Chapitre 21 : Héritage familial

Lorsque je reprends connaissance, la première chose que j'entends est un bip léger et régulier. Inconsciemment, ma respiration se cale sur ce son qui, d'une certaine manière, m'apaise et me détend. Je reste plusieurs minutes immobile puis ouvre doucement les yeux qui se posent sur un plafond métallisé et sobre. Je tourne ensuite la tête vers la gauche et aperçois un portoir à perfusion non loin de moi et sur lequel se trouvent deux sachets dont l'un est relié à mon bras gauche par un tube fin. Juste derrière le portoir, je remarque plusieurs armoires remplies de flacons, de compresses et d'autres choses dont j'ignore le nom et l'utilité. Je reconnais cette pièce, c'est l'infirmerie du Polar Tang, j'y suis allée tellement de fois que je commence à la connaitre par cœur. Lorsque je penche la tête à droite et regarde un peu devant moi, mes yeux se posent sur Karma qui est assis sur une chaise à côté du lit dans lequel je suis allongée. Il est parfaitement immobile et a le regard plongé dans le vide. Il a l'air d'être plongé dans ses pensées et vu l'expression de son visage, elles ne doivent pas être très joyeuses.

_ Ben alors Karma, tu as vu ta tête, on dirait que tu veilles un mort. Toi qui est d'habitude si joyeux… Le taquiné-je avec une voix un peu enrouée.

J'ai à peine prononcé les deux premiers mots de ma phrase que Karma sursaute sur sa chaise et manque de peu de tomber. C'est bien ce que je pensais, il était tellement ailleurs qu'il ne m'a même pas entendue remuer. Apparemment, il ne s'attendait pas à ce que je donne signe de vie maintenant. Le stade de la surprise passé, il tourne la tête vers moi et je vois son visage passer de la surprise au soulagement.

_ Tu te réveilles enfin ! Ça fait tellement plaisir de t'entendre à nouveau.

_ J'ai dormi si longtemps que ça ?

_ T'as fait presque trois fois le tour du cadran depuis que le capitaine t'a opérée. En ce moment c'est la nuit, tout le monde dort mais je suis sûr qu'ils seront tous ravis d'apprendre que tu as repris connaissance. On s'est tous fait du souci pour toi.

_ Désolée de vous avoir inquiétés. Alors tout l'équipage va bien ?

_ Oui ne t'en fait pas, tout le monde est sain et sauf. Évidemment, il y a eu quelques blessés, certains plus que d'autres, mais au final, de nous tous la plus mal en point c'était toi.

_ Je suis rassurée. Alors vous avez réussi à les semer ?

_ Oui mais c'est pas passé loin. Ils ont essayé d'endommager le sous-marin pour nous empêcher de plonger mais heureusement ce brave Polar Tang a tenu bon face à leurs assauts.

_ Il faut dire que ce sous-marin est incroyablement résistant, on ne pouvait pas rêver meilleur navire. Réponds-je en commençant à me redresser.

_ Olaa, qu'est-ce que tu fais ? Ne bouge pas trop tu risques de rouvrir ta blessure. Je vais t'aider à te redresser un peu si tu veux mais il faut que tu limites les mouvements.

Karma s'approche de moi et vient me soutenir pour que je puisse me mettre en position assise sans trop forcer sur les sutures. Il réajuste ensuite le dossier du lit afin que je puisse m'appuyer dessus. Il est tellement aux petits soins qu'il donne l'impression d'avoir peur de me briser en mille morceaux au moindre geste. Si la situation n'était pas aussi sérieuse j'en aurais sûrement ri.

_ Bon, je te laisse quelques instants, je vais prévenir le capitaine que tu es réveillée.

_ Comment il va d'ailleurs ?

_ Il va bien lui aussi. Il t'a veillée toute la journée et je l'ai remplacé il y a une heure pour qu'il aille se reposer un peu.

_ Si jamais il dors, ne le réveille pas s'il te plait.

_ Ça marche.

Après s'être assuré que je n'ai besoin de rien Karma se dirige vers la sortie de l'infirmerie d'un pas rapide. Il a l'air nettement plus détendu et serein qu'au moment où je me suis réveillée. Je retrouve enfin le Karma que je connais et ça fait plaisir à voir. Il s'apprête à passer le pas de la porte lorsqu'il s'arrête subitement et se retourne vers moi. Je me demande bien pourquoi il s'est arrêté, il a peut être oublié quelque chose.

_ Au fait j'allais oublier, bon retour parmi nous. Me dit Karma avec un large sourire.

_ Merci Karma.

Sur ses mots, il quitte la salle et me laisse seule dans cette pièce qui retrouve son calme habituel. Après son départ, je ne peux m'empêcher de pousser un profond soupir. Je suis tellement soulagée de savoir que tout le monde soit sain et sauf. Sur ce coup là, on peut dire qu'on a vraiment eu chaud, je crois qu'on s'est rarement retrouvés dans une situation aussi critique que celle là. Mais finalement, il y a eu plus de peur que de mal, même moi je m'en tire plutôt bien quand on y repense. Lors de l'affrontement avec les pirates j'ai eu droit à quelques coupures assez légères mais rien de bien méchant. La plus importante est celle de que j'ai reçue à l'épaule en aidant Helena mais là aussi elle n'est pas trop sérieuse. Ça me fait un peu mal quand je bouge le bras mais c'est largement supportable. En définitive, le plus surprenant dans toute cette histoire c'est que la blessure qui m'a mise en si mauvais état je me la suis faite toute seule. Et de toutes mes plaies, c'est bien elle qui me fait le plus souffrir. Je soulève légèrement mon t-shirt pour essayer de voir un peu l'ampleur des dégâts. J'ai pas mal de bandages qui m'entourent la taille et ils ont l'air d'avoir été changés il y a peu de temps. C'est sûr qu'avec tout ça, il n'y a presque aucun risque que ça s'infecte. D'après les souvenirs qui me reste de ce jour là, je palpe doucement l'endroit où la lame est entrée ce qui m'arrache une grimace de douleur. J'ai beau y être allée doucement en touchant la plaie, ça fait un mal de chien, je ne pensais pas que ça serait aussi sensible. On peut dire que je ne me suis pas loupée sur ce coup là. J'espère quand même que ça ne laissera pas une grosse cicatrice.

