Chapitre 9 : Faire cause commune

Alors que nous progressons sur le sentier forestier, j'accélère le mouvement et emboîte le pas d'Helena. Ça va faire des heures que l'on marche sur ce chemin et on ne voit toujours pas l'ombre d'un village. En plus de ça, c'est loin d'être un parcours de santé. La route ne fait que monter et descendre et certaines pentes sont particulièrement raides. Je me demande comment fait la murène pour avancer aussi vite et aussi régulièrement. Il y a des moments où j'ai du mal à la suivre tellement elle trace. Je sais qu'on est pressées mais elle pourrait quand même s'adapter au rythme des autres. Elle aurait dû le dire si elle voulait partir toute seule.

_ Est-ce que tu es sûre au moins que c'est par là ? Demandé-je d'un ton las.

_ Oui, certaine ! Et puis ce n'est pas moi qui le dis mais ce charmant gentleman. Me répond Helena en tirant davantage sur le bras de l'homme que nous avons emmené avec nous. J'espère que tu n'essaies pas encore de nous mener en bateau. Parce que si c'est le cas, crois moi, tu le regretteras amèrement.

Pour appuyer ses dires, Helena pose son épée sous la gorge de l'homme et le fixe d'un regard glaçant. À la voir comme ça, elle fait vraiment peur, même moi je ne voudrais pas me la mettre à dos quand elle est dans cet état. Elle intimiderait n'importe qui avec cette expression meurtrière, et notre guide ne fait pas exception. Face à elle, il n'en mène pas large et semble être sur le point de pleurer. Vu sa mine effrayée, je doute qu'il ne tente de nous égarer volontairement.

_ Non, non, je vous dis la vérité, je vous le jure. S'il vous plait ne me faites pas de mal. C'est par là, on n'est plus très loin. Je ne cherche pas d'ennuis, je vous assure.

_ Ahhh tu ne cherches pas d'ennuis… et bien dans ce cas, il va falloir que tu m'expliques pourquoi tes amis et toi êtes venus nous chercher des noises tout à l'heure.

_ Je ne voulais pas, je vous le promets. Mais je suis nouveau alors forcément, je n'ai pas eu mon mot à dire.

En entendant sa réponse, Helena lâche un rire franc. Mais je sais pertinemment que la situation est loin de l'amuser et que c'est surtout un rire nerveux. Il ne devrait pas s'aventurer sur ce terrain glissant s'il ne veut pas y perdre des plumes. Et il va vite comprendre son erreur. Avant qu'il ait pu ajouter quoi que ce soit, Helena se retourne vers lui, l'attrape par le col et le soulève quelques centimètres au dessus du sol. Elle le plaque ensuite violemment contre un arbre comme s'il n'était qu'une vulgaire poupée de chiffon. Décidément, je crois que je n'arriverai jamais à me faire à sa force hors du commun. Bon ok, le gars n'est pas hyper costaud mais c'est pas non plus un petit gabarit. La force des hommes poissons est vraiment époustouflante. Mais ce n'est pas le moment de l'admirer, on a d'autres chats à fouetter. Profitant que notre accompagnateur est encore sous le coup de la surprise, je me rapproche d'eux et attrape ma lance accrochée dans mon dos. Je plante alors la lame dans le tronc, à quelques centimètres seulement du visage de l'homme. Face à une telle situation, ce dernier prend conscience de son erreur et son visage blanchit à vue d'œil tandis que toutes les parties de corps se mettent à trembler. Voilà qui devrait lui apprendre à se moquer de nous.

_ Tu es un petit nouveau qui n'a pas son mot à dire ? Oh pauvre chou… Et tu vas peut être nous dire que tu étais le bouc émissaire de ton groupe, le petit bleu que tout le monde bizute, c'est bien ça ? Lui demande Helena d'un ton faussement compatissant.

_ Et bien, à vrai dire…

_ Arrête ton cinéma, ça ne prend pas avec nous ! On t'a vu donner des ordres à tous tes copains. Alors un conseil, arrête de nous prendre pour des idiotes et de nous raconter tes salades. Sinon tu risques de finir avec des doigts ou des membres en moins… Le menace Helena.

_ Vous… vous n'oserez jamais.

_ Oh je n'en serai pas si sûr à ta place. Après tout, les hommes poissons ne sont pas réputés pour leur bienveillance et leur douceur. Et pour être honnête, je n'ai pas l'intention de m'interposer si jamais tu la mets vraiment en rogne.

_ C'est du bluff. J'y crois pas une seconde, vous ne le ferez pas.

_ On va s'gêner. Lui répondons nous en même temps.

Ayant plus peur pour sa vie que pour la réussite de son opération, l'homme fini par obtempérer et par nous indiquer bien gentiment la direction de leur base. Après plusieurs minutes de marche, nous arrivons à l'entrée de l'une des villes de l'île. Nous continuons notre chemin tout en faisant attention de ne pas nous faire surprendre par des compagnons de notre cher guide. Ce dernier nous conduit jusqu'à un quartier un peu en périphérie de la ville, le quartier rouge, qui selon lui est localisé sur le territoire de sa bande. Alors que nous entrons dans la zone, nous nous arrêtons au détour d'une ruelle et observons les alentours. Un peu plus loin devant nous, se trouvent trois hommes postés derrière une grille et qui sont en train de garder l'entrée du quartier. Ils n'ont pas l'air d'être commodes et je doute qu'ils se décident à nous laisser passer sans rien dire. Après avoir eu la confirmation que leur QG se trouve dans l'ancien théâtre qui se trouve au centre du quartier, Helena assomme notre guide avant que ce dernier ne nous pose des problèmes. Elle ne perd pas de temps et lui attache les mains et les pieds pour l'empêcher de bouger lorsqu'il se réveillera puis elle le laisse dans un coin à l'abri des regards et des oreilles indiscrètes. Elle retourne ensuite à mes côtés et observe à nouveau les trois gardiens.

