Chapitre 27 : À visage découvert
Le sol sous nos pieds a commencé à trembler dès que Penguin a touché à cette statuette et les secousses n'ont pas l'air de vouloir s'arrêter. Au contraire, elles redoublent d'intensité à chaque seconde. Tout d'un coup, certaines dalles commencent à s'enfoncer dans le sol, entrainant avec elles le sable qui s'est déposé au fil des années. Ces dalles se glissent ensuite sous celles restées immobiles provoquant ainsi de nombreux trous dans le sol. Si certaines ont un mouvement assez lent, d'autres en revanche se déplacent de façon bien plus rapide. Et comme si ça ne suffit pas, certains carreaux se dérobent brutalement sous nos pieds, comme des plaques retenues uniquement d'un seul côté et grâce à la tension exercée par les plaques voisines mais qui s'abaissent lorsqu'on leur met du poids dessus. La dalle directement sous mes pieds se met à bouger et à s'enfoncer progressivement, m'obligeant ainsi à me déplacer. Je slalome entre les carrés, à la recherche d'un endroit sûr et priant pour ne pas tomber sur une des trappes qui ont déjà piégés certains de mes compagnons dont Penguin et Mélina. Nous sommes tous tellement éloignés les uns des autres que nous n'avons pas assez de marge de manœuvre pour nous porter secours en cas de soucis. Et il faut bien reconnaître que la perspective de voir le sol se dérober sous nos pieds au moindre faux pas n'aide nullement à se concentrer sur autre chose que sur l'endroit où nous devons avancer. Après de nombreuses frayeurs et avoir manqué plusieurs fois de rester coincée, je parviens finalement à atteindre les escaliers au niveau de l'arche. Ces derniers n'ont pas l'air de bouger ce qui veut dire que je devrais y être tranquille. Je profite de ce court moment de répit pour jeter un œil à la pièce devant moi. Quasiment deux tiers du sol a totalement disparu, laissant ainsi apercevoir un véritable gouffre dont le fond n'est absolument pas visible. Il n'y a même pas une seule trace de potentielles structures servant à soutenir le sol en temps normal. Pourtant, les plaques devaient bien reposer sur quelque chose. En observant celles encore en place, je remarque qu'à la moitié de leur épaisseur, se trouve une fente de plusieurs centimètres de large et qui s'étend sur la quasi totalité de la longueur de la face en question. Ces fentes ont l'air d'être présentes sur les quatre côtés et doivent servir à renforcer le lien entre les plaques. Mais ce n'est pas la seule structure que je parviens à remarquer. À chaque angle des dalles se trouvent des barres métalliques verticales qui les relient deux à deux à des barres horizontales situées un mètre plus bas et qui sont placées de façon parallèle. En voyant la plaque devant moi s'enfoncer et se placer sous celle à sa droite je parviens à comprendre comment fonctionne ce mécanisme. Avant qu'une plaque ne descende, il y a d'abord un premier clic et des trous apparaissent progressivement dans les quatre coins de plusieurs plaques alignées, probablement à cause de la rétractation des tubes verticaux, hormis pour celle qui est en bout de ligne. Mais malgré ça les dalles ne tombent pas alors qu'à priori elles ne sont plus fixées au rail du dessous. Ça doit probablement être grâce à une lame qui sort des fentes au milieu des plaques. Un deuxième clic retenti ensuite, mais je n'aperçois aucun signe visible. Au troisième clic, la dalle en bout de ligne s'enfonce dans le sol puis au quatrième elle se décale vers la plaque qui la précède sur la ligne jusqu'à se glisser totalement sous cette dernière. Au cinquième clic, les trous de cette fameuse plaque se comblent et elle commence à s'enfoncer à son tour au clic suivant qui survient trente secondes plus tard. Tout ça s'enchaine de façon si aléatoire, ou en tout cas de notre point de vue, qu'il est facile de se faire piéger ou de se retrouver coincé sur des petits ilot au milieu d'un trou béant. Même si ces derniers sont reliés au reste et soutenus par les rails de métal qui traversent la salle à la verticale ou à l'horizontale et qui se croisent parfois pour consolider la structure, ces derniers n'offrent aucune échappatoire. Les rails sont plutôt épais pour supporter le poids des visiteurs donc en soit il serait possible de marcher dessus pour quitter l'ilot. Malheureusement, la majorité de la surface est assez lisse ce qui demande de sacrés talents d'équilibristes pour passer par là. Après plusieurs minutes, qui nous semblent durer des heures, les tremblements cessent, tout comme les sons de mécanismes. La salle redevient alors calme et silencieuse, comme lors de notre arrivée.
_ C'est fini ? Demande Ayato.
_ On dirait bien. Lui réponds-je.
