Chapitre 3 : Retrouvailles explosives
En entrant dans la cabine, je sens toutes les tensions accumulées durant la journée retomber d'un coup. J'ai passé le reste de la journée à faire attention à ne pas croiser Yuma. Éviter quelqu'un pendant des heures est bien plus fatigant que ça en a l'air. Mais ici au moins, je vais pouvoir être tranquille, il ne risque pas de débarquer, enfin, normalement.
Le lendemain midi, Ellie et moi partons à la cafétéria un peu plus tard que d'habitude, c'est à dire à l'heure où tout le monde a l'habitude d'y aller. Au moins de cette façon, si Yuma débarque je pourrais me cacher plus facilement parmi la foule. Ce calvaire est bientôt terminé, je n'ai plus qu'à tenir jusqu'à ce qu'il parte, c'est-à-dire jusqu'à la fin du spectacle de ce soir. Heureusement que je porte un masque pendant notre numéro c'est déjà un problème de moins à gérer. En ne sortant de ma cabine que pour le repas de ce midi, l'entraînement de tout à l'heure et la représentation de ce soir, je minimise le risque de le croiser, ce qui me semble être un bon plan. Alors que nous sommes attablées à l'une des tables de la cafétéria, je pose la main sur la seringue et le flacon dans ma poche pour m'assurer de leur présence et aussi pour me rassurer un peu. Je n'ai pas encore eu l'occasion de tester le produit donc je ne sais pas si ça va vraiment marcher mais ça sera toujours mieux que rien. Alors que je suis plongée dans mes pensées, quelqu'un pose brutalement son plateau sur la table ce qui me fait sursauter.
_ Non mais sérieux, pour qui ils se prennent ces gorilles. S'énerve Kaleb en s'asseyant en face d'Ellie et moi.
_ Eh bien, c'est la première fois que je te vois aussi énervé. Regarde tu as même réussi à effrayer Leïla. Lui fait remarquer Ellie.
_ Oups excuse moi Leïla, je me suis laissé emporter.
_ C'est pas grave, j'ai juste eu peur l'espace d'un instant que ça soit quelqu'un d'autre. Qu'est-ce qui t'a mis dans un tel état ?
_ C'est juste ces gardes à la noix qui sont venus me harceler parce que je ne suis pas allé à l'entrainement ce matin. En quoi ça les regarde, c'est mon problème ! J'ai pas besoin que des macaques me fassent la morale, ils n'ont même pas le QI d'une huitre ! Explique Kaleb encore sur les nerfs.
_ Sérieux, ils sont venus pour ça ? Ils ne l'ont jamais fait avant.
_ Non ils font de l'excès de zèle en ce moment et ça devient lourd.
_ S'ils savaient ce que tu caches dans ta cabine… Ajouté-je doucement.
_ Ouais c'est sûr que je risque gros s'ils l'apprennent. Bon et sinon, vous avez vu l'ami de Mariko aujourd'hui ?
_ Non pas encore mais ça serait trop beau qu'il ait déjà quitté l'île.
_ J'espère que non parce que honnêtement c'est assez drôle de te voir faire tant d'efforts pour l'éviter.
_ Et moi je sens que je vais bien aimer ta tête quand je vais dire à Mariko ce que tu caches dans ta cabine.
_ Oh tu ne ferais pas ça quand même.
_ Je vais me gêner ! Surtout si tu cherches à me mettre des bâtons dans les roues dans le seul but de t'amuser.
_OK, message reçu je me tiendrais à carreaux promis.
_ Tiens, quand on parle du loup… Fait remarquer Ellie.
Je lève alors les yeux vers l'entrée de la cafétéria et vois Yuma sur le seuil de la porte. Je prends rapidement le journal posé sur la table et l'ouvre face à moi pour cacher mon visage. À côté de moi Ellie prends un visage neutre et me décrit les faits et gestes de Yuma. Comme Kaleb se trouve juste en face d'elle, elle peut facilement me parler et observer le pirate tout en faisant croire qu'elle discute avec Kaleb.
_ On dirait qu'il cherche une place. Mariko a du rester dans son bureau pour faire de la paperasse. Ah et il vient par ici.
_ Pitié dis moi qu'il y a de la place ailleurs qu'à côté de nous.
_ Désolé de te décevoir Leïla mais derrière vous c'est plein à craquer. Me répond Kaleb.
Qui aurait cru que mon idée de venir au moment de grande affluence allait se retourner contre moi. Il y a sûrement d'autres places ailleurs, pourquoi il faut qu'il vienne juste à côté de nous. Je peste intérieurement contre ce bracelet qui m'empêche d'utiliser mon pouvoir. Un petit coup de vent et tout aurait été réglé. Malheureusement je vais devoir m'en passer et trouver une autre solution pour me sortir de ce pétrin.
_ J'ai une idée, je vais tenter quelque chose. Ellie, fais moi signe quand il sera derrière moi.
_ Ok. Pour l'instant il avance toujours vers nous… Attention il ne va pas tarder à arriver. Ajoute-t-elle tout bas avant de continuer à voix haute. Non mais avec le spectacle qui approche, un entrainement de dernière minute peut vraiment être bénéfique. Tu devrais y aller je t'assure c'est une occasion à ne pas rater. Dit Ellie en faisant un clin d'œil à Kaleb.
