Bonsoir à tous ! Voici le neuvième chapitre :3 j'espère qu'il vous plaira, n'hésitez pas à laisser une review 3


Chapitre IX : La Grande Dame d'Yggalë.

Il était peut-être midi, il était peut-être minuit, Hinata ne saurait dire. Tout était distant, lointain. Elle était assise à sa table depuis ce qui lui semblait une courte éternité, ses yeux perdus dans le lointain, transperçant le mur fade pour revoir la splendeur de Perleforêt ainsi que les jours heureux passés sous le soleil. Elle pouvait presque entendre le rire de Neiji. Malheureusement, même les souvenirs de son bien-aimé cousin ne purent la sortir de la torpeur et Hinata s'observa fixer avec des yeux si vides qu'ils en étaient effrayants quiconque passait les portes de sa chambre.

Les premières furent Hamya et Hanika, les yeux rougis par les larmes et la voix brisée par le chagrin. Elles avaient tenté de la consoler, de l'amener à parler ou ne serait-ce qu'à prendre un bain, mais Hinata se vit les regarder sans prononcer le moindre mot ou se mouvoir. Ses cousines l'avaient guidée jusqu'à la salle d'eau et l'avaient lavée délicatement, la séchant et l'habillant sans dire un mot, respectant son silence. Depuis lors, elles s'occupaient personnellement d'elle, prenant la place des domestiques et s'assurant qu'elle mangeait.

Combien de temps était passé ? Hinata n'en savait rien elle ne ressentait rien. Son cœur s'était éteint tel une bougie, et elle se sentait aussi vide qu'une poupée de porcelaine que le moindre coup de vent briserait en mille morceaux. Elle essaya de se rappeler combien de bains on l'avait fait prendre, combien de repas on lui avait apporté, mais c'était peine perdue. Son esprit ne s'y était pas intéressée, et elle ne se sentait pas plus vivante que les automates à ressorts qu'un marchand lui avait autrefois montrés.

L'Hokage la visita, posant un genou à terre devant elle et lui présentant ses excuses, jurant qu'il n'échouerait pas à nouveau. Elle ne prononça pas un mot, se contentant de regarder le vieil homme devant elle. C'était étrange. Il ne semblait plus si dangereux, tout d'un coup, comme si sa force s'était envolée. Ou peut-être n'en avait-elle tout simplement plus cure. Sa douleur lui aurait-elle volé son esprit ? Elle se rendit compte que cela ne lui importait pas. Tout était si lointain, si flou qu'elle avait perdu sa voix et sa flamme. Elle se sentait comme extérieure au monde, une simple observatrice de ce qui se déroulait sur la terre des hommes qui n'y trouvait pas plus d'intérêt que les chevaliers dans la broderie.

Lorsque l'Hokage partit, elle ne bougea pas et se contenta de fixer l'endroit où il avait posé son genou. Elle resta immobile, semblable à une poupée, pendant une période qu'elle ne saurait décrire. Elle avait l'impression que quelque chose ou quelqu'un pourrait survenir à n'importe quel instant tandis que le temps lui-même semblait à la fois étiré et écrasé. Quelle étrange sensation. Elle leva une main et bougea ses doigts, observant le mouvement de ses membres. Son corps dépendait de son esprit mais son esprit était brisé cela signifiait-il que son corps n'était qu'une épée sans propriétaire, condamné à être mû par le premier venu ? Ce serait tragique. Peut-être écrirait-on une chanson sur elle, l'Yggalënne ayant perdu l'esprit.

La porte s'ouvrit à nouveau, et Hamya annonça quelqu'un, mais Hinata n'y prêta pas attention. On entra dans son champ de vision et elle jeta instinctivement un coup d'œil à l'arrivant. Il s'agissait du prince Gaara. Une éternité plus tôt, sa vision l'aurait mise en joie et sa voix l'aurait enchantée. Aujourd'hui, si son estomac fit un étrange tour dans son ventre, elle ne s'inclina pas, ne se cacha pas derrière ses politesses. Il pouvait être furieux ou offensé s'il le désirait cela ne l'intéressait pas le moins du monde.

