Helloooooo mes lecteurs adorés!
Alors comment allez-vous depuis la dernière fois? (Qui remonte au siècle dernier, je suis désolééééée!)
Bon, je ne vais pas vous refaire mon petit speech comme je l'ai fait pour mes précédentes fics mais je me répète: je n'abandonne absolument aucun de mes écrits. J'avoue que je suis impardonnable et que ces derniers temps j'ai vraiment délaissé l'écriture. Par manque de temps et d'inspiration.
J'ai pas mal d'idées en ce moment donc ça devrait un peu relancer la machine, même si je ne peux pas vous donner d'échéance car je suis très occupée par mes cours mais en tout cas je vous promets d'aller jusqu'à la fin de chaque chapitre de chacune des fictions que j'ai commencé donc ne vous inquiétez pas!
D'ailleurs, ce chapitre sera en deux parties. Oui, encore. Parce qu'il y a trop de choses que je veux dire et que je n'ai pas envie de bâcler tout ça!
Comme vous pourrez le voir, ce chapitre n'est pas basé sur Camus et Milo, cette fois! (mais ils sont quand même là, on les aime trop!)
Donc voilà, j'espère que vous ne m'en voudrez pas trop et que ce chapitre vous plaira!
Je vous dis à bientôt et vous fais pleins de bisous en attendant!
-Camus ? Il va mourir Shion ?
Le verseau referma son livre pour reporter toute son attention sur le petit scorpion allongé à côté de lui, les bras croisés derrière la tête. Milo avait depuis bien longtemps délaissé La peste, qu'il avait absolument voulu lire après avoir vu que l'auteur portait le nom de son Camus d'amour adoré mais dont il s'était désintéressé après deux pages : il n'y comprenait strictement rien et tous ces mots compliqués l'ennuyaient terriblement. Et puis Camus savait pertinemment que l'état de leur grand pope le préoccupait plus qu'il ne voulait bien le laisser paraître. Enfin, ce n'était pas vraiment pour Shion qu'il se faisait du souci il se posait simplement beaucoup de questions sur la mort. Milo souffrait toujours beaucoup de son anomalie cardiaque et il commençait à prendre peu à peu conscience de la gravité de sa maladie. Il ne pensait plus qu'à ça depuis quelques mois, depuis avoir passé de nouveaux examens qui s'étaient montrés peu concluants.
-Surement, dit-il, ne voulant pas lui mentir.
Un an auparavant, leur grand pope était tombé gravement malade. Personne ne savait comment cela avait pu arriver, les différents médecins qu'il avait rencontrés ne trouvaient aucune explication à cette maladie subite et surtout, aucun traitement ne semblait être en mesure de le sauver. Dohko était même revenu au sanctuaire pour s'occuper de lui et surtout de Mu, depuis que Shion était cloué au lit, incapable de faire quoique ce soit seul. Si les premiers mois le grand pope avait puisé dans ses dernières ressources pour assurer au mieux ses fonctions, il avait finalement dû accepter l'inacceptable : il n'était plus en état de diriger le sanctuaire. Il était même à présent parfaitement incapable d'entraîner Mu, de lui préparer à manger ou de lui faire la lecture. Il était devenu l'ombre de lui-même, un fantôme dans un semblant d'enveloppe charnelle.
-C'est triste pour Mu.
Le petit bélier était en effet très affecté par la situation : il ne comprenait pas pourquoi son maître n'était plus en mesure de passer du temps avec lui et, même s'il aimait beaucoup Dohko, il n'entretenait pas avec lui la relation père-fils qu'il avait pu avoir avec Shion. Heureusement que Shaka était là pour le soutenir : si la maladie du grand pope les avait tous abattus, elle avait en revanche eu un effet très positif sur le comportement du blondinet qui suivait à présent le bélier comme son ombre. Shaka avait changé il était devenu plus attentif aux autres, moins imbu de lui-même et surtout, il avait une attention toute particulière envers son ami Mu, à qui il donnait tout le soutien dont il avait besoin.
-Mon maître Skorpios aussi, il va mourir ?
-Oui, mais pas tout de suite ne t'en fais pas.
-Et le tien ?
-Le mien aussi, mais plus tard. Nos maîtres ne vont pas mourir maintenant, ils sont trop jeunes.
Milo n'avait plus que ce mot-là à la bouche : la mort. Tous les soirs avant de s'endormir, il lui demandait s'il serait encore là le lendemain matin, quand il se réveillerait. Et Camus passait de longues minutes à le rassurer, à lui promettre qu'il serait toujours là à son réveil. Au début, le petit français pensait que c'était un autre de ses caprices et refusait presque de lui répondre, jusqu'à ce matin où il avait dû aller s'entraîner plus tôt…il avait retrouvé Milo en larmes deux heures plus tard, en proie à une énorme crise de panique qui l'empêchait presque de respirer. C'est là qu'il avait compris que son ami ne jouait pas : il avait réellement peur.
-Mais Scorpii il est vieux, alors il va bientôt mourir ?
-Je ne sais pas, Milo, il va peut-être encore vivre longtemps, je ne peux pas le prévoir. Mais tout le monde doit mourir un jour, tu sais.
-Pas toi.
-Si, moi aussi.
-Non.
Si le petit scorpion acceptait d'entendre qu'un jour son maître disparaître, s'il acceptait aussi que Scorpii ne soit plus là à son réveil, il refusait catégoriquement de concevoir qu'un jour Camus pourrait le quitter. Camus ne pouvait pas mourir il devait rester auprès de lui pour le prendre dans ses bras quand il était triste, pour le consoler quand il avait peur, pour lui crier dessus quand il l'embêtait et pour lui apprendre tout un tas de choses qu'il ne connaissait pas. Camus était son meilleur ami, son confident, son âme sœur et il refusait l'optique de devoir un jour vivre sans lui.
