Chapitre 4 : Quand la roue tourne
Mes yeux commencent à se fermer tandis que je travaille sur mes cartes. Ça fait maintenant plusieurs jours que je suis plongée dessus et je n'ai pas avancé d'un iota. Pourtant je sens que je vais toucher au but, j'en suis persuadée. Je vais peut être bientôt voir le fameux trésor de Shar de mes propres yeux. Je demande bien de quoi il peut s'agir. C'est peut être une citée antique remplie de cristaux ou alors une pierre précieuse d'une grande beauté. Peut importe ce que c'est, je suis certaine que ce trésor en vaut le coup d'œil. Je laisse libre court à mon imagination lorsqu'une voix me sort de ma rêverie.
_ Tu es penchée sur tes cartes depuis quatre jours, il serait peut être temps de faire une pause.
Je reconnais immédiatement la voix de Law et tourne la tête vers lui afin le regarder. Il se tient juste derrière moi, une main sur le dossier de ma chaise et me fixe de ses beaux yeux gris.
_ Tu es là depuis longtemps ? Je ne t'ai pas entendu arriver.
_ Non je viens d'arriver et je t'ai vue en train de rêvasser. Tu devrais arrêter pour aujourd'hui. Corrige moi si je me trompe mais tu n'as pas avancé d'un pouce durant cette semaine, alors autant prendre un peu de repos.
_ Tu as raison, je n'arrive plus à me concentrer de toute façon. Réponds-je en m'étirant.
_ Évidemment que j'ai raison. Me répond Law avant de m'embrasser tendrement. À force de travailler on finit par saturer et à ce moment là il faut savoir s'arrêter.
_ Tu es bien placé pour dire ça monsieur le bourreau de travail.
_ Possible, mais depuis quelques temps j'ai une certaine membre d'équipage indisciplinée qui vient me tirer du boulot lorsque je commence à saturer.
_ Ah oui c'est vrai, je plaide coupable. Réponds-je avec un grand sourire. Dis, et si on allait se changer les idées dans la cabine un petit moment ?
_ On pourrait très bien faire ça ici, pas la peine d'attendre.
Law se place devant moi, tire doucement sur mes bras pour que je mette debout puis me soulève avant de m'asseoir sur le bureau.
_ Quoi ici ? Avec tous les autres qui pourraient arriver d'un moment à l'autre ?
_ Il n'y aura qu'à être discret. Se contente de répondre Law en m'embrassant dans le cou tout en déboutonnant légèrement mon chemisier.
En sentant sa respiration sur mon cou, je sens mon rythme cardiaque s'accélérer. À chaque fois qu'il s'attaque à mon cou ou à mes oreilles, je dois me retenir pour ne pas faire trop de bruit. Il sait pertinemment que ce sont des parties sensibles mais ça l'amuse de me mettre dans une telle situation. Il place alors ses mains sur les miennes, encore appuyées sur le bureau de part et d'autre de mes jambes et que je n'ai pas encore eu le temps de bouger. J'entremêle mes doigts dans les siens, les serrant de plus en plus fort.
_ Tu semblais sceptique mais tu as tout de même l'air d'apprécier finalement.
_ Ce que tu fais est juste déloyal Law.
_ Comme si tu n'avais pas envie d'aller plus loin. Me répond-il avec un sourire en coin.
_ Là n'est pas la question, je …
_ Leïla ! Où tu es ?
En entendant la voix de Shachi qui se rapproche, je sens mes joues s'empourprer. Law quant à lui ne bouge pas d'un pouce bien qu'il entende lui aussi Shachi se diriger par ici. Il ne me lâche qu'à la dernière minute et j'ai tout juste le temps de me redresser et d'arranger mon chemisier avant que Shachi n'entre dans la pièce.
_ Ah ça y est, je te trouve enfin ! Oh tu es là aussi capitaine, pardon si je vous ai dérangés. S'excuse Shachi.
_ Ce n'est rien, j'aidais juste Leïla à sortir la tête de ses cartes.
_ Qu'est-ce que tu veux Shachi ? Lui demandé-je pour éviter que Law ne s'étende sur le sujet.
_ Gin veut faire du nettoyage dans la réserve du coup on va sortir les caisses de vivre sur le pont pendant qu'il fait encore beau. On aurait besoin de l'aide de tous ceux disponibles.
_ Pas de problème j'arrive tout de suite.
Je me détache du bureau et suis Shachi dans le couloir en jetant un œil accusateur à Law lorsque je passe devant lui, ce qui a juste le don de l'amuser. Lorsque je le rejoins, Shachi me demande, avec la discrétion qui lui est propre, ce que Law et moi faisions dans la bibliothèque et je me contente de lui répondre que nous ne faisions que discuter. Je n'ai même pas besoin de me retourner pour savoir que Law est en train de ricaner dans son coin et se moque de ma réaction. Je le laisse alors à sa moquerie et rejoins la réserve avec Shachi. Il nous faut près de deux heures pour vider complètement la réserve. Gin s'attèle alors au nettoyage de la pièce à l'aide de deux autres personnes. Comme la salle n'est pas très grande et qu'ils n'ont pas besoin de nous, nous décidons de profiter du beau temps et d'aller sur le pont pour ne pas trainer dans leurs pattes. Je m'assois sur une caisse et contemple la mer calme tout en écoutant la discussion de mes camarades juste à côté de moi. Depuis qu'on est parti de la dernière île, on a eu un temps superbe et la mer n'a pas du tout été capricieuse. En fait, depuis qu'on a affronté Kaido, il y a plusieurs mois de cela, tout est plutôt calme. Hormis quelques navires de la marine qui ont tenté de nous arrêter, personne n'a essayé de nous chercher des noises. La seule évocation du nom des Heart suffit maintenant à dissuader les moins audacieux et les plus craintifs.
_ Et sinon Leïla, comme ça avance dans l'étude de tes cartes ? Me demande Neil.
