Chapitre 10 : Au théâtre, tout est dans l'acte

Alors que nous sommes suspendues dans le vide, le pseudo samouraï profite de l'occasion pour nous fausser compagnie et s'éloigne en courant sur le chemin. Celui là ne perd rien pour attendre, il s'est bien fichu de nous. À cause de lui, on se retrouve dans une situation plutôt critique. Il faut vraiment qu'on se sorte de ce mauvais pas et vite, sinon on perdra toute chance de retrouver les garçons à temps.

_ Ça ne serait pas le moment idéal pour t'envoler ? Me demande Helena.

_ Non, désolée mais je ne peux pas.

_ Quoi ?! Mais t'a pourtant un fruit du démon de type logia, ça ne devrait pas être compliqué pour toi de faire ça.

_ C'est pas possible je te dis, je ne peux pas le faire.

_ Mais on va quand même pas le laisser se faire la malle comme ça !

_ Je sais bien. Ecoute, t'occupe pas de moi et part à sa poursuite, je te rattraperai.

_ Hein ? Tu plaisantes j'espère !

_ Pas du tout. Il faut juste que tu m'aides à me rapprocher de la paroi pour que je puisse attraper une prise. Après tu auras le champ libre pour partir à sa poursuite.

_ Et si jamais tu tombes à nouveau, hein ? Tu y as pensé à ça ?

_ Tu préfères que notre seule chance de sauver les garçons nous file entre les doigts ? Tu l'as dis toi même, on n'a pas de temps à perdre. Honnêtement, je pensais que la perspective de me laisser derrière toi t'enchanterait plus que ça. Je vais finir par croire que tu n'es pas capable de te débrouiller sans moi la murène.

_ Prends pas tes rêves pour une réalité la saltimbanque... bon ok, si c'est ce que tu veux… Mais ne viens pas te plaindre si ça tourne mal !

_ Me plaindre ? Si jamais ça tourne mal, je ne serai plus dans la capacité de dire ou faire quoi que ce soit de toute façon.

Tout en se cramponnant bien à la paroi avec sa main droite, Helena commence à balancer son bras gauche d'avant en arrière pour me rapprocher de la paroi. Après deux ou trois aller-retour, je parviens finalement à attraper une prise stable et à m'y accrocher. Je lâche aussitôt la main d'Helena qui s'empresse ensuite d'escalader les quelques mètres qui la séparent du sommet.

_ Essaie de ne pas trop traîner. Si tu es en retard, je ne t'attendrais pas. Me dit Helena une fois en haut, avant de partir en courant.

Après son départ, j'entreprends moi aussi de regagner le bord du gouffre. Alors que je suis à mi-chemin, juste après avoir passé la partie en dévers, je jette un coup d'œil par dessus mon épaule. Plusieurs mètres plus bas, j'y aperçois une grande étendue d'eau, comme je l'avais supposé un peu plus tôt. Ce lac sous-terrain s'est sûrement formé grâce à l'accumulation de l'eau de pluie à l'intérieur du cratère. Un seul faux pas et c'est le plongeon assuré. Et cette fois-ci, ça m'étonnerait que je puisse compter sur une aide extérieure si jamais je finis à l'eau. Après une dizaine de minutes d'ascension, et quelques moments de frayeur à cause de prises glissantes, j'arrive à mon tour au bord du gouffre. À peine suis-je arrivée sur la terre ferme que je me laisse tomber au sol. Mes bras et mes jambes sont parcourus de tremblements à cause du stress occasionné par cette petite ascension imprévue. Je prends plusieurs grandes inspirations pour me calmer puis me redresse et pars à la recherche d'Helena et de notre fuyard. Mais sans aucun indice pour me guider, je peux les chercher pendant des heures sans succès. Et le temps est un luxe que nous n'avons pas. Si je veux les trouver rapidement, il faut que j'arrête de me disperser et que je me concentre. Je ferme alors les yeux et me focalise sur le reste de mes sens et plus particulièrement sur mon fluide perceptif. S'il y a bien quelque chose qui peut m'aider à localiser ces deux là, c'est le fluide. Je finis par sentir la présence de deux individus à quelques mètres l'un de l'autre et situés à l'Est de ma position. C'est bon je les ai trouvées, je suis sûre que ce sont eux, il ne me reste plus qu'à les rejoindre. Si j'y vais à pied, j'en aurais pour plusieurs minutes, mais en passant par les airs ça devrait être plus rapide. Je m'élance alors en courant dans la direction où se trouvent les deux personnes puis saute après trois ou quatre foulées. Juste avant mon saut, je libère une grande masse d'air pour me propulser encore plus. Grâce à cette détente boostée, j'arrive à dépasser la cime des arbres et à avoir une vue d'ensemble sur la forêt. Un peu plus au Sud de ma position, j'aperçois l'entrée d'une ville assez grande, c'est probablement là que se trouvent nos amis. Mais pour le moment, la priorité est de rejoindre Helena. Je la repère à quelques mètres en dessous de moi, dans une zone assez clairsemée. Tandis que je redescends vers elle, je la vois mettre à terre notre fuyard. Je n'ai pas bien vu ce qui s'est passé mais il me semble l'avoir vu balancer des gouttes d'eau, probablement sa technique d'homme poisson. Alors que je me rapproche du sol, j'utilise à nouveau mon pouvoir pour déclencher un courant d'air ascendant juste en dessous de mes pieds afin de ralentir ma chute grâce aux frottements.

_ Eh bien, on dirait que j'arrive trop tard, tu t'es déjà occupée de son cas. Fais-je remarquer en atterrissant à la droite d'Helena.

_ Tient, c'est maintenant que tu arrives… Tu sais voler en fin de compte.

_ Disons que je sais me propulser dans les airs et ralentir ma chute. Mais pour ça, je dois décoller depuis un terrain stable. Mais dis moi, tu ne l'as pas tué quand même…

_ Non ne t'inquiète pas, il est toujours en vie… Même si ça n'aurait pas été une grande perte. Il a dû se cogner la tête en tombant et perdre connaissance.

