Chapitre 14 : Dans l'antre de la bête

Pendant de longues heures, nous fouillons en long en large et en travers les différentes zones de notre liste. Parmi elles se trouvent les lieux qui nous ont été conseillés par le pisteur que nous avons croisé à la sortie du village. Mais malgré tous nos efforts, nous n'avons trouvé aucune trace du fameux nid. Il faut bien reconnaître que chercher quelque chose quand on ne sait pas à quoi ça ressemble est loin d'être évident. Après, étant donné la taille du serpent, je suppose qu'on s'en serait rendus compte si on était passé à côté de sa demeure.

_ Et encore un échec, il semblerait que le nid ne soit pas non plus dans cette zone. Annonce Alizée en marquant d'une croix l'endroit de notre dernière zone de recherche.

_ On a encore le temps d'explorer deux ou trois zones avant de devoir faire demi tour. Nous informe Bépo.

_ Cette fois-ci on y coupera pas, on va être obligés d'aller fouiller la zone à proximité de la crique.

_ Ouais, j'ai bien peur que tu n'aies raison Karma. On a plus qu'à croiser les doigts pour ne pas tomber nez à nez avec le serpent de mer.

_ Ne t'inquiète pas Leïla, je suis sûr que tout va bien se passer. Me rassure Neil.

_ Si personne n'a d'objections, autant nous mettre en route tout de suite.

_ Si je me souviens bien, il y a un sentier praticable au niveau d'une rivière qui borde la côte et qui ne passe pas très loin de là. Elle n'est pas indiquée sur la carte mais elle se jette directement dans la crique. Si on passe par là, le chemin sera plus direct et facile, qu'est-ce que vous en dites. Nous propose Alizée en nous montrant la position de la rivière sur la carte.

_ Oui pourquoi pas, on n'a qu'à faire ça. Dans ce cas, passe devant on te suit. Répond simplement Karma sans vraiment prendre le temps de regarder ce que nous montre Alizée.

Après l'intervention rapide de Karma, Alizée replie la carte qu'elle garde sous le bras et remet son sac sur son dos. Elle s'engage ensuite sur le chemin, suivie de près par Bépo et Neil, et avec Karma qui ferme la marche. Nous marchons pendant plusieurs minutes, guidés par Alizée à travers la forêt. Au fur et à mesure de notre progression, le bruit de l'écoulement de la rivière se fait entendre de plus en plus distinctement. Il nous faut environ vingt bonnes minutes de marche avant d'arriver à la fameuse rivière dont nous a parlé Alizée. Avec l'arrivée de l'été, le niveau de l'eau a pas mal diminué, ce qui nous permet de passer d'un bord à l'autre sans trop de mal. Alors que nous progressons tranquillement vers la crique, je ralentis légèrement le pas pour me retrouver au même niveau que Karma.

_ Alors Leïla, on fatigue ? À moins que tu ne ralentisses le pas pour retarder le moment où tu devras refaire face au serpent de mer.

_ Ah ah ah c'est ça moque toi. Pour ta gouverne, sache que je n'ai pas peur de ce fichu reptile, disons juste que ça ne m'enchante pas plus que ça de retourner dans cette crique. Mais pour répondre à ta question, j'étais obligée de ralentir le pas pour arriver à ton niveau vu que tu as décidé de t'isoler à l'arrière pour je ne sais quelle raison. Est-ce qu'il y a quelque chose qui ne va pas ?

_ Non tout va très bien. Pourquoi tu dis ça ?

_ Tu es sûr ? Parce que je te trouve bizarre depuis hier. Si tu as besoin de parler, tu sais que tu peux tout me dire.

_ Ne t'inquiète pas, ce n'est pas grave. J'ai un peu la tête ailleurs ces derniers jours, c'est tout.

_ Ça a un rapport avec Alizée ? Parce que je te trouve étrange depuis le moment où on l'a croisée. Et depuis, tu gardes une certaine distance avec elle.

_ Ça se voit tant que ça ? Merde, je ne pensais pas que je renvoyais cette image. Tu crois que les autres l'ont vu aussi ?

_ Pour les garçons je ne sais pas, mais si tu continues, je pense qu'Alizée va finir par s'en rendre compte. S'il y a quelque chose qui te dérange avec elle, pourquoi tu ne lui en parles pas directement ? C'est pourtant une de tes vieilles amies, ça ne devrait pas être si difficile de parler avec elle.

_ Je sais mais c'est plutôt délicat. Je n'ai rien contre Alizée mais tout chez elle me rappelle son frère. Et à cause de ça je n'arrive pas à la regarder en face.

_ Alizée m'a dis que vous étiez de bons amis n'est-ce pas ? Mais pourquoi ça te met si mal à l'aise ? Ce n'est pas non plus comme si tu avais quelque chose à te reprocher.

_ Eh bien en l'occurrence, il s'avère que je suis en partie responsable de la mort du frère d'Alizée.

_ Quoi ? Comment ça ? Mais pourtant Alizée n'a pas l'air d'être au courant de ça.

_ Et pourtant c'est vrai, d'une certaine façon, c'est moi qui ai provoqué la mort de son frère. Mais je pense qu'elle n'en a pas eu connaissance. Sinon elle n'agirait pas comme ça avec moi.

_ Qu'est-ce qui s'est passé ?

_ Je suppose qu'Alizée t'a dit comment on s'était rencontrés tous les trois, n'est-ce pas ?

_ Elle m'a dit que c'était au cours de la formation des nouvelles recrues de la guilde de voleur de ton île natale.

_ Oui c'est ça. Pendant cette formation, on a plutôt bien accroché et on a décidé de former un groupe, ce qui nous a bien réussi. Pendant plusieurs années on a enchainé les missions sans trop de difficultés. Comme les dirigeants de la guilde étaient satisfaits de notre travail, ils nous donnaient des missions de plus en plus corsées. Pas besoin de te dire que ça devenait aussi de plus en plus risqué pour nous. Un jour, le frère d'Alizée est venu me voir pour me dire qu'il en avait marre de travailler pour la guilde. Il disait qu'on perdait notre temps avec ces gens et qu'on ferait mieux de partir tant qu'il en était encore temps.

_ Et qu'est-ce que tu lui as répondu ?

_ Je lui ai dis qu'il était encore un peu tôt pour partir, que les missions qu'on nous donnait rapportaient de plus en plus d'argent et qu'on devait encore en profiter un peu. À cette époque, je ne me voyais pas de quitter la guilde, je m'y sentais bien. Là-bas au moins je pouvais me rendre utile tout en gagnant de l'argent, je me sentais enfin vivant. Pour moi, entrer dans cette communauté avait été la meilleure chose qui me soit jamais arrivée. J'étais persuadé que le frère d'Alizée avait juste un passage à vide, que ça allait s'arranger et puis égoïstement je ne voulais pas que mon meilleur ami s'en aille. Alors j'ai utilisé tout un tas d'arguments pour le convaincre de rester. Mais ces derniers n'arrivaient pas vraiment à le dissuader de partir, je le voyais bien. Alors je lui ai proposé de faire encore trois ou quatre missions et qu'après ça on en rediscuterait. C'était surtout une façon pour moi de ne pas aller au conflit avec lui mais je savais bien que je ne changerais pas d'avis et que cette affaire était loin d'être réglée. J'espérai surtout que pendant ce temps ça lui passerait et qu'il reviendrai sur sa décision et déciderait de rester. Après ça on a continué nos missions comme si de rien n'était, Alizée n'a même pas été mise au courant de notre discussion, on ne voulait pas l'inquiéter outre mesure. Mais contrairement à ce que j'espérai, il n'a jamais abandonné l'idée de quitter la guilde, bien au contraire. On avait à peine bouclé la quatrième mission qu'il est revenu me voir pour discuter de la suite. Et cette fois-ci, c'est lui qui m'a donné tous ses arguments. Mais contrairement à ceux que je lui avais fournis quelques temps auparavant, les siens ont eu plus d'impact.