– Mademoiselle Hinata, vous m'entendez, n'est-ce pas ? dit-il sa voix était inquiète.

Elle tourna les yeux vers lui et abaissa sa main. Du coin de l'œil, elle vit ses cousines échanger un regard et quitter la pièce, la laissant seule avec le prince. Il avait les bras croisés sur son torse, et ses mains étaient contractées sur ses biceps. Elle l'observa attendre pour une réponse avant de réaliser qu'elle n'avait aucune intention de prononcer le moindre mot. Ses yeux s'attristèrent et il approcha doucement une main des siennes, hésitant. Finalement, il prit la main de la demoiselle dans la sienne et la serra légèrement. Elle sentit ses yeux légèrement s'écarquiller à ce geste soudain et le prince la regarda dans ses yeux.

– Je ne suis pas habitué à m'attacher aux gens… Pourtant, vous voir souffrir ainsi fait saigner mon cœur et me garde éveillé toute la nuit votre chagrin me hante, et j'aimerais vous savoir souriante et bien portante. Comment puis-je vous soulager ?

Hinata cligna des yeux quelques fois, puis se mordit la lèvre. Elle avait l'impression de lentement regagner son corps au rythme de ses mots. Comme si sa voix avait quelque effet mystérieux sur elle. Elle se demanda distraitement s'il volait la place de Neiji dans son cœur, mais elle réalisa que cette pensée était erronée ; il se forgeait une place à côté de son cousin, différente mais presque aussi importante. Son esprit vagabonda jusqu'au soir de leur rencontre et les mots qu'ils avaient échangés elle s'était attachée si vite. Son cœur était-il si grand que le jeune mage s'y était aisément installé ?

Un mage… Son père n'aurait jamais approuvé qu'elle s'y fût attaché. Elle ne lui avait jamais reparlé de ce sujet et elle avait toujours honni cet aspect de lui. Elle avait imaginé mille et un discours à tenir pour le convaincre du bien-fondé de sa pensée, de la vérité de son opinion. Néanmoins, elle ne l'avait jamais fait. Elle n'avait jamais pu pardonner les massacres qu'il avait commis, les massacres qui faisaient de lui un monstre méritant d'être tourmenté par Celui de la Rage en personne. Elle ne devrait être peinée d'un homme tel que lui elle devrait célébrer la mort d'un meurtrier. Pourtant, son cœur s'en était montré incapable, et elle ne pouvait comprendre pourquoi.

– Je ne souviens pas des dernières paroles qu'il m'a adressées…

Sa voix était rauque et son ton monotone, si différent de son habituel ton chantant. Combien de temps était-elle restée muette ? Son ventre se tordit violemment et elle serra instinctivement une main dessus alors que sa gorge se serrait. Tout semblait revenir d'un coup. Les émotions, les sentiments, les sens. Ils tournoyaient dans son esprit comme les vents hurlants de Celui de l'Air. Les mots commencèrent à lui échapper et elle confessa ses sentiments tourmentés alors que des larmes sillonnaient ses joues.

– Je ne lui parlais plus réellement depuis la naissance d'Hanabi. Ce jour-là, j'ai découvert qu'il abhorrait les mages et qu'ils sont chassés comme du gibier dans mon royaume. J'étais furieuse, je me suis jurée de ne jamais pardonner le sang innocent sur ses mains. Je me souviens même avoir souhaité que Celui de la Rage l'emportât. Je ne lui ai jamais dit, j'ai porté ce mépris toutes ces années. Malgré tout ce qu'il a fait, la douleur ne veut pas quitter mon cœur. Je ne devrais pleurer un meurtrier comme lui et pourtant…

– Il était votre père et vous aimait plus que tout, intervint le prince d'une voix douce qu'elle ne lui connaissait pas. Je comprends votre confusion. Si vous désirez une oreille pour vous écouter, je suis à votre service.

– Comment pouvez-vous la comprendre ? Avez-vous déjà ressenti pareille chose ? répondit-elle en soutenant son regard.

– Tous les jours. Ma relation avec Celui de la Rage n'est pas aussi simple que certains semblent le penser. Mais peu importe mes sentiments ne sont d'aucune importance, aujourd'hui. Seuls les vôtres le sont.