_ Tu veux te charger toi même de réveiller notre belle au bois dormant ? Lui proposé-je avec un sourire en coin.

_ Avec grand plaisir ! Me répond Helena en faisant craquer ses doigts.

Nous nous approchons prudemment de lui, au cas où lui viendrait à nouveau l'idée de nous berner, puis l'installons contre un arbre après nous être assurées qu'il est bel et bien évanoui. Helena s'occupe ensuite de réveiller notre dormeur à sa manière tandis que ma lance est pointée vers lui pour le dissuader de tenter quoi que ce soit quand il se réveillera. Ce qui est sûr, c'est que je n'aimerais pas être à sa place, Helena n'y va pas avec le dos de la cuillère et lui assène des claques monumentales. Il va avoir sacrément mal au visage lorsqu'il reprendra connaissance. Mais au moins, l'avantage de cette technique est qu'elle est très efficace puisqu'il ne faut que trois ou quatre baffes pour le faire émerger.

_ Allez, on se réveille maintenant. La sieste est finie ! Lui dit Helena alors qu'il reprend progressivement ses esprits.

_ Quoi… ? Mais qu'est-ce que vous faites là ?

_ Tu croyais t'être débarrassé de nous pas vrai ? Eh bien désolée de te décevoir mais il va falloir plus que tes coups en traitre pour t'en sortir.

_ Je-je ne vois pas du tout…

_ Bon maintenant ça suffit ! Lui crie Helena en le soulevant par le col. Ma patience a atteint ses limites. Alors maintenant tu vas te montrer coopératif et nous conduire jusqu'à votre repaire. Et si tu t'avises encore de nous mener en bateau, je te ferai disparaître purement et simplement. Je suis sûre que tes petits amis de tout à l'heure seront ravis de nous guider à ta place plutôt que de dériver au large de l'île sans rien pour se défendre contre les monstres marins.

_ C'est bon, c'est bon j'ai compris le message. Je vais me tenir à carreau, je vous le promets. S'il vous plait, ne me tuez pas, ayez pitié.

_ C'est ta toute dernière chance. Tâche de ne pas la gâcher.

********** Retour dans le présent **********

Une fois en haut de l'échafaudage, nous prenons le temps d'observer les environs et en particulier le fameux théâtre. L'entrée du bâtiment est gardée par seulement trois personnes lourdement armées mais vu l'importance de ce lieu pour leur groupe, il faut s'attendre à ce qu'il y ait encore plus de monde à l'intérieur voire juste dans le hall d'accueil. Si on passe par là, on se fera repérer à coup sûr, on peut donc oublier cette idée. Contrairement à tout à l'heure dans le sous-marin, on ne joue plus à domicile désormais donc ça va être plus dur de les neutraliser un par un sans se faire prendre. On va devoir se montrer bien plus prudentes que depuis le début de la journée. Il vaut peut être mieux que l'on agisse en finesse et qu'on s'infiltre sans faire de vagues. Heureusement pour nous, les toits semblent bien moins surveillés que les rues en contrebas. Il n'y a que deux hommes postés sur le toit du bâtiment et ils sont beaucoup plus attentifs à ce qui se passe au niveau de la rue qu'en hauteur. L'un d'eux est totalement statique et surveille l'entrée du quartier à travers la lunette de son fusil de précision. L'autre en revanche, fait le tour de la coupole en verre située au centre du toit terrasse du théâtre. En passant de toiture en toiture, nous ne devrions avoir aucun mal à rejoindre cette coupole. Et une fois là-bas, on verra bien si on trouve un moyen de nous infiltrer dans le bâtiment en toute discrétion. Nous nous approchons prudemment sans nous faire remarquer et commençons par nous approcher du sniper. Nous le neutralisons rapidement en profitant de l'effet de surprise puis partons nous occuper de son collègue. Une fois le toit sécurisé, je me dirige vers la coupole pour y jeter un œil à travers. Je repère alors une zone où il manque un carreau de verre et me glisse à l'intérieur. La coupole est en réalité une demi-sphère tout en verre avec un squelette métallique au niveau de sa base et qui répartit le poids de la structure et permet au tout de tenir. En dessous de moi se trouve le hall d'entrée, éclairé par un lustre de très grande taille et très ouvragé, dans lequel sont regroupées plus d'une vingtaine de personnes qui montent la garde. Avec le trou de la coupole, on pourrait facilement s'infiltrer dans le bâtiment mais là on serait certaines de se faire repérer. Non, il vaudrait mieux trouver un autre passage. Je ressors de mon poste d'observation et me dirige vers Helena qui termine d'attacher nos deux nouveaux amis.

_ Alors ? Me demande-t-elle en me voyant arriver.

_ Alors si on peut trouver un autre chemin, ça serait mieux.

_ Il y a tant de monde que ça ?

_ Oh au moins vingt personnes bien armées. Un peu trop pour qu'on s'en occupe juste toutes les deux si tu veux mon avis.

_ Mouais, en effet …

Soudain, Helena se redresse sans dire un mot et marche jusqu'à une gaine d'aération située un peu plus loin. Elle s'arrête devant, tente de regarder à l'intérieur puis décroche la grille avec plus ou moins de facilités. Elle se tourne ensuite vers moi avec un petit sourire en coin.

_ On n'a qu'à passer par là !

_ T'es sérieuse ? Tu t'es crue dans un film d'espions ou quoi ? On ne sait même pas où ça mène.

_ On n'a qu'à y entrer pour en avoir le cœur net. Et puis tu as une meilleure solution à proposer peut être ?