_ Il a réussi à te faire changer d'avis ?

_ Disons qu'il a réussi à me faire ouvrir les yeux. Je n'étais pas encore prêt à partir mais je commençais enfin à envisager un futur hors de la guilde. Pendant qu'on discutait tous les deux, Alizée est venue nous apporter un ordre de mission qu'on venait de nous amener. Après avoir réussi à éloigner Alizée sans éveiller ses soupçons, il s'est tourné vers moi et m'a déconseillé d'accepter cette mission. Pour lui, c'était le travail de trop, il avait un mauvais pressentiment et voulait tout arrêter tout de suite. Mais comme je l'ai dis, à ce moment là je n'étais pas prêt à tout lâcher d'un coup. Après plusieurs négociations, on a convenu que ce travail serait notre tout dernier pour le compte de la guilde. Après ça nous devions quitter cette île et tourner définitivement le dos à cette communauté. Malheureusement, il avait raison, c'était bien la mission de trop. Nous avons dû faire face à de nombreux imprévus à cause desquels nous n'avons pas réussi à mener à bien notre travail. En plus d'échouer, nous avons perdu une quantité assez importante d'argent qui appartenait à la guilde. Inutile de te dire que ça n'a pas plu à nos supérieurs. Une fois de retour au QG, on s'est évidemment fait passer un savon. Mais ce à quoi on ne s'attendait pas, c'était que les dirigeants mettent en doute notre bonne foi.

_ C'est à dire ?

_ Ils ont commencé à nous poser tout un tas de questions et à devenir de plus en plus suspicieux à notre égard. Ils étaient persuadés que notre échec n'était pas totalement dû au hasard et que nous n'étions pas aussi innocents qu'on voulait bien le faire croire. On a essayé de se défendre contre leurs accusations mais ça n'a pas suffit à lever leurs soupçons.

_ Qu'est-ce qui s'est passé ensuite ?

_ Ils nous ont alors demandé de dédier notre vie entière à la communauté. Et pour ça on devait participer à une cérémonie pendant laquelle on devait se couper l'annuaire droit pour montrer notre fidélité à la cause de la guilde. Selon eux, c'était la seule façon pour nous de prouver notre dévouement et notre bonne foi. Si on refusait de faire ça, alors cela signifiait qu'on avouait notre implication dans le fiasco de notre mission et qu'on s'exposait aux sanctions de la guilde. Les dirigeants n'avaient aucune envie de se faire rouler par leurs subordonnés et ils voulaient se servir de nous comme exemple.

_ Et j'imagine que le frère d'Alizée n'a pas accepté ce marché.

_ En effet. Il a dit haut et fort ce qu'il cachait depuis plusieurs mois et a clairement fait comprendre qu'il ne voulait plus travailler pour la guilde. Il a été rappelé à l'ordre plusieurs fois mais face à son manque de coopération, les dirigeants de la guilde l'ont fait exécuter sous nos yeux. Je n'ai rien pu faire pour sauver mon meilleur ami, j'étais tellement pétrifié que je n'ai pas pu bouger d'un seul pouce. Alizée, elle, s'est évanouie quelques instants après la mort de son frère. Les dirigeants de la guilde ont alors jugé que cette sentence était suffisante pour le moment et que le frère d'Alizée était probablement le responsable de notre échec. Maintenant qu'il n'était plus là, ils se sont dit que nous allions retourner dans le rang et ont décidé de nous laisser une seconde chance. Ils voulaient voir comment on allait se comporter dans les prochaines semaines afin de décider s'ils pouvaient à nouveau nous faire confiance.

_ J'imagine qu'après ça, vous êtes restés discrets Alizée et toi.

_ Pendant les premiers jours oui. On était surveillés de près alors on avait tout intérêt à ne pas faire de vagues. Mais ce qui s'est passé ce soir là a fini de m'ouvrir les yeux et m'a fait comprendre ce que le frère d'Alizée avait essayé de me dire. Après ça, il était hors de question pour moi de rester au service de ces gens là. Je n'avais plus qu'une idée en tête, partir dès que l'occasion se présenterait. Deux semaines après les évènements, j'ai senti que nos gestes étaient de moins en moins surveillés et j'en ai profité pour prendre le large.

_ Tu es parti tout seul ?

_ Oui. Bien sûr j'avais parlé de mes plans à Alizée mais elle n'a pas voulu me suivre. Elle s'est contentée de me dire qu'elle avait encore des choses à faire là-bas mais m'a encouragé à poursuivre ma route sans m'occuper d'elle. Ça ne me plaisait pas de la laisser seule avec eux mais ça me faisait encore plus mal de rester dans cette guilde qui avait tué mon meilleur ami. Alors j'ai quitté l'île sans Alizée.

_ Et depuis ce jour, tu n'as plus eu de nouvelles d'elle.

_ Non aucune. C'est pour ça que j'ai été surpris de la voir ici hier. J'étais persuadé que cette chose qu'elle avait à faire était juste un prétexte pour ne pas avoir à me dire qu'elle voulait rester dans la guilde. Mais si elle est là alors il faut croire que je m'étais trompé.

_ Donc tu ne sais pas quelle était cette chose qu'elle voulait faire sur votre île natale ?

_ Non mais je suppose que ça avait un lien avec la mort de son frère. En tout cas, ces dernières années qu'elle a passé toute seule n'ont pas du être faciles. Je n'ose pas imaginer tout ce qu'elle a pu traverser, je me demande même si mon départ ne lui a pas attiré d'ennuis.

_ Pourquoi tu n'en discutes pas directement avec elle ?

_ Parce que je n'ai pas très envie d'aborder ce sujet avec Alizée…

_ Mais enfin Karma, tu te rends compte que cette situation est insensée ! Alizée est persuadée que tu lui en veux vu la façon dont tu te comportes avec elle mais en fait c'est juste que tu n'oses pas lui parler franchement. Mais de quoi est-ce que tu as peur Karma ?

_ J'ai peur de sa réaction. Me répond Karma hâtivement. De ce qu'elle va penser de moi lorsqu'elle va savoir que si son frère est mort c'est parce que je n'ai pas voulu l'écouter et que j'ai agi comme un égoïste. Je ne veux pas… Je ne veux pas la perdre elle aussi…

_ Je comprends ce que tu ressens, crois moi. Mais Alizée ne va peut être pas réagir comme tu le penses. Tout ça s'est passé quand vous étiez enfants et tu n'es pas responsable de la mort de son frère, malgré ce que tu en dis. Mais si tu continues à agir comme tu le fais et à t'obstiner à ne pas lui parler de ce que tu as sur le cœur, alors là, je te le dis, tu auras de fortes chances de la perdre.

_ Hey, Karma, Leïla, arrêtez de trainer derrière et venez un peu par là ! On peut voir la mer d'ici ! Vous devriez voir ça ! Nous interpelle Bépo.

_ On arrive. Lui réponds-je avant de me retourner vers Karma. Prends le temps de réfléchir à tout ça d'accord ? Ajouté-je tout bas à l'attention de Karma.

