Hello tout le monde :)
Alors voilà le chapitre '9ans'. Comme je l'ai signalé sur mes autres fictions, le prochain chapitre n'arrivera pas avant 3semaines car je pars en Californie mardi et je reviens le 31. Donc quelques jours supplémentaires pour l'écriture du chapitre et je posterai :).
Voili voilou. Merci à tous ceux qui me suivent et laissent une petite trace de leur passage :)
Ps:Xupz,tu verras dans ce chapitre le retour de Scorpii :p Après renseignements j'ai trouvé qu'un scorpion vivait de 2 à 8 ans ce qui laisse au pire encore 5ans de vie à Scorpii!
Bisous bisous!
Milo plissa ses petits yeux bleus, vexé comme une puce dans son orgueil d'apprenti chevalier miniature. Et pour cause devant lui, Aphrodite, futur chevalier du poisson, était presque totalement glué contre SON Camus. Et tout ça à cause d'un stupide jeu qu'il avait perdu un peu plus tôt. Il aurait pourtant dû se douter qu'une personne tant portée sur l'esthétique aurait choisi 'ciseaux'. Mais il n'avait pas réfléchi et il avait choisi 'papier'. Maintenant il s'en voulait atrocement et voir son meilleur ami prisé par cette petite poupée écervelée ne le réjouissait guère. Au contraire.
-De toute façon, je suis certain que tu as triché, cracha-t-il, de très mauvaise foi.
-Ne sois pas mauvais joueur, Milo. Tu as perdu. C'est moi qui irais avec Camus dans le car.
Oui parce qu'en plus aujourd'hui, Shion avait décidé de leur octroyer une journée détente en les emmenant à la piscine; nouvelle qui avait bien évidemment réjouit les enfants, à l'exception d'Aiolia, qui craignait l'eau chlorée aussi certainement qu'un chat échaudé craint l'eau froide. Et c'est là que le conflit avec commencé : depuis quelques mois, le petit Aphrodite s'était dangereusement rapproché de Camus, espérant très probablement tester sur lui la nouvelle technique ''bisou parfait'' qu'il avait mise au point. Seule ombre au tableau : Milo, qui veillait sur son français comme une mère louve sur ses petits. Au petit matin, Aphrodite avait tiré le petit verseau du lit –et accessoirement le scorpion qui ne le quittait plus- pour lui demander s'il accepterait de s'asseoir à côté de lui dans le car qui les conduirait à la piscine.
Si Camus n'avait pas réagi tout de suite, les yeux encore embués de sommeil, ne comprenant pas la moitié de ce que son nouvel ami lui murmurait, Milo, lui, s'était indigné pour deux. Il avait crié au scandale et avait répondu à la provocation par un magnifique Scarlet Needle qu'il maîtrisait à peine et qui s'était violemment abattu sur la bibliothèque du français, réveillant totalement celui-ci. Si l'attaque avait été facilement évitée par le poisson, il n'en était pas moins révolté ; excédé de toujours voir cet insecte contrecarrer ses plans. Ils avaient ensuite décidé de se lancer dans un combat à mort et, si Cristal n'avait pas débarqué, alerté par le bruit qu'il avait entendu, ils se seraient tout bonnement jetés l'un sur l'autre et se seraient tapés dessus jusqu'à ce que mort s'en suive. Heureusement que le chevalier du verseau avait eu le temps de les attraper au vol et les avait mis à la porte, ne pouvant tolérer un tel comportement au sein même de son temple.
Une fois mis dehors et donc libres de leurs mouvements, ils avaient voulu reprendre la bataille avant de se souvenir que le grand pope punissait sévèrement les enfants qui désobéissaient au règlement ; règlement qui d'ailleurs stipulait clairement que tout combat délibéré en dehors de la période d'entraînement était passible de bannissement. Se battre aurait donc été un acte suicidaire et en plus, s'ils avaient été bannis, leur Camus tant adoré serait resté seul ici, loin d'eux. Creusant alors avidement dans leur caboche à la recherche d'un autre moyen qui pourrait les départager, ils n'avaient rien trouvé de mieux qu'un ''pierre, papier, ciseaux'' qui, en plus d'être simple et sans conséquence matérielle, leur assurait une équité totale. Oui mais voilà, le pauvre scorpion n'avait absolument pas prévu de perdre ! Et maintenant il regrettait amèrement d'avoir joué à ce jeu stupide qui livrait directement Camus aux mains de l'ennemi.
-Camus ! Dis quelque chose !
Pour seule réponse, l'apprenti chevalier du verseau lui lança un regard noir, lui montrant ainsi qu'il lui en voulait beaucoup. Non seulement Milo avait saccagé sa bibliothèque chérie à cause de son attaque stupide et en plus il l'avait vendu à Aphrodite sans faire preuve de jugeote. Le petit Camus n'oublierait pas cette trahison de sitôt, ça non et, même s'il ne supportait pas d'entendre la voix d'Aphrodite jacasser sans cesse, il était bien décidé à passer la journée à ses côtés. Ça servirait de bonne leçon à Milo, tiens ! Il était temps qu'il grandisse un peu car, si le petit français avait été touché par sa jalousie dans un premier temps, il ne pouvait maintenant plus supporter les idioties qu'elle le poussait à faire. Si Milo voulait rester son meilleur ami, il avait tout intérêt à faire preuve d'un peu plus de logique.
-Comment est-ce que tu trouves mon nouveau fard à paupières, Camus ? Demanda le suédois en papillonna sensuellement des cils.
-Il te va très bien.
-Camuuuuuuuuus !
Sans tenir compte de son meilleur ami qui pleurnichait, Camus serra un peu plus fort la lanière de son sac de natation et suivit Aphrodite qui le tirait déjà vers le car, toisant simplement Milo d'un énième regard glacial et chargé de reproches. Le petit garçon lui, resta seul derrière, abattu par une peine sans nom. Il voyait déjà son meilleur ami l'abandonner pour traîner avec cette petite folle d'Aphrodite. Lui, son Camus, allait rapidement devenir la marionnette de son pire ennemi s'il ne faisait rien pour le récupérer. Il avait fait l'imbécile et se comportant de cette manière, maintenant il devait assumer les conséquences de ses actes et accepter son châtiment avec dignité et courage. Aphrodite ne perdait rien pour attendre, ça non, se dit-il en montant lui aussi dans le car.
Quand Camus vit son meilleur ami s'approcher, il fit semblant de participer joyeusement au monologue du poisson, voulant montrer à Milo à quel point il lui en voulait. Et puis…très égoïstement, il adorait être prisé de la sorte, c'était très agréable et, même s'il n'aimait pas vraiment Aphrodite, il était flatté d'être apprécié par un petit garçon si populaire au sein du sanctuaire. Dépité, au bord des larmes, Milo trouva une dernière place à l'arrière du car, coincé entre un petit cancer qui ruminait et un bouddha qui préparait son esprit pour cette journée. Devant lui, entre deux sièges, il pouvait voir SON meilleur ami rigoler aux blagues même pas drôles d'Aphrodite. Le grec caressa la poche ventrale de son sac à dos ; Scorpii lui serait d'une très grande aide aujourd'hui, il en était certain…
-Chaud devant !