_ Pas vraiment. Bon ok, je te suis…

Nous entrons alors toutes les deux dans la gaine et progressons doucement à l'intérieur. Par chance, cette dernière est assez grande pour nous permettre d'avancer à quatre pattes sans trop de difficultés, mais bon, il vaut mieux ne pas être claustrophobe non plus. Au bout de quelques mètres à l'horizontale, le conduit plonge en angle droit sur deux ou trois mètres. Nous descendons chacune notre tour puis continuons dans le passage qui semble revenir vers le théâtre. Nous arrivons finalement dans un cul de sac avec une grille au niveau du sol. Nous retirons cette dernière puis jetons un œil à travers l'ouverture avant de descendre. Ce passage nous fait déboucher dans les toilettes publiques du bâtiment, visiblement inutilisées depuis un bout de temps si on en juge par la quantité de poussière qui s'y est accumulée. En sortant de la pièce, nous constatons que cette dernière se trouve au bout d'un couloir au premier étage et dont l'autre extrémité débouche sur un grand escalier. Ce dernier relie le hall du rez-de-chaussée à trois couloirs du premier étage. Comme on s'y attendait, le hall est bourré de monde. Entrer par la porte principale aurait été une grosse erreur de notre part. Nous avançons prudemment jusqu'à l'intersection et empruntons le couloir directement à notre droite sans nous faire remarquer. Étant donné le manque de surveillance à cet étage, ce n'est certainement pas là que sont enfermés les garçons. On va devoir fouiller la zone de fond en comble pour les trouver. En suivant le couloir, nous débouchons dans une salle de spectacle où les gradins sont organisés en demi-arc de cercle autour de la scène. La pièce comporte un rez-de-chaussée, où il y a la scène, et un balcon en arc de cercle, dont le bord se situe à l'aplomb de la scène, où se trouvent plusieurs rangées de sièges allant jusqu'en haut de la plateforme. En contrebas, nous apercevons quatre bandits en train de se défouler sur quelqu'un ou quelque chose avec beaucoup d'amusement. Il ne nous faut pas longtemps pour reconnaître Ayato recroquevillé au sol pendant que les quatre hommes le rouent de coups. D'un seul mouvement, nous nous élançons toutes les deux vers le bord du balcon, prenons appui sur la rambarde et sautons pour atterrir toutes deux sur la scène en contrebas. Ne s'attendant pas vraiment à nous voir débarquer, nos adversaires ne nous remarquent pas tout de suite et mettent quelques instants à réagir. Profitant de l'effet de surprise, je me dirige rapidement vers les deux qui sont les plus proches de moi tout en dégainant mon arme. Une fois à leur niveau, je frappe l'un à la tête avec la partie non tranchante de mon arme puis enchaine avec un coup dans le ventre avec le pommeau de la garde. Je m'attaque ensuite au deuxième en le frappant en dessous de la mâchoire, toujours avec le pommeau, afin de l'étourdir. J'enchaine ensuite en générant une lame de vent qui le propulse avec violence contre le mur derrière lui. Alors qu'il retombe lourdement au sol après avoir perdu connaissance, je termine son acolyte par un dernier coup sur la nuque avec la tranche de ma main qui lui fait perdre connaissance. Il s'écroule alors à mes pieds en poussant un léger râle. Grâce à l'effet de surprise, je n'ai pas eu beaucoup de mal à me débarrasser de mes deux adversaires, j'ai eu de la chance. S'ils avaient été en pleine possession de leurs moyens ça aurait probablement été plus difficile d'en venir à bout. Et en voyant les quatre corps aux pieds d'Helena, je constate qu'elle non plus n'a pas rencontré de résistances particulières. Elle s'est même occupée de ses adversaires avec une facilité déconcertante grâce à ses techniques de karaté, ils n'avaient aucune chance face à elle, qu'ils soient sous le coup de la surprise ou non. La zone étant maintenant sécurisée, nous nous rendons auprès d'Ayato qui se redresse péniblement. Son corps est parcouru d'ecchymoses et d'hématomes, visiblement il a passé de sales quarts d'heure depuis qu'il a été emmené hors du sous-marin. En voyant comment ces types ont traité Ayato, je ressens beaucoup moins de scrupules pour la manière dont on s'est occupées de ceux qui étaient dans le sous-marin.

_ Est-ce que tu vas bien Ayato ? Lui demande Helena.

_ Ouais ça va, on peut dire que vous êtes arrivées à temps les filles. Comment vous m'avez retrouvé ?

_ On a demandé notre chemin à un guide fort sympathique qui passait dans le coin. Lui répond Helena sur un ton sarcastique.

_ Zack n'est pas avec toi ? Lui demandé-je.

_ Non, on était enfermés tous les deux mais ces quatre là sont venus me chercher et m'ont emmené ici en laissant Zack dans la cellule.

_ Ils avaient l'air de t'en vouloir à mort, comme s'ils avaient un problème personnel avec toi. Qu'est-ce que tu leur as fait pour les rendre aussi furieux ?

_ Disons que ce n'est pas la première fois que je les croise. Et visiblement ils n'ont pas l'ai de m'avoir oublié et ont gardé quelques rancœurs contre moi.

_ C'est à dire ?

_ Je vous expliquerai les détails plus tard, quand on sera de retour au sous-marin, c'est promis. Mais avant ça, on doit encore retrouver Zack.

