Chapitre 22 : Effet boule de neige

En sortant du sous-marin, un petit air frais secoue mes cheveux détachés et vient me donner quelques frissons revigorants. Ma peau se recouvre rapidement de chair de poule tandis que de la buée se forme au niveau de ma bouche à chaque expiration. Je ne pense pas me tromper en disant que notre prochaine destination est une île hivernale. Je parcours l'horizon des yeux à la recherche de cette fameuse île et ne tarde pas à voir un petit bout de terre au milieu de la mer, entièrement couvert de neige. Au centre de l'île trône une gigantesque montagne dont la forme fait penser à un cratère de volcan qui s'est affaissé. Et vu l'épaisse couche de neige qui le recouvre, il doit être éteint depuis un bon bout de temps. À son pied se trouve un village qui vu d'ici a l'air assez grand et qui est entouré de plusieurs petits hameaux. Le paysage est ponctué ici et là par des petits morceaux de forêt dont les arbres ont encore l'air d'avoir toutes leurs feuilles malgré la masse de neige. Voir toute cette neige provoque en moi une joie immense. Ça fait tellement longtemps qu'on ne s'est pas arrêtés sur une île hivernale. Lorsqu'il neige, tout est si calme et reposant, le temps semble passer au ralenti. Et tout le paysage se couvre alors d'une belle robe blanche qui brille de mille feux sous les rayons du soleil. J'aime particulièrement entendre le bruit feutré que l'on fait lorsque l'on marche dans la poudreuse et sentir les doux flocons tomber sur mon visage. Je crois que si je devais m'arrêter quelque part pour poser mes valises ce serait sur une île hivernale. Je reste sur le pont pour regarder l'île se rapprocher puis rentre finalement à l'intérieur en sentant le froid me saisir. Si je veux profiter pleinement de cet endroit, je vais devoir mettre quelque chose de plus adapté à ces températures glaciales. Parce qu'un débardeur et un short ce n'est pas vraiment ce que j'appelle une tenue idéale pour crapahuter dans la neige. Je rentre dans la cabine et enfile un pantalon, un petit pull léger de couleur bordeaux et une veste bien chaude gris clair. Je chausse mes bottes en cuir, qui ne sont pas fourrées à l'intérieur mais qui me tiendront suffisamment chaud, attrape une petite écharpe au passage et sors de la cabine. Je retourne sur le pont où je constate avec joie que nous avons déjà accosté et qu'il ne nous reste plus qu'à débarquer et profiter de ce paysage magique. J'ouvre mes deux mains que je tends devant moi pour y recevoir quelques flocons et penche la tête en arrière. C'est fou comme le simple fait de sentir la neige tomber sur mon visage a le don de me détendre et me donne l'impression de retomber en enfance. Comme quoi, il suffit parfois de peu pour se sentir bien.

_ On dirait qu'il y en a une qui apprécie déjà d'être ici. Me dit Law en arrivant à côté de moi.

_ Évidemment que je suis contente, c'est une île hivernale. Cet endroit est un véritable paradis pour moi.

_ Fait tout de même attention à ne pas trop en faire, il ne faudrait pas que tu ré ouvre ta blessure.

_ Ne t'en fais pas, je serai prudente. Et puis si je m'emballe trop, tu seras là pour me rappeler à l'ordre. Lui réponds-je avec un large sourire.

_ Tu es irrécupérable, tu le sais ça ?

_ Oui. Et c'est bien pour ça que tu ne peux plus te passer de moi.

Pendant que nous discutons, nous sommes rapidement rejoins par Neil, Karma, Shachi, Penguin et Helena, tous habillés chaudement pour supporter les températures hivernales des lieux. Nous descendons tous les sept du sous-marin et nous mettons en chemin sans attendre Zack, Bépo, Jean-Bart et Gin. Ces quatre là n'ont pas souhaité se joindre à notre expédition et quitteront le sous-marin un peu plus tard pour s'occuper du ravitaillement. Notre petit groupe s'éloigne tranquillement du sous-marin et traverse les nombreuses ruelles du port. Nous sommes presque arrivés à la sortie de ce dernier lorsque nous croisons enfin un civile. Avec la neige et la température qu'il fait dehors, tous les habitants et les travailleurs des lieux ont dû préférer rester bien au chaud dans leurs maisons ou bureaux et n'en sortir qu'en cas de nécessité. Nous interpellons l'homme qui n'a pas l'air très occupé et lui demandons de nous indiquer le plus court chemin pour se rendre en ville. Ce dernier nous explique que le village le plus proche est à environ trente minutes de marche d'ici et qu'il suffit de suivre le sentier qui part du port. Mais avant de nous laisser partir, il nous parle d'un autre chemin, un peu plus long et moins direct mais qui, selon lui, vaut vraiment le détour. D'après le villageois, cet itinéraire passerait par des endroits charmants et conduirait à une crête, qui se trouve à mi-chemin, qui donne sur un très beau panorama sur la ville dans laquelle nous voulons nous rendre. Après nous avoir donné toutes les informations dont nous avons besoin, il nous salue chaleureusement et poursuit sa route tranquillement. Nous prenons le temps de la réflexion puis décidons à l'unanimité de faire un petit détour et de prendre le chemin que nous a conseillé l'homme. Nous sortons du port et nous engageons donc sur le sentier qui part vers l'ouest de l'île. Très rapidement, nous entrons dans une belle forêt de hêtre et de sapins. Les couleurs chaudes des feuilles du hêtre qui ne sont pas encore tombées se marie à merveille au vert sombre des aiguilles des sapins. Et avec la neige qui recouvre un peu le tout, ça donne un tableau très agréable pour les yeux. Ces notes de couleur égayent la forêt et la rendent plus vivante et plus accueillante, ce qui est rarement le cas de ces endroits en plein hiver. Nous slalomons entre les arbres en regardant tout autour de nous à la recherche de quelque chose qui attirerait notre regard ou d'un quelconque être vivant. Parce que depuis que nous sommes partis des lieux habités, nous n'avons pas croisé beaucoup d'animaux et encore moins d'insectes, ce qui n'est pas vraiment étonnant vu le temps qu'il fait. Nous avons vu quelques rapaces planer au loin au dessus de la cime des arbres mais c'est tout. Soit les animaux de l'île sont tous en hibernation et sont donc bien à l'abri des regards, soit ils ont un très bon camouflage. Et étant donné que nous sommes sur une île hivernale, c'est à dire une île sur laquelle il neige au moins pendant une bonne moitié de l'année, je pencherai plutôt pour la seconde hypothèse.