Mu n'eut pas le temps de battre des pieds dans l'eau que déjà, un raz-de-marée le projetait contre le bord, engloutissant au passage sa chevelure lilas que Shion avait tressée pour l'occasion. Shaka en perdit même son bonnet de bain blanc décoré de petits bouddhas qu'il avait passé de longues minutes à enfiler, sa longue chevelure rebelle refusant d'être maintenue prisonnière de cette prison de latex. Angelo, lui, riait à gorge déployée face aux deux petits minois trempés qui le dévisageaient maintenant avec colère.
-Quoi quoi quoi ? Pourquoi vous me regardez comme ça ? Vous pensiez quand même pas que vous ressortiriez d'ici sans y avoir laissé des plumes ?
-Combien de fois devrais-je te répéter que cet endroit est un lieu public où la notion de partage est importante ? Comment veux-tu veiller au bien-être de ton prochain si tu te vautres de la sorte sans même penser au monde qui t'entoure ?
-Oh toi la sainte vierge, ferme-la !
Shaka repoussa ses mèches dorées et imbibées d'eau avec hargne : ce rustre de petit cancer n'y connaissait décidément rien en matière de religion ! Comparer bouddha, cet être sacré avec ce… cette créature catholique et imaginaire, c'était une offense impardonnable ! Pour sûr, son camarade finirait dans un des six mondes de la métempsychose mais le petit hindou hésitait encore : l'enfer ou le monde des bêtes ? Azura aurait aussi parfaitement convenu à l'être assoiffé de sang qu'il voyait en ce futur chevalier mais une éternité passée à côtoyer des mécréants de son espèce aurait été un châtiment bien trop doux pour le cancer.
-Shaka a raison, Angelo, t'es vraiment pas chic !
-Et toi t'es juste un petit enquiquineur coincé du slip qui ne sait pas s'amuser !
Mu tapa de tous ses sabots contre la paroi carrelée du bassin : premièrement il n'était pas petit, deuxièmement, 'enquiquineur' était un mot qui n'avait pas sa place parmi les nombreux adjectifs élogieux qui le caractérisaient habituellement si bien et troisièmement, il n'était pas coincé du slip, il essayait simplement de mettre en pratique la bonne éducation qu'il avait reçue de son maître et qui était visiblement inconnue du cancer. D'un commun accord, vierge et bélier battirent en retraite, voguant vers d'autres horizons plus cléments et surtout plus calmes, là où ils pourraient enfin discuter philosophie sans être dérangés par un être dépourvu de tout esprit de camaraderie qui essayerait de les aplatir sous son poids de bœuf.
-Mon cher Mu, nos cheveux auront bien besoin d'un soin à la camomille, si nous voulons venir à bout de ce poison chloré, déclara Shaka en essayant vainement de remettre son bonnet de bain.
-Ne t'en fais pas pour ça, je suis certain que mon maître à tout prévu, répondit Mu, persuadé qu'il n'y avait rien que son maître Shion ne possède pas.
Angelo se fendit d'un sourire carnassier en voyant ses victimes plier bagage : Mu et Shaka hors de portée, il avait maintenant toute la grande profondeur pour lui tout seul, ce qui signifiait plongeons et triples saltos arrière sans avoir à subir les discours moralistes et barbants de deux petites chastes tout aussi pénibles à supporter, le paradis quoi !
-Allez Aiolia, courage, tu peux le faire !
-Non non non et non !
Armé d'un pince-nez et de grosses lunettes qui lui donnaient une allure aussi élégante que celle d'un pingouin en tutu voilé et talons aiguilles, Aiolia, fermement accroché de toutes ses griffes au bord refusait obstinément de se lancer au milieu des eaux ténébreuses et, ni les encouragements de Shura, ni ceux de son grand frère Aiolos n'y changèrent rien. Il ne bougerait pas, point final. Fin de la discussion, et qu'on ne l'embête plus avec ça !
-Oh allez, arrête de faire le bébé !
-Toi t'as rien à me dire !
Oui parce que c'était tout de même foutrement déplacé de la part d'un petit espagnol qui avait fait pipi au lit jusqu'à ses six ans de le traiter lui, Aiolia, de bébé. Il n'était pas un bébé il n'aimait juste pas l'eau, c'est tout. Shura n'aimait pas les moules eh bien lui il n'aimait pas l'eau pas besoin d'essayer de chercher plus loin. Et puis d'abord il faisait encore ce qu'il voulait : s'il n'avait pas envie de se baigner, il ne se baignerait pas, personne ne pouvait l'obliger.
-Petit frère, je sais que tu peux le faire. Tiens, prends ma main et laisse-moi t'aider.
-Aiolos mais qu'est-ce que tu fais ? Arrête ! J'ai pas envie qu'on voit que mon frère m'aide, c'est la honte !
C'était la nouvelle tendance adoptée par le lionceau : il avait honte de tout et de tout le monde. Il faut dire qu'avoir découvert que ses deux plus fidèles amis se livraient à la débauche gay sans en rougir lui avait fait un sacré choc ! Qu'Aphrodite soit passé du côté obscur de la force, il pouvait encore le comprendre mais Angelo, le seul petit garçon viril qu'il avait dégoté, c'était un scandale ! Si même lui n'avait pas pu résister à la curiosité de tester des sensations nouvelles, toute la chevalerie était perdue, vouée à une existence charnelle contre nature.
-Aiolia, on est dans la petite profondeur, tu ne risques rien.
-Je sais mais j'en pas envie.
-Alors pourquoi est-ce que tu as sorti l'artillerie lourde ?
-Ce sont tes cadeaux !
-Tu exagères petit frère, je ne t'ai jamais offert de tuba ni de palmes.
Le petit garçon rougit face à la remarque de son frère, en lâchant même la palme qu'il était prêt à enfiler : décidément Aiolos ne lui était d'aucun secours ! Au lieu de le suivre dans son raisonnement, il avait fallu que ce grand dadais démente ses dires, le plongeant ainsi dans le mensonge. Bon d'accord, Aiolia avait peut-être volé un peu d'argent au chevalier du lion mais c'était simplement pour assurer ses arrières ! Il ne tenait pas à mourir noyé dans cet endroit sordide alors qu'il était promis à une belle carrière de chevalier d'or, ça aurait été trop stupide !
-De toute façon c'est ta faute si j'en suis arrivé là ! Si tu m'avais appris à nager bah je serai pas en train de me ridiculiser !
-Dois-je te rappeler que la dernière fois que j'ai essayé de te jeter à l'eau tu m'as mordu à sang ? Demanda le plus âgé en lui dévoilant la petite cicatrice qu'il lui avait laissé en guise de souvenir.
A court d'argument, blessé dans son amour-propre de petit garçon, Aiolia refusa tout de même de quitter le bord. De toute façon, il était arrivé au point de non- retour alors, plutôt que de se ridiculiser définitivement en allant barboter comme un poisson manchot, il préférait sauver les quelques bribes d'honneur qu'il lui restait et se confiner dans son entêtement. Il ne quitterait pas le bord, point.