_ Bon et maintenant qu'on est là, on fait quoi ? Me demande-t-elle.

_ J'en sais rien. On ne peut pas se permettre de faire du grabuge avec le peu d'informations qu'on a sur ces types. On n'a pas le droit à l'erreur.

_ Pour une fois, je suis d'accord avec toi, il faut qu'on trouve une autre entrée. Et si on passait par les toits ? Me propose-t-elle en me montrant l'échafaudage à quelques mètres de nous.

_ Pourquoi pas, ça vaut le coup d'essayer.

Nous nous dirigeons alors d'un pas précipité vers l'échafaudage et commençons notre ascension. Si on m'avait dit que la journée allait évoluer dans ce sens, jamais je ne l'aurais cru. Comment est-ce qu'on a pu en arriver là ?

********** Quelques heures plus tôt **********

Posée sur le lit de la cabine, je jette un œil à mes dernières notes sur la carte de Shar que j'ai inscrites dans mon carnet. À un mètre de moi, Law est installé sur son bureau et consulte de nouveaux papiers concernant les dernières avancées du monde médical. Après quelques minutes, Shachi fait irruption dans la pièce afin de nous informer que nous approchons d'une île. Après son départ, je rassemble tranquillement les cartes que j'ai éparpillées sur le lit puis range le tout dans ma boîte en métal. J'y ajoute mon carnet avant de la refermer de la remettre à sa place sous la bibliothèque. Alors que je me redresse après avoir replacé la plinthe du meuble, je croise le regarde moqueur de Law.

_ Quoi ? Tu as quelque chose à redire peut-être ?

_ Oh non pas du tout. Disons que c'est une cachette à laquelle il fallait penser.

_ Eh bien justement, c'est là tout l'intérêt. Et pour le moment ça m'a plutôt bien réussi.

Depuis l'affaire du cambriolage, je reconnais que je prends davantage mes précautions en ce qui concerne mes cartes au trésor. Je continue toujours d'utiliser le casier de l'autre salle mais en ce qui concerne la carte de Shar, je préfère la cacher ici. Il faut dire que cette cachette a déjà fait ses preuves alors pourquoi ne pas continuer à s'en servir. Seul Law a été mis dans la confidence, après tout je n'ai aucune raison de le lui cacher, je lui fais entièrement confiance. Mais moins il y a de personnes au courant, mieux c'est. Simple précaution. Après plusieurs minutes nous nous retrouvons tous dans la cafétéria. Avant de faire quoi que ce soit, nous devons d'abord désigner les quatre personnes qui resteront au sous-marin pour le surveiller. Après ce qui s'est passé sur la dernière île, nous avons décidé de nous montrer plus prudents et d'organiser des surveillances du sous-marin par équipe de quatre. Pour décider qui seront les heureux chanceux nous avons opté pour un tirage à la courte paille. Après que chacun ait tiré un bout de bois, nous les plaçons côte à côte pour connaître l'identité des heureux gagnants.

_ Non mais sérieux, t'y crois ça ?! Il y avait combien de chance pour qu'il y ait un tel tirage ?

Dépitée je me laisse tomber tandis que Law prépare ses affaires. Pourquoi il fallait que ça tombe sur moi. C'est le retour de la poisse, je n'ai vraiment pas eu de chance sur ce coup là. La journée vient à peine de commencer que je suis déjà fatiguée. Je sens que ça va être une longue, longue journée et qui va mettre mes nerfs à rude épreuve. Et dire que je me faisais une telle joie de partir en exploration, je vais devoir faire une croix dessus.

_ Ce n'est pas la première fois que tu restes au sous-marin pour monter la garde. Et puis vous serez quatre, ça sera moins ennuyant qu'avant.

_ Ouais c'est sûr, mais pas avec elle ! Une surveillance avec la murène c'est tout sauf amusant.

_ Ça tu n'en sais rien. Vous allez peut être même très bien vous entendre qui sait.

_ Mouais. Moi faire équipe avec la murène, ça m'étonnerait…

_ De toute façon, tu vas devoir t'y faire. Tu ne peux pas changer le résultat du tirage juste parce qu'il ne te convient pas. Et puis ça va peut être mieux se passer que tu ne le penses.

_ On verra… Et vous, où est-ce que vous allez ?

_ On va faire un tour à la grande ville qui est de l'autre côté de l'île. Si le chemin jusqu'à là bas est long, on reviendra probablement demain matin. Je garderai un escargophone sur moi en permanence alors au moindre problème, vous m'appelez.

_ Ça marche, mais tu peux partir serein, il n'y aura pas de problème… Enfin sauf si on finit par s'entretuer avec Helena. Tu es sûr que tu ne peux pas m'emmener avec toi ? Le supplié-je une dernière fois.

_ Sur et certain, c'est la même règle pour tout le monde. Allez, tout va bien se passer, j'en suis sûr. Et puis tu sais ce qu'on dit, malheureuse aux jeux, heureuse en amour. Me répond Law en m'embrassant.