_ Pas très bien. Pour être honnête, je n'avance pas du tout ces derniers temps. Alors maintenant je fais une pause.
_ Après toutes les heures que tu as passé dessus ces derniers jours, il était temps que tu te détendes.
_ D'ailleurs en parlant de ça, je vous conseille de frapper avant d'entrer dans la bibliothèque parce que je ne sais pas exactement ce qu'ils y fabriquent mais…
Shachi n'a pas le temps de terminer sa phrase qu'une rafale de vent horizontale lui cloue le bec et le fait tomber à la renverse de son perchoir. Une fois la surprise passée, il se redresse et me jette un regard accusateur sous les rires amusés des personnes présentes.
_ Alors ça c'est vache Leïla ! J'aurais pu me faire mal.
_ Je ne vois pas du tout de quoi tu veux parler. Je n'y suis pour rien moi si le vent s'est levé tout d'un coup sans prévenir. Réponds-je d'un air faussement innocent.
Soudain, Neil se lève et regarde le ciel en fronçant les yeux il jette ensuite un coup d'œil aux deux instruments de mesure qu'il a installé sur le pont, visiblement préoccupé par quelque chose. Je me demande ce qui peut le tourmenter, le ciel est bleu et il n'y a pas un courant d'air.
_ Qu'est-ce qu'il y a Neil ?
_ On dirait qu'une tempête se prépare.
_ Quoi ? Mais il fait hyper beau y'a pas un nuage.
_ Je sais mais tous les capteurs indiquent l'arrivée d'une tempête et ça n'a pas l'air d'être un petit orage.
_ Bon ce n'est pas le moment de discuter, on commence à rentrer les caisses au cas où. Depuis qu'il est dans l'équipage, Neil ne s'est jamais trompé une seule fois dans ses prévisions. Shachi, va voir si Gin a bientôt fini s'il te plaît. Lui demande Penguin.
_ Ok chef ! Répond Shachi en se mettant au garde à vous.
Dans les minutes qui suivent, le beau temps laisse place à une violente tempête. Le soleil a été englouti par les nuages et la mer forme maintenant des tonneaux qui menacent de faire chavirer le sous-marin. Sur le pont, chacun s'active pour rentrer l'ensemble des caisses que nous avons sorties un peu plus tôt. La prévoyance de Neil nous a permis de prendre un peu d'avance avant que la tempête n'arrive. Le reste de l'équipage vient rapidement nous donner un coup de main pour que l'on puisse tout rentrer vite et passer rapidement en submersion. Le transport des caisses est beaucoup plus délicat que tout à l'heure à cause des secousses provoquée par les vagues déferlantes et il devient difficile de circuler sur le pont son perdre son équilibre. Pour ne pas risquer d'accident, il a été décidé de porter les caisses à deux. Shachi et moi faisons passer une des caisses du pont supérieur à deux autres membres de équipage situés eux au pont inférieur.
_ Il reste encore des caisses en haut ? Demande Law.
_ Il n'y en a plus que trois ! Crié-je pour qu'il puisse m'entendre malgré les rafales de vent.
_ Leïla attention ! Crie Shachi.
Soudain, une grande vague heurte le côté du sous-marin où l'on se trouve. Grâce à l'avertissement de Shachi je parviens à réagir à temps et m'agrippe rapidement à la rambarde pour ne pas être emportée. Après quelques minutes durant lesquelles je suis fermement accrochée à la barrière, les secousses cessent finalement. Je cherche alors Shachi du regard et le vois agrippé lui aussi à une rambarde quelques mètres plus loin. À chaque minute qui passe, la tempête redouble de violence, il vaudrait mieux en finir rapidement pour pouvoir aller se mettre à l'abri. Je tente de le rejoindre tant bien que mal en essayant de garder mon équilibre un maximum. Mais le sous-marin arrive finalement dans une zone où les rouleaux sont bien plus importants ce qui complique la tâche. Les secousses déstabilisent alors un tonneau qui tombe au sol et se met à rouler librement sur le pont. Ce dernier se dirige alors vers moi mais je parviens à l'éviter grâce a un pas sur le côté mal assuré qui me rapproche de la rambarde. C'est alors qu'une deuxième vague heurte à nouveau le sous-marin mais cette fois du côté opposé à celui où je me trouve. L'impact me déstabilise et me fait alors passer par dessus bord. Au moment où mon corps entre en contact avec l'eau, je me réveille en sursaut. Tentant de retrouver une respiration normale, je m'assois sur mon lit et regarde tout autour de moi. La pièce dans laquelle je suis est plongée dans le noir, le soleil ne s'est probablement pas encore levé. À ma droite, Ellie dort paisiblement comme si de rien n'était. La pièce est d'un calme olympien, presque inquiétant. Le bruit assourdissant de la tempête est déjà bien loin, il n'est plus qu'un mauvais souvenir. J'ai encore rêvé de ce jour où ai été séparée de l'équipage. Je me souviens encore parfaitement de cet événement, même après deux ans. Ce jour là fut le dernier où je vis Law et le reste de l'équipage du Heart. J'ai bien failli y laisser ma peau mais par chance, j'ai été repêchée par un homme poisson qui passait dans les parages par hasard. Il m'a alors ramenée sur son bateau pour que je puisse me rétablir. À mon réveil, j'ai été surprise de me retrouver dans un équipage constitué uniquement d'Hommes Poisson mais ils ont rapidement su me mettre à l'aise. Ces derniers comptaient faire escale sur une petite île proche de l'endroit où nous nous trouvions d'ici le milieu d'après-midi avant de revenir sur leurs pas pour retourner sur leur île natale où ils ont été appelés. Une fois sur l'île, l'Homme poisson qui m'a secourue m'a guidée jusqu'au port marchand où j'aurais eu la possibilité de trouver un bateau ou un équipage acceptant de me prendre à bord. À ce moment-là j'avais encore en mémoire la direction que prenait le sous-marin ainsi que l'île sur laquelle il devait s'arrêter. Je devais donc lever l'ancre pour espérer les rattraper avant qu'ils ne quittent la fameuse île et que je perde toute trace