Chapitre 20 : Un choix cornélien

Debout sur le quai, je fixe le sous-marin d'un regard vide. Après quelques instants, je monte machinalement sur le pont et entre à l'intérieur de l'embarcation. Je me rends ensuite dans le réfectoire et parcoure la salle des yeux. Visiblement, Law n'est pas rentré et il manque pas mal de membres de l'équipage. Pour le moment, seuls Shachi, Penguin et Neil sont ici et discutent autour d'un café. Je les rejoins calmement et m'assois à côté de Shachi qui tourne le dos à l'entrée de la salle et ne me vois arriver qu'au dernier moment.

_ Salut les gars, le capitaine n'est pas encore rentré ? Demandé-je en m'asseyant.

_ Non, il est toujours en ville mais je pense qu'il ne va pas tarder. Me répond Shachi.

_ Comment s'est passée ton après midi ? Me demande Penguin.

_ C'était tranquille, je me suis baladée en ville. Et vous ?

_ On est partis à la pêche mais on n'a pas trouvé de bon coin du coup on est rentrés plus tôt que prévu. Répond Neil.

Je reste avec eux de longues minutes, écoutant silencieusement leur discussion. Étrangement, j'ai un peu de mal à suivre la conversation et à y participer. C'est comme si leurs phrases passaient par mes oreilles mais que mon cerveau n'arrivait pas à les déchiffrer. J'ai l'impression que ma tête est plongée dans le brouillard. Je dois être plus fatiguée que je ne le pensais, je pense que je ne vais pas faire long feu cette nuit. Je devrais peut être prendre un café pour me réveiller un peu avant le repas. Alors que je m'apprête à me lever, j'entends du bruit provenant du couloir. On dirait que d'autres membres de l'équipage sont rentrés de leur balade. Je me retourne vers l'entrée et vois Karma entrer dans la salle en compagnie d'une autre personne. Tandis qu'il nous salue chaleureusement je jette un œil à l'inconnu qui se trouve à côté de lui. Alors que j'observe ce quinquagénaire aux allures de vieux loup de mer avec sa chemise rapiécée et son pantalon marron lui aussi abîmé, je sens mon cœur se serrer violemment dans ma poitrine. Une vague de colère monte alors en moi et me fait serrer les poings nerveusement. Comment ce type peut-il être là ? La dernière fois ne lui a pas suffit ? Après la dérouillée qu'il s'est prise il y a quatre ans, il ose remettre les pieds ici ? Et puis pourquoi est-ce que Karma est avec ce meurtrier ? Il l'a mené en bateau pour qu'il l'amène jusqu'à nous, je ne vois que ça. Il est probablement en train de mijoter un sale coup, j'en suis certaine. Mais il n'est pas question que je le laisse à nouveau s'en prendre à ceux que j'aime. Cette fois-ci je ne vais pas le louper, je vais m'assurer qu'il ne nous fasse plus de mal, je vais le tuer pour de bon cette fois. Je ne lui laisse pas la moindre occasion de nous planter un couteau dans le dos et me jette au cou de l'homme. À côté de moi, Karma me regarde avec de grands yeux et ne semble pas comprendre la raison de mon geste. Je ne peux pas vraiment lui en vouloir, pas étonnant qu'il soit un peu perdu, il n'était pas encore avec nous à cette époque.

_ Mais Leïla, qu'est-ce qui te prend ? Me demande Karma en m'attrapant le bras pour me retenir.

_ Écarte toi Karma, ce type est un meurtrier !

_ Quoi ?! Mais qu'est-ce que tu racontes ?

_ Leïla reprends-toi, qu'est-ce qui t'arrive, tu es en train…

_ Comment ça qu'est-ce qui m'arrive ? Ouvre les yeux Shachi, c'est le pirate qui nous a attaqué il y a quatre ans. C'est celui qui a détruit mon île natale, ne me dis pas que tu ne le reconnais pas.

Je me dégage le bras de la poigne de Neil qui est trop abasourdi par la situation et fais appel à mon pouvoir. Je génère alors une bourrasque horizontale pour projeter mon adversaire contre le mur. Sonné par le coup, il tombe au sol et porte une main sur son crâne tout en essayant de se relever. Mais je ne lui laisse pas le moindre répit et me place devant lui tout en lui attrapant le col de la chemise par la main gauche. Avec ma main encore libre, je lui décoche un coup de poing en plein visage avant qu'il n'ait le temps de faire quoi que ce soit. Quand je regarde ce type, j'ai tellement de colère qui m'envahit, je vois littéralement rouge. Il m'a tout pris, il m'a fait vivre un enfer quand j'étais enfant mais cette fois-ci je ne le laisserai pas faire. Je ne crois pas avoir ressenti autant de haine à l'égard de quelqu'un. C'est simple, je veux qu'il disparaisse de ce monde, purement et simplement.

_ Mais Leïla, t'a complètement perdu la tête ! Tu vois bien que c'est… Commence Penguin.

_ Je ne te laisserai pas t'en prendre à mes compagnons une fois de plus. D'ailleurs, tu ne feras plus jamais de mal à personne quand j'en aurais fini avec toi.

Je porte alors ma main droite à ma ceinture et saisis le poignard qui s'y trouve. Je place la lame juste au dessus de sa tête tandis qu'il me regarde avec étonnement. J'étais persuadée qu'il aurait un peu plus de répartie que ça et qu'il se défendrait davantage. Honnêtement, quand je me suis élancée vers lui, je ne pensais pas que ce serait aussi simple, après tout j'ai failli mourir en le combattant la dernière fois. Mais peut être qu'en le prenant par surprise, j'ai réussi à lui faire perdre ses moyens pour quelques instants. En tout cas, j'ai bien l'intention de profiter de cet avantage. Dans mon dos, j'entends les garçons s'agiter et crier quelque chose. Mais mon cerveau est tellement en ébullition que je n'arrive pas à saisir la totalité de ce qu'ils disent. Dans ce flot de paroles, je distingue tout de même quelques phrases qu'ils répètent en boucle. Je les entends notamment crier qu'il faut m'arrêter mais je dois mal comprendre, je ne vois pas pourquoi ils voudraient m'empêcher d'abattre un tel monstre. Après tout ce qu'il a fait, il le mérite amplement. Mais alors que je m'apprête à abaisser ma lame, je sens deux personnes m'agripper par les bras et me tirer en arrière. Ils me séparent de ma cible sans que je puisse opposer de résistance et me font lâcher mon arme de force avant de me bloquer entièrement dans mes mouvements. Je jette alors un regard déboussolé vers Shachi et Penguin qui tentent de me maîtriser avec leur fluide. Mais pourquoi ? Pourquoi est-ce qu'ils s'en prennent à moi, ça n'a pas de sens. Ce n'est pourtant pas moi leur ennemie, ils n'ont aucune raison de me traiter de cette façon. Je ne comprends pas pourquoi ils tiennent tant à protéger ce sale type.

_ Mais qu'est-ce qui vous prend ? Pourquoi vous faites ça, pourquoi est-ce que vous le défendez ? Vous devriez m'aider au lieu de me gêner comme ça.

_ Bon maintenant tu vas te calmer et nous écouter. Me dit Penguin.

_ Non, c'est vous qui allez m'écouter. Pourquoi est-ce que vous vous mettez en travers de mon chemin ? C'est un meurtrier, il a déjà essayé de nous tuer je vous rappelle !

Je tente alors à nouveau de me débattre pour échapper à leur prise avant que l'autre ne reprenne ses esprits. Si on lui laisse une minute de répit, il va retrouver tous ses moyens et nous attaquer. Et ça je ne peux pas le permettre. Mais la poigne de Shachi se resserre sur mon bras et avec l'aide de Penguin il me force à mettre les deux genoux à terre. Sous la pression exercée par les garçons, je pose un genou au sol puis le deuxième à me retrouve dans l'incapacité de faire le moindre geste ou de me dégager. Pendant ce temps, Karma se rend auprès du sale type et semble se préoccuper de son état.

_ Mais c'est quoi votre problème à tous les deux à la fin. Ce n'est pas moi votre ennemie, c'est lui ! Il est dangereux je vous rappelle !

_ Ça suffit Leïla, calme toi et écoute nous s'il te plaît !