Une fois les affaires de Law prêtes, je l'accompagne sur le pont où se trouvent déjà plusieurs personnes. Tout le monde n'a qu'une hâte, partir en exploration et aller voir un peu ce que cette nouvelle île leur réserve. Enfin quand je dis tout le monde, je ne prends bien sûr pas en compte Helena, Zack, Ayato et moi qui avons gagné le privilège de rester à bord. J'aperçois d'ailleurs Zack et Ayato qui discutent avec Gin et Karma. Ces deux là ont l'air de ne pas avoir trop de soucis avec le fait de ne pas partir avec les autres. En tout cas, ce qui est sûr c'est que ce n'est pas grâce à Karma et Gin qui n'hésitent pas à remuer le couteau dans la plaie en leur disant que leur surveillance ne serait probablement pas de tout repos. Je n'entends pas tout ce qu'ils disent mais j'en entends suffisamment pour comprendre qu'ils font allusion à Helena et moi et à notre incapacité à travailler ensemble.

_ Pff non mais écoute les ces langues de vipère…

_ Peut être, mais ce n'est pas avec ce que tu m'as dit tout à l'heure que tu vas leur donner tord.

_ Mouais, je suis bien obligée de le reconnaître.

_ C'est bien, c'est le premier pas vers la guérison.

_ Pfff c'est ça moque toi de moi.

Nos explorateurs du jour quittent finalement le sous-marin après une dizaine de minutes, impatients de voir ce que cette île leur réserve. Après leur départ, nous décidons de nous installer sur le pont pour profiter un peu de l'air extérieur. Depuis ce dernier, on a une bonne vue sur le port et les alentours ce qui est plutôt utile pour la surveillance, et puis c'est plus agréable de profiter de l'air frais que de s'enfermer à l'intérieur du sous-marin toute la journée. Surtout quand il fait beau dehors. La première partie de la journée se passe mieux que je ne l'avais imaginé. Contre toute attente, Helena n'a absolument pas cherché à me provoquer de quelque manière que ce soit. Et même lorsqu'elle devait m'adresser la parole, je ne percevais aucun sous-entendu derrière ses mots, au contraire elle était plutôt polie. Bon après il faut dire que moi aussi j'ai évité de la titiller et je me suis aussi abstenue d'utiliser son surnom pour ne pas envenimer les choses. Law a peut-être raison en fin de compte, si on met nos différents de côté on est peut-être capables de bien s'entendre. Enfin, ça marche pour une journée mais ce n'est pas garanti qu'on en soit capables sept jours sur sept. Il ne faut pas non plus crier victoire aussi vite. Après avoir mangé, je décide de me détendre sur le pont supérieur. Je m'installe alors confortablement et tourne mon regard vers le ciel bleu. Aujourd'hui il y a un petit air chaud mais le vent n'est pas très fort alors forcément les nuages sont de sortie. Alors que je contemple le ciel, j'aperçois un Milan noir planer au loin, au dessus de l'île. D'un battement d'aile, il gagne en altitude avant de planer tranquillement au milieu des nuages. Je l'observe plusieurs minutes en train de dessiner des cercles au-dessus de l'île, probablement à la recherche de nourriture. Ce sentiment de totale liberté que l'on ressent lorsqu'on se laisse porter par le vent, je me demande si je la ressentirai à nouveau un jour. En tout cas, tant que j'aurais ces fichues particules de granite marin dans le corps, ce n'est pas prêt d'arriver. Et malheureusement, comme il s'agit de morceaux de granite marin extrêmement petits, le pouvoir de Law n'est d'aucune utilité. Heureusement seule ma capacité à changer la composition de mon corps a été altérée. En attendant, il faut juste que j'apprenne à utiliser mes pouvoirs différemment, un peu à la façon d'un type paramécia, en fait. J'arrive notamment à me propulser haut dans les airs en générant une bourrasque sous mes pieds et à amortir ma chute par le même procédé. Et grâce aux entraînements avec les garçons, je commence à perdre mes vieilles habitudes d'utilisateur de logia. Après de longues minutes de relaxation, je décide finalement de mettre fin à cette petite pause. Je ne vais peut-être pas rester ici à flemmarder toute la journée, je me demande ce que font les autres. Je m'étire de tout mon long et me redresse tranquillement. Après être descendue de mon perchoir, je passe le sas d'entrée, pousse la porte et m'engage dans le sous-marin. Alors que j'arpente le couloir principal, je me dirige vers une pièce à quelques mètres de ma position et qui a l'air d'être éclairée. J'y retrouve Ayato et Karma, tous deux accroupis autour de la station météo de Neil.

_ Qu'est-ce que vous faites les gars ?

_ La station de Neil a fait des siennes récemment, alors il nous a demandé d'y jeter un œil. Me répond Zack.

_ D'ailleurs, tu ne saurais pas où il range ses outils ? Parce qu'on en aurait bien besoin mais on n'a pas réussi à y mettre la main dessus.

_ Ouais, je pense savoir où ils sont. Je vais vous les chercher.