_ Ouais tu as raison ! Dans ce cas j'y vais tout de suite. Dit Kaleb en se levant d'un bond.
Alors que Kaleb se redresse rapidement, son épaule percute violemment le plateau du pirate qui se renverse à ses pieds tout en éclaboussant légèrement ses vêtements impeccables. En entendant ce chahut, je jette un coup d'œil discret à la scène par-dessus le journal tandis que Yuma lève les yeux vers Kaleb qui se tourne vers lui avec une mine navrée.
_ Bon sang mais quel idiot ! Je suis désolé je n'avais pas vu qu'il y avait quelqu'un derrière moi. Je suis vraiment désolé pour ton repas et ta chemise.
_ Oh ce n'est pas grave je vais en prendre un autre c'est tout. Quant à mes vêtements je n'aurais qu'à me changer tout à l'heure.
_ Waouh tu le prends mieux que je ne l'aurais pensé. Plaisante Kaleb en se grattant l'arrière de la tête.
C'est vrai que je trouve aussi que Yuma réagit particulièrement bien. Malgré ce qui vient de se passer, il reste étrangement calme et conciliant. Ça n'a rien à voir avec le souvenir que j'avais de lui. Mais dans la seconde qui suit Yuma attrape le col du gilet de Kaleb et le tire vers lui.
_ Le problème vois-tu, c'est que si je décide de te taillader juste avant votre spectacle, ce dont j'ai très envie, ça mettrait Mariko en colère. Et puis en voyant dans quelles conditions vous vivez tous les jours, vous me faites un peu pitié alors à quoi bon en rajouter ? Dit doucement Yuma avec un sourire méprisant.
Il lâche ensuite le gilet de Kaleb, le pousse sur le côté, enjambe le plateau par terre et quitte la salle calmement sans ajouter quoi que ce soit. Après son départ, Kaleb se rassoit à sa place, visiblement contrarié par les mots de Yuma.
_ Vous me faites un peu pitié… Répète Kaleb en imitant le ton hautain de Yuma. Non mais quel connard !
_ Je t'avais bien dis qu'il était peu fréquentable. Lui réponds-je en fermant le journal.
_ En tout cas maintenant tu m'en dois une, je t'ai sauvé la mise sur ce coup là.
_ Oui je dois bien le reconnaître, merci beaucoup Kaleb.
_ À ton service.
_ Bon on ne va peut être pas attendre qu'il revienne non ? Fait remarquer Ellie. En plus ça va bientôt être l'heure de notre entrainement.
_ Ouais allons-y.
Une fois sortis de la cafétéria, nous nous dirigeons vers la salle d'entraînement, laissant Kaleb qui décide de retourner dans sa cabine pour avoir la paix jusqu'à l'heure du spectacle. Après avoir tout préparé nous prenons quelques instants pour nous échauffer grâce à quelques exercices de combat au corps à corps. Une fois les étirements terminés, nous nous mettons au travail. L'objectif de cette séance est juste de refaire l'enchainement complet le plus parfaitement possible, sans toutefois nous épuiser car il ne faut pas oublier que la représentation est pour ce soir. Non pas que la réussite de ce soir m'importe plus que d'habitude mais je ne tiens pas vraiment à m'attirer davantage les foudres de Mariko. Après deux essais pas trop mauvais, le troisième est enfin à la hauteur de nos attentes et signe la fin de la séance. Lorsqu'Ellie coupe la musique, nous entendons alors quelqu'un applaudir derrière nous. Alors que je me retourne, certaine d'y trouver Mariko ou Kaleb, je reste pétrifiée à la vue de notre spectateur inattendu. La personne qui vient d'arriver n'est autre que Yuma qui arbore un grand sourire victorieux. Je vois alors l'intégralité de mes efforts de ces deux derniers jours voler en éclats. Maintenant ça ne sert plus à rien de se cacher et je ne vais pas pouvoir m'en sortir comme ce midi.
_ Je suppose que c'est ce que vous comptez présenter ce soir, Mariko va être ravie, j'en suis sûr. En tout cas je ne m'attendais pas à croiser la copine de ce médecin psychopathe ici. Ajoute-t-il devant mon silence.
_ Pff, tu es mal placé pour le traiter de psychopathe. De vous deux c'est bien toi le plus dérangé.
_ Toujours aussi mordante à ce que je vois. Tu pourrais quand même te montrer plus accueillante. Après tout on s'est croisés pas mal de fois sur les mers.
_ Oui et je crois bien qu'à chaque fois tu as essayé de nous faire la peau. Alors tu comprendras pourquoi je ne saute pas de joie en revoyant ta sale tête.
_ Crois bien que ça n'avait rien de personnel, c'était surtout après ton capitaine que j'en avais. Entre rivaux c'est normal de se chercher des noises.
_ Ahahah parce que tu crois être son rival… Désolée de te décevoir mais tu ne lui arrives même pas à la cheville.
_ Alors ça, je n'en suis pas si sûr. Je n'ai rien à craindre de lui, surtout maintenant que vous travaillez pour Mariko. D'ailleurs c'est étrange, elle ne m'a pas informé que vous étiez là.
_ C'est normal puisque l'équipage du Heart n'est pas à son service.
_ À oui ? Mais alors… Ahaha alors ils t'ont vendue à Mariko c'est ça ?! Ahaha c'est la meilleure de l'année. Mais au fond ça ne m'étonne pas vraiment d'eux.