_ Il n'y a pas d'ennemi dans cette salle Leïla. La personne que tu viens d'agresser c'est le capitaine. Me dit Penguin.

_ Mais qu'est-ce que tu racontes ? C'est Hector, il n'y a aucun doute ! Enfin vous le voyez bien quand même, il ne ressemble pas du tout au capitaine…

_ Non Leïla, je t'assure.

_ Hector n'est pas là Leïla, il n'y a que nous cinq et le capitaine. Me dit calmement Shachi.

Je regarde alors les visages de Shashi et Penguin qui se veulent aussi rassurants que possible malgré la situation. Je jette ensuite un coup d'œil à Neil et Karma qui se contentent de hocher la tête pour confirmer la version des garçons. Je reporte finalement mon attention sur la personne en face de moi et que je viens d'attaquer et qui se relève doucement. Je n'y comprends rien, c'est pourtant le pirate qui a tué ma mère qui se trouve en face de moi. Je ne suis pas folle quand même. Comment est-ce que je pourrai confondre ce monstre avec Law.

_ Mais… Ce n'est pas possible… C'est un cauchemar, c'est ça ? Dites moi que je vais me réveiller.

Pendant ce temps, Hector, en tout cas la personne qui ressemble à Hector, se remet sur ses pieds et s'avance vers nous. En le voyant s'approcher alors que je suis maintenue par mes amis, je sens toute ma fureur laisser place à la peur. J'ai l'impression de revenir des années en arrière, à l'époque où la petite fille que j'étais tremblait de peur dans sa cachette. Mais contrairement à ce à quoi je m'attendais, il se contente de s'accroupir devant moi et se met à me parler d'une voix douce et apaisante.

_ Leïla, la dernière fois qu'on a rencontré ce pirate, tu as fini à l'eau pour avoir aidé Jiro. Et tu te souviens de ce que je t'ai dis ce jour là ? Que tu avais agit en véritable pirate du Heart. Ce n'est pas ton genre de te laisser guider par la vengeance.

En l'entendant prononcer ces mots, mon cœur loupe un battement et mon corps entier se met à trembler. Cette phrase, c'est celle que Law m'a dite après avoir mis en déroute Hector et sa clique. Mais on était juste tous les deux à ce moment là, personne d'autre ne peut être au courant. Mais alors ça voudrait dire que Shachi et Penguin disent vrai ?

_ C'est pas vrai… Qu'est-ce que j'ai fais… Dis-je en sentant les larmes me monter aux yeux.

Alors que les larmes montent, ma vue se brouille progressivement et la silhouette d'Hector commence à s'estomper pour finalement laisser place à celle de Law. Ce dernier adresse alors un signe de tête à Shachi et Penguin pour leur demander de me lâcher. Les deux garçons me rendent alors ma liberté de mouvement sans la moindre protestation. Je me recroqueville aussitôt sur moi même et glisse ma tête entre mes bras tout en éclatant en sanglot. Je sens alors les bras de Law m'entourer et me serrer chaleureusement contre lui. Je n'y comprends rien, je ne comprends pas comment ça a pu arriver. Comment est-ce que j'ai pu faire ça à Law. Si Shachi et Penguin n'étaient pas intervenus, qui sait ce qui aurait pu se passer, j'étais tellement remontée que j'aurais pu le blesser grièvement.

_ Je suis désolée Law. Je suis sincèrement désolé… Je ne sais pas ce qui m'a pris.

_ C'était vraiment bizarre, on aurait dit que tu n'étais plus toi même. C'était un peu comme si tu avais été… hypnotisée.

_ Hypnotisée ? Tu crois pas que c'est un peu tiré par les cheveux Neil ?

_ Tu as une autre explication peut être ?

_ Je suis du même avis que Neil. Est-ce que quelque chose te revient en tête Leïla ?

_ Pas vraiment. Pour être honnête, je n'ai aucun souvenir de mon chemin du retour entre le centre-ville et le sous-marin. Réponds-je en me redressant.

_ C'est vrai que quand tu es revenue tu étais bizarre. Tu avais un peu le regard vide mais je me suis dis que ça devait être la fatigue. Me fait remarquer Shachi.

_ Oui quand je suis rentrée j'avais l'esprit un peu embrumé et j'ai aussi mis ça sur le compte de la fatigue.

_ Ce qui confirme l'hypothèse de l'hypnose.

_ Donc ça veut dire qu'on a un hypnotiseur qui veut notre peau dans la nature. Qu'est-ce qu'on fait capitaine ? On quitte l'île ?

_ Non on reste ici. Ce n'est pas la première fois qu'on cherche à nous tuer, on commence à avoir l'habitude. Leïla, tu peux te lever ?

Je hoche la tête, attrape la main que me tend Law et me redresse sur mes jambes. Une fois debout, je bouge un peu mes bras endoloris et les regarde sous toutes les coutures. J'arrive sans top de mal à voir à quels endroits Shachi et Penguin m'ont attrapée. Sur certaines zones, il y a encore les marques de leurs mains. Sur le moment, je ne m'en suis pas rendue compte mais ils n'y sont pas allés mollo. Mais ce n'est pas non plus comme si je leur avais laissé le choix, il fallait bien qu'ils m'arrêtent par tous les moyens.

_ Désolé si on t'a fait mal Leïla.

_ Pas la peine de t'excuser Shachi. Vous avez fait ce qu'il fallait, je ne vous avais pas trop laissé le choix. En tout cas, merci de m'avoir arrêtée les gars, vraiment.

_ À charge de revanche. Me répond Penguin avec un clin d'œil.

_ Ahaha ça marche. Je vous revaudrai ça un de ces quatre.

Pendant les heures qui suivent nous restons dans le réfectoire et patientons jusqu'au retour du reste de l'équipage. Après une petite heure d'attente, nous sommes enfin au complet et visiblement tout le monde a l'air en parfaite santé. Je suis rassurée, il semblerait que le mystérieux hypnotiseur n'ait pas fait d'autres victimes. Il était peut être sûr que sa première tentative allait être couronnée de succès et n'avait pas prévu de plan B. Comme nous l'avons convenu un peu plus tôt, nous informons les autres de la présence d'un potentiel ennemi qui arrive à manipuler les gens de façon assez efficace. Comment il s'y prend, nous ne le savons pas encore mais en restant prudents on devrait diminuer ses chances de réussir une seconde fois. Law donne ensuite pour consigne de ne circuler dans l'île que par groupe de trois au minimum et de toujours prendre un escargophone pour appeler du renfort si nécessaire. Dans ce genre de cas, il est toujours plus facile de contrer l'hypnotiseur et sa victime en étant plusieurs, l'expérience de tout à l'heure l'a bien prouvée. À ce sujet, heureusement pour moi, Law et les autres ne se sont pas trop étendus sur les détails et se sont contentés du strict minimum. Et je leur en suis d'ailleurs très reconnaissante. Que le reste de l'équipage soit au courant que j'ai essayé d'attaquer Law est largement suffisant. En tout cas, ça m'apprendra à partir en exploration toute seule. Une fois toutes les consignes données, Gin nous apporte les premiers plats et nous nous mettons à table. Fort heureusement les récentes nouvelles ne semblent pas avoir entaché la bonne ambiance habituelle et le repas se passe dans la joie et la bonne humeur. Je passe une grande partie de la soirée à jouer aux cartes avec Shachi, Penguin, Karma et Gin puis les laisse après deux bonnes heures de jeu, alors que la fatigue commence à me gagner. Au final, la situation est plus ou moins rentrée dans l'ordre, un peu comme s'il ne s'était rien passé. Tous ceux qui étaient là lors de ma « petite crise » ont agit de façon assez pragmatique et ont jugé que ça ne valait pas la peine de s'attarder sur ces évènements. Et je ne pouvais pas espérer meilleure réaction que celle qu'ils ont eu. En revanche, même si de mon côté la situation semble être revenue à la normale, je suis incapable de dire si je risque de reperdre le contrôle dans la nuit. En général, on se dit qu'en restant à bonne distance de l'hypnotiseur il n'y aura pas de soucis, mais je ne sais pas à quel point c'est vrai. Il ne faudrait pas que je reperde les pédales pendant que tout le monde dort, je risquerai de vraiment blesser quelqu'un cette fois-ci. Il faut que je prenne des précautions pour éviter que ça n'arrive. En arrivant devant la cabine, j'ouvre la porte et entre à l'intérieur. Je parcours la salle des yeux à la recherche de Law mais constate qu'il n'y a que moi ici. Visiblement, je suis arrivée la première. Pourtant, il me semble qu'il a quitté le réfectoire vingt minutes avant moi. Je me demande où est-ce qu'il a bien pu passer. Mais au final ce n'est pas plus mal, je vais pouvoir en profiter. Je file vers l'armoire de la cabine dont j'ouvre les portes en grand. J'y attrape un oreiller ainsi qu'une couverture bien chaude et prends quelques affaires de rechange. Je referme les portes et me dirige vers le couloir avec toutes mes affaires sous le bras. Je pense que ce n'est pas très sûr que je dorme dans cette chambre cette nuit. En m'installant dans l'infirmerie ça devrait être mieux. Au moins là-bas, je ne risque pas de blesser qui que ce soit, surtout si je m'assomme à coup de somnifères ou de paralysant avant. Je suis presque arrivée sur le pas de la porte lorsque je me retrouve nez à nez avec Law qui s'apprêtait lui à entrer. Il me regarde quelques secondes avec un air très surpris puis jette un œil à mon paquetage avant de froncer les sourcils. Bon, ma tentative de faire mon trafic dans son dos est un échec cuisant, je suis complètement grillée. Je me doutais bien que ça ne lui plairait pas, c'est pour ça que je voulais le mettre devant le fait accompli, pour avoir une chance qu'il cède.