Camus fronça son petit nez français, ayant depuis longtemps oublié Aphrodite, qui l'avait finalement convaincu de jouer aux dents de la mer. Milo était étonnamment calme, assis au bord de la piscine, battant vigoureusement de ses petits pieds grecs dans l'eau chlorée. Il n'était pas encore passé à l'attaque, n'était pas venu geindre auprès de lui et n'avait même pas encore insulté Aphrodite et ça, ce n'était pas normal du tout. Il avait l'air si sage avec ses petits cheveux bouclés qui lui collaient à la peau que s'en était presque effrayant. ''Sage'' n'était pas un qualificatif qui s'associait au petit scorpion.
-Camuuuuuuuuuus ! Youhouuuuu ! Attentioooon, le gros vilain requin va venir te manger !
A ce moment précis, quand Milo éclata de rire, Camus aurait voulu disparaître. Il aurait donné n'importe quoi pour être doté de branchies qui lui auraient permis d'aller se tapir au fin fond de la piscine comme la touffe de cheveux turquoise disparaissait à nouveau sous l'eau. Mais pourquoi diable avait-il accepté la proposition d'Aphrodite ? Maintenant il devait le supporter, lui et ses lubies débiles. Qu'avait-il fait pour mériter ça ? Entre un Milo qui jouait leur amitié et un Aphrodite qui le tournait en ridicule, le petit français ne savait vraiment pas ce qui était le pire.
Assis au bord de la piscine, Milo profitait pleinement de ce spectacle : si son ami Camus n'avait pas été aussi rancunier, il ne serait pas en position d'appât pour requin non, il serait avec lui, Milo, futur chevalier d'or du scorpion, petit garçon qui avait juré de tout faire pour rendre son meilleur ami heureux. Bon il avait peut-être failli à sa promesse ce matin mais il ne pouvait pas deviner qu'il allait perdre face à ce petit traitre d'Aphrodite ! Le jeune grec perdit rapidement son sourire quand il vit le suédois sortir de l'eau pour venir s'accrocher à la taille de SON meilleur ami. C'en était trop. Il devait en finir et vite.
Le petit français fronça d'avantage les sourcils quand Milo nagea vers eux, visiblement contrarié, et il aurait parié ses réserves de bonbons que le petit poisson collé contre lui y était pour quelque chose. Maintenant il ne lui restait plus qu'à espérer que Milo réussirait à se contrôler et qu'il ne se jetterait pas sur eux pour tenter d'étriper le suédois à coups d'ongles rongés. Ce serait vraiment trop dégoûtant.
-Aphrodiiite, minauda le petit garçon en arrivant à leur hauteur, je voudrais m'excuser.
Alors là, Camus n'y comprenait plus rien ! Est-ce que Milo était vraiment tombé sur la tête ? Lui, s'excuser ? Admettre qu'il avait eu tort face à ce qu'il appelait son ''ennemi numéro un'' ? Ce n'était pas possible, ce n'était pas Milo !
-Je me suis emporté tout à l'heure. Tu as raison, tu avais tout à fait le droit d'être assis auprès de Camus, tu avais gagné notre petit jeu.
Le mini verseau eut presque envie de se jeter sur celui qu'il pensait être son meilleur ami pour prendre sa température. Non mais…depuis quand acceptait-il qu'un autre enfant passe du temps avec lui ? Et si tout ça n'avait été qu'une grosse mascarade ? Si Milo l'avait fait exprès pour se débarrasser de lui et se trouver un nouveau meilleur ami qui lui au moins ne passerait pas tout son temps le nez plongé dans un livre et qui accepterait d'avoir un bébé avec lui ? Oh ce serait vraiment terrible ! Milo était son meilleur ami, il ne pouvait pas en avoir d'autre, c'était contraire aux règles d'amitié. Meilleurs amis un jour, meilleurs amis toujours, c'était la devise que le verseau avait adoptée.
-D'ailleurs pour me faire pardonner, je voudrais t'offrir un cadeau, est-ce que tu veux bien m'accompagner aux vestiaires ?
-Bien sûr ! Camus, attends-moi là !
Le petit sourire en coin qu'arborait Milo au moment où Aphrodite sortit de l'eau n'échappa pas à Camus, qui connaissait à présent son gaffeur de meilleur ami sur le bout des doigts : Milo avait encore préparé un sale coup et le pauvre petit suédois en serait la prochaine victime. Le français ne sut pas s'il devait se réjouir d'être enfin débarrassé de cette sangsue criarde ou s'il devait craindre le retour diabolique de son plus fervent soupirant. Il choisit de ne faire ni l'un ni l'autre et de simplement profiter de ce moment de calme avant la tempête. Parce que, si Milo était prêt à employer les grands moyens pour se venger d'Aphrodite, il devait être tout aussi prêt à tout faire pour récupérer l'amitié de son meilleur ami qu'il pensait avoir perdu. Camus aurait bien besoin de quelques minutes de calme pour décider ce qu'il réclamerait comme cadeau cette fois…
Angelo, futur chevalier d'or du cancer et petit garçon réputé pour son caractère impulsif et violent, tapa du poing dans l'eau claire : cette petite catin d'Aphrodite n'en avait pas eu assez avec Camus, maintenant il fallait qu'il se fasse aussi Milo et cette perspective de voir tout le sanctuaire défiler dans les bras de celui qui était encore un an plus tôt son meilleur ami n'enchantait guère un cancer possessif et jaloux.
Aphrodite était à lui, merde ! Ce petit enjôleur de Milo n'avait qu'à s'occuper des fesses frigides de son français de pacotille. Même s'il feignait l'indifférence, Angelo avait souffert de voir son meilleur ami s'éloigner de lui peu à peu. Bon d'accord, il y avait peut-être été un peu fort avec cette histoire de méduse mais c'est qu'il n'y connaissait rien en matière de baiser, lui. Et surtout, il ne pensait pas que son meilleur ami se vexerait de la sorte d'habitude Aphrodite prenait toujours ses remarques à la légère.
Qu'est-ce que son meilleur ami pouvait bien trouver de passionnant à rester en compagnie du rat de bibliothèque et de son fidèle bichon ? Lui, Angelo, futur chevalier du cancer, était bien plus amusant avec ses blagues et ses bêtises. Pas comme Camus et Milo, qui passaient le plus clair de leur temps à roucouler sur la plage ! En plus le grec était triste au possible, avec toutes ses tentatives d'amoureux transit pour conquérir un Calippo français qui usait de ses yeux doux pour lui soutirer jusqu'au dernier bonbon. Angelo lui, n'avait pas besoin de belles paroles pour reconquérir Aphrodite, non. Il savait pertinemment ce qu'il devait faire mon son orgueil italien l'empêchait de sauter le pas.
Mais il devait bien se rendre à l'évidence : l'heure était grave. Il avait tout intérêt à passer à l'action et vite, avant que son meilleur ami soit si désespéré qu'il se jette dans les bras bouddhistes de Shaka.