_ La ferme ! Je t'interdis de parler d'eux comme ça ! Tu ne les connais pas.
_ J'en sais suffisamment pour me faire une opinion. Mais je sais aussi que tu es loin d'être une idiote et si tu continues à le défendre alors ça veut peut être dire que la situation est plus complexe qu'il n'y paraît. Mais dans ce cas j'ai une question pour toi, est-ce que ton cher capitaine sait où tu te trouves en ce moment ?
Face à sa question je reste sans voix. Ça me coûte de l'admettre mais il vient de taper en plein dans le mile, en à peine quelque échanges il a plutôt bien compris l'ensemble de la situation. Mais je ne veux pas lui faire le plaisir de lui confirmer qu'il a raison. Je dois absolument trouver quelque chose à lui répondre avant qu'il se rende compte qu'il a touché un point sensible, et vite.
_ Ah Yuma je t'ai enfin trouvé. Mais qu'est-ce que tu fais ici ?
_ Excuse-moi Mariko j'ai décidé d'aller voir quelques un de tes artistes en plein travail en t'attendant et j'ai discuté avec tes charmantes danseuses. Ça y est tu as fini ?
_ Oui tout est enfin bouclé pour ce soir. Viens je vais te montrer le lieu du spectacle.
_ Avec plaisir. On reprendra cette petite conversation plus tard Leïla, en tout cas, il me tarde d'être à ce soir. Ricane-t-il en me saluant.
Je le regarde s'éloigner en serrant les points, ce type me tape vraiment sur les nerfs. Lorsqu'ils sortent tous les deux de la salle, ils croisent deux filles qui viennent s'entraîner et comme un parfait gentleman Yuma leur ouvre la porte et leur offre un sourire charmeur. Après son départ, j'entends les deux filles vanter sa galanterie et son physique avantageux, visiblement sous le charme du pirate. C'est assez compréhensible, il faut bien reconnaître que c'est un assez bel homme, il pourrait être bien plus attirant s'il n'était pas un connard fini.
...
Le sous-marin jaune amorce sa remontée à l'approche de la nouvelle île. Sa couleur criarde attire le regard des passants qui comprennent rapidement qui est en train d'arriver. Tout le monde connaît cet équipage qui a eu l'audace de se frotter à l'un des quatre empereurs avec l'aide d'un autre équipage de rookie. Ils ont causé un sacré bouleversement dans le monde de la piraterie avec leurs ambitions démesurées. Qui aurait cru que ces blancs-becs parviendraient à faire tomber l'homme aux cent bêtes ? Depuis ce jour, tout le monde a commencé à les prendre au sérieux. Après tout, tous ceux qui les ont sous-estimés s'en sont mordus les doigts et les exemples sont nombreux. En voyant l'embarcation s'approcher inexorablement, les plus craintifs font demi-tour et rentrent chez eux sans se faire prier. Ils n'ont aucune envie de se retrouver face à ce chirurgien cinglé. Les rumeurs racontent qu'il est capable d'arracher le cœur de quelqu'un sans le tuer et qu'il prend ensuite un malin plaisir à s'amuser avec. On dit aussi qu'à chacune de ses escales, il utilise les autochtones pour faire diverses expériences inhumaines, juste pour passer le temps. À côté de lui, le docteur Frankenstein peut aller se rhabiller. Les plus audacieux, eux, restent là où ils sont, curieux de voir à quoi peut bien ressembler le fameux pirate. Oh ils ont déjà vu son avis de recherche, mais une simple photographie ne peut pas retranscrire toute la grandeur, ou la folie d'un tel personnage. Lorsque le sous-marin est enfin amarré aux quais, les premiers membres d'équipage posent les pieds à terre. Ils portent tous la même combinaison blanche sur laquelle est imprimé l'emblème de leur équipage. Ils sont suivis par leur capitaine marchant calmement tout en portant son arme sur l'épaule. Son attitude calme et posée contraste avec celle de ses camarades qui chahutent entre eux.
Lorsqu'il met les pieds à terre, Law observe rapidement le port. Ce dernier paraît plutôt vide, hormis les quelques personnes qui les épient plus ou moins discrètement. La vue de ces curieux semble le satisfaire, leur arrivée n'a pas l'air d'être passée inaperçue. Rien de plus normal, il faut dire que son équipage commence à avoir une sacrée réputation. Et c'est en grande partie grâce aux récents événements, leurs efforts ont fini par payer. De toute façon, la seule manière de tirer son épingle du jeu sur cette mer est de montrer ce dont on est capable. Le bouche-à-oreille fait ensuite le reste, surtout avec la propagation des rumeurs plus ou moins fondées. Après avoir distribué les consignes de dernière minute, les pirates se séparent et partent en ville pendant que le reste de l'équipage surveille le sous-marin. En fin d'après-midi, les pirates se retrouvent dans une petite taverne assez calme. Après avoir commandé, Shachi et Penguin récupèrent un escargophone et s'assoient à une table à part. Ils passent plusieurs coups de fil, surement aux autres membres de l'équipage et notent des choses sur un morceau de papier. Law les observe quelques instants puis une fois leur manège terminé, ils raccrochent et Penguin part en courant le papier dans les mains tandis que Shachi revient parmi ses camarades comme si de rien n'était.