Si cela avait été n'importe quel autre jour, Hinata aurait insisté pour partager son fardeau. Aujourd'hui, cependant, elle en était incapable. Son cœur battait la chamade, menaçant presque de briser ses côtes pour s'échapper de sa poitrine, et elle laissa libre court à son chagrin. La force de résister l'avait épuisée, et elle se sentait vidée, comme si toute l'énergie de son corps avait été emportée par le vent. S'écroulant dans les bras du prince, elle fondit les larmes, son corps entier secoué de sanglots.

Hinata pouvait sentir les battements de son cœur dans sa tête, frappant sur ses tempes tel un marteau que l'on abat sur une enclume. Son corps était douloureux à force d'être secoué par les interminables sanglots, mais elle sentait son esprit s'alléger et récupérer, chaque larme versée un poids en moins sur son âme. Le prince la serrait contre lui, soutenant son corps épuisé de ses bras chauds, et elle y resta lovée bien après que les larmes eurent cessé de couler. Elle s'y sentait aussi bien que lorsqu'elle était enlacée par Neiji. La sensation était différente, mais tout aussi agréable.

Lorsqu'elle se sépara lentement de lui, elle remarqua que les joues du prince étaient aussi rouges que le soleil couchant et elle posa ses mains sur son visage, sentant également une agréable brûlure. Il saisit quelque chose dans son manteau avant de prendre délicatement une de ses mains et d'y déposer l'objet. Hinata baissa les yeux et vit une chaine à laquelle était suspendue un étrange médaillon translucide en forme de flacon dans laquelle elle distingua une sorte de brume noire. La petite fiole était fine, et le bout légèrement en pointe.

– J'ai fait faire ceci pour vous. Le flacon contient une partie de mon ombre. Si vous rencontrez un jour un péril trop grand, brisez-la. Je ferais tout mon possible pour vous porter secours, dit-il.

Elle releva aussitôt les yeux vers lui, abasourdie par un tel geste.

– M-Mon prince… Vous n'auriez pas dû, je ne mérite pas un tel présent… balbutia-t-elle, prise de court.

– Vous m'avez sauvé lorsque personne d'autre n'aurait osé m'approcher. Vous m'avez offert votre amitié, votre sourire, vous êtes restée malgré la bête qui sommeille en moi. Ceci est un faible présent en échange…

Hinata sentit son cœur s'emballer à nouveau, mais le deuil n'en était pas la cause. Les joues aussi brûlantes que les fournaises de Celle des Brasiers, elle se dressa sur la pointe des pieds et déposa un baiser sur la joue du prince. Alors qu'elle reposait ses talons, elle vit qu'il avait écarquillé les yeux et elle ne put s'empêcher de pouffer. Il sourit légèrement en l'entendant, et elle décida qu'elle se devait de lui faire un cadeau à son tour. Elle devait simplement trouver un présent qui conviendrait.

– Vous êtes trop bon… Vous avez séché mes larmes, vous m'offrez un médaillon enchanté par vos soins… Je ne pourrais jamais vous rendre la pareille, mon prince.

– Gaara, mademoiselle. Mon prénom est Gaara. Je vous en prie, utilisez-le au lieu de mon titre, personne ne m'appelle jamais ainsi sans mépris ou crainte. J'aimerais l'entendre de votre voix.

– En ce cas, vous devez m'appeler Hinata, Gaara, répondit-elle en prenant ses mains dans les siennes.

– Vous m'honorez, Hinata, dit-il en regardant leurs mains jointes.

– Nous nous honorons l'un l'autre, alors, dit-elle doucement.

Leurs yeux se croisèrent et Hinata eut l'impression de se noyer dans ses splendides orbes aigue-marine. Sa peau brûlait agréablement là où leurs mains se joignaient, une douce chaleur semblable à celle attisant ses joues. Elle se mordilla la lèvre puis, mue par des émotions et sentiments qu'elle n'avait jamais éprouvés, se rapprocha de Gaara. Il baissa la tête vers elle et ils restèrent dans cette position pleine d'hésitation pour ce qui sembla être une éternité à Hinata. Finalement, lassée d'attendre et mue par son instinct, elle se dressa sur la pointe des pieds et pressa maladroitement ses lèvres contre celle du prince aux cheveux enflammés.