Pressés par les appels de Bépo, nous rejoignons d'un pas rapide l'ours qui est perché sur les gros rochers bordant la rivière, avec Alizée à ses côtés. Une fois à leur niveau, nous tournons la tête dans la direction que nous indique Bépo avec l'une de ses pattes avant. Et je suis bien forcée de reconnaître qu'il n'a pas exagéré, de là où on se trouve on a une vue imprenable sur la mer. À vol d'oiseau, elle n'a vraiment pas l'air d'être loin. Comme nous étions dans la forêt jusque là, je ne me suis pas rendue compte que l'on s'était autant rapprochés du littoral.

_ On va encore suivre la rivière pendant une vingtaine de minutes et ensuite on ne sera plus qu'à un ou deux kilomètres de la crique. Nous informe Alizée.

_ Alors remettons-nous en route. Plus vite on y sera plus vite on pourra rentrer à l'auberge. Où est Neil ? Demandé-je à Alizée.

_ Il est là-bas. Hey, Neil ! On va reprendre la route. Reviens sinon on va partir sans toi.

En regardant dans la direction que m'a indiquée Alizée en répondant à ma question, j'aperçois Neil de l'autre côté de la rivière. Il est accroupi devant un tas de rochers et a l'air d'observer quelque chose devant lui. Il est si absorbé par ce qu'il regarde qu'Alizée doit s'y reprendre à plusieurs fois pour le faire réagir. Une fois tiré de sa contemplation, il se redresse et se dirige vers nous en sautant de rochers en rochers.

_ Il y a des traces d'usure sur ces rochers. Ça ressemble à des marques de frottements. Nous explique Neil. C'est comme si quelque chose de lourd a été… !

Mais alors que nous regardons Neil se rapprocher, il disparaît subitement sous nos yeux ébahis avant même d'avoir eu le temps de finir sa phrase. Nous entendons alors quelques cris qui sont rapidement couverts par le bruit de la rivière. Ayant tous les quatre assisté à la scène, nous nous précipitons d'un seul mouvement vers le dernier endroit où nous l'avons aperçu. Nous trouvons alors une sorte de cavité naturelle creusée dans le sol et au fond de laquelle nous retrouvons Neil qui se relève péniblement. Comme il était en train de nous parler de ce qu'il venait de trouver, il n'a pas dû regarder où il mettait les pieds et est tombé en plein dans le trou. J'espère au moins qu'il ne s'est pas fait trop mal dans sa chute.

_ Est-ce que tout va bien ? Rien de cassé ? Lui demande Karma en se penchant légèrement.

_ Ouais ça va. Un peu secoué mais tout va bien. Plus de peur que de mal.

_ Tant mieux. Tu penses que tu peux escalader pour remonter ? Lui demande Alizée.

_ Non c'est trop glissant et il n'y a pas assez de prises.

_ Bon ok, on va t'envoyer une corde pour que tu puisses… Commence Karma.

_ Hey, on dirait qu'il y a un passage creusé dans la roche. Ça doit bien conduire quelque part. Je vais aller y jeter un œil.

_ Non, attend Neil, on ne sait pas où ça mène ni sur quoi tu risques de…

_ Inutile de continuer Leïla, il est déjà parti. Je suis désolé…

Vu l'évolution de la situation, nous choisissons à l'unanimité de descendre à notre tour dans la cavité afin de rejoindre Neil qui a décidé de jouer les explorateurs. Depuis que je le connais, il a toujours écouté son instinct et ce dernier ne l'a jamais trompé. Ça a même souvent été payant, alors peut être que nous allons tomber sur un trésor au fond de cette grotte. En tout cas, ça ne coûte rien d'y jeter un œil. Et puis après tout, c'est bien comme ça que j'ai trouvé mon fruit du démon. En plus, j'ai l'impression que personne n'est vraiment motivé à l'idée de retourner à la crique alors forcément on ne va pas dire non à un petit détour. Pendant que Bépo cherche la corde dans son sac qui va leur permettre de descendre en rappel, je me dirige doucement vers le bord de la cavité et me laisse tomber à l'intérieur. Peu avant d'arriver en bas, je libère légèrement mon pouvoir afin d'amortir ma chute et d'atterrir en douceur non sans soulever un peu de poussière. La grotte est un peu plus grande que ce à quoi je m'attendais. On peut facilement tenir à dix là-dedans, à condition de ne pas être claustrophobe. En face de moi, je repère le couloir dont nous a parlé Neil et par lequel il est parti. Grâce à la mousse légèrement fluorescente qui recouvre une partie des murs, il est possible de progresser dans le couloir en voyant un peu où on met les pieds. Ma petite analyse des lieux faite, je me décale un peu sur le côté pour laisser la place aux autres qui descendent en rappel grâce à la corde de Bépo qu'il ont dû accrocher à un rocher proche de l'entrée de la grotte. Je regarde Alizée descendre prudemment en agrippant fermement l'épaisse corde orange pour ne pas tomber. C'est ensuite le tour de Karma qui descend jusqu'à nous avec une aisance remarquable, comme s'il avait fait ça toute sa vie. Enfin, vient le tour de Bépo qui progresse lui aussi sans aucune difficulté. Même lors de son passage la corde ne bronche pas d'un millimètre, c'est vraiment de la bonne qualité. C'est vrai qu'elle est plus épaisse, plus lourde et aussi plus chère que la plupart des cordes qu'on trouve dans le commerce mais quand on a un ours dans l'équipage on est bien obligés de s'équiper en conséquence. Et vu la qualité de cette corde d'escalade, ça valait le coup d'investir un peu. Une fois tout le monde sur la terre ferme, nous nous engageons dans le passage sans perdre de temps. Nous progressons pendant plusieurs minutes à travers les couloirs tortueux de la grotte. Nous tombons de nombreuses fois sur des impasses qui nous obligent à rebrousser chemin mais à aucun moment nous ne croisons Neil. C'est à croire qu'il a pris le bon chemin du premier coup. J'espère quand même qu'on ne s'est pas croisé sans se voir. Il faut reconnaitre que dans ce dédale on peut facilement se manquer de peu. Le risque serait de tourner en rond dans ce labyrinthe des heures sans jamais retrouver Neil. Heureusement, nous avons pensé à lui laisser une indication à l'entrée de la cavité pour l'informer que nous sommes descendus. Au moins s'il retourne à son point de départ sans nous croiser il saura que nous sommes descendus le chercher. En arrivant à un nouvel embranchement, nous appelons à nouveau Neil dans l'espoir qu'il nous donne enfin un signe de vie. Et contrairement à toutes les autres fois, nous recevons enfin une réponse. Nous suivons alors la provenance de sa voix et nous engageons dans un couloir qui semble s'élargir un peu plus loin. En effet, au fur et à mesure de notre progression le chemin devant nous devient de plus en plus large et l'obscurité environnante tend à diminuer. Un peu plus loin, j'aperçois même de la lumière, comme si ce couloir débouchait sur l'extérieur. Nous nous approchons d'un pas rapide et débouchons dans une immense salle circulaire baignée de lumière. En levant les yeux vers le plafond, je remarque que la cavité creusée dans ce dernier, semblable à un entonnoir d'un vingtaine de mètres de hauteur, donne sur un ciel bleu bien dégagé. Bien que cet interstice ne soit pas très grand, cinq ou six mètres de diamètre à tout casser, il laisse suffisamment passer la lumière pour nous permettre de voir ce qui nous entoure comme si nous étions à la surface. Dans un coin de la pièce, juste à droite de l'entrée, je repère une légère fissure par laquelle coule un mince filet d'eau. Cette eau doit provenir d'une nappe pas très loin et s'est surement infiltrée par les nombreux interstices de la roche avant d'arriver jusqu'ici. Le petit chemin d'eau ainsi formé s'écoule doucement le long de la paroi jusqu'au sol et s'engouffre dans un chenal de deux mètres de large, creusé dans la roche par l'érosion hydrique, qui conduit l'eau jusqu'à un grand bassin. Ce dernier, de forme ovale, occupe une bonne partie de la pièce, au moins la moitié à première vue. Situé juste au dessous du trou dans le plafond, ce bassin doit en grande partie être alimenté par les eaux de pluie et le ruissellement permanent de l'eau qui s'échappe de la fissure. C'est d'ailleurs devant ce réservoir d'eau que nous retrouvons Neil, assis à même le sol et en train de regarder le lent mouvement de la surface de l'eau.

