Chapitre XI : La Dame et son chevalier.

Le bureau du Daimyō était une des pièces contenant le plus de livres que Neiji avait jamais vu, à l'exception bien sûr des bibliothèques. Les meubles étaient richement gravés et sertis d'or pour certains, mais Neiji n'y prêta pas une attention particulière. Hinata avait été appelée par le souverain du royaume, et il avait insisté pour l'accompagner. Ils s'inclinèrent devant le vieux monarque, et Hinata s'installa sur un siège en face du seigneur tandis qu'il restait derrière elle. Neiji jeta un coup d'œil à l'Hokage qui se tenait derrière le Daimyō avant de reporter toute son attention sur Hinata sa cousine posa délicatement ses mains sur ses cuisses et força à se tenir le plus gracieusement et noblement possible.

Neiji déglutit et ses mâchoires se serrèrent. Il haïssait la voir ainsi. Hinata était une mauvaise menteuse car elle aimait trop les Neuf et la Mère de Tous pour leur désobéir. Mais à présent, elle devait concilier son amour avec le besoin de mentir les autres pour se défendre face aux seigneurs qui voudraient la manipuler. Neiji n'avait qu'un désir, débarrasser les Hyūga, Yggalë et avant tout d'Hinata de tous leurs ennemis.

– Mademoiselle Hinata, permettez-moi d'abord de vous présenter mes plus sincères condoléances. Votre noble père ne méritait pas un tel sort, et tout le royaume le pleurera comme il se doit.

La voix du Daimyō était aussi impersonnelle qu'à l'accoutumée et ramena l'écuyer à la réalité. Neiji détestait le Daimyō. Le vieil homme regardait les membres de son clan comme s'ils étaient des barbares venus de par-delà la Mer Sauvage et non les membres d'un des Quatre Grands Clans du Royaume du Feu.

– Je vous remercie, Votre Altesse. Je suis sûre qu'il repose dans les jardins de Celui du Pouvoir et veille sur nous tous comme il l'aurait fait de son vivant, répondit sa cousine.

– Vous parlez justement. Cependant, malgré notre chagrin, je dois discuter avec vous d'un sujet plus que sérieux.

– Je suis à votre service, Votre Altesse, dit Hinata en inclinant légèrement la tête, et Neiji se retint de faire un pas en sa direction.

– Il s'agit de la ligne de succession par rapport au trône. Puisque la cérémonie faisant de votre père le nouveau prince héritier n'a jamais eu lieu, ce rôle devrait naturellement vous incomber en tant que nouvelle cheffe du clan Hyūga, dit-il avant de faire une légère pause. Néanmoins, je ne peux imposer une telle tâche à une enfant qui vient de perdre de son père, ce serait cruel de ma part. Si vous aviez été un garçon, j'aurais pu le considérer, mais les femmes sont trop soumises au chagrin, les Yggalënnes encore plus... Je ne peux décemment pas vous arracher à votre deuil de la sorte.

Neiji sentit ses yeux s'écarquiller sous la rage. Comment osait cet homme insulter sa cousine de la sorte ? Il arracherait ses yeux incapables de voir plus loin que la couleur de la peau, il trancherait sa langue ne disant que des monstruosités, il le jetterait en personne du haut de son trône ! Ses poings se serrèrent, et Neiji dut mordre l'intérieur de sa joue pour ne pas hurler de rage. Juste devant lui, Hinata avait légèrement frissonné, mais elle se contenta d'incliner sa tête.

– Je vous serai éternellement reconnaissante de votre clémence, Votre Altesse, mais je ne suis point sotte. J'aimerais converser franchement avec vous, si cela vous plaît, dit-elle, et Neiji pouvait entendre son sourire doux.

Le Daimyō sembla d'abord surpris puis eut un sourire amusé. Il croisa ses mains et étudia Hinata en silence. Il observa Neiji également, et l'écuyer planta son regard dans celui du monarque. Il ne s'inclinerait pas devant lui. Cela sembla amuser le vieil homme puisqu'il sourit légèrement avant de reporter son attention sur sa cousine.

– Jiraiya m'a prévenue que vous et vos cousines êtes plus malignes que vous le semblez. J'aurais dû m'en douter, venant d'Yggalënnes arborant un serpent comme blason, s'amusa-t-il. Si vous le désirez, je serai honnête. Le contraire me demanderait de faire semblant de partager votre peine je crains que je m'en lasserai rapidement. Mentir est fastidieux.

– Je ne peux que l'imaginer, Votre Altesse.

Cela sembla l'amuser, car il ricana légèrement. Neiji inspira profondément. Il devait rester calme.