Ayato n'a pas totalement tort, on est encore en plein territoire ennemi et Zack n'est toujours pas sorti d'affaire. Ce n'est pas le moment de prendre le thé et de discuter du passé, aussi intéressant qu'il puisse être. Nous nous occupons de déplacer nos quatre dernières victimes pour les mettre à l'abri des regards indiscrets puis nous dirigeons vers la porte de sortie de l'amphithéâtre. Cette dernière donne sur un escalier qui s'enfonce davantage dans le sol. Ayato nous explique que c'est bien par là qu'il est monté quelques minutes plus tôt. Il y a donc tout à parier que c'est au bout de ce chemin que nous trouverons Zack. Nous descendons deux étages plus bas, jusqu'à arriver au dernier sous-sol. Nous sortons de la cage d'escalier et arrivons dans une salle rectangulaire au milieu de laquelle se trouve une grande table ronde entourée de 6 chaises. Un peu plus loin, à l'autre extrémité de la salle, j'aperçois deux canapés face à un écran. Il doit probablement d'agir d'une salle de repos pour les membres de leur bande si on en juge par les cartes et les cadavres de bière qui sont éparpillés sur la table. Je remarque alors deux personnes assises à la table et qui sont en train de discuter. Ces derniers sont face au couloir qui se trouve au fond de la salle et nous tournent idéalement le dos. Nous profitons de leur négligence pour nous approcher tous les trois d'eux et les neutraliser en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire. Nous les laissons là où ils sont et empruntons immédiatement le couloir qui est le seul autre chemin, à part la cage d'escalier. Nous suivons ce dernier sur plusieurs mètres avant d'arriver devant plusieurs cellules. La plupart d'entre elles sont totalement vide, hormis celle du fond. À l'intérieur de cette dernière, nous retrouvons Zack, assis dans un coin en fixant le sol. Il a vraiment l'air abattu, je ne l'ai jamais vu comme ça, on dirait qu'il a perdu toute volonté de se battre.

_ Zack, tout va bien ? Lui demande Helena en se précipitant vers les barreaux.

En entendant la voix d'Helena, Zack redresse aussitôt la tête et nous regarde les uns après les autres avec de grands yeux stupéfaits. La surprise passée, il semble avoir retrouvé l'énergie et le dynamisme qui le caractérisent d'habitude. Il se lève rapidement et se précipite jusqu'à la grille qui nous sépare.

_ Ayato ! Je suis soulagé que tu n'aies rien de grave. Je suis content de vous voir aussi les filles, je me suis fait un sang d'encre pour vous.

_ Nous aussi on s'est fait beaucoup de soucis Zack. On va bientôt te sortir de là, ne t'inquiète pas.

Après quelques minutes d'acharnement sur cette maudite serrure, nous parvenons finalement à la casser et à ouvrir la porte de la cellule. Une fois Zack libre, je me rends dans la pièce juste à côté de la cellule. En entrant, je constate qu'il s'agit d'un bureau assez ordinaire mais qui a plutôt l'air de servir de débarras. Dans tout ce fourbi, je trouve mon bonheur et mets la main sur les armes de Zack et Ayato que je m'empresse de leur rendre. Ces formalités terminées, nous reprenons notre chemin et nous dirigeons vers l'escalier par lequel nous sommes venus afin de quitter cet endroit. Mais à peine sommes nous revenus dans la salle de repos que notre chemin est interrompu par cinq personnes. Parmi eux se trouvent les deux types que nous avons assommés un peu plus tôt. Et vu leur visage, ils ont l'air de ne pas avoir apprécié d'avoir été maîtrisés avec autant de facilité. Nous saisissons nos armes et nous élançons tous les quatre vers ces personnes qui nous bloquent le passage. Il ne nous faut que quelques minutes pour nous débarrasser chacun d'un ennemi. Heureusement pour nous, ces sous-fifres ne sont pas bien costauds et ne semblent pas maitriser le fluide ni tout autre technique gênante. Mais dans la confusion générale, le cinquième a profité de notre inattention pour prendre la poudre d'escampette. À tous les coups, il doit déjà avoir averti le reste de son groupe. Si on espérait partir d'ici incognito, maintenant c'est trop tard. Ne souhaitant pas attendre la venue de nouveaux assaillants, nous décidons de poursuivre notre chemin et empruntons l'escalier. Mais alors que nous passons la porte menant au couloir qui fait la liaison entre la cage d'escalier, l'amphithéâtre et l'arrière de la scène, nous entendons de l'agitation provenant de l'amphithéâtre et qui se rapproche rapidement de nous. Souhaitant éviter les combats inutiles, nous décidons de prendre le chemin menant à l'arrière de la scène. Comme il s'agit d'un ancien bâtiment public, tout est plutôt bien indiqué et il y a pas mal de plan des lieux accrochés dans les couloirs. De plus, l'architecture n'est pas très complexe ce qui nous permet de nous repérer assez facilement et de savoir où passer. La prochaine étape est d'atteindre l'étage supérieur et après ça on devrait pouvoir regagner sans trop de soucis la grille par laquelle nous sommes entrées avec Helena. Alors que nous avançons d'un pas rapide dans les arrières-coulisse, nous apercevons un groupe de six personnes arriver face à nous et nous bloquer la route. Tous sans exceptions sont armés jusqu'aux dents et sont prêts à en découdre. Passer en force risque d'être plus facile à dire qu'à faire. Il ne manquait plus que ça … Si on ne se débarrasse pas vite d'eux, ceux qui sont derrière vont finir par nous rattraper et on sera alors pris en étau, sans aucune échappatoire.

_ C'est fini, la route s'arrête ici pour vous ! Nous dit un premier homme.

_ Rendez-vous, ça vaudra mieux. On n'a rien de spécial contre vous les pirates. Ce qu'on veut avant tout c'est nous venger de ce sale chien de la marine. Ajoute un deuxième en désignant Ayato. Livrez le nous et on vous laissera partir !

_ Qu-quoi ?! Ola, une minute, qu'est-ce que vous racontez ? Intervient Zack.

_ C'est quoi cette histoire de marine ?! Ajoute Helena.

_ Ayato, dis nous qu'ils se trompent de personne.

_ Oh, alors comme ça il ne vous a rien dit… Ça ne m'étonne pas vraiment, je suis prêt à parier qu'il avait prévu de vous trahir un jour ou l'autre.