Au fur et à mesure de notre progression, la forêt s'éclaircit petit à petit pour finalement disparaître juste devant l'entrée d'une caverne. Nous jetons alors un coup d'œil à droite puis à gauche de cette dernière à la recherche d'un chemin praticable qui la contournerait. Mais face à l'absence d'un tel passage, nous concluons que la route que nous suivons passe bel et bien par cette caverne. Nous entrons à l'intérieur avec prudence, nous attendant à rapidement manquer de lumière pour éclairer nos pas. Mais au final, nous n'avons même pas eu à nous inquiéter de ça. En effet nous avons eu la surprise de constater que les parois de la grotte sont en grande partie constituées de cristaux fluorescents qui projettent une douce lumière bleutée et qui nous permettent de voir ce qu'il y a devant nous. Avec ces cristaux, la caverne sort tout de suite du lot et a même des allures de grotte enchantée. On a presque l'impression qu'au détour d'un virage, on va tomber sur un portail menant à d'autres mondes. Mais au final, pas de porte magique ou transdimensionnelle en vue mais à la place nous sommes passés devant plusieurs lacs souterrains tous plus beaux les uns que les autres. Là-bas, les cristaux se déclinent en des bleus plus ou moins sombres se reflétant avec beauté dans les eaux cristallines des plans d'eau. Nous ressortons de la caverne environ une bonne heure après y être entrés et débouchons de l'autre côté de la montagne. Nous continuons d'avancer sur le chemin qui grimpe en pente assez douce et semble mener à un plateau un peu en hauteur. Nous entamons l'ascension et profitons par la même occasion des différents points de vue sur la vallée que nous trouvons le long du chemin. Nous nous arrêtons finalement sur l'un des plateaux situés tout en haut de la colline. Au centre de ce dernier se trouve un arbre d'une taille impressionnante qui doit bien faire huit mètres de haut et dont le tronc doit faire autour des quatre mètres de diamètre. Ce dernier possède une écorce d'une blancheur frappante, on pourrait presque croire qu'il s'agit d'écorce de bouleau mais le grain ne correspond pas. Peut être que cet arbre a une couleur assez claire la plupart du temps et qu'avec le gel cette clarté s'accentue. En tout cas, il n'a pas l'air d'être mort si on en juge par les nombreuses feuilles qui foisonnent sur ses branches. Et tout comme l'arbre lui même, ces feuilles ont une taille qui sort de l'ordinaire. Elles sont tellement grandes qu'on pourrait s'asseoir dessus sans problème. Et elles sont recouvertes par une épaisse couche de glace qui leur donne une couleur verte presque éteinte. Avec toutes ces feuilles congelées, je me demande comment cet arbre peut être vivant et aussi bien portant. Je détache mon regard de l'arbre et rejoins mes compagnons qui se sont rapprochés du bord pour admirer le paysage. De là où nous sommes, nous avons une vue imprenable sur la forêt que nous avons traversée un peu plus tôt et aussi sur le port où nous avons amarré le sous-marin. Sa couleur criarde ressort d'ailleurs plutôt bien dans ce paysage couvert de neige. Et au nord du port, à quelques kilomètres en face de nous en contrebas, se trouve une grande ville dont les maisons sont disposées en cercle et qui possèdent toutes le même toit gris, probablement en ardoise. On doit probablement être au fameux panorama dont nous a parlé l'homme du port. Ce qui veut dire que nous ne sommes qu'à mi-chemin, on a encore de la route à faire.

_ Bon, si on ne veut pas arriver avec la nuit on ferait mieux de se remettre en chemin. Nous fait remarquer Neil.

_ On pourrait descendre par là. Propose Karma en montrant la pente qui descend doucement jusqu'au village.

_ Tu veux qu'on passe par ici ? Mais il n'y a pas de chemin, on va s'enfoncer dans la neige à chaque pas. Lui répond Shachi.

_ On n'est pas obligés de marcher, on peut utiliser les feuilles de cet arbre. Dit Karma en nous montrant le grand arbre aux feuilles congelées. Je suis allé sur une île où ils les utilisent pour glisser sur la neige. Ces feuilles sont plutôt résistantes de base mais quand elles sont entièrement gelées, elles deviennent carrément indestructibles.

_ À ce point là ? Sérieux ?

_ Ouais Penguin, je suis très sérieux. En plus la pente conduit directement au village, on ne peut pas se perdre. Il y a quelques virages mais rien de bien méchant. Ça serait quand même dommage de ne pas en profiter.

Face à la réticence de certains d'entre nous, Karma nous sort plusieurs arguments pour nous convaincre de choisir le mode de descente qu'il nous propose. C'est vrai que l'idée de dévaler cette étendue blanche en surfant sur ces feuilles est plutôt tentante et promet d'être amusante. Et si Karma affirme qu'elles sont assez solides pour supporter notre poids alors ça doit être vrai, il n'est pas du genre à exagérer. Petit à petit, Karma parvient à convaincre tout le groupe, notamment grâce au soutien de ceux qu'il avait réussi à rallier à sa cause et nous décidons donc de descendre jusqu'au village en faisant du hors piste. Maintenant que nous sommes décidés, il ne reste plus qu'à récupérer nos moyens de locomotion. Grâce à la technique de la goutte d'eau d'Helena et à mon fruit du démon nous parvenons à briser le pédoncule des feuilles, seule partie vraiment fragile d'après Karma, faisant ainsi tomber ces dernières au pied de l'arbre. Nous en récupérons chacun une et nous approchons du bord du plateau. Contrairement à ce que je pensais en les voyant, ces feuilles congelées sont plutôt légères. En même temps, si on s'en sert pour glisser sur la neige, ce n'est pas très étonnant. Si elles étaient lourdes, on s'enfoncerait tout de suite dans la poudreuse. Avant qu'on se lance tous, je jette un nouveau coup d'œil sur la piste devant nous. La pente n'est pas très raide mais elle l'est suffisamment pour prendre de la vitesse, surtout si ces trucs sont aussi rapides que le dit Karma. Globalement, il n'y a pas beaucoup de virages jusqu'au village, juste quelques slalomes pour éviter les paquets d'arbres mais c'est tout. Alors que je suis en train de jauger un peu le terrain sur lequel on va s'aventurer, Law se rapproche de moi.

_ Pendant la descente, vas-y doucement surtout, évite de prendre trop de risques. Ne va pas nous faire une mauvaise chute.

_ Ne t'inquiète pas Law tout va bien se passer. Je me sens parfaitement capable de descendre sans problèmes. Et puis si je tombe, je pourrai toujours utiliser mon fruit du démon pour amortir ma chute. Lui réponds-je tout sourire en formant une mini tornade dans le creux de ma main.

_ Très bien, dans ce cas je te laisse gérer. Sois prudente.

Law m'embrasse une dernière fois puis retourne à l'endroit où il a laissé sa feuille. Après son départ, je grimpe sur la mienne pour voir un peu comment tout ça se présente. Je piétine un peu à la recherche d'une bonne position puis trouve finalement un endroit où placer mes pieds. La feuille est assez incurvée au niveau des bords ce qui lui donne des allures de coque. Et par moments, il y a quelques creux, notamment à proximité de la nervure principale, qui sont parfaits pour caler les pieds et éviter qu'ils glissent pendant la descente. Une fois prête, je jette un œil à Shachi à ma droite qui teste encore différentes positions puis à Karma à ma gauche qui n'attend plus que le signal de départ. Il a l'air parfaitement à l'aise et semble impatient de partir.

_ Tu en as déjà fait Karma ?

_ Juste une fois. Mais à cette époque, j'étais encore qu'un gamin. J'ai voulu faire le malin et du coup je me suis ramassé au milieu de la descente. Mais cette fois-ci ça sera différent.

_ Ah oui ? Parce que tu penses qui tu as pris suffisamment de plomb dans la tête depuis cette fois là ? Le taquiné-je.

_ Maintenant je connais mes limites, tout simplement. Je sais ce dont je suis capable et je sais que je peux être plus rapide que vous tous réunis.

_ Eh bien tu as une sacrée confiance en toi. Tu veux faire la course c'est ça ? Intervient Helena qui s'est placée à sa gauche.

_ Pourquoi pas, ça peut être amusant. Tu es de la partie Leïla ?