d'eux. Nous étions presque arrivés au port lorsque des hommes, que j'ai d'abord pris pour de vulgaires chasseurs de primes, nous ont attaqués. Étant plus nombreux que nous, ils nous ont rapidement surpassés et ont réussi à attraper l'Homme poisson. Contre toute attente, ils m'ont alors proposé de relâcher leur prisonnier à condition que je me rende sans faire d'histoire. Menaçant de le tuer si je n'acceptais pas leur offre, j'ai finalement décidé de me rendre pour qu'ils épargnent la vie de celui qui m'avait sauvée quelques heures plus tôt. Il m'ont alors passé des menottes en granite marin après avoir pris soin d'assommer l'Homme poisson. Ils m'ont ensuite conduite jusqu'à un grand bateau, où je me trouve encore, puis ils m'ont emmenée jusqu'aux appartements du capitaine où je fis la connaissance de cette chère Mariko. Je ne compte plus les fois où je me suis retrouvée dans ce bureau après des tentatives de fuite ratées. J'ai reçu un paquet de coups durant mes premières semaines sur ce navire. Je regarde alors le bracelet à mon poignet, bracelet dans lequel est insérée un mini seringue injectant un produit paralysant, à la demande de celui qui en détient la télécommande. Il s'agit à chaque fois d'une micro dose afin que la quantité présente dans le bracelet tienne pendant une certaine période. Mais c'est suffisant pour nous stopper pendant plusieurs minutes, assez pour qu'on vienne nous chercher grâce à l'émetteur situé dans le bracelet et qui indique notre position. L'injection est provoquée selon les humeurs de Mariko, grâce à une télécommande, ou bien de façon automatique, dans le cas où on s'éloignerait trop du navire. Tout est parfaitement calculé, ils n'ont rien laissé au hasard. Deux mois après mon arrivée, j'ai fais la rencontre d'Ellie qui se trouvait là depuis déjà un an. Elle m'a alors expliqué tout ce qu'il y avait à savoir et particulièrement ce qui concernait les spectacles et les conditions à respecter pour rester sur le bateau et ne pas être vendu comme esclave. Se retrouver dans la même galère nous a aidé à sympathiser et nous nous sommes toujours aidées mutuellement depuis ce jour. J'ai alors arrêté d'essayer de m'enfuir à la moindre occasion afin de pas créer d'ennui à Ellie. Mais pour autant, nous n'avons pas abandonné l'idée de partir de cette prison. Depuis deux ans, nous observons les allées et venues des gardes, notons tout ce qui a de l'importance et qui pourrait nous aider dans notre entreprise et nous nous entrainons au combat régulièrement. Tout ce qui nous manque est une bonne occasion, un moment où la vigilance des gardes serait réduite ce qui nous permettrait de nous faire la malle. Enfin, il nous faut aussi trouver une astuce pour nous débarrasser de ces fichus bracelets mais nous avons peut être trouvé la solution à notre problème. Kaleb pense avoir découvert où Mariko cache les clés pour les bracelets mais ça reste encore à vérifier. Je ne sais pas comment il a obtenu ce renseignement mais ce gars est plein de ressources il nous l'a prouvé à de nombreuses reprises. Ellie me l'a présenté peu de temps après notre rencontre. Son côté enjoué et altruiste contraste avec la mentalité des autres habitants du bateau et je me suis rapidement sentie à l'aise en leur compagnie. À défaut de pouvoir nous échapper, nous avons fait tout notre possible pour mener la vie dure à Mariko et à ses gorilles et jusqu'à présent nous ne nous sommes pas encore fait attraper. Seul le frère de Mariko n'a pas encore été pris pour cible par notre petit groupe. C'est bien le seul à nous considérer encore comme des êtres humains et non des objets de divertissement. Alors parfois, il utilise son autorité pour nous éviter de gros problèmes avec les gardes. La plupart des artistes de la troupe ont probablement dû échapper au moins une fois à une punition sévère grâce à lui. Certains plus que d'autres même. Il est vraiment très différent de sa sœur. Alors que je repense à mon parcours de ces deux dernières années, je m'endors finalement sans m'en rendre compte, gagnée par la fatigue.
Assise sur le rebord de la fenêtre de notre cabine je regarde l'océan qui s'étend à perte de vue. Aujourd'hui la mer est calme il fait vraiment très beau, c'est le temps idéal pour sortir un peu. Mais je n'ai pas envie d'être emmerdée par un des membres du personnel, je ne suis pas d'humeur à ça. Et puis ce n'est pas non plus le moment de me faire remarquer à me tourner les pouces, pas avec la situation actuelle. Les dernières représentations se sont passées sans aucun incident mais n'ont pas eu le succès escompté. Au contraire, à chaque spectacle il y a de moins en moins de personnes qui y assistent. À force de toujours voir les mêmes artistes, les gens finissent par se lasser et il faut avouer qu'entre deux représentations, les numéros restent sensiblement les mêmes. Mais en même temps, on ne peut pas toujours arriver avec quelque chose de complètement nouveau chaque semaine il faut savoir rester lucide et pragmatique. En tout cas Mariko, elle, se retrouve dans une situation délicate et elle a horreur de ça. Qui sait comment elle va gérer cette nouvelle crise. Une chose est sûre, c'est qu'il va forcément y avoir des conséquences sur nos conditions de vie. À côté de moi, Ellie profite aussi de ce moment de répit pour se détendre et lire le journal. Elle aussi essaye de ne pas se faire remarquer inutilement. Soudain quelqu'un frappe à la porte et à sa manière de frapper nous comprenons aussitôt qu'il s'agit de Kaleb. Ellie lui ouvre alors la porte et la referme juste derrière lui. À peine entré dans la cabine, Kaleb vient s'assoir presque immédiatement sur un des lits et tente de reprendre son souffle. Je ne pense pas l'avoir déjà vu aussi affolé, je me demande ce qui le tracasse.
