Chapitre 17 : Aujourd'hui est une belle journée.
Le banquet était tout à fait somptueux, et il était évident que le Daimyō Rasa n'avait pas été regardant quant aux dépenses. Des festivités de cette ampleur avait dû coûter fort cher à la couronne du Vent. Hinata se demanda distraitement si les festivités qui annonceraient l'héritier du Daimyō Hiruzen seraient de la même ampleur. C'était fort probable, et elle osa s'imaginer un instant être la cible d'une telle célébration.
Elle frissonna à l'idée on attendrait surement d'elle qu'elle fisse un discours en public, chose dont elle était toujours incapable. Si elle pouvait se permettre d'être confiante – voire hautaine ! – face à un petit nombre de personnes, elle ne le pourrait pas devant une foule entière. La peur la consumerait, et elle bafouillerait sans doute. Pourtant, en tant que duchesse, il lui faudrait surement tenir des discours aux siens. Mais peu importait pour l'instant, elle était à un banquet où elle pouvait s'amuser sans craindre pour sa vie et celle des siens.
Après tout, Gaara était là pour la protéger.
Elle posa ses yeux sur son cher prince, qui mangeait en silence, les yeux rivés sur son plat. Quelques hauts dignitaires du Royaume du Vent étaient installés à ses côtés, mais il ne leur prêtait aucune attention. Cela amusa légèrement Hinata ces inconnus n'étaient surement d'aucun intérêt à son prince. Néanmoins, elle désespérait de ne pouvoir s'assoir à ses côtés.
Comme elle aimerait manger et discuter avec lui ! Mais elle ne le pouvait les places avaient été assignées pour le banquet, et elle ne pouvait se permettre de faire un esclandre pour quelque chose d'aussi futile. Elle était la duchesse d'Yggalë, l'étrangère la plus importante, et une invitée de marque. Elle devait faire honneur à son titre.
Ses yeux se posèrent ensuite sur la princesse Temari. Hinata pencha légèrement la tête sur le côté en l'étudiant. Avait-elle bien fait de la soutenir ? Elle avait besoin que la princesse lui fût redevable, mais c'était tout de même un pari risqué. Si elle n'arrivait pas à faire couronner Temari, elle devrait essayer de réparer sa relation avec le prince Kankurō. Elle l'avait invité à prendre le thé pour le jauger, mais elle se doutait déjà du mal du crâne dont elle écoperait pour avoir discuté avec un homme qui avait rompu une promesse à sa propre sœur.
S'il était tombé dans le piège qu'elle lui avait tendu, ce serait aisé de le manipuler, mais elle n'en pas pour l'instant sûre. Le ministre Danzō lui avait appris quelques tours de manipulation, et elle en avait aussitôt fait part aux siens. Kō et Neiji les détestaient profondément, mais Hanika et Hamya avaient sauté sur l'occasion de donner une leçon à ceux qui les prenaient de haut.
Hinata, quant à elle, était du même avis que Neiji et Kō. Mentir et manipuler étaient deux choses qu'elle avait en horreur. De ce fait, chaque mensonge, chaque sourire faux, lui pesaient lourdement sur l'esprit. Elle espérait sincèrement que Kankurō était aussi malicieux qu'il semblait l'être. Cela soulagerait sa conscience et les Neuf la pardonneraient surement plus aisément.
On lui apporta une énième assiette de nourriture, et Hinata le picora sans grand intérêt. Elle avait déjà mangé bien plus que le nécessaire, et son estomac était sur le point d'exploser. Observer la mêlée serait parfaite pour digérer ! Elle espérait seulement qu'on leur servirait quelques boissons rafraîchissantes pour supporter les lourdes chaleurs des steppes. Heureusement qu'elles étaient constamment balayées par du vent, où l'on s'évanouirait souvent du manque d'air.
« Madame, que pensez-vous du banquet ? » demanda soudainement Hamya, arrachant Hinata à ses pensées.
« C'est somptueux » répondit-elle en souriant à sa cousine. « Et vous ? Est-ce que vous l'aimez ? »
« La nourriture est délicieuse, et on ne nous regarde pas comme si nous étions repoussantes. C'est bien plus agréable que les banquets d'Ivoïré » répondit Hanika.
