Bonjour à tous ;)
Et c'est parti pour un second chapitre. Très bonne lecture à tous.
Chapitre 2 : Vieille rancune engendre jeune guerre
Au large d'une île estivale, une silhouette plutôt imposante sort de l'eau. Il s'agit d'un sous-marin bien équipé et à l'étrange couleur canari. À son bord, l'équipage s'active pour que les manœuvres de mise à quai se passent sans encombres. Chaque mouvement est précis, aucun n'est superficiel, le timonier effectue son travail avec la plus grande minutie. Il sait que n'importe quelle erreur, aussi petite soit-elle, peut endommager le submersible et mettre en danger tout l'équipage. À côté de lui, les deux mécaniciens en chef s'assurent que tous les indicateurs sont au vert et que le moteur ne surcharge pas. Faire remonter un bijou de cette taille a de quoi mettre les moteurs à rude preuve, ce qui mérite une attention toute particulière. Mais même si toutes ces manœuvres présentent un risque ils n'en sont pas moins habitués. Depuis le temps qu'ils roulent leur bosse dans ce sous-marin, c'est devenu leur quotidien. Une fois l'embarcation à quai, l'équipage se rassemble à la cafétéria tandis que le second part chercher leur capitaine. Devant la cabine de ce dernier, l'ours frappe à la porte puis entre dans la salle lorsqu'il entend la voix de son capitaine. Ce dernier est assis à son bureau, la tête plongée dans ses livres.
_ Capitaine, nous sommes arrivés sur l'île, tout le monde est prêt.
_ D'accord, j'arrive tout de suite.
_ Tu devrais penser à te reposer capitaine, tu travailles trop.
_ Je me reposerai plus tard, ne t'inquiète pas pour moi Bépo.
Il a beau lui dire qu'il va se reposer, Bépo sait pertinemment qu'il ne le fera pas, les cernes sous ses yeux en sont bien la preuve. À force, il va bien finir par tomber de fatigue. Malheureusement, ces derniers temps son capitaine a du mal à dormir et c'est pour ça qu'il s'enferme dans le travail. C'est sa façon à lui de ne pas penser à tout ce qui l'empêche de se reposer. Après avoir rangé ses affaires, le capitaine suit son second jusqu'à la salle où tout le monde est rassemblé. Il répartit l'équipage en deux groupes, un qui sera chargé de la surveillance du submersible, et un autre qui partira en ville avec lui. Il donne quelques recommandations aux deux groupes puis quitte le sous-marin avec le sien, laissant l'équipe de surveillance sous la direction de son second. Le groupe part tout de suite en direction du centre-ville où ils pourront plus facilement trouver ce qu'ils veulent. En quelques heures, ils ont récupéré la quasi-totalité des informations dont ils ont besoin, se retrouvant ainsi avec pas mal de temps libre devant eux. Comme ils ont chacun des envies particulières, ils décident de se séparer en petits groupes. Alors que celui de Law déambule dans les rues, une douce odeur de pâtisserie et de rhum attire leur attention. L'effluve les conduit jusqu'à un petit établissement aux allures de vieil atelier dont le bois usé et vieilli par le temps, associé à la pierre lui donne un petit côté pittoresque. Dès leur entrée, ils sont accueillis par un homme et une femme qui les placent à une table et leur apportent la carte de l'établissement. L'intérieur a aussi un certain charme avec son sol en parquet et les nombreuses poutres en métal et IPN qui soutiennent la structure. Les meubles qui marient à merveille le bois et le métal apportent un certain cachet sans toutefois paraître froid. Sur les murs, sont accrochées de nombreuses amphores dans lesquelles se trouvent plusieurs liquides colorés. Sur le comptoir en acier noir sont posées des assiettes de présentation sur lesquelles sont disposées quelques pâtisseries, certaines de couleur surprenante mais quand même appétissante. Le comptoir est éclairé par un pendule constitué d'un tronc de bois flotté à travers lequel passent 3 vieilles lampes industrielles. Sur tout le long du comptoir sont disposées des chaises hautes en métal de couleur gris foncé avec des coussins colorés. Après que tout le monde ait passé sa commande, Law se dirige vers le bar et s'installe sur une des chaises. Il commande un verre de scotch et le sirote tranquillement au calme tandis que ses compagnons commencent à discuter de choses diverses. L'un d'eux sort une bille argentée ainsi que trois petites tasses et propose à ses camarades de faire une partie de jeu du Gobelets.
_ Le capitaine a l'air encore plus fatigué que d'habitude aujourd'hui. Fait remarquer un jeune homme aux cheveux noirs très courts et aux yeux verts doré.
_ Ouais il ne dort pas très bien ces derniers temps.
