Hello tout le monde!

Désolée,je suis horriblement en retard pour la publication de ce chapitre. J'avais des tas d'idées mais impossible de mettre les mots dessus alors, plutôt que de vous poster un chapitre baclé, j'ai préféré prendre un peu plus de temps. D'ailleurs vous pourrez voir que ce chapitre est plus long que les autres (pardonnée? :P).

Je n'ai pas eu le temps de vous répondre en privé alors je remercie tout le monde pour vos reviews qui me font toujours autant plaisir! Petite pensée à Hemere, qui a dû passer beaucoup de temps à rattaper son 'retard',merci beaucoup :p.

Et quand à la remarque qui m'avait été faite à propos de l'âge d'Aphrodite et d'Angelo, c'est une décision personnelle de les avoir mis au même stade que les autres. Pour le bon déroulement de ma fiction, j'ai décidé que seuls Aiolos,Saga et Kanon seraient plus âgés.:)

Donc voilà, j'espère que vous aimerez ce chapitre et à la prochaine!

Bisous bisous!


-Qu'est-ce que c'est ? Chuchota Milo par-dessus l'épaule de Camus.

-Fais attention avec ta grosse tête, tu vas lui faire peur !

Et voilà, cette simple réflexion associée au fait que Camus le repousse un peu plus loin était suffisante pour que Milo fasse la tête pendant plusieurs heures. Sa journée avait déjà mal commencé quand, après leur entraînement matinal, il avait vu Camus lui passer sous le nez, une boîte en carton sous le bras. Son meilleur ami ne lui avait même pas dit bonjour ! Milo s'était dit que peut-être, son copain ne l'avait pas vu…même s'il doutait sérieusement que l'ouïe affutée de son Camus ne l'ait pas entendu hurler son prénom. Enfin, il avait préféré ne pas y faire attention et c'est donc tout naturellement qu'il avait suivi son meilleur ami jusqu'au onzième temple pensant qu'une fois là-bas, ils pourraient enfin discuter.

Oui, sauf qu'une fois arrivé dans la demeure de Cristal, il avait constaté avec dépit que son meilleur ami ne faisait vraiment pas attention à lui. Camus l'avait obligé à s'asseoir sur une chaise parce que, pour reprendre ses mots, Milo était trop ''encombrant'' et il ne pouvait pas ''s'occuper correctement de Fifi'' à cause de lui. Qui était Fifi, d'abord ? Milo ne l'avait appris que bien plus tard, quand Camus daigna lui adresser la parole. D'après ce qu'il avait compris, Fifi c'était un nouveau copain que Camus avait trouvé juste après la maison de Shaka et, comme maître et élève étaient plongés dans une de leurs méditations abracadabrantes, Camus avait décidé d'adopter le copain. C'était un copain drôlement petit pour qu'il puisse tenir dans une boîte en carton, mais ça n'en restait pas moins une menace aux yeux du petit scorpion, enfant jaloux et possessif qui voyait en chaque être vivant une menace potentielle prête à ruiner l'amitié passionnelle qu'il entretenait avec son français d'amour à lui tout seul.

Surtout que Camus semblait vachement tenir à ce nouveau copain, puisqu'il lui avait même fait à manger ! Milo lui, même s'il lui demandait avec une moue toute mignonne de lui préparer des nuggets de poulet, Camus l'envoyait sur les roses en lui disant de le faire lui-même. Premièrement parce qu'il n'était pas sa nounou et deuxièmement parce que les nuggets de poulet – toujours selon les dires de Camus- ce n'était pas bon pour la santé. Alors pourquoi est-ce qu'il avait concocté une panade au nouveau copain qu'il ne connaissait que depuis une heure à peine ? C'était certain Milo ne l'aimerait pas, le petit nouveau. Encore moins qu'Aphrodite tiens, c'était décidé !

-Bon tu me montres dis ?

-D'accord, mais fais attention il est encore faible.

Ah ? Il était malade le nouveau copain ? Au moins ça leur faisait un point commun ! Sauf que Fifi, il avait du sang sur la tête et pas lui. C'était peut-être ça la clef pour tout obtenir de Camus avoir du sang sur la tête ? Milo pensa qu'il devrait essayer un de ces jours, avec du ketchup évidemment. Le sang c'était trop dégoûtant quand c'était sur lui. Sur les autres il aimait bien, surtout quand c'était grâce à lui qu'ils se faisaient mal ! Milo aimait bien le sang, c'était joli. Et puis la couleur était belle. Mais sur lui, il préférait le ketchup. Après, il pourrait peut-être même le ramasser avec des frites, que Camus lui aurait bien évidemment préparées ! Il se pencha donc au-dessus de la boîte en carton, pour y découvrir un petit animal plumeux qui pépiait en allongeant son grand cou vers lui.

-Il essaie de me mordre ! Hurla-t-il tout en reculant d'un bond.

-Non. Il essaie de te béquer, rectifia Camus, comme si ce minime détail avait de l'importance.

Et il n'en avait pas, d'ailleurs, de l'importance. Pas aux yeux de Milo en tout cas. Mordre, béquer, c'était la même chose dans son esprit d'enfant de dix ans. Fifi avait essayé d'attenter à sa vie, c'est tout ce qu'il y avait à comprendre. Et Camus ne l'avait même pas puni pour ça ! Décidément, son meilleur copain était de moins en moins protecteur envers lui, au fur et à mesure qu'ils grandissaient. Tout ça parce qu'il était censé devenir un chevalier protecteur d'Athéna et qu'il devait être capable de se défendre seul. Milo trouvait ça débile comme raisonnement. Il allait devenir chevalier, ça oui, mais il n'avait encore que dix ans alors Camus devait arrêter de toujours le prendre pour un adulte !

-Pourquoi tu prends une seringue ? Tu vas lui faire une piqûre ?

-Ben non idiot, je vais lui donner à manger.

Milo posa un regard suspect sur son meilleur copain : est-ce que Camus était devenu fou ? Non ? Alors pourquoi est-ce qu'il n'utilisait tout simplement pas une fourchette et un couteau pour nourrir Fifi ? Décidément, son meilleur copain était trop bizarre aujourd'hui ! Encore plus bizarre que Shaka quand il parlait de bouddha et pourtant Athéna seule savait à quel point le petit hindou était…étrange. Peut-être que son Camus avait des problèmes de vue ? Et qu'il allait devenir aveugle ? Oh déesse, ce serait terrible !

-Camuuus ?

-Quoi ?

-Je peux te poser une question ?

-Si ce n'est pas une question stupide, oui.

Le petit grec s'octroya une minute de réflexion : est-ce que sa question était stupide ? Pas vraiment. Pas pour lui en tout cas. Il voulait simplement s'assurer de l'état psychologique de son meilleur copain. Bah de toute façon, au pire Camus le trouverait encore un peu plus idiot et embêtant, ce n'était pas très grave tant qu'il restait son meilleur ami.

-Est-ce que tu as déjà été voir un ocu machin chose, comme Mu ?

-Désolé Milo, je ne comprends pas ton vocabulaire.

C'est vrai quoi : c'était quoi au juste un ocu machin chose ? Camus avait beau se retourner le cerveau, il ne comprenait pas ce qu'essayait de lui dire son ami. Milo fronça les sourcils, vexé comme une puce d'être ainsi incompris : Camus était son meilleur ami, il aurait dû le comprendre d'un seul regard ! Il fouilla alors dans sa mémoire, essayant de se rappeler le nom du docteur qu'était allé voir Mu. Malheureusement pour lui, la mémoire à long terme de Milo ne dépassait pas les trois minutes. Parfois cinq, quand il s'agissait de Camus. Mais bon, dans tous les cas, c'était bien trop peu pour qu'il soit capable de se souvenir d'une information qu'il avait entendue il y avait plus de deux mois…

-Mais Camus tu sais bien ! L'ocu machin que Mu est allé voir l'autre jour !

-Non, je ne vois pas.

Milo grimaça : Camus ne faisait même pas un effort pour essayer de l'aider. Il était bien trop occupé à gazouiller au-dessus de Fifi en approchant dangereusement la seringue de son bec. Le petit garçon posa un regard triste sur Scorpii, qui était enfermé dans son terrarium sur ordre de Camus. Parce que son français ne voulait pas que leur bébé se promène en plein air. Et c'était trop injuste : il rejetait Scorpii de tout son être mais il tombait totalement sous le charme d'un stupide animal à plumes qu'il avait recueilli depuis même pas deux heures ! Le cœur de Milo se serra douloureusement : Scorpii devait se sentir tellement mal aimé ! Le grec n'était pas bête, il n'avait aucun mal à déceler la tristesse dans le regard de son bébé à lui. Camus était vraiment méchant parfois !

-Tu le fais exprès pour m'embêter !

-Mais de quoi est-ce que tu parles ?

-Tu sais très bien ce que c'est, l'ocu machin, mais tu ne m'écoutes même pas !

-Désolé Milo, mais ce n'est pas ma faute si tu es trop bête pour retenir un mot !

Le petit grec ne comprit pas pourquoi son meilleur copain lui parlait comme ça. Est-ce que Camus avait ses règles, comme les femmes chevaliers ? Son maître lui avait dit que quand les femmes chevaliers avaient leurs règles, elles étaient toujours désagréables alors peut-être que c'était la même chose pour Camus. Après tout son copain ressemblait à une fille…Mais ça n'excusait pas ce comportement qui lui faisait mal. Milo détestait quand il se disputait avec son meilleur ami mais il ne pouvait plus supporter que Camus ne fasse pas attention à lui.

-T'es nul et méchant !

-Dans ce cas pourquoi est-ce que tu continues à me casser les oreilles ? Tu ne vois pas que je suis occupé ?

Oh si, il le voyait même très bien. Pas besoin de porter des lunettes pour voir comment Camus les rejetait, Scorpii et lui. Sa propre famille ! Bien décidé à ne pas lui pardonner cette offense de sitôt, Milo prit le terrarium de Scorpii et l'emmena avec lui pour rejoindre le temple du scorpion. Camus voulait se montrer odieux ? Très bien, mais ce serait sans lui ! Milo était blessé par son comportement, il pensait qu'il avait tout de même un peu plus d'importance à ses yeux qu'un vulgaire volatile ! C'était son futur petit copain tout de même ! Et Scorpii était leur enfant adoré. Camus allait trop loin cette fois.

Resté seul, Camus poussa un soupir de contentement : Milo partit, son infâme créature sous le bras, il pouvait enfin s'occuper pleinement de Fifi afin de le remettre rapidement sur pattes. La place d'un oisillon n'était pas dans une boîte en carton mais à l'air libre, dans le ciel. Plus vite il l'aurait soigné et plus vite Fifi guérirait…et plus vite il serait heureux ! Ce que Milo pouvait être embêtant parfois…


Skorpios fronça les sourcils en voyant la tête bouclée de son élève se profiler en haut des marches. L'air boudeur qu'il affichait confirmait sa première idée : il s'était encore disputé avec Camus. Comme presque tous les jours de toute façon. Il n'était pas rare de voir revenir le scorpion la tête basse assez régulièrement, et tout ça parce que son meilleur ami l'avait soit disant blessé. Ce que Milo refusait de comprendre, c'est que le petit verseau grandissait. Milo ne voulait pas qu'ils deviennent des adultes et pourtant Camus avait très bien compris que, pour devenir chevalier, ils devaient avoir d'autres préoccupations qu'essayer de communiquer avec les orchidées qui se trouvaient dans le jardin de Cristal. Et Milo, lui, refusait de l'admettre, convaincu que c'était au contraire une tâche très importante.

