Coucou tout le monde :)

Je sais que ce chapitre est encore très en retard mais je rentre à l'université le 15 et donc c'est derniers jours j'ai participé à pas mal de journées portes ouvertes/informatives. Et bien sûr, je profite de mes dernières journées de vacances ^^.

Mes chapitres mettront donc un peu plus de temps à être postés mais je n'abandonne rien! Je dois simplement concillier travail et plaisir et je préfère prendre plus de temps pour poster un chapitre mais être contente de ce que je vous propose :).

Voilà, bisous à tous et bon courage à tous ceux qui ont déjà/vont recommencer les cours :).


-Les enfants, approchez s'il vous plaît.

Aussitôt dit, aussitôt fait, les enfants se ruèrent vers Shion, certains avec plus d'entrain que d'autres. Il faut dire que la nouvelle activité proposée par le grand pope n'était pas du goût de tout le monde : si certains apprentis chevaliers comme Camus, Mu, Shaka et Aphrodite étaient très friands des activités collectives pendant lesquelles ils pouvaient exhiber une part d'eux-mêmes –qu'elle soit intellectuelle, spirituelle ou corporelle-, d'autres comme Aiolia, Angelo ou encore Shura les avaient en horreur. Le petit Milo, lui, vacillait entre les deux bords, puisque d'un côté il trouvait ça fort embêtant, et de l'autre il voulait à tout prix que son Camus soit fier de lui. Et même si pour cela il devait enfiler un costume ridicule et marcher sur la tête, il était prêt à le faire sans rechigner.

-J'espère que vous avez tous pris votre décision. Je vais vous demander de dire à Kanon ce que vous avez choisi. Compris ?

Les enfants opinèrent vivement de la tête. Cela faisait plus d'une demi-heure qu'ils réfléchissaient chacun de leur côté et tentaient de pervertir les esprits des petits indécis. Voilà comment Aphrodite, à coups de battements de cils séducteurs et autres promesses intenables, avait presque réussi à capturer le crabe rebelle dans ses filets, au grand damne de celui-ci d'ailleurs. D'autres, comme Mu et Shaka, étaient naturellement en accord tandis que Camus n'avait pas eu besoin de beaucoup d'arguments pour convaincre Milo de voter pour la pièce qu'il avait lui-même choisie. Si le scorpion n'y connaissait rien, il était persuadé que le choix de son Camus était le meilleur, et puis son meilleur ami lui avait promis une belle récompense s'il acceptait de le suivre. Et le ton mielleux qu'il avait employé pour lui faire sa demande avait fini d'achever le scorpion, qui avait cessé de réfléchir.

-Mu ?

-Purûravas et Urvaçi, glapit le petit garçon, qui avait été instantanément séduit par le résumé que lui avait fait son ami du conte indien.

Shaka lui avait parlé d'un prince, de deux Apsarâ et d'une bataille qui avait lié le prince à l'une d'elles par un pacte qui ne devrait jamais être rompu. Mu se voyait déjà parfaitement jouer le rôle de la fée amoureuse mais exigeante qui fait les yeux doux au prince. Surtout si ce prince s'appelait Shaka. Bon, si jamais il était choisi pour jouer le rôle d'Urvaçi, il devrait endosser une tenue de fille et tous ses petits camarades se moqueraient de lui, mais il était prêt à faire ce sacrifice pour Shaka. Il voulait que son meilleur ami comprenne enfin qu'il n'y avait pas que bouddha qui attendait impatiemment qu'il le rejoigne…Quelque part au sanctuaire, un petit garçon aux longs cheveux lilas trépignait aussi d'impatience à l'idée de l'avoir pour lui tout seul. Alors même si pour arriver à ses fins il devait porter un pagne, un soutien-gorge rembourré et des breloques de filles, il était prêt à foncer tête baissée. Pour Shaka et son joli sourire.

-Bien, et toi, Aldé ?

-Grouillette la tortue, brailla le futur chevalier du taureau, vexé de n'avoir pas trouvé son animal représentatif dans les contes.

-Angelo ?

Le petit garçon rougit violemment tout en faisant la moue : il hésitait entre écouter son cœur ou sa raison…enfin, son esprit de survie. Parce que le regard noir que lui lançait Aphrodite ne lui présageait rien de bon s'il ne respectait pas leur accord. Et son copain poisson pouvait être très, très convaincant quand il faisait ces yeux-là. Angelo trouvait cette idée totalement stupide : ils avaient passé l'âge de se donner en spectacle en tutu et rubans roses. Lui ce qu'il voulait, c'était se battre ! Des tripes, des boyaux, de la rate et du cerveau ! Il voulait enfiler un costume de pirate, de justicier masqué ou de méchant-pas-beau-de-la-mort-qui-tue-tout. Oui, mais Aphrodite en avait décidé autrement.

Il vit son meilleur ami se rapprocher de lui, un air très mécontent collé au visage. Et un Aphrodite aux paupières charbonneuses et aux cils épaissis par trois couches de mascara qui fronce les sourcils, c'était un spectacle plutôt effrayant. L'italien avait déjà essayé de le convaincre d'échanger son fard à joues et son rouge à lèvres contre un œil au beurre noir et une cicatrice d'homme viril, mais il avait simplement récolté une gifle et après ça, le petit poisson ne lui avait plus parlé pendant trois jours, l'accusant d'essayer de le détourner du droit chemin. Angelo ne voyait vraiment pas ce qu'il y avait de ''droit'' à vouloir se travestir mais, pour le bon déroulement de leur amitié, il s'était platement excusé et avait une fois de plus accepté les nouvelles lubies esthétiques de son copain. A condition bien sûr qu'Aphrodite ne cherche pas à le prendre comme cobaye.

-Angie, siffla-t-il tout près de son oreille.

-M'appelle pas comme ça Aphro !

-Alors tâche de ne pas me trahir.

Angelo imaginait déjà très bien le calvaire qu'il vivrait si jamais il avait le malheur de ne pas suivre le plan d'Aphrodite. Son meilleur copain excentrique serait bien capable de le poursuivre dans tout le sanctuaire pour essayer de le transformer en poupée Barbie nouvelle génération. Et très franchement, l'italien ne souhaitait pas se réveiller un beau matin avec des bigoudis dans les cheveux et du maquillage de clown sur son joli visage d'homme. Les épaules basses, il se retourna alors vers Kanon, qui attendait toujours sa réponse.

-Roméo et Juliette…

-Pardon, je n'ai pas entendu. Tu peux répéter ?

Le petit cancer se mit à bouder : tout le monde était contre lui ou quoi ?

-Roméo et Juliette ! Et le premier qui rigole je lui fais la peau ! Dit-il en lançant un regard mauvais à Aiolia et à Shura, qui pouffaient déjà dans son dos.

Kanon haussa un sourcil mais ne fit aucun commentaire : si au départ il avait été plutôt étonné par le choix de celui qui portait déjà le nom de ''chevalier sanguinaire'', il le fut moins quand il vit Aphrodite battre des cils avant de déposer un baiser rouge et plaqué sur la joue du petit cancer. Alors comme ça, même Angelo avait succombé aux charmes du suédois ? Plus rien ne l'étonnait. Secouant un peu la tête, un léger sourire aux lèvres, il décida de continuer les inscriptions sans se poser plus de questions.

-Aiolia ?

-Moi je veux rien faire, c'est nul !

Si le grand pope et son fidèle toutou Kanon pensaient réellement que lui, Aiolia, futur chevalier du lion et petit garçon têtu au possible, allait réellement monter sur scène pour réciter des tirades qu'il aurait bêtement apprises par cœur et – le pire de tout- dans un costume ridicule qui lui donnerait des allures de femmelette, ils se mettaient le doigt dans l'œil jusqu'au coude. Aiolia ne ferait jamais une chose pareille. Il avait une réputation à défendre auprès des filles, surtout auprès de cette jolie rouquine qui lui avait tapé dans l'œil sous le soleil de Grèce. Il n'était pas né, celui qui l'obligerait à jouer les fanfaronnards pour le bon plaisir d'un grand pope aigri et solitaire, ça non !