_ Qu'est-ce qui t'arrive ? Quelque chose ne va pas ?
_ Je sors du bureau de Mariko j'étais allé y faire un tour pour essayer de trouver les fameuses clés dont je vous ai parlées la dernière fois. Mais elle est revenue plus tôt que prévu avec le chef de la sécurité et son frère, j'ai bien failli me faire choper. Mais du coup, j'ai pu entendre toute leur conversation. Ils parlaient de la situation économique de la troupe, Mariko est en train de se ruiner.
_ Ça on s'en doutait vu le faible nombre de spectateurs lors des dernières représentations.
_ Oui sauf que ce qu'on ne savait pas c'est qu'elle a déjà pris une décision pour y remédier. Comme le public se lasse de toujours voir les mêmes personnes, Mariko a décidé de remplacer plusieurs artistes.
_ Et que vont devenir les anciens ?
_ Tu connais Mariko, elle fera tout pour tirer avantage de ce renouveau de son équipe. Les personnes dont elle voudra se débarrasser seront vendues quelques jours après le prochain spectacle.
_ Après le prochain ? Mais c'est dans moins de cinq jours !
_ Tu as pu entendre combien de personnes seront concernées par ce remaniement ?
_ Environ 80%. Elle a déjà fait la liste des personnes à dégager.
_ C'est un cauchemar. Dit Ellie en se laissant tomber sur le lit. On se doutait qu'il y allait y avoir des conséquences suite à ce problème d'argent mais là c'est bien plus grave que ce qu'on pensait.
_ Il faut que je vois cette liste. Je n'ai aucune envie d'attendre tranquillement cinq jours avant de savoir s'ils comptent vendre l'un de nous trois ou non.
_ Et après qu'est-ce que tu feras ?
_ Si l'un de nos noms est sur cette fichue liste alors on n'aura plus que cinq jours pour mettre au point notre plan d'évasion. On ne les laissera pas nous vendre sans rien tenter. Tu as bien dit que tu pensais avoir trouvé les clés des bracelets.
_ Oui je pense savoir où elles sont mais cinq jours ça fait court quand même.
_ Oui mais jusqu'à maintenant on avait aussi les entrainement à prendre en compte. Honnêtement s'ils ont l'intention de se débarrasser de nous, je ne vois pas pourquoi je continuerai à m'entrainer. On pourra donc utiliser ce temps pour tout préparer dans les moindres détails.
_ J'en suis, on n'avait pas l'intention de moisir ici de toute façon.
_Haa… Bon c'est d'accord les filles, je vous suis. Et si jamais aucun de nous n'est sur cette liste ?
_ Dans ce cas on aura quelques jours supplémentaires pour avoir un plan imparable on n'aura pas besoin de se précipiter.
Nous passons le reste de la matinée à trouver un moyen de faire sortir Mariko de son bureau, pour jeter un œil sur cette fameuse liste. À midi, Ellie et moi nous dirigeons vers le pont supérieur laissant Kaleb se rendre seul au réfectoire. Comme à son habitude, Mariko est encore enfermée à l'intérieur. Nous nous asseyons alors dans un endroit à l'abri des regards et après quelques minutes de patience un de ses hommes de main arrive sur le pont et entre rapidement dans le bureau de Mariko. Ils en ressortent finalement tous les deux et se dirigent d'un pas décidé vers la cafétéria. Mariko a visiblement l'air contrariée d'avoir été dérangée dans son travail. Après leur départ, nous ne perdons pas de temps et entrons dans le bureau à notre tour. L'intérieur est toujours aussi bien rangé, rien ne dépasse. Il ne nous reste plus qu'à trouver cette liste et si possible la clé de nos bracelets. Pourvu que la diversion de Kaleb la retienne assez longtemps pour nous permettre de bien fouiller. Je me dirige alors vers la bibliothèque à droite de l'entrée, à la recherche d'une quelconque boîte pouvant contenir des clés pendant qu'Ellie fouille le bureau. J'essaye au maximum de ne pas trop déplacer de choses pour qu'elle ne s'aperçoive pas que quelqu'un a fouillé dans ses affaites. Mais les minutes défilent et Mariko ou un de ses hommes peut arriver d'un moment à l'autre dans la salle. La pression et le stress sont tels que mes mains n'arrêtent pas de trembler.
_ Ça y est je l'ai ! S'écrie Ellie.
_ Ah génial, regarde vite si nos noms sont dedans je pense qu'on n'a plus beaucoup de temps.
Comme ça fait un petit moment que Mariko est partie et que je ne trouve rien dans la bibliothèque, je me poste à la fenêtre pour vérifier si personne n'arrive tandis qu'Ellie parcourt la liste des yeux. Alors que je lui jette un petit coup d'œil, je vois son visage se décomposer et elle lève alors la tête vers moi.
_ Leïla, il y a ton nom et celui de Kaleb sur cette liste.
...
La matinée est déjà bien avancée lorsque je quitte enfin la salle des machines. Chaque arrêt de longue durée sur une île est l'occasion de faire une petite vérification de l'état des moteurs. Ce n'est pas quelque chose de très passionnant mais ça fait aussi partie de mon devoir de mécano. Et puis ça mettrait sûrement moins de temps si ce tire-au-flanc de Penguin se décidait à me donner un coup de main. Tel que je le connais il a du profiter que j'aie le dos tourné pour aller draguer les filles au port. Et qui c'est qui se tape tout le boulot ? C'est moi ! Si je l'attrape, il va m'entendre ! Je regarde ma montre pour savoir combien de temps j'ai passé là dedans. Il est bientôt midi, je vais aller attendre Karma et Gin sur le pont. Le capitaine nous a donné notre journée donc on a décidé d'aller manger en ville et d'en profiter pour se détendre un peu. En arrivant sur le pont, j'aperçois Karma et Gin qui discutent près de la sortie avec ce cher Penguin.