_ La plaie est encore à vif, tu ferais mieux de ne pas trop y toucher.

Je détourne le regard de mon bandage et reporte mon attention sur le pas de la porte, là où se tient Law. Son visage est encore plus marqué par la fatigue que d'habitude, il a vraiment l'air épuisé. Je me demande depuis combien de temps il n'a pas dormi. Vu les poches qu'il a sous les yeux je suppose que ça fait un moment.

_ Tu es encore debout à cette heure ?

_ Je n'arrivais pas à dormir. Me dit Law en s'approchant de moi. Tu ne peux pas savoir à quel point je me suis fait du souci pour toi.

_ Je suis désolée. Crois moi ce n'était pas du tout mon intention. Tout ce que je voulais, c'était…

Mais avant que je ne puise terminer ma phrase, Law pose sa main sur ma joue et me fait taire en m'embrassant. Nous restons ainsi une longue minute avant de nous écarter légèrement l'un de l'autre pour reprendre notre souffle. Je vois alors les yeux de Law rivés sur moi et me fixer avec insistance. Face à ce regard, j'ai l'impression de retourner en enfance, d'être comme une petite fille qui a fait une grosse bêtise et qui est sur le point de se faire sermonner. Mais malgré ça, je ne perçois pas de colère dans ses yeux. C'est assez difficile à décrire mais j'ai plutôt l'impression d'y entrevoir un mélange de contrariété et d'inquiétude.

_ Ne recommence plus jamais. Ne me refais plus jamais un coup pareil c'est bien compris ?

_ Je te le promets. Réponds-je calmement en collant mon front contre le sien.

Trop gênée par la douleur au niveau de mon abdomen, je romps finalement le contact avec lui et me remets en position assise, le dos bien appuyé contre le dossier. Il n'y a vraiment que quand je suis comme ça ou couchée que ma blessure ne me fait pas mal. Je sens que les prochains jours vont être longs, très longs même. Law se penche alors sur le lit et vient s'allonger à côté de moi sans même prendre la peine de décaler les couvertures. Nous restons un long moment blottis l'un contre l'autre puis nous endormons tous les deux sans même nous en rendre compte.

Assise sur le lit de l'infirmerie, je bouquine en attendant que Law vienne changer mon bandage. Pendant une bonne partie de la journée j'ai eu droit à la visite de la grande majorité de l'équipage. D'après Karma, lorsqu'ils ont appris ce matin que j'étais réveillée, ils ont tous voulu me voir en même temps. Mais ce qu'ils n'avaient pas prévu c'était de voir leur chemin barré par un ours blanc bien déterminé à les empêcher de passer. Un peu plus tôt dans la matinée, il avait reçu des consignes strictes de la part de Law et s'était donc posté devant la porte pour s'assurer qu'elles seraient respectées à la lettre. Bien entendu, il y a eu quelques tentatives de corruption de la part de certains mais notre capitaine en second s'est montré intransigeant et incorruptible. Comme j'étais coincée à l'intérieur de la pièce, je n'ai rien pu voir de ce qui s'est passé devant cette porte mais j'entendais parfaitement tout ce qui se disait. Et parfois, rien que le son valait son pesant d'or et me faisait partir en fou rire. Avec tout ce grabuge et les visites qui se sont enchainées, ma matinée et le début d'après-midi sont passés à une vitesse folle. Mais maintenant ça doit faire au moins quatre heures que je n'ai vu personne et je vois bien la différence. Comme je n'ai pas le droit de descendre de mon lit et que je dois éviter de faire trop de mouvements, je dois trouver des façons calmes de m'occuper pendant ces temps morts. C'est pour cela que je me suis jetée sur les livres apportés par Neil. Au moins, grâce à ça, j'ai l'impression que le temps passe plus vite. Alors que je tourne les pages de mon livre, j'entends du bruit dans le couloir ce qui me fait lever la tête. C'est peut être Law qui a fini ce qu'il avait à faire. Je regarde la porte légèrement entrebâillée et vois une ombre se dessiner sur le sol. Cette dernière s'approche de l'entrée puis s'immobilise. Je hausse un sourcil devant ce comportement étrange. Pourquoi est-ce que la personne dans le couloir s'est arrêtée devant la porte ? On dirait qu'elle hésite. Je me demande bien qui ça peut être. L'ombre est plutôt svelte ce qui écarte d'office Bépo, Jean-Bart ou encore Zack. Mais à part ces trois là, cette silhouette peut être celle de n'importe qui. Après plusieurs minutes, la personne en question se décide finalement à bouger et pousse la porte pour entrer dans la salle. Lorsque je découvre l'identité de mon mystérieux visiteur, ou plutôt ma visiteuse, je dois me pincer à plusieurs reprises pour m'assurer que je ne suis pas de nouveau victimes d'hallucinations. Qu'Helena vienne me rendre visite est déjà étonnant en soi, mais qu'elle ait hésité plusieurs minutes avant de rentrer… Ça ne lui ressemble pas vraiment. D'habitude elle est plutôt du genre à foncer dans le tas et à ne pas tergiverser pendant des heures. Je me demande ce qu'elle fait là. Elle est peut être juste venue pour faire contrôler ses blessures. Karma m'a dit que lors de leur retraite elle a été salement touchée à la jambe gauche et a eu droit à plusieurs points de suture.

_ Salut. Réussis-je à dire une fois le stade de la surprise passé.

« Salut », non mais sérieux j'aurais quand même pu trouver un truc moins banal à dire. Il faut toujours que je sorte la première chose qui me passe par la tête. Après en y réfléchissant, je ne vois pas trop ce que je pourrai lui dire d'autre, il faut dire que son arrivée m'a un peu prise au dépourvu. Et puis je n'allais quand même pas lui demander tout de suite la raison de sa venue, ça aurait paru un peu cru, même pour elle.

_ Tu dois te demander ce que je fais là pas vrai ?

_ Je t'avoue que je me suis posé la question en effet. Lui réponds-je avec un sourire gêné.