Je parcours alors la salle des yeux à la recherche de mes compagnons. Je repère Ayato plaqué contre un mur sur une dalle totalement isolée. Helena et Karma quant à eux se sont réfugiés en grimpant sur l'une des arches de la pièce et dont le pied semble s'enfoncer jusqu'en bas du gouffre. Law, Shachi et Zack ont eux aussi réussi à tenir bon et à trouver un endroit plus ou moins sûr. En revanche en ce qui concerne les autres, c'est bien plus préoccupant. La moitié d'entre nous s'est faite piéger et est tombée dans ce trou dont on ignore la profondeur. J'espère qu'ils vont tous bien et qu'ils sont indemnes. Au moins, maintenant que le calme est revenu, on va pouvoir réfléchir à la suite des évènements et à comment retrouver nos amis disparus. Cependant le calme n'est que de courte durée et le sol se remet à trembler.
_ Oh non quoi encore ?! Râle Shachi.
Inquiets à l'idée qu'une autre tuile nous tombe dessus, nous regardons tous autour de nous afin de pouvoir mieux anticiper les prochains évènements. Mais contre toute attente aucun danger n'apparaît et les dalles disparues commencent même à refaire leur apparition. Pour être exacte, elles se re-déploient en suivant le processus inverse de celui que j'ai identifié tout à l'heure. Les trappes surprises se redressent également comme si de rien n'était et en deux-trois minutes seulement, le sol retrouve son aspect original. Je descends les quelques marches me séparant du plancher, pose un pied sur une des trappes et déplace légèrement mon poids sur cette jambe. Mais contrairement à tout à l'heure, la dalle ne bronche même pas d'un millimètre et reste parfaitement stable. Je fais de même sur une des dalles mobiles et obtiens exactement le même résultat. C'est vraiment redevenu comme c'était avant, si on oublie la couche de sable et de poussière qui a entièrement disparue, c'est comme si tout ça n'avait jamais eu lieu.
_ Eh ben, ils rigolent pas les gardiens. Fait remarquer Karma alors que nous nous rejoignons au centre de la pièce.
_ Ouais tu l'as dit. Quand Mélina a parlé de piège je ne m'attendais pas à quelque chose d'aussi ingénieux et efficace. Lui réponds-je.
_ Mais elle a bien dit qu'ils n'étaient pas mortels, hein ? Je veux dire, les autres, ils s'en sont tirés indemnes, pas vrai ?
_ Je l'espère sincèrement Shachi. Lui répond Ayato.
_ Et maintenant, qu'est-ce qu'on fait ? On ne peut pas les abandonner, il faut qu'on les retrouve.
_ Evidemment qu'on va aller leur porter secours. Mais reste à savoir comment. On ne va quand même pas sauter alors qu'on n'a aucune idée de ce qu'il y a en dessous.
_ On n'aura pas besoin de sauter Shachi. Les piliers ont l'air d'aller jusqu'au fond sinon ils seraient tombés eux aussi. Il suffit que je déplace quelques dalles avec mon pouvoir et on pourra s'aider du pilier pour descendre.
_ Non. Personne ne descendra où que ce soit !
En entendant cette phrase, mon rythme cardiaque s'accélère et j'ai l'impression que mon cœur se serre dans ma poitrine. Cette voix, je la connais, je la connais même très bien. Jamais je ne pourrais l'oublier même si je pensais ne plus jamais avoir le malheur de l'entendre et encore moins dans ces circonstances. Je me retourne en même temps que mes compagnons et jette un œil vers l'entrée de la grotte d'où est provenue la voix. Devant l'ouverture, nous apercevons Zack les genoux posés au sol et un couteau placé sous sa gorge. Dans son dos se trouvent une bonne trentaine de personnes armées jusqu'aux dents et prêts à nous bondir dessus et dont certains visages ne me paraissent pas inconnus. À côté de Zack, se tient l'homme qui tient le couteau. Ce dernier a des cheveux châtains mi longs attachés grossièrement à l'aide d'une queue de cheval assez décoiffée. Il est habillé de façon raffinée avec un blazer cramoisi par dessus une chemise blanche ainsi qu'un pantalon noir dont la coupe lui va à la perfection. En voyant le visage de l'individu et son petit sourire satisfait lorsqu'il pose les yeux sur nous, je ne peux m'empêcher de serrer les poings de rage. Avoir de nouveau ce sale type en face de moi me fait ressurgir en mémoire de nombreux souvenirs très désagréables. Et à en juger par son entrée en scène, j'ai la quasi-certitude qu'il n'a pas changé d'un pouce. Il est resté ce type abject que j'ai laissé tomber et que j'ai tant détesté. En tout cas, qu'il ne s'avise pas de toucher à un seul cheveu de Zack s'il ne veut pas que je vienne lui arranger le portrait. Je ne le laisserai pas s'en prendre une nouvelle fois à l'un de mes amis sans réagir.
_ Aron ! Qu'est-ce que tu fous là ?!