-Aiolia, le gronda son frère, s'il te plaît ne te fais pas remarquer.

Mais le lionceau refusait catégoriquement de l'écouter : après tout, Aiolos ne monterait pas sur scène, lui ! Evidemment que non ! Monsieur le favori du grand pope avait le droit de rester dans l'ombre pendant qu'eux se trimballeraient sous les projecteurs avec un chapeau à plumes ! Ce n'était pas juste, ça. Et Aiolia était prêt à revendiquer sa cause auprès de qui voudrait bien l'entendre : Shura par exemple. D'ailleurs, celui qui était officiellement devenu son seul ami, se joignit bien vite à lui pour clamer haut et fort que lui non plus ne se donnerait pas en spectacle. C'était une honte d'organiser de telles singeries sur le sol sacré d'Athéna. Ils iraient tous en enfers, le capricorne en était persuadé.

Levant les yeux au ciel, agacé par de tels esprits récurrents qui lui rappelaient bizarrement celui de son frère jumeau, Kanon préféra abandonner la partie, laissant au grand pope le choix de décider de leur sort. Il n'avait pas envie de se disputer avec les enfants : ils les aimaient beaucoup même si parfois il avait envie de leur refaire le portrait. Comme maintenant. Alors il était préférable qu'il passe au-dessus de leur comportement pour mieux se concentrer sur la mission qui lui avait été confiée, sinon il n'était pas certain qu'ils repartiraient tous en un seul morceau.

-Bien, Shaka ?

-Purûravas et Urvaçi, bien sûr !

Même s'il avait les yeux clos, la dite réincarnation de bouddha pouvait très bien sentir le sourire de son copain Mu dans son dos. Il était très fier d'avoir réussi à retourner le cerveau du petit garçon pour arriver à ses fins : jouer au prince charmant pour conquérir son atlante préféré, c'était vraiment très malin. Parfois Shaka se demandait si le petit bélier n'était pas aveugle, tant il ne semblait pas voir les indices flagrants qu'il lui glissait à longueur de journée concernant son désir de plus en plus fort de se rapprocher de lui. Même quand il était descendu au premier temple en pleine nuit –était-il utile de préciser que Shaka ne posait jamais ses divins pieds dehors une fois les dix-sept heures trente passées ?- pour lui préparer un thé à la menthe parce qu'il avait appris que Mu était souffrant, il n'avait rien deviné. Vraiment, Mu était un petit garçon très intelligent mais il n'était pas très futé pour interpréter les signes de la vie courante. Aucun problème, Shaka s'occuperait de ses chakras !

-Milo ?

La bouche en cœur, fermement accroché au bras de l'homme de sa vie, un doux sourire collé aux lèvres, le visage de Milo apparut devant Kanon. Et le jeune homme ne put retenir un sourire attendri quand il vit à quel point le petit scorpion était dévoué à son chéri de toujours. Chéri qui d'ailleurs semblait fort peu enclin à supporter un petit grec blond glué à son bras mais qui pourtant ne faisait aucun commentaire, craignant de blesser son meilleur ami à la santé fragile. Kanon les avait toujours trouvés mignons tous les deux, ils lui rappelaient la relation fusionnelle qu'il avait avec son frère lorsqu'ils étaient enfants. Il espérait simplement qu'ils ne connaîtraient pas le même destin qu'eux…

-Le corbeau et le renard, c'est juste hein mon Camus ?

-Oui Milo.

Fier comme Artaban, Milo arbora son plus beau sourire, ravi d'avoir été à la hauteur des attentes de son Camus adoré. Il n'y connaissait rien aux fables de La Fontaine, mais Camus lui en avait parlé avec tant de passion que le petit scorpion n'avait pas pu résister quand il lui avait demandé d'une voix suave s'il acceptait de jouer cette pièce avec lui. A vrai dire, le verseau aurait très bien pu lui demander d'enfiler une couche et de jouer au nouveau-né avec une tétine en bouche, Milo n'aurait pas pu refuser. Il aimait bien trop son Camus pour lui refuser quoi que ce soit. Et ça, le verseau l'avait bien comprit. Voilà pourquoi il usait de plus en plus de ses charmes pour arriver à ses fins. Oh bien sûr, il n'en était pas encore arrivé au stade d'Aphrodite, il ne promettait pas des bisous…un simple câlin suffisait. Milo tombait toujours dans ses filets en moins de dix secondes, c'était vraiment trop amusant.

Kanon prit note toujours en souriant : il adorait Milo et sa naïveté trop craquante. Le futur scorpion était de loin le chevalier le plus chou, Kanon en était persuadé. Il passa en revue ceux qui n'avaient pas encore donné de réponse : Aiolos était chargé de superviser la pièce avec lui et Shura avait suivi le mouvement de rébellion lancé par Aiolia. Il ne restait donc plus que…

-Camus ?

Bizarrement, il se doutait déjà de sa réponse.

-Le corbeau et le renard, clama-t-il avec une diction parfaite.

-Et toi, Aphrodite ?

Sa réponse non plus n'était plus un mystère pour personne.

-Roméo et Juliette ! Dit-il d'une voix horriblement sensuelle en lançant un regard dégoulinant de guimauve à Angelo.

Bon. Ça leur faisait donc deux Purûravas et Urvaçi, deux Roméo et Juliette, une Grouillette la tortue, deux corbeaux et renards et deux mauvaises graines. Pas facile à départager, tout ça… Une chose était certaine : les enfants avaient décidé de leur mener la vie dure ! Kanon se retourna vers le grand pope comme celui-ci passait la porte. Dans ces cas-là, il préférait laisser Shion prendre les décisions : il ne voulait pas se mettre les enfants à dos pour une histoire de pièce de théâtre qu'il trouvait lui aussi tirée par les cheveux. Shion n'avait qu'à assumer ses responsabilités après tout…


-Les enfants, écoutez-moi !

Ravis de savoir lesquels d'entre eux avaient remporté la victoire, les enfants s'agglutinèrent directement autour du grand pope, excepté Aiolia et Shura qui – honneur oblige-, refusaient de s'adonner à ce petit jeu. Ils assureraient leur rôle de rebelle jusqu'au bout !

-Puisque nous avons été incapables de vous départager, nous avons décidé que vous présenterez séparément les pièces que vous avez choisies et nous trancherons en fonction de vos compétences.

Aphrodite rejeta ses longs cheveux turquoise derrière ses épaules, persuadé de remporter la palme d'or : après tout, sa beauté n'avait d'égal que son talent de comédien. Il serait en acteur –pardon, une actrice- parfait en le rôle d'une Juliette éperdument amoureuse de son Roméo. Roméo qui d'ailleurs ne semblait pas du tout convaincu par la décision de Shion. Le petit italien avait espéré jusqu'à la dernière seconde que le grand pope choisirait de mettre en avant la pièce de son élève ou celle du duo d'amoureux infernaux. Ça l'aurait même plutôt bien arrangé au moins il n'aurait pas été obligé de prendre une voix faiblarde pour murmurer au balcon d'une Juliette en robe de chambre ! Il craignait surtout de se retrouver seul avec Aphrodite dans une pièce pleine de costumes. Il sentait que sa virilité masculine allait en prendre un coup finalement il aurait peut-être mieux fait de rester avec Aiolia. Lui au moins, il n'aurait pas essayé de le travestir…

Shaka et Mu, eux, étaient ravis de pouvoir travailler juste tous les deux. Le futur chevalier de la vierge ne pouvait rêver mieux pour enfin faire comprendre à Mu qu'il ne le laissait pas indifférent. Bien sûr, Mu ne prendrait jamais la place du grand bouddha tout puissant dans son cœur, mais au moins il devait s'estimer heureux qu'il accepte qu'il reste plus d'une demi-heure dans la même pièce que lui. Shaka n'acceptait pas que de simples mortels se mêlent à son quotidien, mais avec Mu c'était différent. Mu lui brossait les cheveux et lui massait les pieds sans broncher, tout en l'écoutant parler des exploits de bouddha. Vraiment, il était parfait : docile et silencieux. Intelligent en plus de ça…bref, toutes les qualités pour faire chavirer un tant soit peu le petit cœur gonflé d'orgueil de la vierge.