_ C'est pas étonnant, j'aurais probablement réagi pareil à ta place.

L'espace d'un instant, je crois voir un léger sourire se dessiner sur son visage pendant qu'elle prononce sa phrase. Mais ce dernier disparaît si vite que j'en viens à me demander si je ne l'ai pas tout simplement imaginé. En tout cas, Helena a l'air aussi mal à l'aise que moi, et elle semble être préoccupée par quelque chose. Je me demande ce qui lui arrive, elle n'est vraiment pas comme d'habitude aujourd'hui. Alors que le silence s'est de nouveau installé dans la pièce, Helena part s'asseoir sur la chaise à côté de mon lit. Elle me regarde quelques instants sans dire un mot puis reprend finalement la parole.

_ Ce que tu as fait l'autre jour, c'était complètement inconscient.

Quoi ?! Alors c'est pour ça qu'elle est venue ? Pour me faire la morale ! Non mais elle ne manque pas de toupet celle-là. Alors ok c'est vrai, me planter une dague en plein abdomen n'est pas la plus brillante des idées que j'ai eues et j'ai pris de gros risques. Mais quand même, elle n'est pas la mieux placée pour me faire la leçon, elle aussi a fait des choses inconscientes ce jour là. Elle devrait tout de même être capable de comprendre que j'ai fait ça pour une bonne raison et pas juste sur un coup de tête. Tout compte fait, je crois que je me suis inquiétée pour rien, elle n'est pas si différente de d'habitude et reste fidèle à elle même. Toujours aussi directe et cassante, on ne lui a jamais appris à mettre les formes et à faire preuve de tact ?

_ … Mais, c'était aussi très courageux. Tu m'as vraiment bluffée, je ne pensais pas que tu étais aussi téméraire. Ajoute-t-elle.

Je reste littéralement sans voix devant ce qu'elle vient de me dire. Alors ça par contre je ne l'avais pas vu venir. Je suis encore en train de dormir ou est-ce qu'Helena est bien en train de me faire des compliments à sa façon ? À l'entendre, j'ai l'impression d'avoir réussi à forcer un peu son respect. Je pensais pourtant que ça n'arriverait jamais. Helena ne semble pas remarquer ma surprise, ou alors elle n'en tient pas compte, puisqu'elle poursuit son monologue comme si de rien n'était.

_ Je voulais te présenter mes excuses pour ça. Me dit Helena en me montrant du doigt le bandage que j'ai à l'épaule droite. Je me suis laissée emporter et tu as été blessée en voulant m'aider.

_ Oh ça. Tu n'as pas besoin de t'excuser, ce n'est qu'une petite blessure. Et puis pour être honnête, je suis loin d'être un modèle concernant le self-control. Moi aussi je me suis laissée emporter et j'ai causé pas mal de soucis à l'équipage.

_ Justement, c'est surtout à propos de ça que je suis venue te voir. Quand ils ont parlé de Jack, tu es entrée en rogne et tu as dit que c'était ton père… Est-ce que c'est vrai ?

En l'entendant prononcer le nom de mon père, je la fixe quelques instants sans bouger ni prononcer le moindre mot. Décidément, je vais de surprise en surprise, après m'avoir présenté des excuses, ce qui est déjà assez rare pour être souligné, la voilà qui me parle de mon père maintenant. Je suis déjà étonnée qu'elle se souvienne que j'ai dit ça à ce moment là, surtout vu la situation dans laquelle on se trouvait. Quelqu'un pour qui ce nom ne disait rien n'aurait probablement même pas relevé l'information. Mais maintenant que j'y pense, je n'y ai pas prêté attention sur l'instant, mais elle aussi a réagit en entendant les paroles de Laffitte. En plus de ça, elle l'appelle par son prénom directement, comme si elle le connaissait personnellement. J'avais toujours écarté cette possibilité mais peut être que tout compte fait mon père n'est pas un simple inconnu pour elle. En tout cas, ça expliquerait certaines choses. Alors que je suis perdue dans mes pensées, je réalise que je n'ai pas encore dit le moindre mot et qu'Helena attend toujours ma réponse à sa question.

_ Oui ce que j'ai dit est vrai. Jack Terrel était mon père, même si je n'ai jamais eu la chance de le rencontrer. Pourquoi ? Est-ce que tu le connais ?

_ Oui, je le connais même très bien. Je venais souvent lui rendre visite lorsqu'il s'arrêtait sur l'île des Hommes Poissons. Il était toujours très gentil avec moi et il nous arrivait de discuter ensembles pendant des heures. Il me parlait très souvent de sa fille mais je n'ai pas pensé une seule seconde que ça pouvait être toi.

_ Pourtant mon prénom aurait pu te mettre la puce à l'oreille.

_ Eh bien il m'avait bien dit ton prénom quelques fois mais comme tu n'avais pas le même nom de famille, je n'ai pas fait le rapprochement. Et peut être aussi que notre relation à toutes les deux n'a pas facilité les choses. Et puis sans vouloir te vexer, vous n'avez pas tant de ressemblance physique que ça. En tout cas, si je t'en parle aujourd'hui c'est parce que ton père m'a confié quelque chose pour toi.

Helena me tend alors la petite boîte qu'elle tenait dans ses mains depuis son arrivée. J'attrape l'objet et l'examine attentivement sous tous les angles. Il s'agit d'un coffret rectangulaire d'une quinzaine de centimètres de profondeur, environ autant de largeur et une vingtaine de centimètres de longueur. Il est totalement en bois, de l'acajou à priori vu la teinte rougeâtre du matériau, et est parcouru de fines gravures. L'ouverture se trouve presque tout en haut de la boîte, à 3 ou 4 centimètres du haut environ et est fermée à l'aide d'une serrure sur laquelle est accroché un petit cadenas à code. Mais ce dernier est différent de ceux que j'ai l'habitude de voir, pour le déverrouiller, il ne faut pas entrer une suite de chiffres mais un mot de sept lettres. Autant dire qu'il y a pas mal de possibilités.