_ Je peux savoir ce que tu fais ? Où est-ce que tu vas avec tout ça ?

_ À l'infirmerie.

_ Et je peux savoir pourquoi ? Me demande Law en haussant un sourcil.

_ Parce que je n'ai pas l'intention de dormir ici. Imagine que je sois prise d'une autre crise pendant la nuit, je risquerai de m'en prendre encore à toi et je ne veux pas que ça arrive. Donc je vais à l'infirmerie. J'avalerai un bon somnifère et tout se passera bien.

_ Je vois que tu as tout prévu. Mais tu oublies quelque chose.

_ Ah bon ? Quoi donc ?

_ Simplement que je n'ai pas du tout l'intention de te laisser dormir ailleurs. Me répond Law en refermant la porte derrière lui avant de s'appuyer dessus.

_ Mais pourquoi ? Tu as bien vu ce qui s'est passé tout à l'heure, j'ai essayé de te tuer !

_ Oui mais rien ne nous dit que tu vas recommencer cette nuit. Et puis si jamais ça arrivait, alors j'utiliserai mon pouvoir pour t'empêcher de faire quoi que ce soit.

J'aurais du me douter qu'il refuserait que je m'isole mais là il est vraiment inconscient. Mais je sais bien que tous mes arguments ne réussiront pas à le faire changer d'avis, lui aussi peut être têtu quand il s'y met. Voyant que toute discussion avec lui est inutile, je pousse un soupir et dépose mes affaires sur le bureau. S'il insiste tant pour que je reste ici, je suis bien obligée de lui accorder cette faveur mais pas sans quelques précautions. Je me retourne ensuite de nouveau vers Law, joins mes deux mains et les tends vers lui. Face à mon geste, il hausse à nouveau les sourcils et attend que je lui dévoile le fond de ma pensée.

_ Ok, je veux bien oublier mon projet initial mais si je dois rester, je veux au moins avoir les bras attachés. Comme ça je serai plus rassurée.

En entendant ma demande, un sourire en coin bien franc vient se ficher sur le visage de Law et je l'entends retenir un ricanement. J'en étais sûre, je commence à le connaître celui-là, je me doutais bien qu'il ne prendrait pas du tout ma requête au sérieux. Mais vu ce qui s'est passé tout à l'heure je n'ai pas envie de plaisanter sur la sécurité ni de prendre les choses à la légère. Sans abandonner son sourire, il pose une main sur les miennes et appuie doucement dessus pour les faire redescendre. Il se penche ensuite vers moi afin de me murmurer quelque chose à l'oreille.

_ Est-ce que c'est vraiment une demande parce que tu es inquiète à l'idée de me blesser, ou est-ce que c'est juste un stratagème pour assouvir une envie fantaisiste.

_ Je suis très sérieuse Law ! Lui réponds-je en me reculant légèrement.

_ Dans ce cas, la réponse est non. Je t'assure que ce n'est pas la peine.

Law se détache entièrement de la porte d'entrée et réduit la distance que j'ai instaurée entre nous deux. Il pose ensuite une main sur ma nuque et entraine ma tête vers la sienne jusqu'à ce que nos deux fronts se touchent. Nous sommes tellement proches que je n'ai aucun mal à sentir le rythme de sa respiration. Cette dernière est incroyablement calme malgré la situation. Contrairement à moi, il a l'air parfaitement serein. J'ai vraiment l'impression que rien n'est capable d'altérer sa confiance. Peut importe ce qui peut lui arriver, il arrive toujours à conserver son calme et son assurance. Je me demande comment il fait.

_ Ne t'en fais pas Leïla, tout se passera bien. Tu peux me faire confiance.

Face à l'insistance et l'assurance de Law, je décide de jeter l'éponge et renonce à quitter la cabine pour la nuit. J'attrape les affaires que j'ai déposées sur le bureau et pars les remettre à leur place dans leur commode.

_ Et sinon, tu as des souvenirs qui te sont revenus en mémoire ?

_ J'ai quelques bribes qui me reviennent mais ça reste encore un peu flou. Lui réponds-je en fermant la porte de la commode et en me retournant vers lui.

_ J'aimerai bien que tu me racontes en détail ce que tu as fait aujourd'hui et où tu es allée si ça ne te dérange pas. Comme ça, peut être que tu te souviendras de quelques chose et qu'on pourra en savoir un peu plus à propos de notre mystérieux ennemi.

_ D'accord, pourquoi pas, si ça peut aider…

Je me rapproche du lit et m'assoit dessus en me tournant vers Law qui s'est installé dans le fauteuil qu'il a rapproché. Je prends quelques secondes pour remettre mes idées en place afin que mon discours soit le plus cohérent possible puis reprends la parole.

_ Je suis partie en ville peu de temps après qu'on ait fini de manger pour essayer de dégoter des informations sur un potentiel trésor. J'ai tourné pendant plusieurs heures et parlé à tant de personnes que je ne saurais pas toutes te les énumérer. Mais pour autant que je me souvienne, il ne s'est rien passé de particulier à ce moment là. Comme je ne trouvais rien, j'ai décidé de changer mon fusil d'épaule et j'ai fait un tour dans plusieurs magasins de brocantes et d'objets anciens. Je me souviens en avoir fait deux sans rien trouver et ensuite…

Je me stoppe dans mon récit et me met à réfléchir. Je me rappelle très bien être sortie de cette deuxième boutique mais je ne me souviens pas de ce que j'ai fait après ça. À partir de ce moment là, mes souvenirs sont assez flous et la seule chose que je me remémore clairement c'est l'instant où je suis remontée sur le sous-marin. Mais ça ne colle pas, il y a un problème d'enchainement. Quand je suis sortie de la boutique, le soleil commençait à peine à décliner mais quand je suis arrivée au sous-marin il faisait presque nuit. Ce qui veut dire qu'entre ces deux évènements, il a du se passer une bonne heure si ce n'est deux. Et j'ai bien du faire quelque chose pendant tout ce temps, je ne suis quand même pas restée immobile à me tourner les pouces.

_ Tu ne te souviens pas de ce que tu as fait après, c'est ça ?

_ Je sais que j'avais encore prévu de faire deux ou trois boutiques avant de retourner au sous-marin mais je ne me rappelle pas si je l'ai fait finalement.

_ Ce qui veut dire que c'est probablement pendant ce laps de temps que tu t'es faite attaquer. Tu n'as vraiment pas d'images qui te reviennent ? N'importe quoi qui pourrait nous aider.

Je masse mes tempes et essaie de me replonger dans mes souvenirs pour reconstituer mes actions de cette après-midi. Si j'avais fait chou blanc dans la deuxième boutique, qu'est-ce que j'aurais fait par la suite ? En toute logique, je serais allée en voir une autre, tout simplement. Mais maintenant que j'y pense, il me semble que j'ai fait un léger détour. Oui c'est bien ça, je me suis arrêtée en chemin pour regarder quelque chose, une devanture de magasin si je me souviens bien. Si ça m'a intéressé à ce moment là, c'est que ça avait probablement un lien avec les cartes aux trésors sans toutefois être une brocante. Hormis ce genre de boutique, je ne connais que les établissements de prêts sur gage qui peuvent proposer de tels produits.