_ T'as probablement raison Shachi mais ça n'a pas l'air d'être que de la fatigue. Ajoute le garçon qui fait glisser les tasses sur la surface de la table.
_ Toujours aussi observateur à ce que je vois Karma. Fait remarquer Penguin en choisissant un gobelet parmi les trois que lui propose le fameux Karma.
_ Plus que toi en tout cas mon cher Shachi. Réplique Karma en levant le gobelet choisi pas Shachi avec un grand sourire.
_ Raaah j'y crois pas j'ai encore perdu !
_ Hey regardez, en parlant du capitaine, on dirait qu'il a de la visite.
Pendant qu'ils discutaient, une jeune femme s'était levée et s'était dirigée vers Law. Elle se déplace d'un pas résolu vers ce jeune homme qu'elle observe depuis plusieurs minutes avec ses amies.
_ Regardez en plus comme elle est mignonne … Pff il n'y en a que pour le capitaine, c'est pas juste.
_ Ouais mais elle perd son temps, elle n'arrivera à rien.
_ Comment ça ? Pourquoi tu dis ça Penguin ?
La jeune femme continue de s'approcher de Law et une fois à son niveau, elle se penche vers lui et lui adresse son plus beau sourire.
_ Bonjour, ça te dit de boire un verre ensembles ? Je peux t'offrir quelque chose ?
_ C'est très gentil mais je préfèrerai être seul, ne le prend pas mal, ça n'a rien de personnel.
_ Ah… Je comprends, désolée pour le dérangement. Se résigne la jeune femme face au ton sans appel du pirate.
La jeune femme reprend alors son verre et quitte le comptoir dépitée. Elle retourne auprès de ses amies qui affichent un regard désolé et qui la félicitent quand même d'avoir pris son courage à deux mains. Même si le résultat n'a pas été celui escompté, quand elle repensera à aujourd'hui, elle n'aura pas de regret en se disant qu'elle aurait peut être loupé la chance de sa vie.
_ Quoi ? Mais qu'est-ce qui s'est passé ? Il l'a envoyée sur les roses ? S'exclame le garçon aux cheveux noirs.
_ Je te l'avais dis Ayato. Ces derniers temps ce n'est pas la grande forme pour lui.
_ Mais justement, une soirée avec une jolie fille lui aurait peut être permis de se changer les idées.
_ Ça je n'en suis pas si sûr.
_ Ah oui ? Pourquoi ça ? Demande Karma.
_ Ça a un rapport avec son ex c'est ça ? Suppose Ayato.
_ … eh ben dis donc, on peut dire que tu es du genre à mettre les deux pieds dans le plat toi. Dit Penguin assez gêné.
_ Pourquoi, c'est quoi le problème ?
_ Disons que c'est un sujet assez sensible. Lui répond Shachi.
_ Pourquoi vous n'avez jamais voulu nous en parler ? Demande Karma.
_ Parce que comme Shachi l'a dit, c'est un sujet assez sensible.
_ Allez Penguin, on fait partie du même équipage, un jour ou l'autre on sera forcément au courant. Elle est restée longtemps dans l'équipage ? C'était quoi son nom d'ailleurs ?
_ Leïla, Leïla Windell. Et elle est restée avec nous un peu moins de quatre ans. C'est pour ça qu'une bonne partie de l'équipage la connaît.
_ Mais quand je suis arrivé dans l'équipage il y a un an, elle n'était déjà plus là mais d'après ce que j'ai compris à cette époque là ça faisait déjà un moment qu'elle était partie non ? Fait remarquer Ayato.
_ Ouais ça va bientôt faire deux ans.
_ Alors c'est pour ça que le capitaine n'est pas en forme ces derniers jours, vous croyez qu'il s'en veut ?
_ Oui c'est ce que Shachi et moi pensons.
_ Après deux ans, il faudrait qu'il commence à tourner la page.
_ Il y arrive Ayato, sauf à certains moments et en particulier pendant cette période.
_ Alors pour ne pas y penser, il s'enferme dans le boulot.
_ C'est ça tu as tout compris Karma. De toute façon le capitaine a toujours été un bourreau du travail alors ça ne change pas trop de d'habitude.
_ Peut être mais c'est pas bon pour sa santé et ça il doit le savoir.
_ Tu sais ce qu'on dit, les cordonniers sont toujours les plus mal chaussés. Fait remarquer Shachi.
_ Ouais c'est tout à fait ça.
_ Mais plus sérieusement les gars, cette discussion doit rester entre nous. Pas besoin que tout l'équipage soit au courant et surtout pas le capitaine.
_ Non mais pour qui tu nous prends Shachi, on est loin d'être idiots. On ne va quand même pas s'amuser à jeter de l'huile sur le feu.