-On en a déjà parlé pourtant, Milo.
-Oui mais je veux pas. Si un jour tu es malade je te donnerai mon cœur pour que tu ailles mieux. Tu sais il est un peu malade lui aussi mais au moins comme ça tu vivras encore un peu mon Camus. Je ferai plein de choses pour toi !
Camus eut un sourire attendri envers son meilleur ami : Milo avait beau avoir douze ans, il restait toujours aussi naïf et enfantin que lorsqu'il en avait cinq. Il continuait à vivre dans son petit monde utopique, dans lequel il pouvait rendre vie à un mourant, où Scorpii était son enfant, Camus son amoureux et Skorpios son papa. Et surtout, un monde où il n'était pas malade et où personne ne devait mourir sans lui, surtout pas son Camus.
-Tu le prendras, n'est-ce pas ?
-Quoi ?
-Mon cœur.
-Continue ta lecture au lieu de dire des bêtises aussi grosses que toi.
Mais Milo se contenta d'hausser les épaules quand son meilleur ami replongea dans les pages vieillies d'un livre de littérature : il n'en démordait pas, il donnerait son cœur à Camus et ça même s'il devait en payer le prix fort. De toute façon son copain n'aurait rien à dire : il serait mourant et ne pourrait donc pas protester. Quand il posa sa tête contre le torse de son français pour entamer une petite sieste, Milo se promit de tout faire pour sauver Camus si un jour il était très malade comme Shion. Il s'arracherait lui-même le cœur s'il le fallait mais jamais il n'accepterait de le voir souffrir.
-Mais Mu, je les ai faites exprès pour toi !
-C'est gentil Shaka, mais je n'ai pas faim.
-Pourquoi ? Tu penses que mes crêpes ne sont pas bonnes, c'est ça ?
-Je suis certain qu'elles sont délicieuses, comme les œufs mollets de la semaine passée et comme tous les autres petits plats que tu as cuisinés pour moi.
-Alors pourquoi tu ne veux pas manger ?
-J'ai mal au ventre.
L'apprenti réincarnation de bouddha souffla de mécontentement en voyant que son ami refusait d'avaler le moindre morceau de crêpe qu'il lui avait préparée. Il y avait mis tout son cœur pourtant il l'avait même badigeonnée d'une épaisse couche de chocolat qu'il avait troqué à ce petit démon d'Aphrodite contre toutes ses économies. Mais Mu n'avait pas faim et cela contrariait beaucoup la petite vierge qui voyait son meilleur ami dépérir au même rythme que leur grand pope. Et si Mu n'allait pas bien, c'était de sa faute parce qu'il n'était pas à la hauteur et qu'il n'arrivait pas à lui rendre le sourire. Pourtant c'était son meilleur ami, il aurait dû être capable de lui remonter le moral en un rien de temps ! Alors Shaka boudait, se disait que le grand bouddha, lui, il aurait certainement réussi à faire rire Mu en moins d'une minute, et s'enfermait des heures dans la cuisine de son temple pour concocter des petits plats dont lui seul en avait le secret…et auxquels Mu touchait à peine.
-Tu t'inquiètes pour ton maître ?
Le petit atlante hocha la tête : bien sûr qu'il s'inquiétait pour lui ! Son maître Shion restait au lit toute la journée, avait énormément maigri et n'était même plus capable de lui préparer des pains perdus le samedi, après un dur entraînement ! Et le pire dans tout ça, c'est que le petit Mu ne pouvait même plus aller serrer son maître dans ses bras avant d'aller au lit : Dohko lui disait toujours qu'il était trop tard, que son maître était déjà endormi. Pourtant avant, son maître Shion pouvait rester éveillé toute la nuit uniquement pour signer des papiers ou pour veiller sur lui lorsqu'il était malade.
-Je suis certain qu'il ira vite mieux !
-Arrête de dire ça, je sais très bien qu'il n'ira pas mieux ! Et toi aussi d'ailleurs, ton maître est le premier à le dire !
Et c'était vrai : Anantram était un être dépourvu de toute forme de pédagogie et ne perdait pas une occasion de rappeler aux autres qu'ils devaient désigner un chevalier qui succèderait au grand pope, se souciant peu de savoir si le petit garçon aux cheveux lilas était ou non dans les parages. Voilà comment Mu avait appris que son maître Shion ne guérirait jamais. Si les adultes étaient aussi inquiets et aussi pressés d'avoir la bénédiction de son maître pour lui désigner un successeur, c'est parce que son maître ne vivrait plus très longtemps. Il le savait.
-Tu sais Mu, mon maître aime bien le tien il n'est juste pas très habile pour le montrer…
Ah ça c'était certain ! Brailler haut et fort que le temps était venu pour eux de laisser Shion rejoindre le monde des morts, c'était en effet une manière très étrange de montrer qu'il tenait à lui.
-Et puis bouddha sera là pour l'accueillir ! Ne t'en fais pas, il ne sera pas tout seul.
-T'es vraiment trop nul pour remonter le moral, Shaka !