_ Il m'a donné ça avant de partir affronter les pirates de Barbe Noire. Je crois qu'il avait peur de le perdre ou de l'abîmer pendant le combat. Malheureusement c'est la dernière fois que je l'ai vu car il n'est jamais revenu sur l'île des Hommes Poissons. Quand j'ai appris sa mort, ça m'a vraiment mis un coup, il m'a fallu du temps pour m'en remettre. Ton père a toujours été là pour me soutenir et pour me prodiguer ses conseils. Je ne compte plus les fois où il m'a encouragée à prendre la mer et à me trouver un équipage avec qui voyager. Alors quand il est mort, j'ai enfin pris ma décision et je suis partie pour te retrouver et te donner cette boîte. C'était un peu ma façon de faire quelque chose pour lui et lui rendre la pareille pour tout ce qu'il m'a offert.

_ Je ne sais pas quoi dire… Merci d'en avoir pris soin pendant tout ce temps en tout cas. Est-ce que tu connais le code du cadenas ?

_ Non. Il ne me l'a jamais donné. Pour tout te dire, je ne sais même pas ce que contient ce coffret.

Nous discutons toutes les deux pendant de longues minutes à propos de mon père et des pirates de Barbe Blanche. Au fil de la conversation, j'apprends que si Helena a pris la mer, c'était aussi pour retrouver celui qui avait trahi l'équipage de Barbe Blanche et avait causé la chute de l'empereur. Elle espérait lui mettre la main dessus pour lui faire la peau et ainsi le faire payer pour tous ses crimes. Mais même si elle ne rêve que de ça depuis la guerre au sommet, elle est bien consciente de la différence de niveau entre eux et les récents évènements se sont bien chargés de le lui rappeler. Lorsque Law arrive finalement dans la pièce, Helena décide de nous laisser seuls et quitte la salle en nous souhaitant une bonne soirée. Et bien entendu, tout ça n'a pas échappé au regard affuté de Law qui m'a tout de suite demandé des explications. Je lui raconte donc dans les moindres détails tout ce qui s'est passé pendant ces deux dernières heures et ce que j'ai appris grâce à Helena. Une fois mon récit terminé, et après m'avoir donné ses impressions sur tout ça, Law reporte son attention sur ma blessure et s'occupe de changer mon bandage. Il vérifie ensuite mes constantes pour s'assurer que tout va bien avant de m'annoncer que tout a l'air dans l'ordre et qu'il n'y a pas l'air d'y avoir d'infection.

_ Alors ça veut dire que je vais bientôt pouvoir sortir d'ici ?

_ Alors là n'y compte pas ! Tu peux attendre au moins une bonne semaine avant que je te laisse quitter cette pièce.

_ Quoi ?! Mais tu viens de dire que c'était en voie de guérison…

_ Oui, en voie seulement. Ça commence à se résorber mais tu en es juste à la première phase de cicatrisation. La réaction inflammatoire n'est pas finie ce qui veut dire que ton organisme n'a pas encore commencé à combler le vide que tu as creusé en te charcutant comme tu l'as fait. Je te rappelle que tu ne t'es pas loupée alors ne t'étonne pas si ça met du temps à guérir. Et puis estime toi heureuse, tu n'as eu qu'une légère lésion au foie, ça aurait pu être plus grave et là tu en aurais eu pour des semaines de convalescence.

_ Mais qu'est-ce que je vais bien pouvoir faire pendant tout ce temps ? Je vais m'ennuyer ferme. Je pourrai quand même me balader dans le sous-marin pour me dégourdir les jambes, au moins un petit peu ?

_ Non, même pas un petit peu. Pas dans les prochains jours en tout cas. Et tu n'as pas intérêt à ignorer mes consignes si tu ne veux pas avoir de problèmes.

_ Pfff… D'accord, je me tiendrai tranquille…

_ Parfait. Bon, je vais devoir te laisser. J'ai encore quelques affaires à régler, je viendrai te voir après le repas.

Law se relève de sa chaise, puis viens m'embrasser avant de se diriger vers la porte de l'infirmerie. Alors qu'il est sur le point de sortir, il se tourne vers moi et m'offre un sourire moqueur dont lui seul a le secret. Ohhh je sens que je ne vais pas aimer ce qu'il va dire, quelle bêtise il va encore me sortir celui-là.

_ En tout cas, je ne sais pas si c'est le fait d'avoir été hypnotisée ou autre chose mais je te trouve bien plus raisonnable et docile que d'habitude.

_ Crétin ! Allez fou le camp si c'est pour dire des idioties pareilles. Lui crié-je en lui balançant l'un de mes oreillers dessus.

Le projectile le manque de peu et finit sa course sur la cloison juste à droite de l'encadrement de la porte avant de s'écraser au sol. Bien entendu, ma réaction n'a fait qu'amuser Law qui quitte la pièce en ricanant. Je me laisse retomber sur le dossier du lit, un léger sourire sur le visage. Ses visites ont beau être de courte durée, il réussit toujours à me changer les idées et à me rendre les journées moins désagréables et longues. Lorsqu'il est là, le temps passe beaucoup plus vite et j'ai moins cette sensation d'être coincée ici. Alors que je parcours la salle des yeux à la recherche de quelque chose pour m'occuper, mon regard s'arrête sur la boîte posée sur ma table de chevet. Avec toutes ces histoires, je n'ai même pas encore essayé de l'ouvrir. J'attrape alors le coffret et fait bouger les petites lettres du cadenas pour former les premiers mots de sept lettres qui me viennent en tête.