Quant à Camus et Milo, si le premier craignait que ses talents d'orateur soient gâchés par les lacunes intellectuelles de son meilleur ami, le second était prêt à tout pour les faire gagner. Il était prêt à affronter vents et marées, tant qu'il était avec son Camus tout irait bien. Il ne savait pas lire, mais il était persuadé que son verseau d'amour serait un excellent professeur, il ne demandait qu'à apprendre. Quand Camus vit la détermination dans le regard de son meilleur ami, il fut un peu rassuré : Milo n'était pas quelqu'un de mauvais, il savait qu'il s'investirait corps et âme dans son rôle, uniquement pour lui faire plaisir. Ça avait du bon parfois d'avoir un meilleur ami amoureux, au moins maintenant il ne devait plus sacrifier ses desserts pour le convaincre…

Aldébaran n'était pas ravi d'endosser seul le rôle d'une tortue mais au moins, il n'aurait pas de texte à apprendre…

-Une minute ! Aiolia, Shura, venez par ici. Puisque vous avez refusé de participer avec les autres, vous jouerez le rôle des agneaux d'Urvaçi dans la pièce de Mu et de Shaka.

-QUOI ?

Si les deux petits garçons rebelles étaient révoltés par une telle décision, Shaka et Mu ne perdirent pas non plus une minute pour protester : ils ne voulaient pas que les deux gnomes asociaux viennent s'immiscer entre eux. Leurs projets idylliques tomberaient alors à l'eau et ils pourraient dire adieu aux rêves d'amitié et d'amour qu'ils avaient construits. Ces petits troubles fêtes ne joueraient pas dans leur pièce, ça non ! Ils étaient même prêts à jouer eux-mêmes les moutons pour ne pas avoir à les supporter. Oui, sauf que le grand pope ne semblait pas d'humeur à négocier : il avait déjà bien assez de soucis avec les autres enfants pour qu'en plus son élève s'y mette lui aussi.

-Ma décision est sans appel. Si vous vous étiez bien comportés depuis le début, vous n'en seriez pas là.

Vexé comme une puce d'être abaissé au même niveau que ces abrutis de mortels qu'il était forcé d'appeler camarades, Shaka tira le petit atlante par la main, bien décidé à prouver au grand pope qu'il était mille fois supérieur à ces bébés immatures qui n'avaient rien trouvé de mieux pour se démarquer des autres que de tenir tête à Kanon. Maintenant à cause d'eux, leur œuvre d'art serait saccagée, mais Shaka n'avait pas dit son dernier mot, ça non ! Par tous les bouddhas, Mu serait à lui avant ce soir, même si pour cela il devait découper capricorne et lionceau en rondelles de salami ! Il était certain que si Mu devenait son petit ami, il lui ferait des bisous comme Aphrodite en faisait à Angelo et très franchement, Shaka était curieux de savoir si c'était aussi terrible que ce qu'Angelo avait dit quand il était encore plus petit.

-Viens Mu, allons répéter pour être les meilleurs. Bouddha est avec nous, je le sens !

Blasés, Aiolia et Shura restèrent seuls, regardant leurs camarades s'activer autour d'eux : qu'avaient-ils fait pour mériter ça ? Ils voulaient devenir des chevaliers protecteurs d'Athéna, eux, pas des dramaturges ni des comédiens ! Et en plus, ils devaient se coltiner les deux petits garçons les plus ennuyeux du sanctuaire ! Heureusement qu'ils étaient ensemble, parce que les discussions vierge/bélier n'étaient jamais marrantes. Au contraire, ils parlaient toujours de sujets embêtants et soporifiques auxquels ils ne comprenaient rien. Bien obligés malgré eux d'accepter leur sanction, ils ne baissaient pourtant pas les bras. Ils échangèrent un regard complice, confirmant ainsi leur idée commune.

-On va leur faire payer de nous obliger à porter des peaux de mouton, Shu !

-Tu l'as dit mon kiki, ils vont souffrir !


-Tu ne seras jamais une vraie tortue de mer si tu ne vas pas à ton cours de natation ! Aphrodite, vas-t-en !

Couché par terre, une carapace de tortue bien trop petite pour son gabarit accrochée au dos, Aldébaran pesta contre la gazette en titre du sanctuaire, qui ne perdrait pas une minute pour aller rapporter son humiliation au reste du sanctuaire. Était-ce vraiment sa faute s'il était seul à avoir choisi ce conte débile pour enfant ? Non. Résultat, il devait incarner plusieurs personnages à la fois et ce n'était pas toujours facile pour lui de différencier les voix. En plus il avait déjà mal au dos et il se sentait ridicule.

Il aurait cent fois préféré jouer dans Roméo et Juliette…au moins il aurait pu être avec Aphrodite. Sauf que le suédois l'avait lamentablement ignoré quand il avait voulu lui parler. Il avait préféré faire bande à part avec Angelo, comme d'habitude. Et dire que l'italien lui avait déjà volé la vedette l'année dernière pour le baiser, maintenant il lui prenait aussi le rôle de Roméo ! Aldébaran aurait bien mieux convenu, il en était certain : il était bien plus romantique et bien plus attentionné que ce sale gosse vulgaire. S'il voulait qu'Aphrodite s'intéresse à lui, il avait tout intérêt à passer à la vitesse supérieure…


Maître corbeau sur un arbre perché, tenait en son bec un fromage. Maître renard…

-Pourquoi est-ce que je dois tenir ce fromage, Camus ? Je peux pas avoir un biscuit plutôt ?

Le verseau soupira, déjà exaspéré par les réflexions de son meilleur ami. Un biscuit ? Et puis quoi encore ? Et pourquoi pas un petit chocolat, tant qu'on y était ? Vraiment, parfois Milo l'embêtait beaucoup : il n'avait aucune fibre littéraire. Mais quand Camus le regardait, perché en haut du décor, la tête légèrement penchée sur le côté, il ne parvenait pas à se mettre en colère contre lui. Ce n'était tout de même pas la faute de son pauvre Milo si son maître Skorpios ne lui avait rien appris ! Le scorpion en titre avait tout dans les bras et rien dans la tête, mais il gardait ce petit commentaire pour lui : il n'était pas certain que son maître Cristal aurait apprécié de l'entendre parler de la sorte.

-Non Milo, pas de biscuit. On doit respecter la fable sinon ce sera nul.

-Mais…

-Et ne commence pas à discuter !

Les épaules du petit grec s'affaissèrent quand il vit que son meilleur ami ne le regardait déjà plus. Un morceau de gruyère en main, il se demandait quelle drôle d'idée Camus avait eue quand il avait choisi cette fable de La Fon machin. Pourquoi est-ce qu'il n'avait pas choisi Roméo et Juliette, comme Aphrodite ? Milo aurait adoré accueillir son Camus sur un balcon, les cheveux au vent et une longue robe de soie tombant sur ses petits petons blancs ! Rien que d'imaginer la scène, il en aurait presque bavé si seulement Camus ne l'avait pas rappelé à l'ordre, plus furieux que jamais de voir qu'il ne l'écoutait pas.

-Milo ! Tu es censé être un corbeau, pas un crapaud. Alors ravale ta salive et concentre toi !

Le petit garçon bouda tout en reprenant une position un peu plus théâtrale. Décidément, ces répétitions avec Camus n'allaient pas être de tout repos…


- Oh beauté céleste ! Mon cœur et mon âme sont devenus vôtres à l'instant même où vous m'êtes apparue.