_ Et comment !

_ C'est bon, tout le monde est paré ? Demande Karma à l'ensemble du groupe.

Karma jette un œil à tout le monde pour s'assurer que personne n'a de soucis particuliers. Il donne quelques conseils, notamment pour tourner, accélérer ou encore freiner puis donne le signal du départ. À l'instant même où il donne le feu vert, nous nous élançons tous les sept sur la piste et entamons la descente. Je me penche légèrement en avant et donne une légère impulsion pour lancer le mouvement. À peine suis-je sur la pente que je prends de la vitesse et sens le vent fouetter mon visage. Comme on pouvait s'y attendre, Karma a fait un super départ et a déjà un ou deux mètres d'avance sur nous. Helena et moi nous regardons un bref instant puis fléchissons les jambes pour accélérer davantage. Devant nous, Karma file en ligne droite, faisant quand même quelques slalomes pour ne pas prendre trop de vitesse. Je le vois alors nous montrer quelque chose sur la gauche avant de s'y rendre directement. Il se glisse alors entre plusieurs bosses dans la neige puis passe sur l'une d'elles ce qui lui fait faire un léger bond. Il atterrit sans trop de difficulté sur la poudreuse, se met un peu en travers pour nous regarder un bref instant, un grand sourire sur les lèvres comme s'il cherchait à nous défier, puis se remet dans le sens de la descente. On voit tout de suite qu'il est dans son élément, il a l'air aussi à l'aise qu'un poisson dans l'eau. Mais s'il croit qu'il va m'impressionner comme ça avec ses petites pirouettes, il se fourre le doigt dans l'œil. Je vois alors Karma se décaler du milieu pour éviter la grosse bosse qui s'y trouve et perdre ainsi un peu de temps à cause des virages. Je prends alors davantage de vitesse en filant droit sur l'obstacle qui me fait faire un petit bond dans les airs. Pendant le vol, je m'accroupis encore plus et attrape le bord de la feuille pour ne pas risquer de la perdre en route. J'atterris sur la neige nettement moins proprement que Karma tout à l'heure mais suffisamment pour ne pas tomber et pour arriver au niveau de Karma qui a perdu du temps avec son petit détour.

_ Hey, mais tu te débrouilles bien en fait ?

_ Je te rappelle que j'ai grandi dans North Blue. Je n'en suis pas à ma première descente en surf. Par contre je n'avais jamais utilisé de feuilles jusque là et je dois reconnaître que c'est pas mal du tout. On va vraiment vite avec ça.

_ Ouais elles sont vraiment idéales pour glisser sur la neige. Quand on aime prendre de la vitesse, on ne peut pas rêver mieux. En tout cas, ce n'est pas parce que tu as l'habitude du surf que tu as une chance de me battre. Me provoque Karma.

_ Alors ça je n'en serais pas si sûre à ta place.

_ Hey dis donc vous deux, vous faites la course ou vous papotez ? Quand vous aurez fini de discuter, on se retrouvera en bas. Nous dit Helena en nous dépassant à toute vitesse.

J'étais tellement focalisée sur Karma que j'en ai presque oublié la présence d'Helena. Elle aussi cachait bien son jeu jusque là, elle s'en sort mieux que je le pensais. Nous poursuivons notre course tous les trois pendant toute la durée de la descente, bataillant ferme pour prendre la tête et creuser l'écart avec les deux autres. Mais c'est finalement Karma qui s'impose à l'arrivée tandis qu'Helena et moi arrivons en même temps. Pendant les derniers mètres, il nous a littéralement déposées sur place sans qu'on puisse faire quoi que ce soit. J'ai bien essayé de le rattraper en filant droit dans le sens de la pente mais alors que je me rapprochais de lui, je me suis fait une petite frayeur. J'ai donc dû lever le pied pour ne pas risquer de tomber. J'ai beau être joueuse et aimer la compétition, je n'ai pas non plus envie de prendre le risque de me faire mal. Maintenant que je peux enfin bouger, ce n'est pas le moment de retourner à l'infirmerie. Surtout que si je me blesse, Law va me foudroyer du regard et je risque de passer un sale quart d'heure. Pour rattraper ma petite erreur et éviter de finir dans le décor, j'ai dû faire quelques slalomes afin de réduire ma vitesse. Et bien entendu, Helena n'a pas loupé cette chance de reprendre du terrain et nous sommes arrivées en bas de la piste au coude à coude. Mais même si je n'ai pas fini première, je suis loin d'être déçue par cette descente. Ça fait bien longtemps que je ne m'étais pas autant amusée en surfant. Toute cette vitesse, c'était tellement grisant. Karma a eu raison de nous inciter à descendre comme ça, d'autant que ça nous a fait gagner un temps fou. J'espère que les autres ont pris autant de plaisir que nous. Law arrive d'ailleurs peu de temps plus tard à notre niveau et s'arrête à nos côtés avec plus ou moins d'aisance, suivi de près par Shachi. Il nous faut attendre quelques minutes pour voir Penguin et Neil arriver bons derniers. Tous les deux ont un peu de neige collée sur leurs vêtements, j'en déduis donc qu'ils ont essuyé quelques chutes. Mais à les entendre, ils ont quand même l'air de s'être bien amusés et n'auraient raté ça pour rien au monde. Une fois tout le monde remis de ses émotions, nous laissons nos surfs improvisés de côté et nous rapprochons de la périphérie de la ville. En marchant, je me rapproche de Law et glisse ma main dans la sienne.

_ Je me trompe où c'était la première fois que tu faisais du surf sur la neige ?

_ J'en avais déjà fait lorsque j'étais gosse mais c'était il y a une éternité. Toi en revanche tu avais l'air d'être à l'aise.

_ Oui j'avais l'habitude d'en faire quand j'étais encore à North Blue. Mais au final, c'est comme le vélo, même quand on s'arrête longtemps, on ne perd pas trop la main.

_ Et j'imagine que c'est ça que tu appelles rester prudente.

_ Hehehe désolée mais je n'ai pas pu résister à une petite course. Et puis je te l'ai dis, je maîtrisais la situation, je n'ai pas tant pris de risques que ça au final.

Grâce à notre petit raccourci quelque peu sportif et fort distrayant, nous rejoignons le village après une dizaine de minutes de marche à peine alors que ça nous aurait pris 1h30 voire deux heures avec le chemin sur lequel on était. Grâce à ce temps gagné, nous allons pouvoir profiter des lieux un peu plus longtemps que prévu. Comme je l'avais vu de là-haut, toutes les maisons sont organisées en arc de cercle et sont séparées les unes des autres par des ruelles plus ou moins étroites qui permettent de circuler dans un arc de cercle mais aussi de passer d'une zone à l'autre. Les toits des maisons sont un peu plus foncés que je le pensais tout à l'heure, probablement à cause de la fine couche de neige qui les recouvre et ne sont pas fabriqués en ardoise comme je le supposais mais en tuile noire. Le village est organisé de telle sorte que toutes les activités sont concentrées dans le centre-ville. Les habitations quant à elles se trouvent sur les trois cercles en périphérie tandis que les boutiques et autres services se trouvent plus vers l'intérieur de la ville. Nous délaissons rapidement les quartiers résidentiels pour nous rendre dans les allées un peu plus touristiques et actives à la recherche de bonnes affaires, de choses intéressantes à voir ou encore d'un endroit où casser la croûte ce soir.