Il resta immobile un court instant puis pressa ses lèvres en retour. Ils étaient maladroits, et la sensation était étrange et objectivement peu plaisante, mais Hinata avait l'impression de s'envoler. Le vent semblait courir sur sa peau et danser dans ses cheveux. Le soleil brillait dans son cœur, l'illuminant tout entière. S'écarter de lui fut comme s'arrêter de courir aussi vite qu'elle le pouvait, et l'euphorie la quitta presque aussi vite qu'elle l'avait envahie. Elle relâcha vivement ses mains et baissa les yeux, les joues brûlantes.

Mais Gaara reprit une de ses mains et elle le regarda à nouveau. Il rougissait autant si ce n'était plus qu'elle. Il déglutit et observa la main qu'il avait prise, comme s'il avait agi uniquement par instinct. Après un court instant, il lui fit un baisemain qui dura quelques secondes plus que la coutume le demandait puis se redressa.

– Hinata, je devrais vous laisser vous reposer, n'hésitez pas à venir me trouver si vous avez besoin de quoi que ce soit.

Puis il était parti.


Hinata se laissa tomber sur le sofa de sa chambre et toucha ses lèvres, ne faisant que peu attention à Hamya et Hanika lorsqu'elles revinrent dans sa chambre. Ses cousines s'approchèrent à pas feutrés, visiblement apeurées à l'idée de la déranger. Hinata sentit son cœur se serrer avait-elle si mal traité ses cousines ? Elle se devait de s'excuser dignement. Elles l'avaient lavée et nourrie pendant tout ce temps, et elle était restée de marbre face à leur douleur. Elle avait été si égocentrique !

– Hamya, Hanika, je suis désolée, dit-elle en s'inclinant devant elles. J'ai été indigne de votre attention et de votre amour, j'espère que vous pourrez un jour me pardonner mon insensibilité.

– Mademoiselle, ne vous excusez pas ! répondit vivement Hanika en se précipitant à ses côtés. Nous vous aimons, et jamais nous ne vous blâmerions pour être peinée ainsi ! Si vous saviez quel bonheur entendre votre voix nous apporte.

Hinata prit les mains de sa cousine aînée et les serra tendrement.

– En ce cas, je ne me tairai plus de la sorte, promit-elle.

Elle ne pouvait s'autoriser à être ravagée par la douleur et la confusion de la sorte une nouvelle fois. Son père était aux Champs d'Or auprès de Celui du Pouvoir, avec les Daimyōs et les seigneurs qui avaient marché sur cette terre avant lui, et elle le rejoindrait un jour. Ce n'était pas un adieu, mais un revoir. Elle était à présent la Grande Dame d'Yggalë, la cheffe de son clan. Elle devait aussi forte que sa noble mère, qui n'avait jamais pleuré l'absence de son père.

– J'ignore ce que le prince a dit pour vous rendre votre sourire, mais je lui serai éternellement reconnaissante, déclara Hamya en s'asseyant à ses côtés.

A la pensée de Gaara, Hinata sentit ses joues brûler alors qu'elle repensait au court baiser qu'ils avaient échangé, et qu'elle avait elle-même initié ! C'était si embarrassant une fois l'euphorie retombée. Elle posa ses mains sur ses joues, tentant de taire les flammes qui les rougissaient. Néanmoins, c'était peine perdue et les yeux de Hamya s'illuminèrent.

– Oh, je crois parfaitement savoir ce qui s'est passé, s'amusa-t-elle.

– Hamya, n'embarrasse pas mademoiselle Hinata de la sorte ! Ce qui s'est déroulé entre elle et le prince est privé, et nous devrions être reconnaissantes qu'elle aille mieux, la disputa Hanika. Ne l'écoutez pas, mademoiselle.

– Est-ce que cela fait de moi une horrible personne ? D'avoir éprouvé une euphorie pareille après… après ce qui s'est passé, demanda-t-elle.