Plus son élève approchait, plus il pouvait le voir ruminer. Il était visiblement en grande conversation avec Scorpii. Appuyé contre une des lourdes colonnes en marbre, Skorpios pouvait l'entendre lui parler il disait : ''Maman Camus est vraiment trop méchante mon bébé. Mais ne t'inquiète pas, papa t'aime pour deux !''. Encore une querelle de petit couple au sujet de leur ''bébé'' ? Vraiment, cet ''enfant'' était une réelle source de problèmes entre eux. Le petit Camus devait amèrement regretté d'avoir offert ce scorpion à son élève. Milo finit par pénétrer dans le temple, toujours aussi grognon. Skorpios ne tarda pas à aller aux nouvelles : il aimait par-dessus tout les conflits croustillants qui éclataient régulièrement entre verseau et scorpion. Ça leur rappelait leur enfance à Cristal et lui.

-Un problème, Milo ?

-Camus a ses règles, maître !

-Pardon ?

Skorpios avait déjà eu droit à toutes sortes de prétextes qui justifiaient les querelles des enfants mais là, Milo y allait fort. Qu'est-ce que c'était encore que cette histoire stupide ?

-Ben oui ! Camus est vraiment désagréable depuis qu'il a trouvé Fifi alors ce sont surement ses règles, comme pour les filles, c'est vous qui l'avez dit !

Etonnement, les joues du scorpion en titre prirent une jolie teinte rosée : il n'était pas très à l'aise d'avoir ce genre de conversations avec son élève de dix ans. Bon d'accord, il avait peut-être glissé une petite allusion concernant les filles et leur mauvaise humeur, mais cette même allusion n'était pas censée faire son bout de chemin dans l'esprit du petit garçon. Non. Comme tous les enfants de son âge, Milo aurait dû oublier cet incident depuis bien longtemps, comme tout le reste. Après tout son élève était bien réputée pour avoir une mémoire de bébé fourmi alors…pourquoi pas ça ?

-Milo, gronda-t-il gentiment pour essayer de masquer sa gêne, Camus n'est pas une fille. Il ne peut pas avoir…enfin tu sais !

-Alors pourquoi est-ce qu'il est si méchant avec Scorpii et moi ? Il ne nous aime plus ?

Milo avait pourtant retourné son cerveau dans tous les sens. C'est-à-dire de haut en bas, de bas en haut, de gauche à droite et de droite à gauche, à la recherche du moindre faux pas qui aurait pu justifier ce changement de comportement mais il n'avait rien trouvé. Le petit scorpion n'oubliait jamais les vilaines choses qu'il pouvait dire ou faire et qui froissait Camus. Il en avait même une liste détaillée sous son oreiller, histoire de ne plus jamais refaire les mêmes erreurs. Il la relisait tous les soirs quand il ne pouvait pas dormir avec Camus, c'est-à-dire quand ils étaient fâchés. Skorpios posa le terrarium portatif sur la table et attira son élève contre lui. Il adorait serrer Milo dans ses bras : il était doux comme une peluche. Mais il détestait qu'il le lui dise.

-Bien sûr qu'il vous aime encore. Il n'est peut-être pas de très bonne humeur aujourd'hui. Qui est ce Fifi dont tu m'as parlé ?

Skorpios n'avait pourtant pas entendu dire qu'un petit nouveau devait débarquer…Chaque chevalier avait déjà un disciple sous sa garde, alors rien ne justifiait l'arrivée d'un nouvel enfant. Cristal le lui aurait tout de même dit, s'il avait décidé de prendre un deuxième enfant en charge, n'est-ce pas ? Bien sûr qu'il le lui aurait dit ! Et puis de toute façon, il était bien trop attaché à son petit verseau pour partager tout cet amour. Skorpios en était presque jaloux. Mais avant même qu'il ne puisse se poser plus de questions, Milo se faisait une joie de tout lui apprendre de Fifi.

-Oui, Fifi c'est un bébé comme Scorpii que Camus a trouvé. Sauf qu'il a des plumes et un bec et même qu'il a essayé de manger mon doigt, dit-il en brandissant l'index qui avait échappé de justesse à la mort, et maintenant Camus il veut plus jouer avec moi parce qu'il dit que je suis trop 'encombrant'. Qu'est-ce que ça veut dire 'encombrant', maître ? Est-ce que c'est un mot méchant ?

-Eh bien non…pas vraiment…ça veut juste dire que tu prends beaucoup de place.

-Mais je ne suis pas gros !

-Ce n'est pas ce que j'ai dit.

Moui…si en plus Camus essayait de sous-entendre qu'il était gros, Milo n'était pas prêt d'enterrer la hache de guerre cette fois ! Il avait peut-être un peu forcé sur les sucreries ces dernières semaines mais il se dépensait toujours autant et n'était donc pas gros. Milo soupira : ça ne réglait pas son problème avec Camus…peut-être que son maître se souvenait de l'ocu machin ? Au moins ça serait déjà un problème de régler et il ne resterait plus qu'à classer l'affaire Fifi. Le petit scorpion avait sa petite idée là-dessus…

-Maître, je peux vous poser une question très importante ?

-Bien sûr.

Si c'était une question très importante alors…il ne pouvait rien lui refuser !

-Comment il s'appelait le médecin que Mu est allé voir ?

-Le médecin ?

-Oui vous savez ! Mu est allée voir un ocu machin avec le grand Shion.

-Un oculiste ?

Un ocu…liste ? Oui, ça devait être ça ! Ça y ressemblait drôlement en tout cas. De toute façon ça ferait l'affaire parce qu' 'ocu machin', ça ne payait vraiment pas de mine. Avec ce joli mot qu'était oculiste, Camus serait certainement content. Il ne le prendrait plus pour un idiot. Il devait vite lui annoncer la nouvelle !

-Merci maître, vous êtes trop bien !

Et la seconde d'après, Skorpios voyait son élève filer en sens inverse, bien déterminé à rapporter sa découverte à Camus. Décidément, Milo n'arrivait pas à être fâché contre lui plus de quelques minutes, c'en était affolant. Le petit scorpion était bien trop attaché à son ami pour le laisser lui filer entre les pinces. Le scorpion en titre eut un sourire amusé se souvenant parfaitement de son enfance au sanctuaire auprès de Cristal. Bon, il n'était certainement pas aussi acharné que Milo, honneur oblige, mais il était tout de même très souvent fourré au onzième temple et n'aimait pas trop que les autres enfants tournent autour de son copain verseau à lui. Et, quand ils se disputaient, il était prêt à sacrifier pinces et dard pour que Cristal lui revienne. Il secoua la tête de gauche à droite : il avait maintenant passé l'âge de ces enfantillages, même s'il ne voyait pas d'un très bon œil le rapprochement entre Cristal et Anantram. Il allait veiller au grain.


-Camuuuus !

Milo déboula dans la chambre de son meilleur copain, faisant pester celui-ci : Milo était-il vraiment décidé à l'embêter toute la journée ? Camus adorait son meilleur ami, vraiment beaucoup, mais Milo n'était pas capable de se tenir tranquille plus d'une minute. Et le petit verseau, lui, il avait besoin d'un peu de calme. Surtout maintenant qu'il avait trouvé Fifi et que son oisillon était blessé. Il ne pourrait pas guérir dans une atmosphère aussi agitée. Parce que quand Milo était là, il faisait probablement autant de bruit qu'un volcan en éruption et autant de dégâts qu'un ouragan. Oh il ne le faisait pas exprès, bien sûr, mais il le faisait quand même. Et ça irritait beaucoup Camus, qui aspirait à un peu de calme et de tranquillité. Notions qu'il était impossible d'associer à son ami grec.

-Camuuus ! J'ai trouvé le nom du médecin de Mu !

-Et tu es obligé de crier pour me le dire ?

Le mini scorpion fit la moue : si Camus n'avait pas ses règles, comme le lui avait assuré son maître, alors pourquoi est-ce qu'il se comportait de cette façon ? Ça devait être Fifi ! Oui, l'animal l'avait ensorcelé, il n'y avait pas d'autre explication possible ! Depuis le début, Milo ne voyait pas ce sauvetage d'un bon œil maintenant il était persuadé que c'était une mauvaise idée. Peut-être que Fifi dégageait un gaz toxique qui retournaient les neurones de son meilleur copain ? Ou peut-être qu'il l'avait hypnotitisé ? Ou, pire encore : son Camus était peut-être tombé amoureux de l'horrible nouveau copain malade ? Non, il ne pouvait pas. Ce n'était pas possible ! Milo se rapprocha de lui et prit sa moue la plus triste Camus était toujours amadoué par ses jolis yeux, surtout lorsqu'ils étaient inondés de larmes.

-Camus, pleurnicha-t-il, je comprends pas pourquoi tu es si méchant avec moi aujourd'hui, qu'est-ce que j'ai fait ?

-Tu m'embêtes, répondit le petit verseau, pas déstabilisé pour un sou.

-Mais pourquoi ? Je fais rien pourtant !

-Tu es toujours dans mes pattes.

-Mais c'est parce que je veux être avec toi ! Tu es mon meilleur ami !

Camus soupira de plus belle : Milo et lui ne devait pas avoir la même notion du mot 'amitié'. Pour le petit grec, être amis signifiait déjeuner ensemble, jouer ensemble, goûter ensemble, dîner ensemble, dormir ensemble et surtout, surtout, se protéger mutuellement d'une intrusion ennemie qui serait susceptible de mettre un terme à cette idylle amicale censée durer jusqu'à la mort. Camus voyait les choses sous un tout autre jour : il ne comprenait pas en quoi cela pouvait bien être important qu'il dorme ou non dans le même lit que Milo. Et qu'est-ce que ça changeait qu'ils mangent chacun des cookies venant de la même boîte ? Parfois, Milo était un peu bizarre. Mais bon, il l'aimait comme il était, au moins un peu. Nouveau soupir il se retourna finalement vers son meilleur ami, qui larmoyait à ses côtés, oubliant la présence de Fifi pour un instant.

-Bon, qu'est-ce que tu voulais me dire ?

-Tu m'écoutes pour de vrai, alors ?

-Oui.

-Mu est allé voir un oculiste !

C'était donc ça, l'ocu machin dont Milo voulait lui parler ? Il aurait tout de même pu être un peu plus précis : Camus le savait pertinemment, que Mu était allé voir un oculiste. D'ailleurs son copain bélier ne quittait maintenant plus sa petite paire de lunette aux reflets violets. Si le grand pope ne le surveillait pas, il aurait même été capable de les porter pour dormir !

-Bah alors, ça t'impressionne pas que je me sois souvenu de ça ?

-Tu m'impressionneras le jour où tu réussiras à retenir quelque chose plus d'une heure.