Nous tournons dans la ville pendant un bon bout de temps, déambulant dans les ruelles à la recherche de quelque chose qui attirerait notre attention. Pendant notre tour, nous croisons la route de Bépo, Jean-Bart, Gin et Zack qui viennent de finir le ravitaillement et qui profitent eux aussi des environs et notamment du marché qui se tient sur la place principale. À les entendre, ils n'ont pas eu de difficultés particulières et ont pu trouver des vivres de bonne qualité à des prix très intéressants. Il ne leur a fallu que deux heures pour terminer leur mission, ce qui leur a laissé pas mal de temps libre pour jouer les touristes. Vu que l'équipage est au grand complet, nous terminons notre rapide visite du marché puis partons à la recherche d'un bon restaurant où manger ce soir. Nous jetons finalement notre dévolu sur un établissement avec pas mal de cachet et qui propose à sa carte de très bons plats d'hiver. Après avoir passé une bonne partie de l'après-midi à crapahuter dans la neige, un plat bien chaud et consistant nous fera à tous le plus grand bien. Nous ressortons du restaurant plusieurs heures plus tard, rassasiés et réchauffés et prêts à supporter les rigueurs de l'hiver pour le trajet du retour. Pendant que nous étions à l'intérieur, le soleil a fini par se coucher alors forcément la température a bien chutée par rapport à tout à l'heure. Nous rentrons tranquillement au sous-marin sans rencontrer le moindre souci pour nous orienter. Contrairement au sentier que nous avons emprunté un peu plus tôt, celui-là est bien plus court et aussi mieux délimité. Et avec la lumière de la lune, nous avons assez de clarté pour voir où nous mettons les pieds. C'est sûr que si on avait dû prendre le même chemin qu'à l'aller de nuit, ça aurait été une tout autre paire de manches. De retour dans notre cher navire, nous profitons du reste de la soirée pour nous amuser ensembles et faire quelques parties de poker.

Couchée dans le lit, je me tourne et me retourne pour essayer de trouver une position confortable. Je ferme les yeux pour tenter de me rendormir mais rien n'y fait, le sommeil ne veut pas venir. Je fixe le plafond plusieurs minutes puis décide finalement de me lever. Je me prépare sans un bruit puis sors discrètement de la cabine pour ne pas réveiller Law et le laisser se reposer. Contrairement à d'habitude, les couloirs du sous-marin sont bien silencieux. Il y a de fortes chances que je sois la seule debout à cette heure. Après, ce n'est pas vraiment étonnant, on s'est tous couchés tard hier soir et il est à peine 7h30 donc tout le monde doit encore dormir profondément. Je passe par le réfectoire et glisse la tête par la porte. Comme je m'y attendais, cette pièce aussi est totalement vide. Je suis donc bien la première de l'équipage à être déjà levée. Je me demande s'il fait jour dehors, j'espère en tout cas qu'aujourd'hui il fera au moins aussi beau qu'hier. En arrivant devant le sas de sortie, je referme mon gilet rembourré, déverrouille la porte puis sors sur le pont. J'ai à peine posé un pied dehors que je suis saisie par la fraicheur de l'air extérieur, il fait meilleur à l'intérieur, je sens que je ne vais pas traîner dans les parages. Je joins mes mains devant ma bouche et souffle dedans pour les réchauffer tout en avançant vers le bastingage. Tout est si calme ici, il n'y a pas le moindre vent, la mer est d'huile et le seul bruit que l'on entend est celui du doux clapotis des vaguelettes qui s'écrasent sur la coque. Malgré l'absence de vent, le ciel est parfaitement dégagé et a encore une teinte bleu nuit qui est progressivement chassée par les couleurs vives du soleil. Un croassement attire mon attention et me fait lever la tête. Je vois alors une corneille au plumage tirant sur le bleu nuit passer au dessus de ma tête. Pour l'instant, c'est le seul être vivant que j'ai aperçu depuis que j'ai quitté la cabine. Je la regarde quelques instants voler dans le ciel et se diriger tranquillement vers l'Est de l'île, tenant dans ses serres un petit objet blanchâtre. Il doit probablement s'agir d'une souris ou d'un petit rongeur au pelage d'hiver qu'elle a dû attraper et qu'elle emmène sur la terre ferme pour le manger.

_ Ben alors, qu'est-ce que tu fais là Leïla ? Tu es tombée du lit ?

En entendant cette voix dans mon dos, je sursaute et me retourne précipitamment. J'aperçois alors Zack qui est assis sur la rambarde du pont supérieur et qui me regarde avec un sourire timide. Quand je suis sortie, j'ai tellement été captivée par le calme des lieux et par les couleurs du ciel que je n'ai pas pensé à regarder autour de moi. Et comme il ne faisait pas le moindre bruit lui non plus, je ne l'ai même pas remarqué, il m'a fait une peur bleue en se manifestant tout d'un coup.

_ Ah, excuse moi si je t'ai surprise. Je ne voulais pas te faire peur. S'excuse-t-il en descendant sur le pont principal avant de me rejoindre.

_ Ne t'en fais pas, ce n'est pas grave. J'étais juste perdue dans mes pensées. Ça fait longtemps que tu es là ?

_ Hummm une vingtaine de minutes je dirais. J'ai eu envie de regarder le lever du soleil. Et toi ? Qu'est-ce que tu fais là ?

_ J'ai du mal à dormir alors je suis venue prendre un peu l'air.

_ Il y a quelque chose qui te tracasse ?

_ Non pas que je sache. Je pense que c'est juste une légère insomnie sans cause ni signification particulière. Mais malgré ça, ça peut paraître étrange mais je ne me sens pas vraiment fatiguée. Je dirais même que j'ai une pêche d'enfer.

_ Ça fait plaisir à entendre. Après ce qui s'est passé il y a quelques semaines c'est rassurant. J'ai vraiment eu peur pour toi tu sais.

_ Désolée de t'avoir inquiété, je ne voulais pas vous causer de soucis, à toi ou aux autres. Mais heureusement, grâce aux bons soins de Law, tout ça n'est plus qu'un mauvais souvenir.

_ Est-ce que ta blessure te fait encore souffrir ?

_ Non. Ça ne me fait plus mal du tout. Après ce n'est pas encore totalement cicatrisé alors je ne peux pas me permettre autant de liberté qu'avant.

_ Je vois. Déjà si tu n'as plus mal c'est un bon début. Qu'est-ce que tu as prévu pour aujourd'hui ?

_ Neil veut s'occuper des réparations de sa machine ce matin alors avec Karma et Helena on va lui tenir un peu compagnie voire lui donner un coup de main si on peut l'aider. Après ça, on a prévu de faire un tour en ville. Tu veux te joindre à nous ?

_ C'est gentil mais je vais devoir décliner. J'ai déjà quelque chose de prévu avec Jean-Bart, Penguin, Gin et Bépo. On va faire un peu d'exploration du côté du volcan.

_ Wahou, ça va vous prendre la journée entière, le volcan est loin d'être à côté.

_ Ya des chances oui. Et Shachi, Ayato et le capitaine ? Tu sais ce qu'ils font ?

_ Je crois que Law m'a dit qu'ils partaient à la chasse aux plantes médicinales. En tout cas eux aussi risquent d'y passer la journée.

_ Donc il n'y aura personne au sous-marin ? Ce n'est pas un problème ?