Allongée sur le lit de l'infirmerie, je regarde le plafond de l'infirmerie, laissant mon esprit dériver au fil des minutes. Après quelques instants, je pousse un soupir pour essayer de chasser l'ennui qui commence à grandir et détourne mes yeux de cette surface sombre et uniforme. Ça fait cinq jours que je suis coincée dans cette fichue salle sans avoir le droit de faire quoi que ce soit. Dire que je m'ennuie serait un euphémisme, je me fais littéralement chier, je m'ennuie comme un rat mort. Il faut dire qu'à part lire, je n'ai pas grand chose à faire ici vu que je n'ai pas le droit de descendre de ce lit. Mais j'en suis déjà à mon huitième livre et je commence sérieusement à faire une overdose. Les romans d'amour un peu fleur bleue me sortent par les yeux et lire des histoires d'aventure quand on est coincé entre quatre murs est une véritable torture. Heureusement, de temps en temps certains membres de l'équipage viennent me rendre visite pour me sortir de ma solitude. Ces dernières sont une véritable bouffé d'air frais pour moi mais malheureusement elles sont souvent trop courtes à mon goût. Je crois qu'au point où j'en suis, si je pouvais séquestrer l'un d'eux dans cette salle pendant toute une journée je le ferai sans aucune hésitation. Alors pitié, que quelqu'un vienne m'aider à tuer le temps, n'importe qui… Même Baggy le Clown ferait l'affaire, j'en suis à un tel stade que je ne ferais pas la difficile.

_ Et bien, ça n'a pas l'air d'aller fort.

Je penche la tête sur le côté et vois Law sur le pas de la porte. Il entre dans la pièce puis pousse la porte aux trois quarts sans la refermer complètement. Il vient ensuite s'asseoir sur le bord du lit et me regarde affectueusement tandis que je me redresse.

_ À ton avis. Je m'ennuie ferme ici ! Si je pouvais sortir quelques instants, ça me permettrait de m'aérer un peu l'esprit et de me changer les idées.

_ Pas question que tu sortes je te l'ai déjà dit, le processus de cicatrisation commence à peine et il ne faut pas que ta blessure se ré-ouvre.

_ Mais je vais finir par devenir folle en restant ici.

_ Possible… Mais la réponse reste non.

_ Pff tu es vraiment dur en affaire… Mais je suis en train de penser à quelque chose, si tu m'interdis de sortir, alors pour compenser tu pourrais peut être y mettre un peu du tien et m'aider à passer le temps. Si tu vois ce que je veux dire. Lui susurré-je à l'oreille tout en passant ma main dans ses cheveux.

Suite à ma proposition, Law penche la tête vers moi et plonge son regard dans le mien. Il ramène une mèche de mes cheveux derrière mon oreille puis dépose un rapide baiser sur mes lèvres avant de finalement se redresser.

_ C'est très tentant mais c'est tout ce que tu auras de moi ce soir. Avec ta blessure il vaut mieux que tu évites de faire des efforts. On fera ça quand tu seras rétablie.

_ Pfff. Soufflé-je en me laissant retomber sur le lit.

_ Allez, encore un effort. Plus tu restes tranquille et plus vite tu pourras sortir. Et sinon, tu as réussi à ouvrir ta boîte ? Me demande Law pour changer de sujet.

_ Non, je n'ai toujours pas trouvé le code du cadenas. J'ai essayé des tas de mots mais ça n'a rien donné. Je crois bien que je suis tombée dans une impasse.

_ Peut être que tu cherches trop compliqué ou que tu ne regardes pas les choses sous le bon angle.

_ Qu'est-ce que tu veux dire ?

_ Ton père t'a laissé ça sans te transmettre le moindre indice. Il t'a donné un code à découvrir alors que vous ne vous êtes jamais rencontrés. Il a donc dû choisir un mot en rapport avec quelque chose que vous avez en commun : un centre d'intérêt ou… une personne. En tout cas quelque chose qui doit être évident pour toi mais beaucoup moins pour des inconnus.

_ Oui c'est un raisonnement qui se tient. Je devrais peut être creuser de ce côté là…

_ Capitaine ! Avec Jean-Bart on a regardé les derniers relevés et d'après nos calculs on devrait…

Nous tournons tous deux la tête vers Bépo qui a fait irruption dans la pièce et qui s'est arrêté au milieu de sa phrase. L'ours blanc nous regarde l'un après l'autre puis arrête son regard sur moi quelques instants. Il semble réfléchir un bref moment puis reporte de nouveau son attention sur Law.

_ En fait… le plus simple serait que tu nous rejoignes dans le réfectoire capitaine. Je suis désolé…

Sur ces mots, Bépo s'incline rapidement et quitte la salle aussi vite qu'il n'est venu. Son comportement est vraiment bizarre, pourquoi est-ce qu'il n'a pas fini son explication ici, il était pourtant bien parti. Il s'est arrêté de parler dès qu'il m'a vue mais pourtant en venant ici il devait bien se douter que je serais là puisque j'ai interdiction de quitter cette salle. Donc quand il m'a vue, il a du penser à quelque chose qui l'a obligé à ne pas finir sa phrase. Qu'est-ce qu'il a dit quand il est arrivé déjà ? Ah oui, il a parlé de calculs qu'il avait fait avec Jean-Bart. Ça devait donc avoir un rapport avec la navigation. Mais je ne vois pas le rapport que ça pourrait avoir avec moi. À moins que…

_ Raaaah. Oh non dites moi que je rêve, c'est un cauchemar. Pesté-je en levant les yeux au ciel.

Si Bépo est venu, c'est probablement pour dire à Law que nous sommes à proximité d'une nouvelle île. Mais quand il m'a aperçue, il s'est souvenu que j'ai interdiction de quitter l'infirmerie et a préféré ne pas en parler devant moi. Bon sang, c'est vraiment une torture, le sous-marin va débarquer sur la terre ferme et moi je ne pourrai même pas sortir sur le pont pour regarder à quoi ressemble l'île.

_ Allez, ne fais pas cette tête, tu verras ça passera plus vite que tu ne le penses. Bon, je vais aller voir ce qu'il veut. Je reviens vite d'accord ? Me dit Law en m'embrassant sur le front. Pendant ce temps, essaye de trouver comment ouvrir cette boîte.

_ Ok. À tout de suite.