_ Enfin on te retrouve. Qu'est-ce qui t'a pris de partir comme ça ? Tu aurais au moins pu nous attendre en bas. Je suis désolé… Le sermonne gentiment Bépo.

_ Tu sais Bépo, si tu termines ta phrase en t'excusant, ton sermon perd tout son impact. Lui fais-je remarquer.

_ Oui tu as raison, désolé…

_ Vous entendez ça ? On dirait que le bassin est relié à la mer. Et puis j'ai l'impression qu'il y a une ouverture un peu plus loin, vous voyez ? Nous demande Neil sans faire attention aux remontrances du seconde de l'équipage.

Intrigués par les dires de notre météorologue de bord, nous nous penchons dans la direction indiquée et observons plus attentivement l'endroit qu'il nous montre. À première vue, la paroi face à Neil a l'air tout ce qu'il y a de plus ordinaire, mais lorsque l'on porte son regard sous le niveau de l'eau, on remarque alors un genre de renfoncement dans la paroi, ou plutôt un tunnel sous-marin de quelques mètres de largeur. Au bout de ce passage, je remarque alors une légère lueur percer à travers l'obscurité. Décidément, Neil a vraiment un regard très observateur, s'il ne nous avait pas indiqué où regarder je n'aurais probablement jamais remarqué ce chemin sous-marin. Curieux de savoir où débouche ce couloir, Bépo se porte volontaire pour partir en éclaireur et plonge aussitôt dans l'eau. De nous cinq, il est de loin le meilleur nageur, enfin je devrais plutôt dire « d'eux quatre » parce qu'en ce qui me concerne, je suis complètement hors compétition. Bref, avec Bépo sur le coup, si ce couloir mène sur quelque chose d'intéressant on le saura bien assez vite. Alors que nous attendons tranquillement le retour de l'ours polaire, je décide de continuer mon tour de la pièce. Je me dirige vers le coin situé entre la paroi et le bassin, à l'exact opposé de l'ouverture par laquelle nous sommes arrivés. Une fois sur place, je tombe sur un grand monticule fait de terre, de branchages et de Fougères. Ce dernier doit faire environ deux mètres de haut, une bonne quinzaine de mètres de diamètres et est légèrement creusé au centre, formant une sorte de cuvette. À l'intérieur de celle-ci, je trouve une sphère grise, aussi grosse que les yeux du kraken qui semble être intégralement en pierre. Cette dernière est parsemée de quelques tâches plus sombres apportant un peu de perspective à la forme. Les marques sur la pierre sont si fines… Elle a du être balayée par les intempéries pendant de nombreuses années pour obtenir une forme si harmonieuse. Alors que je manipule la sphère, bien plus légère que ce à quoi je m'attendais à première vue, je constate que l'un des côtés est bien amoché, comme s'il avait été cogné par ou sur quelque chose. En la reposant dans la cuvette, mon regard est soudain attiré par quelque chose de plus terne et moins naturel qui s'est pris dans les branchages. En écartant délicatement les feuilles, je parviens à extirper du monticule un paquet de cigarettes froissé et un peu abîmé mais contenant encore quelques cigarettes. Ces dernières ne sont d'ailleurs pas totalement gorgées d'eau et tiennent encore bon malgré l'humidité de la salle. Visiblement, quelqu'un d'autre est venu ici il y a peu de temps.

_ Hey, venez voir ça ! Nous interpelle Alizée.

Suite à l'appel de la jeune femme, je range le paquet dans ma poche et me dirige vers Alizée qui se trouve au bord du monticule, à seulement quelques mètres de moi. Lorsque nous arrivons à son niveau, elle nous montre du doigt le bord du tas de terre. Devant nous, se trouvent plusieurs crocs dont les plus petits sont au moins aussi gros que les bras, enfin les pattes de Bépo. Les plus grands quant à eux font presque la taille d'un enfant de huit ans, autant dire que ce n'est pas le genre de chose qu'on voit tous les jours.

_ J'ai bien l'impression qu'on est tombé dans la tanière d'un animal. Fait remarquer Neil.

_ Ouais mais par où il peut bien rentrer ? Certainement pas par le même chemin que nous, vu les dents qui sont là, la bestiole doit être énorme. Fais-je remarquer.

_ Ça voudrait dire qu'il passe par la mer ?

_ Je ne vois que ça Karma. Il ne peut pas venir d'en haut, il faudrait qu'il sache voler et je ne vois pas de plumes ici. Répond Neil.

_ Alors ça voudrait dire que ce tunnel sous-marin mène bien à l'extérieur. Conclut Alizée.

_ Bépo devrait bientôt nous le confirmer.

_ Tient, quand on parle du loup… Fait remarquer Alizée.

Alors qu'on s'interrogeait à propos des différentes façons pour le mystérieux animal de rentrer dans cette grotte, Bépo est revenu de son tour et a refait surface.

_ Tu avais raison Neil, ce couloir mène bien à la mer. On ne se trouve d'ailleurs pas loin de la crique où on est allés hier.

_ Alors c'est bien par là que rentre la bestiole qui vit ici.

_ À ce propos, en parlant de bestiole, j'ai trouvé un truc en revenant. Il faut que vous jetiez un coup d'œil à ça.

Sur ces mots, Bépo se hisse avec agilité sur la terre ferme et tire quelque chose hors de l'eau avant de le disposer sur le sol. Nous nous penchons alors sur la chose en question qui a tant attiré l'attention du second de l'équipage.

_ Mais on dirait… une mue de serpent, non ?

En effet, il y a peu de doutes possibles, la chose ramenée par Bépo n'est autre qu'une peau de serpent. Et vu sa taille, celui à laquelle elle appartient doit être immense. Nous restons tous sans voix devant toutes les découvertes réalisées grâce à notre petite expédition improvisée. La mue de serpent, la grotte sous-marine, le sol recouvert de feuilles, les crocs de serpent au sol… Difficile de ne pas faire le lien entre tous ces éléments.

_ Bon, je crois qu'on a trouvé ce qu'on cherchait. On a réussi à mettre la main sur le nid du serpent de mer. Dit Karma pour exprimer tout haut ce que chacun de nous est en train de penser.