Je laisse les deux bricoleurs du dimanche derrière moi et me rends dans la salle où Neil entrepose tout son matos et qui est située au niveau inférieur. Une fois dans la salle, je me retrouve face à plusieurs cadavres d'inventions avortées ainsi que quatre ou cinq cartons remplis de bricoles et d'outils en tout genre. Je accroupis devant l'un d'eux et commence à chercher ce pourquoi je suis venue. Je fouille dans le premier carton, puis un deuxième, avant de finalement trouver mon bonheur dans le troisième carton. Je prends les outils recherchés puis me redresse en jetant un œil à la salle. Un peu de rangement ici ne ferait vraiment pas de mal je ne suis pas étonnée que les garçons n'aient pas réussi à trouver ce qu'ils voulaient. Même une chatte n'y retrouverait pas ses petits. Alors que je regarde les nombreux objets entassés dans la pièce, j'aperçois une silhouette se refléter dans le miroir qui se trouve un peu plus loin devant moi. Je me retourne rapidement et esquive de justesse le coup dirigé vers ma nuque. Je me retrouve alors nez à nez avec un jeune homme à peine plus âgé que moi à priori mais qui me dépasse d'une tête à peu près. Ne me laissant pas le temps de reprendre mes esprits, l'inconnu revient à la charge et tente de me frapper au corps à corps. Ses mouvements sont si précis et rapides que je peine à contrer ou à esquiver ses attaques. À chaque fois, ses coups sont dirigés vers ma nuque, comme si son seul objectif est de me faire perdre connaissance. Et visiblement, il veut par tous les moyens éviter que je rejoigne mes compagnons vu le soin qu'il prend à me boucher la sortie. Lors d'une nouvelle offensive de la part de ce dernier, je parviens à bloquer ses bras juste avant qu'il ne me porte un coup.

_ Dis donc je peux savoir qui tu es et ce que tu nous veux ?

Sans prendre la peine de me répondre, le garçon tente une manœuvre pour se dégager et voyant que je ne suis pas décidée à le lâcher, il me donne un coup de genou dans le ventre. Face au choc, je lâche prise et me recroqueville sur moi-même. Ok s'il veut jouer à ça alors on va être deux. Il ne sera pas déçu du voyage. Alors qu'il revient à la charge, je déclenche une rafale de vent horizontale dans la direction de son flanc droit, ce qui le prend par surprise et l'envoie s'écraser contre un mur. Profitant de sa surprise, je ramasse une planche de bois qui traîne par là et me précipite vers lui pour le frapper à la tête avec mon arme improvisée. Lorsqu'il s'écroule inconscient au sol je lâche le morceau de bois et prends appui sur le mur pour reprendre mon souffle. J'ai eu de la chance de tomber sur quelqu'un de peu résistant, sinon ça n'aurait pas été aussi simple de me débarrasser de lui. Mais j'aimerais quand même qu'on m'explique ce que ce type faisait ici et comment il a pu entrer dans le sous-marin. Les garçons sont juste à côté de l'entrée, normalement, ils auraient du le voir passer et lui bloquer le passage. J'espère qu'il ne leur est rien arrivé. Alors que j'approche de l'escalier menant à l'étage supérieur, j'entends plusieurs bruits de pas venir dans ma direction. Je ralentis mon allure et m'approche doucement, lorsque soudain, je sens quelqu'un m'attraper et me traîner en arrière. Je suis tirée jusque dans une salle tout près des escaliers et plaquée contre un mur tandis que la porte se referme derrière moi. Alors que je tente de dire quelque chose, une main se pose sur ma bouche pour m'empêcher de prononcer le moindre son.

_ Shut. Pas un brui, calme toi ce n'est que moi.

_ Helena ? Mais qu'est-ce que tu fous, tu m'as fichue la trouille ! Lui fais-je remarquer après qu'elle ait retiré sa main.

_ Pas si fort, tu vas nous faire repérer. Me sermonne-t-elle.

Helena se rapproche alors de la porte et ferme doucement le verrou en évitant de faire le moindre bruit. Elle retire ensuite la clé et regarde à travers la serrure. Les bruits de pas que j'ai entendus juste avant l'intervention d'Helena se rapprochent alors de la salle puis finissent par s'éloigner. Visiblement, ils sont passés devant la porte sans même s'en préoccuper, ce qui est une chance pour nous. Ils finissent par s'arrêter quelques mètres plus loin, probablement au niveau du type que j'ai laissé inconscient sur le palier de la porte.

_ On dirait qu'ils ont trouvé ta dernière victime. Me fait remarquer Helena. Tu as fait fort, tu aurais pu faire un effort pour le cacher au moins !

_ Oh ça va, désolée d'avoir préféré m'assurer que vous alliez bien tous les trois plutôt que de planquer ce type ou de chercher une cachette où me réfugier en attendant que ça passe.

_ Eh oh, je te signale que je viens de t'éviter de sérieux problèmes. Alors la moindre des choses serait quand même de me remercier.

_ Ouais, merci… Bon et sinon, tu as une idée de ce qui se passe ici ?

_ Aucune, mis à part qu'on doit avoir une bonne dizaine d'intrus dans le sous-marin. Je n'ai pas eu le temps de bien voir avant de me faire repérer mais je crois qu'ils ont attrapé Zack et Ayato.

_ Bon ok, en gros la situation est loin d'être à notre avantage. Tu as une idée de comment renverser la situation ? Parce qu'on ne va quand même pas rester planquées ici indéfiniment.

_ C'est sûr, mais si on décide de sortir, on ne fera pas long feu à juste nous deux.

_ Je suis d'accord. Le souci, c'est qu'ils savent qu'on est dans les parages, ce n'est qu'une question de temps avant qu'ils nous trouvent, et on se retrouvera quand même en infériorité.

Alors que nous énumérons toutes les possibilités une par une, pour finalement toutes les rejeter en bloc, nous entendons du mouvement au niveau de l'escalier. Nous nous approchons alors toutes les deux de la porte avec beaucoup de discrétion afin d'entendre ce qui se passe de l'autre côté de la porte.