_ Ça me revient. Quand j'étais en route pour la troisième boutique, je me suis arrêtée chez un préteur sur gage. C'était une boutique assez classique, tenue par un vieil homme assez ordinaire, si on met de côté sa tâche de vin en feuille d'érable sur la joue gauche. C'était une personne plutôt gentille, on a un peu discuté et je lui ai demandé si…

_ Si quoi ? Me demande Law en voyant que je ne termine pas ma phrase.

_ Oh merde, je crois que c'est lui qui m'a piégée tout à l'heure Law.

_ Comment ça ?

_ Pour te la faire courte, je lui ai demandé s'il avait une carte à vendre et il m'a répondu qu'il en avait dans son autre boutique et qu'il pouvait m'emmener la voir. Et quand on est arrivé dans son débarras, il m'a fait entrer dans une pièce complètement vide. Il n'y avait pas un meuble et pas la moindre trace d'une quelconque carte. Mais quand je me suis retournée pour lui demander à quoi il jouait, je me suis retrouvée nez à nez avec quelqu'un d'autre.

_ Tu te souviens de qui c'était ?

_ Non absolument pas. Après ça c'est le noir complet. Ensuite je me souviens juste être rentrée au sous-marin mais va savoir comment.

_ Et tu es sûre que ce n'était pas le vieil homme ?

_ Sûre et certaine. La personne que j'ai vue était plus grande et svelte. Mais par contre je ne me souviens ni de son visage ni des vêtements qu'il ou elle portait.

_ C'est déjà un bon début. Maintenant on sait qu'il n'y pas un ennemi mais au moins deux et qu'on doit se méfier de ce préteur sur gages.

_ On devrait avertir les autres à propos de ce type.

_ Je suis d'accord mais pas tout de suite. La majorité de l'équipage doit être en train de dormir à l'heure qu'il est. On les préviendra demain matin, je leur ai dit de ne pas quitter le sous-marin trop tôt demain donc ça devrait aller.

_ J'espère que tu as raison.

_ Tu n'es toujours pas entièrement rassurée pas vrai ?

Si je suis rassurée ? Évidemment que je ne suis pas sereine avec cet hypnotiseur dangereux dans la nature. Ce type veut de toute évidence notre peau et n'hésite pas à nous faire nous battre entre nous. Et c'est de loin la pire situation possible. Quand c'est un ennemi qui attaque, il n'y a pas de soucis, on riposte et on passe à l'offensive. Mais quand c'est un ami qui est manipulé alors les choses deviennent nettement différentes. On est obligé de trouver une astuce pour le maitriser sans le blesser et comme si cela ne suffisait pas il faut le faire assez rapidement. Et selon les circonstances ça peut mettre tout l'équipage en danger. Si jamais je dois à nouveau m'en prendre à mes amis, je veux au moins avoir eu le temps de trouver une méthode pour les aider à m'arrêter rapidement et sans trop d'effort. Et je pense que je ne vais pas avoir à chercher longtemps pour trouver la solution idéale.

_ Law, est-ce que je peux te demander un service ?

Lorsque je me réveille, tout autour de moi semble parfaitement normal. Il n'y a pas de traces de lutte, pas de tâches de sang, tout est exactement comme lorsque je me suis endormie. À côté de moi, Law dort encore paisiblement. La lumière qui passe à travers le hublot n'a pas l'air de le déranger pour le moment. Finalement, il avait totalement raison quand il disait qu'il n'y avait pas à s'inquiéter. Tout à l'air d'être vraiment rentré dans l'ordre. Quelques instants plus tard, Law se réveille à son tour et après nous être préparés nous décidons de nous rendre à la cafétéria pour prendre le petit déjeuner en compagnie des autres membres de l'équipage. En arrivant sur place, je constate que tout le monde n'est pas encore là et que seuls Shachi, Penguin, Gin et Bépo sont présents. Je me sers une tasse de café, attrape une part de brioche et pars m'asseoir à la table de Shachi, Gin et Penguin tandis que Law discute avec Bépo.

_ Salut les gars, bien dormi ?

_ Ouais impec'. Me répond Penguin. Vous aussi ?

_ Oui, très bien aussi.

_ Au fait Leïla, avec Penguin et Gin, on a prévu d'aller faire un tour dans la journée. On va probablement aller en forêt, tu veux te joindre à nous ?

_ C'est gentil de proposer Shachi mais ça sera sans moi. Pour être honnête, je ne pense pas que je vais quitter le sous-marin aujourd'hui. Je vais plutôt rester tranquillement ici.

_ Mais pourquoi ça ?

_ Pourquoi ? Parce que je n'ai absolument pas envie de recroiser ce fichu hypnotiseur et de revivre la même expérience qu'hier. Une fois m'a suffit.

_ Rien ne dit qu'on tombera sur lui et puis si on est plusieurs ça devrait bien se passer.

_ C'est vrai mais je préfère m'abstenir pour aujourd'hui, désolée. Réponds-je avant d'avaler une gorgée de mon café.

_ Alors tu vas rester toute seule ici ? Me demande Gin.

_ Elle ne sera pas seule, je compte rester ici moi aussi. Répond Law en s'asseyant à notre table suivi de près par Bépo.

_ Alors toi aussi capitaine…

_ Par contre, j'aimerai que vous attendiez un peu avant de partir, j'ai des informations de dernière minute à communiquer à tout l'équipage. D'ailleurs où sont les autres ?

_ Karma et Neil doivent encore être en train de pioncer. Commence Penguin.

_ En revanche, Jean-Bart, Zack, Helena et Ayato sont sortis donner un coup de main à un villageois qui est venu nous demander de l'aide. Continue Shachi.

_ Il avait besoin de bras pour dégager un tronc qui est tombé sur le chemin à l'orée de la forêt pendant la nuit et qui bouche le passage. Complète Gin.

_ Mais ne t'inquiète pas capitaine, ils ont pris un escargophone comme tu l'avais demandé.

_ Un villageois est venu vous demander de l'aide ? L'interroge Law assez perplexe.

_ Ouais c'était un vieil homme qui ne payait pas de mine. Par contre, il avait une drôle de marque sur la joue gauche. On aurait dit une feuille de… de quoi déjà Penguin, de platane non ?

_ J'aurais plutôt dit une feuille d'érable personnellement. Lui répond Penguin.

En entendant la description du fameux villageois, j'avale ma gorgée de travers et manque de m'étouffer avec mon café. Je jette aussitôt un œil inquiet à Law qui semble avoir pensé à la même chose que moi.

_ Tout va bien Leïla ?

_ Ils sont partis il y a longtemps ? Demande Law sans faire attention à la question que vient de me poser Penguin.

_ Non, ça doit faire dix minutes à peu près. Pourquoi cette question ? Qu'est-ce qui vous arrive tous les deux ?

_ Que tout le monde se prépare à partir dans trois minutes. Bépo, vient avec moi, on va aller réveiller Karma et Neil. Ordonne Law en se levant après avoir avalé le reste de son café d'une traite.

_ Mais qu'est-ce qui se passe à la fin ?

_ C'est ce dont on devait vous parler ce matin. Ce villageois, c'est lui qui m'a piégée hier. Il est dangereux et il y a de fortes chances qu'il n'agisse pas seul.