Alors évidemment, Milo se remit à bouder : il faisait plein d'efforts pour que Camus fasse enfin attention à lui mais au lieu de ça, son meilleur ami se moquait un peu plus. Ce n'était vraiment pas juste ! Parfois il avait l'impression d'être le seul à se démener pour préserver leur amitié. Comme si son français s'en fichait, qu'ils finissent par ne plus jamais se parler ! Décidément, il n'y avait que Scorpii pour comprendre son malheur il savait que son bébé lui au moins, il ne le laisserait jamais ! Il avait bien trop besoin de lui pour vivre. Et Scorpii au moins, il ne se moquait pas de lui comme le faisait Camus. Milo fut d'ailleurs très contrarié de voir que son meilleur ami se détournait déjà de lui pour retourner auprès de Fifi. Ça n'allait pas se passer comme ça, foi de petit scorpion amoureux !

-Camus !

-Quoi ?

-J'ai trouvé quelque chose que j'ai retenu plus d'une heure, murmura le petit scorpion d'une voix adorablement craquante.

-Quoi ?

-Ton prénom…

Camus stoppa net tout mouvement : déjà si petit, Milo était un très beau parleur. Son maître avait raison quand il disait que les scorpions étaient des séducteurs nés Milo en était la preuve vivante. Il leva les yeux au ciel, ne pouvant empêcher un léger sourire de prendre place sur ses lèvres. Le petit grec saisit cette occasion pour éloigner définitivement SON meilleur ami de la chose infâme qu'il gardait dans la petite boîte en carton.

-On va jouer ?

-Milo, je dois m'occuper de…

-Juste un peu ! On a pas encore joué aujourd'hui, s'il te plaît !

Armé de son plus beau sourire et de ses yeux suppliants, Milo s'accrocha au bras de son ami, usant de tous ses charmes pour qu'il ne soit plus qu'à lui. Et, comme d'habitude, Camus céda. Non seulement parce qu'il n'avait pas envie que Milo lui fasse une autre scène mais en plus parce qu'il avait lui aussi très envie de jouer : après tout il s'était beaucoup entraîné le matin même et il avait ensuite passé beaucoup de temps à s'occuper de Fifi. Même s'il le niait toujours, il aimait tout de même les petits moments qu'il passait avec Milo, ça lui permettait de décompresser et de se plonger, l'espace d'un instant, dans le monde l'enfance qui était encore le sien. Plus pour longtemps. Quand il soupira de tout son être, Milo sut qu'il avait gagné et, pour être certain que son meilleur ami ne changerait pas d'avis, il le tira par le bras.

-Viens mon Camus, j'ai trouvé un jeu super !

Ni une ni deux, Milo traîna son verseau derrière lui dans l'unique but de l'éloigner de sa chambre, dans laquelle il était enfermé depuis tellement longtemps. Il devait l'éloigner assez avant d'enfin pouvoir mettre son plan à exécution : Fifi ne le séparerait plus jamais de lui, ça non ! Camus plissa les paupières quand Milo s'arrêta dehors et lui lâcha la main : depuis quand Milo lui lâchait-il la main si facilement ? D'habitude le français devait lui demander à plusieurs reprises de le laisser tranquille, mais pas cette fois…quelque chose ne tournait pas rond.

-Milo ?

-Oh désolé, j'ai vraiment besoin d'aller faire pipi !

-Quoi ?

-Je ne serais pas long !

-Mais…

Camus n'eut pas le temps de terminer sa phrase que déjà, il voyait son meilleur copain filer en sens inverse. Vraiment, il n'y avait que Milo pour avoir envie de faire pipi à un moment pareil ! Camus s'assit sur les marches en râlant : il aurait encore pu rester auprès de Fifi quelques minutes mais non, Milo n'avait pas su attendre, il avait dû le tirer dehors alors qu'il n'était même pas prêt ! Ah ce scorpion, c'était une véritable petite teigne !

Milo se frotta les mains, très fier que son petit manège ait marché. Camus ne se doutait pas une seule seconde qu'il puisse lui avoir menti et le croyait bel et bien parti aux toilettes mais en réalité, le petit grec avait un tout autre projet en tête. Il pénétra dans la chambre de SON verseau à pas de loups, jusqu'à arriver au bureau, sur lequel était posée la boîte en carton qui contenait Fifi. Il se pencha au-dessus de l'animal et le fixa un petit moment : c'était dommage, il avait l'air gentil pourtant. Milo aurait presque pu avoir des remords, si son amitié avec Camus n'avait pas été en jeu.

-Je suis désolé, copain malade, mais je ne peux pas te laisser essayer de me voler Camus !

L'oisillon pépia, comme s'il essayait de lui dire quelque chose, et Milo hésita l'espace d'un instant de mettre son plan à exécution. Peut-être que le nouveau copain était gentil ? Et peut-être que Camus ne l'intéressait pas ? Oui mais alors, pourquoi est-ce que Camus se comportait de cette façon envers Scorpii et lui ? Non, il ne devait pas se laisser avoir par les sentiments, il devait aller jusqu'au bout de ses actes. Prenant son courage à deux mains, il se saisit de la boîte en carton et se faufila par la fenêtre pour arriver dans le jardin. Il s'approcha tout près de la falaise et saisit le petit oiseau dans sa main, tout aussi petite. L'animal se débattit comme Milo hésitait à le précipiter au fond du gouffre. Ce ne serait tout de même pas très gentil…

-Bon, je te laisse la vie sauve, mais c'est uniquement parce que tu as des yeux trop mignons !

C'est vrai quoi, il aurait presque pu croire que Fifi le suppliait d'un seul regard à ne pas le jeter contre les rochers. Peut-être qu'il sentait qu'il lui voulait du mal ? Non, c'était stupide ! Milo s'agenouilla et posa l'oisillon blessé entre deux rochers, s'assurant qu'il ne risquait pas de tomber. C'est seulement à ce moment-là qu'il se rendit compte que Camus avait bandé son aile blessée. Il eut alors une pensée pour son meilleur ami : il allait être tellement triste ! Mais c'était pour son bien qu'il faisait ça, uniquement pour qu'ils puissent rester ensemble et arrêter de se disputer parce que vraiment, Milo commençait à en avoir assez de toutes ces engueulades de bébé !

-Et surtout ne reviens plus ! Je ne veux plus te voir. Camus il est à moi tu entends ?

Il regarda une dernière fois l'oisillon qui tendait le cou vers lui tout en essayant vainement de se dresser sur ses petites pattes et tourna les talons. Il ne voulait pas être méchant avec Fifi, mais il n'y avait plus de place pour lui dans leur famille. Scorpii était enfant unique, il n'accepterait certainement pas un nouveau frère, surtout pas si Camus le délaissait comme il le faisait dès que Fifi était dans la même pièce que lui. Milo voulait préserver sa famille, tant pis si Fifi devait en être la victime. Il en était désolé mais il ne pouvait rien accepter de tel.

-Adieu Fifi, j'espère que tu trouveras de bons parents !

Il devait y avoir des tas de petits garçons comme eux qui n'attendaient qu'une seule chose : adopter un enfant adorable comme Fifi. Il en était certain. Avec un peu de chance, Fifi trouverait une bonne famille, et peut-être même qu'il aurait un joli terrarium comme Scorpii ! Quand il sortit du temple, il put voir que Camus l'attendait déjà de pied ferme.

-Camus !

-Tu en as mis du temps !

Il savait qu'il lui avait manqué ! Il avait donc vu juste : l'unique cause du changement de comportement de son si gentil Camus, c'était Fifi. Il n'avait maintenant plus aucun regret à l'avoir abandonné.

-Désolé ! Viens mon Camus, on va jouer maintenant.

Quand Milo lui reprit la main pour l'entraîner jusqu'à leur terrain de jeu habituel, Camus plissa les yeux : son meilleur avait changé tout d'un coup. Qu'est-ce qu'il avait bien pu trouver dans les toilettes pour redevenir le petit garçon collant et hyperactif qu'il était habituellement ? C'était très étrange…il tramait encore quelque chose, et Camus était bien déterminé à découvrir de quoi il s'agissait exactement.


-Mais Camus, on n'a presque pas joué !

-Peut-être mais je dois rentrer.

-Mais pourquoi ?

-Parce que j'ai des choses à faire.

Il en était maintenant persuadé, son maître lui avait menti : Camus avait ses règles ! Sinon, pourquoi serait-il devenu aussi lunatique ? Tout allait bien, ils s'amusaient tous les deux à jouer aux billes et puis tout à coup le français avait décidé qu'il était temps de rentrer. Ce n'était même pas encore l'heure du goûter ! Qu'est-ce qui arrivait à son meilleur ami au juste ? Pourquoi est-ce qu'il voulait rentrer si vite ? Et si Fifi n'avait rien à voir avec son changement, et si Camus subissait une transformation pour devenir un horrible monstre ? Un vampire ? Un loup-garou ? Un vilain spectre d'Hadès ? Oh ce serait si terrible !

-Camus !

-Non Milo, je dois nourrir Fifi, il est encore très faible tu sais.

Quand le petit verseau se retourna et qu'il vit que son meilleur copain rougissait, il sut qu'il avait encore fait une bêtise, mais quoi ? Milo avait décidément le don pour ne jamais être sage.

-Crache le morceau !

-Eh bien en fait…c'est-à-dire que…je ne voulais pas être méchant, je te le jure ! Je voulais juste que tu sois encore mon ami pour toujours et que tu nous aimes encore, Scorpii et moi et…

-Milo ! Qu'est-ce que tu as fait ?

-Rien ! Rien de méchant, c'est promis !

''Rien de méchant'', dans le langage de Milo, ça signifiait : j'ai fait une très grosse bêtise mais je n'ai pas réfléchis aux conséquences et maintenant que je risque d'être découvert je me défile parce que j'ai peur que tu ne m'aimes plus. Oui, autant d'idées derrière trois mots mais Camus le connaissait par cœur. Il lui suffisait de regarder Milo dans les yeux pour comprendre que son ami avait fait quelque chose de mal mais qu'il avait peur de le lui dire.

-Milo, si tu ne me le dis pas maintenant, je te jure que je ne te parlerai plus !

-Mais si je te le dis, tu ne me parleras plus non plus !

Milo n'était pas bête, lui aussi il connaissait son meilleur ami par cœur : Camus serait tellement en colère contre lui qu'il refuserait de lui adresser la parole pendant très longtemps ! Et maintenant qu'il avait ses règles, Milo craignait que ce 'très longtemps' se transforme en 'jamais plus'. Son meilleur ami pouvait être tellement susceptible quelques fois ! Et puis de toute façon, comment pouvait-il lui annoncer la nouvelle ? Il ne pouvait tout de même pas lui glisser entre deux cookies : ''J'ai libéré Fifi, mais ce n'était pas parce que je ne l'aimais pas, hein ! C'est juste parce que je pensais qu'il t'avait hypnotitisé !''. Par Athéna, il aurait mieux fait de réfléchir avant d'agir bêtement comme ça, maintenant il allait perdre son meilleur ami, et Scorpii sa maman par la même occasion.