_ Vous avez trouvé tout le monde ?

_ Non, il reste encore deux filles dans le sous-marin dont une femme Homme Poisson. Elles ont du se cacher quelque part. Il semblerait que tous les autres membres de l'équipage ne soient pas là.

_ Ok, mieux vaut ne pas s'éterniser dans les parages, je n'ai pas envie que le reste de la bande nous tombe dessus. Qu'une dizaine d'hommes reste avec moi pour chercher les filles pendant que les autres rentrent au QG avec les deux prisonniers.

Après avoir donné ses consignes, l'homme, en compagnie de trois autres personnes, monte à l'étage supérieur et part en direction des cabines. Les autres partent informer le reste de leur bande des dernières consignes de leur patron. Nous entendons du remue ménage dans tout le sous-marin pendant plusieurs minutes puis les choses finissent par se calmer. À cause des nombreuses allées et venues, nous n'avons pas réussi à trouver une occasion pour sortir de notre cachette sans risquer d'être prises en tenaille. Et cela n'arrange en rien notre situation car en plus de devoir éjecter tous ces indésirables du sous-marin, il va falloir qu'on trouve où est leur QG afin de secourir les garçons. Je sens qu'on va avoir du pain sur la planche dans les prochaines heures. Et pour ne rien arranger, nos armes sont dans la salle d'entrainement donc il va falloir qu'on se débrouille sans elles dans un premier temps. Mais bon entre le karaté des hommes poissons d'Helena et mon fruit du démon, on devrait pouvoir s'en sortir si on agit intelligemment et si on ne prend pas de risque inconsidéré. Peu à peu, le bruit à notre étage finit par s'atténuer et la zone devient totalement silencieuse. Les hommes restés à bord on dû aller fouiller le reste du navire, c'est le moment idéal pour sortir de ce cagibi et de profiter de l'effet de surprise pour les neutraliser. Prêtes à sortir et à nous mettre au boulot, nous nous approchons discrètement de la porte pour nous assurer qu'il n'y a personne dans les parages. Mais à cause du manque de luminosité et de visibilité, Helena fait malencontreusement tomber un objet qui tenait en équilibre sur l'étagère qui se trouve dans la pièce. Ce dernier tombe alors au sol où il se brise en mille morceaux dans un fracas retentissant. L'instant qui suit, nous entendons quelqu'un venir dans notre direction et s'arrêter devant la porte puis tenter d'actionner la poignée qui se met à bouger de haut en bas dans le vide.

_ Hey, qu'est-ce que tu fais ? Demande une voix de l'autre côté de la porte.

_ Viens, m'aider. J'ai entendu du bruit à l'intérieur, je pense que les deux filles qu'on cherche sont cachées là dedans. Lui répond l'homme devant la porte.

_ Et merde… Jure Helena à voix basse.

Alors là, ça commence à vraiment sentir le roussis pour nous, il faut vraiment qu'on trouve une idée pour se sortir de ce guêpier et vite sinon on va se retrouver dans de sales draps. Les deux hommes s'acharnent alors sur la poignée de la porte mais fort heureusement, le verrou semble tenir le coup face à leurs assauts. Mais reste à savoir combien de temps il va tenir. Soudain les deux hommes s'arrêtent, détournent leur attention de la porte, se reculent de quelques pas et se mettent à chuchoter entre eux. Heureusement pour nous, ils sont encore assez proches pour que nous puissions entendre leur conversation.

_ Tu es sûr qu'il a quelqu'un là-dedans ?

_ Quasi certain, j'ai entendu quelque chose se casser dans cette pièce, ça s'est pas fait tout seul.

_ Ok mais admettons qu'elles soient bien là dedans. Si on ouvre, elles risquent de nous tomber dessus et de nous échapper.

_ Oh arrête, me dis pas que tu as peur de deux filles.

_ On n'est jamais trop prudents, l'une d'elle est une femme poisson je te rappelle. On ferait mieux d'appeler des gars en renfort.

_ Mais non sois pas bête, tout va bien se passer. Tu imagines si c'est nous qui les ramenons au QG ? Le patron sera forcément content et grâce à ça on sera dans les petits papiers du chef.

_ Pour juste deux filles… J'ai quelques doutes, mais si tu le dis.

_ Évidemment que je le dis ! Bon écoute j'ai encore une capsule de gaz soporifique, on n'a qu'à en diffuser dans la pièce avant d'ouvrir si ça peut te assurer. Ok ?

_ Ouais bonne idée.

À travers la serrure, je vois alors l'un d'eux s'approcher de la porte tout en sortant un dial de sa poche. Il met ensuite son masque anti fumée, puis place le dial pile devant la grille d'aération située en haut de la porte. Lorsqu'il actionne ce dernier, une fumée opaque s'introduit dans la pièce où nous nous trouvons. Nous nous éloignons rapidement de la porte et nous plaçons aussi loin que possible de la source du gaz. Mais vu la taille de la pièce, il ne faudra pas longtemps avant qu'elle soit totalement remplie par cette fumée. Et lorsque ce sera le cas on sera vraiment dans la mouise.

_ Bon et maintenant ? Si tu as une idée, je suis preneuse. Me dit Helena.

_ Peut-être, ne t'éloigne pas trop, je vais tenter quelque chose.

_ Comme si je pouvais aller bien loin.