_ Je préfère prendre mes précautions. Je n'ai pas envie que ça me retombe dessus.
_ Pincez-moi je rêve ! Shachi qui prend ses précautions ! Le ciel va nous tomber sur la tête, c'est pas possible.
_ La ferme Karma. Elle est passée où la phase où tu nous respectais ? Tu commences à prendre un peu trop tes aises je trouve.
_ Sache que cette période dont tu parles n'a jamais existé. C'est toi qui as pris tes rêves pour une réalité. Essaye d'abord de gagner une partie et on reparlera de cette question de respect. Le provoque Karma en mélangeant de nouveau les gobelets.
_ Ok tu vas voir, cette fois-ci c'est la bonne.
_ J'ai comme une impression de déjà vu. Fais toi une raison, ça fait trois mois que Karma est dans l'équipage et t'as encore jamais gagné.
_ Oh ça va Penguin, pas besoin d'en rajouter une couche. Tu pourrais me soutenir quand même.
_ Je pourrais… Mais c'est moins amusant que de se moquer. Et puis même si je t'encourageais aussi fort que je le voulais ça ne changerait rien. Alors je préfère largement me moquer, c'est bien plus rentable.
Faisant preuve d'un grand self-control, Shachi ne prend pas la peine de répondre aux moqueries de son ami et suis avec attention les mouvements de Karma. Lorsque celui-ci arrête de mélanger les gobelets, Shachi lui désigne celui du milieu avec assurance. Il en est certain, il est sûr de ne pas s'être trompé, la bille est forcément sous le gobelet du milieu. Karma relève alors ce dernier découvrant ainsi une petite bille noire. En la voyant, Shachi exulte de joie, il attrape la bille et offre un sourire victorieux à Karma.
_ Et bim ! Ça y est j'ai gagné, j'ai gagné alors que vous étiez tous persuadés que j'allais perdre ! Alors Karma, tu dis plus rien hein ?
_ Bravo, tu as réussi à trouver une bille. Mais tu es sûr que c'est la bonne ?
_ Comment ça ?
À ce moment-là, la bille éclate laissant s'échapper un petit bout de papier enroulé comme un parchemin. Shachi déroule le papier sur lequel est inscrit « Raté ! Essaye encore ». Tout en rigolant, Karma retourne le gobelet le plus à droite ce qui fait glisser la bille argentée jusqu'à Shachi.
_ Raaah c'est pas vrai, j'étais pourtant sûr de moi cette fois !
_ Hahaha tu t'es fait avoir en beauté sur ce coup là. T'as pas marché, t'as courus.
_ C'était bien joué Karma. Hahaha t'aurais du voir ta tête Shachi, c'était à mourir de rire. Se moque Ayato.
_ J'aurais ma revanche Karma, compte là-dessus.
_ Quand tu veux mon cher Shachi.
Assis au comptoir, Law entend ses hommes rire de bon cœur. Apparemment Shachi a encore perdu au jeu de Karma. Ils ont l'air de bien s'amuser, ça fait du bien de les entendre à nouveau rire franchement. Les nouveaux membres de l'équipage ont réussi à redonner un peu de fraicheur, de vitalité et de gaieté à la vie de tous les jours. Et il est certain que ça aide beaucoup lorsque l'on doit affronter les dangers du Nouveau Monde. Une bonne dose de rigolade suffit souvent à effacer, au moins temporairement, la fatigue due à une journée sur cette mer imprévisible. Alors qu'il est plongé dans ses pensées, le barman s'est approché de lui. Il s'agit d'un homme très distingué vêtu d'un costume noir impeccable. Sa cravate vermillon apporte une touche de couleur à sa tenue et sa moustache finement travaillée lui donne un air à la fois bourru mais sympathique.
_ Bonjour, je ne vous ai jamais vu ici, vous venez d'arriver ?
_ Oui nous sommes sur l'île depuis quelques heures seulement.
_ Voyageurs ?
_ Presque. Pirates.
_ Oh des pirates, je vois. Ça faisait un moment que je n'avais pas eu de clients pirates.
_ Vraiment ?
_ Oui. Oh rassurez vous je n'ai rien contre les pirates. Du moment que vous payez votre consommation, je me fiche du type de pavillon que vous dressez sur le mât de votre bateau. Mais les pirates se font rares ces derniers temps. Pensez-vous, avec toutes ces guerres de territoire, plus personne ne prend la peine de s'arrêter sur une petite île comme la nôtre.
_ Et ça n'a pas trop d'impact sur votre chiffre d'affaire ?
_ Au début si. Mais quand les pirates ont cessé de venir, j'ai pu rénover le bâtiment et les villageois ont maintenant moins peur de venir ici.