Mu ouvrit la bouche pour répondre à la déclaration fictive de sa petite vierge adorée quand quelqu'un éclata de rire derrière lui. Il se retourna pour voir Aiolia et Shura qui se tordaient de rire et aussitôt, ses joues prirent une jolie couleur rosée, honteux malgré lui de faire face à ses petits camarades dans une tenue aussi…légère. Uniquement vêtu d'un pagne décoré de ceintures, spécialement conçu pour mettre en valeur ses hanches arrondies et ses fesses rebondies, accompagné d'un soutien-gorge en coquillages que Shaka l'avait obligé à porter, prétextant qu'il devait arborer une poitrine qui inspirait l'amour divin, Mu se sentait horriblement gêné. Il fallait bien avouer que dans cette tenue fort peu virile, il faisait plus Caroline que Brandon et vraiment, ça ne lui plaisait pas d'être pris pour une fille.

-Allez-vous en, sinistres serpents du diable ! Vous n'avez rien à faire en ce lieu sacré consacré aux grands esprits.

-Dis plutôt que tu veux garder ta petite copine pour toi tout seul, répondit Aiolia à l'intention de Shaka.

-N'insulte pas Mu, monstrueuse créature jalouse, il est sous la protection de bouddha !

Profitant de cette petite querelle passagère, le bélier avait doucement mais surement rejoint les loges dans l'unique but de se changer au plus vite avant de subir une autre humiliation mais alors qu'il allait se déshabiller, il vit l'ombre de Saga traverser le hall du sanctuaire du grand pope. Qu'est-ce que ce gredin faisait ici, après des mois de silence radio ? Et si jamais il décidait de faire du mal à son maître Shion ? Oh par Athéna, ce serait terrible ! Il ne pouvait pas le laisser faire une chose pareille ! Prenant son courage à deux mains, Mu décida que sa tenue vestimentaire n'était pas aussi importante que la vie de son maître bien aimé, et il suivit Saga d'un pas feutré mais décidé. Derrière lui, il pouvait encore entendre Shaka et les autres se disputer.

-Tu délires complètement ! Moi j'en fais de la chair à saucisse, de ton bouddha.

-Surveille ton langage !

-Si je veux !

-Tu brûleras en enfer !

-Heu, les gars ?

-Sale petite pédale !

-Mécréant !

-Les gars ?

-Raclure de bidet !

-Vil mortel, âme damnée !

-Les gars ! Alors pour vous résumer la situation : Mu vient de filer presque à poils pour rejoindre Saga…

Ayant tout juste le temps de bondir sur le côté, Aiolia et Shura virent Shaka leur passer sur les pieds comme une furie, visiblement très contrarié de savoir que son Urvaçi personnelle avait des vues sur un autre que lui. Haussant simplement les épaules, le lionceau se jeta sur une malle de costumes pour terminer sa nuit tandis que Shura préférait reprendre sa lecture : comment devenir un bon chevalier d'or en dix leçons. Les deux tourtereaux hors de portée, ils auraient tout le loisir de se détendre, et ça sans avoir à enfiler le moindre costume de brebis…


-Oh Roméo, pourquoi es-tu Roméo ?

-Euh, tu délires là Aphro', moi c'est Angelo.

Le petit poisson trépigna de mécontentement, désolé de voir à quel point son meilleur ami manquait de culture romantique. Tout futur chevalier d'or digne de ce nom devait avoir lu cette sublime pièce au moins une fois dans son enfance. Aphrodite, lui, se souvenait parfaitement des longues soirées qu'il passait blotti dans les bras de son maître Alphée pendant qu'il lui lisait des actes de cette pièce mythique. Depuis tout petit, il avait toujours rêvé d'endosser le rôle de Juliette et sa peau douce, mais visiblement il n'avait pas encore rencontré le bon Roméo…

-Et puis d'abord, c'est qui ce Roméo, hein ? Encore une de tes nouvelles conquêtes ?

Ayant depuis longtemps repoussé les limites de sa patience, Aphrodite soupira tout en redescendant de son balcon : son ami/petit ami/pair italien était définitivement et irrévocablement…stupide. Comme le dirait son maître, Angelo était un cas désespéré et désespérant. Aphrodite l'aimait bien pourtant, c'était seulement dommage qu'il soit aussi primitif. Il était comme un petit gorille tout droit sorti d'une jungle. Quand il arriva à sa hauteur, le petit suédois ne lui accorda pas le moindre regard, ce qui énerva fortement l'italien.

-Non mais crache le morceau Aphro ! Dis-moi qui c'est ce mocheté, que je m'occupe de son cas !

Et voilà que l'apprenti cancer repartait dans son délire paranoïaque. Décidément, sa jalousie maladive commençait à sérieusement énerver le futur poisson, même s'il avait été au début flatté par tant d'obstination. Si Angelo pensait réellement qu'il réussirait à lui passer la bague au doigt, il se trompait : Aphrodite aimait bien trop batifoler de fleur en fleur pour trouver le meilleur nectar. Lui, devenir sérieux et fidèle ? Jamais ! Il avait besoin de s'assurer qu'il plaisait encore…d'ailleurs cette petite dispute était une occasion parfaite pour se débarrasser des pinces encombrantes du cancer et s'assurer que son taux de popularité était encore au beau fixe.

-Où est-ce que tu vas ? Rugit l'italien en voyant son meilleur ami disparaître de son champ de vision.

-Chercher un autre partenaire, t'es nul dans le rôle de Roméo !

Alors qu'il recouvrait ses joues roses d'une autre couche de fard à joues, le suédois entendit encore son meilleur ami se plaindre, lui hurlant qu'il n'avait pas intérêt à le tromper. Bizarrement dans ces moments-là, Aphrodite préférait faire la sourde oreille et prétendre n'avoir rien entendu…


-Mu !

La réincarnation de bouddha, habituellement si calme et si sereine arborait à présent une moue contrariée, et pour cause : Mu, compagnon potentiel qu'il avait choisi pour partager son divin lotus, l'avait tout bonnement abandonné aux mains de deux cèleras, préférant visiblement courtiser Saga, adulte démoniaque et bipolaire qui n'en ferait qu'une seule bouchée. Bref, petit bouddha avait été évincé par grand Satan et ça, ça ne lui plaisait pas du tout. A tel point qu'il était à deux doigts de perdre sa réputée patience. De quel droit le petit bélier le quittait-il de cette façon alors qu'il lui avait si gentiment proposé de faire équipe avec lui ? Personne ne contredisait bouddha, personne !

-J'attends des explications, Mu !

-Shhh ! Répondit simplement le petit atlante en secouant la main pour lui faire signe de se taire.

Geste certes anodin mais que l'égo surdimensionné de Shaka prit comme un affront : personne ne repoussait bouddha ! Il était tellement obnubilé par cette soit disant abomination qu'il ne se rendit même pas compte du petit manège qui avait lieu juste devant ses yeux pourtant bien ouverts : Saga – cet adulte démoniaque et bipolaire-, était étonnement redevenu doux comme un chaton et minaudait auprès de Shion –l'homme à abattre- dans le seul but de lui faire avaler une soupe qu'il avait préparée exprès pour lui.

Mais si bouddha n'y voyait rien, le grand pope, lui, n'était pas dupe. Et son disciple non plus, d'ailleurs. Mu savait très bien que ce revirement de situation n'était pas normal et il soupçonnait fortement l'aîné des jumeaux d'avoir glissé dans la tisane de son maître une drogue infecte dont lui seul connaissait le secret. Il devait agir au plus vite s'il voulait sauver la vie de son maître adoré ! Ni une ni deux, quand il vit l'effroyable Saga s'approcher encore plus de son maître pour lui faire avaler le poison, il se jeta à sa poursuite.

