Chapitre IXX : La dame de l'ombre.

L'après-midi qu'elle avait été invitée à passer chez la baronne Yure était d'un ennui mortel, et Sakura était à deux doigts d'inventer une quelconque excuse politique pour partir. Malheureusement, ce n'était pas possible. Elle devait rester ici afin de s'assurer de l'état de la haute-société et affirmer son pouvoir. Si elle pouvait au passage récupérer quelques soutiens pour la duchesse Hinata, ce serait parfait. Après tout, l'Yggalënne aurait du mal à gagner des soutiens par elle-même. La noblesse était encore fermée à Yggalë et leurs habitants. C'était parfaitement sot, mais Sakura avait depuis longtemps compris que les gens étaient au mieux des sots. Les plus agaçants osaient parfois se dresser sur sa route, mais elle les avait tous écrasés sans la moindre pitié.

Non pas qui que ce fût fut au courant, bien sûr. Elle faisait bien attention de garder son pouvoir dissimulé. Elle le révélerait au moment opportun, lorsqu'elle – et non son imbécile de père – aurait fait de Hinata Hyūga la Daimyō du Royaume du Feu. La duchesse était la meilleure solution pour le Royaume d'un point de vue parfaitement objectif (les deux autres idiots qui servaient de prétendants au trône ne valaient même pas la peine qu'elle leur adressât la parole), mais Sakura avait des raisons plus personnelles d'avoir choisi la jeune femme comme sa championne.

Après tout, qui d'autre ferait avancer la cause des mages dans le Royaume ? Le Royaume de Feu était des années en arrière comparé à ses voisins sur ce sujet. Comment pouvait-on se priver d'une force aussi importante que celle des mages ? Leur valeur économique était tout bonnement incroyable ! Le duc Hiashi aurait été un très bon Daimyō s'il n'avait été aussi fermé d'esprit sur ce sujet. Il avait bon cœur, mais il était trop pieu. « Lorsque cela l'arrangeait, bien sûr » pensa Sakura, amusée, tandis qu'un petit sourire naissait sur son visage.

Depuis la mort du duc, sa fille était devenue une véritable lionne prête à tout pour protéger les siens que Sakura était tout à fait heureuse de dresser. Si Haruzen Sarutobi n'était un crétin arriéré et sénile, elle aurait surement plus de mal à attirer l'attention de la jeune duchesse, mais évidemment, cet abruti raciste n'avait pas pu s'empêcher d'antagoniser la seule personne capable de payer toutes les dettes du royaume sans y perdre toute sa fortune. Quel crétin. Elle aimerait s'en débarrasser tout de suite, mais elle devait d'abord s'assurer que la duchesse d'Yggalë était la favorite des nobles et du Conseil. Sans cela, l'autre femme ne serait jamais nommée héritière.

Ah, si seulement Hiashi Hyūga n'avait pas été aussi fermé envers les mages. Ç'aurait été bien plus simple, et ils auraient déjà un nouveau Daimyō. Mais il avait fallu qu'il fût un imbécile qui n'arrivait pas à la cheville de sa fille, un peu comme Sakura et son père. De plus, il n'avait même pas une bonne relation avec sa fille alors qu'elle était son héritière et une jeune femme tout à fait brillante. Était-il l'équivalent Yggalën de Danzō ?

Quoique, la duchesse Hinata avait pleuré le décès de son père, tombant apparemment dans un état de catatonie presque total pendant deux jours après l'événement. Sakura, quant à elle, ne pleurerait jamais la mort de son père. Il n'avait qu'une seule utilité à ses yeux lui permettre de profiter du pouvoir conféré au Premier Ministre pour agir comme bon lui semblait sans avoir à se soucier des conséquences. Le duc Hiashi avait peut-être possédé quelques qualités dont elle ignorait l'existence.

Néanmoins, Sakura ne regrettait pas du tout de s'en être débarrassé.

« Mademoiselle Haruno, est-ce que tout va bien ? » demanda-t-on soudainement.