_ On peut savoir ce que vous faisiez ? Demande Gin.
_ Ah ça, tu le sauras bien assez tôt.
_ J'espère que vous ne nous avez pas attiré d'ennuis.
_ Bien sûr que non, pour qui tu nous prends capitaine ? Est-ce qu'on vous a déjà causé du souci ?
_ Tu tiens vraiment à ce que je réponde à cette question ? Je commence par ordre chronologique ou l'inverse ?
_ Non ça va aller en fait.
_ Je me disais aussi…
_ Allez, fais pas ton cachottier Shachi, dis nous ce que vous préparez.
_ Non pas la peine d'insister je ne dirai rien.
_ C'est étonnant de ta part, toi qui d'habitude n'arrives pas à garder un secret plus de 10 minutes.
_ Je sais parfaitement garder un secret ! C'est juste que si je trouve plus d'intérêts à divulguer l'info qu'à la garder pour moi … alors le choix est vite fait.
_ Alors c'est pour cette raison stupide que tu as répété à tout le monde que…
_ Faut pas être rancunier Ayato. Vois le bon côté des choses, au moins grâce à moi ce secret ne pèse plus sur ta conscience et tu peux te détendre sereinement avec nous.
_ Serein ? C'est pas trop le mot que j'aurais utilisé. De toute façon tu ne perds rien pour attendre.
_ Ça fait déjà trois mois que tu me dis ça, tu ferais mieux de passer à autre chose, on sait tous les deux que ce sont des paroles en l'air.
_ Pense ce que tu veux mais tu risques d'avoir une sacrée surprise un de ces quatre.
Les deux garçons continuent de s'envoyer quelques piques tout en sirotant leur verre tandis que les autres tentent d'arracher les vers du nez à Shachi. Après un peu plus d'une heure, Penguin revient de sa « balade » et se rend directement auprès de ses amis.
_Tient, revoilà Penguin. Il va peut-être nous dire ce que vous mijotez tous les deux.
_ Tu les as ?
_ Ouais j'ai pu tous les avoir.
_ Génial !
_ Mais de quoi vous parlez à la fin ?
_ En se baladant en ville, on a vu des affiches pour un spectacle itinérant, alors on s'est dit que ça serait cool d'y aller tous ensembles. On a appelé les personnes encore au sous-marin pour savoir qui est partant et on est allé leur acheter des places. Et bien sûr on en a aussi pris pour vous les gars.
_ Wahou, génial c'est trop cool !
_ On a aussi pris une place pour toi capitaine. C'est un cadeau de notre part, on s'est dit que ça te permettra de te détendre un peu.
_ C'est gentil mais je n'ai pas le temps de m'amuser, j'ai encore beaucoup de boulot.
_ Oh allez capitaine, tu n'as pas arrêté de travailler depuis que… Depuis un bon moment. Se reprend Penguin. Si tu ne te détends pas tu vas tomber de fatigue. Et puis tu peux pas refuser un cadeau.
_ Ahhh si vous insistez alors c'est d'accord.
_ Super ! Tu vas voir ça va être génial !
Finalement les pirates restent dans le bar pendant toute l'après-midi et une fois le soir venu tous ceux qui vont au spectacle se rejoignent devant l'établissement tandis que les autres retournent tranquillement au sous-marin. Mais Law n'est pas totalement dupe, il sait bien que ses hommes vont sûrement faire la fête dans le sous-marin, ils ne sont pas du genre à laisser passer une belle occasion. Quand le chat n'est pas là les souris dansent comme on dit. Le petit groupe part en direction de la place du village où doit se dérouler le spectacle. Là-bas un grand chapiteau a été installé pour l'occasion, vu sa taille les organisateurs ont dû avoir bien du mal à le faire tenir debout. L'intérieur doit sûrement être truffé de structures métalliques pour aider le tout à rester bien droit et à résister aux potentielles rafales de vent. Comme on peut s'y attendre, l'intérieur offre un grand nombre de places assises, s'articulant autour d'une grande scène circulaire dont le sol est fait de sable fin. Les pirates s'installent à leurs places et en quelques minutes, les gradins sont totalement remplis. Les lumières s'éteignent peu de temps après l'arrivée des derniers spectateurs et le spectacle débute avec l'entrée en scène des premiers artistes.
...
Lorsque le soleil commence à disparaître derrière l'horizon, nous comprenons qu'il est l'heure pour nous de nous mettre au boulot. Kaleb, Ellie et moi récupérons chacun nos affaires et nous dirigeons vers le lieu de spectacle. Une fois arrivés devant le chapiteau, nous nous rendons au niveau de l'entrée des « artistes ». Là bas, des vigiles sont chargés de vérifier le contenu de nos paquets pour s'assurer que l'on n'a pas emmené d'armes autres que celles prévues pour le spectacle et qui sont bien sûr émoussées. Après ses vérifications, l'un d'eux m'examine des pieds à la tête et me jette ensuite un regard mécontent.
_Quoi ?
_ Ton masque où il est ?
_ Dans mon sac ! Tu n'as pas vu quand tu l'as fouillé ? Lui réponds-je d'un ton provocateur.
_ Et qu'est-ce qu'il fout dans ton sac alors qu'il devrait être sur ton visage ?
_ Oui ben je vais le mettre pendant le spectacle et c'est tout. Il n'a jamais été décidé que je devais le mettre pour sortir en ville.