J'utilise alors mon pouvoir pour générer un courant d'air tout autour de nous afin de nous protéger du gaz. Le vent circule de façon circulaire tout autour de nos corps afin de chasser la fumée et conserver l'air sain à notre niveau. Je prends tout de même garde à ne pas renvoyer le gaz trop violemment pour ne pas risquer d'éveiller les soupçons en faisant sortir de la fumée par le dessous de la porte. Le gros souci de cette méthode, est que ça ne fait que retarder l'inévitable et une fois totalement encerclées de gaz, il deviendra impossible de renouveler l'oxygène de notre espace vital, ce qui poserait des problèmes sur le long terme. Heureusement, dans notre cas cette solution de secours devrait amplement suffire. Je doute que ces deux là aient suffisamment de patience pour attendre des heures devant cette porte sans savoir ce qui se passe à l'intérieur. Après une dizaine de minutes d'attente, du mouvement se fait ressentir de l'autre côté de la porte. Nous entendons soudain un premier choc contre la porte, sans que celle-ci ne bouge. Puis un deuxième survient dans la foulée mais ce n'est qu'au troisième coup que la porte fini par s'ouvrir dans un fracas retentissant.

À peine les deux hommes ont-il défoncé la porte que je déclenche un courant d'air dans leur direction dans le but de disperser le gaz. Helena ne perd pas non plus de temps et se précipite immédiatement vers eux. Grâce à l'effet de surprise, elle prend facilement le dessus et met ses victimes hors d'état de nuire en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire grâce à son karaté des hommes poissons. Tandis qu'Helena prends soin de nos chers invités, je m'occupe de faire sortir tout le gaz par l'un des hublots du couloir grâce à mon pouvoir. Une fois ma tâche accomplie, je retourne auprès d'Helena.

_ Waouh ! On peut dire que tu ne leur as pas laissé la moindre chance.

_ Ils ne peuvent s'en prendre qu'à eux-mêmes. Ils n'avaient qu'à partir quand ils en avaient encore l'occasion. Et puis pas le temps de faire dans la finesse on a encore du pain sur la planche.

_ Et qu'est-ce qu'on fait d'eux, avec tous leurs camarades qui rodent encore dans les parages, on peut pas les éjecter du sous-marin. Et il ne faudrait pas qu'ils reprennent connaissance avant qu'on en ait fini avec leur groupe.

_ Avec ce qu'ils ont pris, ils ne risquent pas de se réveiller, tu peux me croire. Si on les cache, ça devrait aller le temps qu'on finisse de nettoyer le sous-marin.

Nous tirons alors les deux hommes un peu plus à l'intérieur de la pièce pour les rendre moins visibles. Nous parcourons ensuite le reste de l'étage à la recherche d'autres intrus. Nous fouillons les nombreuses cabines de ce niveau une à une sans croiser personne puis jetons un œil à la salle des machines à l'étage inférieur. Nous entrons prudemment dans la pièce et apercevons trois personnes en train de passer les lieux au crible. Nous nous faufilons derrière un ensemble de tuyau directement à droite de l'entrée. Puis après un bref signe de tête, nous partons chacune de notre côté. Toujours accroupie derrière les tuyaux de refroidissement, je me dirige vers le fond de la pièce où se trouve ma première cible. Cette dernière est occupée à inspecter les recoins les plus sombres de la pièce où il serait facile de se cacher et me tourne fort heureusement le dos. Je profite de cet avantage pour m'approcher le plus près de l'homme qui ne m'a pas encore remarquée. Ce n'est qu'une fois dans son dos que je me redresse et le frappe d'un coup direct et franc sur le côté droit du cou avec la tranche de ma main. Il perd connaissance presque immédiatement sans prononcer le moindre mot ou le moindre avertissement à l'encontre de ses camarades. Je réceptionne alors son corps pour amortir sa chute dont le bruit aurait pu alerter les autres personnes de la pièce. Je le traîne ensuite jusqu'à un coin sombre et le laisse là le temps de finir de nettoyer les lieux. Helena s'est elle aussi chargée de sa cible et s'est déjà dirigée vers le troisième et dernier intrus de la salle.

Nous sortons toutes deux de la pièce et prenons soin de bien refermer la porte derrière nous, laissant les trois hommes inconscients et ligotés à l'intérieur. La salle des machines et l'étage des cabines ont été sécurisés, ne reste plus qu'à s'occuper du niveau zéro ainsi que du pont. Nous passons tout d'abord par la salle d'entrainement où nous récupérons nos armes respectives puis partons à la recherche de nouvelles victimes. Nous sortons de la pièce et nous engageons dans le couloir principal qui est totalement désert. Alors que nous arrivons au niveau du sas de sortie, nous tombons sur un nouvel ennemi, qui, manque de bol, nous repère immédiatement. Cette fois-ci, il ne faudra pas compter sur l'effet de surprise pour en venir à bout. Et évidemment, ce dernier ne se fait pas prier pour annoncer à ses camarades que nous sommes là puis il se précipite aussitôt vers à la sortie. Visiblement, il n'a pas l'air d'avoir l'intention de jouer les héros comme les deux autres types de tout à l'heure.

_ Bon je crois que c'est raté pour la jouer en finesse sur ce coup là.

_ Oui je crois aussi. En avant pour la méthode bourrine dans ce cas. Me répond Helena. J'ai l'impression qu'il veut rejoindre ses compagnons, tu ne voudrais pas lui donne un petit coup de main pour qu'il aille plus vite

_ Oh mais avec plaisir.