Sakura sursauta et se détourna du paysage qu'elle observait jusqu'alors. Il s'agissait de la fille de la baronne Yure, Aisha. C'était une fille moyenne sur tous les points. Elle n'était ni laide ni jolie, ni petite ni grande, ni maigre ni grosse. Son seul talent était le chant, même si elle ne valait pas la duchesse Hinata ou une chanteuse de renom. Elle trouverait surement un bon mari. Les hommes n'aimaient pas se sentir menacés par les femmes, pauvres petites choses fragiles qu'ils étaient.

Si elles faisaient des vagues comme Sakura – connue pour sa beauté et sa langue de vipère –, les femmes ne trouvaient pas de maris ou de prétendants. Sakura n'en avait que quelques-uns, et c'était uniquement parce que son père était le premier ministre. Autrement, on la traiterait d'hystérique ou de folle. Cela convenait parfaitement à la jeune femme. L'égo masculin était trop fragile pour qu'elle trouvât un mari digne de ce nom avant de longues années, et elle n'avait pas envie de s'épuiser avec des prétendants inintéressants.

« Bien sûr » répondit-elle gracieusement avec un sourire aimable. « Je désirais simplement me rafraichir un peu, et j'ai été happée par la beauté de vos jardins. Vous devez me donner le nom de votre jardinier, il est tout à fait talentueux. »

« Oh, vous nous flattez mademoiselle ! » Aisha Yure répondit tout en rougissant joliment.

Sakura continua à faire la conversation à la jeune femme alors qu'elles retournaient à l'intérieur pour prendre du thé et écouter quelques chansons. Lorsqu'elle était petite, Sakura adorait participer à ce genre d'événements. Mais depuis la mort de sa mère, dix ans plus tôt, son père lui avait enseigné tout ce qu'il savait sur la politique et ses mécanismes – Sakura supposait que sa mère l'avait protégée des affaires de son père aussi longtemps qu'elle l'avait pu. Elle avait alors rapidement développé un certain dégoût pour les gens qui n'étaient pas impliqués dans tout ce jeu de manipulation.

Comment osaient-ils penser que la paix dont ils profitaient était gratuite ? Que personne n'était sacrifié ? Sakura avait envie de tous les empoisonner pour penser pareilles sottises. Elle n'était même pas capable de se rappeler du nombre de sacrifices qu'elle avait fait pour sa cause. Son père, qui avait encore moins de scrupules qu'elle, avait sans aucun doute sacrifié des centaines d'innocents supplémentaires au nom de sa paix sacrée.

Cette après-midi était véritablement la Plaine de Celui de la Rage, Sakura n'en doutait pas une seconde. Tout l'agaçait profondément, en particulier se rappeler le monde ombrageux dans lequel elle vivait. Elle pria silencieusement les Neuf pour que quelque chose, quelqu'un, vînt interrompre cette journée. Elle adorait jouir du pouvoir qu'elle possédait sur toute la noblesse du royaume – en particulier celle de la capitale – mais habituellement, elle pouvait s'amuser de leur idiotie. Aujourd'hui, pour une raison que Sakura ignorait, les nobles la rendaient folle de rage, leurs sourires béats et leurs rires niais lui tordant le ventre.

Ses mains se contractèrent et, si elle ne s'était pas retenue à temps, Sakura aurait sans aucun doute brisé la poignée en porcelaine de sa tasse. Son sourire se crispa légèrement mais heureusement, elle put rapidement détendre ses muscles faciaux. Il était hors de question que des états d'esprit passagers endommagent des années de travail. Elle se força à reprendre la discussion avec les demoiselles présentes, feignant de s'intéresser à leurs déboires galants.

Néanmoins, un événement vint enfin l'arracher à la discussion en cours. Tenten s'approcha d'elle, et Sakura reconnut l'air grave de sa demoiselle de compagnie et garde du corps. Elle s'excusa rapidement auprès des autres convives et se dirigea vers Tenten. L'assassin lui tendit un rouleau, et Sakura s'empressa de briser le sceau pour en lire les contenus. Aussitôt, ses yeux s'écarquillèrent.