Oui, sauf que Shaka n'était pas prêt à le laisser filer si facilement. Il préférait mourir plutôt que de le voir lui échapper avec ce pédophile-psychopathe-schizophrène-voyou de Saga. Alors il se jeta à son tour derrière lui, le rattrapant par le haut de son pagne. Résultat : Mu glissa sur le carrelage reluisant, s'écrasa contre le postérieur de Saga qui trébucha à son tour et renversa le contenu de sa cafetière sur la toge fétiche de Shion. Et la réaction ne se fit pas attendre : furieux, le grand pope jeta dehors Satan, disciple et bouddha à coups de pieds dans le derrière, hurlant haut et fort qu'il en avait assez et que s'il avait encore à subir une telle humiliation, il mettrait la clef sous le paillasson.

Saga battit en retraite en pestant contre les sales mômes qui avaient encore une fois contrecarré ses plans, Shaka ne comprit pas directement pourquoi Mu lui criait dessus et Mu…cria. Beaucoup. S'il n'avait pas compris tout ce que son maître avait hurlé, il savait néanmoins qu'il était en colère contre lui et tout ça c'était de la faute de Shaka ! Il ne pouvait plus se laisser manipuler de la sorte par son meilleur ami, il devait affirmer son caractère et il connaissait un très bon moyen de le faire…


Elle à le mal de mer.

Elle boit la tasse.

Elle tousse.

Un petit maillot de bain vert trop étroit pour lui collé au corps, Aldébaran faisait semblant de se noyer dans une piscine gonflable d'appoint qu'Aiolos avait trouvée au fin fond d'une caisse en carton remplie de vieilleries. Elle était tellement vieille et usée que le sagittaire avait dû racoler les trous à l'aide de rustines tout aussi vieilles. Mais bon, Aldébaran avait finalement réussi à patauger. Sauf que ce n'était pas si facile qu'il n'y paraissait d'improviser une noyade ! Son esprit de survie prenait toujours le dessus.

Lorsqu'elle rouvre les yeux, le ciel est à nouveau bleu.

Il y a, à côté d'elle, une grosse boîte sur laquelle est inscrit " trousse de secours ". Grouillette a bien mal à la tête.

Une minute, une trousse de secours ? Depuis quand les trousses de secours étaient-elles rondes et décorées d'une paire d'yeux bleus, d'un petit nez pointu et d'une jolie bouche rougie par un tube l'oréal pro ? Mais alors si ce n'était pas une trousse de secours, qu'est-ce que c'était ?

-Tu deviens suicidaire Aldé ? C'est parce que je n'ai pas voulu de ton bisou ?

Aphrodite. Qu'est-ce qu'Aphrodite faisait là, avec lui, alors qu'il venait de se ridiculiser en mimant de se noyer dans quinze centimètres d'eau ?

-J'ai rompu avec Angelo, alors je cherche un nouvel ami. Tu veux bien que je joue avec toi ? Si tu acceptes, peut-être que je te ferai un bisou là…

Quand l'index du suédois se posa sur ses lèvres, s'en fut trop pour le petit cœur d'artichaut du futur taureau, qui perdit connaissance. Tout de même, devoir être à deux doigts de mourir pour avoir droit à une déclaration d'Aphrodite, c'était très éprouvant !


-Aie ! Mais Milo tu le fais exprès ou quoi ?

-Pardon mon Camus, s'empressa de s'excuser le mini scorpion en voyant son morceau de gruyère perdu au milieu de la chevelure de son chéri, c'est juste qu'à chaque fois que tu me fais un compliment, je me sens toute chose et…

-Je ne te fais pas de compliment, précisa le verseau d'un ton cinglant, je me contente de lire mon texte !

Mais Milo ne s'offusqua pas pour si peu : son Camus lisait peut-être son texte mais après tout, c'est lui qui avait choisi cette pièce alors c'est qu'il voulait lui transmettre un message…Et parmi le nombre consistant de répliques, le scorpion avait décidé que ce message serait : que vous êtes joli ! Que vous me semblez beau ! Parce que pour lui, il n'y avait aucun doute, son Camus cherchait à lui déclarer son amour –enfin- mais ne savait pas comment s'y prendre. Cette petite combine collait parfaitement avec le caractère poétique du verseau, en plus ! Milo était certain de ne pas se tromper.

-A quoi est-ce que tu penses encore ?

-Hein ?

Camus planta son regard glacial dans le sien, toujours innocent. Il soupira tout en lui rendant son morceau de gruyère : s'ils continuaient à cette allure, ils seraient encore là le lendemain et le verseau ne tenait franchement pas à passer sa soirée ici. On était vendredi, et le vendredi c'était le jour des Fish sticks et de la glace en dessert, alors pas question de rater ça !

-Laisse tomber, je préfère ne pas le savoir.

Toujours perché sur sa branche, commençant légèrement à avoir le tournis, Milo plissa les paupières pour se délecter au mieux des paroles qui sortiraient bientôt de la bouche de son meilleur copain à lui : des mots doux, des mots doux et encore des mots doux ! Décidément, Milo commençait à prendre goût au théâtre…


-Mais…Mais Mu, je ne vais quand même pas me mettre tout nu dans le même lit que toi ?

Shaka regrettait à présent amèrement d'avoir choisi cette pièce indienne : il avait été tellement emballé par l'histoire du prince et de son éternel amour qu'il n'avait pas tenu compte de ce passage censuré, interdit au moins de dix-huit ans. Et maintenant il devait se mettre tout nu pour dormir avec Mu et s'il essayait par tous les moyens d'échapper à cette terrible humiliation, le petit bélier, lui, semblait déterminé à prendre sa revanche.

-Ne joue pas ton Camus, toi ! En plus je ne peux même pas te voir !

Quelqu'un gloussa derrière eux. Si Mu ne pouvait pas le voir nu, EUX, le pouvaient. Shura et Aiolia, les petites fouines qui ne faisaient rien mais qui refusaient de les laisser tranquilles. Et si le petit bouddha en herbe aurait été capable de sacrifier sa pudeur pour les beaux yeux de son –à nouveau- bien aimé Mu, il était hors de question qu'il le fasse pour les regards pervers de deux illuminés immatures.

-Mais Mu, ils vont…

-Ne discute pas Shaka ! Je te rappelle que je vais me faire punir à cause de toi alors crois-moi, ce n'est vraiment pas le moment de me mettre de mauvaise humeur !

L'apprenti vierge déglutit : si habituellement il se serait offusqué par de tels propos qui insultaient la sainte divinité qu'il représentait, aujourd'hui le regard mécontent de Mu le dissuadait de faire tout commentaire déplacé. Pour une fois, il se dit qu'il était préférable de se taire. Après tout, Mu avait raison : s'il n'avait pas laissé sa jalousie parler, Shion ne se serait pas mis en colère contre eux et rien de tout cela ne serait arrivé. Il soupira et lança un regard mauvais aux deux abrutis qui le regardaient en riant et commença à doucement baisser son caleçon, rouge de honte.

-Attention, Aio', le petit oiseau va sortir.

Bizarrement, si le lionceau verdissait à chaque fois qu'il se retrouvait en situation intime avec un garçon, il trouvait la scène hilarante : c'était vraiment très marrant de voir bouddha dans son plus simple appareil et tout ça sur demande d'un petit bélier pas si prude que ça. Toujours affalé dans la malle de costumes, Aiolia regretta de ne pas avoir emporté du pop-corn avec lui, ça aurait été parfait…


-Non mais je rêve ! C'est lui ton Roméo ? Aldébaran ?

L'italien était rouge de colère : après plusieurs longues minutes de recherches, il avait retrouvé SON petit poisson dans les bras du taureau. Et vachement bien accroché à lui ! Aldébaran était allongé par terre et Aphrodite le serrait dans ses bras, le visage enfoui au creux de son cou et Angelo ne voulait pas imaginer la suite des évènements s'il n'était pas arrivé à temps. Quand il était contrarié, Aphrodite était prêt à faire n'importe quelle bêtise, comme embrasser le plus laid et le plus bête des petits garçons, par exemple...