Je déclenche alors une puissante bourrasque horizontale vers la sortie qui emporte le fuyard et le projette sur le pont. Dans son élan, il percute un de ses compagnons qui se trouvait dans l'encadrement de la porte et l'emporte avec lui. Ces derniers s'écrasent sur le garde corps du pont dans un fracas monumental laissant imaginer que l'atterrissage ne s'est pas fait sans douleur. Visiblement sonnés par la violence du choc, ils retombent lourdement sur le pont au milieu de leurs camarades qui ne comprennent pas ce qui vient de se passer. Helena et moi nous dirigeons à notre tour vers l'extérieur d'un pas tranquille, armes en main, tandis que le chef donne ses consignes aux personnes encore debout. Une fois dehors, nous nous plantons devant la porte et observons les intrus restants. Certains nous regardent avec peur, d'autres avec mépris, mais tous ont saisi leurs armes et sont prêts à se battre contre nous. Parmi eux, se trouve un homme d'une trentaine d'années, habillé tel un samouraï. Il est vêtu d'un kimono bleu marine aux manches longues et larges et d'un pantalon un peu évasé. Son kimono est surmonté d'une veste sans manches de couleur sable en haut et noir en bas. Il possède des cheveux noirs mi longs raides et coiffés en une queue de cheval haute. Il ne lui manque plus que le chignon et il aurait la panoplie complète du samouraï. Nous nous regardons tous les uns les autres, scrutant les moindres mouvements de l'adversaire. À chaque fois que les intrus font mine d'avancer, Helena fait claquer sa swordwip ce qui a pour effet de refroidir nos adversaires qui font alors un pas en arrière. Elle arbore un sourire carnassier en voyant l'effet de sa petite manœuvre, visiblement, la situation a l'air de bien l'amuser.

_ Qu'est-ce que vous attendez ? Attrapez moi ces filles qu'on en finisse ! Crie le pseudo samouraï brisant ainsi le silence de mort qui s'est installé.

Malgré leur réticence, les quatre personnes qui l'accompagnent s'élancent alors vers nous en hurlant, comme pour chasser leurs peurs. L'affrontement avec ses quatre là a finalement été de courte durée, un petit coup de karaté des hommes poissons, une bourrasque bien placée et tout ce petit monde a fini à la flotte en moins de temps qu'il en faut pour le dire. Voyant les choses tourner en sa défaveur le pseudo samouraï a bien tenté de prendre la tangente mais Helena l'a intercepté et immobilisé grâce à son arme. Après nous être assurées que le bateau est bel et bien sécurisé, nous traînons les corps inconscients des personnes maîtrisées plus tôt jusqu'au pont. Nous les plaçons ensuite un par un dans la petite barque par laquelle nos intrus sont arrivés jusqu'à nous. Ils l'ont probablement utilisée pour nous approcher par la mer sans avoir à passer par l'unique entrée de la crique qui est totalement à découvert. Après avoir chargé le dernier intrus à bord, Helena saute à l'eau et se dirige vers le large en tirant la barque derrière elle. Elle emmène nos charmants invités faire un petit tour en mer où elle les laissera dériver au grès vagues. De cette façon, on aura l'esprit plus tranquille quand on partira du sous-marin pour aller chercher Zack et Ayato. Je la regarde s'éloigner sur les premiers mètres puis dirige mon attention sur le pseudo samouraï attaché au garde corps du pont inférieur. Depuis que les choses ont commencé à ne plus tourner en sa faveur, il est devenu muet comme une carpe et nous observe avec un regard noir. Pas besoin d'être devin pour se douter qu'il doit être vexé à l'idée que deux filles seules soient parvenues à les mettre en déroute, lui et son petit groupe.

_ Bon maintenant je voudrais bien savoir pourquoi vous nous avez attaqué et où vous avez emmené nos amis.

_ Comme si j'allais te dire quoi que ce soit.

_ C'est toi qui vois, mais dans ton intérêt il vaudrait mieux que tu aies répondu à mes questions avant que l'autre fille revienne.

_ Tu peux toujours essayer de me faire peur, ça ne changera pas. Et puis vous feriez mieux d'oublier vos amis, ils seront morts d'ici la fin de la journée de toute façon.

_ Ok …

J'attrape alors l'un des couteaux que nous avons confisqués aux intrus, puis le plante dans la jambe droite du prisonnier, lui arrachant un cri de douleur. Je crois pouvoir dire sans trop m'avancer qu'il ne s'attendait pas à ce genre de réaction de ma part. Voilà qui lui apprendra à nous prendre de haut et à me mettre de mauvaise humeur.

_ Bon, je commence en avoir sérieusement marre de ce genre de réponse. Je ne vais pas attendre que tu sois dans de bonnes dispositions alors que mes amis sont en danger. On va donc changer de méthode. Soit tu me dis ce que je veux savoir, soit je te troue la peau jusqu'à ce que je sois calmée. Et autant te dire que je suis vraiment d'une humeur massacrante. Je te laisse encore 3 secondes de répits avant de recommencer. Trois !

_ C'est du bluff, j'y crois pas une seule seconde ! Tu crois que tu vas me faire parler avec ça, tu te trompes je suis pas du genre à être impressionné aussi facilement.

_ Deux.

_ Allez ça suffit, arrête de jouer les caïds, ça se voit que tu te forces. Si tu arrêtes maintenant tu auras peut-être une chance de t'en sortir sans trop d'égratignures.

_ Un. Continué-je sans prêter attention à ce qu'il dit.