Un tremblement de terre avait secoué Perleforêt et, même s'il n'y avait blessé à déplorer, quelques vieilles bâtisses s'étaient écroulées. Si cela avait été le Royaume de la Terre, Sakura n'aurait pas été surprise d'apprendre que la terre avait tremblé. Néanmoins, il s'agissait d'Yggalë, le territoire béni où il n'avait neigé qu'une fois en plus de deux siècles. Un tremblement de terre ne pouvait tout simplement pas avoir lieu.

À moins qu'un mage ne l'eût provoqué, bien entendu.

Sakura réenroula le parchemin et le tendit à sa garde du corps. Aucun mage capable de provoquer des tremblements de terre ne serait assez idiot pour se faire repérer à Yggalë de la sorte. Iel aurait immédiatement les chasseurs de mage et l'Hokage aux trousses. C'était tout bonnement suicidaire. Il s'agissait donc probablement d'un mage venant tout juste de découvrir ses pouvoirs, soit un jeune enfant.

Le cœur de Sakura rata un battement alors qu'elle se rappelait l'âge de la petite sœur de la duchesse Hinata. Hanabi Hyūga, héritière de sa sœur et âgée de cinq ans. L'âge le plus commun auquel les mages éveillaient leurs pouvoirs. Sakura se massa les tempes. Cet événement était d'une importance capitale elle devait absolument étouffer l'information avant que celle-ci ne s'ébruitât et lançât les chasseurs de mage à la poursuite de la petite fille.

Elle devait également prévenir la duchesse. Son aide serait précieuse pour ce contrôle d'information. L'ancienne duchesse Cho Hyūga pourrait sans aucun doute largement minimiser les dégâts causés par sa fille, mais Sakura ne savait pas si elle partageait les idéaux de son défunt mari quant aux mages. Elle ne pouvait donc pas se reposer sur cette femme, même si elle espérait que l'instinct maternel protégerait temporairement la fillette.

« Tenten, rassemble autant d'hommes qu'il te faut et étouffez-moi cette information. Je ne veux pas que la nouvelle arrive à Ivoïré, c'est bien clair ? Ne lésine pas sur les moyens, je m'occupe de la logistique. Je dois écrire à la duchesse. »

« À vos ordres, mademoiselle. »

Tenten lui fit une révérence puis partit rapidement, disparaissant dans la foule. Sakura se dirigea vers Aisha Yure, un sourire attristé au visage pour attiser la pitié de la jeune femme. Évidemment, cette dernière tomba aussitôt dans le panneau et lui prit tendrement les mains, l'air inquiète. Sakura avait pour intention de lui faire croire que Hanabi Hyūga était gravement malade c'était la meilleure façon de détourner l'attention du tremblement de terre et de la potentielle présence d'un mage.

L'information se répandrait comme une traînée de poudre dans la haute société et quiconque osait diffamer la duchesse ou les Yggalëns de sa maisonnée serait aussitôt rejeté. Comment pouvait-on insulter une jeune femme qui risquait de perdre son unique sœur d'un jour à l'autre ? Quelle immondicité ! Sakura ne pouvait pas faire oublier aux nobles la couleur de peau des Yggalëns, leur religion différente et leurs coutumes, mais elle pouvait détourner leur attention en la reportant sur quelque chose d'universel : la famille.

« Mademoiselle Haruno, que se passe-t-il ? Vous semblez peinée… »

« Oh, mademoiselle Yure, pourrais-je écrire une lettre depuis ici s'il-vous-plaît ? Une terrible nouvelle m'arrive d'Yggalë » murmura-t-elle en regardant le sol.

« Bien sûr ! Suivez-moi, je vous guide au bureau de mon père. Vous y serez tranquille. Voulez-vous un peu de thé et quelques gâteaux pour vous ressaisir ? »

« Non, ce n'est pas la peine… Je n'aurais pas l'estomac de les digérer… » fabula Sakura en laissant la jeune fille la guider dans les couloirs de sa demeure.

« Est-ce terrible à ce point ? » s'inquiéta Aisha.