Mu se fichait bien de savoir qui de bouddha, Athéna, Zeus ou Aphrodite accueillerait son maître une fois passé dans l'au-delà : il voulait qu'il reste avec lui, il ne voulait pas qu'il parte ! Qu'allait-il devenir, lui, une fois que son maître ne serait plus là ? Il ne pouvait tout de même pas continuer son entraînement avec le chevalier de la balance ! Et puis il avait besoin de Shion pour non seulement devenir un chevalier, mais aussi pour acquérir les valeurs qu'il avait encore à apprendre. C'était son maître à lui et il ne voulait pas le perdre ! Alors qu'une énième larme roulait le long de sa joue, il sursauta en sentant que deux bras entouraient ses épaules. Shaka le serrait maladroitement contre lui, le rouge aux joues mais bien décidé à ne pas laisser son meilleur ami dans cet état.
-S'il te plaît ne pleure pas ! Je sais que je suis nul et que je ne suis pas l'ami idéal dans un moment comme celui-ci. Parce que moi je sais pas comment je…comment je peux te montrer que je serai toujours là, moi ! Même si ton maître doit te quitter, je serai quand même avec toi. Mais moi je sais pas comment je peux te le montrer…
-Serre-moi encore dans tes bras, murmura simplement le petit atlante en l'emprisonnant lui aussi dans une étreinte maladroite mais sincère.
Il avait vraiment besoin de cette tendresse dont il manquait depuis que son maître était tombé malade. Il en avait besoin pour se prouver qu'il ne serait pas seul, que même lorsque son maître ne serait plus de ce monde, il aurait encore une épaule sur laquelle se reposer, sur laquelle pleurer. Shaka était peut-être un sale petit snob prétentieux aux yeux des autres, pour Mu il était un ami précieux et irremplaçable. Il savait qu'il pourrait toujours compter sur lui toujours.
-Qu'est-ce que tu viens faire ici, Saga ?
Le jumeau maléfique lança un regard dédaigneux à Dokho, qui lui barrait l'entrée du palais : ce vieux misérable faisait tout ce qui était en son pouvoir pour lui mettre des bâtons dans les roues et l'empêcher de voir le grand pope.
-Le grand pope m'a convoqué, mentit-il sans même le regarder, avançant déjà vers la chambre gardée de Shion.
Ce n'était plus qu'une question de temps à présent. Une question d'heure. Saga attendait ce moment depuis des années il allait enfin pouvoir se venger de toutes les humiliations qu'il avait subies ! Il avait simplement besoin de voir le grand pope une dernière fois, histoire de revoir avec lui ses dernières volontés. Il n'avait pas fait tout cela pour rien, il voulait sa récompense ! Il n'était pas question qu'il se laisse intimider par un déserteur qui le regardait de haut, tout ça parce qu'il était l'ami de Shion. Et, si jamais ce petit vieux insolent tentait de lui barrer la route, il se débarrasserait de lui comme il avait décidé de se débarrasser du grand pope actuel.
-Le grand pope a besoin de repos.
-Ce n'est pas ce qu'il semble croire.
-Si tu crois que je ne vois pas clair dans ton petit jeu, Saga. C'est le diable en personne qui t'habite !
-Je suis offensé, ricana le jumeau maléfique, allez pousse-toi papy, je n'ai pas envie de te faire de mal…enfin, pas pour l'instant.
-Tu ne…
-Dohko, laisse-le passer, murmura une voix rauque au loin.
Le chevalier d'or fit volte-face, n'ayant aucun mal à reconnaître la voix pourtant si affaiblie de son vieil ami. Il ne comprenait pas : c'était Shion lui-même qui lui avait fait part de ses craintes au sujet de l'aîné des gémeaux, quelques années plus tôt. Il lui avait dit redouter les sauts d'humeur et l'esprit névrosé du jeune homme autrefois si jovial et plein de vie. Il amorça un mouvement vers l'homme qui avait toujours été son ami mais, avant même que celui-ci n'ait eu le temps de chanceler, Saga se trouvait déjà à ses côtés. Dohko le foudroya du regard avant de croiser celui, terne mais tranquille de Shion.
-Shion…
-Tout…ira bien, articula-t-il entre deux quintes de toux, que personne ne nous dérange…s'il te plaît.
Le chevalier de la balance avait du mal à comprendre la réaction de son vieil ami, mais il ne pouvait s'opposer à sa volonté. Il vit donc l'homme en qui il avait le moins confiance s'enfuir au bras de celui qu'il voulait protéger envers et contre tout. Le regard mauvais et triomphal que lui lança l'aîné des gémeaux ne présageait rien de bon. Il allait veiller au grain et, au moindre faux mouvement, il n'hésiterait pas à le frapper de plein fouet.
-Miroir, mon beau miroir, dis-moi qui est le plus beau de tout le sanctuaire !
-C'est toi bien sûr, personne ne t'arrive à la cheville, Aphrodite.
Le petit poisson souffla de mécontentement : il était encore là, lui ? Son regard charbonneux se planta sur la silhouette qui le surplombait de deux têtes et qui, de fait, lui faisait de l'ombre. Quand Angelo avait décidé de ne plus lui adresser la parole, Aphrodite s'était senti bien seul. Il avait alors arpenté tout le sanctuaire à la recherche d'un nouvel ami et, pour son plus grand malheur, Aldébaran était le seul à avoir répondu présent. Au début, il s'était dit que, de toute façon, ce n'était qu'éphémère et que son bel italien ne pourrait pas se tenir bien longtemps loin de lui…
Grossière erreur. Lorsque le cancer les avait vu tous les deux, blessé dans son orgueil, il avait poussé un cri de rage qui lui avait glacé le sang. Une flopée d'insultes dont il n'avait pas compris le sens avait jailli de la bouche qui, autrefois, se posait si maladroitement sur la sienne et ensuite, il ne l'avait plus revu. Oh, bien sûr, ils se croisaient encore lors de leurs entraînements mais à chaque fois qu'Aphrodite tentait une approche, Angelo l'envoyait sur les roses.
