qui te prends-tu ?

-Je... Vous aviez dit qu'il était parti, père.

-Machi, ne te mêle pas de ça veux tu. Il essaye juste de semer la discorde dans cette famille. S'exclama sa mère.

-Pour une fois je veux vous faire un cadeau, à vrai dire. Alors cessons ce petit jeu. Vous me vouez une haine sans borne, pour une difformité qui n'est pas de mon fait mais du votre...

-Comment oses-tu... Le coupa Edgard en se levant d'un bond.

-Mais aujourd'hui je vais faire l'effort de passer au-dessus de tout cela. Je suis venu pour vous facilité la vie. Enfin.

-Et en quoi ta présence la facilite ?

-Je vous offre la possibilité de vous débarrasser définitivement de moi.

-Pardon ?

-À partir d'aujourd'hui, je renonce à mon titre d'héritier de la famille Ilch. Je ne veux plus être associé à vous, votre famille, votre succession. J'en ai assez. Je vous demande donc d'appeler votre avocat, afin qu'il face le nécessaire, dans les jours qui viennent, pour faire passer mon titre et mes droits à Machi.

Un long silence s'installa, durant lequel Edgard lança alternativement des regards à sa femme et à son fils cadet. Tesla ne portait aucune rancœur vis-à-vis de son frère. De cinq ans son cadet, Machi avait été conditionné des son plus jeune âge par la propagande Ilch qui interdisait quiconque de l'approcher, lui parler ou même le regarder. De ce fait, Machi et lui ne s'étaient jamais rapprochés. Ils ne se connaissaient pratiquement pas. Puis il se concentra de nouveau sur Tesla et sourit largement.

-Si je te déshérite, tu n'auras rien. Tu seras totalement ruiné, tu en es conscient, n'est-ce pas ? Je ne t'accorderais pas un seul centime de compensation.

-Je crois que vous ne m'avez pas bien compris, alors je vais vous le redire une dernière fois. Je ne veux ni de votre argent, ni de vos titres, ni même de votre nom de famille. Je fais tache dans votre joli décor depuis ma naissance. Allez-vous refuser le cadeau d'adieu que je vous fais ? Je resterais 3 jours dans un hôtel, non loin d'ici. Je ne vais pas imposer ma présence si disgracieuse à vos yeux. Faites le nécessaire pour que les papiers soient prêts d'ici là. Ensuite, jamais plus vous ne me verrez.


Tesla détourna les talons sans un regard en arrière et se dirigea vers la grande porte, laissant sa famille derrière lui comme on abandonne un chien au bord de la route. Edmund lui ouvrit la porte mais ne dit pas un mot et ne le reconduisit pas jusque-là voiture. Joseph l'attendait, appuyé contre la carrosserie, fumant.

[De loin, on pourrait le prendre pour un gangster]

-Mademoiselle, y allons-nous ?

-Tout à fait. Il y a un hôtel pas loin, peux-tu mi déposer ?

-Bien sûr. Fit-il en écrasant son mégot contre la semelle de sa chaussure avant de lui ouvrir la portière.

-Tout c'est bien passé ?

-On peut dire ça comme ça.

-Ils arrivèrent rapidement au parking d'un hôtel luxueux. Joe le fit descendre avant d'aller chercher ses bagages dans le coffre.

-Non, pas celle-là.

-Un problème Mademoiselle ?

-Je ne prends que la plus petite valise. La grosse est remplir de robes que je ne mets pas.

-Alors pourquoi...

-Nous la déposerons à l'orphelinat quand je rentrerais. Ça ne te dérange pas de la garder dans la voiture jusque-là ?

-Oh ! Non bien entendu ce n'est pas un problème.


PDV Jin

-Il est vraiment parti...

Devant la penderie de l'ancienne chambre de Tesla, Jin se liquéfiait en admirant le vide laissé par la disparition des quelques costumes d'hommes dont le blond disposait et de la majorité des robes. Joseph n'avait pas parlé quand il était venu le chercher au travail après avoir ramené Tesla chez lui. Son vrai chez lui.

-Il est...

-Monsieur ?

-J'ai dit que je ne voulais pas être dérangé Nina.

-Je voulais juste vous prévenir que le dîner était servi.

-Laisse-moi veux-tu.

-Bien … *s'incline avant de sortir*

Ce vide, il ne l'avait pas ressentit depuis des années. Les parents de Joseph étaient venus le chercher dans sa chambre, la mine grise. Ses parents avaient appelé la veille pour lui dire qu'ils prendraient l'avion au petit matin. Un taxi était venu les chercher à l'aéroport. Un camion s'était renversé devant eux sur l'autoroute. Ses parents étaient morts sur le coup. Et Jin avait eu beaucoup de mal à s'en remettre. Les années avaient passé, mais il lui arrivait d'y repenser par moments. Mais aujourd'hui, la douleur ne partait pas. Le départ de Tesla le replongeait dans ses plus sombres pensées.

Il descendit dans la bibliothèque. Il se fit servir un thé et donna congé Nina, demandant à ce qu'on ne le dérange pas. Il s'installa sur le fauteuil que Tesla monopolisait depuis son arrivée dans la maison. Comme pour se sentir plus proche de lui.

Il ne dormit pas cette nuit-là.


PDV Tesla

-Allô ? Nina ? Je ne suis partie que depuis hier, je te manque déjà ?

-C'est une horreur Mademoiselle ! S'écria la jeune femme à l'autre bout du fil.

-Que se passe-t-il ?

-C'est Monsieur... Il est d'une humeur de chien. Il va au travail et rentre encore plus énervé qu'au petit matin. On ne peut même pas l'approcher. * chuchote* on dirait un caniche qui n'a pas mangé depuis des semaines, il est devenu complètement dingue.

-*rigole * ne t'inquiète pas, je devrais rentrer demain si tout se passe comme prévu.

-Dieu merci. On a vraiment besoin de vous ici, c'est un calvaire. Tout le monde déprime. Même Claude à l'air morose.

-Oh la la, effectivement la situation devient critique. Tiens bon, je te confis la maison en attendant.

-D'accord. Prenez soin de vous !

-Toi aussi. *raccroche * c'est pire que ce que je croyais... *rigole en imaginant Jin en caniche* *