-Je suis ravi de voir que tu as retrouvé tes esprits, Milo. Je ne voudrais pas que ma relation avec Camus fasse de toi un petit garçon aigri…
-Mais bien sûr Aphrodite, pas de problème.
Sa 'relation avec Camus'. Si cette fillette qui fleurait le bain douche à la rose par tous les pores pensait vraiment que Milo, qui ne jurait que par son odeur corporelle naturelle, allait lui servir son Camus adoré sur un plateau d'argent sans même bouger le petit doigt pour essayer de le récupérer, il se trompait. Son Camus était à lui et il comptait bien mettre les choses au point avec lui. Relation avec Camus il ne partagerait point, foi de scorpion en pleine effervescence amoureuse.
-Alors, qu'est-ce que tu voulais me faire comme cadeau ? Demanda le suédois, toujours ravi à l'idée d'être couvert de présents très beaux et surtout très chers.
-Ça ! Répondit fièrement le scorpion en brandissant un…
-…Chapeau de paille ? Mais il est miteux ton cadeau !
-Tu me fais beaucoup de peine, Aphrodite ! C'est un souvenir de ma défunte maman, tu ne peux pas refuser !
Et sans même lui laisser le temps de réagir, le grec lui colla le couvre-chef sur sa petite caboche turquoise avant de le pousser jusqu'au miroir des vestiaires, le laissant admirer l'allure paysanne que ce faux souvenir lui donnait. Et, comme il s'y attendait, miss sanctuaire eut une mine de dégoût avant de violemment retirer l'affreux chapeau de paille que Milo avait dégotté dans une poubelle à côté du vestiaire réservé aux femmes chevaliers.
-Tu n'aimes pas mon cadeau ? Demanda-t-il innocemment, un énorme sourire collé aux lèvres.
-Bien sûr que non ! Je ne suis pas un SDF, Milo ! Et arrête de te moquer de moi, je ne vois vraiment pas ce qu'il y a de drôle !
-Excuse-moi mais…tu as quelque chose dans les cheveux.
Aphrodite haussa les sourcils, se demandant quel vilain tour lui jouait encore son camarade mais, pour avoir la conscience tranquille, il jeta tout de même un coup d'œil dans la glace et c'est là qu'il vit la bête. Elle était là, hideuse, attendant la moindre occasion pour creuser un trou dans son crâne et s'immiscer dans son cerveau d'enfant. Derrière lui, Milo hurla de rire quand son pire ennemi se mit à hurler en se tapant la tête, ne cherchant plus à conserver son brushing qui n'en n'était plus vraiment un depuis sa petite escapade à la piscine. C'était vraiment drôle de voir Aphrodite danser d'un pied à l'autre en balançant sa chevelure dans tous les sens, à l'image d'un fan en transe pendant un concert de hard métal. Même si Milo n'avait jamais assisté à un concert et qu'il ne connaissait pas le hard métal, il trouvait tout de même ça marrant.
Son fou rire atteint son paroxysme lorsqu'il vit avec plaisir son petit Scorpii quitter les cheveux à présent emmêlés du suédois pour descendre le long de sa nuque. Oh et Aphrodite qui ne s'arrêtait plus de hurler avec sa voix aiguë de fille, c'était à mourir de rire.
-Milo ! Miloooo ! Tu me le payeras ! Je te jure que tu me le payeras !
Le petit garçon ne demanda pas son reste et fila net à l'extérieur des vestiaires. Il ne s'inquiétait pas pour son bébé, il parviendrait très bien à s'en sortir et retrouverait sans aucun doute sa cachette, à l'abri dans son sac défraîchi de natation. Maintenant qu'il avait affirmé sa suprématie sur le soupirant de son Camus, il devait tout faire pour s'excuser auprès de son meilleur ami. Et, aussi facile qu'avait été sa tâche d'évincer Aphrodite, celle de se rabibocher avec son meilleur copain serait d'autant plus ardue. Camus était un être à manipuler avec des pincettes, surtout lorsqu'il était vexé.
Camus entendit un cri strident, empreinte vocale fort peu masculine qui ne caractérisait que trop bien Aphrodite des poissons. Il vit ensuite le grand pope courir aussi vite que ses vieilles années le lui permettaient vers les vestiaires, soulevant sa lourde toge pour traverser le pédiluve dégoûtant qu'avaient traversé tant de petits petons propres ou sales et suivit de près par un Angelo qui filait à toute allure sur ses petites guiboles de crustacé. C'est à ce moment-là qu'il comprit que Milo avait encore frappé.
Sa pensé se confirma quand il vit le visage de son meilleur ami se profiler au bord de la piscine et que ce meilleur ami en question le rejoignit, tout sourire, visiblement ravi du petit effet qu'il avait provoqué.
-Qu'est-ce que tu as encore fait, Milo ?
Le grec rentra la tête dans les épaules, n'appréciant que moyennement le ton froid qu'avait employé son français pour lui parler. Décidément, il aurait besoin de toute sa patience et surtout de tout son charme pour adoucir la colère de celui qu'il ne doutait plus être son futur petit ami. Oui parce que Milo ne faisait pas tout ça pour rien ! S'il usait de tant d'acharnement pour garder son meilleur ami pour lui tout seul, c'était uniquement dans le but de le faire sien plus tard. Camus était l'homme de sa vie, il en était certain !
-Mon Camus, miaula-t-il d'un ton affreusement mielleux en se rapprochant de lui, tu es encore fâché contre moi ?
-Bien sûr que oui !
-Mais pourquoi ?
-Pourquoi ? Pourquoi ? Est-ce que tu as déjà oublié qu'à cause de toi j'ai été obligé de supporter Aphrodite toute une journée ?
-Oh mais ça ne semblait pas te déranger, dans le car, attaqua Milo, qui se souvenait parfaitement du rire de son meilleur ami quand ce crétin d'Aphrodite lui racontait des blagues même pas drôles !
-Je n'ai aucun compte à te rendre, Milo !
Et voilà que les deux enfants étaient partis dans une de leurs interminables scènes de ménage. C'avait toujours été comme ça entre eux : l'apprenti scorpion, gonflé d'un amour jaloux, faisait toutes sortes de reproches à Camus qui, lui-même gravement atteint d'un syndrome de pureté hyper-développé, contre-attaquait en rappelant à son meilleur ami à quel point il ne lui appartenait pas. Meilleur ami qui d'ailleurs se révoltait de tout son être en hurlant haut et fort que Camus était à lui et à lui seul. Et parfois, ces disputes pouvaient durer de longues heures, jusqu'à ce qu'ils tombent tous deux d'épuisement ou que Milo ne supporte plus la distance que le séparait de son meilleur copain.
-J'ai les doigts tous fripés, geint le petit garçon à la longue chevelure lilas en sortant une main de l'eau.
Voilà ce qui arrivait quand on passait de longues heures à patauger dans un bain bulle pour discuter philosophie bouddhiste et philosophie bouddhiste tibétaine avec un être qui croyait être la réincarnation vivante de bouddha. Le petit Mu en payait maintenant les pots cassés, regardant avec horreur sa peau flétrie qui lui donnait un air de vieil homme, probablement aussi vieux que son maître Shion. Heureusement que Shaka, être habituellement égoïste et hautain, était prêt à tous les sacrifices lorsqu'il s'agissait de gagner des points auprès de Mu, seul être doté d'assez d'intelligence pour converser avec lui des problèmes essentiels de la vie.