_ Non ici ça ne risque pas grand chose normalement. De toute façon, c'est pour ça qu'on ne va pas trop s'éloigner du navire. On mettra un escargophone de surveillance à l'entrée et comme ça s'il y a un soucis on pourra intervenir rapidement.

_ Oui ça m'a l'air d'être une bonne stratégie. En tout cas si vous avez des problèmes, n'hésitez pas à nous appeler.

_ Ne t'en fais pas, ça ne sera pas nécessaire.

_ Toujours aussi confiante à ce que je vois, je te reconnais bien là. En attendant que les dormeurs se réveillent, ça te dit d'aller marcher un peu dans le port ? On trouvera peut être quelque chose à grignoter.

_ Oui pourquoi pas, c'est une bonne idée.

Nous descendons tous deux du navire et commençons notre petit tour du port. Nous marchons dans un premier temps le long des quais et jetons un œil aux bateaux qui y sont amarrés. Parmi eux se trouvent quelques navires marchands et des coques de pêcheurs mais il y a aussi des embarcations pirates. Cependant, j'ai beau regarder leurs pavillons, aucun ne me dit quoi que ce soit, et pourtant je lis régulièrement les journaux pour me tenir au courant. Si ces équipages ne me disent rien, alors ça doit vouloir dire qu'ils ne font pas trop parler d'eux. Nous suivons les quais pendant plusieurs minutes puis nous enfonçons dans les petites ruelles du port qui sont totalement désertes. Elles nous conduisent jusqu'à une place assez exiguë mais tout à fait charmante. En son centre se trouve une fontaine qui est totalement recouverte de neige et de glace. Autour de cette dernière sont disposées plusieurs tables et chaises qui appartiennent à la petite échoppe itinérante qui s'est installé sur la place. Jusqu'à maintenant, nous n'avons pas croisé âme qui vive mais sur cette place il y a déjà un peu plus de monde. Alors certes il n'y a que cinq personnes, c'est loin d'être bondé mais c'est déjà un peu plus animé que tous les endroits où nous sommes passés. Comme la faim commence sérieusement à se faire sentir, nous décidons de nous arrêter là et de profiter de ce commerce ambulant qui vend des cafés et des pâtisseries pour prendre notre petit déjeuner. Je demande à Zack ce qu'il veut puis me rends au niveau du truck tandis que Zack va nous prendre une table. Arrivée devant le gérant, je commande un café liégeois et un café noisette, accompagnés d'un pain au raisin ainsi que d'une brioche fourrée aux haricots. Le gérant se tourne aussitôt vers son employé derrière les fourneaux pour lui donner le nom des deux pâtisseries à servir puis il se rend au niveau de la machine à café pour la mettre en route. Pendant que notre petit déjeuner est en cours de préparation, je parcours des yeux les autres personnes présentes sur la place. Hormis la femme qui déjeune en compagnie d'un jeune homme qui a l'air d'être son fils, il n'y a que des hommes dans les environs. Au niveau des âges en revanche c'est assez diversifié. Ça va du jeune garçon tout juste sorti de l'adolescence au vieil homme aux allures de loup de mer à la retraite, en passant par l'homme d'affaire quinquagénaire tiré à quatre épingle et le quadragénaire au style plus décontracté avec des cheveux longs maintenus par un bandeau uni de couleur violette, surmonté de lunettes de soleil. Ma petite investigation est interrompue par le gérant de l'échoppe qui arrive avec les cafés et gâteaux que j'ai commandés quelques minutes plus tôt. Je récupère mes commandes, lui donne la somme correspondante et pars rejoindre Zack qui s'est installé à une table juste à côté de la fontaine et de celle de l'homme au bandeau qui lit tranquillement son journal sans se soucier de ce qui l'entoure. Je pose le café liégeois et le pain au raisin devant Zack puis m'assois face à lui. Nous restons là pendant de longues minutes, prenant tranquillement notre petit déjeuner tout en discutant de tout et de rien et en regardant les passants. Une fois rassasiés et nos cafés terminés, nous rapportons les tasses au truck puis quittons tranquillement les lieux. Nous arrivons finalement au sous-marin sous les coups de neuf heures. À cette heure là, tous les membres de l'équipage doivent être levés et prêts à partir, ou en tout cas au moins tous ceux qui ont un programme chargé aujourd'hui. Avant de monter à bord, je jette un dernier coup d'œil aux alentours. Par rapport à tout à l'heure, il y a nettement plus d'activités maintenant. Les employés du port s'affairent à transporter des caisses de marchandise d'un endroit à l'autre. C'est sûr qu'avec l'arrivée récente des pêcheurs, les lieux deviennent tout de suite plus animés puisqu'il faut décharger les prises du jour et les conduire au marché couvert avant son ouverture. Je regarde un instant les habitués du port s'activer et courir dans tous les sens tandis que d'autres quittent les lieux avec calme et prennent la direction du village. Parmi eux se trouvent des personnes de tout âge et de tout style vestimentaire. Des jeunes, des moins jeunes, des personnes en tenue assez élégante ou encore d'autres avec des airs plus décontractés avec des cheveux coiffés à l'aide de bandeaux colorés ou surmontés de champeaux fourrés. Je détourne finalement mon attention de toute cette activité matinale et emboîte le pas de Zack qui se dirige vers le réfectoire. Là-bas nous retrouvons la quasi-totalité de l'équipage en train de prendre un petit déjeuner ou simplement en train de discuter de choses et d'autres.

_ Tient. On se demandait où vous étiez passés tous les deux. Vous êtes partis faire une balade en tête à tête ? Nous demande Ayato à notre arrivée.

_ On est allés prendre un peu l'air et grignoter un bout pendant que vous jouiez les marmottes. Réponds-je d'un ton narquois.

_ En même temps, si vous vous levez en même temps que le soleil pas étonnant que vous soyez obligés de nous attendre.

_ Si tu crois que ce genre de chose se contrôle Ayato… Crois moi si j'avais pu faire la grasse matinée je l'aurais fait.

_ Ahaha je veux bien te croire.

Peu de temps après notre retour, le groupe d'exploration, constitué de Zack, Bépo, Jean-Bart, Penguin et Gin rassemble ses affaires et se prépare à quitter le sous-marin. Étant donné qu'il leur faut plusieurs heures de marche jusqu'au cratère du volcan, ils ont tout intérêt à ne pas traîner s'ils veulent avoir le temps de profiter des lieux. Avant de partir, et conformément aux consignes du capitaine, ils prennent soin de prendre avec eux un escargophone pour rester joignables pendant toute la durée de leur exploration. De cette façon, on pourra les contacter s'il y a le moindre problème pour leur demander de rappliquer et inversement. Ils vérifient une dernière fois qu'ils n'ont rien oublié puis descendent du sous-marin d'un pas assuré et léger. Peu de temps après leur départ, c'est au tour du groupe de Law de se préparer à partir. Assise en tailleur sur le fauteuil, je regarde Law préparer son sac et y glisser deux petits livres d'identification de plantes aux vertus thérapeutiques.

_ Du coup vous comptez vous aventurer loin du sous-marin ?

_ Dans un premier temps on va se rendre dans une forêt qui se trouve au pied de la face Nord-Est du volcan. Et selon l'heure qu'il est quand on aura fini on fera peut être un crochet par le littoral sur le chemin du retour.

_ Mais si vous allez du côté du volcan, pourquoi vous n'êtes pas partis avec le groupe de Bépo ? Vous auriez pu vous séparer en chemin.