-Franchement tu me déçois Aphro et…mais qu'est-ce que tu fais ?

-Angelo, sanglota le suédois en se blottissant contre lui, j'ai tué Aldébaran !

-Hein ?

Qu'est-ce que son meilleur ami avait fumé, encore ? Décidément, son copain était vraiment prêt à tout pour se faire remarquer ! Tuer Aldébaran, et pourquoi pas la déesse Athéna tant qu'il y était ? C'était encore une de ses inventions stupides ! Quoique, après réflexion, le petit cancer se demanda pourquoi le taureau restait allongé sans bouger. Et surtout, pourquoi est-ce qu'il ne respirait plus ? Par tous les cancers, Aphrodite lui aurait-il dit la vérité ? Il blanchit quand ses doigts entrèrent en contact avec la peau glacée du brésilien.

-Bordel Aphro, qu'est-ce que t'as fait ?

-Je suis désolé ! Je voulais pas ! Je lui parlais et…et il s'est évanoui ! Je te jure que je voulais pas ! S'il te plaît Angelo, ne me dénonce pas !

Ne pas le dénoncer, il avait vite dit ! S'il ne prévenait pas un adulte, il serait complice de meurtre et…combien d'années passerait-il derrière les barreaux, au juste ? Il aurait peut-être dû être un peu plus attentif aux histoires soporifiques de Camus. La meilleure des solutions était donc de dénoncer son meilleur ami mais…c'était son meilleur ami, quand même. Et puis Aphro lui faisait tellement mal au cœur quand il pleurait de la sorte dans ses bras qu'il se sentait bien incapable de lui faire un sale coup pareil. Même si Aphrodite en aimait un autre que lui, il n'en restait pas moins important à ses yeux.

-Calme-toi Aphro.

-Angelo, je suis dé-désolé !

-On va trouver une solution.

Non, l'italien ne pouvait définitivement pas laisser tomber son suédois. Après tout, ils pouvaient parfaitement dissimuler le corps, cet endroit ne manquait pas de recoins sombres et oubliés…


-Les enfants, je vous remercie pour votre participation, se força de dire Shion, mais compte tenu de votre niveau approximatif, je ne peux pas désigner de grand gagnant. C'est pourquoi vous êtes tous à égalité. Sauf Aiolia et Shura, évidemment.

Les yeux divins de Shaka s'élargirent de protestation : Mu et lui avaient été bien meilleurs que tous les autres ! Il avait même été obligé de se retrouver cul-nu devant deux paires d'yeux vicieux pour le bon déroulement de leur œuvre ! Il avait été humilié, dénigré, insulté et tout ça pour quoi ? Pour arriver à égalité avec des concurrents qui n'avaient pas subi le quart de ce qu'il avait enduré ! Shion était injuste, vraiment. Mais, même s'il était très frustré, Mu l'empêcha de faire un scandale à l'aide d'un regard noir qui le calma presque automatiquement : après tout, sa petite victoire personnelle, c'était que son ami lui ait pardonné…

Un peu plus loin, Milo avait aussi un air frustré collé au visage mais pour une autre raison : Camus lui faisait la tête. Il pensait que c'était de sa faute s'ils n'avaient pas remporté la victoire. Pour lui, le petit scorpion ne s'était pas assez investi dans son rôle et avait préféré lui faire les yeux doux plutôt qu'apprendre son texte. Il était persuadé que, s'il avait fait équipe avec un autre de leurs camarades, il aurait gagné. Et évidemment, cette réflexion rendait le petit blondinet tout tristounet : il voulait que son Camus soit fier de lui et il avait tout fait rater !

De leur côté, Aphrodite et Angelo se faisaient tous petits. Même s'ils étaient certains de n'avoir laissé aucune preuve derrière eux, ils culpabilisaient tout de même beaucoup d'avoir abandonné leur camarade entre deux cartons poussiéreux. Enfin, surtout Aphrodite. Le petit poisson pensait réellement que c'était de sa faute si l'apprenti taureau était mort et il ne cessait de se dire que, s'il était resté auprès d'Angelo, rien de tout cela ne serait arrivé. Ce à quoi le cancer répondait que non, rien n'était de sa faute, Aldébaran avait un cœur trop fragile, c'était un bébé, voilà tout. Il n'aimait pas voir son meilleur ami dans cet état, surtout pas à cause d'un potentiel rival.

Tandis que les enfants commentaient la décision du grand pope, en cercle autour de lui, Kanon et Aiolos pâlirent : il en manquait un. Et pas un des moindres ! Comment avaient-ils pu ne pas voir qu'il n'était pas là ? Aldébaran n'était pourtant pas le plus petit. Et certainement pas le plus indiscipliné, ce n'était donc pas normal qu'il ne soit pas là.

-Un problème ? Demanda Shion en voyant le teint blafard des deux jeunes hommes.

Kanon et Aiolos échangèrent un regard, se demandant qui annoncerait la terrible nouvelle. Ce fut finalement le marina qui prit la parole.

-Quelqu'un manque à l'appel, murmura-t-il.

-Qui ça ? Demanda encore le grand pope, à la fois paniqué et exaspéré par la situation.

-Aldébaran.

Evidemment. Ça ne pouvait pas être Angelo ou Aiolia, non, c'était Aldébaran. Ce petit garçon si gentil et si doux, apprécié de tous. Un des seuls qui ne lui donnaient pas de fil à retordre. Décidément, même dans le drame, Shion n'avait pas de chance.

Aussitôt, Aphrodite devint aussi pâle qu'un linge et dût se retenir au bras d'Angelo pour ne pas s'évanouir à son tour : il se voyait déjà enfermé dans une toute petite cellule sale et froide, pleine de rats et de grosses araignées velues qui lui grimperaient dessus pendant la nuit. Sûr que sa jolie chevelure n'y survivrait pas. Sa peau fragile non plus. Et encore moins ses vêtements de luxe. Ni les nouvelles chaussures à talons que lui avait offertes son maître. Oh par Athéna, qu'allait-il devenir ? Aurait-il au moins le droit d'emmener ses produits de beauté avec lui ? Petit à petit, la panique s'emparait de son être tout entier : ce qu'il avait fait était mal, très mal. Il ne méritait pas de devenir chevalier, il n'aurait jamais la conscience tranquille s'il laissait ce pauvre Aldébaran moisir seul dans un coin, jamais.

Rongé par les remords bien malgré lui, Aphrodite ne put garder ce lourd secret plus longtemps. Malgré les efforts d'Angelo pour le retenir, il se jeta dans les jambes du grand pope en pleurnichant.

-Grand pope ! J'ai tué Aldébaran !

Comme s'il n'avait pas déjà assez de problèmes comme ça…


-Tu crois que c'est vrai mon Camus ?

-De quoi est-ce que tu parles ?

-Bah tu penses qu'Aphrodite a vraiment tué Aldé ?

-Je ne sais pas, répondit le français en haussant les épaules, mais s'il l'a vraiment fait alors il doit être puni !

Le scorpion grimaça : il n'aimait pas trop Aphrodite, mais il trouvait quand même ça triste qu'il soit puni. Ce n'était jamais très drôle, il en savait quelque chose. Après qu'Aphrodite soit passé aux aveux, le grand pope l'avait emmené à l'écart en compagnie de Kanon, Aiolos et Angelo, qui avait finalement avoué l'avoir aidé à cacher le corps et depuis lors, les autres enfants attendaient dans le grand hall qu'ils reviennent. Si Camus avait tout de suite trouvé une occupation – comme lire d'autres fables de La Fontaine-, Milo, lui, ne tenait plus en place. Il aurait voulu partir avec eux pour être le premier à retrouver le corps ensanglanté du taureau, il trouvait ça très amusant ! Mais Camus l'avait sèchement retiré en arrière quand il avait trottiné vers eux.

-Camus ?

-Quoi encore ?

-Tu me tueras jamais toi, hein ?

-Non, sauf si tu continues à parler pour ne rien dire.

