Bonsoir ! Je suis désolée du retard, j'ai beaucoup hésité sur le narrateur de ce chapitre. Au final, je suis plutôt contente de ce chapitre, j'espère qu'il vous plaira !


Chapitre XII : Le Royaume qui tombait en ruine

Mei laissa son corps las s'enfoncer dans le matelas de la chambre qui lui avait été fournie et poussa un soupir. La literie du Royaume du Feu était aussi décevante qu'elle se souvenait ; le manque de coussin était le principal défaut à ses yeux, mais elle pourrait aisément en citer d'autres. Elle appréciait être confortablement installée pour laisser son esprit se concentrer sur des sujets ardus, et l'état actuel du Royaume voisin du sien en était un. L'âge avait visiblement emporté l'esprit d'Hiruzen. Le vieux souverain n'avait jamais été plaisant, mais son intellect s'était terriblement détérioré. La souveraine soupira ; s'il n'était pas bientôt remplacé, il allait plonger son Royaume dans une guerre civile. Le sort du Royaume du Feu n'importerait que peu à Mei si les intérêts économiques du sien n'était pas en jeu.

Il lui faudrait choisir quel prétendant au trône soutenir afin d'assurer que les échanges commerciaux soient toujours fructueux et sources de nombreux revenus pour Kiri. Mei trouvait la petite Hyūga capable et intelligente mais la réputation des Yggalëns, dont la région avait été la dernière à être conquise, était trop mauvaise pour qu'elle puisse régner efficacement sur un royaume venant de réchapper à une guerre civile. 'Quel dommage. Espérons qu'elle se range derrière un autre parti ou reste neutre, elle ne peut pas gagner une guerre et s'installer sur le trône du Royaume du Feu', pensa amèrement la reine.

On toqua à sa porte et Mei se recoiffa rapidement avant d'autoriser l'intru à entrer dans sa chambre. Yagura pénétra dans la pièce qu'il examina rapidement du regard avant de faire un imperceptible geste de la tête en direction des suivantes. Mei comprit immédiatement ; ce que le Mizukage avait à dire ne saurait être entendu par des oreilles indiscrètes et elle congédia les jeunes femmes qui quittèrent les lieux après s'être amplement inclinées devant elle. Mei resta silencieuse, attendant que Yagura prenne la parole. Le Mizukage attendit quelques vingt secondes avant de croiser les bras et s'appuyer contre le mur face à elle.

– J'ai observé Konoha autant que faire se pouvait. Nous sommes sur le terrain de Jiraiya, et je ne pouvais risquer un incident diplomatique en me faisant repérer.

– Tu as bien fait, répondit Mei. La situation ici est assez tendue. Qu'as-tu entendu ?

– Hiruzen Sarutobi va organiser une nouvelle Sélection. Le chagrine de dame Hinata l'empêcherait de régner aussi tôt et il ne désire pas l'arracher à son deuil. Bien sûr, ceci est la raison officielle.

– L'officieuse est simple, Hiruzen déteste les Yggalëns plus que n'importe qui d'autre dans ce Royaume, soupira Mei. Il ne laissera pas cette petite s'assoir sur le trône, même s'il devait déclencher une guerre civile.

– En effet, répondit Yagura en hochant sagement la tête. Les Uchiha se jetteront probablement sur une occasion de régner malgré la présence de Jiraiya, les Sarutobi suivront leur chef de clan. Les Uzumaki se battront également pour le trône, mais la grande inconnue reste les Hyūga. Les Uchiha peuvent lever deux fois plus d'hommes que les Uzumaki, ce qui les forcerait à s'allier soit aux Sarutobi, soit aux Hyūga. Si Dame Hinata décide de participer. Elle vient d'accéder à la seigneurie, elle ne voudra peut-être pas se lancer dans une guerre.

– Je ne pense pas. Cela ne correspond pas à son tempérament et elle ne semble pas ignorante de la haine que lui porte Konoha. Elle doit vouloir rentrer chez elle, à Perleforêt. Si elle venait à gagner la guerre d'une façon ou d'une autre, elle serait misérable et passerait ses journées à éviter des tentatives d'assassinat.

– En effet, mais vous oubliez un élément, reprit Yagura en s'asseyant, et Mei haussa un sourcil. La prison vivante de Suna, le jeune prince Gaara. Elle a maîtrisé Celui de la Rage, et le garçon semble fortement attaché à elle. Il pourra lui apporter son soutien et sa présence changerait la donne sur un champ de bataille. Vous avez vu comme moi combien il semble être épris d'elle.

Mei fronça un instant les sourcils, une main devant la bouche, alors qu'elle revoyait se jouer devant ses yeux la scène. La petite dame avait en effet pu calmer l'incarnation de tout le mal que les humains pouvaient faire, le tentateur ultime, le dieu chargé de punir les criminels. Si elle pouvait s'en servir comme arme, elle pourrait faire des dégâts considérables et s'imposer. Néanmoins, le si était énorme. Le garçon était un prince étranger, qui ne semblait même pas être considéré comme un héritier potentiel, et Rasa Hisuna ne le laisserait sûrement pas faire comme bon lui semblait.