-Ne t'inquiète pas, mon maître a une crème au concombre et melon qui fait des merveilles ! Je pourrais t'en prêter si tu me prêtes ton baume à la camomille.
Oui parce que la bonté du petit Shaka avait tout de même des limites ! C'était un donné pour un rendu et, dans l'esprit étroit du mini bouddha, s'il aidait Mu à retrouver ses petites menottes d'antan, il était tout naturel qu'en retour son ami l'aide à retrouver une chevelure brillante de vitalité.
-Oh ce serait merveilleux ! Mon maître est si vieux et pourtant si jeune…il n'a pas une ride, tu comprends donc pourquoi il n'a pas dans ses placards le moindre baume pour peau fripée !
Plongé dans un de ses délires psychotiques, demandant à bouddha si vraiment il devait autoriser Mu à bénéficier des vertus de ses produits de beauté et si vraiment cet acte n'était pas un acte de faiblesse qui le conduirait tout droit à sa perte, Shaka de la vierge ne tiqua même pas quand son ami sous-entendit bien maladroitement que son maître Anantram ressemblait à une vieille peau, tellement vieille qu'il était bien obligé d'avoir des réserves de crème anti rides.
-Bien Mu, le grand bouddha a tranché. Tu auras l'immense honneur de tremper ton petit doigt potelé dans mon pot de crème concombre et melon.
Le bélier grimaça : ses doigts d'enfant n'étaient pas potelés ! Au contraire, il avait des doigts fins et graciles au bout desquels pointaient fièrement des petits ongles parfaitement manucurés. Bah, il ne pouvait pas en vouloir à Shaka : le pauvre ne devait pas y voir grand-chose sous ses paupières obstinément closes ! Le petit Mu admirait grandement son ami lui, même avec les yeux grands ouverts, il se trébuchait toujours dans la carpette en soie qui décorait le hall d'entrée du sixième temple tandis que Shaka ne vacillait même pas ! Ça devait probablement être ses chakras ou une autre sorte de magie noire dont lui seul avait le secret.
-Alors on est d'accord : tous les bonbons au chocolat.
-Oui !
-Et tu porteras mes livres quand je devrai les ramener à la bibliothèque.
-Oui !
-Et tu nettoieras ma chambre pendant un mois.
-Tout ce que tu voudras mon Camus !
Le petit français eut un sourire victorieux : c'était vraiment trop facile de réduire Milo en esclavage. Il lui avait suffi de bouder quelques minutes, de lui jurer qu'il ne pourrait jamais lui pardonner ce qu'il avait fait et de nager quelques mètres en direction des autres enfants pour que son meilleur ami lui saute dessus en pleurnichant, le suppliant de rester avec lui et lui promettant de faire tout ce qu'il voudrait. Voilà comment le petit Camus, enfant particulièrement intelligent pour ses neuf ans, avait réussi non seulement à renflouer ses réserves de friandises mais s'était en plus libéré des tâches barbantes auxquelles il était régulièrement soumis.
-Alors t'es toujours mon meilleur ami ?
-Oui.
-Et tu ne t'approcheras plus jamais d'Aphrodite ?
-Non.
L'arachnide miniature poussa un soupir de soulagement : encore un peu et il aurait perdu son Camus à lui pour de bon ! Il devait absolument se montrer vigilent sinon son futur petit ami se retrouverait en proie aux petits démons du sanctuaire et ça, jamais au grand jamais il ne le permettrait. Maintenant il voulait profiter pleinement de ses retrouvailles avec son meilleur ami et lui faire oublier l'acte terrible qu'il avait commis le matin même, à savoir tendre la main en hurlant ''papier''.
-Je te promets que je ferai plus jamais ça mon Camus !
-J'espère bien, Milo, c'était pas très gentil.
-Mais je pensais que tu voudrais être avec lui…Aphrodite est tout de temps avec toi maintenant !
Ce n'était pas facile pour un enfant de tout juste neuf ans de voir son meilleur ami aux prises d'un autre soupirant, surtout lorsqu'on s'appelait Milo et qu'on souffrait déjà d'un comportement paranoïaque digne des plus grands auteurs tragiques. Le petit garçon avait vu son français adoré s'éloigner de lui aussi surement que son cœur grec et malade le faisait souffrir.
-Oui mais moi je m'en fiche, c'est pas mon ami.
-Vrai ?
-Bien sûr ! C'est toi mon ami, tu le sais.
Il n'en fallu pas plus au petit cœur tendre de l'arachnide pour faire trois loopings dans sa poitrine, ravi et comblé par les mots de son meilleur ami. Aphrodite ne faisait pas le poids face à une amitié solide comme la leur, Milo venait de le comprendre et jamais plus il ne douterait des sentiments de Camus à son égard : non seulement il était maintenant certain d'avoir fait le bon choix en accordant toute son amitié au français mais en plus, il était de plus en plus sûr de lui quand il avançait que son meilleur ami deviendrait plus tard son petit copain. Il n'était pas bête, il savait que Camus tomberait amoureux de lui. Ce n'était qu'une question de temps !
-Allez viens mon Camus, on va jouer aux pirates !
-On ne peut pas plutôt jouer à ''Atlantide le monde perdu'' ? Demanda le littéraire français en souvent tout de même son meilleur ami jusqu'au tremplin.
-Oh non Camus ! C'est nul ça ! Bon reste là et joue la demoiselle en détresse !
Camus ouvrit la bouche, la referma puis l'ouvrit encore et la referma une seconde fois : comment ça 'la demoiselle en détresse' ? Milo était vraiment trop embêtant à toujours le prendre pour une fille. Il allait lui montrer lui s'il n'était pas un garçon et un vrai ! Milo ne perdait rien pour attendre, ce n'était qu'une question de temps…
-Allez Aiolia, avec ça tu ne risques rien !
Toujours plongé dans son mutisme, le lionceau avait finalement abandonné frère et ami dans la piscine et avait lentement mais surement rejoint la chaise longue qui trônait au bord, plus proche de la sortie que du bassin. Il avait pris cette initiative quand son grand frère lui était tombé dessus avec une bouée gonflable en forme de bébé otarie qu'il l'avait obligé à enfiler. Et maintenant, ses lunettes collées sur le front, armé de sa bouée et de ses palmes, la marque de son pince-nez en guise de décoration nasale, il boudait ferme.
-Ptit frère, je serai là pour t'aider, je te le promets.
L'aider à se ridiculiser, oui !
-Moi en tout cas, quand j'irai raconter ça aux filles tu vas être trop ridicule !
Aiolia fusilla le futur capricorne du regard avec l'air de dire : 'un mot de cette histoire et je t'arrache la langue', que Shura feint d'ignorer en haussant les épaules. Non mais tout de même, il n'allait pas faire ça ! Et pourtant, il savait que son nouvel ami n'hésiterait pas à aller tout raconter aux jolies filles sur lesquelles il lorgnait depuis plusieurs semaines. Il n'avait vraiment pas de chance en amitié : d'abord il tombait sur deux tantouzes précoces et maintenant il était confronté à un sale gosse tout juste propre et qui le menait par bout du nez.