_ Je vois. Au fond ça vous a plutôt arrangé en fin de compte.
_ Oui dans mon métier il faut savoir surfer sur la vague. J'ai su m'adapter et grâce à ça mon petit commerce a pu continuer.
_ On est bien obligé de savoir s'adapter si on veut survivre dans le Nouveau Monde.
_ Je suis bien d'accord et c'est d'autant plus vrai par les temps qui courent. Il y a beaucoup de personnes qui essayent d'innover vous savez ? Par exemple, il y a trois mois la ville a accueilli une troupe itinérante.
_ Une troupe itinérante ?
_ Oui ! Ils avaient plusieurs artistes qui proposaient divers numéros. Ils sont restés deux soirs puis sont repartis sur leur bateau. Vous auriez du voir ce bateau, il était énorme. En même temps il fallait bien loger tous leurs artistes. Le navire leur sert pour faire la navette entre les différentes îles où ils font leurs représentations.
_ Je vois. Peut être qu'on croisera ce groupe un de ces jours.
_ En tout cas si vous avez l'occasion de voir leur spectacle je vous invite à y aller. Vous m'avez l'air d'être dans une période difficile mais ils sauront vous faire oublier tous vos tracas quotidiens, je peux vous l'assurer. Surtout les danseuses. Ahh si vous les aviez vues, elles étaient de toute beauté. Ya pas à dire, il suffit de voir une magnifique danseuse pour nous remonter le moral.
_ C'est ce que n'arrêtent pas de me dire mes hommes en effet.
_ Si je peux me permettre, vous devriez les écouter. Il n'ont pas tord.
_ Probablement, mais je ne suis pas sûr que ça marche dans mon cas.
_ Ohh. Problème de cœur ?
_ On peut dire ça … Répond Law en vidant son verre.
_ Tenez, prenez ça, c'est la maison qui offre. C'est un cocktail de ma fabrication, vous m'en direz des nouvelles.
_ Merci, c'est gentil de votre part.
_ Il n'y a pas de quoi, vous m'avez l'air sympathique alors ça me fait plaisir. En tout cas vous ne devriez pas rester sans rien faire. Comme vous l'avez dit, il faut savoir s'adapter pour survivre. Alors la meilleure chose à faire est surement de retrouver cette demoiselle et de lui parler.
_ Alors ça, ça risque d'être compliqué…
...
Mon sommeil est interrompu par un martellement intempestif sur la porte de notre cabine. On dirait que la personne derrière cette porte va la fracasser d'une minute à l'autre. Heureusement qu'on a pris l'habitude de fermer à clé sinon ce bourrin serait peut être en train de nous faire subir le même traitement qu'à cette porte ou, dans le meilleur des cas, de nous gueuler dans les oreilles.
_ Debout ! Mariko veut vous voir dans son bureau dans 20 minutes !
En entendant le nom Mariko je me relaisse retomber sur mon lit et mets mon oreiller sur la tête. Qu'est-ce qu'elle nous veut encore celle-là ? La journée n'a pas encore commencée qu'elle compte déjà nous la gâcher, je sens que ça va être une longue, très longue journée. Après avoir buglé 2-3 trucs que je n'ai absolument pas écouté, la brute repart avec toute la discrétion qui la caractérise. Après une ou deux minutes, je me fais violence et sors finalement de mon lit. Je prends de quoi m'habiller et file rapidement à la salle de bain pour une douche éclair. La chaleur de l'eau me sort progressivement de ma torpeur et réveille aussi la douleur du coup de la veille. En sortant de la douche, je jette un coup d'œil rapide à ma joue qui est encore pas mal gonflée. Heureusement, je pense que d'ici le prochain spectacle elle devrait avoir retrouvé une forme normale, en tout cas je l'espère. Mais pourquoi je me préoccupe de ça en fait ? Si la troupe se récupère une sale réputation ça sera le cadet de mes soucis, ce n'est pas comme si je me préoccupais de son image. Je m'en fiche même complètement. Si Mariko pouvait avoir des problèmes à cause de ses gorilles ça serait même parfait, ce ne serait que justice après tout. Une fois prête, je rejoins Ellie dans la cabine et nous partons ensembles pour le bureau de la harpie. Sur le chemin, mon ventre se met à gargouiller et je sens la faim qui commence à pointer le bout de son nez. La veille je suis partie me coucher sans rien manger alors forcément ça n'a rien d'étonnant que je commence à avoir les crocs. Ellie place alors un petit sachet en papier juste sous mes yeux. Je l'ouvre et découvre une petite brioche fourrée aux haricots. Je me jette alors à son cou pour la remercier comme il se doit puis mors dans la délicieuse pâtisserie. Cette fille est une véritable bénédiction. Je sais que je me répète mais je me demande vraiment ce que je serais devenue ici sans elle à mes côtés.