_ Comme ils vont plutôt du côté Ouest du cratère on ne va pas prendre le même chemin. Alors on a décidé de partir chacun de notre côté.

_ Je vois. Et vous pensez rentrer tard ?

_ Ça dépendra de ce qu'on trouvera. Mais on reviendra probablement un peu avant le coucher du soleil. Je vais aussi prendre un escargophone au cas où. S'il y a le moindre souci…

_ S'il y a un souci on règlera ça nous même sans avoir besoin de te déranger. On est capables de se débrouiller tous seuls. T'as pas à t'en faire, tu peux partir l'esprit tranquille.

_ Je n'ai pas de doutes là dessus. Mais si vous avez vraiment besoin de renforts, n'hésitez pas à me contacter, c'est d'accord ?

_ Oui, promis. Mais je t'assure, tout va très bien se passer. Tu verras, on n'aura même pas besoin de vous appeler à l'aide.

_ C'est tout le mal que je vous souhaite.

Law referme son sac, le place sur son dos et attrape son nodachi. Prendre son arme quand on part faire de la cueillette de plantes médicinales peut paraître bizarre voire paranoïaque mais on n'est jamais trop prudent. On ne sait jamais ce qui peut nous arriver sur les îles du nouveau monde alors il vaut mieux être paré à toute éventualité. Ses affaires sur le dos, Law se dirige ensuite vers le couloir pour rejoindre les autres qui doivent l'attendre sur le pont. Je descends de mon fauteuil et le suis jusqu'à l'extérieur où se trouvent déjà Shachi, Ayato, Neil, Karma et Helena. Nous discutons tous les sept pendant quelques minutes jusqu'à ce que Shachi, Ayato et Law décident enfin de se mettre en route. Law nous donne quelques consignes et recommandations de dernières minutes puis quitte le navire en compagnie des deux autres. Nous les regardons s'éloigner plusieurs minutes puis rentrons finalement à l'intérieur et refermons le sas derrière nous. Si nous aussi on veut pouvoir aller se balader tout à l'heure, il faut qu'on s'occupe de la machine de Neil, elle ne va pas se réparer toute seule. Nous nous rendons tous les quatre dans la salle d'entrainement pour récupérer le robot et le déplacer dans l'atelier de Neil où se trouvent tous ses outils. Aussitôt en place, ce dernier se plonge dans les rouages de son humanoïde de métal et attaque les réparations. À côté de lui, Karma s'est porté volontaire pour lui servir d'assistant et lui fait passer tout ce dont il a besoin. Il ne faut pas longtemps à Helena et moi pour nous rendre compte que nous ne leur sommes pas d'une grande utilité. Au contraire, si on venait s'agglutiner à quatre devant la machine, on ne ferait que gêner Neil. Nous décidons donc d'aller chercher de quoi nous occuper le temps qu'ils fassent leurs petites affaires. Je file dans la cabine pour récupérer mes cartes de Shar ainsi que mon carnet et retourne à l'atelier. Helena quant à elle revient de la bibliothèque avec un roman et part s'installer sur l'une des chaises de la pièce. Nous restons ainsi de longues minutes dans cette pièce, occupant notre temps comme nous pouvons tandis que les garçons réparent le robot d'entrainement. Ce n'est qu'après deux bonnes heures de bricolage que ces deux là lèvent finalement les yeux de la machine.

_ Bon, plus que deux-trois vérifications et tout sera bon. Il faudrait juste le boîtier de commande pour le remettre en marche afin de voir si tout est ok. Par contre, je crois que je l'ai laissé dans la salle d'entrainement, je ne le vois pas ici…

_ Je peux aller te le chercher si tu veux Neil. Propose Karma. Pendant ce temps tu peux finir de le refermer correctement.

_ Ouais je veux bien, merci Karma.

À ce moment là, Helena referme aussitôt son livre et se lève d'un coup de sa chaise. Elle pose son ouvrage là où elle était assise quelques minutes plus tôt puis prend un instant pour s'étirer de tout son long tout en baillant à s'en décrocher la mâchoire. Une minute de plus et elle se serait probablement endormie sur son livre.

_ Ahhh enfin on en voit le bout. Je t'accompagne Karma, je vais passer au réfectoire pour prendre un café pour me réveiller. Je vous ramène quelque chose ?

_ Ah oui un café pour moi aussi s'il te plait. Lui réponds-je.

_ Alors ça fera deux. Ajoute Neil.

_ Et c'est parti pour une tournée générale de café. Dit Helena d'un ton enjoué en quittant la pièce en compagnie de Karma.

Après leur départ, je m'arrête moi aussi dans mon travail et me lève de ma chaise. J'empile mes cartes sur le bord de la table et range mon carnet dans la poche intérieur de mon gilet. Après avoir un peu libéré de la place sur le bureau, je m'assois sur le bord de ce dernier et jette un œil sur le travail de Neil et Karma.

_ Alors ça y est ? Ta machine de torture est de nouveau opérationnelle ?

_ Et oui, il est à nouveau d'attaque pour une autre séance d'entrainement. J'espère que pour la prochaine tu auras l'occasion d'y participer.

_ Ahaha ce n'est pas l'envie qui me manque. J'ai hâte de me mesurer à ton robot amélioré. Mais pour ça, il faudrait que je sois sûre qu'il ne va pas me frapper au niveau de ma blessure.

_ Si ce n'est que ça qui t'inquiète, je peux essayer de le programmer.

_ Dans ce cas pourquoi pas. D'ailleurs, je viens de penser à quelque chose : ton robot pourrait nous servir de gardien maintenant que tu l'as programmé pour riposter. Il pourrait surveiller le sous-marin quand on n'est pas là.

_ C'est vrai que je n'y avais pas pensé, c'est une bonne idée. Il pourrait s'occuper de la sécurité pendant notre absence. J'en toucherai deux mots au capitaine lorsqu'il sera de retour.

_ Ce qui est sûr, c'est que ça nous changerait la vie. Je pense qu'il approuvera sans…

Soudain, je m'arrête dans ma phrase et tourne la tête vers la porte de la pièce qui est toujours ouverte. L'espace d'un instant, j'aurais juré avoir entendu un bruit métallique. Un son similaire à celui que fait le sas lorsqu'il s'ouvre. C'est vraiment bizarre, Karma et Helena ne nous ont pourtant pas dit qu'ils comptaient sortir. Et je vois mal les autres revenir aussi tôt sans nous en informer. C'est peut être juste mon imagination qui me joue des tours.

_ T'as pas entendu de bruit à l'instant ? Demandé-je à Neil.

_ Non je ne crois pas. Pourquoi ?

_ Je sais pas, j'ai cru entendre le sas s'ouvrir.

_ T'as du rêver, ou alors c'est juste Karma et Helena qui font du bruit dans les couloirs.

_ Oui, tu dois avoir raison, je dois me faire des idées.

_ Je sens que ce café va te faire le plus grand bien. Il va te réveiller une bonne fois pour toute.

_ Ahaha c'est possible. Et sinon, ton robot, tu crois que tu pourrais le rendre plus incisif ?

_ Tu parles pour la surveillance ou pour l'entrainement ?

_ Pour la surveillance bien sûr. Pour nos exercices il est bien assez offensif comme ça, tu veux vraiment qu'on y passe ou quoi ?

_ Ahaha je ne fais que demander, on ne sait jamais. Il y en a peut être dans l'équipage à qui ça fait plaisir de se prendre une raclée.