_ Ça me paraît pourtant évident ma chère Leïla, je suis là pour le trésor de Shar, tout comme toi. Tu devrais pourtant savoir que partout où il y a un trésor de légende je suis présent. Maintenant écoutez bien : jetez vos armes devant vous si vous ne voulez pas que je tranche la gorge de votre ami. Et n'essaie pas de me jouer un sale tour Trafalgar, je t'ai à l'œil. Au moindre geste suspect je n'hésiterai pas à le tuer. Ça vaut aussi pour tous les autres. Je ne suis pas du genre à plaisanter, tu peux le confirmer Leïla, n'est-ce pas ? Tu es bien placée pour le savoir.
Evidemment que je le sais, je suis parfaitement consciente qu'il n'aura aucun scrupule à mettre sa menace à exécution. Ce type est un véritable fou furieux qui est prêt à tout pour s'accaparer un trésor. Il est capable de raser une ville rien que pour obtenir quelque chose qu'il désire. Et avec ce que je lui ai raconté à ce sujet, Law en est bien conscient lui aussi. Nous attrapons donc tous nos armes et les jetons un mètre devant nous. Sans attendre, une partie des sous-fifres qui sont restés en arrière se précipite vers nous pour nous séparer les uns des autres et nous maîtriser. Alors que certains s'occupent de maintenir Shachi, Karma, Ayato et Helena au sol, deux d'entre eux se rendent auprès de Law et moi. Ils nous accrochent alors un bracelet en granite marin au poignet droit qu'ils serrent au maximum avant de les verrouiller à l'aide d'une clé. L'un d'entre eux retourne ensuite auprès d'Aron et lui remet les deux clés tandis que les autres nous forcent nous aussi à nous mettre à genoux. Ce dernier est alors pris d'un fou rire soudain et éloigne son arme de la gorge de Zack. Il range ensuite son poignard à sa ceinture et se met à applaudir.
_ Félicitation ! Ça va au delà de mes espérances. Quand je t'ai confié cette mission je ne pensais pas que tu l'accomplirais autant à la perfection. Tu as vraiment fait du super boulot Zack. Tu avais raison quand tu disais que ça serait un jeu d'enfant de les maîtriser.
Je reste abasourdie devant les dires d'Aron. Qu'est-ce qu'il raconte ? Il débloque complètement, il se moque de nous ce n'est pas possible. À l'entendre on dirait que Zack et lui se connaissent mais ce n'est pas possible. Il essaye de nous monter les uns contre les autres, je ne vois que ça. De toute façon, Zack ne va pas le laisser débiter ses sornettes, son petit manège ne va pas durer cinq minutes, c'est obligé. Mais contre toute attente, Zack ne cherche pas le moins du monde à démentir ni à se débattre. À l'inverse, il se redresse calmement et ramasse son arme avant de se tourner vers Aron pour lui offrir un grand sourire.
_ Oui, je t'avais dit qu'en les menaçant de me tuer tu aurais tout de suite l'avantage. J'étais certain qu'ils n'oseraient pas bouger le petit doigt. Il faut dire que depuis deux ans que je suis avec eux j'ai tellement bien joué la comédie qu'ils n'y ont vu que du feu. Ils ne se sont doutés de rien.
_ Zack, qu'est-ce…
_ Espèce de traitre ! Tu t'es bien fichu de nous ! Éclate Helena.
_ Vous ne pouvez vous en prendre qu'à vous même. Vous auriez du vous méfier un peu plus.
_ Ne prend pas cet air supérieur avec nous !
Sous l'effet de la colère, Helena se débat comme une lionne et parvient à se défaire de la poigne des deux hommes qui la retenaient. Elle les envoie au sol en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire, attrape sa sword wip et se rue sur Zack.
_ Non Helena, ne rentre pas dans son jeu, calme toi ! La prévient Law.
Mais Helena ne semble pas entendre l'avertissement de Law puisqu'elle poursuit sa route sans ralentir le pas. Elle lance alors une première attaque que Zack parvient à contrer sans soucis grâce à la garde de son arme. Avec sa main libre, il attrape ensuite la chaine et la fait tournoyer légèrement avant de l'utiliser pour frapper Helena. Étant au contact et n'ayant pas beaucoup de marge de manœuvre pour réagir, elle ne parvient pas à esquiver l'attaque et reçoit le coup de plein fouet au visage. Zack profite alors que son adversaire soit sonnée pour lui donner deux coups de poing au ventre avant de la faire tomber lourdement sur le dos et ainsi lui couper le souffle un bref instant. Durant l'enchainement, Helena lâche involontairement son arme que Zack envoie immédiatement hors de sa portée. Il termine ensuite de l'immobiliser en lui plaçant la lame de son kusarigama sous la gorge. Il se retourne ensuite vers les hommes présents derrière lui et qui se sont contentés d'observer le spectacle.
_ Apportez les chaines pour les autres et utilisez celle avec la gaine en caoutchouc pour celle là. Évitez de la toucher à main nue si vous ne voulez pas recevoir une décharge. Ordonne Zack en montrant Helena du menton.