-T'es rien qu'un sale traitre Shura !
-Peut-être…mais je ne te dis pas la tête qu'elles feront quand elles sauront qu'un futur chevalier d'or a peur.
-J'ai pas peur !
-Alors prouve-le !
Secouant sa crinière brune, Aiolia puisa en lui tout l'orgueil qu'il avait et avança courageusement vers le bord de la piscine, se trébuchant tous les quinze centimètres à cause de ses palmes trop grandes. Il remit son pince-nez et ses lunettes en place et compta mentalement jusqu'à trois. Un…Deux…Deux et un dixième…deux et deux dixièmes…deux et deux dixièmes et demi…deux et trois dixièmes…deux et trois dixièmes et demi…deux et trois dixièmes trois quart…deux et…Et plus rien. Il se retrouva le derrière dans l'eau et, s'il n'avait pas été entouré de sa bouée otarie, il aurait coulé vers le fond comme un gros caillou. Derrière lui, il pouvait entendre le rire vicieux de Shura.
-Espèce d'imbécile !
Non parce que maintenant, il aimerait bien qu'on lui explique comment il allait rejoindre le bord ! En plus il avait perdu ses palmes dans la bataille et sa bouée otarie lui était remontée jusqu'en-dessous des bras, l'empêchant même de bouger. Bon c'était le moment pour super grand-frère d'entrer en action alors…pourquoi est-ce qu'il le regardait avec cette tête-là ? Qu'est-ce qu'il avait ? Il vit finalement Aiolos tendre le bras, lui indiquant de se retourner, ce qu'Aiolia fit, découvrant avec horreur qu'il se trouvait juste à la sortie du toboggan…et qu'Aldébaran fonçait droit sur lui.
-Grand frère ! Couina-t-il avant de se faire littéralement engloutir par une vague d'eau chlorée après qu'Aldébaran se soit violemment écrasé sur sa petite caboche, l'éjectant de sa bouée otarie, dernier rempart qui lui empêchait la noyade.
Alors qu'il se débattait dans l'eau claire comme un chaton qui cherche à échapper aux mains habiles de son maître, le grec hydrophobe sentit deux bras enserrer sa taille et le faire remonter à la surface.
-Ça va petit frère ? Entendit-il lui murmurer son frère comme il crachait à présent des litres d'eau.
Décidément, la simplicité d'esprit d'Aiolos le surprendrait toujours : bien sûr que non ça n'allait pas ! Non seulement il venait de vivre une deuxième et douloureuse trahison amicale mais en plus, comme si ce n'était pas assez, il avait été percuté de plein fouet par un bébé trois tonnes à cornes. Alors non, bien sûr que ça n'allait pas ! Retrouvant peu à peu une respiration normale, il se blottit dans les bras de son grand frère après tout au point où il en était son humiliation ne pouvait pas être pire alors autant profiter de ce petit moment.
Quand il sortit finalement de l'eau et que même son frère ne put s'empêcher de pouffer, il sut que la situation pouvait toujours être pire : son caleçon avait sournoisement glissé sous ses fesses rebondies.
-Milo, futur chevalier du scorpion, sache que ton comportement me déçoit beaucoup.
-Mais grand pope…
-Ne m'interromps pas !
Debout au bord de la piscine, un air coupable sur sa petite bouille bronzée, Milo faisait courageusement face aux réprimandes de Shion, qui en avait plus qu'assez de devoir gérer ces enfantillages. ''Grand pope, il m'a tiré les cheveux'', ''Grand pope, il m'a insulté'', ''Grand pope, il m'a volé mon dessert, ''Grand pope il m'a mis un scorpion sur la tête''…Non mais ces enfants allaient devenir chevaliers d'or oui ou non ? Shion avait de plus en plus l'impression d'avoir à faire à des tous petits à peine sortis des couches plutôt qu'à des enfants de neuf censés être dotés d'un minimum de jugeote et de bonne conduite. Mais qu'avaient donc faire leurs maîtres de leur éducation ?
-Que tu sois en colère contre Aphrodite, je peux le comprendre, que tu te sentes blessé par l'abandon de ton meilleur ami, ça aussi je peux le comprendre tout comme ma grande tolérance peut concevoir que tu souhaites régler tes comptes mais…que tu te serves de cette infâme créature comme d'une arme, c'est tout bonnement inadmissible, Milo !
-Scorpii n'est pas une infâme créature, c'est notre bébé !
-Ça suffit !
Fidèlement dressé aux côtés de son meilleur ami, Camus ne pipait mot : il avait rarement vu le maître de son ami Mu dans un tel état de colère. Cette fois, Milo avait vraiment dépassé les bornes et Camus craignait pour le sort de son meilleur copain. Après tout, c'était un peu de sa faute s'il avait été poussé dans ses retranchements : peut-être qu'il n'aurait pas dû se montrer aussi odieux et rester avec Milo, rien de tout ça ne serait arrivé !
-Puisque c'est ainsi, je te confisque ton animal jusqu'à nouvel ordre.
-Quoi ? Mais vous n'avez pas le droit !
-Dois-je te rappeler lequel d'entre nous est le grand pope ? J'ai tous les droits, répondit calmement le dit grand pope comme Milo se jetait déjà dans les bras de Camus en pleurant.
Le mini verseau jeta un regard noir à Shion, visiblement mécontent de sentir le corps tout poisseux de son meilleur ami venir se coller au sien. Le grand pope ne réfléchissait vraiment pas à la conséquence de ses actes ! Ah c'était facile pour sa sainteté de distribuer des punitions à tout va mais après c'était lui, petit Camus de neuf ans qui devait ramasser le cœur en miettes de son meilleur ami à la petite cuillère et en recoller les morceaux. Pas la peine de préciser que ce n'était pas une tâche facile.
-Camus ! Camus c'est horrible, il veut nous prendre Scorpii !
-Je sais, j'ai entendu Milo.
-Fais quelque chose !
Le français lança un regard à la petite bestiole prise au piège dans un vieux pot de confiture vide -et d'ailleurs, que faisait leur grand pope avec un pot de confiture vide sur lui ? – bon, au moins Shion avait fait des trous dans le couvercle Scorpii ne risquait donc pas l'asphyxie.
-Ne t'inquiète pas Milo, il ne lui fera pas de mal.
-Alors…alors tu vas abandonner notre bébé ?
-Ce n'est pas notre bébé. Et de toute façon on ne peut rien faire.
C'est vrai quoi, ils n'allaient tout de même pas se jeter sur le grand pope pour le pousser à l'eau, n'est-ce pas ? Ou alors ils devaient espérer très fort que Shion ne sache pas nager et qu'il se noie, sinon ils subiraient la plus grosse correction de leur courte vie. Et puis Camus avait reçu une trop bonne éducation pour se risquer à tenir tête au grand pope et ainsi décevoir son maître Cristal.