_ Ouais et bien personnellement je préfèrerai éviter.

_ Ah bon ? C'est étonnant. Me répond Neil sur un ton sarcastique. Non plus sérieusement, pour répondre à ta question, il y a peut être un moyen de le rendre plus agressif en effet. Il faudrait que je m'y penche un peu dessus.

Neil se met alors à m'expliquer les différentes manières d'améliorer son robot pour en faire un véritable gardien du Polar Tang, ou plutôt un genre de cerbère de métal humanoïde. J'avoue ne pas tout saisir lorsqu'il se met à détailler le fonctionnement de sa machine ou lorsqu'il utilise des termes techniques mais je pense comprendre globalement ce dont il est question. Si j'ai bien compris, Neil peut augmenter la prise d'initiative de son robot mais cela se fera aux dépens de sa capacité d'anticipation et d'adaptation. Et s'il arrive moins à prévoir les attaques de ses adversaires, il va forcément prendre plus de coups. Dans ce cas là, Neil va devoir consolider son armure et rendre les éléments essentiels au bon fonctionnement de sa machine moins accessibles. En plus de ça, il faudrait aussi que le robot puisse garder sa fonction d'entrainement ce qui nécessiterait de lui programmer deux modes différents : un pour nos exercices et un autre pour la défense. En clair, ça veut dire que Neil va avoir du pain sur la planche, il va en avoir pour des semaines voire des mois de programmation. Mais ce qui est sûr c'est que s'il y arrive, ça changera radicalement la vie de l'équipage.

_ Tu ne trouves pas que Karma et Helena mettent du temps à revenir ? Ça fait au moins trente minutes qu'ils sont partis. Fait remarquer Neil

_ C'est vrai, tu as raison. Tu crois que Karma a du mal à mettre la main sur le boitier de commande de ton robot ?

_ Ça m'étonnerait, je le laisse toujours bien en évidence.

_ Je vais aller voir ce qu'ils fabriquent.

Je descends de mon perchoir et me dirige vers le couloir pour aller chercher nos deux retardataires. Je me demande ce qui peut bien leur prendre autant de temps, ils étaient juste partis chercher des cafés et une télécommande, ce n'était pas censé être si long que ça. Mais alors que je passe le palier de la porte, je reçois un coup de crosse au niveau de mon épaule gauche. Si je ne m'étais pas décalée sur le côté au dernier moment, alertée par mon fluide perceptif, ce coup m'aurait atteinte au niveau de la nuque et j'aurais probablement perdu connaissance. Malheureusement, je n'ai pas le temps de faire un autre mouvement que quelqu'un arrive dans mon dos et place son bras gauche devant mon cou tandis que sa main droite vient saisir mon bras droit. En moins de temps qu'il n'en faut pour le dire, je me retrouve avec le cou bloqué à l'intérieur de son coude et le bras droit maintenu dans le dos. L'inconnu se met alors à exercer une pression vers l'arrière et le côté gauche pour me couper le souffle et me mettre au sol. Pendant ce temps, cinq personnes passent à côté de moi et viennent barrer le passage à Neil qui venait m'aider. Ayant encore ma liberté de mouvement au niveau du bras gauche, j'en profite pour essayer d'atteindre mon adversaire. Je tente d'abord de le frapper au visage puis opte ensuite pour des coups de coude au niveau de son abdomen. La personne lâche alors mon bras et verrouille sa clé d'étranglement en passant l'autre bras derrière ma tête tout en continuant de me basculer vers l'arrière. Avant de perdre l'équilibre, je tente de placer ma jambe derrière mon adversaire pour stabiliser ma position mais malheureusement, ce dernier me voit venir. En réponse à ma tentative, il raffermit également sa prise et augmente la pression au niveau de mon cou. J'attrape alors le bras derrière ma tête avec mes deux mains libres et tire de toutes mes forces jusque devant moi. Je ramène tant bien que mal son bras devant mon visage et mords dedans à pleines dents, arrachant un cri au propriétaire du bras. Ce dernier relâche légèrement sa pression ce qui me permet de reprendre un peu mon souffle. Je me mets alors à gesticuler pour me dégager et donne de violents coups de tête en arrière pour essayer d'atteindre mon assaillant au visage. Me débattre ne me permet pas de me dégager mais ça a au moins l'avantage de l'empêcher de garder son sang froid et de penser à raffermir sa prise sur mon cou. Ces quelques échanges m'ont toutefois donné l'occasion de me rendre compte de la différence de corpulence entre lui et moi et m'ont vite fait comprendre que je ne pourrai pas rivaliser de force avec lui. C'est donc sur l'endurance que je vais devoir jouer.

_ Hey, on va avoir besoin d'un petit coup de calmant pour celle là aussi. Rugit mon assaillant à l'attention de ses compagnons.

Je vois alors un homme devant nous se tourner vers moi et sortir une seringue de l'une des poches de son manteau. En le voyant s'approcher de moi avec ça, mon sang ne fait qu'un tour et je redouble de violence pour me dégager. Je n'ai aucune idée de ce qu'il y a là dedans mais je préfère ne pas le savoir.

_ Vous attendez quoi les autres, aidez moi à l'immobiliser.

Suite à l'appel de mon adversaire, une autre personne se joint à lui et attrape mes bras pour les tendre vers le gars à la seringue. Entre le type dans mon dos qui me tire en arrière et celui devant moi qui me tient les bras vers l'avant, mes mouvements sont clairement limités. Sans que je puisse y faire quoi que ce soit, l'aiguille s'enfonce dans ma peau et le liquide s'introduit dans mes veines. Dans un premier temps, je ne sens qu'une légère brûlure lorsque le produit pénètre dans mon organisme mais ensuite plus rien. Qu'est-ce qu'ils ont pu m'injecter ces types, et puis qu'est-ce qu'ils nous veulent à la fin ? Soudain, mes muscles qui étaient jusque là contractés commencent à se relâcher et je sens mes forces m'abandonner. Mon assaillant relâche alors sa prise et s'écarte de moi comme si je ne représentais plus le moindre danger. Sur ce coup là, il s'est un peu précipité, il va regretter de m'avoir sous-estimée. À peine m'a-t-il libérée que je génère une tornade horizontale et le propulse contre le mur. Pris par surprise, il ne parvient pas à esquiver mon attaque et s'écrase la face contre le mur non sans lâcher un juron à mon encontre. Mais je n'ai pas le temps de savourer ma petite revanche que mes jambes cèdent sous mon poids et que je bascule en arrière. Je tombe lourdement sur le dos, allongée dans le sens du couloir, la tête tournée vers l'atelier où Neil est encore aux prises avec ses adversaires. Je tente alors de me mettre sur le côté pour me relever et aller l'aider mais malgré tous mes efforts, aucun de mes muscles ne veut bouger d'un pouce. En me voyant au sol, Neil se tourne vers moi et entreprend de me rejoindre. Mais l'un de ses adversaires profite de ce moment d'inattention par l'assommer par derrière. En voyant mon ami se faire mettre K-O, je tente de dire quelque chose, d'appeler à l'aide pour que Karma et Helena viennent nous sortir de ce mauvais pas. Même si, vu leur absence, je commence sérieusement à penser qu'ils ont eux aussi été maîtrisés. Malheureusement, aucun mot ne sort de ma bouche. Ces types nous sont tombés dessus sans prévenir et ont plutôt l'air d'être bien organisés et équipés. Mais leur visage ne me dit absolument rien, je me demande ce qu'ils nous veulent et qui ils peuvent bien être.