Il était terriblement en colère contre celui qu'il aimait encore tellement, et contre lui-même aussi : à cause de ses bêtises, il avait tout perdu. Son ami, son confident et son amoureux ! Et le pire de tout, c'est qu'il ne parvenait plus à se défaire d'Aldébaran, qui le suivait à présent comme son ombre. Autant dire que l'encombrant futur chevalier du taureau ne correspondait pas du tout aux critères du prince charmant qui ravirait Aphrodite des poissons.
-Qu'est-ce que tu fais là ? ! Je t'avais pourtant demandé de ranger ma chambre !
-J'ai terminé.
-Tu as replié mon linge ?
-Oui.
-Classé mes magazines de mode par date de parution ?
-Oui.
-Bon…alors, poudre-moi les joues ! Et fais attention, espèce d'empoté, tu as tout intérêt à ce que ce soit parfait.
-Bien sûr Aphrodite, tout ce que tu voudras !
L'avantage d'avoir un esclave –qui plus est, un esclave dans la peau d'un petit garçon naïf et aveuglé par l'amour-, c'est qu'il n'avait plus à se salir les mains pour faire les tâches ménagères. Il suffisait qu'il claque des doigts pour qu'Aldébaran rapplique, prêt à recevoir et exécuter ses ordres. Oui mais bon, ça ne remplaçait pas les baisers qu'Angelo lui donnait…Aphrodite soupira : si seulement ces deux-là pouvaient bien s'entendre ! Tout serait si parfait s'il pouvait disposer d'un expert en bisous et d'un esclave au gré de ses désirs !
-Parle, je doute que tu sois là par simple courtoisie.
Ce vieux débris était tout de même sacrément perspicace. S'il n'avait pas tant eu à y gagner, Saga n'aurait jamais pris la peine d'escalader toutes ces marches uniquement pour venir faire ses adieux à un vieillard aux portes de la mort. Il se fichait bien du sort de tous ces insectes. Le sanctuaire aurait bien pu s'écrouler, terrassant la chevalerie toute entière, il n'aurait pas sourcillé. La seule chose qui comptait pour lui, c'était d'arriver à ses fins et la victoire n'en serait que meilleure lorsque ce vieux sénile saurait qui était responsable de son état de santé déplorable.
-Vous allez y passer, ricana le gémeau.
-Je…n'ai pas besoin de toi pour le savoir, répliqua le grand pope, tentant difficilement de reprendre son souffle.
-Vous devez choisir un successeur.
-J'ai déjà fait mon choix.
-Qui ?
Le ton de Saga était devenu intéressé. L'aîné des gémeaux se doutait que jamais le grand pope ne l'aurait choisi, lui. Mais il voulait savoir. Il voulait savoir à qui il allait prendre la place.
-Aiolos…
Alors comme ça, le choix du grand pope s'était porté sur…cette petite sainte nitouche trop sentimentale ? Il n'en attendait pas moins de lui après tout, Shion s'était lui-même laissé abrutir par la faiblesse des sentiments. Le sale mioche pleurnicheur qu'il avait vu grandir en était la preuve. Saga prendrait un malin plaisir à lui donner une raison de couiner lorsqu'il serait à la tête du sanctuaire. Aiolos n'était pas un problème…il pourrait toujours utiliser la petite teigne qui lui servait de frère comme moyen de pression, s'il tentait de s'opposer.
-Vous et moi savons pertinemment que cela n'arrivera pas, je ne le permettrai pas.
-Pourquoi fais-tu cela, Saga ? Tu as changé.
-Je n'ai pas eu le choix ! hurla le concerné en agrippant les cheveux du mourant, faisant grimacer celui-ci de douleur. Votre manque de rigueur et de discipline a transformé la fière chevalerie d'Athéna en un rassemblement de clowns grossiers et incapables !
-Ce ne sont que des enfants…
-Je déteste les mioches ! Ce sont de petits fourbes sans honneur, sans aucune éducation ! Je ne pouvais pas laisser cela continuer. Tout cela était de votre faute, je devais agir. Maintenant je vais prendre les choses en mains et je vais faire regretter à ces petits imbéciles et leurs larbins d'être venus au monde !
Saga avait littéralement craché ses dernières paroles, assombrissant ainsi le regard autrefois bienveillant de Shion. Pourtant, le petit sourire qui persistait sur les lèvres du mourant eut raison des restes de respect du gémeau, qui n'eut alors aucun scrupule à serrer la gorge frêle de son supérieur. Il allait lui faire ravaler ses sourires ! Il voulait lire la peur, l'angoisse au fond de ses prunelles sans vie. Mais Shion n'avait pas été nommé grand pope sans raison. Il ne craignait ni Saga, ni sa folie.
-Qu'est-ce qui te fait rire, vieillard ? Tu n'as donc pas entendu ce que je viens de te dire ?!
-La roue tourne, Saga. J'ai entière confiance en l'avenir de notre chevalerie.
-De toute façon, vous ne serez pas là pour le voir ! A votre place, je profiterai des dernières heures pour faire vos adieux !
Puis, plus en colère que jamais, Saga relâcha la gorge du grand pope, laissant ce dernier s'écrouler sur son lit. Il lui lança un regard assassin avant de sortir. Quand il croisa le regard de Dohko, il ne put retenir un sourire de satisfaction : peu importe ce que ce vieux fou sénile racontait, son heure de gloire approchait. Bientôt, il pourrait enfin prendre sa revanche.