-Allez Milo, arrête de pleurer, murmura-t-il, un faux air de compassion dans la voix tout en lui tapotant le haut du dos.
-Mais…mais Scorpii...oh Camus c'est horrible !
Non mais vraiment, il en avait par-dessus la tête lui de jouer au baby-sitter ! Il n'avait pas une minute de répit, entre Aphrodite qui voulait toujours être rassuré sur sa beauté parfaite et Milo qui fondait en larmes à la moindre contrariété. Et lui hein ? Qui s'occupait de lui ? Qui le consolait quand il était à bout de nerfs ? Oh oui, Milo, bien sûr ! Milo qui feignait de le consoler pour profiter de se coller à lui et essayer de lui faire des bisous. Elle était belle, l'amitié, pensa-t-il en entraînant son meilleur ami vers les vestiaires comme le grand pope rappelait les autres enfants. Vraiment trop injuste !
Prenez une demi-douzaine de bambins en culottes courtes, ajoutez-y une bonne dose de bêtises et remuez le tout. Assaisonnez d'un zeste de mauvaise foi et laissez reposer au frais quelques années. Voilà la recette pour obtenir un Saga plus gris que jamais, en dépit de sa chevelure encore étrangement bleutée. Resté seul pendant la petite excursion de ses pires cauchemars, le futur gémeau profitait pleinement de ce moment de calme pour peaufiner son plan.
Puisque Kanon était maintenant du côté des enfants et surveillait ses moindres faits et gestes, Saga allait frapper au cœur du problème : le grand pope. Si ce vieux débris prenait un peu plus ses responsabilités au sérieux et un peu plus ses problèmes à cœur, il n'en serait pas là aujourd'hui. C'est vrai quoi, il était persuadé que ce petit traitre de Kanon n'avait pas perdu une minute pour rapporter son humiliation jusqu'aux oreilles tibétaines et pourtant, Shion n'avait même pas puni les gredins !
Saga avait donc décidé de se débarrasser de Shion d'abord. Une fois le grand pope hors-jeu, il pourrait lui-même prendre les rênes du commandement et il prendrait alors un malin plaisir à mettre les enfants hors d'état de nuire. Et si jamais Kanon se dressait sur son chemin, il n'aurait aucun remord à lui faire subir le même sort. Après tout, son ''petit frère'' n'en avait eu aucun à l'humilier. C'était à son tour de prendre sa revanche maintenant.
-C'est bon Aphro, arrête de couiner comme un bébé.
-Mais je le sens encore sur ma tête !
-Il n'y est plus, assura le petit cancer en brossant ses cheveux emmêlés.
Ils étaient tous rentrés au sanctuaire, accompagnés d'un Shion en rogne. Non seulement il était toujours en colère à cause du comportement de Milo mais en plus, quand Angelo s'était littéralement jeté sur le mini scorpion en hurlant ''je vais t'arracher les yeux'' et que Camus avait répliqué d'un glacial ''ose lever la main sur lui et je te gèle les tiens'', le grand pope avait explosé. Si Kanon ne s'était pas interposé pour séparer le petit cancer au sang chaud et un scorpion à présent liquéfié de bonheur amoureux par les paroles de son meilleur ami, Shion aurait très probablement été capable de commettre un infanticide.
-Et puis d'abord qu'est-ce qu'il t'a pris de traîner avec ces ringards ?
-Camus c'est pas un ringard. C'est juste Milo qui fait toujours tout rater !
Frétillant de jalousie, le futur chevalier d'or du cancer ne put retenir une insulte italienne que lui seul comprenait. Depuis quand ce petit glaçon hautain et coincé intéressait-il son meilleur ami ? Non mais franchement, qu'est-ce qu'ils lui trouvaient tous à celui-là ? D'abord Milo et ses déclarations imbéciles et maintenant Aphrodite ! SON Aphrodite, SON meilleur ami, celui qui, lorsqu'ils étaient enfants, prenaient un malin plaisir à embêter le petit verseau timide et introverti.
-Toute façon tu perdais ton temps, si tu pensais vraiment que Camus se laisserait embrasser, tu rêves !
-L'espoir fait vivre…
-Franchement, tu voudrais l'embrasser, ce petit rat de bibliothèque ?
Aphrodite haussa les épaules.
-Lui au moins je suis certain qu'il apprécierait mes talents à leur juste valeur.
C'était donc ça le suédois nourrissait toujours une profonde rancune envers lui. Il n'avait rien oublié de l'abominable et humiliante réflexion que lui avait faite son prétendu meilleur ami. Il n'avait rien oublié de la méduse ! Angelo soupira vraiment Aphrodite donnait de l'importance à des choses si futiles ! Il lui avait juste dit la vérité ce jour-là ce n'était tout de même pas de sa faute s'il était trop expressif. Il n'avait pas aimé le bisou et il le lui avait bien fait comprendre mais maintenant qu'il prenait conscience d'avoir froissé son meilleur ami, il s'en voulait un peu. Et surtout, il était hors de question qu'il laisse qui que ce soit d'autre fourrer sa langue dans la bouche d'Aphrodite, ça non !
-Voyons Aphro, t'es pas fâché pour ça quand même ?
-T'as dit que ma langue c'était une méduse !
Le petit poisson croisa les bras sur son torse pour s'adonner à son activité favorite : bouder. Enfin non, son activité favorite était de rapporter des petits potins croustillants qu'il déformait habilement mais bouder était aussi un passe-temps qu'il aimait beaucoup et qui lui permettait souvent d'arriver à ses fins…Au fond s'il avait fait tout ça, c'était uniquement dans le but de rendre Angelo jaloux rien de plus.
-Mais non Aphrodite…écoute…et écoute-moi bien parce que je le répéterai pas, ok ? Je suis désolé, je voulais pas te faire de la peine et puis, c'était pas si nul que ça, t'en fais pas.
Moyennement satisfait par le ''pas si nul que ça'', Aphrodite dut tout de même reconnaître que la petit déclaration de son ami le touchait. Après tout, si Angelo disait ça c'est qu'il le pensait vraiment. Et s'il le pensait vraiment alors il pourrait peut-être le pardonner. Peut-être…
-Bon d'accord, je veux bien faire la paix mais à une seule condition.
-C'est-à-dire ? Demanda le petit italien d'un ton méfiant, sachant pertinemment de quoi pouvait être capable son meilleur ami.
-Tu me fais un autre bisou.
Angelo retint une grimace, pas certain que son suédois de meilleur ami apprécie beaucoup. Un…autre bisou gluant ? Oh non ! Mais dans quel pétrin avait-il encore réussi à se fourrer ? Il voyait déjà Aphrodite s'approcher de lui les yeux fermés et la bouche en cœur bon…''allez Angelo, t'es un mec oui ou non ? '', Pensa-t-il en décidant que oui, il était un mec un vrai. Il ferma lui aussi les yeux et, à la vitesse de la lumière, il embrassa à nouveau son camarade et sans faire le moindre commentaire cette fois. Aphrodite avait fait des progrès en matière de bisous !