Je jette alors un œil vers Ayato qui n'a pas dit un mot depuis que le bandit a affirmé qu'il est un soldat de la marine. Sa tête est légèrement baissée vers le sol et ses poings sont serrés. Je ne sais pas vraiment de quoi il retourne réellement mais visiblement, il y a au moins une part de vérité dans ce que viens de nous dire nos ennemis. Et ça a l'air de bien contrarier Ayato. En même temps je le comprends, même si cette histoire est vraie, il n'avait probablement pas envie qu'on l'apprenne de cette manière. C'est vraiment le pire scénario qu'il pouvait espérer. Lui qui ne s'étend jamais sur son passé, maintenant je comprends pourquoi, il devait avoir peur de notre réaction. Mais en tout cas, je n'aurais jamais imaginé qu'il avait un lien quelconque avec la marine. Mais peut importe ce qu'il a fait par le passé, il devait avoir ses raisons et je suis certaine qu'il nous en aurait parlé de lui même lorsqu'il se serait senti prêt. J'ai totalement confiance en Ayato et ce n'est pas cette annonce qui va me faire changer d'avis. Et je pense que c'est pareil pour Zack et Helena. Après tout, nous faisons partie du même équipage, on doit avoir confiance les uns envers les autres.

_ Ayato… Commencé-je en faisant un pas vers lui.

_ Leïla, est-ce que tu peux déclencher une bourrasque ? Me demande-t-il tout bas. Je vais aussi avoir besoin de ton aide Helena.

_ Qu'est-ce que tu as en tête ? Lui demande Helena.

_ Quand Leïla utilisera son pouvoir, il faudra que tu vises les luminaires au dessus de nous Helena. Après ça vous vous précipiterez vers la pièce qui se trouve juste à notre droite. Nous explique Ayato à voix basse.

_ …

_ Je vous demande de me faire confiance sur ce coup là. Je vous promets que lorsqu'on sera sortis d'affaire je répondrai à toutes vos questions. Ajoute Ayato face à notre silence.

_ Qu'est-ce que vous manigancez tous les quatre ?

_ Alors les pirates, vous êtes décidés à nous livrer le soldat ?

_ Vas-y Leïla ! Me crie Ayato.

En entendant le signal, je mobilise mes ressources et génère deux barrières de vent de part et d'autre de notre groupe et qui sont perpendiculaires au couloir. Helena ne perd pas de temps non plus et utilise sa technique de la goutte d'eau pour détruire la base des luminaires. Privés de leur attache, ces derniers tombent du côté des bandits semant le trouble parmi leurs rangs. Nous nous précipitons ensuite vers la pièce directement à notre droite et fermons la porte derrière nous. À peine le contact visuel est-il rompu avec la barrière que le vent retombe, laissant ainsi le champ libre à nous poursuivants. Ayato et Helena se précipitent alors vers la commode en bois dans l'idée de l'utiliser pour bloquer la porte tandis que Zack et moi la retenons face aux offensives des assaillants qui se trouvent de l'autre côté. On peut dire qu'ils n'ont pas perdu de temps pour se relancer à nos trousses, dès que la barrière a disparue ils se sont rués sur nous. Ils ont l'air bien décidés à défoncer cette porte pour nous mettre la main dessus. Si j'avais dû retenir ces excités toute seule, jamais je n'aurai tenu le coup mais avec Zack à côté de moi ça change la donne. Et heureusement pour nous, Ayato et Helena reviennent rapidement avec de quoi bloquer la porte, mettant ainsi un terme à notre tâche. Au moins avec cette solution on a droit à quelques minutes de répit. Il leur faudra un petit moment pour défoncer la porte puis l'armoire qu'on a placée pile dans l'encadrement pour boucher le passage.

_ On peut dire qu'on a eu chaud. Soufflé-je en me laissant tomber au sol.

_ Hey dis donc Ayato. Quand est-ce que tu comptais nous annoncer la vérité hein ? À quoi ça rime ces cachoteries ! Le réprimande Zack.

_ Je suis sincèrement désolé, je n'ai jamais voulu vous mentir. J'attendais juste le meilleur moment pour tout vous raconter.

_ Maintenant je comprends mieux pourquoi il nous ont attaqué. Ils en avaient après toi. Ils t'en veulent de les avoir mis derrière les verrous quand tu étais encore soldat, c'est ça ?

_ Oui. C'était juste avant que je devienne commodore. Et normalement ils ne devraient pas être ici, ils devraient encore se trouver en prison.

_ Commodore ?! Alors t'étais un haut gradé ?

_ Est-ce que le capitaine est au courant de ça ? Lui demande Zack.

_ Oui, c'est d'ailleurs le seul à connaître toute la vérité. Enfin c'était le seul jusqu'à ce que ce type balance tout.

_ Bon et maintenant qu'est-ce qu'on fait avec tous ces fous furieux qui sont à nos trousses ? Demande Helena.

_ C'est vrai qu'ils ne nous laisseront jamais sortir tranquillement d'ici. Et même si on arrive à retourner au sous-marin ils reviendront nous y chercher. Fais-je remarquer.

_ Il doit bien y avoir une solution…

Alors que nous réfléchissons à un moyen de nous sortir de ce mauvais pas, j'observe attentivement la pièce dans laquelle nous nous sommes réfugiés. Cette dernière n'est pas très grande et a l'air de servir de zone de stockage si on en juge par tout ce qui y est entassé. Ce n'est pas au milieu de ces bibelots et de cette pile de cape qu'on trouvera de quoi s'en sortir. En plus de ça, nous venons de barricader la seule sortie de la salle. Nous sommes donc coincés dans un cagibi avec de l'autre côté un groupe de bandits remontés contre nous et qui n'ont qu'une hâte, nous mettre en pièce les uns après les autres. Et dire que s'ils ne s'étaient pas échappés de prison on aurait passé une après-midi tranquille sur le sous marin. Mais bien sûr, la voilà la solution à notre problème !

_ Si j'ai bien compris ce que tu as dit, ces types sont des hors la loi. La marine doit donc être aussi à leur recherche, n'est-ce pas ? Demandé-je à Ayato en me tournant vers lui.

_ Oui c'est exact. Mais ils ne sont pas bêtes. Ils savent rester discret pour ne pas attirer l'attention vers eux et éviter de se faire repérer.

_ Qu'est-ce que tu as en tête Leïla ? Me demande Zack.

