Hello!

Ce OS a été écrit sur le thème "Ecoute" pour la 142ème nuit du FoF. C'est encore un des thèmes que j'ai proposés

Pour écrire cette petite histoire, j'ai été inspirée par d'autres fics où Roy décide de ne pas accepter la pierre philosophale pour guérir sa vue. On dit que la perte d'un sens exacerbe les autres, donc je voulais exploiter cela.

Rating T
Personnages: Roy Mustang, Riza Hawkeye, Heymans Breda, Black Hayate
Relations: Royai
Genres: Fluff, léger angst

Bonne lecture!


– Baissez-bien la tête colonel, ou vous allez vous cogner.

Roy entend les recommandations de Breda et baisse davantage la tête avant d'entrer dans la voiture. Quelqu'un – sans doute Breda – grimpe du côté conducteur, et quelqu'un d'autre – Hawkeye, pense-t-il en sentant l'odeur d'hôpital et de fleur de son savon mêlés – prend place derrière lui.

Le trajet depuis l'hôpital n'est pas très long, et lorsqu'ils débarquent de la voiture, une main se pose sur le bras de Roy pour le guider vers la porte.

– Les marches sont là, lui indique Hawkeye.

Elle connaît le code de l'interphone et l'étage de son appartement. Elle l'y mène, et Roy peut entendre le cliquetis des griffes de Hayate sur le carrelage du hall d'entrée, puis sur les marches alors qu'il les précède dans les escaliers. Monter n'est pas compliqué. Cela fait des mois qu'il le fait tous les jours, depuis son arrivée à Central. Il tient simplement la rampe au cas où, et puis Hawkeye est derrière lui, toujours attentive. Son pas est léger, comme d'habitude. Le pas de Breda est plus lourd, et quelques marches grincent sous son poids.

– Je vous laisse ouvrir, déclare Hawkeye.

Sa voix est paisible, mais Roy sent la même tension qui l'habite depuis qu'il a préféré utiliser la pierre uniquement pour Havoc. Il sait qu'elle a accepté sa décision, mais il reste un chagrin en elle, qui s'exprime dans la délicatesse de ses gestes, le soin qu'elle prend à mettre les choses à sa portée, à lui indiquer les obstacles, à décrire ce qu'elle voit, même lorsque c'est simplement une abeille qui vient se poser sur les fleurs qu'il sent sur la table de chevet. Elle a accepté sa décision et fait tout pour que sa nouvelle vie commence bien. Mais elle sait aussi qu'il ne verra plus jamais. Qu'il ne la verra plus jamais. Et Roy le sait, il sait à quel point elle peine à accepter ce simple fait. Parce qu'il peine aussi.

Ils ne se verront plus jamais avec les yeux.

Mais, pense Roy tout en prenant la clé qu'il entend se balancer sur sa droite, il y a d'autres moyens de communiquer. Ils l'ont déjà fait. Ils savent déjà déceler les sous-entendus dans les paroles de l'autre, ils savent ce qu'un simple contact signifie, ils connaissent l'odeur préférée de l'autre.

Il trouve la serrure facilement et le fait remarquer.

– C'est plus simple que lorsqu'on croit qu'il y en a deux, déclare Breda d'un ton légèrement moqueur.

– Ce n'est pas souvent arrivé, réplique Roy.

Ce que ni lui ni Hawkeye ne disent, c'est que ces deux fois c'est elle qui l'a ramené, qui a ouvert, et qui l'a aidé à se mettre au lit. Ces deux fois où il a bu seul dans un bar, où son fidèle lieutenant est venue le retrouver – parce que le propriétaire l'appelait ? Ou parce qu'elle savait comment il se sentait ? – c'était peu après leur arrivée à Central, alors que la douleur de la perte de Hughes était encore tellement forte.

Il ouvre la porte, et à la place de l'odeur de renfermé et de poussière à laquelle il s'attendait après près de deux semaines d'absence, c'est l'odeur habituelle de son appartement, avec la touche de fraîcheur apportée par un ménage récent, qui l'accueille.

Il avance dans l'entrée, la main tendue vers le mur. Il sent la porte des toilettes, celle de la salle de bain, puis il entre dans le salon. Il sent Hayate frôler ses jambes alors qu'il part en exploration dans l'appartement.

– Breda, merci pour tout, déclare-t-il en se tournant vers la porte, un sourire aux lèvres. Nous nous débrouillerons.