-Milo du scorpion !

Le grec se figea.

-Dis-moi !

Il déglutit.

-Tout de suite !

Il se mit à pleurer en se jetant dans ses bras.

-Camus pardon ! Je te jure que je voulais pas ! S'il te plaît reste mon ami !

N'ayant cure de ses yeux larmoyants, le petit verseau le repoussa pour planter son regard sombre dans le sien. Si jamais Milo avait fait du mal à Fifi, il ne le lui pardonnerait jamais ! Milo pourrait bien lui offrir tous les bonbons du monde, le supplier de rester, lui promettre monts et merveilles, Camus ne lui pardonnerait pas.

-Camuuuus, je t'en supplie !

-Qu'est-ce que tu as fait ?

-Tu voulais pas jouer ! Je pensais que tu nous aimais plus, Scorpii et moi et je pensais que c'était à cause de Fifi alors…alors…

Camus allait le détester, le rayer de sa vie, le rayer de la carte, le réduire en sucreries pour Athéna, le faire bouillir, le rôtir, le griller, le livrer aux griffes d'Hadès, le vendre au marché noir…Camus allait tout bonnement se débarrasser de lui !

-Alors quoi ?

-Alors ben…ben je l'ai remis en liberté.

-QUOI ?

-Mais Camus ! Je voulais que tu sois toujours mon ami !

-Eh bien c'est raté. Tu peux faire une croix sur notre amitié, Milo.

Le petit verseau était très en colère : Milo dépassait les bornes pour de bon cette fois ! Comment avait-il pu faire une chose pareille ? Et par simple jalousie en plus ! Il n'aurait jamais pensé que son meilleur ami puisse être capable de faire une telle chose, c'en était définitivement fini de leur collaboration. Sauf que, comme il s'y attendait, le petit scorpion ne baissa pas les bras si facilement : il se jeta sur lui en sanglotant encore et encore, jusqu'à ce que le haut du t-shirt de Camus soit totalement trempé par de grosses larmes de crocodile. Si Camus le repoussait, il revenait à la charge et s'accrochait à lui comme à une bouée de sauvetage, ce qui avait le don d'agacer d'avantage le petit français.

-Lâche-moi.

-Non ! Non ! Non ! Camus me laisse pas !

-Lâche-moi.

-Camus pardon ! Pardon, pardon, pardon ! Je t'offrirai un nouveau Fifi, je te donnerai tous mes bonbons, je porterai tes livres, je te laisserai gagner pendant tous nos combats, je ferai tout ce que tu voudras mais s'il te plaît reste mon ami !

-Lâche-moi je t'ai dit !

Si Milo pensait réellement pouvoir l'amadouer avec ses belles promesses, il se trompait ! Camus n'était pas prêt à lui pardonner de sitôt, ça non ! Lui il n'avait pas eu le choix, quand Milo avait décidé qu'il serait officiellement la maman de Scorpii – enfin, son second papa, mais le verseau savait très bien que dans l'esprit tordu du scorpion, il était resté la maman-, mais il n'avait pas essayé de se débarrasser du sinistre animal pour la cause ! Bon d'accord, il aurait eu mal au cœur de sacrifier ainsi l'argent dépensé par son maître mais tout de même, l'idée de relâcher Scorpii en pleine nature ne lui avait jamais traversé l'esprit…ou si peu !

-Camuuuuuuuuuuuus ! Camus par pitié, reste mon ami ! J'ai besoin de toi, et Scorpii à besoin de sa…de son papa !

Alors là, c'en était trop ! Qu'il lui parle de leur ''enfant'' alors qu'il venait tout juste de mener Fifi à une mort certaine, Camus ne pouvait pas l'accepter. Milo le faisait sortir de ses gonds.

-Fiche-moi la paix ! Je veux plus être ton ami, et je veux plus être papa ! Ce que tu as fait à Fifi c'est horrible et cruel, t'es trop nul, je te déteste !

Terrassé de tristesse, Milo regarda son meilleur ami s'éloigner petit à petit de lui et il regretta amèrement le geste qu'il avait eu envers Fifi un peu plus tôt. Il avait fait ça pour préserver Camus et voilà qu'il le perdait ! Pourquoi est-ce que le sort s'acharnait comme ça contre lui ? Il avait bien l'impression que cette fois, son meilleur ami n'était pas prêt d'accepter ses excuses…Oh par Athéna il était bel et bien en train de perdre son Camus à lui ! Qu'allait-il devenir, tout seul, errant dans ce grand sanctuaire sans celui qui était hier encore son meilleur ami et son futur amoureux ? C'était impossible, il devait trouver un plan pour récupérer le verseau ! Il n'accepterait pas que quelqu'un d'autre que lui soit son ami.

-Camuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuus !


-Ne t'en fais pas, je suis certain que ça va aller.

-Mais…mais…mais Camuuuuuuuus !

Mu, débordant de compassion, tapota gentiment le dos d'un Milo qui avait déboulé au premier temple avec les yeux rouges et le nez qui coule. Même s'ils n'étaient pas très proches, Milo s'était pendu à son cou avant même qu'il n'ait eu le temps de lui demander quel était le problème. Le petit grec avait alors longtemps sangloté entre ses bras, lui expliquant à quel point il était malheureux d'avoir perdu cet ami si cher à son cœur à savoir Camus. Mu avait vaguement compris qu'il s'agissait d'une histoire de bébé qu'il aurait refoulé et que qu'après ça son ami français n'avait pas accepté ce comportement et l'avait rejeté. Bref, maintenant il se retrouvait avec un scorpion triste au possible sur les bras alors qu'il devrait être en train de jouer avec Shaka, ce n'était pas juste !

-Calme-toi, Milo.

-Mais Camus veut plus être mon ami, Mu !

-C'est pas grave, tu peux avoir d'autres copains.

Mauvaise idée. Milo avait alors bondit sur ses pieds, lui donnant une centaine de bonnes raisons pour ne pas avoir d'autres amis que Camus. Camus était beau, intelligent, cultivé, sage, drôle, charmant, patient, sentait bon, avait les cheveux doux et soyeux, de fines mains de filles, des yeux de chat, des talents culinaires exceptionnels, parlait couramment le français, l'anglais et le grec et surtout – surtout-, il remplissait à la perfection son rôle de meilleur ami, de père et de futur époux. Futur époux ? Mu n'y comprenait rien, si ce n'est qu'il y avait autant de bonnes raisons pour que Milo ne veuille pas d'autres amis qu'il n'y avait de dieux sur l'olympe. Ça faisait tout de même un paquet de bonnes raisons !

Il devait trouver un moyen pour aider Milo : premièrement parce qu'il n'aimait pas le voir dans cet état déplorable et deuxièmement – et surtout-, parce qu'il ne voulait pas rater l'heure du thé et, s'il ne trouvait pas de solution au problème de Milo, il n'était pas prêt d'en être débarrassé ! Après tout, Camus était son ami à lui aussi, il devait bien être capable de trouver quelque chose qui permettrait à Milo de se faire pardonner. Voyons voir : un gros livre de philosophie grecque ? Non, la bibliothèque du français devait en être pleine. Un savon à la lavande ? Il serait certainement vexé. Et si…oh oui, Mu venait d'avoir une très bonne idée !

-Ecoute Milo, Camus est mon ami aussi et…

-Camus c'est mon copain à moi tout seul !

Susceptible et jaloux. Pauvre enfant !

-Oui oui, pardon. Mais je sais ce que tu dois faire pour qu'il te parle à nouveau !

-Vrai ?

-Oui ! Attends !

Quelques minutes plus tard à peine, Milo se retrouvait avec une boîte de thé vert entre les mains. Reniflant un peu plus fort, le petit grec dévisagea son nouveau conseiller d'un air suspect : est-ce qu'il se moquait de lui ? Comment une tasse de thé pourrait-elle l'aider à traverser cette période difficile ? Lui ne jurait que par les sodas et autres boissons caloriques pour hydrater son petit corps d'enfant, alors il n'allait certainement pas boire cette chose immonde et puante, ça jamais ! On ne changeait pas les bonnes habitudes…

-Qu'est-ce que tu veux que je fasse avec ça ?

-Mon maître dit toujours que c'est très bon de boire du thé ! C'est excellent pour devenir un fort chevalier, alors peut-être que ça aidera Camus à purifier son âme et comme ça après il ne sera plus fâché contre toi !

-Tu crois ?

-Bien sûr !

Milo prit une minute pour réfléchir : purifier l'âme de Camus ? Mais son Camus n'était pas une âme damnée ! Il transpirait la perfection, il n'avait pas besoin de boire de l'herbe chaude pour devenir un fort chevalier mais…d'un autre côté c'était peut-être sa dernière chance de sauver leur amitié et puis…une petite tasse de thé n'avait jamais tué personne, n'est-ce pas ? Il finit par quitter le temple du bélier, toujours aussi triste mais néanmoins rassuré de peut-être tenir entre ses mains la clef d'une prochaine réconciliation avec l'homme de sa vie.


-Pourquoi est-ce que je te donnerai un Brigadeiro ?

-Mais parce que Camus en raffole !

Aldébaran s'apprêtait à concocter un petit plat dont son maître lui donnerait des nouvelles quand il avait vu Milo pointer le bout de son nez rougi. Sa boîte de thé sous le bras, il l'avait presque supplié de l'aider à reconquérir Camus. Intrigué par cette love story dont il n'avait pas connaissance – et qui, même s'il ne s'intéressait que très peu aux ragots du sanctuaire, lui assurerait un dix dans la grille d'évaluation d'Aphrodite, qui avait promis un bisou au meilleur enquêteur du mois. Pas un bisou avec la langue, bien sûr, sous peine de quoi ce tendre moment aurait rapidement été suivi d'une longue et douloureuse émasculation à l'italienne-, Aldébaran accepta de consacrer quelques minutes de son temps précieux au problème du scorpion.

Voilà comment il avait pris connaissance du profond malaise dont souffrait son camarade depuis que l'amour de sa vie – qu'il savait maintenant être Camus- lui avait hurlé haut et fort qu'il le détestait. Milo lui avait tout raconté de l'amour incommensurable qu'il ressentait pour le français et de la jalousie qui prenait possession de tout son être dès que son meilleur ami s'intéressait à un autre que lui. Il lui avait baragouiné tout un discours sur le destin et la relation forte qui avait toujours uni verseau et scorpion, informations qu'il avait lui-même eues de son maître Skorpios. Bref, Aldébaran avait fini par comprendre que son camarade craignait d'avoir brisé cette chaîne qui avait toujours lié leurs signes, en froissant le petit verseau. Milo lui avait même avoué qu'il ne vivait plus que dans un seul but à présent : reconquérir si pas l'amour, au moins l'amitié de son Camus. Et pour cela, il avait besoin de son aide.

Oui, mais seulement le taureau n'était pas certain de pouvoir lui venir en aide : Milo, qui était toujours à l'affût des moindres faits et gestes de celui qu'il disait être l'amour de sa vie, avait parfaitement remarqué avec quel engouement Camus s'était goinfré des mets brésiliens et chocolatés qui avaient été servis à l'anniversaire d'Aldébaran. Son français en avait même parlé pendant des jours, se réjouissant déjà de voir revenir le prochain mois de mai pour pouvoir encore goûter à ces petites douceurs qui avaient tant plu à son palet. Alors voilà, sa requête était en apparence simple : il voulait que le taureau lui fasse cadeau d'un ou deux de ces petits gâteaux chocolatés afin de séduire à nouveau Camus.