– Vous ne serez jamais Daimyō, mais j'imagine que vos cousines vous l'avez déjà dit. La raison est simple aucune femme ne montera sur ce trône si je peux l'en empêcher. Votre nature est aussi imprévisible que la mer, et une guerre serait trop aisément déclenchée. Kushina Uzumaki, malgré son intellect respectable pour une femme, n'avait aucune chance d'être Daimyō alors une Yggalënne ! Non, impossible. Vos mœurs sont trop différentes, trop étrangères au Royaume de Feu pour que je vous laisse vous assoir sur ce trône. Votre région n'est pas des nôtres depuis assez longtemps. Choisir votre père était la chose la plus ardue que j'ai pu faire de ma vie.

Neiji avait l'impression d'avoir avalé une pierre qui pesait à présent sur son estomac. Comment cet homme pouvait prononcer et croire de telles atrocités ? Paralysé par l'horreur, il ne réagit pas lorsque le monarque continua son discours. Il pouvait entendre les battements effrénés de son propre cœur contre ses côtes et ses tempes, si puissants qu'il crut un instant que l'organe allait briser ses os et quitter son corps.

– Bien sûr, cela ne peut être la raison officielle. Une nouvelle sélection aura lieu car, rongée par le deuil, vous ne pouvez devenir princesse héritière si tôt. Vous y participerez officiellement mais ne vous méprenez pas, je ne vous choisirai pas. Si vous refusez de vous plier à cette mascarade et bien… Jiraiya rendra une visite à votre clan. Ce serait fâcheux, n'êtes-vous pas d'accord ?

– Tout à fait d'accord, Votre Altesse, répondit Hinata. Puis-je disposer ?

– Bien sûr.

Hinata se leva, s'inclina, et se tourna vers Neiji qui lui offrit instinctivement son bras. Le choc quittait peu à peu son corps pour être remplacé par une nouvelle émotion. La rage. Une rage si puissante, si sauvage, si incontrôlable qu'il sentait son corps tremblait sous son intensité. Il voulait courir avec le vent et s'enfuir de ces lieux maudits et honnis. Mais il se retint et guida sa cousine hors de la pièce. Elle offrit des sourires tendres et des mots polis à ceux qu'ils croisèrent en regagnant ses appartements. Néanmoins, cela changea dès que Neiji eut refermé les portes derrière eux.

Elle marcha droit jusqu'à son balcon et ouvrit les portes de verre d'un coup brutal et s'arrêta sous le soleil, tremblante, dos à lui. Neiji la suivit et enlaça sa forme tremblante. Elle mit ses petites mains gracieuses sur ses bras et appuya son dos contre son torse. Neiji resserra légèrement sa prise elle n'était pas seule face à cette capitale maudite.

– Qu'ils soient tous maudits, murmura-t-elle soudainement. Aucun d'entre eux ne mérite l'amour des dieux…

– Peut-être Celui de la Rage, répondit-il dans l'espoir de l'amuser.

Néanmoins, à sa surprise, Hinata se détacha violemment de ses bras et fit volte-face, les yeux plissés et la mâchoire serrée, un doigt accusateur pointé vers lui tandis que son autre main reposait sur ses hanches.

– Ne dis pas de choses pareilles. Celui de la Rage n'aime pas les âmes corrompues, il les punit.

La dureté de sa voix surprit Neiji, et il s'approcha d'elle avant de prendre ses mains dans les siennes. Il vit dans ses yeux l'étincelle de la lutte mais elle disparut aussitôt, étouffée par une lassitude que Neiji ne lui connaissait pas.

– Je ne voulais pas te blesser, Hinata, seulement te distraire. Ne sois pas heurtée, je te prie.

– Oh, ne t'excuse pas, pitié, c'est de ma faute, répondit-elle d'une voix dont la tristesse était insondable. Je suis si irritée ces derniers temps, et les paroles du Daimyō sont comme une épée remuée dans mes plaies.

Neiji l'enlaça aussitôt. Sa pauvre cousine avait bien trop souffert pour qu'il lui en voulût pour quoi ce que soit. Il caressa ses cheveux ornés, et déposa un baiser sur le sommet de son crâne avant de la guider jusqu'à son lit.

– Repose-toi, lui dit-il. Tu viens d'arriver, et je ne peux qu'imaginer ton épuisement. Laisse-moi t'aider à dénouer tes tresses, ajouta-t-il après une courte pause.

Elle lui adressa un sourire tendre auquel Neiji répondit aussitôt. Qu'il était heureux de pouvoir à nouveau poser ses yeux sur le visage de sa chère cousine, d'entendre à nouveau sa voix, de sentir son parfum, de la tenir dans ses bras ! Il défit délicatement la coiffure d'Hinata et caressa ses longs cheveux détachés alors qu'elle s'endormait en quelques instants sous ses draps de satin.