Enfin. Après cette longue journée d'exploration nous avons enfin réussi à trouver le nid du serpent de mer. Bon, bien sûr il faut encore que la murène le confirme mais je ne vois pas ce que ça pourrait être d'autre. Une chose est sûre, on n'aura pas à repasser par la crique aujourd'hui, et ça ce n'est pas un mince exploit. Moi qui m'étais déjà résignée, je suis contente de pouvoir y échapper en fin de compte. Sans perdre davantage de temps, nous prenons quelques photos des lieux pour les montrer aux autres tout à l'heure et sortons de la salle pour revenir à notre point de départ afin d'être plus au calme. Si comme on le pense il s'agit bien du nid du monstre marin, on a tout intérêt à ne pas trainer dans le coin. Il ne faudrait pas que le serpent ait la merveilleuse idée de revenir ici pendant que nous passons notre coup de fil aux autres groupes. Si c'était le cas, je ne donnerai pas cher de notre peau. Une fois loin du refuge présumé du serpent de mer, Bépo sort son escargophone et contacte les deux autres groupes afin de les informer de notre découverte. Au cours de la conversation, Helena nous pose tout un tas de questions sur ce que nous avons vu dans la salle pour s'assurer que nous ne nous emballons pas pour rien. Ce n'est qu'après une dizaine de minutes d'interrogatoire qu'elle confirme finalement notre hypothèse. Aux vues des dernières nouvelles, Law décide de mettre un terme aux recherches, jugeant qu'il est inutile de poursuivre les investigations puisque le nid a été trouvé. Nous recevons tous la consigne de rentrer à l'auberge pour faire le point sur la situation et discuter de la suite des opérations. La conversation escargophonique terminée, Bépo déconnecte aussitôt le sien et le range à l'intérieur de sa combinaison tandis que nous commençons notre ascension pour retourner à la surface. Comme on pouvait s'y attendre, la montée fut plus laborieuse que la descente et nous prend relativement plus de temps. En attendant que nous soyons tous sortis de la caverne, Alizée, qui est montée la première, en profite pour localiser le plus exactement possible la position du nid sur la carte dans le cas où on voudrait y retourner. Ce n'est qu'une fois tout le monde à la surface que Bépo récupère sa corde, qui retrouve sa place dans son sac, et que nous reprenons la route de l'auberge. Nous arrivons à destination en toute fin d'après midi, alors que le soleil commence à décliner. Au final, cette petite escapade dans la grotte aura duré plus longtemps que prévu, un peu plus et on arrivait avec la nuit. Il faut dire qu'on a pas mal crapahuté là dedans et sans aucune vue sur l'extérieur. Hormis quand nous étions dans le nid, il nous était impossible de nous rendre compte à quel point le temps filait. Mais au final, ce petit détour nous aura été très profitable.

À notre arrivée, Karma part aussitôt développer nos photos de la grotte tandis que nous rejoignons tranquillement les membres de l'équipage qui sont à l'auberge. Durant la première partie de la soirée, nous faisons chacun le point sur nos découvertes respectives du jours puis nous montrons les photos de notre groupe. En voyant ces dernières, Helena confirme à nouveau notre hypothèse, balayant ainsi tous les doutes restants. Alors qu'elle jette un œil aux différents clichés, l'un d'eux semble particulièrement capter son attention. Son visage devient tout de suite plus sérieux et elle semble contrariée par quelque chose, on dirait bien qu'elle voit un détail sur ces photos qui ne lui plaît pas du tout.

_ Quelque chose ne va pas Helena ? Lui demande Ayato.

_ Cette grosse sphère là dans le nid, il n'y en avait qu'une ? Nous demande Helena en nous montrant du doigt la sphère en pierre.

_ Oui il n'y avait que celle là dans la grotte. Lui répond Karma.

_ Et elle était en bon état ?

_ Non pas vraiment. Il y avait une face toute cabossée.

_ Pourquoi ce cailloux t'intéresse autant Helena ? Lui demande Shachi.

_ Parce que ce n'est pas une pierre ordinaire, c'est un œuf de serpent de mer.

_ Un œuf ? Tu es sûre de toi ?

_ Oui Penguin, j'en suis certaine. Mais ce qui me dérange le plus ce n'est pas qu'il soit abîmé, bien que ça non plus ça ne soit pas normal. Non ce qui me gène c'est qu'il n'y en ait qu'un seul. Les serpents de mer pondent toujours entre cinq et dix œuf à chaque couvée, ça n'arrive jamais qu'il n'y en ait qu'un.

_ La mère les a peut être mangés ou abandonnés. Suppose Penguin.

_ Non impossible, ces créatures ont un instinct maternel très développé, elles ne feraient jamais aucun mal à leur progéniture. Et autant vous dire qu'il vaut mieux éviter de s'en prendre à leurs petits si on ne veut pas avoir de sérieux problèmes.

_ J'ai peut être une explication à tout ça, je pense que s'il n'y a qu'un œuf c'est parce que quelqu'un les a pris. Intervins-je en sortant le paquet de cigarette. J'ai trouvé ça dans le nid et les cigarettes qui sont dedans ne sont pas totalement gorgées d'eau, c'est donc peu probable que ce soit le serpent qui l'ait apporté lorsqu'il a fait son nid.

_ Ça veut dire que quelqu'un d'autre est venu là-bas avant vous. Complète Law.

_ D'ailleurs quand on est rentrés, on a fait le tour des tabacs du coin et il n'y en a aucun qui vend cette marque là. Alors il s'agit probablement d'un étranger ou de quelqu'un qui s'approvisionne sur d'autres îles fait remarquer Alizée.

_ Et les traces que j'ai vues à l'entrée de la grotte confirment cette hypothèse. Ajoute Neil. C'était loin d'être des marques naturelles, on a tiré quelque chose de la grotte avec une corde ou un truc de ce genre. C'était probablement les œufs manquants. Mais est-ce qu'ils ont de la valeur au moins ces œufs ?

_ Sur le marché noir, un seul œuf de serpent marin peut rapporter une petite fortune si on trouve le bon acheteur. Alors plusieurs…

_ Donc ça expliquerai pourquoi le serpent de mer est aussi furieux.

_ J'en suis même certaine.

_ Mais les premières attaques ont commencé il y a plus d'un mois, le coupable doit être loin maintenant. Fait remarquer Alizée.

_ Pas sûr. Quand sa portée est réduite de façon drastique, il arrive qu'une femelle produise une deuxième couvée. Et d'après ce que je sais, celui là devrait pondre à la prochaine pleine lune. Donc si le voleur est au courant de ça, il a probablement prévu de refaire le plein d'œufs.

_ Mais dans ce cas, ça veut dire qu'à la prochaine pleine lune, le problème sera réglé. À condition bien sûr que l'on empêche le voleur de récidiver. Enfin une bonne nouvelle !

_ Non malheureusement, ça n'arrangera rien. Comme je l'ai dis hier, ces serpents sont vraiment très intelligents et ce n'est pas en remplaçant les œufs que ça le calmera.

_ Donc pour l'apaiser il faudrait retrouver ses œufs et les lui rendre, si je comprends bien. Résume Zack.

_ Oui. Mais la prochaine pleine lune est prévue pour dans trois jours alors il ne va pas falloir trainer si on veut trouver le voleur avant qu'il ne soit trop tard, en espérant bien sûr qu'il n'ait pas déjà levé les voiles. Fait remarquer Neil.