Sauf qu'Aldébaran hésitait beaucoup à lui donner ce qu'il désirait, tiraillé d'une part par son cœur d'enfant, qui fondait de tristesse à chaque fois que les prunelles de son camarade s'embuaient de larmes, et d'autre part par l'interdiction que lui avait faite son maître, à savoir ne jamais manger de Brigadeiro en-dehors des fêtes d'anniversaire. Son maître lui avait dit que, s'il le faisait, Aldébaran resterait à jamais un tout petit. Plus jamais il ne grandirait et tout le monde saurait qu'il avait fait une entorse à la tradition de son pays. Il porterait la marque de cette trahison à tout jamais. Il n'avait jamais su s'il avait dit cela pour lui faire peur et surveiller son régime alimentaire ou si c'était une réalité. Mais il ne voulait pas que Milo prenne le risque de rester un tout petit à jamais, même si lui n'en n'avait que faire.

-Je m'en fiche de rester un tout petit ! Je veux que Camus redevienne mon meilleur ami !

-Mais Milo…

-Je veux pas grandir sans lui ! S'il te plaît !

Quand Milo s'était mordu la lèvre inférieure, quand de grosses larmes avaient roulé le long de ses joues et quand il s'était jeté dans ses bras en pleurnichant un ''je peux pas vivre sans lui'', Aldébaran avait fini par céder. De toute façon, c'était Milo qui avait pris la décision alors s'il arrêtait de grandir, ce serait uniquement de sa faute. Et puis Milo n'était pas brésilien, alors peut-être qu'il ne serait pas frappé par la malédiction ? Le scorpion quitta donc la maison du taureau d'un air triomphant, un Brigadeiro ayant rejoint la boîte de thé vert. Aldébaran quand à lui, se dépêcha de retranscrire mot à mot tout ce que lui avait dit Milo sur sa relation avec Camus. Ce n'était pas très chic pour son copain, mais il voulait vraiment ce bisou d'Aphrodite !


La traversée de la troisième maison fut rapide et silencieuse. Même si Milo était horriblement triste et n'avait qu'une seule envie : se jeter dans les bras du gentil Kanon pour pleurer tout son saoul, il craignait de croiser Saga. Une vilaine rumeur affirmait que l'aîné des gémeaux n'avait plus toute sa tête. Certains disaient qu'il était malade, d'autres pensaient qu'il était habité par le diable en personne. Dans l'ombre, les langues se déliaient et parlaient d'une réincarnation d'Hadès…Milo ne voulait pas savoir qui avait raison et qui avait tort il voulait simplement sortir d'ici vivant et retrouver rapidement son Camus rien qu'à lui. Voilà pourquoi il se dépêcha de filer, sans même se rendre compte que, à l'abri d'une colonne, un adulte le surveillait, un sourire malsain collé aux lèvres…


-Tu me prends pour une bonne femme, l'insecte ?

Qu'il cuisine pour ce petit fourbe de Camus ? Jamais ! Ou alors un plat à base de mort au rat, ça il était d'accord. Non mais, quelle mouche avait bien pu piquer Milo pour qu'il vienne l'emmerder jusque dans son salon, les yeux brillants ? Et qu'est-ce qu'il lui avait demandé ? De cuisiner une casserole de spaghetti bolognaises pour son dîner de retrouvailles avec Camus, comme s'il n'avait que ça à faire !

-Je suis pas ta petite amie moi, je suis pas Camus !

La cuisine, c'était une affaire de gonzesse et lui il était un mec, un vrai ! Bon, un mec qui en embrassait un autre mais ce détail n'entrait pas en compte. D'ailleurs il n'était pas d'humeur à concocter des petits plats aux tourtereaux : il avait appris –et par l'intermédiaire d'un futur chevalier d'argent en rut, en plus de ça !- que ce petit traitre d'Aphrodite avait promis un baiser à quiconque l'impressionnerait à coups de potins. Depuis quand est-ce qu'Aphrodite passait ce genre de petites annonces ? Et surtout, depuis quand n'était-il pas le premier mis au courant ? Par solidarité, son meilleur ami aurait dû le lui dire à lui avant tous les autres, comme ça il aurait eu plus de temps pour trouver un scoop. Mais maintenant il était grillé ! Il avait beau ratisser le sanctuaire, et même à coup de menaces de mort et autres tortures dont il raffolait, personne n'acceptait de lui livrer un précieux ragot. Tous des gros nuls égoïstes !

-Puis d'abord j'en ai rien à foutre moi, que tu te sois fait larguer par ta meuf !

C'est vrai quoi, les querelles verseau/scorpion, c'était le cadet de ses soucis en ce moment. Cela faisait des jours qu'il ruminait tout seul dans son coin et le suédois n'était même pas venu le voir ! Pourtant, il sentait parfaitement sa présence quand il traversait le quatrième temple il pouvait même sentir qu'Aphrodite s'arrêtait longuement devant la porte de sa chambre. Mais il ne la franchissait jamais. Et il se trouvait totalement nul d'être en colère parce que son ami ne faisait plus attention à lui : après tout il s'en fichait, d'Aphrodite, il n'avait pas besoin de lui ! Si son ami voulait embrasser d'autres garçons alors c'est qu'il ne tenait pas vraiment à lui.

-En plus je te rappelle que ton Camus, il a voulu se faire mon Aphro alors plutôt crever que de lui faire à manger !

Milo se révolta, outré par les paroles de son ennemi numéro deux : Camus n'avait jamais voulu être avec Aphrodite, c'était cette petite folle suédoise qui était venue se frotter à lui. Son Camus n'avait pas eu d'autre choix que de subir ses assauts excentriques d'amoureux transit.

-Répète un peu, face de scarabée ?

-J'ai pas peur de toi, bâtonnet de surimi !

Voilà comment une simple demande de solidarité s'était terminée en bagarre sanglante dans le hall de la quatrième maison. Bilan : un œil au beurre noir pour le petit cancer et un bleu sur la joue pour le scorpion. Rien de grave, donc. Angelo avait échappé belle à une aiguille écarlate quand il avait hurlé que Camus n'était rien d'autre qu'une petite traînée coincée du derrière, et Milo avait à peine eu le temps d'esquiver de petits cercles d'Hadès quand il avait répliqué qu'Aphrodite était une poupée barbie sans cervelle. Qu'ils s'en sortent avec si peu de dégâts relevait donc du miracle surtout que la boîte de thé et le Brigadeiro étaient eux aussi intacts.

-Ecoute Angelo, j'ai pas le temps de te mettre une raclée, j'ai juste besoin d'un repas !

-Pourquoi je ferai ça ?

Le petit cancer déglutit quand Milo s'approcha de son oreille pour lui murmurer un secret qui le fit pâlir : Milo savait ? Comment est-ce qu'il savait ? Sale petit fouineur ! Il marmonna toutes sortes d'insultes entre ses dents tout en se dirigeant jusqu'au réfrigérateur presque vide. Alors ça c'était la meilleure, que Milo le fasse marcher au chantage ! Toujours en rouspétant, il finit par lui ramener une petite boîte qu'il avait dénichée tout au fond du frigo et dont l'apparence douteuse poussa Milo à se méfier.

-C'est encore mangeable, ton truc ?

-Bah ouais, ça date seulement de la semaine dernière !

-Et les poils, c'est normal ?

-Ouais, c'est des épices italiennes !

-T'es sûr ?

-T'y connais rien à la cuisine italienne, morveux !

Milo lui tira la langue avant de filer jusqu'à la sortie : il ne voulait pas passer une seconde de plus dans cet endroit sordide et puis il ne devait pas faire attendre son Camus ! Pendant qu'il était ici, peut-être que le français était déjà en train de se faire d'autres amis Milo ne pouvait pas laisser une telle chose se produire ! Avant de disparaître pour de bon, Milo entendit Angelo lui hurler d'horribles atrocités qui le prédestinaient à une mort lente et douloureuse.

-Tu ne perds rien pour attendre, l'insecte !


-Je t'interdis de me toucher !

Non mais ils étaient tous devenus fous, dans ce sanctuaire ou quoi ? Aiolia avait déjà reniflé l'entourloupe à des kilomètres, quand il avait vu Milo se pointer chez lui chargé de vieilleries et la bouche en cœur. Milo ne l'avait pas encore salué qu'il savait déjà que cette histoire finirait mal et son flair avait encore vu juste ! Son compatriote s'était d'abord placé en face de lui, l'avait regardé droit dans les yeux et avait finalement éclaté en sanglots, lui expliquant quel malheur s'abattait sur lui : Camus l'avait quitté. Et le pire, c'est qu'il l'avait quitté pour un autre ! Un dénommé Fifi, apparemment pas très grand, plutôt maigre et très poilu – toujours selon les dires de Milo-. Enfin, le petit scorpion avait dit ''plumeux'', mais Aiolia avait compris par-là ''poilu''.

Jusque-là, pas de quoi en faire un fromage : après tout, Milo et Camus étaient réputés pour leurs nombreuses disputes, qui se terminaient toujours en grandes embrassades que le lionceau ne voulait même pas imaginer. Puis ensuite, Milo lui avait demandé de lui offrir une boîte de lait, et quand Aiolia avait voulu savoir pourquoi il était censé être en possession d'une boîte de lait, Milo lui avait répondu le plus sérieusement du monde : ''Bah parce que t'es un chaton ! Et les chatons ils boivent du lait, c'est Camus qui me l'a dit !''. Pas la peine de préciser que cette réponse avait renforcé la mauvaise foi dont faisait déjà habituellement preuve le futur gardien de la cinquième maison. Le comparer à un chaton, lui ! Ah ce Milo ne manquait pas d'air !

-Je suis un lion ! Et les lions écrasent les insectes comme toi !

-Et moi je te piquerais la patte si tu me touches !

S'en était alors suivi un long et pénible duel verbal pendant lequel les deux partis avaient défendu leurs signes corps et âme, oubliant finalement la raison de leur conflit. Milo lui avait alors expliqué qu'il s'agissait là d'une question de vie ou de mort et qu'il lui serait éternellement reconnaissant s'il l'aidait à reconquérir le cœur de son verseau adoré. Alors Aiolia avait cédé, plus pour avoir la paix que pour l'aider dans sa quête. Plus vite il aurait refourgué une boîte de lait à Milo, plus vite il serait parti. Il n'aimait pas être vu en compagnie des autres garçons gays ça nuisait à son image d'homme viril auprès des filles. Il était donc revenu avec une boîte de lait, sauf qu'il ne s'attendait pas à ce que son compatriote lui saute au cou.

Il était d'abord resté immobile, pétrifié de stupéfaction pendant que Milo frottait son petit minois tout trempé contre ses cheveux. De stupéfaction il était passé à dégoût quand le petit scorpion lui avait collé un bisou sur la joue. Après avoir repris ses esprits, il l'avait repoussé en hurlant, terrifié à l'idée d'avoir été aperçu dans les bras de ce satané Milo.