_ Tient, te voilà enfin Shachi, ça y est tu as fini ce que tu avais à faire ?
_ Allez Shachi, dépêche toi j'ai faim moi ! Me presse Penguin.
_ Alors toi ! J'aurais peut être pu fini plus tôt si tu ne m'avais pas laissé tomber pour aller faire je-ne-sais-quoi ailleurs ! Alors ne la ramène pas, tu veux !
_ Désolé mon vieux mais il fallait que je me dégourdisse les jambes.
_ Ouais, en courant après les demoiselles c'est ça ? Se moque Gin.
_ Pour courir, il court le bougre puisqu'elles s'enfuient dès qu'il ouvre la bouche. Renchérit Karma.
_ Ha-ha-ha très drôle. Il n'empêche que j'en ai vu des plutôt jolies dans les parages.
_ Bon et si on allait manger avant que Penguin ne reparte draguer tout ce qui bouge.
Après un délicieux repas à base de poisson et autres fruits de la pêche, nous décidons de traîner un peu dans les ruelles de cette ville portuaire. Nous croisons de nombreux étales où les pêcheurs vendent leurs prises du jour, cette ville semble vivre en grande partie de ses ressources halieutiques. Tous les commerçants ont le sourire aux lèvres et vantent la fraîcheur de leurs produits. Fidèle à lui-même, et comme tout bon cuistot qui se respecte, Gin se rend à chaque étal, concoctant son menu des prochains jours au fur et à mesure de ses découvertes. Je sens que le chemin du retour va être nettement moins reposant qu'à l'aller. À tous les coups on va revenir au sous-marin, chargés comme des mules avec de quoi faire un festin pour plusieurs semaines. Et cette fois-ci, je ne laisserai pas Penguin s'en tirer aussi facilement que ce matin. Alors que je me tourne vers Penguin pour surveiller ce qu'il fait, je le vois immobile, le regard perdu au loin. Son visage est devenu livide et il semble totalement abasourdi, comme s'il venait de voir un fantôme. Tout à coup, il sort de son état second et se met à marcher rapidement vers l'endroit qu'il fixait quelques secondes plus tôt. Karma me lance un regard interrogatif, ne comprenant pas ce qui lui prend et je lui réponds par un haussement d'épaule avant de suivre Penguin. Mais à l'entrée d'une ruelle, il est stoppé par deux colosses, lourdement armés qui lui bloquent le passage et l'empêchent d'avancer.
_ Laissez-moi passer, je dois aller là-bas.
_ Pas question ! Cette zone est interdite au public, vous n'avez pas le droit d'y aller.
_ Je vous dis que je dois passer, c'est important.
_ Penguin calme toi, qu'est-ce qui se passe ?
_ Je suis sûr de l'avoir vue, il faut que j'aille vérifier !
_ Mais enfin de qui tu parles ?
_ Dégagez de mon chemin, je n'ai pas de temps à perdre avec vous ! Ordonne Penguin en tentant de forcer le passage.
Il est alors rapidement attrapé par un des gardes qui le fait reculer à l'aide d'un violent coup de poing au visage. Ce dernier pose ensuite sa main sur la garde de son arme pendant que son acolyte fait signe à ses collègues postés derrière de rappliquer.
_ C'est toi qui vas dégager de là. Je te conseille d'obtempérer où nous serons obligés d'utiliser la manière forte.
Après son altercation avec les gardes et voyant que nous sommes en infériorité numérique Penguin a finalement décidé de faire demi-tour. Il a ensuite pris la direction du port d'un pas décidé sans même nous accorder un regard. Nous avons vite récupéré Gin au marché là où nous l'avions laissé et avons suivi Penguin jusqu'au sous-marin. Une fois à l'intérieur, je le vois s'arrêter devant la cafétéria et parcourir la salle du regard avant de finalement entrer dans la pièce. Il se dirige alors vers la table où le capitaine prend un café tout en lisant le journal.
_ Capitaine il faut que tu viennes avec moi en ville. Lui dit-il en tapant du poing sur la table.
Suite à l'interpellation de Penguin, le capitaine détourne son attention de sa lecture pour se tourner vers lui à la fois surpris et mécontent du ton autoritaire de Penguin. Quelle mouche l'a piqué, il sait pourtant que le capitaine a horreur qu'on lui donne des ordres. Il a intérêt à vite se calmer s'il ne veut pas recevoir une punition digne de ce nom.
_ Je peux savoir ce qui te prend Penguin ?
_ Je l'ai vue de mes propres yeux, elle est là, en ville !
_ Mais de qui est-ce que tu parles.
_ Leïla ! Je l'ai vue, j'en suis certain !
En entendant ce nom, le capitaine ouvre de grands yeux surpris. Sa réaction est loin d'être étonnante, il faut dire que même moi j'ai du mal à réaliser ce que vient de dire Penguin. Qu'est-ce qui lui prend tout d'un coup, il sait pourtant que c'est impossible. Et puis ce n'est pas vraiment un sujet de plaisanterie, il ne devrait pas dire des choses comme ça sans réfléchir.
_ Mais enfin Penguin, tu sais bien qu'elle est morte, c'est …
_ Je sais ce que j'ai vu Shachi ! Me coupe Penguin.
_ Tu l'as peut être confondue avec quelqu'un qui lui ressemble. Intervient Gin qui tente de calmer la situation avant que celle-ci ne dégénère.
_ Non, c'est impossible. Capitaine si j'étais pas sûr de moi je ne t'en aurais jamais parlé, ça ne me ressemble pas de plaisanter sur ce genre de sujet, et tu le sais. Si jamais il s'avère que je me suis trompé alors tu pourras te défouler sur moi, tu pourras me découper en morceau, me frapper et même me virer de l'équipage si c'est ce que tu souhaites.