-Shion ! Tu ne dois pas…
-Laisse-moi ce qu'il me reste de dignité, articula le grand pope en se retenant au mur derrière lui, repoussant la main de son vieil ami.
-Qu'est-ce qu'il te voulait ?
-Fais venir Mu.
-Shion…
-Fais ce que je te dis.
Saga avait raison, il le savait depuis longtemps. La fin arrivait à grands pas, plus qu'il ne l'aurait voulu. Il avait tenté de repousser l'échéance de toute son âme mais il devait à présent se rendre à l'évidence : il n'en avait plus la force. Il devait accepter la vérité, mais il avait encore une dernière chose à faire avant de s'éteindre. Cela allait certainement lui briser le cœur, mais il refusait de s'en aller sans avoir fait ses adieux à son jeune élève. Il espérait simplement que Mu soit assez fort, assez mature pour comprendre. Le quitter serait déjà bien assez difficile…
-CAMUS !
-Nh ?
-Pourquoi est-ce que tu regardes Angelo de cette façon ? Tu veux remplacer Aphrodite, c'est ça ? Tu veux lui faire des bisous à cette petite brute ? Camus, je te parle ! Réponds-moi ! Camus ! Camuuuus !
Camus soupira : il aurait pourtant dû le savoir. C'était sa règle de survie numéro un : ne jamais regarder un autre garçon. Dans la longue liste que lui avait faite Milo pour préserver leur amitié, on retrouvait toutes sortes de règles plus farfelues les unes que les autres : ne jamais sourire à un autre, ne jamais partager ses desserts avec un autre, ne jamais cuisiner pour un autre, ne jamais porter trop d'attention à un autre,…Bref, tout autant de règles égoïstes que Milo prenait soin de revoir chaque jour –et d'en ajouter quelques-unes si jamais le comportement de son meilleur ami l'avait offensé-.
-Non mais dis-le tout de suite si c'est le cas ! J'préfère mourir plutôt que d'avoir à endurer ça !
-Milo…
-Ne dis rien, Camus. T'es amoureux de lui, c'est ça ? Non, stop ! J'ai bien vu ton regard posé sur lui, je suis pas bête tu sais !
-Milo…
-J'te l'ai dit, mon Camus, je suis prêt à tout pour toi. Mais je suis pas assez fort pour endurer ça. J'préfère encore me donner moi-même la mort.
-Milo…
-Non mais t'en fais pas pour moi, je me précipiterai du haut de la falaise…ou bien j'irai me jeter dans le parterre de roses d'Alphée…ou je mangerai tellement de desserts que je finirai par éclater ! Mais tu seras avec moi jusqu'au dernier instant, mon Camus, jusque dans la mort ! Et crois-moi, quand je croiserai ce petit traitre en enfer, j'lui ferai payer de t'avoir volé à moi !
-MILO !
-Et…quoi ?
-C'est bon, tu as fini ?
Non parce que, vraiment, Camus commençait à être agacé : son meilleur ami avait le chic pour interpréter le moindre de ses faits et gestes en une trahison terrible qu'il ne pourrait jamais supporter. Alors évidemment, il devenait victime de son propre jeu – parce que oui, perdre son Camus était pour lui bien pire que la mort, bien pire qu'une vie de torture- et il imaginait mille et unes façons de mourir en toute dignité. Mourir, oui, mais être la troisième roue du carrosse, ça, jamais !
-Camuuus…tout, tout ce que tu voudras mais pas Angelo ! Ni Aphrodite ! Ni Aldé ! Ni…ni personne d'ailleurs ! Je ferai tout ce que tu voudras ! Dis-moi ce que tu veux ! Le petit déjeuner au lit ? Un massage ? Une histoire avant d'aller dormir ? Un bisou ? Demande-moi tout ce que tu voudras, tu l'auras !
-Non mais t'as fini, oui ? Tu ne trouves pas ça bizarre : ça fait des mois qu'Angelo ne parle plus à Aphrodite et voilà qu'il se dirige d'un pas décidé vers son temple, tout sourire et un énorme paquet cadeau entre les mains !
-Ah ?
A vrai dire, Milo était bien incapable de dire d'où venait Angelo, où il allait, l'expression qu'il affichait ou ce qu'il tenait en main. Toute son attention était restée fixée sur son Camus rien qu'à lui, qui ne lui avait même pas jeté un seul coup d'œil ! Tout de même, son Camus pourrait se montrer un peu plus attentionné. Était-il si ennuyeux pour que le futur verseau trouve la petite escapade clandestine du cancer plus intéressante que le morceau de salade coincé entre ses petites dents ?
Camus ne put retenir un sourire désabusé : Milo était gentil, au fond, il était juste un peu trop obsédé par sa personne. En soi, c'était très flatteur mais parfois, Camus aurait aimé que son ami ait d'autres sujets de préoccupations que ''son meilleur ami rien qu'à lui''. Il secoua la tête de gauche à droite lorsque Milo le tira à l'intérieur du onzième temple, grommelant qu'à l'intérieur, au moins, il ne serait qu'à lui.
-On a pas encore trouvé de solution pour mon morceau de salade, Camus ! Je ne veux pas être défiguré.
Pour une fois que Milo terminait ses légumes, il fallait que ce 'drame' s'abatte sur lui. La salade, c'était bon pour les vaches ! Il n'y toucherait plus jamais, foi de Milo !
-Maître Shion ?
-Approche, mon petit Mu.