Je retire alors la lame de sa jambe, lui arrachant une grimace de douleur. Je lève ensuite ma main droite, qui tient toujours le couteau, jusqu'à hauteur de ma tête. J'immobilise ensuite mon bras tout en le fixant d'un regard noir. Malgré ça, il continue de proférer quelques menaces à mon encontre comme si de rien n'était. Mais je sens quand même dans sa voix tremblante qu'il est sur le point de craquer, ce n'est qu'une question de temps. Ce type fait semblant d'être fort et inébranlable mais en vérité, il n'en est rien, ce n'est qu'une grande gueule.

_ Zéro ! Terminé-je en abaissant la lame rapidement.

_ Ok, ok, je vais parler !

En entendant sa phrase, je stoppe aussitôt mon geste, m'arrêtant ainsi à quelques centimètres de sa jambe. J'essuie alors la lame sur la veste du chef de bande puis range le couteau à ma ceinture. Je me redresse ensuite et toise l'homme dont le visage est devenu aussi clair que le haut de sa veste. Ce n'est pas trop tôt, il devient enfin coopératif.

_ À la bonne heure ! Je t'écoute.

_ Notre groupe s'est installé dans l'ancien théâtre du village qui est à quelques kilomètres d'ici. C'est là bas qu'ont été emmenés vos amis. C'est un grand bâtiment, vous pouvez pas le louper.

_ Et bien voilà ! Tu vois quand tu veux. Et bien entendu tu vas nous guider jusque là bas.

_ Nous guider jusqu'où ? Demande Helena en remontant sur le pont.

_ Ah, te revoilà. Nos chers amis ont été satisfaits de la balade ?

_ Je pense qu'ils ne seront pas déçu du voyage, on devrait être tranquille pour un bout de temps. Alors c'est quoi cette histoire de guide ?

_ Il m'a dit où se trouve leur QG et va très gentiment nous y emmener.

_ Voilà qui est parfait, je suis forcée de reconnaître que pour une saltimbanque tu es moins inutile que je le pensais.

_ J'accepte le compliment, c'est déjà beaucoup venant d'une murène.

_ Bon allez, on n'a pas de temps à perdre, il faut se mettre en route.

Nous rassemblons rapidement nos affaires, refermons les portes du sous-marin avec précaution et partons en direction du QG de nos assaillants, guidés par notre cher invité. Pour plus de sécurité, nous avons pris soin de bien le ligoter et de lui lier fermement les poignets. De cette façon, il devrait avoir plus de difficultés à nous fausser compagnie. Et avec la trouille que lui file Helena, il est loin de fanfaronner et fait parfaitement ce qu'on lui dit de faire. Nous marchons plusieurs minutes à travers la forêt sans voir le moindre signe d'un quelconque village. En voyant notre contrariété, l'homme nous assure à plusieurs reprises que nous sommes sur la bonne route, de peur de se faire frapper par Helena. Il nous fait ensuite passer sur un chemin bordant un gouffre d'une dizaine de kilomètres de diamètre, affirmant que le village n'est plus qu'à cinq ou dix minutes de marche. Ce gouffre a du mettre des milliers d'années à se former et a l'air vraiment profond. Je ne serais pas étonnée de voir qu'un lac s'est formé tout au fond de celui-ci mais je n'ai pas vraiment le courage de me pencher pour le vérifier. Et puis, ce n'est pas vraiment le moment d'admirer le paysage. Alors que j'accélère légèrement le pas pour revenir à la hauteur d'Helena et de notre prisonnier, je vois ce dernier marcher sur une pierre qui se dérobe soudainement sous ses pieds. À cause de ça, il perd l'équilibre, bascule en avant et s'étale par terre de tout son long. Si la situation n'était pas si sérieuse, j'aurais probablement explosé de rire en voyant sa chute totalement humiliante.

_ Olalala c'est pas vrai… Soupire Helena en mettant la main devant son visage tout en secouant la tête, visiblement désespérée par la maladresse de notre accompagnateur.

Je me rends presque aussitôt auprès du concerné et l'aide à se relever puisqu'il ne peut pas se servir de ses mains pour ça. Derrière moi, Helena continue de ronchonner faisant comprendre à l'homme qu'il a tout intérêt à vite se remettre en route s'il ne veut pas passer un sale quart d'heure. Elle n'a pas vraiment tort, on a perdu assez de temps comme ça, chaque minute compte. J'aide alors l'homme à se remettre sur ses jambes en le soulevant. Une fois sûre qu'il n'a plus besoin de moi pour se redresser, je décide de le lâcher et de reprendre mes distances. Mais à peine l'ai-je lâché que ce dernier se précipite vers nous tel un taureau furieux. Il se recroqueville légèrement sur lui même et nous donne à toutes les deux un violent coup d'épaule. Entrainées par le choc et notre propre poids nous faisons quelques pas en arrière pour tenter de reprendre notre équilibre et tombons dans le précipice. Au cours de ma chute, je parviens à attraper une prise sur la paroi mais malheureusement pour moi, celle-ci finit par céder sous mon poids. Et pour ne rien arranger, la paroi est légèrement inclinée vers l'extérieur du gouffre ce qui m'empêche ainsi de me raccrocher à quoi que ce soit. Par chance, Helena, qui a réussi à s'accrocher, parvient à attraper ma main in extremis et à stopper ainsi ma chute. Sur ce coup là, on a vraiment été négligentes, on s'est faites avoir comme des débutantes. Comment est-ce qu'on va se sortir de cette situation ?