Après cinq grosses minutes de marche, nous arrivons finalement devant la porte du bureau de Mariko. Nous n'avons croisé personne sur le chemin, tout le monde doit encore être en train de dormir et ce n'est pas pour me déplaire. Je n'ai pas spécialement envie de croiser quelqu'un en ce moment, tout ce que je veux, c'est retourner dans ma cabine. Malheureusement, je vais devoir attendre encore un peu pour ça. J'avale la dernière bouchée de la brioche et ouvre la porte. La pièce est assez lumineuse grâce aux grandes fenêtres sur les côtés. Les murs sont tous recouverts de bibliothèque, hormis une petite portion où se trouve un tableau représentant un paysage boisé assez relaxant. Tous les meubles sont en bois massif tout comme le sol mais ce dernier est recouvert par plusieurs tapis hors de prix. Au centre de la pièce se trouve un grand secrétaire derrière lequel est assise Mariko et sur lequel sont disposés divers papiers et cahiers. Derrière ce bureau, il y a un petit coffre où elle range ses livres de compte et son argent durement gagné. La pièce n'a pas du tout changée depuis la dernière fois que je suis venue. Ça remonte au jour de mon arrivée, il y a maintenant un an et demi. Je me vois encore debout face à ce bureau, encadrée par trois hommes tandis que Mariko m'explique les règles de ce bateau. À ce moment-là, j'avais encore l'espoir de pouvoir leur faire faux bond quand je le voudrais mais ça fait bien longtemps que j'ai laissé tomber cette idée. En nous voyant arriver, Mariko lève les yeux de ses papiers et nous adresse un grand sourire hypocrite.
_ Bonjour mesdemoiselles. J'espère que mon homme de main ne vous a pas réveillées.
Non pas du tout, on était déjà réveillée en train de vous préparer un cake avec du cyanure. Évidemment qu'il nous a réveillées, elle ne va pas me faire croire qu'elle n'a pas vu l'heure. Depuis que je l'ai rencontrée, je ne rêve que d'une chose, lui faire avaler ce faux sourire qu'elle arbore en permanence. Mais ni Ellie ni moi ne prend la peine de lui répondre, elle n'attend que ça et il n'est pas question de lui faire ce plaisir.
_ Je voulais vous prévenir que nous allons arriver sur la nouvelle île en fin de matinée. Mais ne vous inquiétez pas, même si nous sommes arrivés plus tôt que prévu, la date du spectacle ne sera pas avancée. Où en sont vos préparatifs d'ailleurs.
_ Nous avançons bien. Nous serons prêtes dans les temps, ne vous inquiétez pas. Lui répond Ellie.
_ Tant mieux, j'espère que vous ne me décevrez pas, dans notre intérêt à toutes les trois. Mais ça j'imagine que vous le savez déjà. J'attends beaucoup de votre représentation d'après demain.
_ Vous ne serez pas déçue, vous verrez.
_ Si nous sommes toutes d'accord alors c'est parfait. Oh et Leïla n'oublie pas de mettre quelque chose sur ta joue, je préfèrerai qu'il n'y ait plus rien le jour du spectacle. Je sais que tu as été pirate par le passé mais tu es quand même censée être une danseuse délicate et de telles danseuses ne se battent pas.
_ Bien sûr, ça sera fait dans les plus brefs délais.
En lui répondant, je lui offre mon plus beau sourire. Si elle veut jouer les hypocrites elle va voir que je peux être aussi forte qu'elle à ce petit jeu. Se plaignant d'une surcharge monstre de travail, elle met fin à notre entretien et nous demande de quitter la pièce et je n'ai pas besoin de me faire prier davantage pour partir.
_ Fiouu il était temps que ça se termine ! Je ne la supporte vraiment pas cette bonne femme ! Fais-je remarquer une fois à bonne distance du bureau.
_ Et encore il y a des fois où elle est bien plus chiante que là.
_ Je veux bien te croire. Mais en fait même si elle ne disait rien je la trouverais insupportable quand même et aurais envie de lui en coller une. Cette femme me sort par les yeux, c'est aussi simple que ça. Non mais sérieux, elle avait vraiment besoin de nous faire appeler à 7 heures du matin pour nous dire ÇA ?! Elle veut vraiment nous pourrir la journée cette harpie, je ne vois pas d'autres explications. Oh et arrange moi cet hématome Leïla, je ne voudrais pas que tout le monde sache que je maltraite mes artistes. Ajouté-je en imitant la voix de Mariko. Je suis sûre que ça lui a fait plaisir de voir mon visage dans cet état. Et puis elle en a de bonne, comme si je pouvais trouver quelque chose avec un quelconque effet sur ce navire.