_ Quoi ?! Penguin non arrête ! Tu vas trop loin. Intervins-je.
_ Je suis sûr de moi capitaine et je suis prêt à tout miser là-dessus. Alors viens avec moi.
...
Alors que je prépare mes affaires pour tout à l'heure, Ellie vient de me prévenir qu'on ne va pas tarder à partir. Je ferme mon sac et la suis jusqu'au pont où Kaleb nous attend. Nous descendons du bateau et nous dirigeons vers le lieu du spectacle. Sur le chemin, j'en profite pour observer un peu cette nouvelle ville qui n'a rien de particulier. Il s'agit d'une ville plutôt pauvre, avec des rues étroites et des façades de maison abîmées par les embruns marins. Mais ces petites ruelles, aussi sordides soient-elles, pourraient nous être d'une aide précieuse tout à l'heure. Oui, c'est le lieu idéal pour se cacher et semer des poursuivants. Nous profitons du trajet pour faire un dernier point sur notre plan d'évasion. Cette fois-ci c'est la bonne, après le spectacle, nous aurons enfin retrouvé notre liberté.
_ Tu es certain qu'elle a pris les clés avec elle Kaleb ?
_ Oui je l'ai vu les emporter. Pendant votre numéro, j'irai les chercher et je vous retrouverai en coulisse. On n'aura plus qu'à s'en aller d'ici.
_ Super. Il ne faudra pas oublier de prendre les armes que j'ai planquées hier en hauteur dans les coulisses.
_ Et avec l'eternal pose que j'ai récupéré, on va pouvoir quitter cette île rapidement avec l'une des annexes du bateau.
_ Où est-ce que tu as eu ça Leïla ?
_ Je l'ai volé quand on est allées dans le bureau de Mariko pour voir la liste. Elle en a plein alors je me suis dit qu'un de plus ou de moins ne devrait pas la déranger.
Nous arrivons finalement au niveau du contrôle de sécurité. Après avoir vérifié le contenu de nos sacs, les gardes nous laissent passer, non sans me reprocher l'absence de mon masque sur mon visage. Tout le secteur autour du chapiteau a été bouclé pour éviter la venue de petits curieux qui pourraient aider les artistes à s'évader alors à quoi bon prendre la peine de dissimuler mon visage. Lorsque nous arrivons sur le lieu du spectacle, il nous reste encore pas mal de temps et nous décidons donc de nous rendre dans un coin un peu à l'abri des regards pour nous entraîner au combat. Nous passons quelques minutes à nous entraîner au corps à corps lorsque soudain nous sommes interrompu par des applaudissements. En regardant tout autour de moi, j'aperçois alors une fille aux cheveux bleus qui doit avoir à peu près mon âge. Mais le plus surprenant chez elle, est la couleur de sa peau. Cette dernière a une teinte bleutée tirant sur le gris et est parsemée de plusieurs écailles bleu marine. Il s'agit donc d'une femme poisson. Elle est perchée sur une arcade au dessus de nous et nous observe avec un sourire en coin.
_ Je dois reconnaître que c'est pas mal venant d'artistes de cirque.
Elle se laisse alors tomber en arrière avant d'atterrir habilement sur ses deux jambes, face à nous. Cette fille semble avoir un sens de l'équilibre surdéveloppé et en plus de ça elle est drôlement gracieuse. Je profite de l'avoir devant moi pour l'observer un peu plus. Elle porte un débardeur bleu et gris qui rappelle les fonds de l'océan ainsi qu'un short en jean avec des collants noir et des bottines ocre. Je ne sais pas qui c'est mais cette fille dégage quelque chose, elle a une certaine classe, je suis bien obligée de le reconnaître.
_ Enfin ça ne veut quand même pas dire que vous savez vraiment vous battre en conditions réelles.
_ Comment ça ? Qu'est-ce que tu sous entends par là ?
_ Je ne sous-entends rien du tout. Je dis juste qu'en combat réel, toi et tes deux amis vous ne tiendriez même pas deux secondes.
_ Je te trouve bien sûre de toi.
La fille soulève alors un bâton près d'elle avec son pied et l'attrape en plein vol avant de se mettre en garde. Elle me fixe alors des yeux, avec un air de défi dans le regard.
_ Si tu n'es pas d'accord avec moi, viens me prouver le contraire.
Prenant son défi au sérieux, j'attrape mon bâton entraînement et me dirige vers elle. Si elle cherche la bagarre, elle va la trouver. Elle va voir ce que ça fait de me sous-estimer. Ça fait bien longtemps que je n'ai pas eu l'occasion d'accepter une demande de duel et je ne vais pas m'en priver, je me sens comme revigorée. En plus de ça, ça fera un super entrainement pour ce soir.
_ Mais qu'est-ce que tu fais ? Me demande Ellie.
_ Je vais lui montrer qu'elle a tord de me sous estimer, tout simplement. C'est quand tu veux. Dis-je à l'attention de ma future adversaire.
Après que je me sois mise en position, elle ne met pas longtemps avant de se ruer vers moi. Surprise par sa vitesse impressionnante, j'esquive de justesse le coup puis réplique aussitôt. Malheureusement, elle parvient à contrer mon attaque avec une facilité déconcertante. En plus d'être rapide, elle a de la force à revendre, mais je suis loin d'avoir dit notre dernier mot et je n'ai pas l'intention de baisser les bras. Alors que nous sommes toujours au contact, je me baisse rapidement pour lui faire une balayette et la déstabiliser un tant soi peu. Je parviens à lui faire perdre l'équilibre et elle tombe lourdement sur le sol. Je tente alors une nouvelle attaque mais elle esquive in extremis par une roulade arrière et se relève rapidement. Nous échangeons plusieurs coups au corps à corps, sans qu'aucune de nous ne parvienne à prendre l'avantage sur l'autre. Bien que ça ne me plaise pas de l'admettre, je suis forcée de reconnaître qu'il y a du vrai dans ce qu'elle a dit plus tôt. Ces deux années passées sur ce bateau m'ont bien rouillée, on a beau dire ce qu'on veut les entraînements pour les spectacles ce n'est pas comparable avec les combats en conditions réelles. Si je n'avais pas passé plusieurs années de ma vie à lutter pour survivre, j'aurais sûrement perdu beaucoup plus en endurance. Mais ce n'est pas une raison pour la laisser me battre. Après tout, c'est ma fierté de pirate qui est en jeu. Ou alors c'est peut-être juste une question d'orgueil, je n'en suis plus vraiment certaine à vrai dire. Alors que nous échangeons de nouveaux coups, j'entends des bruits de pas venir dans notre direction et quelques secondes plus tard, des gardes débarquent et nous fusillent du regard.