_ Tu es recherchée je te rappelle, si tu as un masque c'est pas pour rien.
_ Bon t'as fini ? Parce que là on va être en retard et Mariko risque de ne pas aimer et elle t'en tiendra pour responsable.
_ Mouais… Bon allez-y ça ira pour cette fois.
_ Merci ! Réponds-je sèchement.
_ Et bien, ils sont sacrément à cran ces derniers temps. Fait remarquer Kaleb.
_ Ils ont peut être peur de se faire virer.
_ Ouais mais leur excès de zèle commence à devenir pénible.
Mettre un masque dans la rue pour éviter qu'on me reconnaisse… Ils peuvent toujours courir. Je ne demande que ça qu'on me reconnaisse, au moins ça fera du bruit et ça nous donnera peut être une occasion de nous échapper d'ici. Lorsque l'on passe devant la salle qui lui sert de loge, Kaleb nous salue et nous souhaite bonne chance pour notre numéro. Nous lui retournons la pareille et continuons notre chemin. Une fois prêtes nous nous rendons à proximité de la scène pour attendre notre tour. Ce soir encore, les gens sont venus en masse, les gradins sont pleins à craquer. Mariko va surement être d'excellente humeur en comptant les recettes de la soirée. Après plus d'une heure d'attente, c'est enfin le tour de Kaleb. Pendant son numéro il parvient à éblouir l'assistance avec ses tours tous plus impressionnants les uns que les autres. Il fait disparaître et réapparaitre des choses à volonté, ses tours de passe-passe sont tellement bien huilés que ça fait tout de suite illusion. Lorsqu'il arrive à la fin de son numéro, c'est enfin à notre tour d'entrer en scène. Je réajuste mon masque ainsi que le bandeau en tissu qui dissimule mon tatouage pour m'assurer qu'il ne bougera pas. Il me serait facile de le faire glisser pendant la représentation en faisant croire à un malheureux accident. Mais Mariko risque de ne pas apprécier et dans ce cas Ellie et moi passerions un très mauvais quart d'heure et je ne peux pas lui faire ça. Avant de quitter la scène, Kaleb fait éclater une de ses sphères répandant ainsi une grande quantité de fumée, la lumière s'éteint alors subitement et nous nous plaçons rapidement au milieu de la scène. Lorsque l'éclairage revient, il reste encore un peu de fumée qui se dissipe progressivement. Nous commençons alors notre représentation en duo.
...
Les représentations s'enchainent plutôt harmonieusement grâce à des transitions bien travaillées. Comme l'a annoncé l'affiche, ce sont majoritairement des numéros de cirque : acrobatie, jonglage, funambulisme sans oublier les tours avec les animaux. Cependant ils ont été adaptés pour convenir à un public de tout âge, enfants comme adultes. En voyant le spectacle, n'importe qui s'apercevrait que ce dernier a été durement travaillé et préparé et la qualité de la représentation s'en fait ressentir. La lumière et les effets sonores sont bien choisis, et le tout rend la représentation agréable à regarder et reposante. Law comprend maintenant pourquoi Shachi et Penguin ont insisté pour venir ici. Après le stress accumulé ces derniers temps, c'est parfait pour se détendre et décompresser un bon coup. Ils ont aussi voulu lui changer les idées, le forcer à s'amuser un peu et il leur est reconnaissant de cette attention. Ils ont beau être de sacrés fanfarons, ils voient toujours quand quelque chose le travaille et savent comment lui faire oublier ses problèmes. À force de voyager avec eux, ils ont fini par le connaître par cœur et parviennent souvent à anticiper ses demandes et ses besoins. Après trois heures de divertissement, le spectacle touche finalement à sa fin et tous les artistes entrent sur scène pour saluer le public. Ils se tournent ensuite vers les rideaux et font signe à quelqu'un de venir. Une femme d'un certain âge, le dos légèrement cambré sort alors de derrière les rideaux et rejoint les artistes. Il s'avère que cette vieille dame est l'actuelle propriétaire de ce cirque itinérant. Son visage marqué par le temps s'illumine d'un sourire radieux alors qu'elle salue la foule en compagnie de ses protégés. L'équipage attend que la foule de spectateur soit partie puis chacun rassemble ses affaires et prend la route du sous-marin. Sur le chemin ils font part de leurs impressions respectives à propos de cette soirée. Les avis sont tous différents mais tous s'accordent à dire que le spectacle valait le coup d'œil et qu'ils s'étaient bien amusés.
_ Alors capitaine, comment tu as trouvé le spectacle ? Lui demande Shachi.
_ Très divertissant, vous avez bien choisi.
_ On savait que ça te plairait ! On devrait faire ça plus souvent tu ne penses pas ?
_ Avec vous deux c'est comme si on avait en permanence un duo de clown. Même si les numéros étaient de meilleure qualité ce soir.
_ Alors ça c'est vache capitaine.
_ Laisse tomber Shachi, notre talent n'est pas encore reconnu à sa juste valeur, c'est tout. Fait remarquer Penguin.
_ Vous pouvez toujours les rejoindre si c'est ce que vous voulez.
_ Et quitter l'équipage du Heart ?! Alors ça pas question.
_ Et puis que deviendrait l'équipage du Heart sans nous ?
_ Il deviendrait surement plus calme.