Je regarde Law partir puis attrape le coffret qui est posé sur ma table de chevet. Law a dit que je devais peut être chercher un mot à propos de quelque chose en commun entre mon père et moi… Mais je n'ai aucune idée de ce que ça peut être. J'ai essayé des tas de combinaisons mais sans succès. Je sais qu'il ne suffirait que d'un mot de ma part pour que Law fasse sauter ce verrou, mais je ne veux pas en arriver là. Je ne peux pas faire ça… je trouve que ça ne serait pas correct. Et Law l'a parfaitement compris sans que j'aie besoin de lui dire. Pendant ces derniers jours, j'ai pas mal discuté avec Helena à propos des pirates de Barbe Blanche et surtout de mon père. J'ai l'impression de le connaître un peu mieux grâce à elle mais je suis loin de tout savoir de lui. Et même si je trouve quelques similarités entre nous, je ne vois rien d'assez évident pour qu'il soit certain que j'y penserai. D'autant qu'il devait aussi s'assurer que ce mot ne serait pas trouvable par n'importe qui. Un mot lambda à propos de la piraterie ou de la chasse au trésor me semble donc peu plausible. Après réflexion, je me dis qu'il a très probablement choisi un mot en lien avec ma mère. J'effleure des doigts la gravure sur le plafond de la boîte qui représente un oiseau très stylisé et simplifié. Quand j'ai vu cet oiseau, j'ai tout de suite pensé à ma mère et à son animal fétiche, le colibri. Dans son journal elle a écrit que mon père lui avait dit qu'elle lui faisait penser à cet oiseau et que c'était devenu un peu leur animal totem à tous les deux. J'ai donc naturellement essayé le mot colibri et aussi le nom de ma mère mais ça n'a rien donné. Mais malgré ça, je pense que je suis sur la bonne voie et continue donc de creuser dans cette direction. Cependant, tous les mots qui me viennent à l'esprit me paraissent trop simples et trop courants pour être les bons. Si c'était l'un d'eux, il suffirait de regarder la gravure et d'un coup de chance pour trouver le code. Après, peut être qu'il s'agit de l'un de ces mots mais avec une orthographe particulière ou alors traduit dans une langue étrangère. Mais bien sûr ! J'aurais du y penser avant. Le seul moyen de s'assurer que personne d'autre que moi n'ouvrirait cette boîte était d'utiliser un langage que seul moi peut connaître. Et quoi de mieux que d'utiliser le cryptage inventé par ma mère. Il y avait fort à parier que ma mère me l'apprendrait ou me ferait au moins parvenir les clés de cryptage et de décryptage. Et la gravure sur le couvercle doit être l'indice pour m'aider à trouver le code. Je fais tourner les lettres du cadenas une par une pour former le mot colibri traduit à partir du codage de ma mère. Lorsque je place la dernière lettre à sa place, un léger clic se fait entendre et le cadenas s'ouvre enfin. Je retire ce dernier et relève le couvercle avec enthousiasme pour jeter un œil à l'intérieur du coffret. J'y trouve un gros coquillage avec de vives couleurs, plusieurs feuilles pliées les unes sur les autres ainsi qu'un bracelet manchette. Il s'agit d'un bracelet constitué de plusieurs lanières de cuir tressées ou en simple brin et qui s'entremêlent les unes aux autres. Les lanières sont toutes de couleur marron mais avec des teintes légèrement différentes pour certaines. Ce bracelet est vraiment très beau tout en restant assez discret. Je le laisse de côté quelques instants et me penche sur le coquillage. Ce dernier ressemble à s'y méprendre à une coquille de Buccin mais a une couleur plutôt inhabituelle. En général, ces coquilles sont assez ternes voire blanches mais celui là est vert gris avec de fines rayures vert canard. J'en ai déjà vu de semblables et si je ne me trompe pas, il doit probablement s'agir d'un tone dial. Je prends donc l'objet à pleine main et appuie sur l'apex pour vérifier mon hypothèse. À l'instant où j'exerce la pression, le coquillage se met à émettre un léger bruissement puis une voix sort de l'opercule.

« Ma chère Leïla, si tu écoutes ce message, ça voudra probablement dire que je suis déjà mort et que je n'ai pas eu la chance de te retrouver avant. Ne pas avoir pu te rencontrer de mon vivant est l'un de mes plus grands regrets, tout comme le fait de ne pas avoir pu sauver ta mère. J'ai tenté de vous rejoindre le pus vite possible après notre séparation mais malheureusement je suis arrivé trop tard. Le jour où j'ai perdu ta mère, j'ai bien cru avoir perdu les deux personnes qui comptaient le plus à mes yeux. Peu de temps après ça, j'ai eu la chance de croiser Barbe Blanche qui m'a accueilli à bras ouverts dans sa famille alors que j'étais encore attristé par la perte de la mienne. Sans leur soutien, je serais probablement mort de chagrin avant d'apprendre que ma fille était encore en vie. Lorsque j'ai entendu parler de toi dans les journaux, j'ai ressenti une joie immense et un profond soulagement. Avec le nom et la photo qui l'accompagnait, je t'ai tout de suite reconnue. Il faut dire que tu ressembles beaucoup à ta mère, plus qu'à moi en tout cas ahaha. Cet article a changé ma vie, grâce à lui, j'ai retrouvé l'espoir de te rencontrer un jour. Mais les années ont passées, tu es devenue pirate et même si nous étions sur le même océan nous n'avons jamais eu l'occasion de nous parler. Et ça, je le regrette sincèrement. J'ai tout de même eu la chance de t'apercevoir lors de la guerre au sommet, à bord de ce sous-marin jaune qui a emporté le frère de Ace, et cela m'apporte un peu de réconfort. J'espère sincèrement que tu vas bien et que tu t'es trouvé de bons coéquipiers. Il n'y a rien de plus important que des compagnons de voyage qui nous soutiennent et avec qui on entretient des liens forts. Ils sont un peu comme une deuxième famille, une famille qu'il faut chérir autant que possible. Dans le coffret, tu trouveras un petit cadeau de ma part ainsi que plusieurs pages manuscrites pour t'expliquer la raison pour laquelle nous avons dû nous séparer tous les trois. J'y ai aussi écrit ce que j'ai vécu depuis ce jour là et jusqu'à aujourd'hui au cas où tu voudrais en apprendre un peu plus sur ton vieux père. Tu ne peux pas savoir à quel point je regrette de ne pas avoir pu te parler de vive voix ou te serrer dans mes bras. Mais je tiens à ce que tu saches que peu importe ce qui arrivera, tu resteras ma fille adorée, la fille de celle que j'ai tant aimé. Je tiens à te dire que je serais toujours fier de toi. Continue de vivre comme tu l'entends et de poursuivre tes rêves, ne laisse personne t'en empêcher. Prends bien soin de toi ma fille, je t'aime »

À la fin du message, je prends le coquillage dans mes deux mains et le serre contre ma poitrine tout en me recroquevillant sur moi même. Je laisse alors exploser mon chagrin et toutes ces émotions qui se sont accumulées au fil du message que m'a laissé mon père. Mes larmes ne semblent pas vouloir s'arrêter de couler et je suis tellement bouleversée que j'en oublie complètement l'ombre élancée qui se tient immobile devant l'encadrement de la porte.