-Non mais ça va pas la tête ! Pour qui est-ce que tu me prends ? Moi je suis pas une tapette comme vous tous, moi je suis un véritable mec !

-Bah Aiolia, qu'est-ce qui ne va pas ?

-T'es un garçon, tu ne peux pas me prendre dans tes bras !

Milo avait d'abord froncé les sourcils, cherchant à comprendre ce qu'il y avait de mal de serrer un camarade dans ses bras pour le remercier. Après tout, sans Aiolia, il n'aurait pas eu de lait pour son dîner avec Camus et il savait à quel point l'homme de sa vie appréciait ce breuvage tout droit venu des seins des vaches – ce que Camus démentait avec véhémence, mais Milo n'était pas bête-. Alors bon, il avait juste voulu lui dire merci en lui faisant un câlin, mais le chaton du cinquième temple l'avait repoussé comme s'il avait une poussée d'urticaire. Le futur scorpion haussa les épaules avant de reprendre son chemin : bah, Aiolia était juste une petite chochotte qui ne connaissait rien des petits plaisirs de la vie ! Milo il le savait, lui, à quel point c'était bien de serrer un garçon dans ses bras, surtout quand ce garçon s'appelait Camus…


-Vas-t-en, erreur de la nature, tu souilles la maison sacrée de bouddha de cette chose gluante et dégoûtante qui sort de ton nez !

Milo renifla aussi fort qu'il put, se demandant comment Shaka avait bien pu deviner que son nez coulait alors qu'il avait les yeux fermés ! En même temps, ce n'était pas difficile à comprendre : il reniflait à tout va depuis son arrivée dans la sixième maison. Mais ce n'était tout de même pas sa faute s'il n'avait pas de mouchoir ! Et puis de toute façon il n'était pas là pour passer un entretien d'embauche auprès de bouddha, il convoitait simplement une chose que seul Shaka possédait : des bougies ! Après tout, un dîner romantique ne pouvait pas se faire sans bougies et Milo n'en avait pas, c'était terrible !

-S'il te plaît Shaka !

-Bouddha ne fait pas la charité.

Ah, il ne pouvait plus la supporter la pseudo réincarnation de bouddha ! Il le prenait de haut tout ça parce qu'il pensait être un dieu mais Milo il le savait, lui, que le seul petit garçon qui atteignait la perfection, c'était son Camus à lui ! Le pauvre Shaka n'y voyait pas très clair avec ses paupières obstinément closes, mais s'il avait posés les yeux sur l'éblouissante beauté de Camus, il aurait eu vite fait de remballer ses breloques dorées de sumo chauve ! Quoique non : il aurait très bien pu tomber amoureux de son français, alors c'était peut-être préférable qu'il n'ouvre pas les yeux. Mais après tout, Shaka n'y voyait rien n'est-ce pas ? Alors peut-être que si…

-Milo, espèce de sale petit voleur ! Ote tes sales pattes des bougies sacrées de bouddha !

-Oh ne fais pas ton rabat-joie, j'ai juste besoin d'une seule bougie et…

-Une c'est déjà trop ! Bouddha n'est pas là pour assouvir les besoins des pauvres et des démunis !

Il n'était pas pauvre ! Enfin, pas toujours ! Et puis d'abord c'était des bêtises, les histoires de bouddha, son Camus il lui avait dit que bouddha n'existait pas et que Shaka il faisait juste ça pour qu'on s'intéresse à lui, parce qu'il était aussi fou que son maître. Alors si son Camus le lui avait dit, c'est que c'était vrai, parce que Camus avait toujours raison, d'abord ! Milo frissonna : cette maison sentait mauvais et en plus elle lui faisait froid dans le dos, il devait partir et vite. Peut-être que s'il volait la bougie puis qu'il courait très vite, Shaka n'y verrait que du feu ?

-Shaka…

-Silence mortel, je discute avec bouddha.

Milo leva les yeux au ciel : il était vraiment givré du ciboulot, lui ! Bon, puisqu'il ne voulait pas l'écouter et que le petit scorpion ne pouvait décidément pas se résoudre à se faire pardonner sans bougies, il n'avait plus qu'à mettre son plan à exécution. Trois, deux, un… partez ! Il attrapa une bougie, trébucha sur plusieurs mètres, manqua de se brûler les doigts, mais finit par arriver hors d'atteinte de la vierge miniature. Il pouvait l'entendre crier : ''Milo, tu payeras ton crime, tôt ou tard bouddha te punira !''. Et ça le faisait beaucoup rire, Shaka était très drôle même s'il lui faisait de la peine : ça ne devait pas être très amusant de discuter avec un ami imaginaire…Surtout pas quand cet ami s'appelait bouddha.


La maison de la balance était vide et c'était tant mieux ! Le vieux monsieur à la peau mauve lui faisait peur ! Tout le monde le niait mais Milo était certain que Dohko était un extraterrestre. Il devait venir d'une planète très lointaine où tous les gens étaient mauves et où ils vivaient très vieux. Camus, lui, il pensait que Dohko venait d'une planète lointaine où les gens étaient tous rouges –comme dans les films qu'ils regardaient parfois ensemble…quand ils étaient encore les meilleurs amis du monde !- mais qu'à force d'être exposée au bleu du ciel, sa peau était devenue violette. Mais Camus lui avait expliqué tout un tas de choses qu'il n'avait pas comprises alors Milo préférait sa théorie à lui. De toute façon, le vieux monsieur faisait trop peur. Point.


Milo s'arrêta au temple du scorpion uniquement pour prendre un cookie et consoler Scorpii d'un gros bisou. Son pauvre bébé devait être tellement perturbé ! Il n'avait probablement pas réussi à faire sa sieste journalière, ça se voyait à ses yeux tous cernés ! Son pauvre bébé, il ne méritait pas ça !

-Ne t'inquiète pas mon bébé, maman va bientôt revenir, je te promets de tout faire pour que tout redevienne comme avant !

Cette promesse lui rappela qu'il ne pouvait pas traîner et, après avoir englouti un deuxième cookie et fait quelques papouilles à son enfant, il reprit la route, bien décidé à amadouer sa prochaine victime : après tout Aiolos était réputé pour sa bonté et sa grandeur d'âme, ça ne devrait pas être trop difficile de lui soutirer quelque chose…


-Oh mon bonhomme ne pleure pas, bien sûr que je vais t'aider !

Le futur scorpion hoqueta encore, blotti dans les bras d'Aiolos. C'était si bon d'être enfin pris au sérieux ! Tous ces enfants jaloux ne pouvaient pas comprendre la douleur qui le rongeait d'être loin de son Camus chéri, meilleur ami et futur amoureux que son cœur avait choisi. Aiolos, lui, il le comprenait. Il le comprenait et en plus il le consolait d'un gros câlin pelucheux comme il les aimait. Bon, ce n'était pas pareil qu'avec son français mais au moins il recevait un peu d'amour et ça faisait un bien fou. Le sagittaire lui caressa une dernière fois les cheveux avant de lui murmurer qu'il revenait vite, qu'il devait l'attendre.

Milo était tellement craquant, avec ses jolies boucles bleues et son regard qui criait au désespoir comment aurait-il pu lui résister ? Aiolos avait d'abord été surpris de le voir venir vers lui en pleurs, mais quand Milo lui avait raconté sa terrible histoire, il avait été tellement touché qu'il n'avait pas pu s'empêcher de le prendre dans ses bras pour le consoler. Comme il le faisait quand Aiolia avait un gros chagrin ou qu'il faisait un cauchemar. Aiolos adorait cajoler les enfants ! Il parcourut sa bibliothèque d'un regard vif, trouvant directement le livre qui conviendrait parfaitement à la situation de Milo. Il le feuilleta rapidement, jusqu'à trouver le poème qu'il convoitait. Il était certain que Camus ne pourrait pas résister à ces jolis mots lus par la voix si douce du petit grec.

Quand il revint, brandissant d'un air triomphant son recueil de poèmes, il trouva un Milo tout larmoyant de tristesse, qu'il s'empressa de serrer à nouveau contre lui en lui montrant le poème.

-Regarde, avec ça Camus ne pourra plus t'en vouloir.

-Tu crois ? Demanda le petit Milo en essayant de déchiffrer les vers.

-Bien sûr mon bonhomme, fais-moi confiance !

Que me font ces vallons, ces palais, ces chaumières,

Vains objets dont pour moi le charme est envolé ?

Fleuves, rochers, forêts, solitudes si chères,

Un seul être vous manque, et tout est dépeuplé ! (1)

Milo prit un air satisfait : il n'y comprenait pas grand-chose mais c'était joli, Camus aimerait, c'était certain ! Il y avait des jolis mots et plein de rimes, avec ça son dîner d'excuses serait parfait et son futur amoureux oublierait tout de leur querelle. Il oublierait Fifi et ne serait plus qu'à lui tout seul. Il se jeta au cou d'Aiolos pour lui faire un bisou.

-Merci grand Aiolos, t'es trop gentil !

-Mais de rien mon bonhomme.

Aiolos l'aurait bien gardé encore un peu avec lui, histoire de pouvoir encore lui faire des câlins il souffrait d'une grave carence affective depuis que son petit frère refusait d'être approché par un garçon, même s'il s'agissait de son propre frère ! Aiolos pouvait uniquement lui faire des câlins pour lui dire bonne nuit ou quand il était vraiment triste, c'était injuste ! Il aurait tellement adoré avoir une peluche comme Milo qu'il pourrait serrer dans ses bras, mais malheureusement le petit scorpion repartait déjà d'un pas rapide, ravi du petit effet qu'il avait provoqué chez le sagittaire. Il était trop fort !


-Mais c'est l'argenterie de mon maître !

-S'il te plaît Shura, juste deux couverts !

Milo avait beau lui faire les yeux doux, pleurer toutes les larmes de son corps et piétiner d'indignation, le petit capricorne ne semblait pas disposé à lui offrir quelque chose sans la permission de son maître. C'est que Shura était très à cheval sur les principes : il était persuadé que, s'il se servait lui-même dans l'argenterie de son maître pendant qu'il était absent, Athéna le punirait et refuserait de faire de lui un chevalier digne de ce nom. Et ça, l'espagnol n'y aurait pas survécu : il aimait déjà tellement Athéna ! Le vol était un crime impardonnable et sévèrement puni il ne pouvait pas s'y risquer !

-Mais ce n'est pas un vol, c'est juste un emprunt, répondit Milo, qui faisait maintenant preuve d'un souci du détail affolant.

-C'est la même chose.

Oui parce qu'un emprunt voulait tout de même dire qu'il se servirait sans la permission de son maître ! Shura était embêté pour Milo, il voulait qu'il se réconcilie avec Camus, parce que lui il aurait aussi beaucoup aimé pouvoir se réconcilier avec Aiolia, s'ils s'étaient disputés, mais il ne pouvait tout de même pas trahir son maître, ni Athéna ! Le petit scorpion soupira de lassitude : il détestait les enfants qui n'étaient pas capables de prendre des décisions. Shura pouvait parfois être désespérant de naïveté : comme si Athéna avait planqué une caméra dans un coin pour observer ses moindres faits et gestes c'était débile !