Sakura attendit qu'elles fussent dans le bureau du baron, et se laissa tomber dramatiquement sur l'un des canapés. Aisha Yure se précipita à ses côtés, et prit à nouveau les mains de Sakura dans les siennes. C'était parfait, pile la réaction que Sakura cherchait à obtenir. Dans quelques minutes, mademoiselle Yure raconterait à qui voudrait bien l'entendre la terrible nouvelle de la maladie qui touchait Hanabi Hyūga. La noblesse était friande de ce genre d'histoire et on inviterait Hinata Hyūga à toutes sortes d'événements mondains dans le but de la consoler.

Évidemment, Hinata Hyūga n'aurait plus qu'à entonner quelques mélodies fascinantes dont elle seule avait le secret – à croire qu'elle était un mage elle-aussi ! –, et toute la haute société tomberait amoureuse d'elle. En quelques mois, elle serait leur favorite. La popularité comptait pour devenir Daimyō, en particulier face à deux benêts. Non seulement elle les écraserait sous leurs pieds tout en renforçant son pouvoir à la capitale, mais en plus, la haute société dévorerait les autres candidats sans pitié.

Comment osaient-ils s'en prendre à madame la duchesse alors qu'elle souffrait tant ? Elle qui était une duchesse si bonne et si douée malgré son jeune âge ? Ils ne pouvaient certainement pas devenir Daimyō. La noblesse ferait de la duchesse la Daimyō du Royaume aisément. Après tout, les femmes parlaient, et les hommes écoutaient. Si on vantait les louanges de l'Yggalënne tout en dénigrant les deux autres candidats, elle seule recevrait des soutiens financiers dignes de ce nom. Yggalë aurait donc tous les avantages de son côté pour s'emparer du trône.

« Oui, c'est si triste ! La pauvre petite demoiselle, elle est si malade… »

« La petite sœur de madame la duchesse, vous voulez dire ? N'est-elle pas qu'une jeune enfant ? » s'horrifia-t-elle.

« Si, elle est tout juste âgée de cinq ans, c'est une terrible nouvelle ! Elle ne peut plus quitter ses appartements… Pauvre enfant ! Imaginez-vous une enfant privée de ses jardins et du soleil ? Quelle injustice… En particulier à Perleforêt, là où la course est un des jeux préférés des enfants ! »

« Par les Neuf oui, quelle horreur ! Être bénie par Celui du Vent d'une vitesse incroyable mais prisonnière de sa chambre… Quel cauchemar qui s'ajoute à cette maladie ! Pauvre enfant ! Et madame la duchesse a déjà perdu son père ! Par les Neuf, j'espère que cette petite se remettra vite… »

« Nous devons prier Celui des Bois et Celle des Brasiers, leur demander de sauver Hanabi… »

« Vous avez parfaitement raison mes prières ce soir lui seront dédiées. Oh ! Devrions-nous prévenir nos amies ? Je suis sûre qu'elles offriront tout leur soutien à cette enfant. »

« Vraiment… ? » murmura Sakura, les yeux humides.

« Bien sûr ! » s'écria presque Aisha Yure, déterminée. « Mademoiselle Haruno, écrivez votre lettre, je vais discrètement prévenir nos meilleures amies il ne faut pas trop que la nouvelle s'ébruite. Trop de gens sans scrupule ferait de cette enfant une bête de foire. Je n'en parlerai qu'à des gens de confiance, n'ayez crainte. »

Sakura serra les mains de la future baronne, et se « força » à sourire à travers de fausses larmes d'inquiétude.

« Je vous remercie, mademoiselle Yure. Vous êtes trop bonne. »

Après quelques autres politesses, Aisha Yure quitta enfin la pièce, et Sakura n'eut plus besoin de forcer une expression peinée sur son visage. Elle s'assit au bureau du baron et se mit aussitôt à écrire une lettre à destination d'Yggalë et une seconde à destination de Suna, où la duchesse resterait encore au moins une douzaine de jours. Les couronnements étaient longs, et elle devait discuter de ses politiques d'échanges commerciaux avec le Daimyō Rasa et son héritier, le prince Kankurō.

À l'attention de madame la duchesse Hinata Hyūga d'Yggalë.

Ma dame, je suis profondément désolée de vous déranger en ces temps importants, mais je n'ai pas le choix. Ce message a pour but de vous informer d'événements importants ayant pris place dans votre palais, Perleforêt.