_ Ces deux là aussi nous ont donné un peu de fil à retordre. Vous êtes sûr qu'il n'y en a pas d'autres dans le sous-marin ?

_ Non, il n'y a que ces quatre là. Les autres sont partis un peu plus tôt dans la matinée.

Je n'arrive pas à en croire mes oreilles. Alors ces types savaient qu'on était en effectif réduit. Ce qui veut dire qu'ils doivent nous observer depuis un certain temps, pas étonnant qu'ils soient aussi bien préparés. Maintenant, il ne reste plus qu'à découvrir pourquoi ils ont fait ça et ce qu'ils peuvent avoir derrière la tête.

_ Hey patron, regardez ça !

Je lève les yeux vers le jeune homme qui vient de s'exprimer et qui se tient à côté du bureau. Ce bureau, c'est là que j'ai laissé mes fragments de Shar. Ils n'ont pas intérêt à y toucher, ces cartes sont à moi et à personne d'autre ! Pendant ce temps, une autre personne passe à côté de moi et rejoint son cadet. Lorsque je vois son bandeau entremêlé dans ses cheveux noirs et surmontés de lunettes de soleil, mon cœur loupe un battement. Ce type, c'est celui qui était sur la place ce matin. Est-ce qu'il nous suivait déjà quand on est sortis, où est-ce que c'est là qu'on a attiré son attention ? En tout cas, il a bien joué son jeu, il s'est parfaitement fondu dans la masse, je ne l'ai pas vu venir. Mais maintenant mon gars, je ne risque pas d'oublier ton visage, ça, ça ne risque pas. Je fixe l'homme tandis qu'il attrape mes cartes et les feuillette, et imprime son visage dans ma mémoire. Il ferait mieux de poser mes cartes illico sinon je ne réponds plus de rien.

_ Tient, voyez vous ça. Je savais que ça allait être facile de les trouver mais là, on peut dire que la chance est de notre côté. On n'a même pas le temps de chercher les fragments de Shar qu'on nous les offre sur un plateau.

Alors c'est pour ça qu'ils sont venus, ils en ont après mes cartes. Franchement, ils ne pouvaient pas tomber plus mal, pile au moment où je les laisse à découvert. C'est sûr que là, ils n'ont pas eu à se fouler pour les trouver. Si je les avais laissés dans ma cachette, ça aurait été une autre paire de manches pour eux, ils n'auraient jamais réussi à y mettre la main dessus. L'homme au bandeau range les cartes dans la poche de sa veste puis se dirige dans ma direction. Une fois à mon niveau, il s'accroupit face à moi, un sourire narquois sur les lèvres.

_ Je te remercie d'avoir regroupé tous ces fragments et d'en avoir pris soin jusqu'à aujourd'hui. À partir de maintenant, nous prenons la relève, je connais quelqu'un qui sera ravi d'avoir les morceaux qui lui manquent.

Non mais ce type est littéralement en train de se moquer de moi. Je n'ai qu'une envie, lui crier de me rendre mes cartes et de dégager d'ici fissa. Je rêve de me jeter sur lui pour lui enlever son petit sourire supérieur. Mais il n'y a rien à faire, mon corps refuse de faire le moindre geste.

_ Bon allez, inutile de s'attarder plus longtemps ici. On a ce qu'on voulait, partons.

Tous les intrus suivent les consignes de leur patron et quittent la pièce sans exprimer le moindre désaccord. Evidemment, je ne les vois pas partir mais j'entends les bruits de leurs pas s'éloigner progressivement. Après de longues minutes plongée dans le silence le plus total, je parviens enfin à bouger mes mains et l'avant bras mais suis toujours dans l'incapacité de me lever. Je retrouve également l'usage de la parole et l'utilise aussitôt pour essayer de réveiller Neil mais sans succès. Il faut dire qu'avec le coup qu'il s'est pris, il risque de rester dans les vapes pendant un long moment avant de reprendre connaissance. J'avance mes deux bras devant moi et attrape l'encadrement de la porte du bout des doigts. Je tire ensuite de toutes mes forces pour tenter de me rapprocher de la pièce et de Neil. Ce simple geste me demande une énergie considérable et ne me permet de faire que quelques centimètres à peine. À cette vitesse là, j'en ai pour des heures et je serai morte d'épuisement avant même d'avoir réussi à rejoindre Neil. Alors que j'arrive au niveau de la porte, je monte mes mains le long de l'encadrement et tire sur mes bras pour me redresser un minimum. À force d'efforts, je parviens enfin à me mettre en position assise, le dos appuyé contre le mur pour ne pas retomber par terre. Entre ma position actuelle et l'endroit où se trouve Neil, il n'y a rien à quoi je pourrai m'accrocher pour avancer. Et avec mes jambes encore paralysées ça va être mission impossible pour le rejoindre. Tout ce que j'ai à faire, c'est d'attendre que le produit ne fasse plus effet. J'ai déjà retrouvé quelques sensations dans les bras alors ça ne devrait pas être bien long, enfin j'espère. Quelques instants plus tard, j'entends des bruits de pas se rapprocher d'ici et Karma ne tarde pas à apparaître dans mon champ de vision. Il s'accroupit devant moi et je ne peux m'empêcher de remarquer la tâche de sang au niveau de sa tempe et les quelques ecchymoses qu'il a sur les bras. Visiblement, lui aussi a donné du fil à retordre à nos assaillants et s'est défendu comme un diable.

_ Tout va bien ? Tu n'es pas blessée ?

_ Non ça va. Mais je n'arrive pas à bouger les jambes.

_ Ah, toi aussi tu as eu droit à leur produit on dirait, bienvenue au club. Mais t'inquiète pas, les effets mettent peu de temps à se dissiper.

_ Tant mieux. Il faudrait que tu jettes un œil à Neil pour vérifier comment il va. Et Helena, tu sais où elle est ? Lui demandé-je tandis qu'il se rend auprès de Neil.

_ Elle va bien ne t'en fais pas. Elle est encore à moitié paralysée mais ça va. En revanche, elle est d'une humeur massacrante. Bon, Neil a l'air d'aller bien, il est juste dans les vapes.

Au bout de quelques minutes d'attente, je parviens enfin à me mettre debout et me rends en titubant jusqu'au bureau tandis que Neil commence doucement à émerger. Comme je m'y attendais, il est complètement vide, ils ont tout emporté sur leur passage. Ce n'est pas comme si ça me surprenait, ça aurait vraiment été étonnant qu'ils laissent quelque chose derrière eux. Nous sommes rapidement rejoins par Helena qui a elle aussi retrouvé sa liberté de mouvement. Comme l'a dit Karma, elle est vraiment de mauvaise humeur et est furax de s'être faite avoir aussi facilement. Et je pense qu'elle n'est pas la seule. On s'est tous fait maîtriser avec une facilité déconcertante, s'en devient presque humiliant. Mais on est loin d'avoir dit nos derniers mots, ces types ne perdent rien pour attendre. On va les retrouver et leur rendre la monnaie de leur pièce. D'autant qu'ils ont volé mes morceaux de la carte de Shar et je ne compte pas les laisser s'en tirer à si bon compte. Il est hors de question que je quitte cette île sans mes fragments, c'est même inimaginable.