Même après ce que je viens de voir je n'arrive pas à le croire. Comment est-ce qu'on a pu en arriver là ? On n'a rien vu venir. À aucun moment je me suis doutée que Zack allait nous trahir et encore moins qu'il travaillait pour ce monstre d'Aron. Je suis à la fois déçue et hors de moi. Je suis littéralement furieuse envers Zack pour nous avoir menés en bateau tout ce temps comme il l'a fait. Et j'en veux aussi énormément à Aron qui a manigancé tout ça depuis le début. J'avais déjà de sacrés griefs contre lui mais là c'est devenu encore pire.
_ Eh bien, quelle violence envers tes compagnons de voyage… Tu es bien cruel mon cher Zack.
_ Ne me fait pas passer pour ce que je ne suis pas Aron, le seul équipage auquel j'appartiens c'est le tien, c'est aussi simple que ça.
_ Alors depuis le début tu jouais la comédie ? Et c'est tout ce que ça te fait ? Lui demande Law.
_ Oui, en effet. Le Zack aimable et serviable que vous avez connu n'a jamais existé. C'était juste un rôle que j'ai pris pour gagner votre confiance. J'étais prêt à vous laisser tomber ou à vous trahir à tout moment. Le plus dur a été de rester de marbre quand ces villageois ont manqué de respect à mon véritable capitaine. Mais je leur ai vite fait regretter leurs paroles ce soir là.
_ Et j'imagine que le cerveau de toute cette mise en scène c'est toi Aron ! Tu as toujours adoré les coups déloyaux mais là on peut dire que tu es tombé bien bas. T'es vraiment écœurant.
_ Je te trouve bien incisive Leïla. Me répond Aron en s'approchant de moi. Au fait, je ne t'ai jamais remercié comme il se doit pour la dernière fois. Ajoute Aron avant de me frapper violemment dans le ventre. À cause de ton petit sabotage, nous avons dérivé pendant des jours en pleine mer. Le feu a mis à mal nos réserves et presque tout l'équipage a failli mourir de faim. Mais je suppose que c'était le résultat que tu recherchais. Grâce à ça, tu avais le champ libre pour t'éloigner de nous en emmenant nos fragments après avoir mis le feu à notre salle des cartes.
_ Je t'arrête tout de suite… Ces cartes m'ont toujours appartenu. Je les mettais juste à disposition de l'équipage. Il était donc normal que je les récupère. En revanche, je l'avoue j'ai pris un malin plaisir à faire flamber cette salle des cartes. Tous ces morceaux de papier qui s'embrasaient c'était très agréable à regarder. J'aurais bien voulu admirer ce spectacle jusqu'au bout mais je n'avais pas envie de rester une minute de plus sur ce bateau de détraqués.
_ Oui, ça je veux bien le croire. Mais nous aurons tous le temps pour discuter de ça plus tard. Avant toute chose, nous avons un trésor à trouver alors il est temps de se mettre au travail. Au fait, tu ne m'avais pas parlé d'une guide Zack ?
_ Si mais elle est tombée dans le piège avec d'autres pirates du Heart. Mais il n'y a pas à s'en faire, elle ne nous était plus d'aucune utilité de toute façon.
_ Oh, dans ce cas tant mieux. Moins il y a de gêneurs mieux c'est. Allez on avance, je veux trois personnes par pirate, tenez les bien à l'œil. S'il y en a un qui bronche, vous êtes autorisés à les frapper autant de fois que le voulez pour les calmer.
À ce que je vois, Aron est toujours aussi aimable et attentionnée envers ceux qu'il considère comme ses rivaux. Il ne s'est pas du tout bonifié avec le temps, je dirais même que c'est le contraire. Et les autres membres de l'équipage sont tout aussi délicats que leur capitaine. Après avoir mis tant d'effort et de violence pour nous faire nous agenouiller, ils remettent maintenant le couvert pour qu'on se relève. Et bien sûr, la patience et la délicatesse ne font pas partie de leur vocabulaire. Encadrés chacun par trois chasseurs de trésor, nous emboitons le pas à Aron qui s'engage sous l'arche et qui commence à descendre les escaliers. Ces derniers nous conduisent alors dans une gigantesque salle éclairée par des cristaux plus ou moins gros attachés aux parois et aux constructions. Au dessus de nous, le plafond est à peine visible et se trouve à une bonne vingtaine de mètres au dessus de nos têtes. Le sommet de cette salle doit probablement coïncider avec le haut de la montagne. Mais ce n'est pas le seul aspect remarquable de cette pièce démesurée. Le palier sur lequel nous nous trouvons est loin d'être un simple étage ou rez-de-chaussée. Comme dans la salle précédente lorsqu'elle est privée de ses dalles, le plancher des vaches se trouve hors de vue, à plusieurs dizaines de mètres de profondeur, si ce n'est plus. Au moindre faux pas, c'est la fin de l'aventure, sauf s'il y a une étendue d'eau au fond. Ce dont je doute car sinon on entendrait des bruits d'écoulement grâce à l'écho. Mais malgré la dangerosité et la démesure