_ Je crois plutôt que le mot que tu cherches capitaine est ennuyeux.
_ Tu m'en diras tant Penguin…
Une fois arrivés au sous-marin, ils retrouvent le reste de l'équipage qui a décidé de faire la fête dans la cafétéria qui est maintenant sans dessus dessous. Lorsqu'il voit dans quel état ses compagnons ont mis le sol de la cafétéria, Gin manque de tourner de l'œil. Il se rue jusqu'à la cuisine qui ressemble désormais à un véritable champ de guerre. Il pousse un juron et se rend auprès des quelques personnes encore là. Il leur passe un savon pendant cinq bonnes minutes puis semble finalement se calmer en entendant les autres lui promettre de tout remettre en ordre dès le lendemain matin.
_ Et après tu dis que sans vous l'équipage ne peut pas s'amuser ? Fait remarquer Karma à Shachi. Regarde moi l'état de la pièce et ose dire qu'ils ne se sont pas amusés ce soir.
_ Bon ok je le reconnais. Mais ce soir on a probablement été leur source d'inspiration.
_ Alors ça veut dire que tu prends la responsabilité de ce carnage à leur place ? C'est très mature de ta part. Intervient Law.
_ Quoi ? Alors là pas question, c'est pas de notre faute s'ils ne sont pas capables de se gérer.
_ Tu verras ça avec Gin demain matin. Il est tard, je vais me coucher. S'esquive Law, le sourire aux lèvres.
_ Capitaine tu peux pas me faire ça, tu sais bien que je suis innocent sur ce coup là.
Pour seule réponse, Law lui fait un signe de la main avant de disparaître dans le couloir. Mort de peur à l'idée de recevoir les foudres de leur cuistot de bord, Shachi secoue les fêtards pour qu'ils mettent un minimum d'ordre dans la pièce avant d'aller se coucher. S'il peut rendre Gin de moins mauvaise humeur au réveil, il a peut être une chance de s'en sortir sans trop de casse.
...
Notre numéro se passe sans accroc et notre duo reçoit pas mal d'applaudissement à la fin de notre représentation. Visiblement, notre numéro a reçu un grand succès, avec ça, Mariko va surement nous laisser tranquille pendant un petit moment. Après avoir quitté la scène, d'autres artistes prennent notre place et exécutent leurs tours. À la fin du spectacle, le frère du Mariko se rend sur la scène et salue les spectateurs. Il les remercie pour leur fidélité et leur annonce l'emplacement de la prochaine représentation. Lorsque la totalité du public a enfin quitté les lieux, les employés du cirque s'attèlent à la désinstallation du chapiteau. Mariko a annoncé le départ du navire dans 40 minutes et elle n'acceptera aucun retard. Elle ne renverra pas les retardataires, sinon ça ferait bien longtemps que j'aurais récupéré ma liberté, mais elle leur promet une punition dont la sévérité dépendrait de son humeur. Nous rejoignons Kaleb à la sortie du chapiteau puis nous dirigeons tranquillement vers le bateau. Ces derniers jours m'ont lessivée et je n'ai qu'une hâte, rejoindre mon lit et dormir pendant des heures voire des jours. Je passe la main dans mes cheveux pour m'assurer que ma broche tient bien mais constate avec horreur qu'elle n'est pas à sa place. Je fouille alors mon sac à sa recherche mais ne parviens pas à mettre la main dessus.
_ Qu'est-ce que tu cherches Leïla ?
_ Ma broche, je ne la trouve plus.
_ Elle n'est pas dans ton sac ?
_ Non. J'ai du l'oublier dans la loge. J'y retourne, ne m'attendez pas je vous rejoindrais dans notre cabine. Dis-je en tendant mon sac à Ellie.
_ Ok mais dépêche toi, si tu traînes trop tu risques d'être en retard.
_ T'inquiète j'ai largement le temps. Crié-je en courant vers le chapiteau.
Je refais rapidement le chemin en sens inverse, évitant au maximum les employés du cirque qui risqueraient de me passer un savon en me voyant traîner dans les parages. Je me faufile jusqu'à la loge où je cherche ma broche. Heureusement, je la retrouve posée en évidence sur le plan de travail. En la voyant je ressens un profond soulagement, la perde m'aurait rendue malade, je m'en serais énormément voulue. C'est un souvenir de ma vie d'avant et j'y tiens autant qu'à la prunelle de mes yeux. Je sors soulagée de la salle, maintenant il ne me reste plus qu'à rentrer avant la fin du couvre feu et tout sera réglé. Je quitte rapidement le chapiteau et m'engouffre dans les ruelles qui mènent au port. Ces dernières ne sont pas très bien éclairées mais juste assez pour que je puisse courir sans manquer de me casser la figure. J'arrive finalement à proximité du port plus rapidement que je ne l'ai imagine, je suis encore largement dans les délais. Ayant encore du temps, je ralentis le pas. Après tout, le bateau est à portée alors je n'ai plus besoin de courir. Et puis ce n'est pas comme si j'étais pressée de retourner à bord. Alors que je sors des ruelles, je sens quelqu'un m'attraper le bras et me tirer en arrière. Je suis alors poussée contre un mur tandis qu'une personne se poste face à moi. Je ne tarde pas à reconnaître Yuma qui me fixe avec un petit sourire sur les lèvres.