– Non, répondit fermement Hamya. Personne ne peut vous blâmer car vous trouvez l'amour ou souriez. Si la Mère de Tous a rappelé le seigneur Hiashi, elle avait une raison, et nous ne pouvons nous flageller pour se remettre de son départ.

Hanika soupira, prit les mains d'Hinata et plongea ses yeux dans les siens.

– C'était terriblement formulé, mais Hamya a raison, mademoiselle. Vous êtes parfaitement en droit de trouver le bonheur et d'en profiter votre père ne voudrait pas vous voir pleurer ou souffrir. Il vous observe sans aucun doute, et je suis sûre qu'il est plus que ravi de voir que vous avez un soupirant aussi noble que le prince, qui de plus a déjà prouvé sa valeur en vous sauvant ! Vous êtes la Neigenée, venue à nous en un jour exceptionnel. Vous êtes destinée à réaliser des exploits !

Hinata se mordit la lèvre. Son père serait surement furieux de la voir s'attacher à un mage – surtout l'hôte de Celui de la Rage ! – mais Hanika avait raison. Elle avait le droit d'être heureuse. Après tout, ses grands-parents étaient décédés depuis longtemps, et ses parents avaient été heureux. Pourquoi ne pourrait-elle pas s'autoriser quelques instants de joie ? Devait-elle se condamner à une vie de malheur et de deuil ? Elle se leva, déterminée. Elle ne pleurerait plus la mort mais célébrerait la vie telle était la voie Yggalënne.

– Vous avez raison je ne peux me punir pour apprécier la vie. Je porterai toujours la perte de mon père, mais je ne la laisserai plus contrôler mon esprit. Nous devons organiser notre retour à Konoha et les funérailles. Pouvez-vous faire venir le seigneur Jiraiya, s'il-vous-plaît ? J'aimerais discuter avec lui de la suite des événements.

Hinata se félicita intérieurement de son ton ferme et fier. Elle avait parlé dignement, de la façon dont on attendait une Grande Dame de parler. Elle ne pouvait plus s'autoriser à être une enfant. Elle était une dame de treize ans, bientôt quatorze, il était grand temps qu'elle s'assagît.

– A vos ordres, ma dame, répondit Hanika en souriant fièrement.


L'Hokage la rejoignit quelques secondes plus tard, vêtu d'une tenue de deuil selon Hanika, le vieil homme gardait sa porte jour et nuit depuis l'attaque et s'il devait quitter son poste pour une raison quelconque, ne partait pas plus d'une dizaine de minutes. Hinata invita Jiraiya à s'assoir avec elle sur la terrasse tandis que ses cousines se plaçaient derrière elle pour lui apporter leur soutien.

– Mademoiselle Hinata, permettez-moi de vous témoigner mon soulagement. Vous semblez bien mieux portante que lorsque je vous ai visitée hier, dit-il.

– Je vous remercie de votre attention, monseigneur. Mon esprit était accablé par la douleur, mais des heures de prières m'ont permis de retrouver mes forces.

Le mensonge lui était venu si aisément qu'Hinata en fut elle-même surprise. Elle honnissait habituellement les affabulations, mais elle ne pouvait lui dire la vérité. Son père lui avait dit une fois que Konoha était une ville de vautours, et elle avait pu elle-même le constater. Si elle ne mentait que pour protéger les siens et assurer sa survie, les dieux la pardonneraient surement. Si ce n'était point le cas, elle accepterait la sentence qu'ils jugeraient adaptée à ses fautes.

– Vous m'en voyez ravi. Comment puis-je vous aider ?

– J'aimerais savoir quand nous quitterons le Royaume du Vent. Mon père doit recevoir des funérailles dignes de son rang, et ses os doivent être rendus à Perleforêt afin de reposer avec ses ancêtres.

– Son Altesse insistera surement pour enterrer votre noble père auprès des autres Daimyōs, mademoiselle, répondit l'Hokage.

Hinata déglutit et posa ses mains sur ses cuisses. Les Yggalëns tiraient leur force de la forêt et à leur mort, ils retournaient à la forêt. Si elle ne voulait pas célébrer les actions de son père et l'élever en héros, elle ne pouvait pas publiquement le faire tant qu'elle n'avait pas assis son autorité. Elle espérait seulement que les dieux la pardonneraient.