Quand ils se séparèrent enfin, le futur chevalier des poissons arborait à nouveau son sourire de séducteur, parfaitement fier de lui. Sans perdre une seconde, il tira son meilleur ami par la main dans l'unique but de rejoindre sa petite chambre d'enfant : si son meilleur ami s'engageait à recommencer, alors peut-être qu'il accepterait de laisser Camus à Milo…
-C'est terrible, c'est affreux ! Pleurnicha Milo, un filet de fromage fondu au coin des lèvres. (1)
-Ça ne sert à rien de te morfondre, Milo, Scorpii est entre de bonnes mains, répondit Camus en croquant dans un quartier de sa pizza aux fruits de mer.
-Faux ! Il n'y a qu'avec nous que notre bébé est certain d'être en sécurité !
Camus fronça les sourcils, Milo avait une drôle notion de 'sécurité'. Il se souvenait encore que, pas plus tard qu'hier, son maître Cristal avait bien failli jeter Scorpii dans une casserole d'eau bouillante, le confondant avec une queue de langouste. Si la bestiole n'avait pas gigoté entre ses doigts, reniflant le danger qui se dégageaient des petits bulles de chaleur et si son maître ne l'avait pas heureusement balancé par terre, leur ''bébé'' serait mort ébouillanté. Et tout ça pourquoi ? Parce que Milo l'avait encore laissé s'échapper, criant haut et fort que Scorpii avait besoin d'un peu d'intimité. Selon Camus, la cuisine était un endroit bien peu sûr pour y laisser un arachnide en liberté mais bon…entre ce qu'il pensait et ce que Milo décidait, il y avait un monde de différence.
Il y avait aussi cette fois, où Milo s'était mis en tête d'apprendre à Scorpii comment aller aux toilettes…le pauvre scorpion était passé à deux doigts de la mort par noyade. Alors que le petit français cherchait dans son esprit d'autres preuves de l'irresponsabilité dont pouvait faire preuve Milo envers la créature qu'il nommait obstinément 'leur enfant', Milo éternua. Milo éternua et Camus regarda avec dégoût son bras d'enfant sur lequel un morceau de pizza quatre fromages mâché s'était déposé.
-Han Milo, c'est dégoûtant ! Tu pourrais faire attention !
-Pardon, nasonna le petit grec en s'essuyant la bouche d'un revers de main.
Et puis Milo renifla, éternua et renifla encore. Aussitôt, Camus lui colla une main sur le front pour vérifier qu'il n'ait pas de température : il ne manquerait plus que ça, que Milo soit malade ! Ce serait le pompon. Sans même tenir compte des plaintes de protestation de son meilleur ami, Camus eut vite fait de l'emmitoufler dans une grosse couverture en pilou malgré la température extérieure qui frôlait les trente-cinq degrés à l'ombre.
-Mais Camus arrête ! J'ai pas froid !
-Tu ne dois pas t'enrhumer, c'est pas bon pour ton cœur, c'est le docteur qui l'a dit.
-Oui mais…
-Et puis j'ai pas envie que tu m'éternues dessus pendant toute la nuit alors c'est soit la couverture maintenant, soit tu dors seul !
Ça, c'était un argument de taille qui cloua le bec au mini scorpion. Dormir sans son Camus ? Jamais de la vie ! Plutôt mourir de chaud avec cette fichue couverture sur le dos ! Vaincu, Milo termina néanmoins sa pizza quatre fromages, heureux d'avoir récupéré son meilleur ami et triste d'avoir perdu leur bébé adoré. Oh le grand pope était vraiment sans cœur : comment avait-il pu résister à ses grands yeux bleus suppliants ? Milo devrait revoir sa technique pour se faire prendre en pitié il devait y avoir une faille.
Collé sur sa chaise avec une assiette d'épinard sous le nez, Mu, futur chevalier d'or du bélier n'osait pas bouger le moindre de ses petits sabots. Et pour cause assis sur le canapé, le regard mauvais, son maître Shion ruminait. Et le petit Mu savait mieux que quiconque que, quand son maître ruminait, il était préférable de le laisser tranquille. Surtout que son maître lui avait déjà annoncé la couleur en le menaçant de tripler son nombre de pompages s'il ne terminait pas son assiette jusqu'à la dernière bouchée d'épinard à la crème qu'il détestait tant.
Alors du coup, Mu ruminait lui aussi, contrarié d'être la dernière victime de la colère du grand pope. Habituellement son maître Shion évitait les épinards parce qu'il savait qu'il n'aimait pas ça. Mais pas aujourd'hui. Aujourd'hui il était énervé et à qui la faute ? A ce satané Milo du scorpion qui n'était même pas fichu de préserver son petit ami des assauts enjôleurs d'Aphrodite des poissons !
Le bélier miniature piqua rageusement dans sa montagne d'épinard – oui, parce qu'en plus son maître Shion s'était assuré de lui en mettre une grosse louche- et retint une nausée rien qu'à l'odeur repoussante du petit tas d'herbe crémeux. Son malaise était en plus amplifié à cause de cet affreux bocal à confiture dans lequel se débattait une bête à pinces. Et dire que Milo osait défendre que cette chose repoussante et dangereuse était leur bébé, à Camus et à lui ! Pourquoi est-ce que son maître Shion avait ramené ça chez eux ? Pourquoi est-ce qu'il ne l'avait pas tout simplement lâché dans la nature, là où était sa place ?
C'était trop injuste le grand pope refusait catégoriquement de lui acheter un petit chien mais il acceptait d'héberger l'arachnide dangereux de Milo, cherchez l'erreur ! Toujours aussi boudeur, contrarié d'en plus ne pas avoir pu aller jouer chez Shaka, Mu termina courageusement ses épinards, souhaitant que Milo et toutes ses bêtises qui mettaient son maître Shion en colère, soit foudroyé d'un rhume qui le clouerait au lit et l'empêcherait de nuire !
-Cabus ?
-Quoi ?
-Tu crois qu'il ba bien ?
-Mais oui, Milo, grogna le français en recouvrant les épaules dénudées de son meilleur ami.
(…)
-Cabus ?
-Quoi ?
-Tu crois qu'il bange bien ?
-Arrête de t'en faire, le grand pope s'occupera bien de lui ! Répondit encore le mini verseau en obligeant vainement Milo à se moucher.
(…)
-Cabus ?
-Quoi encore ?
-Tu crois qu'on le reberra bientôt ?
-Oui. Maintenant dors sinon je demande au grand pope de le garder un peu plus longtemps.
(…)
Vers les deux heures du matin, Milo s'était finalement endormi. Camus cherchait en vain le sommeil, qui, dès qu'il pointait le bout de son nez, était troublé par les reniflements et les toussotements du grec, qui collait son corps brûlant contre le sien. Le français soupira de frustration sans le savoir il subissait le courroux de son camarade Mu, qui leur avait jeté un sort, quelques maisons plus bas. Décidément, il aurait vraiment mieux fait de se casser une jambe le jour où il avait choisi Milo comme meilleur ami: il lui portait la poisse…
(1) Cette petite expression me fait toujours penser à la chanson du Roi lion ''L'amour brille sous les étoiles''. Hum. Bref.
A dans 3 semaines :D