« Je suis d'accord » enchérit Neiji. « Les gens de Suna semblent nous apprécier. »
« Ils n'ont pas le choix. Yggalë est la seule région frontalière praticable au Royaume du Vent » intervint Hamya. « Si ce n'était pas le cas, je suis sûre qu'on nous regarderait méchamment ou qu'on nous prendrait pour des courtisanes exotiques. »
Hinata en doutait fortement. Après tout, les gens du Royaume du Vent ne partageaient pas de teint d'albâtre avec les habitants du Royaume du Feu. De plus, les Yggalëns interagissaient beaucoup avec leurs voisins des steppes. Une bonne entente était nécessaire, et peu importait l'apparence de chacun. La jeune duchesse secoua légèrement la tête. Elle ne voulait pas se fatiguer l'esprit avec de telles pensées. Pas aujourd'hui, alors qu'elle allait retrouver son cher prince.
« Parlons de sujets plus joyeux » dit-elle. « Après tout, cette semaine sera surement des plus amusantes, n'est-ce pas ? Nous sommes loin de Konoha et d'Ivoïré, rien ne nous arrivera. Je sais que notre dernière visite ici a été cauchemardesque. Mais je vous promets que rien ne vous arrivera. »
Hinata avait été appréhensive à l'idée de revenir à Suna après ce qui s'était déroulé l'année précédente dans le palais. Son père y avait été assassiné, ses cousines et elle attaquées. Néanmoins, Hinata savait qu'elle n'avait pas à être inquiète ou à craindre pour sa vie. Gaara était là. Elle caressa instinctivement la fiole contenant une partie de l'ombre de son prince adoré. Tant qu'elle portait cette fiole autour de son cou, rien n'arriverait. Sa maisonnée et elle seraient protégées par le pouvoir d'un des Neuf si quelque incident venait à survenir.
Finalement, l'heure des danses arriva, et Hinata sentit son cœur battre plus vite tandis qu'elle se levait, excitée. Lors des danses, il n'y avait aucune intrigue politique. Seulement de la musique sur laquelle s'amuser, des partenaires avec qui tourbillonner et des paroles plus envoutantes les unes que les autres à fredonner. Elle allait se diriger vers la table de son prince adoré pour l'inviter à danser avec elle lorsqu'elle remarqua qu'il s'était déjà levé et marchait vers elle.
Elle sourit il avait grandi et ses épaules s'étaient élargies. Il mesurait à présent une tête de plus qu'elle et continuerait surement de grandir, tandis qu'elle resterait de taille moyenne. Les membres de son clan n'étaient pas connus pour être grands et forts, après tout. Gaara avait également les cheveux plus longs, et ils caressaient ses épaules en épis sauvages d'un rouge profond. Qu'elle aimerait y passer les doigts ! Peut-être plus tard, lorsqu'ils seraient seuls.
Tous les regards étaient braqués sur eux tels ceux de faucons observant une proie délicieuse, mais Hinata ne leur prêta pas d'attention. Habituellement, elle aurait haï être le centre de l'attention mais tout ce qui importait à cet instant était les yeux de Gaara. Il lui présenta sa main, et Hinata sentit ses joues s'enflammer tendrement.
« Hinata, m'accorderais-tu ta première danse ? »
« Avec plaisir, Gaara », répondit-elle.
Il était tout à fait informel d'eux de s'adresser de la sorte en public, mais Hinata s'en moquait. Non seulement elle avait pu appeler son prince adoré par son prénom et non un titre auquel il ne semblait pas accorder la moindre importance, mais toute la cour de Suna saurait qu'elle était une personne chère – si ce n'était la plus chère – aux yeux du prince. Elle pouvait déjà les entendre chuchoter et se lancer des regards, mais Hinata ne prit pas la peine de les écouter. Elle voulait profiter des danses et de la musique, et laisser la politique et les mensonges de côté.
La première danse fut réservée au prince et sa partenaire. La partenaire du prince Kankurō avait tout au plus quatorze ans, soit trois ans de moins que le prince, et un de moins que Hinata. Elle était plutôt mince mais grande, dotée d'un teint acajou magnifique parfaitement complimenté par ses cheveux noirs. Hinata était néanmoins surprise que la danseuse ne fût pas Sari Salèn, la fille du duc.
– Qui est-ce ? chuchota-t-elle à Gaara.