_ Mais oui ! Si on veut avoir la paix, on n'a qu'à laisser la marine se charger d'eux. Comme on dit l'ennemi de mon ennemi est mon ami. Intervient Helena.

_ Exactement.

_ C'est bien joli, mais comme je l'ai dis, ils se font discrets. Je doute que la marine fasse une descente dans ce théâtre aujourd'hui.

_ Si ça ne tient qu'à ça…

_ Il ne nous reste plus qu'à amener les soldats jusqu'ici. Termine Helena qui a parfaitement compris où je veux en venir.

_ Ouais ça pourrait marcher, mais pour ça il faut encore qu'on sorte de cette salle. Nous fait remarquer Ayato.

_ Ça je m'en occupe, laissez-moi faire. Intervient Zack.

Ce dernier se dirige alors vers le mur à l'opposé de la porte et donne quelques coups à plusieurs endroits du mur. Après avoir repéré les endroits qui sonnent creux, il enduit son poing de fluide et frappe la cloison de toutes ses forces. En seulement trois coups de poings, il parvient à créer une ouverture assez grande pour nous permettre de sortir. Il n'y a pas à dire, que ce soit en défense ou en attaque, Zack est vraiment redoutable. Il vaut mieux l'avoir comme ami que comme ennemi. En revanche, avec tout ce boucan, les bandits ne vont pas tarder à rappliquer par ici, on ferait mieux de ne pas traîner dans les parages.

Après être sortie de la bouche d'aération, je me retourne vers Helena pour lui offrir mon aide afin de s'extirper du conduit. Nous quittons ensuite le quartier rouge sans nous faire remarquer et nous dirigeons vers le centre-ville au pas de course. Nous n'avons pas une minute à perdre, Zack et Ayato sont restés au théâtre pour occuper les bandits mais aussi puissant soient-ils, ils ne tiendront pas indéfiniment face au flux d'adversaires.

_ Tu es prête ? Me demande Helena en rabattant la capuche de sa cape sur sa tête.

_ Ohh que oui.

Je ramène moi aussi ma capuche sur ma tête et emboîte le pas d'Helena, armes en main. Nous nous rendons directement sur la place centrale, là où se trouve la caserne de la marine et passons plusieurs minutes à saccager les lieux. Les soldats ne tardent d'ailleurs pas à montrer le bout de leur nez pour tenter de nous arrêter. Nous profitons alors de leur présence pour provoquer davantage de désordre mais en tachant toutefois de ne pas les mettre KO. Notre objectif est juste de les provoquer suffisamment pour qu'ils mobilisent un maximum de soldats mais pour ça il faut éviter d'en mettre trop au tapis. Sinon, ils ne seront jamais assez nombreux pour s'occuper du groupe de bandits. Pour ne pas éveiller les soupçons, et les empêcher de nous reconnaître, nous avons pris soin de cacher nos visages sous de grandes capes noires que nous avons dérobées à deux bandits. Et grâce à leur emblème de gang qui est brodé sur le devant des capes, les soldats ne devraient pas avoir de mal à faire le lien entre le symbole et le groupe de malfrat qui s'est échappé de prison, surtout s'ils sont connus comme le loup blanc. À mesure que s'égrainent les minutes, le nombre d'adversaires ne cesse de croître et nous commençons alors à être submergées par le nombre.

_ Hey, il est peut être temps d'y aller, non ? Me demande Helena en se rapprochant de moi.

_ Oui, je pense qu'on a rameuté assez de monde.

_ Alors c'est parti ! Essaie de ne pas trop te faire distancer.

Helena saisit alors son arme à pleines mains et s'élance à toute vitesse vers le groupe de soldats. Sa manœuvre permet ainsi de dégager une ouverture par laquelle nous nous engouffrons toutes les deux sans perdre une minute. Comme nous l'avons espéré, les soldats ne tardent pas à s'élancer à nos trousses et nous suivent à travers la ville dans le but de nous attraper. En les entendant parler, ou plutôt crier entre eux, je comprends que notre manœuvre a parfaitement fonctionné et qu'ils nous prennent bien pour deux membres du groupe de brigands qu'ils recherchent depuis un moment. Conformément à notre plan, nous les guidons à travers les ruelles jusqu'au quartier rouge en tachant de ne pas éveiller leurs soupçons. C'est maintenant que les choses vont devenir plus délicates. Nous passons sans problème l'entrée du quartier, cette dernière n'étant plus gardée à cause du remue ménage que nous avons causé dans le théâtre un peu plus tôt. Nous nous engageons alors dans la ruelle menant à la place où se trouve le théâtre tandis que les soldats continuent de nous suivre, légèrement à la traîne. À la sortie du passage, nous croisons deux bandits qui ont probablement été chargés de monter la garde et d'empêcher quiconque de s'approcher de leur QG. Ces derniers sont tellement surpris de nous voir débarquer comme des furies qu'ils mettent quelques instants à réagir. Et avec nos capes, je ne suis même pas certaine qu'ils nous aient reconnues. Nous ne perdons pas de temps avec ces deux là et regagnons la sortie du passage. Nous nous dirigeons ensuite vers les maisons directement à droite de la sortie et escaladons les façades à toute vitesse. Nous nous postons ensuite sur le toit pour observer la suite des opérations. Grâce à l'avance que nous avions sur les soldats, ces derniers n'ont pas eu le temps de voir par où nous sommes parties. Et il faut bien dire que la réaction des deux gardes nous a bien rendu service et a dépassé nos espérances. Malgré la surprise provoquée par notre arrivée soudaine, leur attention s'est vite détournée de nous pour se reporter vers le flux de soldats qui déboulait sur eux. Ils ont alors rapidement ouvert les hostilités et ont sonné l'alarme pour avertir leurs compagnons. Les bandits qui gardaient l'entrée du théâtre sont alors venu en renfort, provoquant ainsi une confrontation entre les soldats et leur groupe. Mais malheureusement pour eux, les soldats sont venus en nombre et parviennent à leur tenir tête sans trop de difficultés. Et il semblerait même qu'ils grappillent petit à petit du terrain sur les hors la loi. Même en s'y mettant tous ensembles, je doute que les bandits parviennent à les repousser. D'autant que l'un des soldats vient de demander du renfort par escargophone au reste de la caserne ce qui veut dire que le pire est encore à venir pour eux. Visiblement Helena et moi n'avons pas réussi à attirer la totalité des soldats de la ville. En même temps, ils n'allaient pas non plus mobiliser toute la garnison pour juste deux filles seules. Alors que nous contemplons le spectacle d'un air satisfait, j'aperçois Ayato et Zack en contrebas qui profitent de la confusion générale pour sortir en douce du théâtre par la porte principale. Je les regarde un moment déambuler à travers les cachettes de fortune pour ensuite gagner une autre sortie du quartier et finalement disparaître de mon champ de vision. Et à ce que je vois, personne ne les a remarqué et il n'y a pas l'air d'y avoir de bandits à leurs trousses. Ils ont du se débarrasser de ceux qui étaient restés à l'intérieur. Je pense qu'il n'y a plus de souci à se faire pour ces deux là, ils ont dû prendre la route du sous-marin. Et je pense que nous n'allons pas tarder à faire de même.