J'entre dans la cabine et range mes affaires à leur place. Je pose le coffret contenant le dial et les récits de mon père sur ma table de chevet puis me redresse. Après 21 jours de convalescence, j'ai enfin pu quitter l'infirmerie. Il était temps que ça se termine. Je vais enfin pouvoir aller prendre l'air et m'aérer l'esprit. J'ai hâte qu'on arrive sur une nouvelle île parce que lors de notre dernier arrêt, Law m'a surveillée en permanence, comme le lait sur le feu, pour que je ne tente pas une petite escapade. Je ne pouvais pas bouger le moindre orteil sans qu'il braque ses yeux sur moi. Je n'ai donc même pas pu voir à quoi ressemblait l'île. Après ce n'est pas comme si je n'étais jamais sortie de l'infirmerie avant aujourd'hui. Il y a une dizaine de jours, c'est à dire un peu après avoir quitté la dernière île, j'ai pris Bépo par les sentiments et j'ai réussi à le convaincre de m'emmener prendre l'air sur le pont. Au début, il a hésité pendant un moment mais j'ai tellement insisté qu'il a fini par avoir pitié de moi et a accepté ma requête. Il m'a alors fait grimper sur ses épaules et m'a portée jusqu'au pont. Je crois que je n'ai jamais été aussi heureuse de sentir le soleil sur ma peau qu'à ce moment là. Après être resté enfermée des jours, ça m'a vraiment fait un bien fou. Par contre, j'ai beaucoup moins rigolé quand on s'est fait surprendre par Law. Quand j'ai vu le regard qu'il nous lançait, j'ai bien cru qu'on allait finir découpés en morceaux. Bépo a failli avoir des problèmes mais heureusement, j'ai réussi à faire comprendre à Law que tout était de ma faute et que j'avais insisté pour sortir, ce qui a permis à Bépo de s'en sortir indemne. S'il avait eu des soucis à cause de moi, je m'en serais vraiment voulue. Après ça, Law m'a surveillée beaucoup plus attentivement pour que je ne fasse plus rien dans son dos. Mais maintenant ça y est, je suis enfin libre d'aller où je veux. En passant près de la penderie, je jette un œil à mon reflet dans le miroir. Je soulève un peu mon débardeur et écarte légèrement mon bandage pour voir l'état de la blessure. Elle s'est enfin refermée complètement mais ce n'est encore que de la croûte, il va falloir attendre plusieurs semaines avant que ça redevienne comme avant. Ce qui est sûr, c'est que je vais devoir faire attention à ne pas forcer dessus pendant les premières semaines si je ne veux pas que ça se ré-ouvre.

Alors que je remets le bandage en place, mon regard s'arrête sur le bracelet manchette à mon bras droit. Je tripote le cadeau de mon père qui ne me quitte plus depuis plusieurs jours, un léger sourire sur le visage. Pour quelqu'un qui ne m'a jamais connue, il a vraiment tapé dans le mile, je le trouve vraiment joli et en plus j'ai de la chance, il est à la bonne taille. Je joue quelques instants avec mon bracelet puis reprends mes esprits et sors de la cabine. Sur le chemin vers le réfectoire, je croise Bépo et Law qui discutent tous les deux et qui vont dans la même direction que moi. Nous arrivons tous les trois dans la salle où plusieurs membres de l'équipage sont déjà installés aux différentes tables et attendent le début du service. Je m'assois à côté de Neil qui est installé en face de Shachi et Penguin tandis que Law se met juste en face de moi. Ça peut paraître idiot mais rien que l'idée de prendre mes repas en compagnie des autres dans cette grande pièce me donne une pêche d'enfer. J'en avais plus qu'assez de manger seule dans cette salle qui sent le désinfectant et le métal.

_ Content de te voir enfin parmi nous Leïla.

_ Merci Shachi, moi aussi ça me fait plaisir d'être là.

_ Maintenant que tu es rétablie, tu vas pouvoir revenir à l'entrainement.

_ C'est gentil Neil, mais je ne pense pas pouvoir reprendre avant un bon moment. Mais je viendrai vous voir avec plaisir.

Après le repas de midi, nous prenons une petite pause pour digérer tranquillement puis je pars avec Neil et Karma vers la salle d'entrainement. Nous y retrouvons Ayato, Gin et Helena qui sont déjà en train de s'échauffer. Neil profite de ce temps pour préparer sa machine qui a eu droit à quelques améliorations depuis la dernière fois. Pendant ma convalescence, il paraît que Bépo et Helena ont réussi à causer de gros dégâts sur cette machine. Neil a donc utilisé les données récupérées pendant les entrainements pour perfectionner son robot et le rendre plus redoutable qu'il ne l'est déjà. Comme je suis là en simple spectatrice, je pars m'installer sur la pile de tapis et m'assois sur le bord, laissant pendre mes jambes dans le vide. Pour le moment la cicatrisation n'est pas encore assez avancée pour que je puisse me permettre de participer à l'entrainement. Enfin ce n'est pas que je ne peux pas mais disons que je ne préfère pas prendre de risque. Si je sollicite trop mes muscles de l'abdomen, je risque de ralentir le processus de cicatrisation et je préfèrerai éviter. Maintenant que j'ai enfin pu sortir de l'infirmerie je ne tiens pas à y retourner tout de suite. Après, je suis suffisamment rétablie pour me défendre en cas de problèmes, à condition bien sûr de rester prudente et de faire attention à ne pas me prendre un coup en plein ventre. Une fois l'échauffement des autres terminés, Neil allume son robot marquant ainsi le début de l'entrainement ou plutôt de la séance de torture si j'en crois ce qu'il m'a dit à midi. Comme les membres de l'équipage commencent à prendre l'ascendant sur son androïde, il lui a apporté quelques modifications pour pimenter un peu les choses et le rendre plus coriace. Grâce à sa mise au point, la machine est maintenant programmée pour se défendre mais aussi pour riposter et attaquer en même temps. Forcément, ça se ressent sur les capacités d'adaptation du robot qui sera moins performant mais ça devrait suffire à donner du fil à retordre aux autres. Ce qui est sûr, c'est qu'ils vont avoir une belle surprise en le voyant passer à l'offensive. Parce qu'à part à moi, Neil n'a parlé à personne de ces dernières modifications.