_ Peut être que Kaleb a un truc qui pourrait te soulager. Tu sais bien qu'il a tout un tas de plantes cachées dans sa cabine.
_ Ah oui c'est vrai, maintenant que tu le dis …
Alors que je parcours le pont des yeux, où bien entendu il n'y a pas un chat, j'aperçois plusieurs caisses en bois avec des étiquettes posées un peu plus loin. C'est dans ces caisses que se trouvent les repas de midi de chaque habitant du bateau. En fouillant là-dedans je parviens à trouver celui de Mariko et sans surprise, je constante qu'il est constitué de mets de premier choix et de plusieurs produits assez onéreux. À côté de ça, les petits artistes comme nous n'ont droit qu'à un repas bas de gamme qui a le seul avantage de rassasier nos estomacs à défaut de combler nos papilles. Après m'être assuré qu'il n'y a personne pour me dénoncer, je prends le panier repas de Mariko et l'échange avec un de ceux de la boîte des artistes.
_ Mais qu'est-ce que tu fais ?
_ Je fais redescendre Mariko de son piédestal. Elle veut me pourrir la journée et bien moi aussi je peux jouer à ce jeu.
_ Tu sais qui va recevoir le sien ?
_ Non mais au mois, il pourra bien manger ce midi. Bon et si on allait voir Kaleb ? Dis-je après avoir soigneusement masqué les preuves de mon méfait.
Je m'éloigne alors des caisses tranquillement, un petit sourire sur les lèvres. La journée n'allait peut-être pas être si pourrie que ça finalement. Nous descendons jusqu'au troisième niveau où se trouve la cabine de Kaleb. Elle est situé au fond du couloir, cette position le protégeant des dérangements intempestifs puisque peu de monde a la volonté d'aller jusque là-bas. Il fait partie du peu de magiciens de la troupe mais ses numéros sont de loin mes préférés ainsi que les mieux réalisés et élaborés de tous. Arrivée près de la porte, je réalise alors quelle heure il est et suis prise d'un doute.
_ Euh Ellie, c'est bien beau d'être venues lui demander s'il a quelque chose pour ma joue mais il doit encore dormir à cette heure.
_ Oh non t'inquiète pas pour ça. Il est toujours levé aux aurores pour s'occuper de ses plantes. Me répond Ellie en se dirigeant vers la porte de la cabine. Hey Kaleb, c'est Ellie, Leïla et moi on a quelque chose à te demander. Dit Ellie en frappant à la porte.
_ Une seconde j'arrive tout de suite. Crie une voix derrière la porte.
_ Pas besoin de planquer tes plants, je ne suis pas venue avec Cerbère et ses gorilles. Plaisante Ellie.
Après une bonne minute de silence, le verrou s'ouvre finalement et un jeune homme aux courts cheveux bleu noirs, clairsemés de mèches bleues, dont les pointes rebiquent un peu, apparaît sur le seuil de la porte. Comme à son habitude Kaleb porte son éternel gilet blanc à capuche et aux larges manches trois quart, qui lui arrive un peu au dessus du nombril et qu'il associe avec un T-shirt bleu pastel aux manches longues de la même couleur que ses cheveux. Avec ça, il porte un pantalon un peu bouffant lui aussi bleu pastel mais avec des bandes bleu marine délimités par des traits ambrées. À peine a-t-il ouvert la porte que Kaleb foudroie Ellie de ses yeux dorés. Visiblement, il n'a pas apprécié la petite blague de son amie.
_Tu pourrais être un peu plus discrète Ellie. Tu sais bien que si Mariko me choppe je vais prendre cher.
_ Au moins comme ça tu sais que lorsque je ne dirais rien tu auras de bonnes raisons de te méfier. Lui répond Ellie avec un grand sourire innocent.
_ Mouais, soit. Allez-y entrez.
Kaleb ouvre la porte en grand pour nous laisser passer puis penche la tête pour vérifier que personne ne se trouve dans le couloir avant de fermer et verrouiller la porte de sa cabine derrière nous.
_ C'est rare de vous voir trainer ici à cette heure. Moi qui ne croise jamais personne à ce moment de la journée ça change de mes habitudes.
_ On est debout parce que Mariko nous a convoquées tout à l'heure.
_ Ah oui je vois. Elle est assez tendue ces derniers temps. J'ai entendu dire qu'elle doit voir pas mal de connaissances sur la prochaine île. Il y aura un vieil ami à elle je crois mais surtout des potentiels associés et sponsors. Mais bref je suppose que vous n'êtes pas venu jusqu'ici pour savoir ça. Qu'est-ce que je peux faire pour vous les filles ?