_ Enfin on se retrouve à nouveau face à face. Tu sais que j'ai eu un mal fou à te mettre la main dessus.
_ Qu'est-ce que tu me veux Yuma ?
_ Je voulais qu'on termine notre petite conversation de tout à l'heure. Mais à chaque fois que je voulais te parler, tu me glissais entre les doigts, une vraie petite anguille.
_ Et tu n'as jamais pensé qu'il y avait une bonne raison à ça ? Tu ne t'es jamais dit que c'était parce que je ne voulais pas te voir ? Maintenant Lâche moi Yuma, je n'ai rien à te dire, ou alors juste une chose, tu empestes l'alcool.
_ Ce n'est pas très gentil de réagir comme ça, moi qui voulais te féliciter pour ton numéro de ce soir. Je t'ai trouvée géniale, tu étais magnifique dans ce costume.
_ Ok merci, ça me touche. Maintenant laisse moi partir s'il te plait. Réponds-je poliment en tentant de me dégager.
Malheureusement, Yuma ne se montre absolument pas coopératif et me coupe toute tentative de fuite. Il me repousse alors contre le mur tout en raffermissant sa prise.
_ Je n'ai pas fini ! Lorsque je t'ai vue ce soir j'ai compris pourquoi ce psychopathe s'est entiché d'une fille comme toi. Tu es une femme avec du charme j'en suis maintenant sûr et certain. Peut être pas aussi bien foutue que ta copine mais attirante quand même. Tout en prononçant sa phrase, il réduit davantage la distance entre nous et rapproche son visage du mien. Alors je me suis dis, que tu pourrais partir avec moi.
_ Pas question ! Et puis je ne suis pas sûre que Mariko soit d'accord avec ça.
_ Mariko on s'en fiche ! Allez réfléchi un peu. Maintenant que ce médecin psychopathe t'a laissée tomber comme une vieille chaussette, il serait peut être temps de le remplacer.
_ Law ne m'a pas vendue si c'est que tu sous-entends ! Et si tu crois pouvoir le remplacer …
_ Ok admettons. Mais dans ce cas, je pourrai t'aider à l'informer que tu es toujours en vie.
Lorsqu'il voit mon visage surpris face à sa proposition, Yuma arbore un large sourire. Visiblement il est ravi de voir qu'il a réussi à capter mon attention.
_ Ah on dirait que j'ai vu juste. Si tu décides de m'accompagner, et que tu te montres docile, je pourrais me montrer généreux et lui envoyer une preuve que tu es toujours en vie, une photo par exemple.
_ Et j'imagine que ce ne sera pas gratuit…
_ Non en effet, je te l'ai dit, il faudra que tu te montres docile et gentille avec moi. Et par là je veux dire la journée, mais aussi le soir, en privée si tu vois ce que je veux dire.
_ Dans ce cas, c'est non je refuse ! Je préfère encore trimer comme une esclave que de passer un marché avec toi ! Réponds-je en essayant de me sortir de ce guêpier.
Il s'appuie alors davantage sur moi, me bloquant avec le poids de son propre corps et commence à passer une main sur mes hanches.
_ Si c'est ce que tu veux, ça peut toujours s'arranger. Parce que tu finiras sur mon bateau, que ça te plaise ou non. La seule chose qui peut changer c'est tes conditions de voyage, et ça dépendra uniquement de ton comportement. Je te ferais découvrir des choses que même ton médecin adoré ne t'a jamais faites découvrir. Et crois moi tu y prendras goût petit à petit. Et après on enverra une jolie photo à ce tordu de médecin sur laquelle on lui montrera à quel point on s'amuse tous les deux.
Il rapproche alors son visage du mien au fur et à mesure qu'il débite ses idioties. Je peux parfaitement sentir son haleine qui empeste l'alcool à plein nez. Combien de verres est-ce qu'il a bien pu s'enfiler ? Je tourne la tête sur le côté pour l'empêcher de m'embrasser et porte ma main droite à ma ceinture. Avec sa main encore libre, il m'oblige à le regarder dans les yeux tandis que l'autre me tient fermement le bras gauche. Je cherche la seringue à ma ceinture à tâtons et lorsque mes doigts l'effleurent, je l'agrippe à pleine main et l'enfonce dans la cuisse gauche de Yuma. Il est tellement inhibé par l'alcool qu'il ne sent même pas l'aiguille s'enfoncer dans sa chaire ni le liquide qui s'introduit doucement dans son organisme. Et ce n'est pas plus mal pour moi, car dans le cas contraire, qui sait comment il aurait réagi. Trente secondes plus tard, ses mouvements commencent à être moins fluides puis il relâche la pression sur mon bras sans s'en rendre compte. Ses jambes commencent alors à tituber et il doit s'asseoir par terre pour ne pas faire une mauvaise chute. Enfin libre de mes mouvements, je m'accroupis devant lui et admire mon œuvre. Les effets de ma mixture sont à la hauteur de mes attentes mais j'ai eu de la chance qu'elle ne mette pas plus longtemps à faire effet.
_ Ben alors, ça ne va pas ? Tu as un petit coup de mou Yuma ?
_ Qu'est-ce que tu m'as fais ? Je suis sûr que c'est toi !