Cinq minutes plus tard, nous sortons tous du sous-marin sur le pied de guerre. Nous nous engageons immédiatement sur le chemin menant à la forêt et qui devrait nous conduire à nos amis. Comme Shachi et Penguin étaient là quand le villageois à expliqué où se trouvait le soit disant obstacle à dégager, nous savons exactement où aller ce qui va nous faire gagner un temps précieux. J'espère juste qu'on arrivera à temps et que les autres vont bien. Le sentier nous conduit jusqu'à des gorges d'une vingtaine de mètres de profondeur qui, selon Penguin et Shachi, se poursuivent jusqu'à l'entrée de la forêt. Après plusieurs minutes de marche, le chemin devant nous se met à grimper avant de redescendre deux kilomètres plus loin, nous offrant ainsi une vue dégagée sur la suite du sentier en contrebas. Ce dernier se poursuit encore sur plusieurs kilomètres mais au fond nous commençons à apercevoir quelques arbres et autres tâches vertes. En approchant de la zone forestière, la profondeur des gorges se réduit progressivement jusqu'à ce que les parois se fondent totalement dans le sol à une centaine de mètres des premiers arbres. La zone rocheuse laisse alors place à une zone plus plate et dégagée avec quelques coins de verdure. C'est d'ailleurs juste avant la clairière, à l'endroit où le chemin commence à s'élargir et où les parois des gorges ne font plus que quatre ou cinq mètres de haut que nous apercevons nos amis. Mais comme on le craignait, ils ne sont pas seuls et sont entourés de plus d'une vingtaine de personnes qui n'ont pas l'air d'être venus avec des intentions pacifiques. Nous accélérons le pas afin de leur prêter main forte et une fois suffisamment proche, Law active son pouvoir et nous transporte jusqu'au groupe de Jean-Bart. Nous profitons de notre arrivée soudaine et de l'avantage de l'effet de surprise pour mettre au tapis une partie de leurs adversaires sans avoir à fournir trop d'efforts. À priori, Jean-Bart, Helena, Zack et Ayato n'ont pas l'air particulièrement amochés, il semblerait qu'on soit arrivés à temps.

_ Est-ce que tout le monde va bien ?

_ Ouais ça va. Ya pas eu trop de casse capitaine. Répond Jean-Bart.

_ Ils nous sont tombés dessus d'un coup, on n'a rien vu venir. Mais apparemment, le vieil homme est de mèche avec eux. Nous explique Helena en montrant du doigt le doyen qui se tient au milieu des assaillants, en arrière ligne, et qui nous observe avec un grand sourire.

_ Mais comment ça se fait que vous soyez là ? Demande Zack.

_ Je devais vous avertir à propos de ce type ce matin. Mais on s'est malheureusement loupés de peu. Lui répond Law.

_ Et maintenant, c'est quoi le plan capitaine ? Demande Bépo.

_ On se débarrasse d'eux et on rentre tranquillement au sous-marin.

Pour montrer notre accord avec le plan proposé par Law, nous acquiesçons tous d'une seule voix et nous préparons à contre-attaquer. C'est alors que nous entendons quelqu'un applaudir non loin de nous, attirant ainsi l'attention de tout le monde, amis comme ennemis. Nous nous retournons vers l'arrière du groupe d'ennemi, là où se trouve le vieil homme et constatons qu'il n'est plus seul. Il est désormais accompagné d'un autre personnage, bien plus jeune et aussi plus grand. Malgré sa taille et ses talonnettes de danseur de claquette, il a réussi à se glisser jusqu'ici sans qu'aucun de nous ne le remarque. Contrairement à l'homme à la tâche de vin sur la joue, le nouvel arrivant a un style bien plus… extravagant. Il arbore un chapeau haut de forme noir ainsi qu'une cape en plume de couleur fuchsia. Sous sa cape, il porte une salopette couleur bleu persan qui surmonte une chemise blanche à pois jaunes. Son teint pâle accentué par la couleur fuchsia de ses lèvres lui donne des airs de cadavre ambulant. Avec un style si singulier, impossible de ne pas reconnaître le commandant de la cinquième flotte de Barbe Noire. Il n'y a que Laffitte le Shérif démoniaque pour s'habiller de cette façon. À sa vue, des souvenirs de la veille me reviennent aussitôt en mémoire. Maintenant qu'il est devant moi, je me souviens très bien, c'est avec à lui que je me suis retrouvée nez-à-nez dans cette maison. C'est lui qui m'a hypnotisée pour que je m'en prenne à Law, ça ne fait plus aucun doute. Franchement, on ne pouvait pas imaginer pire comme situation, il a fallut qu'on tombe sur un membre de l'équipage de Barbe Noire ici. J'espère au moins qu'il n'y a que lui ici, sinon on est mal barrés. En voyant qu'il a réussi à capter l'attention de tous les protagonistes, Laffitte arrête de frapper dans ses mains et prend enfin la parole avec un ton cérémonial.

_ Merveilleux, il semblerait que tous les invités soient enfin arrivés. Les festivités vont donc pouvoir commencer.

À peine a-t-il dit ces mots qu'une soixantaine de pirates débarquent tout en haut des deux parois de pierre qui nous encadrent. Ils descendent rapidement mais habilement de leur promontoire et se joignent à leurs camarades encore debout. Et comme si cela ne suffisait pas, d'autres arrivent aussi par le chemin que nous avons emprunté, nous enlevant ainsi toute solution de repli. La situation commence vraiment à tourner en notre défaveur. Ils ont profité de la géographie des lieux pour s'approcher de la zone sans se faire remarquer et ainsi nous prendre en étaux. On s'est jetés droit dans leur piège, comme de vrais novices.

_ Il semblerait que ma manœuvre d'hier n'ait pas servie à grand chose. J'espérai quand même que tu serais en plus mauvais état que ça Trafalgar Law. Je suis déçu, après tout le mal qu'on s'est donné pour mettre ce plan à exécution.

_ Il faut croire que tu as fais une erreur de jugement Laffitte. Tu n'aurais pas du sous-estimer notre équipage. Lui répond calmement Law.

_ Oui c'est possible. Mais cette fois-ci vous ne vous en sortirez pas indemnes. Lorsque le capitaine sera arrivé, il n'aura plus qu'à se pencher pour récupérer vos pouvoirs à tous les deux. Dit Laffitte en nous désignant Law et moi.

Il ne manquait plus que ça, alors comme ça Barbe Noire est en chemin, c'est de pire en pis. Ce type est bien trop dangereux, il faut à tout prix qu'on quitte cet endroit avant qu'il n'arrive. Parce que si on doit se battre contre lui et son équipage, on risque de ne pas en sortir indemnes. Pour le moment, Law a l'air parfaitement calme mais tel que je le connais, son cerveau doit être en ébullition. Il doit probablement réfléchir à tous les plans possibles pour nous sortir de ce mauvais pas. C'est souvent dans ce genre de moments que sa faculté d'analyse et ses talents de stratèges nous sont d'un grand secours. Peut importe ce qui nous tombe dessus, il parvient toujours à trouver une astuce pour renverser la situation à notre avantage. C'est en partie pour ça que tout l'équipage obéit à ses ordres sans poser de questions et que nous avons une confiance aveugle en lui. Tout ce qu'on a à faire, c'est tenir bon et repousser nos adversaires en attendant qu'il trouve une solution à notre problème. Instinctivement, nous nous regroupons tous et optons pour une formation circulaire, ne laissant ainsi aucune ouverture à nos assaillants. S'ils pensent avoir déjà gagné parce qu'ils nous ont encerclés, ils se trompent lourdement. On compte bien leur mener la vie dure avant de leur fausser compagnie. Et en plus, grâce à cette organisation, nous sommes plus à même d'assurer les arrières de nos compagnons. Comme nous sommes en infériorité numérique, il est plus prudent pour nous de rester autant que possible en posture défensive et de ne pas partir au front en solitaire. Nullement intimidé par notre réaction, Laffitte et son comparse conservent leur grand sourire vainqueur. Ces deux là se voient déjà victorieux de cet affrontement, ils ne pensent pas une seconde que nous pouvons leur échapper.

_ Allez-y les gars. Massacrez les tous ! Évitez juste de tuer les deux mangeurs de fruit du démon tout de suite sinon on ne pourra pas récupérer leurs pouvoirs. Ordonne Laffitte à ses sous-fifres.

Il n'en faut pas davantage pour revigorer les pirates qui décident enfin de passer à l'attaque. En les voyant se ruer sur notre groupe, chacun se prépare à contenir leur assaut et à les repousser. Ce n'est pas la première fois qu'on s'en prend à nous en essayant de nous surpasser par le nombre, la marine a utilisé cette technique un bon nombre de fois déjà. Mais cette fois-ci ça risque d'être légèrement différent. Contrairement aux adversaires que nous avons eu jusque là, ces pirates sont plus violents et plus rodés au combat. Si jamais on a le malheur de leur laisser entrevoir la moindre ouverture, ils ne nous louperons pas. On va devoir agir avec beaucoup de prudence si on ne veut pas qu'il y ait de pertes dans notre camp.