Comme à son habitude, Karma est le premier à s'élancer à l'assaut de la machine. Mais il semblerait que sa vitesse et son agilité ne soient plus suffisantes pour prendre le robot par surprise puisque ce dernier met en échec toutes ses tentatives sans la moindre difficulté. Les autres ne tardent pas non plus à se joindre à la mêlée pour tenter leur chance et être le premier de la séance à toucher ce colosse de métal. Au bout de quelques assauts, ils se décident à lancer une attaque groupée et réussissent enfin à déjouer la défense du robot. Leurs attaques sont tellement coordonnées et simultanées que je ne saurais même pas dire qui a réussi à entamer sa carapace d'acier en premier. Grâce à cette attaque de masse, le robot se met en position défensive puis se recroqueville sur lui même comme s'il attendait que l'avalanche de coup cesse. Il reste dans cette position deux bonnes minutes sans bouger le moindre boulon. Il est tellement inerte que j'en viens même à me demander s'il n'est pas tombé en panne ou s'il ne s'est pas mis en veille. Mais en voyant le visage satisfait de Neil, je comprends que ce qui se passe semble être normal. En tout cas, il n'a pas l'air plus inquiet que ça donc je suppose que tout se passe comme il l'a prévu. Après deux grosses minutes d'acharnement, le rythme des attaques finit par se réduire, probablement à cause du manque de réactivité de la machine. C'est à ce moment là que le robot sort finalement de son stoïcisme et se redresse avant de se mettre en position d'attaque. Les bras bien tendus devant le haut du corps, paumes tournées vers les côtés, les jambes fléchies. Sa posture ressemble à s'y méprendre à celle de Shachi lorsqu'il se prépare à attaquer. L'humanoïde ne laisse pas le temps à ses adversaires de se demander ce qui se passe et s'élance vers eux sans sommation. Il se dirige tout d'abord vers Helena et Ayato qui sont les plus proches de lui et les attaque au corps à corps. Les coups pleuvent à une vitesse si impressionnante que ces deux là sont pris au dépourvu et peinent à esquiver les attaques. Durant l'assaut, Helena reçoit un coup de pied sauté qui la fait reculer sur trois ou quatre mètres. Quant à Ayato, il se prend un coup de poing au ventre qui l'étourdit un bref instant. Malgré cela, il parvient à rester debout et ne recule pas d'un millimètre mais il se serait probablement pris un autre coup sans l'intervention de Karma et Gin. En voyant Ayato en mauvaise posture, ils se sont tous deux rués vers le robot et ont réussi à le faire reculer en l'attaquant à deux de front.

_ Eh oh, ça veut dire quoi ça Neil ? Demande Gin après la retraite du robot.

_ Tu ne nous avais pas dit qu'il attaquait ton machin. T'aurais pu nous prévenir quand même. Ajoute Karma.

_ Non mais qu'est-ce que vous croyiez aussi ? Que j'allais vous laisser mettre mon chef d'œuvre en pièce sans rien faire ? Je vous signale qu'il est là pour vous entrainer. S'il se fait battre en deux secondes sans répliquer alors ça n'aurait aucun intérêt pour vous de l'affronter.

Les cobayes du jour continuent de se plaindre pour le plaisir de se plaindre pendant plusieurs minutes puis reprennent finalement le cours de leur entrainement. Une fois le cap de la surprise passé, ils ont finalement repris leurs esprits et ont changé leur technique d'approche face au nouveau comportement du robot. Comme on pouvait s'y attendre de la part de ces quatre là, ils parviennent assez rapidement à s'adapter à ces nouvelles conditions de combat et à ne pas se faire déborder par la machine. Lorsque Neil sonne la fin de l'entrainement je ne saurais pas dire quel groupe l'a emporté. Certes la machine a pris pas mal de dégâts mais elle est encore en état de fonctionner correctement, et ce, pour un bon moment je pense. Et les autres sont toujours debout et capables de se battre mais ils ont l'air bien fatigués. Je pense que cette fois-ci encore, l'entrainement se finit sur un match nul, comme c'est souvent le cas lorsqu'ils se battent par groupe de quatre. Après avoir mis fin à la séance, Neil se rend aussitôt auprès de sa création et la désactive. La machine s'assoit alors à même le sol et se recroqueville sur elle même, ne formant ainsi qu'un bloc de ferraille posé sur le plancher. Neil tire le robot derrière lui et le range dans le placard de la salle d'entrainement en attendant de le réparer. En temps normal, il a l'habitude de faire les réparations juste après le combat, pour que son robot soit prêt le plus rapidement possible. Mais cette fois-ci, il a décidé de remettre ça à plus tard. Pendant que les autres se battaient, Jean-Bart est venu nous prévenir qu'on approchait d'une île et qu'on allait bientôt débarquer. Depuis, il a du se passer une bonne vingtaine de minutes alors on doit être tout proche. Et entre rester à l'intérieur pour s'occuper de son robot ou aller visiter une nouvelle île le choix de Neil est vite fait. Même s'il adore passer du temps à bricoler ses machines, l'appel de l'aventure est souvent plus fort que son amour de la mécanique. Tandis que les quatre autres partent se rafraichir et se changer, Neil et moi nous rendons sur le pont pour voir un peu à quoi ressemble cette nouvelle île.