– Limera Asà, la fiancée de Kankurō. Son père est ministre de l'Économie, et un long soutien de Kankurō, répondit-t-il.
Hinata hocha la tête. Il était impossible pour les clans ayant été béni par les Neuf d'avoir des enfants entre eux. Le mélange des deux magies tuait à coup sûr le bébé, et ce si la conception réussissait. Dès lors, les riches marchands, généraux de renoms et puissants ministres s'arrangeaient pour mêler une branche de leurs familles aux clans les plus puissants. Le duc Salèn n'était probablement pas heureux que sa fille dût céder sa place à l'humaine des plus normales, mais il ne pouvait rien dire. Mademoiselle Asà était la fiancée du prince, après tout.
Hinata jeta un coup d'œil à Gaara il semblait profondément ennuyé par la danse. Elle sourit légèrement, amusée. Son prince lui avait révélé dans ses lettres qu'il appréciait lui aussi la danse, bien qu'il fût bien moins talentueux qu'elle. Il était sûrement impatient, tout comme elle l'était. Hinata appuya légèrement sa tête contre l'épaule de Gaara, et respira profondément. Elle le sentit se figer un instant contre elle, avant de se détendre à nouveau. Elle leva les yeux vers lui, et trouva qu'il avait baissé son regard vers elle. Il semblait agréablement surpris qu'elle fût aussi affectueuse en public, et un nouveau sourire se dessina sur le visage d'Hinata.
Elle était à un banquet, et le temps des danses et de la mêlée, elle serait elle-même. Elle n'autoriserait pas la politique à ruiner cette après-midi. Elle voulait s'amuser avec son prince, passer un agréable moment avec lui. Elle refusait de penser aux manigances d'Ivoïré et de Suna pour l'instant. Elle avait déjà ouvertement soutenu la princesse Temari, et c'était bien assez pour l'instant.
Hinata ferma les yeux, appréciant la musique et ses paroles. C'était une des nombreuses chansons issues des poètes du Royaume du Vent, qui retranscrivait parfaitement l'amour que ces hommes et femmes avaient pour leur terre natale, rappelant à Hinata les textes Yggalëns. La mélodie était joyeuse, et la danse en conséquence très rythmée. Elle avait dû s'entraîner avant de partir, n'ayant pas pratiqué de danse aussi joyeuse depuis longtemps. La musique du Royaume du Feu avait tendance à être bien plus solennelle, et les danses aussi.
Lorsque la chanson toucha enfin à sa fin, Hinata rouvrit les yeux et les leva vers Gaara. Il lui offrit un léger sourire, et elle y répondit franchement. Ils allaient enfin pouvoir danser ensemble après cette longue année de séparation. Elle prit le bras qu'il lui offrait et ils s'avancèrent vers le centre de la salle. Tous les invités étaient à présent invités à danser, et Hinata jeta un rapide coup d'œil aux siens. Neiji acceptait bon gré mal gré de danser avec Hanika, tandis que Hamya invitait sire Kō à être son partenaire. Elle sourit légèrement son cousin aimait danser, mais uniquement dans la sphère privée. Il détestait danser en public. Quant à sire Kō, il était un piètre danseur.
Elle les perdit néanmoins rapidement de vue lorsque la musique commença. Aussitôt, Hinata se laissa porter par le rythme. Elle se mit à tournoyer harmonieusement avec les notes jouées, étendant ses bras et arquant son dos. Gaara la guidait, évitant soigneusement ses pieds et la soulevant aisément. Il ne semblait plus effrayé de la soulever, et Hinata sourit en repensant au soir de leur rencontre. Il avait semblé si décontenancé par son poids !
Néanmoins, si l'un d'entre eux devait être surpris aujourd'hui, ce serait elle. Il avait évidemment progressé en danse ! L'an dernier, il avait manqué de lui écraser les pieds quelques fois. Mais en ce jour, il ne commettait presque aucune erreur, et s'autorisait même à fredonner les paroles de la chanson. La mélodie était une ode aux steppes, contée sous la forme d'une fable parlant de voyageurs tombant amoureux des lieux.
Lorsque la chanson prit fin, Hinata se retrouva appuyée contre le torse chaud de son prince et leva les yeux vers lui afin de lui offrir le plus beau sourire qu'elle pouvait. Même s'il ne lui offrit pas un large sourire comme elle en rêvait, elle pouvait voir ses yeux bleu-vert scintiller. Il était heureux, et cela la remplissait d'une douce chaleur qui faisait battre la chamade à son cœur. C'était une sensation qu'aucun poème ne pourrait décrire justement, et Hinata aimerait se plonger éternellement dans les océans des yeux de Gaara.