de ce gouffre, on peut dire que les premiers gardiens ne se sont pas laissés décourager. Ils ont érigé une bonne vingtaine de colonnes rectangulaires allant du fond du gouffre jusqu'au plafond et dont les tranches les plus longues doivent faire une bonne dizaine de mètres. Ces colonnes au style gothique ont été construites par empilement de blocs de pierre rectangulaires de couleur un peu terne et qui ont été taillés pour obtenir une forme esthétique. Je doute qu'ils aient pris le risque de tailler les blocs une fois posés, ils ont dû leur donner leur forme avant de les placer ce qui augmente la prouesse technique. En plus d'avoir fait quelque chose d'élaboré, ils ont bien soignés les jointures pour s'assurer que tout s'assemblerait parfaitement sans laisser aucun défaut et ce avant même de tout monter. Ce projet a vraiment dû être titanesque. Mais à en juger par leur maestria en ce qui concerne les mécanismes, je suppose que ce chantier a pu aboutir sans trop de problèmes grâce à leur savoir-faire. Et comme si ça ne suffit pas, ils ont relié les piliers deux à deux par des ponts et des escaliers en pierre qui permettent d'aménager un passage à travers la grotte. Ce chemin doit probablement mener à l'autre extrémité de la grotte que nous n'apercevons pas encore. En observant les environs, je remarque la présence de plusieurs centaines de lucioles qui se promènent dans cet espace immense, ajoutant par leur présence un petit côté mystique et mystérieux aux lieux. Ces dernières nous font ainsi profiter de leur douce lumière et donne au vide autour de nous des airs de ciel étoilé. Il doit y avoir, dans le plafond ou ailleurs, des petites ouvertures vers l'extérieur qui ont permis à ces insectes d'entrer. En arrivant sur le premier palier, Aron jette quelques coups d'œil autour de lui puis poursuit sa route sans dire un mot. Visiblement, il n'a pas l'air d'être très ému par le spectacle qui se déroule devant lui. À part les trésors, il n'y a pas grand chose qui trouve grâce à ses yeux de toute façon. Alors que nous avançons, je jette un rapide coup d'œil vers mes compagnons pour repérer à peu près où ils se trouvent par rapport à moi. Entre chacun de nous il y a bien un bon mètre de distance et deux ou trois types. Visiblement, ils n'ont pas l'intention de nous laisser discuter entre nous. Diviser pour mieux régner, cette stratégie a depuis le temps bien fait ses preuves et ça Aron le sait pertinemment. Je ne serais d'ailleurs pas étonnée que Zack ait aussi tenté d'appliquer cette stratégie pendant qu'il était parmi nous, ça pourrait d'ailleurs expliquer deux trois petites choses. Je tourne alors la tête vers Zack qui marche à ma droite à quelques centimètres de moi.
_ Dis moi Zack, le petit cinéma de la dernière fois faisait aussi partie de ton stratagème, pas vrai ? Et j'imagine que tu prenais aussi un malin plaisir à encourager les tensions entre Helena et moi.
_ Oui en effet. L'objectif était de me rapprocher de toi pour gagner ta confiance et dans l'idéal, t'amener à quitter l'équipage. J'ai donc profité des tensions entre Helena et toi pour fragiliser ce lien que tu as avec ton cher capitaine. Pour être honnête, ce soir là, sur l'île du serpent de mer, j'étais certain d'y être parvenu. J'avais prévu de profiter de votre dispute et de ta déception pour te faire tomber dans mes bras. Malheureusement, mes efforts sont restés vains. Je n'ai pas réussi à vous séparer et tu n'as jamais voulu me donner la clé de décryptage de ton carnet.
_ Alors le coup de la fille dans la chambre de Law c'était toi ?
_ Oui. Et j'avoue que sur ce coup là je me suis dépassé. Mon plan était parfait, j'ai juste trop sous-estimé la confiance que tu lui portais.
_ Tu es vraiment ignoble, tu le sais ça ? Je ne te pensais vraiment pas comme ça.
_ J'ai toujours été comme ça. C'est simplement que tu ne l'as pas réalisé. Tu te souviens de ce jour où tu es rentrée précipitamment au sous-marin ? Tu as remarqué qu'il y avait des intrus dans la bibliothèque et alors que tu allais voir, quelqu'un t'a assommée. Ces intrus étaient des membres de l'équipage d'Aron qui en avaient marre d'attendre que tu décryptes la carte entre deux aventures. Et celui qui t'a assommée et bien c'était moi. Et j'y ai pris un malin plaisir. On t'aurait probablement enlevée si Ayato n'était pas revenu plus tôt que prévu. Mais même là tu ne t'es rendue compte de rien et tu t'es laissée duper par mon jeu d'acteur.
_ Et tu en es fier en plus. Tu as profité de notre confiance. On t'a accueilli les bras ouverts, on t'a sauvé la mise plusieurs fois et c'est comme ça que tu nous remercies ?
_ Et encore, tu n'as rien vu. Me répond Zack, un sourire carnassier sur les lèvres.