_ Ça y est Ayato et Zack sont partis. Informé-je Helena.

_ Parfait. On peut dire que notre plan a marché comme sur des roulettes.

_ Oui, voilà un sauvetage rondement mené.

Nous nous tournons alors l'une vers l'autre puis nous tapons toutes les deux dans la main avec un sourire satisfait sur le visage, comme pour nous féliciter mutuellement. Mais à peine nos mains se sont-elles touchées, que nous nous regardons dans les yeux et reprenons immédiatement nos distances. Mais qu'est-ce qui m'a pris de faire ça. Je ne comprends absolument pas ce qui m'a pris. Ce n'est pas comme si elle était ma meilleure amie non plus. Si nous avons coopéré c'était uniquement parce que la vie de nos amis était en danger, rien d'autre. Ça m'étonnerait que l'on devienne amies un jour, on est beaucoup trop différentes pour ça.

_ Ahem… Bon on ferait mieux de rentrer, on a assez traîné.

Laissant à la marine le soin de se charger de nos précédents adversaires, nous quittons à notre tour les lieux et nous dirigeons tranquillement vers le sous-marin. Nous arrivons à ce dernier peu de temps avant que la nuit tombe. Sur le chemin, aucune de nous ne s'est adressée la parole ni même regardée, autant dire que le trajet s'est fait dans un silence absolu. Une fois arrivées au sous-marin, nous avons été accueillies par les deux garçons qui sont arrivés quelques minutes avant nous. Ces derniers profitent d'ailleurs de ce retour au calme pour nous remercier à nouveau alors que nous partons nous installer dans la cafétéria.

_ En tout cas, si on m'avait dit qu'un jour vous travailleriez ensembles pour nous sauver la mise, je ne l'aurais pas cru.

_ Ouais c'est clair ! Renchérit Zack. C'est presque de la science fiction.

_ Elle m'a bien ralentie, mais je dois reconnaître que son idée d'utiliser les soldats de la marine à notre compte était plutôt bonne. Lui répond Helena.

_ Il a fallu que je supporte son venin toute la journée, mais il faut avouer qu'elle sait se montrer efficace quand elle veut. Réponds-je à Ayato en même temps qu'Helena.

_ Quoi ? Qu'est-ce que tu as dit ? ! Crions nous toutes les deux en même temps.

_ Je te signale que sans moi tu serais tombée au fond du précipice. À chaque fois, j'étais là pour rattraper tes bourdes.

_ Quoi ? ! Comment ça mes bourdes. C'est facile à dire quand on ne prend pas d'initiatives. Si je n'avais pas été là, tu te serais pris le gaz anesthésiant alors que tu étais tranquillement planquée dans le placard à balais.

_ Je m'en serai très bien sortie toute seule. Je n'avais besoin de l'aide de personne et certainement pas d'une saltimbanque dans ton genre.

_ T'inquiètes pas la murène, c'est bien la dernière fois que je te donne un coup de main.

_ Bon allez les filles calmez-vous, vous n'allez quand même pas vous battre.

Suite à l'intervention de Zack, nous stoppons toutes les deux notre querelle et nous asseyons à nos places en évitant de nous regarder et de nous parler. C'est bien ce que je pensais, nous ne sommes pas prêtes de devenir amies, nous sommes beaucoup trop différentes pour ça. Bien décidé à changer de sujet, Zack se tourne alors vers Ayato pour lui demander plus d'explications sur son passé. Ce dernier nous explique alors qu'il a été soldat pendant de longues années avant de finalement quitter la Marine il y a trois ans de cela. Au cours de son évolution au sein de la Marine, il a réussi à mettre sous les verrous le groupe de bandits que nous avons croisés aujourd'hui. À l'époque, ces derniers causaient de nombreux problèmes sur leur passage elle étaient devenu une priorité pour la Marine. Cette arrestation lui avait d'ailleurs permis de monter en grade et d'atteindre le rang de commodore. Mais il y a trois ans, on lui a donné une mission qui devait lui permettre d'accéder au statut de vice amiral si elle était menée à bien. Cependant, cette mission était bien éloignée des valeurs et des idéaux d'Ayato, ce qui l'a contraint à refuser. Suite à ça, Ayato a été progressivement destituée de son rang et de ses fonctions. Il a été le sujet de nombreuses rumeurs et humiliations, ce qui l'a poussé à quitter la Marine. Cette décision a été particulièrement difficile à prendre pour lui puisqu'il avait une grande confiance en les valeurs de la Marine jusqu'à ces événements. Mais tout ce qu'il a subi avait réussi à détruire cette confiance en la justice de la Marine et son dévouement. Au fil de son récit, je parviens sans trop de mal à sentir toute la déception dans sa voix lorsqu'il évoque ces passages douloureux. Lorsqu'il aborde tout ce qu'il a vécu après son départ et au début de sa nouvelle vie de pirate, son visage s'illumine et il n'y a alors plus aucune trace de tristesse dans sa voix. Visiblement, il n'a pas l'air de regretter les choix qu'il a fait et semble satisfait de son parcours. Et aussi étonnant que ça puisse paraître, je n'ai pas l'impression qu'il soit contrarié que son secret ait été dévoilé de cette façon. Au contraire, il y a l'air d'être plutôt serein et soulagé. Sûrement ce secret le rongeait-il de l'intérieur et il devait se sentir gêné de nous cacher son passé. Je comprends parfaitement ce qu'il peut ressentir et d'une certaine façon je l'envie. Ça doit être tellement bien de ne plus avoir un tel fardeau sur ses épaules, on doit se sentir plus léger. Alors que la nuit tombe progressivement sur le sous-marin, nous décidons d'instaurer des quarts de garde pour le reste de la soirée, juste au cas où quelque chose d'autre nous tomberait dessus.