-Athéna te punira, lança-t-il finalement.

-Q-Quoi ? P-Pourquoi tu dis ça ?

-Parce que ! Les chevaliers doivent être solidaires, ils doivent s'entraider et toi tu me laisses tomber, t'es tout sauf un bon chevalier !

-T'es sûr ? C'est ce qu'elle a dit ?

-Bah oui, t'as rien appris ou quoi ?

Shura se gratta le menton : c'est vrai que son maître ne lui avait pas appris grand-chose des désirs de la grande Athéna. Il avait très bien compris que, même si Athéna avait été le diable en personne, Shura l'aurait tout de même protégée jusqu'à la mort. Pas besoin de l'instruire, sa foi agirait à la place de son cerveau. Le petit capricorne jeta un coup d'œil à l'argenterie de son maître : pouvait-il faire confiance à Milo ? Le petit grec n'était pas réputé pour être un fervent admirateur de leur déesse, mais il était ami avec Camus…Et Camus, en plus d'être un enfant très instruit, avait juré fidélité à Athéna alors…

-Bon… mais t'es sûr hein !

-Juré !

-Milo !

-Oh pardon, pardon, te vexe pas.

Ce que Shura pouvait être barbant, parfois ! Camus aussi lui criait dessus quand il jurait, mais ce n'était pas la même chose. Camus pouvait lui dire tout ce qu'il voulait, lui hurler dessus, l'insulter, il restait toujours un petit garçon parfait aux yeux de Milo. Rien à voir avec ce gros bêta de Shura qui, maintenant qu'il avait enfin les couverts en mains, hésitait encore à les lui donner.

-Bon Shura, c'est pour aujourd'hui ou pour demain ?

-Mais…

-Je n'arrive pas à croire que tu mettes les paroles d'Athéna en doute !

-Quoi ? N'importe quoi !

- Alors donne-les-moi !

Il fallut encore cinq bonnes minutes au capricorne pour qu'il se décide enfin à lui donner les couverts, après avoir pesé le pour et le contre. Il n'avait pas totalement confiance en Milo, mais si jamais il disait vrai alors, il ne pouvait pas aller à l'encontre des paroles de leur déesse ! Et puis si jamais son maître était fâché contre lui, il aurait un argument de taille : il ne lui avait jamais rien appris sur Athéna. Une fois son butin en main, Milo fila à toute vitesse sans demander son reste craignant que Shura ne change d'avis. Vraiment, son camarade était embêtant ! S'il mettait autant de temps à attaquer un ennemi qu'il n'en mettait à lui donner de malheureux couverts, il ne ferait pas long feu au sanctuaire, le pauvre ! Milo, lui, fonçait toujours tête baissée et ça lui avait plutôt bien réussi jusqu'à aujourd'hui…sauf quand il s'agissait de Camus !


Quand il traversa le temple de son meilleur ami, Milo ne put retenir une larme qui venait du fond du cœur. Quand il passa devant la chambre de Camus, il n'eut qu'une seule envie : ouvrir la porte et se jeter dans ses bras en le suppliant de l'excuser. Mais il ne pouvait pas faire cela. S'il le faisait, Camus le rejetterait à coup sûr et alors tous ses efforts auraient été vains. Il ne devait pas écouter son cœur, pour une fois il devait écouter le peu de raison qu'il avait encore. C'était insupportable pour lui de rester loin de son Camus…surtout qu'il savait que ce ne serait pas facile de le reconquérir mais il n'avait pas le droit à l'erreur. Il devait absolument reprendre sa place dans son cœur, sous peine de quoi il n'aurait plus ni la force, ni l'envie de devenir chevalier.

Il soupira un peu plus en sortant de la onzième maison : sans son Camus, il n'était plus qu'une âme en peine, errant à la recherche de sa moitié. Le verseau lui manquait beaucoup trop !


-Et qu'est-ce que tu me donnes en échange ? Un bisou ?

-Jamais de la vie !

Aphrodite plissa son joli nez : qu'est-ce que Milo voulait dire par ''jamais de la vie'' ? Est-ce qu'il sous-entendait par-là qu'il pourrait lui résister, à LUI, Aphrodite des poissons, petit garçon réputé pour son immense beauté ? Etait-ce vraiment ce qu'il voulait dire ? Le goujat ! Comme si un être aussi insignifiant que lui pouvait le repousser, lui, Aphrodite ! Mais pour qui se prenait-il ? Personne ne lui résistait, personne. Pas même Angelo, chevalier sanguinaire et dépourvu de toute forme de sentiment.

-Pas de bisou, pas de pétale de rose !

Si le suédois pensait vraiment qu'il l'obligerait à l'embrasser pour quelques pétales de fleur, il se mettait le doigt dans l'œil ! Milo préférait encore décorer sa table de retrouvailles de pétales de fleur des champs plutôt que d'embrasser cet être narcissique et hautain au possible. Son premier bisou –comme tous les autres d'ailleurs-, il le réservait exclusivement à Camus et personne, oh non personne ne le ferait changer d'avis. Il n'était pas un être faible comme les autres garçons, lui, il pouvait parfaitement résister au charme d'Aphrodite, même si cet Aphrodite en question s'approchait dangereusement de lui, armé d'un sourire tentateur.

-Milo, murmura-t-il d'une voix suave, ce sera notre petit secret, c'est promis.

-Comme si tu savais garder un secret !

Oui parce que Milo n'était pas bête. Il était éperdument amoureux, mais pas aveugle pour autant ! Aphrodite des poissons était incapable de garder la moindre information secrète pendant plus de deux minutes. Il faisait des promesses, beaucoup de promesses qu'il tenait jusqu'à apercevoir un autre enfant à qui il pourrait rapporter son potin. C'était un être traitre et manipulateur ! Jamais il ne l'embrasserait !

-Camus ne sera pas au courant, si c'est ce dont tu as peur…

-Bien sûr que Camus ne sera pas au courant, puisque je ne t'embrasserai pas ! T'es bête ou quoi ? Je t'aime pas, toi.

Et puis quoi encore ? Aphrodite essayait d'abord de lui voler son Camus et maintenant il voulait l'avoir lui ? Jamais ! Décidément son camarade suédois tirait profit de chaque chose : est-ce que ça l'aurait rendu malade, de lui donner seulement quelques pétales de rose pour garnir sa table de retrouvailles ? Aphrodite était vraiment un sale petit égoïste, pire que lui quand il ne voulait pas partager ses cookies avec les autres. Ni ses jouets, ni Scorpii, ni ses crayons de couleur, ni ses billes, ni son Camus, d'ailleurs…mais ça ne faisait pas de lui un égoïste comme Aphrodite, non ! Milo au moins, il partageait avec Camus !

Milo bouda un peu : il n'avait vraiment pas envie d'embrasser Aphrodite, mais il avait tout de même envie de décorer sa table…Comment allait-il bien pouvoir faire ? Il ne pouvait pas en voler une : les roses du douzième temple étaient empoisonnées et très dangereuses. Tout le monde disait qu'une seule rose pouvait tuer un petit chevalier comme lui, alors il ne pouvait pas s'y risquer : il devait encore récupérer l'amitié de Camus, avant de mourir. En fait non, il avait encore des tas de choses à faire avant de mourir : récupérer l'amitié de Camus, transformer cette amitié en amour, embrasser Camus, se marier avec Camus, avoir un bébé avec Camus, se battre aux côtés de Camus, cuisiner pour Camus, fêter encore plein d'anniversaires avec Camus, et finalement, mourir auprès de Camus. Bref, il avait encore un avenir rempli aux côtés de son amoureux…si seulement il réussissait à le reconquérir.

-Tu veux vraiment pas m'aider ?

-Si, seulement si tu me donnes un bisou.

-C'est Angelo qui serait content !

Aphrodite pâlit légèrement : son meilleur ami cancer ne lui adressait plus la parole depuis quelques jours et ça l'embêtait un peu. Il ne savait pas quelle mouche avait bien pu piquer Angelo mais, d'après un de ses informateurs, l'histoire du baiser qu'il avait promis comme récompense serait arrivée aux oreilles italiennes et il n'aurait visiblement pas apprécié la nouvelle. Ce qu'Aphrodite comprenait, puisque quelques temps encore avant, il lui avait promis qu'il serait le seul à avoir eu la chance de l'embrasser. Oui mais voilà, Aphrodite voulait tester de nouvelles expériences, pour savoir comment c'était avec les autres…pour savoir si les bisous d'Angelo étaient aussi géniaux qu'ils en avaient l'air. Après tout, il ne pouvait pas s'assurer de la qualité de son soupirant s'il n'en n'essayait pas d'autres.

-Angelo n'en saura rien non plus…Allez Milo, fais-moi un gros bisou !

Le scorpion grimaça quand le suédois entoura son cou de ses bras maigres : mais qu'est-ce qu'il faisait au juste ? Il n'avait pas envie d'un câlin d'Aphrodite ! S'il ne voulait pas lui donner des pétales de roses, tant pis, il n'en voulait plus de toute façon : il avait repéré quelques coquelicots derrière sa maison et les coquelicots étaient rouges comme les pétales des roses, ça ferait l'affaire. Il essaya vainement de se séparer de la petite sangsue suédoise, qui était décidément bien accrochée à lui.

-Lâche-moi !

-Non !

-Mais laisse-moi tranquille !

-Tu les veux ces pétales de rose, oui ou non ?

-Non, j'en veux plus !

Comme Aphrodite refusait de le lâcher, et comme Milo ne voulait pas perdre son temps avec lui, il le poussa de toutes ses forces en arrière si fort que son camarade glissa sur le carrelage trop ciré et tomba à la renverse…les fesses à présent coincées dans la poubelle. Milo gloussa rien qu'à l'idée de voir son beau pantalon blanc tâché des restes du repas d'hier soir…Aphrodite eut tout juste le temps de lui promettre une rose blanche en plein cœur avant qu'il ne file rejoindre son temple : il avait à présent beaucoup de choses à faire, même s'il se sentait étonnamment très fatigué…


-Milo, viens te coucher.

-Non non et non !

-Milo…

Skorpios soupira quand son petit élève se jeta dans ses bras en pleurant : il avait tellement de peine pour lui ! Dès son retour au huitième temple, Milo avait tout mis en œuvre pour préparer une soirée inoubliable à Camus. Il avait dressé la table avec les couverts de Shura et quelques pétales de coquelicot en guise de décoration florale, dressé une bougie au milieu, vidé un verre de lait, réchauffé la boîte plus que douteuse de spaghetti, posé un thé et un Brigadeiro sur une petite assiette à dessert et avait même récité le poème d'Aiolos ! Il avait vraiment pris cette mission de réconciliation très à cœur, jusqu'à ce que le sien le rappelle à l'ordre…Milo avait à peine terminé les préparations que de violentes douleurs avaient pris possession de lui. Douleurs qu'il avait d'abord voulu ignorer, refusant d'abandonner si près de but, jusqu'à ce que son maître le voit se tordre de douleur.