– N'hésitez pas à appeler s'il le faut, répond le sous-lieutenant.

– C'est noté.

La porte se referme, et Hawkeye s'approche de lui.

– Vous voulez vous installer, lieutenant ?

Elle ne répond pas, mais il l'entend bouger la tête.

– Parler, dans ce cas ?

– Oui, murmure-t-elle.

Un silence, puis elle reprend :

– Je vais préparer du thé.

– Laissez-moi vous aider, déclare-t-il immédiatement. Je dois apprendre à me diriger différemment dans mon appartement, et avec votre aide ce sera plus facile.

Elle apprendra en même temps que lui où tout est posé, pour savoir où remettre les choses à leur place et lui éviter de se perdre.

C'est lui qui remplit la bouilloire et allume le gaz. Il écoute le bruit de l'eau qui coule et tombe, le cliquetis de l'allume-gaz quand il tourne le bouton, le « vrouf » du gaz qui s'enflamme, le bouillonnement puis le sifflement.

C'est elle qui prépare les tasses et le thé, et il écoute le grincement du placard qu'elle ouvre, la céramique des tasses qui s'entrechoquent légèrement, le son de la boîte de thé qu'elle ouvre et de la boule qu'elle remplit.

C'est elle qui lui indique où est le niveau de l'eau alors qu'il remplit les tasses, et c'est avec une certaine satisfaction qu'il s'installe à côté d'elle dans son canapé, le contenant chaud entre ses mains. Les bandages encore présents sur ses paumes le protègent de la chaleur.

– M'en voulez-vous d'avoir pris cette décision ? Demande-t-il alors.

– Non. Vous avez fait un choix, avec ses conséquences, et je fais de nouveau le choix de vous suivre pour travailler avec vous vers votre but.

– Notre but, rectifie-t-il avec un sourire.

– Notre but, répète-t-elle, et Roy peut entendre la simple joie de Riza alors qu'elle prononce ce « notre ».

C'est comme une bulle qui se forme dans son ventre, remonte jusque dans sa gorge, et il ne retient pas – il ne veut pas retenir – le mot qui sort de sa bouche.

– Riza.

Le silence tombe entre eux, et Roy a beau écouter, il n'entend pas le souffle de Riza. C'est la première fois depuis des années qu'il l'appelle par son prénom. La première fois depuis qu'il a quitté la maison de son père pour aller passer l'examen d'alchimiste d'État. Depuis, il ne l'a appelée que dans ses rêves, là où personne ne pouvait les surprendre.

Riza soupire, et le cœur de Roy s'emballe.

– Roy.

La main de Riza se pose sur sa joue, et il suit son bras pour faire de même sur sa joue à elle. Ils restent un moment ainsi, puis Roy entend Riza s'approcher, sent son souffle sur son visage, puis son front se pose contre le sien.

– Je te veux à mes côtés tant qu'on nous en laissera la possibilité, murmure-t-il.

– J'y serai, n'en ais aucun doute, répond-elle.

Être aveugle est une chose étrange, mais il s'aperçoit bien vite que les sensations sont d'autant plus vives quand on ne voit pas. Les lèvres de Riza sont douces contre les siennes, et elle soupire lorsqu'il répond à son baiser. Le parfum de son savon se répand dans son nez, et il veut soudain qu'elle emplisse toute sa vie. Son odeur, son toucher, son rire, ses soupirs, sa douceur, sa force, son goût, tout ce qui fait d'elle Riza. Il l'enlace alors qu'ils approfondissent leur baiser, puis ses lèvres quittent sa bouche, embrassent sa mâchoire, son cou, se faisant délicates sur le bandage qui couvre encore sa blessure, puis sa gorge et le décolleté raisonnable qu'il sent sous ses doigts.

Riza frissonne, susurre, gémit, tremble, et sa peau a un goût de sel lorsqu'il s'étendent sur le canapé, jambes emmêlées, le thé oublié sur la table. Roy pose son oreille sur sa poitrine et écoute. Il écoute le battement régulier du cœur de Riza, qui caresse tendrement ses cheveux.

– Nous sommes vivants, murmure-t-elle.

– Et nous avons le champ libre pour avancer désormais, ajoute-t-il.

Riza l'enlace, et il se blottit contre sa poitrine, profitant encore un peu de sa chaleur.