Mon message vous paraît surement suspicieux, car comment pourrais-je savoir ce qui déroule chez vous ? Je suis une personne ayant besoin de connaître l'état du Royaume de manière générale afin de pouvoir le protéger de tout genre de menaces, intérieures comme extérieures. Là où les hommes aiment se concentrer sur leurs épées, j'aime me concentrer à ce que préparent les manipulateurs dans l'ombre. Aussi, j'opère dans l'anonymat afin de ne pas les alerter de ma présence.

J'espère que connaître mon identité me permettra de gagner une part de votre confiance.

Mais venons-en aux faits j'ai été informée à l'instant que votre petite sœur, malgré tout l'amour que lui les dieux, a contracté une maladie rare. Il serait mieux de dissimuler la nouvelle le plus possible afin d'empêcher que des médecins peu scrupuleux décidassent d'étudier son cas comme si elle était une bête de foire et non pas une enfant.

Votre dévouée, Sakura Haruno.

Sakura relut quelques fois sa lettre, corrigea quelques fautes qu'elle remarqua puis la recopia une dernière fois au propre. Afin de prouver son identité, elle découpa quelques-uns de ses cheveux pour les glisser dans l'enveloppe. Après tout, sa couleur de cheveux était des plus saugrenues, et elle n'avait jamais rencontré quelqu'un ayant la même. La duchesse serait assurée de son identité grâce à eux si jamais le sceau qu'elle appliqua sur l'enveloppe ne suffisait pas. Habituellement, elle ne prendrait pas autant de précautions – elle ne révélait d'ailleurs presque jamais son identité – mais elle avait besoin que la duchesse la crût.

La lettre destinée à Perleforêt fut ostensiblement la même, bien qu'elle ne révélât pas son identité. Elle ignorait qui exactement ouvrirait cette lettre, et elle ne voulait pas prendre de risque inutile.

Une fois les deux lettres rédigées, Sakura réajusta son expression faciale et quitta le bureau. Elle regagna le salon et aussitôt, quelques autres demoiselles se précipitèrent vers elle. Elle sourit intérieurement d'ici quelques jours, la nouvelle aurait fait le tour de Konoha. Des ragots tourneraient dans tous les sens et le mensonge initial de Sakura serait surement distordu mais ce n'était pas grave. Le tremblement de terre serait enfoui et l'information n'arriverait jamais à Ivoïré.

« Puis-je envoyer mes lettres depuis ici, mademoiselle Yure ? Autrement je devrais retourner au palais, et je ne veux pas vous quitter aussi tôt. J'ai honte de l'admettre, mais j'ai besoin de votre soutien pour cette épreuve. Les détails que j'ai lus sont si terribles, j'ai peur d'en perdre le sommeil… ! » demanda-t-elle d'une voix presque gémissante.

« Bien sûr ! Voulez-vous passer la nuit ici ? Peut-être qu'une nuit loin du palais vous ferait le plus grand bien » proposa Aisha. « Je vous préparerai la meilleure chambre, n'en doutez pas un instant. »

« Je vous en serai éternellement reconnaissante, mais je ne veux pas imposer ma présence. Êtes-vous sûre que je ne vous gênerai pas ? »

« Bien sûr que non ! » rétorqua la jeune femme avant de héler un majordome. « Hinua, prépare notre meilleure chambre je te prie. Mademoiselle Haruno doit être traitée avec tous les égards qu'elle mérite. »

« À vos ordres, mademoiselle » répondit poliment le majordome tandis que Sakura se confondait en remerciements.

Elles se rendirent toutes à la serre des Yure, où vivaient quelques dix ou quinze oiseaux. Sakura, peu intéressée par l'ornithologie, serait incapable de les reconnaître mais les complimenta tout de même. Aisha lui prêta ses deux porteurs les plus fiables, et quelques minutes plus tard, aidée par le fauconnier, Sakura avait envoyé ses lettres. Elle n'avait plus qu'à prier pour qu'elles arrivassent à bon port sans accroc. Ses plans ne pouvaient pas échouer. Elle devait réussir.