Le futur chevalier s'approcha d'un air timide : son maître, bien que très malade, l'intimidait toujours autant. Pire, il craignait de dire ou faire quoi que ce soit qui l'aurait rendu un peu plus malade. Depuis des semaines, il entrapercevait à peine son maître le matin et le soir, avant d'aller se coucher. Dohko assurait presque l'entièreté de son éducation, son maître étant trop faible pour le faire…alors se retrouver face à lui l'effrayait à présent légèrement.
-V-Vous vouliez me parler, maître ?
-Oui, assieds-toi.
Mu se précipita aux côtés de son maître lorsque ce dernier tapota faiblement la place libre à ses côtés. Depuis combien de temps n'avaient-ils plus été aussi proches ? Bien trop longtemps au goût du petit garçon.
-Il y a un problème, maître Shion ?
-Tu sais que je suis très malade, n'est-ce pas ?
-O-Oui mais vous…vous allez très vite guérir !
Au fond de lui, Mu savait pertinemment que son maître ne guérirait pas. Il savait que la maladie de son maître était très grave et, même si Shaka l'avait couvert de petites attentions pour qu'il oublie son chagrin, le regard vitreux et vide de celui qui l'avait élevé n'avait jamais quitté son esprit. Au début, il avait espéré de toutes ses forces que quelqu'un finirait par trouver un remède. Chaque matin, il guettait celui ou celle qui viendrait lui annoncer la bonne nouvelle…mais personne n'était jamais venu. Il avait vu son maître dépérir sans rien pouvoir faire.
-Toi et moi savons que non.
-Maître…
-Ecoute-moi.
Le grand pope reprit difficilement son souffle : il sentait que, peu à peu, son corps autant que son âme cherchait à rendre les armes. Alarmé par la situation, Mu fit tout naturellement un mouvement vers lui, comme s'il cherchait à l'aider. Shion n'en attendait pas moins de son jeune élève Mu avait toujours été un enfant sage et très attentionné. Il lui fit signe de ne pas s'inquiéter, arrêtant son geste pour prendre sa main entre la sienne, comme il l'avait si souvent fait pour l'apaiser.
-Je vais mourir, Mu, aujourd'hui.
-Ne dites pas une chose pareille, maître Shion ! Je…je vais trouver une solution ! Je vais vous sauver et tout redeviendra comme avant.
-Calme-toi. C'est trop tard.
-Non ! Non, c'est faux !
Celui qui depuis le début tentait de garder la tête haute face à l'homme qui l'avait élevé, fondit littéralement en larmes. C'était trop difficile à entendre, c'était trop brusque, trop rapide.
-Mu s'il te plaît, ne…
Shion n'eut pas le temps de terminer sa phrase : le jeune Mu s'était jeté à son cou. C'était la première fois qu'il agissait de la sorte. Il pleurait à présent à chaudes larmes contre son cou, hoquetant plus que de raison. Le grand pope, autrefois si fier et si prévenant, fut tout juste capable de glisser ses doigts à travers les longs cheveux lilas de son élève. Il avait redouté ce moment celui où il devrait dire adieu à celui qu'il considérait comme son fils. Il allait le laisser sans même avoir fini son éducation, sans même lui avoir appris à se défendre contre les pièges de la vie. Il se trouvait tout à coup bien indigne du petit garçon qu'il tenait entre ses bras et qui avait toujours montré tant d'acharnement à l'apprentissage.
-Je n'veux pas que vous partiez, j'ai besoin de vous !
-Ne pleure pas, Mu. Un chevalier ne doit pas pleurer.
-Je n'suis pas un chevalier, je suis un enfant ! Et je suis triste, alors je pleure !
Shion ne put retenir un léger sourire : c'était bien l'unes des premières fois que son jeune élève lui tenait tête. Il avait toujours connu Mu comme un petit garçon docile et respectueux, qui n'hésitait pas à se plier aux moindres de ses désirs. Oh, il savait qu'une fois dehors, le futur bélier ne perdait pas une seconde pour aller se plaindre auprès de son ami Shaka… Anantram était d'ailleurs venu plus d'une fois lui demander de bien vouloir tenir son élève qui –selon lui- détournait la future vierge du droit chemin. Mais il n'y était évidemment jamais parvenu…Mu et Shaka étaient un peu comme Milo et Camus, en plus sages.
-Shaka dit que vous allez rejoindre bouddha…il n'a pas besoin de vous, lui ! Je suis certain qu'il a déjà tout un tas de grands popes pour s'amuser !
-Et que dirais-tu si j'allais rejoindre mes amis ?
Le petit garçon releva le nez et son regard rougi pas les larmes s'ancra dans le sien. Son maître, des amis ? Hormis Dohko, il ne connaissait personne d'assez proche de son maître pour prétendre être son ami.
-Eh bien, pourquoi fais-tu cette tête ? Moi aussi j'ai eu des amis…des amis très chers. Et aujourd'hui ils me manquent. J'ai bien le droit de leur rendre une petite visite, tu ne crois pas ?
-Seulement si vous revenez après.
Mu n'était pas quelqu'un de naïf son maître essayait de le rouler et il avait flairé l'arnaque à des kilomètres. Il le prenait encore pour un bébé, il n'avait pas besoin d'inventer des histoires de ce genre. Il allait mourir, Mu le savait…et Mu refusait cette terrible fatalité. Son maître était trop…jeune ? Non, mais lui l'était. Il n'était encore qu'un enfant et il ne se sentait pas encore prêt pour devenir adulte.
-Et puis, si vous allez rendre visite à vos amis, qui s'occupera de moi ?
-Shaka ? J'ai cru comprendre qu'il s'était montré particulièrement attentionné ces derniers temps.