Zack n'ajoute rien de plus et accélère le pas pour couper court à notre discussion. De toute façon, moi non plus je n'ai plus grand chose à lui dire. Nous continuons de suivre le chemin et nous enfonçons toujours plus profond sans toutefois atteindre le fond de la grotte. Hier soir, Mélina m'a appris que sur cette île, la divinité Shar est surnommée « celle qui fait sortir les présents des profondeurs ». Donc si on se fie à ce nom, ça ne paraît pas si étonnant que le chemin nous conduise toujours plus bas. Le trésor doit probablement se trouver dans la pièce la plus profonde de cette grotte. Mais je me demande combien de temps encore on va devoir descendre comme ça. Et puis, il faut aussi qu'on trouve une solution pour retrouver les autres et également pour nous sortir de ce pétrin. Car une fois qu'on aura trouvé le trésor, je doute qu'Aron et sa clique nous laissent la vie sauve. On doit trouver un plan avant qu'il ne soit trop tard et qu'on se retrouve au pied du mur.
Après une bonne heure de marche nous arrivons enfin au bout du passage et débouchons dans une salle beaucoup moins grande que la précédente mais à peu près de la même taille que l'entrée. Mais contrairement au hall, cette pièce là présente une architecture assez différente de tout ce qu'on a vu jusque là. De forme carré ou légèrement rectangulaire, elle est disposée sur deux niveaux : un rez-de-chaussée sur lequel nous sommes et une plateforme à un mètre au dessus du sol qui se trouve tout au fond de la salle. Cette dernière a une forme globalement rectangulaire. Les longueurs s'arrêtent environ à un mètre des extrémités de la pièce, quant à la largeur, elle va du mur du fond jusqu'à la moitié à peu près de la salle, en se terminant par un arc de cercle. Et au milieu de cet arc se trouve un escalier qui relie les deux étages. Le centre de la plateforme quant à lui est occupé par une sorte de stèle en pierre, de forme rectangulaire elle aussi, qui occupe un espace assez conséquent. Vue de loin, j'ai l'impression qu'on pourrait aisément y faire tenir quatre personnes allongées. À part ça, et la fresque qui couvre le mur du fond, la pièce ne présente rien de particulier. Il n'y a même pas d'ouvertures sur d'autres pièces, c'est un véritable cul de sac. Mais Aron ne semble pas s'en formaliser outre mesure puisqu'il se remet en mouvement et se dirige droit vers la plateforme, suivi de près par toute sa clique qui nous entraine au passage. En approchant de l'estrade, je remarque la présence de visages sculptés dans les murs qui constituent les fondations, surmontés chacun d'inscriptions gravées dans la pierre. Une fois en haut de la plateforme, Aron s'approche tranquillement de la stèle et se penche au dessus pour l'observer attentivement. Il plonge ensuite son bras dans l'une des cavités qui se trouve au sein de celle-ci et en sort un petit cylindre en métal de couleur dorée sur les côtés et blanche au centre. En voyant Aron manipuler l'objet, je remarque que la partie centrale est amovible. Je me demande ce que ça peut être. En tout cas, ça a l'air de mettre la patience d'Aron à rude épreuve. Après un énième soupir, il se tourne vers nous et fait un signe aux hommes à côté de moi. Ces derniers resserrent alors leur emprise sur mes bras et m'emmènent devant Aron. Une fois à son niveau, il me tend le fameux cylindre en me fixant du regard.
_ Tu vas ouvrir ça pour moi.
_ Et en quel honneur ? Pourquoi est-ce que je te rendrais ce service au juste ?
_ Parce que si tu ne le fais pas, je tue tes amis un à un sous tes yeux.
_ Ok, c'est bon je vais le faire. Réponds-je en lui arrachant le cylindre des mains et en le foudroyant du regard.
Je prends quelques instants pour observer le fameux objet. La partie blanche que j'ai aperçue quand Aron le manipulait est composée en réalité de neuf anneaux qui peuvent tourner et qui sont divisés en 26 petites cases portant chacune une lettre de l'alphabet. J'ai compris ce dont il s'agit, c'est un cryptex. J'en avais déjà entendu parler mais c'est la première fois que j'en tiens un dans mes mains. En temps normal, il contient un message à l'intérieur et il faut trouver le mot de passe pour pouvoir y accéder. Je commence à tester plusieurs combinaisons en rapport avec le trésor de Shar mais sans succès. À chaque tentative, le compartiment refuse de s'ouvrir.
_ On ne pourrait pas le casser tout simplement ? Propose le sous-fifre à ma droite.
_ Espèce de crétin ! Si on fait ça, alors du liquide sera déversé sur le parchemin ce qui le rendra illisible. Le sermonne Aron. J'espère que tu travailles sérieusement et que tu n'essaies pas de gagner du temps ma chère Leïla.
_ Pff et tu m'expliques à quoi ça me servirait de gagner du temps au juste ? Je fais ce que je peux mais je ne suis pas encore devenue devin figure toi !