_ Si on doit s'éloigner, il vaut mieux qu'on se déplace par groupe de deux minimum afin de se couvrir mutuellement. Propose Ayato.

Nous approuvons à l'unanimité sa proposition. La stratégie d'Ayato est vraiment une très bonne idée, en se mettant par paire, on peut se permettre un peu plus de libertés, comme celle d'entreprendre des mouvements offensifs pour réduire le nombre d'assaillants. Les duos se font de façon assez intuitive sans qu'aucun de nous n'ait besoin de parler. Un regard et un signe de tête, il ne nous en faut pas plus pour nous comprendre et nous mettre d'accord. En ce qui me concerne, je m'associe avec Karma qui se trouvait déjà à côté de moi. C'est l'un des membres de l'équipage avec qui mon style de combat se rapproche le plus. Comme moi, il mise sur sa vitesse et sur des mouvements agiles pour surprendre son adversaire et le prendre à revers. Avec nos entrainements réguliers, nous nous sommes rendus compte que nos façons de combattre sont assez complémentaires et nous avons donc travaillé sur ce point pour nous améliorer. Et l'entrainement a fini par payer puisque grâce à ça nous réussissons à mettre au tapis plusieurs pirates tout en tenant notre ligne de défense. C'est sûr qu'en agissant à deux, on arrive à défaire plus rapidement nos adversaires et en utilisant moins d'énergie que si on avait été seuls. Les minutes défilent et aucun des camps ne semble montrer de signe de fatigue. Nous n'avons pas cédé le moindre morceau de terrain et mettons à terre tous ceux qui ont le malheur de s'approcher de trop près. Mais nous n'avons pas non plus réussi à nous frayer un passage et nos adversaires semblent encore avoir de l'énergie à revendre. Et malgré tous ceux que nous avons battu, leur nombre ne semble pas vraiment diminuer ce qui est assez décourageant. Au début, je pensais que leur supériorité numérique leur donnerait un énorme avantage sur nous mais finalement, nous avons réussi à réduire ce déséquilibre de force grâce à notre formation. En nous regroupant comme nous l'avons fait, nous diminuons leurs angles d'attaque ce qui fait qu'ils se gênent mutuellement en voulant être au front tous en même temps. Mais même si on arrive à les contenir, nous allons bientôt ressentir les premiers signes de fatigue et là ça sera une autre paire de manches.

_ Alors capitaine, tu as une idée pour nous sortir de ce guêpier ? Demande Bépo.

_ J'ai beau tourner la situation dans tous les sens je ne vois que la manière forte. Il faut nous frayer un passage dans leur groupe et après on fonce au sous-marin. L'ennui c'est qu'une fois là-bas, je les vois mal rester tranquilles pendant qu'on fait nos manœuvres.

_ Attend, j'ai peur de comprendre, tu voudrais qu'on se sépare en deux groupes et qu'une partie de l'équipage reste en arrière pour les retarder ?! On a déjà du mal à les contenir en étant au complet alors si on doit réduire les effectifs ça va vite devenir compliqué…

_ C'est une possibilité Ayato, je trouve moi aussi ce plan assez risquée et je préfèrerai ne pas avoir à en arriver là. En revanche, on peut essayer de laisser des obstacles sur notre passage pour les ralentir pendant que nous battons en retraite.

_ Ça m'a l'air faisable et puis on ne perd rien à essayer. Fait remarquer Penguin.

_ Vous perdez votre temps à vous accrocher à la vie comme vous le faites. Vous devriez pourtant savoir que c'est perdu d'avance. Nous nargue Laffitte qui joue toujours les spectateur

_ Tu sais quoi Laffitte, ils me font penser à ces pirates de Barbe Blanche qu'on a affrontés il y a quelques temps. Qu'est-ce qu'ils étaient pathétiques eux aussi. Plaisante le vieil homme.

_ Tu parles de ceux qu'on a vaincu un peu après la guerre au sommet ? C'est vrai qu'on a bien ri ce jour là, je me suis amusé comme un fou à les prendre en chasse.

Ces types n'ont vraiment aucune considération envers leurs anciens adversaires, ils ne respectent rien. Et les entendre dire ça des pirates de Barbe Blanche paraît presque irréaliste. Il y a quatre ans, cet équipage était considéré comme étant le plus puissant au monde. Et même privés de leur leader, ces pirates n'en restaient pas de merveilleux combattants des mers. Alors entendre parler d'eux en des termes aussi dégradants est vraiment révoltant. Je sais que l'équipage de Barbe Noire et celui de Barbe Blanche se sont pas mal affrontés après la guerre au sommet mais je pensais au moins que les deux camps étaient de force égale. Mais à les entendre, on pourrait croire que le groupe de Laffitte n'a eu aucune difficulté à mettre cet équipage prestigieux en déroute. Ils n'en rigoleraient pas autant aujourd'hui s'ils avaient eu du mal ce jour là. Mais si c'est vraiment ce qui s'est passé, alors nous n'avons aucune chance de nous en sortir vivants si le reste de la flotte venait à arriver. Soudain, je vois Helena s'éloigner lentement de notre formation et s'avancer vers Laffitte et le vieil homme. Sa main droite est tellement serrée sur son épée que sa peau bleutée est presque devenue blanche. Son visage est marqué par la colère et elle fixe le duo d'un regard noir. Je crois que depuis que je la connais, je ne l'ai jamais vue dans cet état. Bien sûr, je l'ai déjà vue en colère ou furax contre quelqu'un mais là, ça n'a vraiment rien à voir. Ça ne ressemble pas non plus à la réaction qu'elle a lorsqu'elle sort de ses gongs après que je l'aie provoquée délibérément. Cette fois-ci, j'ai vraiment l'impression qu'elle voue une haine féroce à ces types et qu'elle veut leur faire la peau. Oui c'est bien ça, elle dégage une impressionnante aura meurtrière.

_ Répète un peu ce que tu viens de dire !

_ Helena, qu'est-ce que tu fous, ne t'éloigne pas comme ça. Lui crie Ayato.

Malheureusement, Ayato a beau s'époumoner, Helena ne semble pas entendre la voix de son binôme et continue d'avancer sans quitter les deux hommes des yeux. On dirait même qu'elle ne fait plus du tout attention à ce qui l'entoure. C'est comme si tout ce qui se trouve autour d'elle a disparu à l'exception de ses deux cibles. Nullement inquiété par cette furie qui se rapproche doucement de lui, Laffitte lui adresse un sourire enjoué, visiblement très amusé par sa réaction soudaine.

_ Tu as très bien entendu, les pirates de Barbe Blanche sont de vrais loosers, tous autant qu'ils sont. Ils ont eu leur moment de gloire, c'est vrai, mais privés de leur chef ils ne valent plus rien, ils sont devenus de vraies loques.

_ Je t'interdis de parler d'eux comme ça. Les pirates de Barbe Blanche sont des hommes d'une grande valeur, ils méritent le respect. Alors retire tout de suite ce que tu as dit.

_ Oh-ho aurais-je touché une corde sensible ?

_ Helena, ne les écoute pas, ils essaient de te provoquer. Lui crie Ayato.

_ Tu dis que ce sont de fiers combattants des mers, mais dans ce cas, comment appelles-tu des pirates qui fuient la queue entre les jambes si ce n'est des lâches et des moins que rien. Ajoute le vieil homme le sourire aux lèvres.

_ Assez ! Je ne vous laisserai pas les insulter plus longtemps, je vais vous faire taire une bonne fois pour toutes !

Helena a complètement perdu les pédales, elle est en train de se faire avoir en beauté par ces deux là. Ils la provoquent délibérément pour la pousser à se mettre en danger et à faire des erreurs. Elle ne doit pas y aller seule comme elle le fait, c'est trop dangereux. J'aperçois alors un pirate s'approcher d'elle par derrière, profitant du fait que son attention soit attirée par les deux autres. Vu l'état dans lequel elle est, elle ne m'entendra pas si je crie pour l'avertir. De nous tous, c'est moi la plus proche d'elle, si je me dépêche, je peux peut être arriver à temps.

_ Karma, couvre moi, Helena a besoin d'un coup de main !