Mu hocha la tête c'est vrai qu'il avait beaucoup de chance d'avoir Shaka à ses côtés. Le petit garçon autrefois imbu de lui-même et hautain au possible avait mis un peu de son orgueil au placard et était très vite devenu l'ami idéal. Bien qu'encore très maladroit, il faisait toujours tout pour lui remonter le moral.
-Shaka est mon ami mais lui aussi est encore un enfant, il ne pourra pas toujours s'occuper de moi ! Et puis si je dois être avec lui, je devrais aussi rester avec son maître ! Oh, je l'aime beaucoup, se dépêcha-t-il d'ajouter, effrayé à l'idée d'avoir froissé son maître, mais il est un peu…trop proche de bouddha ! Bouddha est surement très gentil mais…mais moi je n'y connais rien ! Je veux que vous restiez !
-Je ne peux pas, Mu.
-Mais pourquoi ? demanda l'enfant, les larmes dévalant ses joues. Pourquoi vous ne voulez pas rester avec moi ? Pourquoi vous aimez plus vos amis que moi ? Qu'est-ce que j'ai fait ?!
-Oh, Mu.
Shion attira le petit garçon contre son torse. Pourquoi n'était-il pas capable de combattre la maladie plus longtemps ? Pourquoi était-il obligé de briser le cœur du petit garçon qu'il tenait contre lui ? Quand il voyait le futur chevalier étroitement serré contre lui, hoquetant de chagrin, il ne pouvait s'empêcher de se haïr. De haïr sa faiblesse, sa négligence. Mu pensait qu'il partait par sa faute alors que tout ce qu'il voulait, c'était rester auprès de lui. Il ne voulait pas qu'il se sente coupable, jamais !
-S'il-vous-plaît, restez !
-Mu, écoute-moi. Regarde-moi.
Doucement, il saisit le menton du petit bélier et l'obligea à relever ses yeux rougis et embués de larmes vers lui. Cette vue lui serra douloureusement le cœur. Toujours aussi tendrement, il s'approcha de lui jusqu'à coller son front contre le sien. Les mains posées sur les joues de celui qu'il considérait comme son fils, son front scellé au sien, les yeux mi-clos, il lutta pour ravaler les larmes qui menaçaient à leur tour de faire irruption.
-Mu, murmura-t-il d'une voix tremblante, je donnerai tout ce que j'ai pour pouvoir rester un peu plus longtemps à tes côtés. J'espère que tu trouveras un jour la force de me pardonner…j'aurais tellement voulu te voir grandir encore. J'aurais tellement voulu que cette insouciance qui te caractérise si bien vive encore longtemps au fond de toi… mais plus rien ne dépend de moi, à présent. Pardonne-moi de t'avoir disputé si souvent, d'avoir tant exigé de toi. Pardonne-moi de ne plus avoir la force de continuer à me battre. Je…
-Maître…
Les mots restaient à présent bloqués à travers sa gorge. Un seul sanglot franchit la barrière de ses lèvres avant qu'il n'attire un peu plus Mu contre lui si cela était possible. Sa poitrine le faisait souffrir, il avait juste besoin d'encore un peu de temps.
-Merci, Mu. Pour tout ce que tu m'as apporté. Pour m'avoir rendu si souvent le sourire, pour avoir cru aveuglément en moi quand moi-même je doutais. Merci…d'avoir été celui que tu as été. De n'avoir pas fui lorsque le grand pope prenait le pas sur le maître. Merci d'être resté malgré la maladie, d'avoir compris. Je…je voudrais tellement réparer mes erreurs mais je…je n'en ai plus la force, plus le courage. Je sais que…que tu ne comprends peut-être pas encore mais un jour…un jour tu comprendras, Mu. S'il te plaît, est-ce que tu peux me promettre quelque chose ?
L'enfant hocha la tête. Il avait lui aussi fermé les yeux, refusant d'affronter la triste réalité à laquelle il devait faire face. Les mains fermement agrippées à la toge de son maître, ses larmes se mêlant à présent aux siennes, il aurait voulu que le temps s'arrête. Que tout cela ne soit qu'un horrible cauchemar.
-S'il te plaît, promets-moi de… d'être bien sage. Dohko… Dohko m'a promis de bien s'occuper de toi. J'ai une entière confiance en lui alors laisse-lui une chance, s'il te plaît.
-Maître…
-Tu peux me le promettre ?
-Ne partez pas ! Je vous en supplie ! Je…je serai sage je…je vous le promets ! Je m'occuperai de vous et… ne partez pas, vous n'avez pas le droit !
-Je suis désolé.
-Restez ! Restez ! Restez ! Restez !
Shion s'appuya contre le mur derrière lui, sentant ses forces le quitter. Il ne retenait à présent plus ses larmes. Mu restait obstinément attaché à lui. Comme si le serrez tout contre son cœur lui donnait l'illusion de le faire vivre un peu plus. Mais à présent, même l'amour de Mu ne suffisait plus. Shion le savait, il le sentait. Il pouvait voir ses anciens compagnons d'armes se profiler au loin. Ils lui souriaient chaleureusement, comme s'ils s'étaient quittés hier. Doucement, il posa une main sur le crâne du petit garçon qu'il avait élevé, il avait encore une chose à lui dire, avant de partir à jamais loin de lui.
-Je t'aime, Mu, chuchota-t-il d'une voix calme et apaisante. Je serai toujours là, il te suffira de…regarder les étoiles.
Mu releva la tête lorsqu'il sentit les mains de son maître glisser sur ses épaules, puis le long de ses bras. Les yeux de son maître étaient totalement clos à présent. Il sourirait. Mu sentit son cœur manquer un battement tandis qu'il secouait le plus fort possible les épaules de son mentor, le suppliant de se réveiller.