Le lendemain, nous nous séparons une fois de plus en petits groupes pour être plus efficaces dans nos recherches. Notre objectif du jour est de mettre la main sur les œufs en priorité mais également de découvrir l'identité du voleur afin qu'il ne recommence pas à l'avenir. Dès le lever du soleil, je pars pour la ville portuaire Sud, en compagnie de Shachi et Penguin. Une fois là-bas, nous faisons le tour de tous les hôtels de vente afin de savoir si les œufs n'ont pas déjà été vendus. Comme ils sont plutôt encombrants et comme le braconnier a probablement prévu d'en récupérer d'autres d'ici peu, il n'est pas impossible qu'il se soit déjà débarrassé des premiers pour être plus tranquille. Si c'est le cas, non seulement on pourra récupérer les œufs grâce à « l'influence » de la murène mais en plus on aura une chance de remonter jusqu'à notre coupable. Pour augmenter nos chances, nous avons également envoyé une équipe, constituée de Bépo, Zack et Jean-Bart dans l'autre ville portuaire située à l'Ouest de l'île. Quant à Gin, Law, Neil et Karma, ils sont partis creuser du côté de la cité principale. Enfin, Alizée, Ayato et Helena sont retournés au nid du serpent afin d'essayer de trouver des indices supplémentaires. J'espère pour eux qu'ils ne tomberont pas nez à nez avec l'habitant des lieux parce qu'à seulement trois ils risquent d'avoir du fil à retordre. Même si Helena est capable de communiquer avec cette créature et de se faire comprendre, on a bien vu la dernière fois que c'était loin d'être efficace.

Assise sur le bord de la fontaine, j'attends le retour de Shachi et Penguin qui sont allés glaner des informations de leur côté. J'espère qu'ils ont été plus chanceux que moi parce que personnellement je n'ai rien pu obtenir d'intéressant. À chaque fois que je décrivais l'œuf, les gérants des chambres de commerce me regardaient avec des yeux ronds sans vraiment saisir le sens de ma question. Certains m'ont même gratifiée d'un air signifiant « ma pauvre fille, si tu veux un cailloux poli par l'eau, va en bord de mer et ramasses-en ». Autant dire que j'ai du faire preuve de beaucoup de self contrôle pour ne pas les envoyer voler dans les airs. J'ai même presque dû me battre avec certains pour qu'ils daignent enfin jeter un œil aux derniers arrivages. À côté d'eux, ceux qui essaient de me vendre des bijoux en pierre précieuse en espérant répondre à mes attentes sont de vrais anges. En repensant au dernier crétin qui a voulu me montrer à quel point il était plus malin que moi et qui m'a expliqué en détail le fonctionnement de son marché comme si j'étais la dernière des idiotes, je ne peux retenir un soupir d'exaspération. Soudain, je ressens une présence dérangeante dans mon dos et me retourne aussitôt, mettant tous mes sens en alerte. Mais malgré mon instinct qui me crie que quelqu'un est là non loin et que quelque chose cloche, je ne vois personne aux alentours et aucun danger ne semble se profiler. Bizarre, j'aurais pourtant juré qu'il y avait quelqu'un. Depuis ce matin, j'ai la désagréable sensation d'être observée en permanence, et je n'aime pas ça, mais alors pas du tout. Et pourtant, j'ai beau rester sur mes gardes, je n'ai vu personne de louche. Peut être que si je focalise mes sens sur mon fluide perceptif je pourrais localiser le fouineur, s'il y en a bien un. Je prends une profonde inspiration et ferme doucement les yeux, me concentrant totalement sur les énergies qui gravitent autour de moi.

_ Hey, Leïla ! Qu'est-ce que tu fais ? Ne me dis pas que tu es déjà fatiguée.

Surprise par l'intervention de Shachi, je perds ma concentration et rouvre finalement les yeux. À quelques centimètres de moi, Shachi me regarde d'un œil interrogateur. J'étais tellement focalisée par ce qui se passait derrière moi que je ne l'ai même pas vu arriver.

_ Ahahaha non ne t'en fais pas Shachi. J'avais juste un étrange pressentiment que je voulais vérifier mais j'ai du me tromper. Alors, qu'est-ce que ça a donné de ton côté ?

Suite à ma question, le visage de Shachi perd son sourire pour devenir plus grave et sérieux. Visiblement, lui non plus n'a pas réussi à obtenir quelque chose de concret ou a éprouvé quelques difficultés.

_ J'ai fais chou blanc, personne n'a vu ces œufs ni de près ni de loin. Je suis tombé sur des types tous plus odieux les uns que les autres. À croire qu'ils sont recrutés sur ce critère.

_ Je te comprends, moi aussi j'y ai eu droit. Ils ne doivent pas connaître l'expression « le client est roi » ici, ou alors ils s'en contrefichent.

_ Alors toi non plus tu n'as pas…

_ Non, je n'ai pas la moindre information.

_ Ah vous êtes déjà là vous deux. Ça fait longtemps que vous m'attendez ? Nous demande Penguin en arrivant à notre niveau.

_ Non ne t'en fais pas, Shachi vient d'arriver lui aussi.

_ Je vous préviens c'est la dernière fois que je mets les pieds ici. Tous ces commerçants à la noix ont passé ces dernières heures à me prendre pour le dernier des abrutis. Non mais pour qui ils se prennent à nous prendre de haut comme ça.

_ Ahaha bienvenu au club. Lui répond Shachi.

Alors que la cloche de la place sonne les deux heures de l'après midi, nous partons nous installer en face de la plus grande chambre de commerce de la ville pour casser la croûte. À peine suis-je installée que je sors le sandwich préparé par Gin ce matin et mords à pleines dents dedans sans me faire prier. Avec toutes nos recherches séparées nous n'avons pas encore eu le temps de manger et franchement mon estomac me faisait bien comprendre qu'il était temps de le remplir. Tandis que nous nous restaurons, nous profitons de notre emplacement pour surveiller les allers et venues devant le bâtiment de commerce. Avec beaucoup de chance, on tombera peut être sur notre coupable qui viendra vendre les œufs. À défaut d'avoir une piste sérieuse, on peut toujours croire en notre bonne étoile.

_ Qui est-ce qui s'est occupé de ce bâtiment ce matin ? C'est toi Penguin ?

_ Non c'est moi qui y suis allée. Réponds-je.

_ Et ça a donné quoi ?

_ Tu veux la version politiquement correcte ou la vraie ?

_ Ça s'est si mal passé que ça ?! Me demande Penguin.

_ Disons que j'ai rarement eu une telle envie de meurtre envers un civile. Me contenté-je de lui répondre d'un ton ironique.

_ Moi qui croyais que tu serais épargnée.

_ Ouais je pensais qu'avec une femme ça passerait mieux.

_ Eeeet non, cette fois-ci j'ai eu le même traitement que vous les gars.

_ Mais est-ce que tu as essayé de leur faire du charme au moins ? Me nargue Shachi.

_ Ce n'est pas vraiment ma façon de faire et encore moins avec un vieux vicelard de 65 ans.

_ Ouais mais tu n'y mets pas du tien aussi. Tu sais bien que ce n'est pas juste avec un sourire qu'on obtient des informations.

_ Après ça dépend du sourire. Ajoute Shachi

_ Parfois il faut savoir se sacrifier pour le bien de l'équipage et prendre sur soi. Et puis faire du rentre dedans à un vieux de 60 ballets, c'est pas la mer à boire non plus. Me charrie Penguin.

_ Tu ne veux pas que je me prostitue aussi pendant qu'on y est… Lui réponds-je avec ironie.

_ J'avoue que ce n'est pas une mauvaise idée ! Renchérit Penguin.

Nous nous regardons tous les trois quelques secondes avant d'éclater de rire devant la tournure étrange de notre conversation. Notre fou rire dure plusieurs minutes sans qu'aucun de nous ne puisse prononcer le moindre mot. Après de gros efforts, nous réussissons finalement à nous calmer.

_ Après tu sais que ton plan génial comporte un problème de taille. Fais-je remarquer à Penguin.

_ Ah oui ? Lequel ?

_ Notre cher capitaine. Vous avez intérêt d'avoir de très bons arguments si vous voulez obtenir son consentement. À moins que vous ne vouliez faire ça dans son dos…

_ On oublie tout de suite ce plan ! Répondent en cœur les deux plaisantins effrayés à l'idée de provoquer la colère de Law.