Une tasse de café dans chaque main, je sors sur le pont et retrouve Ayato fidèle à son poste et attentif au moindre bruit. Une fois à son niveau, je lui tends sa tasse puis m'assoie en face de lui de telle façon à couvrir du regard toute la zone qui se trouve dans son dos. Autour de nous, rien ne bouge et tout semble parfaitement endormi. Seul le clapotis des vagues sur la coque du sous-marin brise le silence environnant. C'est tellement calme qu'on pourrait facilement s'endormir et ce n'est pas l'envie qui me manque. Souhaitant lutter contre la fatigue, j'avale une grande gorgée de café. Encore trois heures à tenir et nous aurons fini le tour de garde. Dans trois heures, nous passerons le relais à Zack et Helena et nous pourrons enfin nous laisser tomber dans nos lits respectifs.

_ Ça va, tu tiens le coup Leïla ?

_ Je ne vais pas te cacher que j'irai bien plonger dans mon lit en ce moment mais ça va.

_ Ahahah je te comprends, c'est pareil pour moi. Quand on y pense, ça a quand même été une sacrée journée.

_ À qui le dis-tu… J'étais loin de me douter que cette surveillance nous ferait découvrir autant de choses sur ton passé.

_ Tu ne m'en veux pas de vous avoir caché tout ça ?

_ Non pas du tout. Au fond… On a tous notre petite part d'ombre. Mais je ne me demandais, quelle était cette mission que tu as refusée ? Tu veux bien m'en parler ?

_ J'avais pour ordre de retrouver une certaine esclave qui avait fuit le domicile d'un dragon céleste dans lequel elle était enfermée. Je devais la ramener pour qu'elle soit punie et avait pour consigne de tuer tous ceux qui lui viendraient en aide de quelque manière que ce soit.

_ Je vois, pas étonnant que tu aies été déçu de la Marine après ça…

_ Oui, c'est à partir de ce moment-là que j'ai commencé à ouvrir les yeux sur les agissements de la Marine. Et toi ? Quel est ce secret que tu caches ?

_ Un secret ? Je n'ai aucun secret de ce genre.

_ Tu ne m'auras pas comme ça Leïla, je vois bien que toi aussi tu as un poids sur les épaules. Tu sais, si l'expérience d'aujourd'hui m'a appris quelque chose c'est que ça fait vraiment du bien de se confier à quelqu'un.

_ Décidément, je ne peux rien te cacher… Mais dans mon cas, je doute qu'en parler m'aide vraiment. Aujourd'hui, mon passé est derrière moi et tout ce que je veux maintenant c'est l'oublier, rien de plus.

_ Je comprends, si jamais tu as besoin d'une oreille attentive un jour, je serai là.

Après l'avoir remercié, je laisse mon regard se perdre dans le ciel étoilé. Oublier mon passé… J'ai beau essayer de me voiler la face, je sais très bien que ça ne sera pas si simple de tout oublier. Tout ce que je peux faire, c'est apprendre à vivre avec, rien de plus. Je doute qu'en parler m'aidera à me sentir mieux, même si je n'aime pas cacher des choses à mes amis ni à Law. Et en plus de ça, je ne suis pas sûre d'être capable de rester aussi sereine et détendue qu'Ayato si mon secret venait à ressortir au grand jour.

Aux alentours de 7h du matin, nous sommes rejoints par Helena et Zack qui viennent prendre la relève et mettre ainsi fin à notre deuxième tour de garde de la nuit. Impatiente de retrouver mon lit, je salue mes compagnons et me dirige directement vers la cabine. Épuisée, je me laisse tomber sur le matelas et m'endors quasiment immédiatement. Je suis tirée de mon sommeil quelques heures plus tard par une main me caressant doucement les cheveux. J'ouvre difficilement les yeux alors que mon corps entier me hurle qu'il a besoin de dormir. Après avoir constaté que ce n'est pas un rêve, je me retourne pour voir l'identité de la personne à qui appartient cette main et aperçois Law assis sur le bord du lit.

_ Ça y est, tu es rentré ? Quelle heure il est ?

_ Bientôt 9 heures, on vient à peine d'arriver. Tout s'est bien passé ?

_ Oui, oui. La routine quoi.

Alors que je lutte contre le sommeil, Law entre à son tour sous les draps sans prendre le temps de se déshabiller. Il se rapproche ensuite de moi et me prend dans ses bras. Alors que ma tête est posée contre son torse, je sens le parfum de Law se diffuser tout autour de moi. Je ne m'en étais pas rendue compte avant, mais ce parfum m'avait vraiment manqué, même s'il n'est pas parti longtemps. Son parfum a un tel pouvoir apaisant sur moi que mon corps se relâche presque instantanément. Alors que Law me caresse affectueusement la tête, je replonge dans le pays des songes, confortablement logée dans ses bras et bercée par le soulèvement régulier de son torse.