Je me précipite alors vers la murène qui n'est qu'à quelques mètres de moi et qui continue d'avancer sans remarquer le danger qui pèse sur elle. Le pirate est déjà presque à son niveau, je n'aurais peut être pas le temps de me mettre en position pour parer son coup. La seule solution est d'écarter la murène de la trajectoire et de croiser les doigts pour que ça passe. Lorsque j'arrive au niveau d'Helena, je me jette sur elle de tout mon poids et l'entraine avec moi dans ma chute. L'arme du pirate réussit toutefois à entailler le bras droit d'Helena et mon épaule droite au passage mais heureusement pour nous ça reste superficiel. Sur ce coup là, on peut dire qu'on a eu de la chance, ce n'est pas passé loin. Lorsqu'elle se retourne vers moi, Helena me regarde avec de grands yeux surpris. Comme je m'en doutais, elle n'avait même pas conscience du danger, et réalise à peine ce qui vient de se passer. Karma et Ayato quant à eux ne perdent pas de temps et nous rejoignent rapidement afin de sécuriser les lieux autant que possible.

_ Reprends-toi Helena, tu ne dois pas les laisser te faire perdre tes moyens. On est entourés d'ennemis je te rappelle c'est pas le moment de faire n'importe quoi. La réprimandè-je.

_ …

_ Vous savez quoi ? Vous me faites beaucoup penser à l'un des pirates de Barbe Blanche toutes les deux. Lui aussi était prêt à tout pour défendre l'honneur de sa soi-disant famille. Il s'est même sacrifié pour permettre aux autres de s'échapper comme des lâches.

_ Ah oui c'est vrai, je m'en rappelle ! Comment il s'appelait déjà ? Jack quelque chose je crois, oui c'est ça, il s'appelait Callico Jack. Ahahah ce gars était vraiment pathétique, il aurait mieux fait de ne pas jouer les chevaliers servants. S'il s'était abstenu, il serait peut être encore en vie qui sait. Mais il a au moins eu le mérite de me faire rire.

En entendant le nom du pirate de Barbe Blanche dont parlent Laffitte et son acolyte, mon cœur rate un battement et se serre violemment dans ma poitrine. Ma respiration devient plus rapide mais en même temps j'ai comme l'impression de manquer d'air. Une bouffée de colère et une grande tristesse s'emparent de mon corps et me font serrer les poings. Il n'y a pas de doute, c'est forcément lui, il n'y a pas beaucoup de Callico Jack dans le monde et encore moins dans l'équipage de Barbe Blanche.

_ En tout cas, ce type était vraiment obstiné. Même après que je lui aie porté un coup mortel il a réussi à s'enfuir. J'espère qu'il est mort comme un chien dans un coin sombre, c'est tout ce que ce minable méritait.

Alors c'est à cause d'eux s'il est mort avant que je ne le retrouve, c'est lui qui l'a tué. Je me redresse sur mes jambes, rapidement suivie par Helena et porte mon regard sur Laffitte. Donc c'est lui le responsable de sa mort, et en plus de ça il se permet de l'insulter et de se moquer de lui. Alors là c'est la goutte d'eau qui fait déborder le vase, je peux tolérer beaucoup de choses et je suis capable de prendre sur moi mais là il y a des limites à ne pas franchir. Je ne peux pas lui pardonner ce qu'il a fait, il en est hors de question.

_ Qu'est-ce que tu as osé dire sur Jack… Commence Helena.

_ Je t'interdit de parler de lui de la sorte tu m'entends ? Je ne te laisserai pas salir le nom de mon père, ça jamais ! La coupé-je en laissant mon pouvoir s'emmagasiner tout autour de moi alors que je fixe Laffitte d'un regard noir.

À la fin de ma phrase je libère d'un coup l'énergie accumulée et la lance sur Laffitte sous la forme d'un tube de vent horizontal. Malheureusement, il parvient à esquiver mon attaque aisément grâce à sa technique d'incision. Il faut dire qu'avec la distance qu'il y a entre nous, il a eu le temps de voir mon attaque arriver. Il revient ensuite à sa position initiale comme si de rien n'était et me nargue avec son sourire moqueur tout en faisant tournoyer sa canne.

_ Ainsi donc, il avait une fille… Qui l'aurait cru. Ça doit vraiment être une honte d'avoir un père aussi minable. C'est une faveur que je t'ai faite en t'en débarrassant, tu devrais plutôt me remercier au lieu de m'attaquer.

_ Assez ! Crié-je en lançant une nouvelle rafale qu'il esquive à nouveau sans trop de mal.

_ Il aurait du comprendre qu'il ne faisait pas le poids face à nous. Poursuit Laffitte tout en continuant de faire tourner sa canne. Après tout, il n'y a pas plus grand pirate que Barbe Noire. Si cet idiot l'avait compris, il serait peut être encore de ce monde.

Sous l'effet de ma colère, je baisse les yeux sur ma lance et la serre à en faire pâlir mes doigts. Cette ordure ne perd rien pour attendre, je vais lui faire bouffer son bâton de malheur qu'il s'amuse à me bouger sous le nez. Je vais lui faire passer l'envie de se moquer de mon père, une bonne fois pour toutes. Je vais le tuer, oh oui je vais lui faire la peau, il va payer pour tous ses crimes. Je redresse la tête et me retourne vers Laffitte qui se tient debout au milieu de pirates en formation serrée. Étrange, il y a quelques instants il était seul en dernière ligne, il a du se déplacer et se rapprocher pendant que j'avais les yeux baissés.

_ J'ai dit assez ! Rugissé-je en m'élançant vers lui.

En m'approchant, je lance une nouvelle tornade horizontale qu'il esquive cette fois-ci de peu, comme s'il avait été surpris par l'attaque. Ma tempête a au moins eu le mérite de dégager un léger passage jusqu'à lui par lequel je vais pouvoir avancer. En arrivant à son niveau, je lui porte une attaque avec ma lance qu'il bloque avec une arme plutôt grande et que je n'avais pas remarquée jusque là. Il bouge les lèvres pour dire quelque chose mais aucun son n'arrive jusqu'à mes oreilles. Nous échangeons plusieurs coups avant que je parvienne enfin à entendre ce qui sort de sa langue de vipère. Il se contente de dire plusieurs fois mon prénom comme s'il m'invitait à me calmer. Cette réaction est vraiment étrange, même venant de lui mais c'est probablement un subterfuge pour me déstabiliser et me faire baisser ma garde, je ne vois que ça. Mais alors que nous sommes au contact, il rapproche un peu plus son visage du mien et m'adresse la parole sur un ton doux, presque bienveillant.

_ Leïla, reprends toi. C'est moi Law.

_ N'essaie pas de me duper, je…

_ Je n'essaie pas de te tromper, c'est la vérité. Leïla, ne m'oblige pas à faire ce que tu m'as demandé hier. Ne me force pas à utiliser ton propre cœur contre toi. Je sais que je te l'ai promis mais je ne veux pas en arriver là, alors reprends le contrôle s'il te plaît.

En entendant ces mots, je m'arrête net et ma lance m'échappe des mains tandis que mes bras retombent le long de mon corps. La promesse dont il parle, c'est celle que Law m'a faite hier soir. Comme j'avais peur de m'en prendre à nouveau à lui ou à un autre membre de l'équipage, je lui ai demandé de me retirer mon cœur hier et lui ai fait promettre de s'en servir pour m'arrêter si jamais je perdais de nouveau la tête. Personne à part Law n'est au courant de ça, il n'y avait que lui quand nous avons passé cet accord. Ce qui veut dire… que la personne devant moi n'est pas Laffitte. C'est pas vrai, pas encore, c'est un cauchemar. Ça ne pouvait pas être le pire moment pour perdre les pédales. Sentant mes jambes chanceler, je me laisse tomber à genoux. En posant les mains au sol pour me maintenir un peu droite, l'une d'elle effleure une dague qui a du tomber au sol un peu plus tôt. Je me penche davantage en avant, la tête tournée vers le sol et prends de grandes inspirations pour essayer de me calmer. Ma tête me fait tellement mal, j'ai l'impression qu'elle va exploser. Et toute cette rage qui bout en moi, je ne sais pas comment la contenir mais il ne faut pas que j'y cède, je dois résister coûte que coûte. Il faut que je reprenne mes esprits, ce que je vois n'est pas la réalité, ce n'est qu'une suggestion. Et comme toute suggestion, elle a ses limites et je peux réussir à les franchir.