Il avait littéralement hurlé que ce n'était rien, qu'il n'irait pas se coucher, pas avant d'avoir discuté avec Camus. Il voulait que le petit verseau redevienne son meilleur copain et pour ça il devait se faire pardonner. Il n'avait pas le temps d'aller au lit. Son maître ne comprenait rien : s'il n'y avait pas de dîner, il perdrait Camus pour de bon et ça il ne pouvait pas l'accepter. Il avait besoin de lui tout le temps, pour tout ce qu'il faisait. Il ne pouvait pas imaginer son existence sans son gentil Camus, et puis tout ça c'était de sa faute ! Il n'aurait jamais dû se débarrasser de Fifi, il n'aurait jamais dû être aussi jaloux !

-Non je ne vais pas dormir, maître, je peux encore rester un peu debout.

-Milo !

Skorpios s'était précipité sur lui quand il avait dangereusement vacillé. Ce n'est que lorsqu'il le souleva dans ses bras qu'il se rendit compte que son élève était brûlant. Il avait de la température, beaucoup de température et ça c'était généralement très mauvais signe. Milo s'était surpassé et il en subissait maintenant les conséquences : son petit cœur malade n'avait pas tenu la cadence. Il devait se reposer au plus vite s'il voulait espérer un rétablissement rapide. Skorpios ne tenait absolument pas à le revoir dans un autre lit d'hôpital, certainement pas pour des broutilles de tous petits. Oui, sauf que quand il s'était dirigé vers la chambre d'enfant de Milo, il avait commencé à se débattre et pleurant. Il l'avait presque supplié de le lâcher, prétextant qu'il avait besoin de voir Camus. Mais Skorpios ne l'avait pas lâché, il ne voulait pas risquer la santé de son petit élève. Alors, même si le petit grec l'avait griffé, même s'il se débattait comme un beau diable entre ses bras, il l'avait conduit jusqu' à son lit et l'y avait couché.

Evidemment, Milo ne s'était pas laissé faire si facilement il avait essayé de filer en douce, jusqu'à ce qu'une autre douleur ne le cloue littéralement au lit. Il s'était presque automatiquement recroquevillé sur lui-même, une main serrée sur le cœur. Il avait mal, Skorpios le savait. Mais Milo pleurait en silence il ne se plaignait jamais.

-Mimi, tu dois te reposer, dit-il en lui caressant les cheveux.

-Mais Camus…

-Tu pourras organiser ce dîner un autre jour.

-Mais il aura déjà un nouvel ami !

-Bien sûr que non.

Voir son élève sangloter de la sorte lui brisait le cœur : il était tellement déçu de ne pas pouvoir montrer à Camus tout ce qu'il avait mis en œuvre pour lui ! C'est uniquement à ce moment-là que le scorpion confirmé comprit à quel point son élève était attaché au petit verseau. Tout autant que lui était attaché à Cristal, peut-être même plus. Milo était serré contre lui et murmurait le prénom de son meilleur ami, certainement persuadé qu'il l'avait rayé de son cœur. Il devait avoir trouvé un autre ami, plus intelligent et plus gentil que lui, c'était sûr !

-Je suis trop nul.

-Mais qu'est-ce que tu racontes encore ?

-Oui ! Si j'étais plus fort je serais pas malade. Et Camus il voudrait encore de moi.

-Milo, Camus n'est pas fâché contre toi parce que tu es malade.

Mais le petit garçon commençait à sérieusement en douter : il avait l'impression que son amitié avec Camus n'était plus aussi forte qu'avant depuis qu'il était malade. Comme si son meilleur ami en avait assez de toujours devoir veiller sur lui. Et Milo pouvait le comprendre, ça ne devait pas être très amusant d'avoir un ami incapable comme lui. Incapable et jaloux, son verseau devait ne plus pouvoir le supporter. S'il n'avait pas été malade, son Camus se serait probablement comporté autrement envers lui. Et il n'aimait pas Scorpii parce qu'il avait peur que lui aussi devienne malade, et que ce serait trop difficile à supporter pour lui de devoir s'occuper de deux incapable. Camus ne l'aimait plus et c'était de sa faute.

Skorpios berça un instant son élève dans ses bras, essayant de sécher ses pleurs. Mais il savait que ça ne servirait pas à grand-chose : Milo était malheureux à cause de sa dispute avec Camus, et le verseau serait le seul capable de le consoler. Il lui caressa tout de même le dos en lui murmurant des paroles réconfortantes, qui n'eurent évidemment pas l'effet escompté sur le petit garçon. Alors qu'il cherchait un autre moyen de calmer son élève, Skorpios soupira de soulagement : un cosmos approchait et ce cosmos, il l'aurait reconnu entre mille, c'était celui de Cristal. Le verseau ne tarda d'ailleurs pas à apparaître, Camus sur les talons. Aussitôt, le petit scorpion retrouva son sourire.

-Camus !

Camus s'approcha et grimpa sur le lit de son ami, qui ne tarda pas à se blottir contre lui, toujours en sanglotant. Milo lui murmura une litanie d'excuses : il s'excusa de lui avoir fait du mal, il s'excusa d'en avoir fait à Fifi, d'avoir été jaloux, d'être nul, d'être un incapable, d'être un égoïste, il s'excusa et s'accusa de tous les torts du monde, uniquement pour que Camus le pardonne. Le petit verseau se contenta de s'allonger sous les draps, entraînant son ami avec lui. Il lui en voulait toujours, évidemment mais – heureusement pour le scorpion miniature-, il avait retrouvé Fifi en un seul morceau et l'avait à nouveau recueilli. Oh bien sûr, il ne le lui dirait pas…pas maintenant…

Sa première idée avait été de bouder jusqu'à ce que Milo revienne vers lui. Même s'il gardait en tête les larmes de Milo, il ne voulait pas être faible. Il ne devait pas se laisser avoir aussi facilement sinon son meilleur ami n'apprendrait jamais de ses erreurs. Donc il avait boudé, seul dans son coin, sans savoir que pendant ce temps-là, Milo cherchait encore et encore un moyen de le séduire à nouveau. Il était bien décidé à passer sa première nuit loin du petit grec quand il avait ressenti sa douleur. Elle avait envahi son esprit d'un seul coup, sans qu'il ne puisse comprendre pourquoi. Il ne savait pas ce que Milo avait exactement, il savait simplement qu'il souffrait beaucoup. Et qu'il avait besoin de lui. Alors il avait mis sa rancœur de côté et avait demandé à son maître de le mener jusqu'à Milo.

-S'il te plaît, me déteste pas ! Je sais que je suis pas un ami idéal, mais reste avec moi.

-Je reste avec toi.

Ils étaient maintenant seuls : son maître Cristal avait entraîné Skorpios à l'extérieur pour le consoler à son tour. Les adultes jouaient aux gros durs, mais au fond d'eux ils étaient toujours des enfants. Des petits enfants comme eux, qui avaient besoin de tendresse et d'affection. Milo renifla…puis renifla encore en se serrant encore et encore contre son Camus à peine retrouvé. C'était trop bête : maintenant qu'il était là, il ne pouvait même pas le faire profiter de toutes ses trouvailles ! C'était vraiment trop injuste !

-Je suis vraiment désolé, mon Camus ! Je voulais pas que tu sois triste. J'avais préparé un dîner pour toi !

Camus remercia Athéna de l'avoir sauvé d'une mort certaine. Si Milo se révélait être un combat hors pair, on ne pouvait pas en dire de même de ses talents culinaires !

-Même que c'est Angelo qui m'avait donné des spaghettis avec des épices italiennes et poilues.

Raison de plus pour ne pas manger : Angelo était un petit fourbe meurtrier qui n'aurait aucun remord à les éliminer tous ! Milo avait vraiment de drôles de fréquentations, quand il n'était pas là pour le surveiller.

-Et j'avais même un Brigadeiro pour le dessert, mon Camus ! Tu vois, j'ai pensé à toi toute la journée.

Un Brigadeiro ? Zut alors ! Finalement, il aurait peut-être dû attendre que Milo se rétablisse…au moins il aurait eu droit à ce petit plaisir qui émoustillait ses sens. Il adorait sentir le chocolat lui fondre sur la langue, c'était trop bon ! Tant pis…il le mangerait le lendemain matin, ce n'était pas un problème. Ou, pour faire plaisir à Milo, il accepterait d'attendre jusqu'au soir, comme ça ils pourraient manger quelque chose ensemble et Milo serait ravi.

-Pardon.

-Arrête ça.

-Mais Fifi…

-Va bien, je l'ai retrouvé sain et sauf.

Milo se redressa un peu : il avait retrouvé Fifi ? Pour de vrai ? Alors pourquoi est-ce qu'il lui avait fait la tête toute la journée ? Milo s'était inquiété, il avait cru perdre son meilleur ami pour toujours alors que Camus avait retrouvé Fifi ! Son Camus d'amour était décidément un petit malin ! Mais il ne regrettait rien il avait adoré se dévouer corps et âme pour lui. Après tout, s'il voulait que le verseau devienne son amoureux, il aurait bien besoin de le séduire à coups de dîners romantiques et autres supercheries. Son Camus était un être raffiné et noble, rien n'était trop beau pour son ravissant sourire.

-Alors tu m'en veux plus ?

-Plus beaucoup.

-Et t'es toujours mon meilleur ami ?

-Oui.

-Et t'es toujours la ma…euh, le papa de Scorpii ?

-Oui.

-C'est trop bien !

Un énorme sourire béat collé aux lèvres, Milo soupira d'aise en se coulant entre les bras du français. Son bébé d'amour devait être tellement content d'apprendre cette nouvelle ! Il pouvait presque le voir danser dans son terrarium. Il espérait simplement que son Camus s'occuperait un peu mieux d'eux, maintenant qu'il avait retrouvé Fifi. Milo était même prêt à adopter l'oisillon, si ça pouvait lui faire plaisir. Il ne voulait que son bonheur, alors si Camus voulait un deuxième enfant, que sa volonté soit faite ! Quand il s'endormit, il se dit que jamais il n'oublierait la leçon qu'il avait apprise aujourd'hui : l'amitié et une chose rare et fragile qui pouvait se briser à tout moment. S'il voulait garder son Camus auprès de lui, il devrait l'entretenir comme un feu de bois en plein hiver.

Il avait bien cru mourir quand son verseau lui avait dit toutes ces ignominies. Il ne voulait plus jamais revivre ça, il ne voulait plus jamais le perdre. Son Camus était bien plus précieux que tous les autres biens. Son Camus valait toutes les armures d'or, tous les cookies, tous les jouets, tous les gâteaux au chocolat du monde. Son Camus était bien plus précieux que sa propre vie. Il ferait en sorte de ne plus jamais le blesser, le froisser, le contrarier. Son Camus et lui resteraient toujours ensemble à présent, toujours. Jusqu'à la mort et au-delà.

Que me font ces vallons, ces palais, ces chaumières,

Vains objets dont pour moi le charme est envolé ?

Fleuves, rochers, forêts, solitudes si chères,

Un seul être vous manque, et tout est dépeuplé !


(1) Lamartine; L'isolement.