« Tu danses toujours aussi bien, je crains ne jamais pouvoir te rattraper », murmura-t-il alors qu'ils entamaient une deuxième danse, plus calme cette fois-ci.
« Ne dis pas cela. Tu as beaucoup progressé, et c'est notre amusement qui compte. Pas notre talent » répondit-elle.
« Tu es trop bonne » soupira-t-il en la faisant tournoyer.
« Peut-être » pouffa Hinata. « Je suis également très têtue » s'amusa-t-elle en finissant son tour.
« Je l'avais remarqué. » Il marqua une pause, et Hinata lui sourit pour l'encourager à parler. Il n'avait pas à s'inquiéter de ses paroles avec elle. Elle ne lui reprocherait jamais ses pensées. « Danser avec toi m'avait manqué. La danse n'est pas une de mes activités préférées, je lui préfère le chant, mais danser avec toi est différent. »
« C'est également mon cas » répondit Hinata. « Danser avec toi est différent qu'avec mes cousins. De plus, je peux être honnête. Il n'y a ni mensonge, ni manipulation à tes côtés. En comparaison… Ivoïré est un palais rempli de menteurs en tout genre. Aucun d'entre eux ne dit la vérité. Être ici… Être ici me permet de ne pas penser à ce répugnant palais. »
Gaara se pencha, et déposa un léger baiser sur son front. Hinata sentit ses joues s'enflammer aussitôt. Elles étaient brûlantes et, si elle avait eu les mains libres, elle les aurait plaquées sur ses joues dans l'espoir vain de calmer la brûlure. Faire ceci en public était presque indécent ! Ils n'étaient pas un couple officiel, et Gaara n'avait pas fait connaître son désir de la courtiser au public ! Tous les nobles en parleraient pendant longtemps, elle n'en avait aucun doute.
« Ne crains pas le regard des autres » murmura Gaara en la regardant les yeux. « Les nobles ici présents n'oseront pas prononcer le moindre mot. Ils savent qui je suis. Au pire, ils essaieront d'attirer tes faveurs. Mais tu devais y être préparée, non ? En tant que duchesse d'Yggalë, je veux dire. »
« Oui, tu as raison », avoua Hinata.
Avec le recul, elle n'avait rien à se reprocher. Sa relation avec Gaara n'avait rien d'officiel, mais qui oserait dire quoi que ce soit ? Ils étaient le prince maudit et la duchesse d'Yggalë. La moitié du château s'agenouillerait pour gagner leur faveur. Sa Majesté la Daimyō Mei lui avait toujours dit de mettre son pouvoir en avant, de faire en sorte de rappeler aux autres quelles étaient leur place, en particulier s'ils venaient à lui manquer de respect. Elle ne devait jamais oublier qui elle était et quelle était sa force. Toute la force d'Yggalë venaient de son pouvoir économique en tant que carrefour marchand et de sa terre anormalement fertile. Elle en était la représentante, et elle ne se laisserait pas atteindre par des petits nobles sans importance.
« J'ai toujours raison » dit-il avec un sourire taquin.
« Bien sûr, mon cher prince » pouffa-t-elle. « Devrais-je supplier pour que vous me partagiez votre incommensurable sagesse ? »
« Évidemment, je ne puis partager tels savoirs aussi facilement. »
« Quelle mesquinerie, Votre Altesse. »
« Madame la duchesse, vous me brisez le cœur. »
Hinata, incapable de se retenir plus longtemps, éclata de rire. Aujourd'hui était réellement une belle journée. Les chansons s'enchaînèrent, ainsi que les danses, et Hinata se trouva incapable de se retenir de chanter les paroles. Son ton était parfois faux à cause de la fatigue causée par les danses, mais elle ne s'arrêta pas. Dans les bras de Gaara, elle n'avait pas à penser à quoi que ce fût. Elle pouvait tout simplement être Hinata, danser et chanter comme elle adorait. Le sourire qui étirait son visage devint presque douloureux alors que le temps passait, mais peu importait.
Aujourd'hui était une belle journée.