_ Hey, vous ! Qu'est-ce que vous faites là, cet endroit est interdit aux civils !
Ne souhaitant pas me faire plus remarquer avant le début de notre plan, je fais un pas en arrière et lâche mon bâton laissant ainsi le passage aux gardes qui se dirigent vers l'inconnue. Ce n'est vraiment pas le moment pour moi d'attirer l'attention et la méfiance des surveillants, ça pourrait compromettre notre tentative de fuite de tout à l'heure et on n'a vraiment pas besoin de ça maintenant.
_ Hum, je vois, on joue les fières mais dès que la cavalerie arrive, on recule la queue entre les jambes. C'est dommage, moi qui commençais à m'amuser, c'est très décevant.
Non mais pour qui elle se prend, elle ne connait rien de notre situation ! Comment elle peut se permettre de nous juger comme ça ? Je suis loin d'être une esclave aussi docile qu'elle le sous-entend. Si je la croise une fois libre, je lui ferai ravaler ses paroles. Alors que les gardes se rapprochent d'elle, la fille tourne les talons et grimpe sur le muret le plus proche. Elle disparaît ensuite aussi vite qu'elle n'est apparue à la grande surprise des gardes. Ces derniers nous demandent alors des explications sur cet incident et Ellie sort l'excuse de la légitime défense. Comme elle n'a quasiment jamais causé de problèmes, ils croient immédiatement à son mensonge et nous laissent finalement tranquilles. Une fois les gardes partis, je m'assois par terre pour souffler un peu. Heureusement qu'Ellie a encore un peu de crédibilité auprès d'eux, sinon on les aurait eu dans les pattes pendant une bonne partie de la soirée et ça aurait été coton pour mettre notre plan à exécution.
_ Eh ben, on peut dire que l'après midi commence bien.
_ Me regarde pas comme ça Ellie, qu'est-ce que tu voulais que je fasse d'autre ?
_ Que tu la laisses parler dans le vide peut être … ?
_ Alors là désolée mais ce n'était pas possible. Je n'en ai peut être pas l'air mais, j'ai encore ma fierté.
_ Tu te rends compte que tu aurais pu nous attirer des ennuis ?
_ Oui, désolée. Mais je savais que tu étais là pour assurer mes arrières. Lui réponds-je avec un grand sourire.
_ En tout cas, je me demande bien qui était cette fille. Ajoute Kaleb. Elle avait l'air plutôt forte.
_ M'en parle pas, elle était sacrément coriace. Par contre ça ne lui donne pas le droit de nous juger comme elle l'a fait. Qu'elle se mette un peu à notre place et elle verra. Elle ne sait rien de tout ce qu'on a enduré jusqu'ici.
_ Bon et si on rentrait avant qu'un autre inconnu vienne chercher la baston.
_ Ou avant que Leïla ne tente d'assassiner quelqu'un avec un bâton d'entrainement. Se moque Kaleb.
_ Fais gaffe, ça pourrait très bien être toi.
_ C'est toi qui vois. Mais avant ça je tiens à te rappeler que sans moi vous n'irez pas bien loin ce soir.
Nous nous dirigeons alors tranquillement vers le chapiteau, mais avant d'entrer, un garde vient à notre rencontre. Il m'avertit que Mariko veut me voir et me demande de le suivre. Je salue mes compagnons et le suis jusqu'au bureau de Mariko. Une fois arrivée, et après avoir entendu l'autorisation de la propriétaire, j'écarte les bouts de tissus qui font office de porte et entre dans le bureau improvisé de la patronne. Je la retrouve assise derrière un petit bureau en bois, en train d'éplucher une pile de papiers.
_ Vous m'avez demandée ?
_ Oui. J'ai eu vent de l'incident qui a eu lieu il y a quelques minutes et je voulais savoir de quoi il retournait.
_ Comme nous l'avons dis aux gardes, une fille nous a interrompu durant notre entrainement et nous a attaqués.
_ Alors tu as décidé de l'affronter alors que tu sais que tu n'es pas autorisée à te battre.
_ Je me suis dis qu'avoir des artistes blessés quelques minutes avant la représentation de ce soir n'était pas souhaitable et que ça risquait de ne pas vous plaire.
_ En effet, c'est un raisonnement qui se tient. Admet Mariko en posant ses feuilles devant elle.
Je vois alors Mariko sortir un trousseau de clé de ses poches et le poser sur la pile de feuilles. Les voilà, les clés que nous cherchons depuis tout ce temps, je les vois enfin. Je tente de cacher au maximum mes émotions pour ne pas éveiller les soupçons tandis que Mariko range la liasse de feuille et le trousseau dans l'un des tiroirs du bureau. Elle reporte ensuite de nouveau son attention sur moi.
_ Mais il n'empêche que tu as ignoré une des règles de cette troupe et ça ce n'est pas rien.
Satanée Mariko, elle ne me laissera jamais tranquille. Tous les prétextes sont bons pour me pourrir la vie. Même avec ce genre d'histoires, il faut qu'elle cherche la petite bête, juste pour trouver une raison de me rejeter la faute dessus. J'espère juste qu'elle ne va pas ruiner notre plan de tout à l'heure.