Un sourire tendre naquit sur ses lèvres à la vue de son visage paisible, puis un long soupir lui échappa et il se releva. Il ne pardonnerait jamais non seulement à ceux ayant blessé Hinata, mais aussi à ceux l'ayant failli. Il songea à nouveau au récit de l'attaque dont elle avait été la victime. Hamya et Hanika n'avaient pas été présentes pour la protéger, et il serra les poings. Il s'agissait pourtant de leur devoir, et elles avaient failli.


Neiji rejoignit rapidement la chambre des cousines maternelles éloignées de Hinata, car tous les Hyūga logeaient dans la même tour et les dames de compagnie de sa cousine dormaient proches d'elle. Il pénétra dans leur chambre sans prendre la peine de frapper à la porte, et fut accueilli par un cri de surprise des deux sœurs.

– Neiji ! Où sont passé tes manières ? siffla Hanika.

– Je ne suis pas ici pour parler de mes manières mais de la mission que je vous avais confié avant votre départ. Protéger Hinata. Pourquoi étiez-vous absentes lorsqu'elle a été attaquée ? rétorqua-t-il en forçant sa voix à être aussi glaciale que possible.

Hanika écarquilla les yeux, clairement abasourdie, mais sa sœur ne fut pas aussi passive. Hamya marcha droit vers lui et se planta devant lui. Son regard rappela à Neiji celle qu'avait pris Hinata un peu plus tôt lorsque sa plaisanterie l'avait heurtée.

– Nous n'aurions rien pu faire pour la protéger, gronda-t-elle en croisant ses bras sur sa poitrine. Si tu veux évacuer ta colère, va donc te battre contre un quelconque mannequin d'entraînement.

– Vous avez failli ! s'écria-t-il en serrant les poings.

La rage tordait ses boyaux, faisait trembler son corps. Comment Hamya osait-elle lui répondre de la sorte après avoir échoué ?

– Et qu'étions-nous supposées faire ? Mourir inutilement ? Sans le prince Gaara, notre présence n'aurait rien changé !

– Peu m'importe ce prince ! Vous auriez dû être là ! Vous l'avez laissée seule !

– Seule ? s'insurgea Hanika. Comment oses-tu ! Ni Hamya ni moi ne sommes des chevaliers ! Nous avons failli mourir aussi, ce jour-là ! Et pourtant, nous avons veillé sans relâche sur Hinata lorsqu'elle était muette ! Nous l'avons lavée, habillée, couchée et nourrie ! Elle n'est pas la seule à avoir souffert, et il serait bon que tu t'en rappelles ! Je sais que tu l'aimes plus que tout en ce monde, mais ce n'est pas une raison pour nous oublier ! Nous sommes des Hyūga nous aussi, et nous subissons les mêmes regards, les mêmes insultes qu'elle ! Pire encore ! Sais-tu combien d'hommes ont voulu faire de nous des courtisanes ? Combien ont désiré nous posséder toutes deux la même nuit ? Hinata n'était pas seule, un prince l'a secourue ! A présent, quitte cette chambre ou je te la ferai quitter moi-même !

Neiji eut l'impression qu'une pierre était tombée au fond de son estomac. Comment avait-il pu négliger Hamya et Hanika de la sorte ? Comment avait-il pu ignorer leurs souffrances, leurs douleurs, leurs épreuves ? Elles étaient membres de son clan, des Hyūga d'Yggalë. Comment pouvait-il aspirer à devenir chevalier s'il ignorait les siens ? Comment avait-il osé les réprimander de la sorte alors qu'elles venaient de réchapper à une attaque ? Il mordit sa lèvre inférieure, et le gout métallique du sang envahit sa bouche. Il serra ses poings et s'inclina devant elles, les yeux fixés sur le sol.

– Je vous présente mes excuses, murmura-t-il. Jamais je n'aurais dû penser pareilles choses.

Il sentit Hanika s'approcher mais il ne releva pas les yeux. Il mordit sa lèvre plus fort, retenant des larmes de honte. Son estomac était tordu par une rage sans égale dirigée vers lui-même. Il ne méritait pas d'être un chevalier du clan Hyūga s'il se comportait de la sorte.

– C'est trop simple, gronda Hanika. Penses-tu que nous allons te pardonner de la sorte alors que tu ne vois qu'Hinata ? Tu es si aveugle ! s'écria-t-elle, et Neiji fut surpris d'entendre des sanglots dans la voix de la jeune femme.

Il releva instinctivement la tête pour voir des larmes dévaler les joues de Hanika. Ses yeux s'écarquillèrent et il tendit la main vers elle, mû par une force extérieure, mais elle la gifla avant de disparaître dans un courant d'air ne laissant derrière que l'odeur fugace de son parfum. Neiji fixa l'endroit où elle s'était tenue quelques instants plus tôt puis leva les yeux vers Hamya. Cette dernière le fixait froidement.