Durant le reste de l'après midi, nous décidons de changer de méthode et de prendre le problème à la source. Nous nous rendons alors tous les trois au poste de contrôle des flux de marchandise et demandons à voir un responsable. Il nous suffit de prononcer le nom de la murène pour obtenir rapidement un rendez-vous avec ce dernier. Il n'y a pas à dire, dès qu'on mentionne leur grande sauveuse, les autorités deviennent tout de suite plus coopératives. Bon personnellement je me passerai bien de toutes ces simagrées qui me donnent mal au cœur mais c'est un luxe que je ne peux pas encore me permettre. Une fois seuls à seuls avec le dirigeant du poste, nous lui expliquons en détail la situation. Nous lui demandons alors de nous aider à faire front au braconnier et de bloquer toute transaction d'objets ressemblant à des œufs de serpent de mer. L'homme écoute notre requête jusqu'au bout puis nous assure son entière collaboration. Et pour être sûr que ces œufs ne quitteraient pas l'île, il décide d'assigner plusieurs de ses hommes au contrôle des bateaux partant de ce port. Nous le remercions pour sa coopération et lui remettons notre numéro d'escargophone pour qu'il puisse nous prévenir au cas où il remarquerait quelque chose. Une fois l'accord finalisé, nous prenons congé et nous dirigeons vers la caserne de la garde côtière. En sortant de cette dernière, notre moral est déjà plus haut qu'au moment du repas. Nous avons pu convaincre toutes les autorités de la zone de contrôler minutieusement l'ensemble des navires quittant le port. Si celui qu'on recherche tente de vendre ses trouvailles ou de quitter l'île par ce port, on pourra lui tomber dessus et l'empêcher de filer. Ne voyant pas quoi faire de plus dans les environs, nous décidons de retourner à la ville principale. Sur le chemin, nous appelons les groupes de Law et Bépo pour les informer de nos manœuvres et les encourager à faire de même. Avec un peu de chance, notre braconnier se jettera lui même dans la gueule du loup. En arrivant à l'auberge, Shachi et Penguin décident de profiter de ce temps libre qui nous est offert pour aller draguer les clientes de l'auberge. Ne souhaitant pas plus que ça assister à tout ça, j'abandonne les deux loustics et me rends directement dans ma chambre. Arrivée devant la porte, je passe ma carte dans le lecteur et appuie sur la poignée lorsque le voyant passe au vert. J'entre dans la chambre, referme la porte derrière moi et pose ma carte de la chambre sur la commode à l'entrée. En parcourant la pièce du regard, je constate qu'elle est totalement déserte et donc que Law n'est pas encore rentré. L'odeur de lessive qui se dégage de la pièce et de la pile de serviette à l'entrée de la salle de bain indique que les femmes de ménage sont venues il y a peu de temps dans la chambre. Je pose mes affaires sur le fauteuil en face du lit et me dirige tranquillement vers la salle de bain après avoir récupéré une tenue de rechange dans la penderie. Quelques minutes plus tard, j'en ressors bien plus détendue qu'en arrivant dans la chambre. J'attrape le livre sur ma table de chevet puis m'installe sur le lit en m'appuyant sur le dossier tout en reprenant ma lecture là où je l'avais laissée. Je pense que le groupe de Law ne va pas tarder à rentrer de sa tournée, alors je vais bouquiner un peu en les attendant.

Alors que j'émerge de mon sommeil, je sens quelqu'un me caresser délicatement la tête. J'ouvre doucement les yeux et aperçois Law qui me regarde avec son sourire habituel. Ce dernier est assis sur le bord du lit et continue de passer sa main dans mes cheveux.

_ Salut la marmotte.

_ Salut. Tu es là depuis longtemps ?

_ Non je viens d'arriver. Tu m'attendais ?

_ Oui. Mais il faut croire que je me suis endormie sans même m'en rendre compte. Lui réponds-je en me redressant. Comment s'est passé votre tour en ville ?

_ C'était plutôt calme. Mais on n'a pas pu mettre la main sur une piste intéressante. Les villageois étaient plein de bonnes volontés mais malheureusement ça ne fait pas tout. Et vous ?

_ Eh bien nous avons aussi fait chou blanc. Mais en prime, on a eu droit à la mauvaise humeur des habitants de la ville portuaire.

_ C'est à dire ?

_ Disons que contrairement à ici, les habitants de la ville Sud ont plutôt tendance à prendre les autres de haut et à être quelque peu… cassants. J'ai d'ailleurs bien failli en envoyer un sur orbite. C'était vraiment un sale type, je suis prête à parier que tu l'aurais découpé en morceaux si tu avais été à ma place.

_ J'aurais bien voulu voir ça. C'est rare que quelqu'un d'autre que moi te fasse autant sortir de tes gongs.

_ Sauf que toi tu le fais clairement exprès, tu ne perds jamais une occasion de me provoquer.

_ C'est plus fort que moi, j'adore te voir hors de toi. Me répond Law en m'embrassant tout en passant ses bras autour de ma taille pour me tirer doucement jusqu'à lui.

_ Les autres ne risquent pas de nous attendre pour le débriefing ?

_ Ils peuvent se débrouiller, ils n'ont pas besoin de nous.

Alors que l'heure du repas approche, nous nous décidons finalement à sortir de la chambre et rejoignons les autres dans la salle de réception. En arrivant dans l'entrée, nous croisons Shachi et Penguin qui rentrent à peine à l'auberge. Et à en voir leur tenue disons… quelque peu débraillée, j'en déduis que ces deux là n'ont pas perdu leur début de soirée. À priori, eux non plus n'étaient pas présents pour le débrief. Mais bon ça n'a pas dû poser beaucoup de problème aux autres. Après tout on avait déjà plus ou moins fait notre rapport par escargophone tout à l'heure. Même si on avait été présents, on n'aurait pas ajouté beaucoup plus de détail. On n'allait pas non plus s'étendre sur le caractère infect des villageois à notre encontre.

_ Je vois que vous avez passé une bonne fin d'aprem vous deux.

_ Alors là, tu n'as même pas idée. Commence Penguin.

_ On se serait cru au paradis. Rajoute Shachi avec des étoiles plein les yeux.

_ On peut toujours vous laisser là quand on repartira si vous insistez. Leur propose Law sur un ton sarcastique.

_ Quoi ?! Ah non capitaine, il n'en est pas question.

_ Jamais on ne te laissera tomber, on sera toujours à tes côtés…

_ J'aurais au moins essayé… Plaisante Law.

_ T'es vache avec nous capitaine.

_ Ahaha vous devriez avoir l'habitude tous les deux depuis le temps. Leur fais-je remarquer.

_ En tout cas, toi aussi tu as l'air de meilleure humeur que tout à l'heure. Me chuchote Shachi à l'oreille avec un sourire en coin.

_ Ah bon ? Je me demande bien pourquoi… Lui réponds-je sur un ton faussement innocent tandis que je suis Law qui entre dans la pièce, un petit sourire en coin sur les lèvres.

En entrant dans la grande salle, je constate que nous ne sommes pas les plus en retard. En effet, il semblerait que Bépo, Ayato, Gin et Alizée ne soient pas encore arrivés, je me demande bien ce qu'ils font. En attendant que tout le monde arrive, nous décidons tous les quatre de prendre un rapide apéritif avec Karma et Neil qui sont tous les deux assis à une table un peu plus loin. Après avoir pris note des boissons choisies par les trois compagnons, je me rends au niveau du bar afin de passer commande. J'y retrouve Zack en train d'attendre son cocktail tout en lisant le journal.