Je pousse un soupir d'exaspération et me reconcentre sur le cryptex. En général le code a un lien direct avec le contexte dans lequel s'inscrit le message caché à l'intérieur. Il y a donc fort à parier que la clé de l'énigme ait un rapport avec le trésor de Shar. J'ai pourtant déjà essayé plusieurs mots en rapport avec Shar comme les mots « mystères », « égarement » ou encore « illusions » mais rien ne marche. Je mettrai ma main à couper que le mot a un lien direct avec Shar elle-même, il y forcément quelque chose que j'ai oublié. Mélina m'a parlé du surnom qu'ils donnent ici à la divinité, qu'est-ce que c'était déjà ? Ah oui, l'Anésidora, « celle qui fait sortir les présents des profondeurs ». Il y a pile le bon nombre de lettres, ce qui veut dire que ça peut tout à fait être la solution de l'énigme. De toute façon, il n'y a plus qu'à tester pour voir si j'ai juste. Alors que je place la dernière lettre, un clic se fait entendre et le bout droit du cylindre se désolidarise légèrement du reste. Je retire la partie décrochée puis fait tomber le contenu du cryptex dans ma main. J'en sors alors un petit parchemin ainsi qu'une clé tout ce qu'il y a de plus ordinaire mis à part sa couleur bleue.
_ Bien joué. Je vois que tu n'as rien perdu de tes talents de chasseuse. À toi l'honneur de nous lire ce parchemin.
_ Pff, « Trois clés vous seront nécessaires pour poursuivre votre chemin. La première est déjà au creux de vos mains. La seconde quant à elle a été avalée par le favori de Shar. La troisième en revanche a une âme plus esthète. Placez alors les trois clés sur la stèle et le chemin du trésor vous sera révélé. »
Après avoir lu le message, je reporte mon attention sur la stèle devant moi. Au centre de cette dernière se trouve un petit renfoncement qui comporte quatre cavités : une cylindrique et trois plus petites ressemblant à des trous de serrure. Je place alors la clé dans la serrure dont la couleur du contour correspond à celle de la clé. Lorsque je tourne cette dernière, j'entends un léger clic indiquant qu'un mécanisme s'est activé. Ce qui veut dire que c'est probablement bien la marche à suivre.
_ Voilà une bonne chose de faite, en avant pour la suivante. Me dit Aron en m'attrapant par le bras pour m'entrainer avec lui.
Nous descendons les marches et nous approchons des visages incrustés dans la roche. Ils sont tous différents les uns des autres mais on retrouve quand même un élément en commun. Chacun d'entre eux a une ouverture béante au niveau de la bouche. Je pense qu'il n'y a pas de doute à avoir, la seconde partie du message fait très certainement allusion à ces sculptures. La clé doit donc être dans la gueule de l'un de ces visages de pierre, reste à savoir lequel.
_ Bien, d'après le parchemin, l'un des visages contient la clé. Par contre on ne sait pas ce qu'il en est des autres. Fait remarquer Aron.
_ Pas besoin de se creuser la tête capitaine. Au dessus de celui-là, il y a écrit richesse, c'est forcément là.
Sans attendre la confirmation d'Aron, le jeune chasseur de trésor plonge sa main dans le trou sans montrer la moindre crainte. Il ne devrait pas se précipiter comme ça, ça m'étonnerait que la solution soit aussi simple que ça. Qu'est-ce qu'il croit, que les gens qui ont caché le trésor vont lui écrire sur un panneau « vient c'est par ici » ? Enfin bon de toute façon, ce n'est pas comme si je me préoccupais de ce qui pouvait lui arriver. On se demandait ce qu'il pouvait y avoir dans les autres bouches alors au moins comme ça on sera fixés une fois pour toutes. Le jeune homme trifouille à l'intérieur de la cavité pendant quelques secondes, disant qu'il sent quelque chose du bout des doigts. Mais soudain, alors qu'il s'apprêtait à saisir la chose qui se trouve au fond de la cavité, il se met à hurler de douleur. Il ressort aussitôt sa main du creux ou plutôt son bras car en ce qui concerne la main, elle a l'air d'être restée dans le mur. En voyant la coupure nette au niveau de son poignet, je suis prise de violentes nausées et parviens de justesse à me retenir de vomir. Qui aurait pu croire qu'il y avait un tel piège à cet endroit ? Quelle horreur. Les gardiens ne rigolent vraiment pas quand il s'agit de protéger leur bien. En tout cas voir ça réprime toute envie de mettre sa main là dedans au hasard. Une grande partie des acolytes d'Aron se précipite vers le malheureux afin de le maîtriser tandis que leur médecin de bord lui prodigue les premiers soins et contient l'hémorragie grâce à un garrot. Une fois la situation de crise passée, Aron pousse un soupir et se retourne vers nous.
_ Bon, changement de plan. Toi tu seras le prochain à tenter ta chance. Dit Aron à Karma.
_ Quoi ? Pourquoi lui ? Tu n'as qu'à demander à tes larbins Aron, ils sont là pour ça non ?