_ Leïla, je sais que tu es capable de lui résister, tu peux le faire.

C'est toujours la silhouette et le visage de Laffitte que j'ai devant moi mais c'est bel et bien la voix de Law qui arrive jusqu'à mes oreilles. Je n'ai pas le moindre doute à ce sujet. Ce qui veut dire que les effets de l'hypnose commencent un peu à s'estomper. Mais alors que je tente de me calmer et de reprendre mes esprits, une voix se met à me parler dans ma tête. Une voix qui ressemble étrangement à la mienne et qui répète en boucle la phrase « Tue-le ! ». Même si cette voix ne donne pas précisément le nom de la cible, je sais parfaitement de qui elle parle, c'est comme si c'était une évidence. Mon corps tout entier me hurle de tuer la personne qui se trouve en ce moment en face de moi, c'est à dire Law.

_ Non, non ça suffit, stop… Gémis-je en me prenant la tête dans les mains.

_ Leïla qu'est-ce qui t'arrive ?

J'ai beau lui dire de se taire, me persuader que cette voix n'existe pas et que ce n'est rien, elle continue de répéter la même phrase. À chaque fois que j'essaye de la chasser, elle revient avec encore plus de force. Je n'arrive presque plus à entendre la voix de Law ni les autres sons qui m'entourent. Il n'y a plus que cette voix qui m'ordonne de le tuer. Mes mains se mettent à trembler tandis que mon corps se raidi, prêt à se jeter d'un instant à l'autre sur la personne devant moi qui prend de plus en plus les traits de Law. Un seul moment de faiblesse, mon corps n'attend qu'un instant de faiblesse de ce qui me reste de conscience pour obéir à cette voix. J'ai l'impression que ma tête va exploser c'est insupportable ! À ce train là, je ne suis pas sûre de tenir longtemps comme ça. Je dois trouver une solution avant de flancher et vite. Ma main tâtonne sur le sol à la recherche de quelque chose qui pourrait m'aider à tenir bon, n'importe quoi qui ferait l'affaire. Ma main droite se pose alors sur la pognée de la dague qui est posée près de moi et se referme sur cette dernière. Ce simple contact avec la garde suffit à galvaniser la voix dans ma tête qui redouble de violence et d'intensité. Je sens toute cette hostilité monter en moi et grandir progressivement. Elle ne demande qu'une étincelle pour exploser. Au fond de moi, je sais que je ne fais pas le poids, je n'arriverai pas à lutter indéfiniment, c'est peine perdue. Je lève la tête vers Law qui me regarde avec un air inquiet. Les traits de Laffitte ont désormais totalement disparus. Malgré ça, mon corps tout entier est encore animé par la volonté de se jeter sur lui. Il y a toujours cette voix qui hurle dans ma tête, qui me martèle le cerveau et m'ordonne de le tuer. Je ferme les yeux quelques secondes puis replonge mon regard dans celui de Law. Je ne vois pas d'autre solution que celle là, c'est la seule chose que je puisse faire tant que j'ai encore les idées claires. Je n'ai pas le choix.

_ Pardonne moi. Dis-je à Law en lui adressant un sourire triste.

Sur ces mots, je resserre ma prise sur la dague, la soulève au dessus du sol tout en plaçant ma main gauche sur le pommeau de la garde puis m'enfonce la lame dans le flanc droit. Lorsque le morceau de métal pénètre ma peau, je sens une vive douleur parcourir tout mon abdomen. Mais malgré la douleur, la voix n'a toujours pas disparue, elle continue de crier mais semble s'être significativement atténuée. Encore un petit effort, encore un peu et je serais débarrassée d'elle. Je me mors l'intérieur de la joue pour essayer de ne pas penser à la douleur de mon ventre et ne pas perdre connaissance et enfonce davantage la dague dans ma chaire. La douleur est telle que j'ai l'impression que je vais m'évanouir d'un moment à l'autre. Chaque respiration me fait affreusement souffrir. Mais le point positif dans tout ça c'est que cette maudite voix a enfin disparue. J'ai réussi, je m'en suis enfin débarrassée. À cette pensée, tous mes muscles se relâchent d'un coup et la pression que j'ai accumulée jusque là me quitte peu à peu. Mais c'est aussi à ce moment là que je ressens les premiers contre coups de ma dernière action. Des étoiles commencent à brouiller mon champ de vision et ma tête se met à tourner violemment. Emportée par mon propre poids, je bascule sur le côté mais suis rattrapée par Law juste avant de toucher le sol. Avec tout ça, j'avais presque oublié qu'il était juste à côté de moi. Son visage affiche une mine à la fois inquiète, surprise et contrariée. Ses yeux font des allers retours entre mon visage et la blessure que je viens de m'infliger.

_ Hey Leïla, reste avec moi, tu m'entends ! Qu'est-ce qui t'a pris de faire ça, tu as perdu la tête ?

_ C'est la seule solution que j'ai trouvée pour ne pas avoir à vous faire du mal, à toi ou aux autres. Je n'aurais pas supporté l'idée de blesser l'un d'entre vous.

_ Mais tu as pensé un peu à toi espèce d'idiote.

_ Le principal pour moi… c'est que tu t'en sortes indemne. C'est toi le capitaine de cet équipage, pas moi. Sans toi, l'équipage du Heart est perdu. Et je suis prête à donner ma vie pour qu'il ne t'arrive rien, je ne me vois pas continuer l'aventure sans toi.

_ Tu ne vas pas mourir, pas maintenant, je te l'interdis. Tient bon, on va s'occuper de toi. Écoutez-moi tous, on va forcer un passage et filer au navire. Bépo, Shachi, Penguin, Karma et Jean-Bart, filez devant. Les autres, vous restez avec moi, on les suivra de loin et on s'occupera de leur faire gagner autant de temps que possible. Bépo !

_ Oui capitaine ? Demande Bépo en s'approchant de nous.

_ Je te confie Leïla, une fois arrivés au sous-marin, prend Karma et Shachi avec toi et préparez là pour l'opération.

_ Tu peux compter sur moi capitaine.

Bépo se penche vers moi et me prends dans ses pattes avec douceur. Sa combinaison m'empêche d'être directement en contact avec sa fourrure mais je sens tout de même sa chaleur corporelle m'envahir et me faire oublier légèrement la douleur. Après avoir donné les dernières consignes, Law et les autres parviennent à dégager un passage dans la masse de pirates, non sans prendre de gros risques pendant leur manœuvre. Le groupe de Bépo s'élance aussitôt sur le chemin menant au port, laissant celui de Law assurer leurs arrières. On avait pourtant dit que se séparer était une solution risquée, ils ne devraient pas se diviser en deux groupes comme ça. Je ne veux pas qu'ils se mettent en danger juste à cause de mon état. Avant que je sois trop loin de Law, je tente de lui exprimer ma désapprobation et mon inquiétude mais j'ai beau essayer de parler, aucun son ne sort de ma bouche. Je n'arrive même pas à faire le moindre geste, j'ai l'impression de ne plus avoir aucune énergie, comme si toutes mes forces m'avaient abandonnées. Pendant tout le chemin, Bépo n'a pas arrêté de s'adresser à moi pour me maintenir alerte et éveillée autant que possible. Mais malgré tous mes efforts, tout ce que je parviens à faire pour lui montrer que je suis toujours consciente c'est hocher légèrement la tête et cligner des yeux. En arrivant au sous-marin, notre vice capitaine donne de rapides consignes à Jean-Bart et Penguin puis m'emmène jusqu'à la salle d'opération, suivi de près par Shachi et Karma. Il me pose sur la table dont la fraicheur me donne quelques frissons agréables. Je tourne la tête sur le côté et regarde mes amis préparer les perfusions et les instruments chirurgicaux. Au bout d'une grosse minute qui me paraît durer des heures, Karma s'approche de moi, une aiguille et une poche emplie de liquide à la main. Je le vois bouger les lèvres en me regardant mais aucun son ne parvient jusqu'à mes oreilles. Mon cerveau est comme embrumé et le simple fait de respirer me demande un effort important et me fait souffrir. Je sens mes dernières forces me quitter tandis que mon champ de vision s'obscurcit avant de devenir complètement noir.