_ On se demandait si tu n'avais pas un petit quelque chose pour la joue de Leïla.
_ Hummm, oui je devrais avoir ce qu'il te faut Leïla.
Kaleb se rend dans la pièce d'à côté qui est censée lui servir de dépôt pour les objets qu'il utilise durant ses tours de magie mais qui lui sert avant tout de planque. En effet, c'est sous le plancher de cette salle qu'il cache sa petite réserve illicite de plantes en tout genre. Il revient rapidement avec un petit pot et s'assoit à côté de moi.
_ Je peux ? Me demande-t-il en me montrant du doigt la zone endolorie de mon visage.
_ Oui bien sûr.
Kaleb ouvre le pot qui contient une pâte de couleur assez neutre. Il prend une petite quantité de crème sur ses doigts et l'applique délicatement sur ma joue gonflée. Le contact avec sa main réveille la douleur mais elle est presque aussitôt apaisée par la fraicheur de la crème. C'est fou comme cette simple pâte faite à partir de feuilles de plantes parvient à atténuer la douleur aussi rapidement.
_ On peut dire qu'il ne t'a pas loupé sur ce coup là. Je n'ose même pas imaginer l'état du type qui se faisait tabasser avant que tu n'interviennes.
_ Ah tu es déjà au courant à ce que je vois.
_ Ouep ! Quand on prend l'habitude d'écouter les conversations des gardes on apprend plein de trucs intéressants. Il suffit juste de ne pas se faire chopper.
_ Je vois. De toute façon ce type ne peut pas me voir ce n'est un secret pour personne et c'est réciproque.
_ Si ça peut te consoler, lorsque Mariko a été mise au courant de l'incident, il en a pris pour son grade. Crois moi, il a bien plus dégusté que toi.
_ Ah oui ? Ça compensera pour toutes les autres fois alors. Dis moi Kaleb, pendant que j'y pense, est-ce que je pourrais te piquer quelques feuilles de certaines plantes ?
_ Bien sûr, tu sais ce que tu veux ? Me demande Kaleb en fermant le pot.
_ Euhh de la corydale, de la gesse commune et de la valérianne.
_ Tu veux que je te passe une de mes recettes ? Me propose Kaleb en allant chercher ce que je lui ai demandé dans son jardin clandestin.
_ Non c'est gentil, j'en connais déjà une.
_ Tu as une victime en ligne de mire ? Me demande-t-il en me tendant ce que lui ai demandé.
_ Pas spécialement mais j'en ai assez de me laisser faire …
_ J'approuve à 100% cette initiative.
Après quelques minutes, nous décidons finalement de partir et laissons Kaleb avec ses plantes. Nous partons en direction de la cafétéria pour prendre un petit déjeuner digne de ce nom. Au menu biscottes avec une pincée de confiture, café au jus de chaussettes et croissant aux amandes. Bien que ce dernier a été décongelé la veille, enlevant ainsi tout le croustillant de la pâte, c'est quand même un luxe auquel nous n'avons droit qu'une fois tous les six mois, et encore. Peut-être est-ce un moyen pour Mariko de nous amadouer avant la grande représentation devant ses futurs sponsors. Après le petit déjeuner, nous rentrons dans nos cabines en attendant l'heure du débarquement. Je prends alors le sachet contenant les herbes que Kaleb m'a passé et sors tout le matériel dont je vais avoir besoin avant de me mettre au travail. Je commence alors ma petite préparation avec concentration. À force de regarder Law en préparer j'ai fini par connaître la recette par cœur mais honnêtement je n'aurais jamais pensé que ça me servirait un jour. Après une bonne heure de « cuisine » j'obtiens finalement une solution verdâtre assez liquide. Je remplis une mini seringue, que j'ai volée lors de mes premiers jours sur le bateau, avec le produit et verse ensuite le restant dans un petit flacon. Avec ça je vais enfin pouvoir me défendre un minimum face à ces brutes épaisses qui nous servent de garde. Même si ça doit me retomber dessus après tant pis, ça sera toujours mieux que se laisser faire sans rien dire.