_ Vois-tu, l'avantage quand on vit avec un « médecin psychopathe » comme tu dis, c'est qu'on apprend pas mal de choses utiles. Réponds-je avec un sourire sadique. Oh et ne t'inquiète pas, ça ne va pas te tuer, tu vas juste être dans l'incapacité de bouger pour humm, disons les trois prochaines heures. À quelque chose près.
_ Espèce de garce !
_ Ohhh faut pas le prendre comme ça. Tu sais ça n'a rien de personnel… oh mais attend une seconde, mais si en fait !
Je le laisse alors seul et me précipite vers le bateau. Cette fois-ci, il est hors de question que je traine une seconde de plus ici, en plus de ça, à cause de cet idiot j'ai perdu pas mal de temps et je risque d'être en retard. Je grimpe à bord du navire où des gardes notent les noms des personnes qui sont rentrées. L'un d'eux me regarde de travers lorsque je m'arrête devant lui. Son regard à lui seul me crie « qu'est-ce que tu foutais encore dehors toi ?! ». Mais comme je suis encore dans les temps, il laisse couler et se contente de me laisser passer sans me faire de reproche ou provoquer un esclandre. Une fois dans le couloir menant aux cabines, je m'appuie contre un mur dans un coin pour soulager mes jambes tremblotantes. Je ressens le contre coup de la monté d'adrénaline du moment où je me suis retrouvée face à Yuma. Si je n'avais pas eu mon produit spécial gardes zélés avec moi qui sait ce qui se serait passé. Je n'aurais eu aucune chance de me défendre face à lui et de m'en débarrasser et j'y serais probablement encore à l'heure qu'il est. À cette idée, mon corps recommence à trembler et il me faut quelques minutes pour parvenir à me calmer. Après un bref instant, je fini par me relever et me dirige vers la cabine que je partage avec Ellie. J'ai à peine passé la porte d'entrée que mon amie se précipite vers moi.
_ T'en as mis du temps, je commençais à m'inquiéter.
_ Tu as réussi à retrouver ta broche ? Me demande Kaleb.
_ Oui je l'ai, désolée de vous avoir inquiétés.
_ Qu'est-ce qui a bien pu te prendre autant de temps ?
_ Eh bien, pour tout vous dire j'ai fait une mauvaise rencontre un peu avant d'arriver sur le bateau. À ce propos, je te remercie encore pour les plantes que tu m'as données Kaleb, elles m'ont été d'un grand secours.
_ Alors ta recette a eu l'effet que tu souhaitais ?
_ Ouais ! C'était même plus efficace que prévu et ça doit être grâce à la bonne qualité de tes plantes.
_ Merci, c'est gentil. Il faut dire que je passe pas mal de temps à les entretenir.
_ Je confirme ! Même quand on voyageait ensembles il passait plus de temps avec ses plantes qu'avec moi. Fait remarquer Ellie avec un sourire moqueur.
_ Serais-tu jalouse Ellie ? Lui demande Kaleb.
_ Pas du tout, c'était juste une constatation.
Tandis que nous discutons, un des surveillants entre dans la cabine et demande à Ellie et moi-même de le suivre jusqu'à la cabine de Mariko. Nous nous exécutons tranquillement et laissons Kaleb retourner dans sa propre cabine. Après avoir frappé à la porte nous entrons dans la salle où Mariko nous attend avec le sourire.
_ Ah, vous voilà. Je tenais à vous féliciter personnellement pour votre représentation de ce soir. Votre travail a porté ses fruits, le public était littéralement enchanté. Vous pouvez donc garder ce numéro pour les prochaines fois, vous n'aurez qu'à changer 2-3 trucs pour continuer de surprendre le public et ça devrait suffire. Mais continuez quand même de vous entrainer régulièrement.
_ Entendu, vous pouvez nous faire confiance. Répond Ellie.
_ Tout est bon Mariko, tout le monde est là et le départ s'est fait sans problème. L'avertit un de ses hommes qui vient d'entrer dans la pièce.
_ Parfait, bon boulot. Oh, vous n'avez pas vu Yuma avant de lever l'ancre ? Il ne vous a pas laissé de mot pour moi ?
_ Non madame, je suis désolé mais nous ne l'avons pas vu.
_ C'est bizarre, ce n'est pas son genre.
Je vois alors Ellie se tourner vers moi discrètement en affichant un air amusé que je lui rends juste avant que Mariko se retourne vers moi.
_ Tu ne l'aurais pas vu Leïla ? Il m'a dit qu'il voulait te parler avant que l'on parte.
_ Non je ne l'ai pas vu sur le chemin du retour, je suis désolée. Réponds-je aussi calmement que possible.
_ Pfff il aurait quand même pu venir me dire au revoir celui là. Bon je ne vais pas vous retenir plus longtemps les filles, vous pouvez y aller.
Laissant Mariko à ses affaires, nous sortons rapidement de la salle pour prendre la direction de notre cabine. À peine avons nous passé le seuil du bureau de Mariko, et après s'être assuré qu'il n'y a personne dans les parages, qu'Ellie se retourne vers moi.
_ C'est vrai ça Leïla, il est passé où Yuma ? Me demande-t-elle avec un ton ironique.
_ Il est surement en train de se remettre de ses émotions dans un coin du port.
Ma réponse la fait ricaner et elle se contente d'ajouter que ce type n'a eu que ce qu'il méritait. Et ce n'est certainement pas moi qui vais la contredire sur ce point, oh non.