-Maître ! Réveillez-vous, maître ! S'il vous plaît, je serai sage ! Revenez ! Maître ! Maître !
Mais Shion n'ouvrirait plus jamais les yeux, à présent.
-Cristal !
Lorsque Skorpios déboula dans la cuisine du onzième temple, celui-ci arborait une mine triste et douloureuse. Shion était son ami, il ne pouvait pas croire qu'il ne soit plus là à présent.
-Va chercher les enfants. Et rejoins-moi là-bas.
-Est-ce que ça va ? demanda tout de même Skorpios en posant une main sur l'épaule de Cristal.
Même si le verseau était impassible, lui voyait parfaitement la lueur de tristesse au fond de son regard. Il attira doucement le verseau contre lui pour une brève étreinte à travers laquelle il tenta de lui faire passer tout son soutien et toute son affection. Lui aussi était triste de ce qui venait de se passer mais il n'était pas aussi proche de Shion que l'était Cristal.
-Je suis désolé.
Le verseau se contenta d'hocher la tête avant de briser l'étreinte qui le liait à son meilleur ami.
-Camus est…
-Je m'en occupe. Ne t'en fais pas, je m'occupe de tout. Dépêche-toi d'aller là-bas.
Cristal envoya un regard reconnaissant à son meilleur ami avant de disparaître vers les appartements du grand pope. Tout était allé si vite…qu'allait-il advenir du sanctuaire à présent ?
Tous étaient réunis au pied du temple qu'occupait le grand pope. Adultes comme enfants s'étaient murés dans un silence de glace. Seul Saga manquait à ce funèbre rassemblement. Tous s'échangeaient des regards de profonde tristesse. Tout à coup, des pleurs mêlés à des hurlements percèrent le silence qui s'était installé entre eux tandis qu'ils voyaient Dohko sortir, Mu dans les bras. Le petit garçon tentait désespérément de se défaire de l'étreinte forcée, refusant de laisser son maître, voulant encore essayer de le faire revenir parmi eux.
-Non, non lâchez-moi ! Je n'veux pas ! Il n'est pas mort, c'est pas vrai ! Il va revenir, je le sais ! Laissez-moi rester avec lui !
-Mu !
Anantram n'eut même pas le cœur à sermonner son élève lorsque celui-ci courut vers son meilleur ami. Meilleur ami qui n'avait d'ailleurs pas hésité une seconde pour quitter les bras de Dohko et venir se blottir entre les siens. Le visage perdu au milieu de ses cheveux blonds, il pleurait à présent à chaudes larmes contre lui.
-Shaka ! Shaka, il faut que tu m'aides ! Il veut me prendre mon maître, il veut m'empêcher d'être auprès de lui. S'il te plaît, dis-lui ! Dis-lui que mon maître va revenir !
-Mu…Mu, non, ton maître Shion ne va pas revenir il…il est avec bouddha maintenant.
-Alors dis-lui de me le rendre ! S'il te plaît Shaka, il n'a pas besoin de lui ! Je ferai tout ce que tu voudras, je t'en supplie, demande-lui !
Le futur chevalier de la vierge lança un regard désespéré à son maître, ne sachant pas quoi faire pour calme son ami. Sauf que son maître non plus ne savait pas comment gérer tout cela. Ce fut finalement Skorpios qui vint le sauver tandis qu'il s'approchait d'eux jusqu'à venir poser une main contre le dos tremblant du petit garçon à la chevelure lilas.
-Shhh, calme-toi mon bonhomme, personne ne veut t'empêcher d'être auprès de Shion.
-Alors pourquoi ? Pourquoi je peux pas rester avec lui ? S'il vous plaît, maître Skorpios, demandez à bouddha de me le rendre, je veux qu'il revienne !
-Tu sais bien que ce n'est pas possible, Mu. Shion…ton maître est…il est parti pour un long voyage. Il ne peut pas revenir si facilement tu sais.
-Pourquoi il ne m'a pas emmené avec lui ? Qu'est-ce que je vais faire maintenant ?!
-Tout va bien se passer, je te le promets.
Ensuite, Skorpios, comme tous les autres chevaliers confirmés, reporta son regard sur Dohko, dont le visage fermé et ravagé de tristesse restait obstinément baissé. La mort de Shion dévastait les cœurs de ceux qui l'aimaient. Mu, Dohko, Cristal, Anantram…tous faisaient leur deuil à leur façon. Certains laissaient libre cours à leur chagrin tandis que d'autres montraient plus de retenue…mais souffraient tout autant. Le grand pope était mort et sa disparition chamboulait le sanctuaire tout entier.
Tous restèrent de marbres, acceptant encore difficilement la terrible nouvelle. Même les enfants les plus turbulents étaient sous le choc, à l'instar de Milo, pelotonné contre le torse de Camus ou encore d'Aphrodite, qui évitait les regards insistants d'Angelo, les yeux obstinément fixés sur ses chaussures. Personne ne savait comment se comporter mais tous avaient bien compris que ce n'était pas le moment de faire des bêtises. Et les sanglots incessants de leur ami Mu le leur rappelaient à chaque seconde.
-Shion n'aurait pas voulu que nous nous laissions abattre de la sorte, murmura finalement Dohko. Il m'a laissé certaines instructions, avant de mourir…
Voilà! J'espère que vous ne me détestez pas à présent :p
Et je m'excuse auprès des puristes de l'histoire mais je ne pouvais décemment pas laisser cette scène sous silence, même si elle ne colle pas vraiment à la ''réalité''. A bientôt!