– Les chances pour que cela arrive sont trop faibles, conclut-elle. Combien de temps avons-nous avant que la guerre civile n'éclate ?

– Pas plus de deux ans, répondit Yagura après une courte réflexion. Il faut aux autres héritiers le temps d'arriver, de se rencontrer, de se jauger. La mort de Hiashi Hyūga est un poison à long terme qui tuera ce Royaume tel que nous le connaissons. L'inaction de la couronne pour venger la mort d'un Grand Seigneur est la blessure purulente de trop. Un seul élément mettra le feu aux poudrières.

– Je vois.

Mei se leva et s'approcha de la fenêtre pour observer la cour en contrebas. Des domestiques s'affairaient tels des fourmis transportant des miettes des bas, et elle laissa son regard reposer sur eux, à la recherche d'une quelconque once d'empathie pour eux. Ces gens seraient les premières victimes d'un conflit civil et pourtant, elle ne trouvait pas en elle la sympathie nécessaire pour décider d'aider le Royaume de Feu. Elle se tourna vers Yagura, qui l'observait en silence, et réajusta mèche de cheveux derrière son oreille.

– Penses-tu que nous bénéficierions d'une telle situation ?

– Possiblement. Il serait intéressant d'en discuter avec le ministre de l'économie, néanmoins. Quelques subtilités de ce domaine m'échappent et je ne puis fournir un conseil adéquat.

– Je comprends. Tu prépareras un rapport sur la situation au Royaume du Feu en secret dès que nous serons sur le bateau, décida-t-elle.

Si une guerre civile dans ce Royaume pouvait bénéficier le sien, Mei n'hésiterait pas un seul instant à la déclencher elle-même. Elle avait appris il y a bien longtemps de ne se soucier que des siens. Ceux dont elle n'était pas responsable ne devait pas être des variables dans ses décisions si elle voulait mener son Royaume vers l'excellence et la richesse. 'J'ai fait le vœu de rendre le Royaume de l'Eau prospère, peu importe le prix que je dois payer. Cette terre n'est pas la mienne, ce peuple n'est pas le mien, nous n'avons pas le même sang. Je ne peux m'encombrer de remords pour mettre derrière nous l'ère sanglante de Kiri', pensa-t-elle en fermant les yeux.

Des images de ces terribles années lui revinrent en mémoire, son arrivée sur le trône après des années de manipulation, mensonges et complots pour sauver son peuple et s'assurer que ceux qu'elle était jurée de défendre ne seraient plus jamais traitée de la sorte. Mei ouvrit à nouveau les yeux, déterminée. Elle écraserait le monde pour son Royaume, et elle n'en aurait jamais honte. Si elle devait plonger le Royaume du Feu dans le chaos pour les siens, elle le ferait sans perdre une nuit de sommeil. Elle avait sacrifié son innocence il y a bien longtemps pour ce vœu, et elle atteindrait son but.

Le visage d'Hinata Hyūga lui revint en mémoire. Ce visage si expressif, quelque soit l'émotion ressentie. Elle avait été si similaire à cette enfant, il y a bien des années, mais sa mère l'avait guidée et lui avait enseignée comment survivre et triompher de ses ennemis. Aidée de son nom et quelques puissants alliés, elle avait pu l'emporter sur ses ennemis. Malheureusement pour elle, Hinata Hyūga n'avait ni l'un ni l'autre. Son nom et sa peau étaient synonymes de mépris à Konoha, et elle manquait cruellement d'alliés. Cette enfant se ferait dévorer vivante par la cour. 'Si seulement tu étais une Uchiha petite, tu aurais pu régner avec magnificence', pensa Mei.

– Votre Altesse, il y a autre chose dont nous devons parler, déclara soudainement Yagura, arrachant Mei à ses pensées.

– Je t'écoute.

– C'est à propos de l'assassinat de Hiashi Hyūga. Je ne pense pas que Orochimaru ou Rasa Hisuna soient responsables.

Mei fronça les sourcils, intriguée. Que voulait-il dire par là ?

– Hiruzen déteste les Yggalëns, mais le seigneur Hiashi était la seule solution viable pour le Royaume, car il était simple à assassiner. Grâce à la mort de Hiashi, Hiruzen peut relancer une nouvelle Sélection, et cette fois-ci appeler les héritiers des Grands Seigneurs. Cela lui permettrait d'évincer les Yggalëns et donner le pouvoir aux Uzumaki ou aux Uchiha.

– Tu penses que Hiruzen a fait assassiner le seigneur Hiashi ? Si cela est vrai, la vérité est condamnée à éclater. Néanmoins, Jiraiya aurait pu préparer le poison, et Hiashi aurait fait confiance à toute boisson donnée par l'Hokage…

– Je le pense, Votre Altesse.

– Alors, Hiruzen a définitivement perdu la raison. Yagura, nous partons demain, je ne veux pas m'attarder ici. Je veux des espions dans le palais dans la lune qui suivra notre retour, je ne peux pas ignorer ce qui se passe ici et les conséquences pour Kiri.