– Ma sœur t'aime, pauvre imbécile, siffla-t-elle et Neiji sentit son cœur rater un battement.

– Hanika m'aime… ? balbutia-t-il.

– Depuis des années. Tu ne l'as jamais remarqué, n'est-ce pas ? Comment aurais-tu pu, après tout ? Tout ce qui t'intéresse, c'est Hinata, cracha Hamya.

Neiji allait répondre lorsque le tintement de bijoux l'arrêta. Il se retourna et vit Hinata entrer dans la chambre, vêtue de vert et d'or, ses cheveux parfaitement noués et ornés. Elle était flanquée de Kō, qui se tenait quelques pas derrière elle. Il ne l'avait jamais vue avoir l'air si noble et régale, et il ne put s'empêcher de déglutir.

– Hamya, puis-je entrer ? demanda-t-elle de sa voix douce et mélodieuse.

– B-bien sûr ma dame… je… ce que j'ai dit… balbutia Hamya.

– Ne regrette pas un mot de ce que tu as dit, la coupa tendrement Hinata. Je suis d'accord avec toi. Neiji, tu m'es inégalement cher, mais je ne peux approuver la façon dont tu as parlé à Hanika et Hamya. Va trouver Hanika et présente-lui des excuses je veux que tu assures sa sécurité.

– Hinata, non, je te suis juré ! protesta-t-il.

– Pas encore, rétorqua sèchement sa cousine avant de reprendre d'une voix plus douce. Mon bien-aimé cousin, je t'en prie. Je ne te chasse pas, je veux simplement que nous soyons tous unis, dit-elle en prenant ses mains. Veille sur Hanika, et apprend à voir d'autres personnes, conclut-elle en se dressant sur la pointe des pieds pour coller son front contre le sien.

Neiji ferma les yeux, les dents serrées. Il détestait lorsqu'elle avait raison, elle qui était plus jeune. Il inspira profondément et s'écarta pour la regarder droit dans les yeux. Il y trouva une sagesse nouvelle qu'il honnissait. Il désirait ardemment la chasser et la remplacer par l'étincelle malicieuse qui brillait autrefois dans son regard.

– Je le ferai, cousine. Mais promets-moi quelque chose, s'il-te-plaît.

– Dis-moi.

– Ne sois pas toujours aussi sage.

Elle sourit doucement et secoua légèrement la tête, ses bijoux tintant joyeusement. Il relâcha ses mains et quitta la pièce, à la recherche de la dame qu'il était à présent juré de servir, Hanika du clan Hyūga.


Neiji trouva Hanika assise sur un des divans du kiosque que les trois jeunes femmes appréciaient. Elle pleurait silencieusement, les soubresauts de son corps la seule indication que des larmes dévalaient ses joues. Neiji déglutit. Il était la raison des larmes d'Hanika. Il avait fait pleurer une membre de son clan à cause de sa stupidité et de son aveuglement. Il s'approcha et Hanika releva la tête et se retourna, prête à renvoyer quiconque la dérangeait, mais se figea en le voyant. Son visage rougit furieusement, de rage ou de gêne, Neiji ne saurait le dire.

– Que fais-tu ici ? demanda-t-elle, tentant de paraître régale et assurée.

– Hinata m'a fait ton chevalier.

De la douleur traversa les yeux gris de la jeune femme, dont les poings se serrèrent sur ses jupes.

– Je lui en suis reconnaissante, mais je n'en ai nul besoin de ta protection. Je peux fuir si un danger venait à se montrer.

– Hanika, je suis reconnaissant à Hinata de m'avoir placé à ton service, la coupa-t-il, et elle écarquilla les yeux. J'ai été d'une vulgarité sans nom envers toi, et je désire me racheter si tu désires agir comme si j'étais absent et ignorer mon existence lorsque je te garde, fais-le, je l'accepterais sans brocher. Seulement, ne crois pas un seul instant que je faillirai à mon devoir et laisserai s'échapper une chance de mériter ton pardon.

Les larmes d'Hanika redoublèrent, et elle tenta de les essuyer. Neiji sourit légèrement et dégaina son épée avant de poser la pointe devant lui et de poser un genou à terre, les yeux fixés sur la dame dont on lui avait confié la sécurité.

– Moi, Neiji du clan Hyūga, vous jure fidélité et protection. Dans la pauvreté ou la richesse, la santé ou la maladie, l'allégresse ou le désespoir, je vous garderais et vous protégerais. Hanika du clan Hyūga, acceptez-vous d'être ma dame ?

– Je l'accepte.