– Je comprends mon père aurait été le plus grand Daimyō que le Royaume de Feu aurait connu et il est normal qu'il reposât avec les autres monarques de notre terre. Néanmoins, mon clan accorde une grande importance aux sépultures de ses membres, et je crains devoir insister. Le mot final reviendra bien sûr à Sa Majesté mais je ne doute pas qu'il sera ouï aux traditions Hyūga, répondit-elle d'un ton aussi doux qu'une brise.

– Bien entendu, mademoiselle, je ne doute pas que les Hyūga soient moins attachés à leurs défunts que les autres clans. Je suis certain que Son Altesse sera mû par vos mots sincères, dit l'homme et Hinata se sentit rougir furieusement il se moquait d'elle. Peut-être serais-je plus à discuter de notre retour à Konoha ? Je ne puis trancher pour Son Altesse, après tout.

– Evidemment, monseigneur. Il serait présomptueux de notre part de parler au nom de Sa Majesté, dit-elle, et il hocha la tête.

– Je pensais partir lorsque vous seriez rétablie, et si vous le désirez, je peux faire préparer notre retour pour demain, proposa-t-il. La Daimyō de l'Eau offrait de quitter Suna avec nous pour que nous puissions profiter de son soutien jusqu'à Konoha. Elle semblait prête à nous accommoder quant au jour du départ.

– Ce serait parfait, monseigneur. Faîtes savoir à Sa Majesté Mei que je le suis éternellement reconnaissante pour son aide et que je serais honorée de voyager en sa compagnie, s'il-vous-plaît, répondit Hinata.

– Bien sûr, mademoiselle. Je vais vous laisser vous reposer à présent, je ne doute pas que vous êtes épuisée, malgré votre rétablissement.

– Je vous remercie, monseigneur. Mon corps est terriblement las, et le sommeil m'appelle.

L'Hokage partit et Hinata serra les poings et les mâchoires. Mademoiselle. Il l'avait constamment appelée « mademoiselle » et non « ma dame ». Elle était Grande Dame d'Yggalë, à présent, il devait la traiter de la sorte et non comme une simple enfant. Elle avait le même pouvoir que dame Kushina Uzumaki de Laguloé, le seigneur Fugaku Uchiha de Pràyol et le seigneur Asuma Sarutobi de Qiyén ! Son âge n'importait pas. Après tout, son propre père était devenu seigneur à l'âge de quinze ans, et elle ne doutait pas qu'il n'avait jamais été appelé « jeune seigneur » au lieu de « monseigneur ». Pourquoi devait-on lui faire cet affront ? Elle inspira profondément. Il n'était pas dans sa nature de s'énerver de la sorte, elle devait reprendre ses esprits.

– Il ne nous rendra jamais les os du seigneur Hiashi, n'est-ce pas ? demanda amèrement Hamya.

– Non, répondit Hanika. Je suis désolée, ma dame…

Hinata sentit quelques larmes rouler sur ces joues et ferma un instant les yeux, laissant son cœur s'exprimer. Si elle ne laisserait jamais ses sentiments être perçus par ceux qu'elle abhorrait, elle n'avait pas à se retenir devant Hamya et Hanika.

– Mère sera dévastée de l'apprendre… Ma pauvre mère… murmura-t-elle en s'appuyant à la rambarde de son balcon, les yeux perdus dans le lointain.

Ses cousines se placèrent à côté d'elle. Hamya tournait le dos aux steppes, les bras croisés sur sa poitrine et les mains serrées sur ses biceps tandis que Hanika avait les doigts noués dans son dos et le menton haut. Hinata sourit tendrement malgré les quelques larmes. Hamya et Hanika étaient parfois aussi différente que la lune et le soleil, souvent amusées par toutes les situations et avec une rhétorique rapide, mais elles étaient aussi loyales, férocement aimantes et plus braves qu'un chevalier. L'absence de Neiji était une plaie béante dans son cœur mais la présence de ses deux cousines était un baume qui apaisait la douleur.