– Ce sera fait Votre Altesse.

Mei hocha légèrement la tête, perdue dans ses pensées. Il lui tardait d'être loin du Royaume en ruine, et de pouvoir observer l'effondrement du pays de loin. Il ne ferait pas bon d'être dans le Royaume du Feu durant les prochaines années. Ce qui lui rappela à nouveau, terriblement et fatalement, Hinata Hyūga. Cette petite ne semblait pas vouloir quitter son esprit. Elle soupira et décida, pour une fois, de s'accorder un peu de sympathie pour une étrangère.

– Trouve une suivante, et dis-lui de me trouver dame Hinata. J'aimerais dîner avec elle, ce soir. Elle ne peut gagner, mais elle peut au moins survivre, déclara-t-elle.

Yagura resta silencieux et immobile un instant avant de hocher la tête, s'incliner légèrement, et quitter la pièce.


Mei s'observa dans le miroir, satisfaite de son apparence. Elle avait décliné une invitation à dîner avec Hiruzen pour favoriser son repas avec la jeune dame, mais cela ne voulait pas dire qu'elle ne pouvait pas sortir ses meilleurs apparats. Elle avait choisi une robe traditionnelle de son Royaume en soie bleue brodée d'or, et un châle bleu roi accroché à ses bras par des bracelets d'or. Sa traîne flottait presque telle de l'écume autour de ses hanches et le long de ses jambes pâles. Mei sourit et ajusta sa tiare. Parfait. Si elle voulait que cette petite l'écoutât, il lui fallait paraître aussi régale qu'elle le pouvait.

Mei fut guidée dans les jardins où elle prendrait son dîner avec dame Hinata par une suivante originaire de Konoha, Yagura sur ses talons. Lorsqu'elle arriva, elle trouva son invitée déjà assise, conversant avec un chevalier issu de son clan. Son arrivée attira l'attention de dame Hinata qui se leva aussitôt pour s'incliner devant elle. Mei lui offrit un faux sourire tendre et s'assit en face d'elle.

– Votre Majesté, c'est un honneur d'avoir reçu cette invitation, la petite dame dit une fois assise également.

– Ce n'est pas une simple visite de courtoisie, répondit Mei. Yagura, assure-toi que personne ne nous écoute je te prie.

– Bien sûr, Votre Majesté.

Le visage de Hinata Hyūga se ferma immédiatement et son regard grisé devint perçant tandis que ses lèvres se pinçaient. Mei sourit légèrement, amusée par la méfiance dont la jeune fille avait aussitôt fait preuve. C'était la réaction que la Daimyō attendait de l'Yggalënne, mais elle avait encore un long chemin à parcourir. Si elle savait masquer ses émotions face aux plus sots et ceux qui l'en pensaient incapable ou sotte, elle en était incapable face à quelqu'un de plus entraînée.

– Je n'ai pas l'arrogance imaginer que vous auriez le désir de passer plus de temps en ma compagnie sans aucune motivation ultérieure, Votre Majesté, répondit la jeune dame en forçant un sourire poli à apparaître sur son visage.

– Non, en effet, vous n'êtes pas assez sotte, madame. Dîtes-moi, que pensez-vous de l'état de Konoha ?

– Je n'en pense peu, car je ne souhaite que retourner à Perleforêt et laisser ce lieu derrière moi. Les quelques lunes passées ici m'ont répugnée.

– Quelle honnêteté ! N'avez-vous donc pas peur que le Daimyō apprenne vos sentiments ? s'amusa Mei.

– Il ne m'a pas cachée son mépris pour les Yggalëns et moi-même, et je sais déjà que le trône de ce Royaume ne sera jamais mien, répondit Hinata Hyūga. Pourquoi me fatiguerais-je à masquer mon mépris pour lui en l'absence de hauts dignitaires de Konoha ?

Mei cligna des yeux avant d'éclater d'un rire sincère. Cette fillette avait donc une idée du danger dans lequel elle se trouvait mais refusait de renier qui elle était ! Son honneur la perdrait. La Daimyō but une gorgée de vin et pencha légèrement la tête sur le côté. La jeune dame l'examinait en silence, les points sûrement serrés sur sa jupe pour masquer sa peur.

– Tu es une enfant fort amusante, dit-elle. Sais-tu seulement à quel point la cours de Konoha t'est hostile ?

– Je ne connais pas assez la cours pour réellement le savoir, admit l'Yggalënne. Néanmoins, je n'ignore pas que chaque jour passé ici sera une épreuve. Le décès de mon père a laissé notre maisonnée vulnérable.

– En effet. J'éprouve pour toi plus de sympathie que je me l'autorise habituellement, alors n'oublie pas ce que je vais te dire ce soir, répondit Mei.

– Tout conseil de votre part serait tel une bénédiction des dieux, Votre Majesté.

– Ni le palais, ni la ville, ni cette région ne te seront jamais acquis. Cela, tu ne dois jamais l'oublier. Tu ne peux gagner contre tes adversaires en ces lieux, mais je vais t'enseigner à survivre.