Alors évidemment, Milo se tut immédiatement, craignant les foudres de son meilleur ami. Au lieu de ça, il décida de profiter de ce petit moment de calme pour renforcer son intimité avec Camus. Assis à côté de lui, il posa sa tête contre son épaule, enroula ses bras autour du sien et tenta de comprendre ce qu'il lisait, en vain. Mais au moins il se taisait, alors Camus ne dit rien et accepta qu'il soit si proche de lui. Un Milo collant mais muet, c'était toujours mieux qu'un Milo collant et qui en plus ne se taisait pas…


-Je n'arrive pas à croire que nous n'ayons pas gagné, Mu ! C'est une terrible injustice !

Le petit atlante poussa un long soupir d'exaspération : il ne pouvait plus supporter Shaka et ses longues plaintes insensées. La seule chose qu'il voulait, lui, c'est que son maître Shion soit à nouveau de bonne humeur. Depuis plusieurs mois, il ne souriait plus même pas quand il était avec lui. Il disait qu'il avait trop de problèmes, que c'était trop difficile. Et le petit Mu savait pertinemment que son maître avait beaucoup de responsabilités : non seulement il devait gérer le sanctuaire mais en plus il devait s'occuper de lui, punir les vilains enfants et maintenant surveiller les moindres faits et gestes de Saga. Ça ne devait pas être facile tous les jours, d'être grand pope.

-Nous étions les meilleurs !

-Tu ne penses donc qu'à cette fichue compétition, Shaka ? Aphrodite a tué Aldébaran et mon maître va être de mauvaise humeur à cause de ça, tu crois vraiment que cette satanée pièce de théâtre m'intéresse ?

Shaka ouvrit la bouche, prêt à répliquer avant de la refermer quand il vit Mu s'éloigner de lui. Aussitôt, il perdit toute la confiance qu'il avait acquise en lui en faisant ce petit scandale : il voulait simplement divertir un peu Mu, pour qu'il ne se tracasse pas trop à cause de son maître. Mais visiblement ce n'était pas une bonne idée puisque maintenant Mu lui faisait la tête. Dire qu'il avait espéré que cette journée serait un premier pas vers la concrétisation de leur futur 'couple', l'hindou se rendait maintenant compte que ce n'était pas si facile de conquérir le cœur de son ami. Au contraire. Triste au possible de n'avoir pas réussi à lui voler un baiser, Shaka décida de rejoindre son temple, l'air penaud.

Aldébaran pouvait bien être mort, Aphrodite pouvait croupir en enfer et Angelo avec : Mu lui faisait la tête et rien de ce qui était arrivé jusqu'alors ne pouvait être pire.


-Je l'ai toujours su, que c'était un meurtrier !

-De qui tu parles ?

-Bah d'Aphrodite !

Shura souffla : Aiolia n'arrêtait pas de l'embêter depuis tout à l'heure. Aphrodite par ci, Aphrodite par là. Aphrodite à fait ci, Aphrodite à fait ça. Il n'y en avait plus que pour lui et, même si le petit capricorne n'était pas du tout jaloux, il n'aimait pas trop vivre à l'ombre d'un traitre. Parce que c'est bien ce que le poisson était : un traitre. Le meurtre d'Aldébaran en était la preuve. Shura, lui, était un petit garçon droit et juste et surtout, il n'était pas gay. Alors pourquoi est-ce qu'Aiolia ne le préférait pas à Aphrodite ?

-J'ai directement vu le criminel qui sommeillait sous ses petits yeux cruels !

Sous ses quatre tonnes de fard à paupières, surtout.

-C'est triste. Je suis certain que tout ça c'est de la faute d'Angelo, Aphrodite était tellement gentil, avant.

Et voilà que maintenant, il lui trouvait même des qualités, c'était le pompon ! Et puis quoi encore ? Bientôt il lui dirait qu'il le trouvait mignon et était lui aussi tombé sous son charme, c'est ça ? Oui, parce que parfois Shura se demandait vraiment si son copain lion n'était pas vraiment amoureux du suédois. Il n'avait que son nom à la bouche, c'était tout de même très suspect. Et énervant. Aphrodite lui avait fait du mal, il l'avait trahi et pourtant il le portait toujours dans son cœur. Alors que lui il avait beau tout faire pour essayer de l'aider, il avait l'impression de ne pas avancer d'un iota.

-D'ailleurs, s'il est devenu gay, c'est uniquement parce que ce crétin d'italien l'a perverti !

Là, c'en était trop.

-Oh arrête tu veux ! Puisqu'il t'intéresse tellement, pourquoi est-ce que tu ne restes pas avec lui ?

Non mais c'est vrai quoi ! Pourquoi est-ce qu'il perdait encore son temps à essayer de devenir l'ami de quelqu'un qui ne voulait pas de lui ? Il n'était pas stupide, il savait parfaitement qu'il ne prendrait jamais la place d'Aphrodite dans le cœur du lionceau et ça, c'était vraiment trop triste. Il voulait avoir un ami rien qu'à lui. Un ami sur qui il pourrait compter, un ami qui l'écouterait, qui l'aiderait à faire des bêtises et qui protègerait la déesse Athéna à ses côtés. Pourquoi est-ce que cet ami ne pouvait pas être Aiolia ?

-Ben Shura ?

Décidément Aiolia n'y comprenait plus rien : pourquoi est-ce que son ami venait de le laisser en plan ? Quelle mouche l'avait piquée ? Se pourrait-il qu'il soit…jaloux ? Oh non non non et non alors ! Il avait déjà assez donné ! Alors pourquoi est-ce qu'il se sentait étrangement seul maintenant que Shura était parti ?


-Je suis désolé grand pope ! S'il vous plaît, me jetez pas en prison !

-Et moi non plus par la même occasion.

-Gardez-moi avec vous ! Ne m'obligez pas à faire un régime, ni à faire dodo avec des cafards !

-Ce serait vraiment très cool, oui.

-Je vous promets d'être sage comme une image, de ne plus faire de bêtise, de ne plus jamais me moquer de Mu, de ne plus jamais vous traiter de vieux bélier galeux en cachette, de ne plus voler de bonbons aux autres enfants, de ne plus faire pleurer les petits, ni les frapper, ni les terroriser, ni les enfermer dans les toilettes.

-Euh, Aphro ?

-Je n'espionnerai plus mon maître par la serrure pendant la nuit…de toute façon c'est dégoûtant ! Je ne mettrai plus du poil à gratter dans les saris de Shaka, je n'essayerai plus d'embrasser Camus, je n'irai plus dans les vestiaires des filles pendant les douches, je ne ferai plus pipi derrière le temple de Milo, je ne cracherai plus sur le sol ciré du troisième temple.

-Aphro, tu penses pas que t'en fais un peu trop, là ?

-Je suis même prêt à quitter Angelo sur le champ !

-Non mais ça va pas la tête ?

-Je vous en supplie grand Shion, pour l'amour et la gloire d'Athéna, ne me faites pas de mal.

Shion pensa que justement, pour la gloire d'Athéna, il aurait mieux fait d'étrangler le petit poisson coûte que coûte. Pour sa propre santé mentale aussi, d'ailleurs. Il n'avait rien contre Aphrodite – sauf quand il faisait des bêtises- mais là, sa voix stridente qui lui criait dans les oreilles commençait à sérieusement lui courir sur le haricot. Surtout que, depuis tout à l'heure, il se mouchait presque dans sa toge et déversait des litres de larmes dessus, persuadé d'avoir tué Aldébaran.

-Alors Kanon ? Demanda finalement le grand pope au jeune homme qui examinait le petit taureau, exaspéré d'avoir à supporter les reniflements du suédois.

-Oh grand pope, par pitié, je vous promets de ne plus jamais faire une chose pareille !