_ J'ai besoin d'hommes entiers dans mon équipage, pas de manchots incapables de tenir un trésor dans leurs mains. Je préfère donc que ce soit l'un d'entre vous.
_ J'ai pas l'intention de me faire couper une main pour te faire plaisir espèce de cinglé. Lui répond Karma d'un ton tranchant.
_ Alors vous n'avez qu'à trouver la solution de l'énigme du premier coup.
_ Dans ce cas, laisse nous regarder tous les visages avant de prendre une décision.
_ Allez-y faites comme bon vous semble. Admirez-les autant que vous le voulez. Mais ne te fais pas de faux espoirs, tu n'y couperas pas, sans vouloir faire de mauvais jeu de mot.
Après avoir obtenu l'accord d'Aron, nous commençons tous deux notre tour pour voir l'intégralité des visages de pierre. Au dessus de chacun d'entre eux, il y a un mot inscrit dans le mur, c'est probablement à partir de ces derniers que nous devons faire notre choix. Une fois notre observation terminée, nous nous concertons entre nous afin de nous mettre d'accord, avec Aron à nos côtés qui compte bien nous surveiller pour s'assurer que nous ne complotons pas contre lui. Après plusieurs minutes de discussion nous portons notre choix sur la figure située directement à gauche de l'escalier qui mène à la plateforme. Comme Karma l'a remarqué, tous les mots inscrits correspondent à des choses que convoitent les hommes : « Richesse », « Pouvoir », « Connaissance », « Omniscience », « Luxe », autant d'objectifs que la plupart des gens cherchent à obtenir. Mais il y en a un qui sort du lot. Un seul de ces mots correspond à l'un des attributs de Shar, un domaine qu'elle affectionnerait donc particulièrement. C'est à dire la connaissance. Et c'est ce mot qui est inscrit au dessus du visage à gauche de l'escalier. Après qu'on lui ait délié les mains, Karma s'approche du mur, prend une profonde inspiration puis prend son courage à deux mains et plonge la sienne dans le trou face à lui. Il tâtonne plusieurs secondes puis ressort finalement son bras intact en tenant une clé de couleur bordeaux entre ses doigts. En voyant sa main indemne, j'éprouve un tel soulagement que mes jambes manquent de me lâcher. Aron invite alors Karma à introduire la clé dans la stèle pour le « récompenser » pour sa participation. Karma se rend donc au niveau de la stèle et y place la clé ce qui provoque un deuxième clic. Une fois sa tâche accomplie, les sous-fifres d'Aron se chargent de lui lier de nouveau les mains pour ne pas prendre le moindre risque. C'est sûr que ça pressait à ce point, le laisser en liberté quelques minutes de plus allait vraiment mettre leur groupe de trente personnes en grand danger. Franchement, ils ont vraiment évité la catastrophe de peu.
_ Bon, il n'en reste plus qu'une. Fait remarquer Aron.
Il se retourne alors vers la peinture qui recouvre le mur du fond. Cette dernière semble représenter l'île sur laquelle nous nous trouvons. Tout autour de l'île, il y a plusieurs personnages dessinés en position debout, accroupie ou prosternée et qui sont tous tournés vers une grande silhouette de femme à la fois mystérieuse et majestueuse. Au dessus d'elle sont illustrés côte à côte un soleil et un croissant de lune, tous deux entourés de cinq petites étoiles.
_ La troisième a une âme plus esthète… L'indice fait très certainement référence à cette peinture. La femme au milieu de la fresque doit probablement être Shar, après tout c'est elle qui est mise à l'honneur dans cette grotte. Et Shar est connue sous le nom de maitresse de la nuit. Et la représentation commune de la nuit, c'est le croissant de lune accompagné des étoiles. Raisonne-t-il à voix haute.
Il pose alors ses doigts sur la lune et les étoiles qui s'enfoncent alors légèrement lorsqu'il appuie dessus. Une petite niche se révèle soudain dans le mur, et au sein de laquelle est posée une clé de couleur orangée. Je dois bien reconnaître que je suis impressionnée, malgré tous ses défauts, je suis bien forcée d'admettre qu'il a la chasse au trésor dans le sang. Lui non plus n'a rien perdu de ses talents, bien au contraire, il a l'esprit encore plus affuté et vif qu'à l'époque. J'ai tendance à l'oublier mais sous ses airs de bourrin et d'homme sans cœur, il reste un chasseur de trésor hors pair, il est vraiment fait pour ça. Un grand sourire se forme sur son visage tandis qu'il attrape la clé dans la logette. Il se dirige ensuite vers la stèle où il place la clé dans la dernière serrure, celle de couleur orange. En tournant la clé, un troisième clic se fait entendre puis la stèle commence à vibrer tandis qu'un mécanisme se met en place. Le bloc de pierre se décale alors lentement vers la droite, mettant ainsi au jour un escaler peu pentu qui s'enfonce dans le sol et qui semble se terminer quelques mètres plus loin à peine. Au bout de ce passage doit probablement se trouver le trésor de Shar, celui que je cherche depuis si longtemps.