_ Salut Zack, comment s'est passée ta journée ?

_ Ça va, c'était une journée plutôt calme. Il ne s'est pas passé grand chose je dois dire. Et toi ?

_ Il y a eu quelques moments pénibles mais au final ça va… Lui réponds-je avec un grand sourire.

_ Tant mieux. En tout cas tu as l'air plus en forme qu'hier. Ça fait plaisir à voir.

_ Oui ça va beaucoup mieux. D'ailleurs je n'ai certainement pas dû être de très bonne compagnie hier soir, j'en suis désolée.

_ Ne t'en fais pas, c'est déjà oublié. De toute façon, je ne me souviens plus très bien de ce qui s'est passé ce soir là. Je crois que j'avais un peu trop forcé sur la boisson. Me répond Zack en récupérant le verre que le serveur est venu lui apporter. Alors tu n'as pas de raison de t'excuser.

_ Contente de l'entendre. Tu viens boire avec nous ?

_ Avec plaisir.

Je réceptionne ma commande et pars rejoindre les autres en compagnie de Zack. Je tends à Shachi, Penguin et Law leurs verres puis m'assois à côté de ce dernier, mon cocktail à la main, tandis que Zack se fait une place entre Karma et Penguin. Au fil des minutes, les retardataires arrivent à leur tour les uns après les autres dans la salle de réception non sans subir quelques vannes de la part des autres membres de l'équipage pour leur retard.

_ Est-ce que quelqu'un a vu Alizée ce soir ? Demandé-je après un petit moment, inquiète de ne pas avoir de nouvelles de la pétillante amie d'enfance de Karma.

_ Helena m'a dit qu'en revenant du nid elle a voulu vérifier quelque chose de son côté. Elle leur a dit que ça allait peut être lui prendre du temps et qu'on ne devait pas l'attendre pour manger si jamais elle tardait trop. Me répond Zack.

_ De toute façon, on doit se voir ce soir pour discuter de choses et d'autres. Donc si elle n'est toujours pas venue d'ici là je lui apporterai sa part du repas. Ajoute Karma.

_ Elle n'a pas dit où elle allait ?

_ Je ne sais pas, il faudrait demander à Ayato ou Helena. Mais ne t'en fais pas Leïla, ça a probablement un lien avec son boulot sur l'île. Je pense qu'il n'y a pas de raison de s'inquiéter.

Quelques minutes plus tard, c'est à dire à l'arrivée de Gin, nous passons finalement à table et commençons à manger, et ce, malgré l'absence d'Alizée.

Durant la nuit, mon sommeil est agitée et brouillé par de nombreux rêves, assez peu agréables. Debout au milieu d'un port, je regarde tout autour de moi à la recherche d'un nom, d'un indice quelconque qui m'aiderait à savoir où je me trouve. Très vite, de nombreuses personnes se rassemblent autour de loi et me fixent, certains avec des visages haineux, d'autres avec inquiétude. Qui peuvent donc être ces gens ? Je n'ai pas l'impression de les reconnaître et puis je ne sais toujours pas où je suis.

_ Tue le ! M'ordonne soudainement une voix qui semble être sortie de nulle part.

Ne reconnaissant pas cette voix, je regarde avec incompréhension l'assemblée qui m'entoure mais aucun ne semble réagir ou tenter quoi que ce soit. Puis la fameuse voix réitère son ordre, toujours avec les mêmes mots, et sur exactement le même ton froid et intransigeant. Le genre de ton qui ne laisse pas place à l'hésitation. Soudain, je sens quelque chose de lourd atterrir dans ma main droite, je regarde cette dernière et constate qu'elle tient une arme à feu qui n'était pas là il y a quelques secondes. En relevant les yeux, je remarque alors un homme à genoux devant moi. Ce dernier, qui doit avoir une quarantaine d'années est couvert de blessures et me regarde dans les yeux. Dans son regard, je peux lire une profonde détresse mais aussi une forme de résignation, comme s'il se préparait déjà à la mort tandis que la voix réitère son ordre de façon plus pressante que les autres fois. Autour de moi, les villageois restent silencieux et se contentent d'observer la scène sans dire un mot. Mais ils n'ont pas besoin de parler pour que je comprenne le fond de leur pensée et discerne leur jugement. Je ressens alors un profond malaise devant cette situation tandis que mon cœur se tord de douleur. Mais alors que j'observe les passants, un coup de feu retentit non loin de moi. Je me retourne vivement vers la quadragénaire, qui a laissé place à un jeune homme blond d'une vingtaine d'année, allongé au sol. En voyant son corps sans vie et la tâche de sang au niveau de sa poitrine, mon cœur se serre et je sens les larmes me monter aux yeux. Totalement anéantie, je me laisse tomber auprès de son corps sans vie. Soudain, quelqu'un se glisse à mes côtés et vient me chuchoter quelque chose à l'oreille.

_ Pourquoi m'as tu trahi ? Me chuchote la voix.

Je me réveille en sursaut et en sueur et me redresse rapidement sans même m'en rendre compte. Un peu désorientée à cause de l'obscurité de la pièce, je regarde tout autour de moi tandis que mon cœur bat toujours la chamade dans ma poitrine. Après quelques instants, je retrouve finalement mes esprits et prends conscience de l'endroit où je suis. Un cauchemar, tout cela n'était qu'un vilain cauchemar. Mais maintenant c'est fini. Oui, tout ça est derrière moi, c'est du passé, je ne dois plus y penser. Alors que je tente de reprendre une respiration normale et de calmer mon rythme cardiaque, je sens la main de Law se poser sur mon dos.

_ Tu as fais un cauchemar c'est ça ?

_ Oui. Ça avait l'air si vrai…

_ Oui, c'est souvent comme ça, je comprends ce que ça fait. Tu veux en parler ?

_ Non ce n'est pas la peine, merci. Lui réponds-je en tournant la tête vers lui.

_ Viens par là. Me dit Law en me dégageant une place contre lui.

Je m'allonge alors à nouveau dans le lit et vient me blottir dans les bras de Law, posant ma tête contre son torse. Alors qu'il resserre ses bras autour de moi, je sens sa chaleur m'envahir et m'apaiser. Au fil des minutes, mon cœur reprend progressivement un rythme régulier tandis que je sombre petit à petit dans les bras de Morphée. Alors que je dormais profondément, mon sommeil est interrompu par un tambourinement intempestif au niveau de notre porte. Sans lever la tête de mon oreiller, j'attrape du bout des doigts la montre sur ma table de chevet et ouvre difficilement les yeux pour regarder l'heure qu'il est. Huit heures du matin, génial, on ne peut pas avoir une grasse matinée tranquille ici. À côté de moi, Law étouffe un grognement de mécontentement et loge son visage à l'intérieur de son coude.

_ Qui ça peut bien être… Ronchonne-t-il.

_ J'en sais rien.

Voyant que l'inconnu n'a pas l'air de vouloir se calmer et nous laisser dormir en paix, Law finit par se lever pour connaître la raison de toute cette agitation. Il enfile rapidement un pantalon et se dirige vers la porte non sans émettre un nouveau soupir. La personne derrière cette porte a intérêt à avoir une bonne raison de faire tout ce raffut de bon matin si elle ne veut pas passer un sale quart d'heure. Alors que Law déverrouille la porte, il tombe nez à nez avec un Karma visiblement inquiet.

_ Alizée a disparue. Se contente-t-il de dire avant que Law n'ait ouvert la bouche.