Encore heureux ! Il ne manquerait plus que ça : qu'Aphrodite vienne à décimer la chevalerie ! Ça aurait été la cerise sur le gâteau. Mais ce n'aurait peut-être pas été plus mal : au moins le sanctuaire aurait fait faillite et il n'aurait plus été obligé de se faire du mauvais sang pour ces mauvaises graines. Peut-être même aurait-il reçu l'autorisation de s'octroyer quelques jours de vacances…quelque part loin, très loin de cet endroit. Aux cinq pics, par exemple, chez son meilleur ami, cet homme qui faisait le meilleur thé du monde entier. Et qui en plus n'essayerait pas de le tuer. Oh oui, juste un peu de repos…

-Calme-toi Aphrodite, Aldébaran va bien.

Et zut.


-Camus ?

-Quoi ?

-Je suis fatigué.

Le petit verseau soupira : c'était toujours la même rengaine avec son meilleur ami. Camus j'ai faim, Camus j'ai soif, Camus j'ai besoin de faire pipi, Camus j'ai mal au ventre, Camus j'ai mal à la tête, Camus je m'ennuie, Camus je suis fatigué. Il ne faisait que se plaindre, tout le temps. Et à cause de lui, le français n'arrivait pas à se concentrer. Et ça, ça l'embêtait vraiment beaucoup.

-Qu'est-ce que tu veux que j'y fasse ?

-Je peux dormir sur tes genoux ?

-Et puis quoi encore ?

Non mais c'est vrai quoi, il n'était pas un oreiller sur pattes ! Alors Milo lui fit les yeux doux, accompagnés d'une irrésistible moue de chien battu. Il avait tendance à un peu trop user de ses charmes au goût du petit français, qui ne pouvait jamais lui résister bien malgré lui. Il faudra qu'il demande des conseils à son maître pour savoir comment réussir à tenir tête à un scorpion.

-S'il te plaît mon Camus, je suis vraiment fatigué !

-Tu n'as qu'à dormir par terre.

Et il détourna la tête. Milo plissa alors les paupières : depuis quand son Camus d'amour si gentil et si craquant lui résistait-il ? Qu'est-ce qui n'avait pas marché cette fois ? Bon, puisqu'il ne pouvait plus compter sur ses atouts naturels, il ne lui restait plus qu'à se servir de son arme secrète : sa maladie. Il n'aimait pas trop faire ce genre de chose mais bon, au moins Camus ne pourrait plus lui dire non.

-Mais Camus, le sol est si froid et…et tu sais à quel point je suis fragile. Tu ne voudrais pas que j'attrape une bronchite, n'est-ce pas mon Camus ?

Alors l'apprenti verseau abandonna sa lecture pour de bon, sachant que de toute façon Milo ne le laisserait pas tranquille avant d'avoir eu ce qu'il voulait. Et puis il avait raison : il était malade. Son maître Cristal aurait été très mécontent de lui s'il n'avait pas pris soin de son camarade. Il lui disait toujours qu'il devait bien s'occuper de Milo, que c'était très important pour lui d'avoir son soutien. Alors il ne pouvait tout de même pas le laisser mourir de froid, si ? Oh c'était vraiment trop injuste ! Pourquoi avait-il choisi un meilleur ami malade qui réussissait à le faire tourner en bourrique au moindre battement de cils ?

Les yeux pétillants de joie, le petit grec se jeta presque sur les genoux de son meilleur ami, ravi de l'avoir à nouveau fait céder. Il ne perdait pas espoir : un jour il réussirait à le faire succomber et Camus deviendrait son amoureux. Pour toujours.


-Tu as vraiment voulu faire ça ?

-Mais Angelo, j'étais en colère et…

-Je m'en fiche ! Puisque tu veux tellement l'embrasser, tu n'as qu'à sortir avec lui !

Aphrodite laissa retomber ses bras le long de son corps comme l'italien se dégageait à nouveau de son étreinte. Il détestait Aldébaran : pourquoi est-ce que ce petit empoté s'était-il senti obligé de dire qu'il s'était évanoui parce qu'il lui avait proposé de l'embrasser ? Et puis d'abord, il n'avait jamais eu l'intention de l'embrasser ! Il avait simplement dit ça parce qu'il était désespéré et qu'il voulait rapidement trouver un nouveau Roméo. Et maintenant, à cause de lui, non seulement il n'avait plus de Roméo mais en plus Angelo lui faisait la tête.

-Aphrodite ?

Ah non pas lui, ce n'était pas le moment ! Il ne voulait pas le voir ! En plus il avait joué avec lui : il lui avait fait croire qu'il était mort alors qu'il s'était simplement évanoui. Aphrodite avait avoué un meurtre qu'il n'avait pas commis, tout le monde allait le prendre pour un criminel maintenant. Il avait renoncé à toutes ses bêtises uniquement pour échapper au cachot et maintenant qu'il était seul et puni pour toujours pour avoir avoué des choses horribles, Aldébaran revenait vers lui la bouche en cœur.

-Maintenant que je vais mieux, tu pourrais peut-être me faire un bisou, là…

Les yeux fermés, le petit taureau attendit patiemment que le suédois l'embrasse…sauf que le baiser tant espéré ne vint jamais. Pire encore, son bien aimé petit poisson lui repprocha tout un tas de choses sans vraiment qu'il ne sache pourquoi. Alors qu'un peu plus tôt il était à deux doigts de lui tomber dans les bras, il l'accusait maintenant de tous les vices.

-Tout ça c'est ta faute ! T'es nul, nul et archi nul ! Je serai jamais ton ami et je ne t'embrasserai jamais, t'es trop laid et en plus tu es trop gros ! Tu n'arriveras jamais à la cheville de mon Angelo. A cause de toi je suis puni et mon amoureux ne veut plus me parler, t'es franchement trop méchant !

Et Aphrodite fila vers son temple. Une fois seul, Aldébaran posa ses mains sur son petit ventre rebondi : lui, gros ? Non il était juste un peu…enrobé. Peut-être aimait-il un peu trop les sucreries et les plats en sauce de son maître mais il n'était pas gros ! Ou bien peut-être que si ? Si Aphrodite le trouvait gros, c'est qu'il devait forcément l'être ! Oh par Athéna, était-ce donc pour ça que son copain suédois ne voulait pas de lui ? Parce qu'il le trouvait hideux ? Quand le taureau quitta le palais du grand pope, il n'avait plus qu'une seule idée en tête : devenir mince et beau pour séduire Aphrodite.


Shion soupira en s'affalant sur le canapé : Mu était couché, Aldébaran n'était pas mort et Aphrodite était puni jusqu'à la fin de ses jours. Trois facteurs qui lui permettaient d'apprécier pleinement ce petit moment de relaxation. Il devenait trop vieux pour assurer ses fonctions. Entre l'entraînement de Mu et la gestion du sanctuaire, il ne savait plus où donner de la tête. Il avait parfois l'impression que ses journées étaient interminables et qu'il n'avait plus une seconde pour lui. Et tout ça pourquoi ? Pour protéger des petits ingrats qui lui menaient la vie dure.

Ah, il était loin le temps où il flânait entre deux temples, insouciant aux côtés de son ami Dohko. Très loin. Maintenant Dohko était parti et lui il devenait fou. Il finit par se lever et marcha à pas de loups jusqu'à la chambre de Mu, pour s'assurer qu'il était bel et bien endormi. Heureusement que le petit garçon était là : sa bonne humeur et son calme légendaire l'aidaient toujours à relativiser. Le soir venu, il aimait le retrouver pour s'occuper de lui et le câliner comme son propre fils. C'était probablement la seule personne qui l'aimait et l'admirait réellement. Shion en eu la confirmation quand il trouva un thé encore chaud posé sur la table, accompagné d'un petit cake. Depuis quand Mu savait-il cuisiner ? Le grand pope cessa de se poser des questions et rejoignit le canapé, croquant avec envie dans le moelleux du cake.

Il s'endormit peu à peu, sans savoir qu'un peu plus loin, un regard mauvais l'observait, un sourire diabolique collé aux lèvres…