_ Bon, je veux bien passer l'éponge pour cette fois. Aujourd'hui je suis de bonne humeur. Ce détail étant réglé, tu peux disposer.
Ne souhaitant pas trainer dans les parages plus longtemps, je tourne les talons et m'apprête à quitter la pièce. Si j'ai bien appris quelque chose en deux ans c'est que Mariko est capable de changer d'avis très rapidement. Et même quand elle donne l'impression de faire preuve de gentillesse et d'indulgence, ce n'est que de la poudre aux yeux. Elle a forcément quelque chose en tête et j'ai bien ma petite idée.
_ Oh une dernière chose, profite bien du spectacle Leïla, il promet d'être inoubliable.
Je ne prends pas la peine de lui répondre et quitte la pièce sans dire un mot. « Profiter du spectacle », elle a un sacré toupet pour dire ça, alors qu'elle compte vendre certains d'entre nous dès ce soir. Mais tout ne va pas se passer comme elle le souhaite, tôt ou tard elle perdra son sourire plein de suffisance. Je retrouve finalement Ellie qui est toute seule dans les coulisses. Comme le spectacle va commencer dans quelques minutes, Kaleb est déjà parti se préparer. Nous nous installons près de la scène et attendons que la représentation débute. Contrairement aux dernières fois, les spectateurs sont légèrement plus nombreux, même si les gradins sont loin d'être complets. Après dix bonnes minutes d'attente, les lumières s'éteignent et les premiers artistes entrent sur scène. Tout se passe comme prévu, les spectateurs sont enchantés par les prestations de tout le monde. Arrive enfin le tour de Kaleb. Il entre en scène derrière un rideau de fumée et commence son numéro. Comme à son habitude il commence par quelques tours simples afin d'émerveiller les enfants puis passe à d'autres numéros, plus élaborés, pour contenter les plus grands. Il termine sa représentation sous une trombe d'applaudissements. Il lance alors une boule de fumée et échange sa place avec un autre artiste. Une fois dans les coulisses, il dépose ses affaires dans un coin puis se dirige vers nous.
_ Tu as été grandiose, comme d'habitude Kaleb.
_ Merci Ellie, ça va bientôt être votre tour non ?
_ Yep, on est les prochaines, d'ailleurs il faut qu'on aille se préparer Leïla.
_ Oui allons-y.
En passant près de Kaleb, je m'assure que personne ne nous regarde puis attrape son bras. Je me penche alors vers lui pour lui chuchoter quelque chose à l'oreille.
_ J'ai vu Mariko ranger les clés dans le tiroir du milieu de son bureau dans la salle qu'ils ont aménagée pour elle sous le chapiteau. Par contre, je ne sais pas s'il y aura des gardes pour surveiller les lieux.
_ Ok, ça marche. Je vais me débrouiller. Merci pour l'info Leïla, maintenant c'est à moi de jouer.
_ Sois prudent.
Nous laissons alors Kaleb seul pour aller nous préparer. Une fois en tenue de scène, nous nous rendons près du rideau et patientons en attendant que notre tour arrive. Je sors alors ma broche de ma poche et la serre dans mes mains pour me donner du courage. Il s'agit d'une broche constituée de plusieurs petits engrenages marron alignés ensembles pour former un cercle. Au niveau du quart supérieur droit, ce cercle est agrémenté de trois petites plumes de Faisan et trois plumes de Geai. Ce soir, si tout se passe bien nous serons enfin libres. Je pourrai alors partir à la poursuite de l'équipage du Heart. Je serre une nouvelle fois la broche puis l'attache dans mes cheveux. D'habitude, j'évite de la mettre pour ne pas m'attirer de problèmes mais ce soir, c'est mon dernier spectacle et je n'ai pas l'intention de me priver. Lorsque la musique commence à diminuer, Ellie se tourne vers moi et m'adresse un grand sourire d'encouragement. Sans son soutien, je n'aurais probablement pas tenu jusqu'à aujourd'hui. Et c'est aussi pour ça qu'on doit réussir ce soir, pour qu'elle soit enfin libre et qu'elle puisse réaliser son rêve.
_ Cette fois-ci c'est le grand soir.
_ Oui c'est le moment de tout donner
Je réajuste mon masque pour m'assurer qu'il ne bougera pas, ce n'est pas que je tienne à conserver l'anonymat mais je ne veux pas nous attirer d'ennuis qui pourraient ruiner notre plan. Nous attendons que la personne sur scène termine son numéro avant de prendre sa place. Lorsque la musique reprend, nous commençons notre chorégraphie. Les pas s'enchainent sans aucun problème et semblent satisfaire le public. Pour ce spectacle, nous nous sommes contentées de réutiliser celui de la dernière fois avec juste une ou deux modifications. Grâce à ça, nous avons pu utiliser tout notre temps libre pour nous préparer pour notre tentative d'évasion. Arrive enfin le moment du final qui se passe comme prévu. Nous saluons alors les spectateurs tandis que le rideau se referme. Voilà, c'est terminé, cette comédie est enfin terminée. C'est maintenant que les choses sérieuses vont pouvoir commencer. Alors que le rideau est presque complètement refermé je redresse la tête et mon regard se pose sur les gradins en face de moi. Soudain un visage attire mon attention et mon cœur rate un battement. Non, ce n'est pas possible, mes yeux me jouent des tours. Je suis tellement surprise que mon cerveau n'arrive pas à analyser la situation. Des dizaines de questions se bousculent dans ma tête, si bien que mon corps refuse de bouger. Je continue de regarder droit devant moi, incapable de détourner le regard de ce visage. Je reste pétrifié de stupeur tandis que le rideau fini de se fermer. Je commence à peine à réaliser ce qui se passe lorsque je sens quelqu'un m'attraper le bras et me tirer en arrière.