Le navire entre finalement au port de la nouvelle ville aux alentours de midi. Les personnes en charge de monter le chapiteau prennent le temps de manger puis débutent les préparatifs. Seuls les artistes sont restés sur le bateau avec quelques gardes pour surveiller les sorties. Mariko quant à elle s'est rendue en ville, mise de mauvaise humeur par son repas, qui était étrangement de moins bonne qualité que d'habitude. Tout le monde étant occupé ailleurs, le pont principal est moins rempli que la plupart des jours. Nous profitons alors de cette occasion pour traîner sur le pont avec Kaleb sans s'inquiéter d'être dérangés par les gardes ou encore Mariko. Après plusieurs heures d'absence, cette dernière rentre finalement de sa balade et remonte sur le bateau. Une fois sur le pont, elle se retourne vers l'échelle et tend la main à une personne pour l'aider à monter à bord. Il s'agit d'un homme assez grand, avec de longs cheveux châtain bouclé attachés en une queue de cheval ainsi que des yeux marron. Il porte une chemise blanche ouverte aux trois quarts par dessus laquelle se trouve une veste noire. Il a replié ses manches jusqu'aux coudes, dévoilant ainsi le bracelet de cuir à son bras droit. Il porte également un pantalon noir mettant en valeur sa silhouette élancée et des baskets noires assez basique. Dès que je vois son visage, je suis prise de frissons et je me déplace rapidement derrière la caisse sur laquelle j'étais appuyée tentant de me cacher convenablement, suscitant ainsi l'incompréhension de Kaleb et Elie. Heureusement, ces derniers comprennent rapidement que quelque chose me préoccupe et pour ne pas compromettre mes chances de passer inaperçue ils continuent de discuter comme si de rien n'était. Une fois tous les deux à bord, Mariko montre à l'homme le pont sur lequel ils se trouvent puis lui désigne du doigt l'avant du bateau où se trouve la cafétéria. Contrairement à son expression lors de son départ pour l'île, Mariko affiche maintenant un grand sourire. Je ne pense pas l'avoir déjà vue aussi rayonnante, visiblement elle est ravie d'avoir retrouvé cet homme. Elle jette un coup d'œil rapide à Ellie et Kaleb qui essayent de paraître le plus naturel possible puis reporte son attention sur son invité. Elle lui fait alors signe de la suivre et se dirige vers son bureau. Je les suis tous les deux du regard alors qu'ils passent devant nous, et porte une attention toute particulière à l'homme. Ce type je le connais bien, je l'ai déjà rencontré quand j'étais encore avec les Heart. C'est bien la dernière personne que je souhaitais croiser ici. Comme s'il avait senti mon regard sur lui, ce dernier se retourne et fixe la zone où nous sommes mais fort heureusement je parviens in extrémis à me cacher complètement avant qu'il ne puisse me voir. Je reste caché derrière ma caisse, n'osant pas bouger ni vérifier s'il est parti ou non de peur de tomber nez à nez avec lui. Après plusieurs minutes, je jette un coup d'œil à Ellie me qui me fait comprendre qu'il n'y a plus de danger et que le type est bel et bien parti. Je sors alors de ma cachette et m'assois à nouveau contre la caisse en faisant tout de même en sorte de ne pas être directement visible si jamais il venait à sortir du bureau.
_ Qu'est ce qui t'a pris tout à coup ? Tu connais le gars qui est avec Mariko ? Me demande Kaleb.
_ Ouais je l'ai rencontré il y a un petit moment. C'est un pirate du nom de Yuma et je peux te dire que c'est loin d'être quelqu'un d'aimable.
_ Tu as déjà eu des problèmes avec lui ? C'est pour ça que tu t'es cachée ?
_ Des problèmes ? Oh ça oui il nous en a causé, et pas qu'un peu. Il a essayé de nous tuer plus d'une fois. Si je me souviens bien, il a aussi essayé de me voler mes cartes au trésor une fois. Enfin bref, tout ça pour dire que la présence de ce type sur le bateau est loin d'être une bonne nouvelle.
_ En tout cas maintenant on sait qui est l'ami que Mariko devait retrouver sur cette île. Vu comment elle était heureuse qu'il soit là, il n'y a aucun doute que c'est lui. Conclu Kaleb.
_ J'en ai bien l'impression. Raaah il fallait que ça tombe sur lui. Il faut toujours que ce genre de tuile me tombe dessus.
_ Tu aurais préféré que ce soit un haut gradé de la marine ? Se moque Ellie.
_ Pour être honnête, j'en suis à me demander s'il ne valait pas mieux que ce soit un amiral de la marine.
Je lance un rapide coup d'œil vers le bureau de Mariko. Heureusement pour moi, ils n'ont pas l'air de vouloir sortir tout de suite de la pièce. Et c'est tant mieux parce que je n'ai absolument pas l'intention de me retrouver face à ce gars. Il va sûrement rester avec nous jusqu'à ce que le spectacle soit terminé et que le bateau quitte l'île. Je vais devoir me montrer prudente jusque-là et rester en permanence sur mes gardes. Je me disais bien que ça allait être une sale journée.
