Chapitre 6 : "The Kids Aren't Alright"

watch?v=7iNbnineUCI

On va passer a deux chapitres par semaine puisque toute la 1ere partie est finie (500 pages et 250k quand meme XD)
Merci de lire ce truc a ceux qui ont le courage.
et merci de vos commentaire, je m'en nourris

QingMing avait ouvert le portail dans sa chambre. Il inspira lourdement l'air frais et léger de son domaine. Celui du Temple était bien différent. Tout aussi agréable mais plus piquant, sans doute à cause des enfants qui couraient partout. L'air était bien plus chargé en énergie yang que son domaine bien équilibré.

Le fashi lâcha la bride à sa forme de renard comme cela le démangeait depuis des jours. Depuis combien de temps n'avait-il pas assumé sa forme démoniaque complète ? une éternité au moins. Même ses oreilles et ses queues il ne les sortait jamais plus d'une fois ou deux par an. Et encore, en général contraint et forcé par Mad Painter qui avait besoin de refaire ses pinceaux ou Snow Hound qui voulait de la bourre fraiche pour son nid.

Ha…Et il avait cinq queues maintenant…D'où venait la nouvelle ? Il se concentra dessus pour entendre le souvenir de sa création…son bouclier parfait pour sauver Boya. Evidement. La charge émotionnelle et la bouffée de puissance nécessaire étaient cohérentes pour créer une queue.

Le grand renard blanc s'étira sur ses quatre pattes. QingMing était de la taille au garrot d'un gros percheron mais plus efflanqué. Sa forme de renard n'était pas très en forme. Elle manquait de muscles, d'entretien et de courses dans les bois. Il ne l'aimait pas. Maintenant, avec sa relation avec Boya, ce serait probablement encore plus dur pour lui de simplement la supporter.

Le renard tout blanc s'ébroua. Il se gratta un peu avec la patte arrière en pestant. Même ses griffes trop longues de manque de chasses s'accrochaient dans ses bourres ! Il n'avait pas assumé cette forme depuis si longtemps que ses mues s'étaient accumulées. Il fallait qu'il pense à la prendre au moins à chaque changement de saison.

Sur un coup de tête, il sauta par la fenêtre de sa chambre directement dans le lac pour y barbotter un peu.

"- ….Maitre ?"

Snow Hound était inquiet. Comme les autres il avait senti la brutale pression causée par le changement de forme de leur maitre. Elle avait été si forte que Mad Painter avait dû protéger Honey Bug d'un bouclier le temps que les pressions sur le domaine s'égalisent. La pauvre petite démone avait tourné de l'œil.

Le renard géant nagea encore un peu dans le lac, plongea pour se frotter sur le fond sableux, croqua un poisson de qi au passage puis sauta sur le bord après avoir terrorisé deux trois grenouilles.

Snow Hound s'envola immédiatement avec un coassement. Il Savait.

Killing Stone n'eut pas le même reflexe de fuite ni même de se cacher derrière le bouclier de Mad Painter. Lorsque QingMing s'ébroua, il fut immédiatement transformé en serpillère trempée couverts de touffes de poils morts, de sable, de feuilles et…ha oui, c'étaient des algues qui venaient du fond du lac sans doute.

Snow Hound se reposa près du renard. Le regard jaune de l'animal était déstabilisant mais au moins, il ne faisait pas peur comme lorsqu'il passait au rouge. Le shishen l'avait vu deux fois, il ferait tout pour ne pas le voir une troisième. Il fallait un incident rare pour que QingMing décide de prendre sa forme animale complète sans qu'ils doivent s'y mettre à trois, maintenant deux, pour qu'il accepte.

"- Maitre ? Tout va bien ?"

La voix mentale du Yin Yang Shi le rassura.

"- Tout va bien. J'ai juste eu besoin de changer de forme. C'est tout…Je suis désolé Killing Stone."

Le shishen finissait de se sécher avec son qi.

"- Je vais puer comme un rat noyé mais c'est pas grave" L'odeur de chien mouillé n'avait jamais eu sa préférence. "…Je ne vous avait jamais vu comme ça." Il était fasciné.

Il savait intellectuellement que leur maitre n'était pas totalement humain. Mais un démon lui aussi ? un renard ? En plus, il était tellement grand ! Une ancienne lignée ça.

"- Vous avez cinq queues ?" Alors qu'il était si jeune ?

Même le poil du renard parvint à paraitre particulièrement fier de la chose.

"- La cinquième s'est manifestée quand j'ai protégé Boya." Ce qui était plus important pour lui que d'avoir réussi à créer un bouclier parfait.

"- Je peux ?"

Mad Painter passa ses doigts dans la queue toute neuve sur un signe de tête de son maitre. Des touffes de poil lui restaient entre les doigts à chaque passage.

"- Je vais chercher les brosses…. Et de l'aide." Proposa Snow Hound, immédiatement aux petits soins.

Un peu de renforcement positif ne ferait pas de mal à leur maitre. Même après toutes ses années, le shishen ne pouvait s'empêcher de le materner.

QingMing restait immobile. Il avait besoin d'un toilettage à fond, ses shishen avaient raison. La Multitude devrait aider tellement il était sale comme un vieux peigne.

"- Killing Stone. Va te changer avant d'attraper un rhume, veux-tu ?"'

"- Maitre…"

"- Je veux parler seul à seul avec Mad Painter."

Le jeune démon emboita immédiatement le pas derrière Snow Hound pour l'aider à aller chercher des brosses une fois qu'il se serait changé.

Mad Painter resta silencieux. Il continuait à peigner de ses doigts les queues de son maitre. Il lui faudrait un sac pour conserver tout ce poil ! Entre les poils de couvertures et la bourre, il pourrait refaire tous les pinceaux du domaine. Les artisans seraient extatiques d'avoir de la matière pour faire des coussins, quelques couvertures et sans doute même des matelas. Ils étaient parfaits pour les démons malades ou blessés à l'infirmerie tellement ils étaient naturellement chargés en énergie yin.

"- Qu'est-ce que tu avais dans le crane ?" Finit par gronder le renard en lui arrachant sa queue des mains

Le shishen se sentit frémir. Il pouvait compter sur les doigts d'une main les fois où leur maitre avait exprimé du déplaisir à leur égard. Alors lever la voix ? C'était unique.

"- …A quel propos ?"

Les yeux du renard s'étaient chargés de rouge.

"- Ta quasi mort. J'ai déjà perdu ma mère à cause d'humains stupides. J'ai perdu mon maitre parce c'était un pur imbécile. Je n'ai pas envie de perdre encore un de mes parents une fois de plus ! Arrêtez de me traiter comme un gosse !"

A mesure que QingMing grondait, les babines relevées sur des crocs plus longs que sa main, Mad Painter s'était détendu. Ha…Donc c'était ça. Il aurait effectivement pu repousser le serpent sans se sacrifier. Mais il aurait mis son maitre davantage en danger et l'aurait protégé moins longtemps. Ça n'aurait été que reculer pour mieux sauter. QingMing n'aurait pas pu récupérer son énergie pour la transmettre à Snow Hound et lui serait probablement mort également. Ils auraient laissé leur maitre totalement seul… Non, sur le moment il avait pris la meilleure décision raisonnée pour protéger son maitre. Comme il le lui avait dit, il ne regrettait pas sa décision.

"- QingMing…" Il était rare qu'un des shishen appelle leur maitre par son nom. Mad Painter posa une main sur le museau hérissé du hulijing. Gentiment, il caressa la tête plus grosse que son propre torse jusqu'à ce que le museau déformé par la colère s'apaise un peu. "Snow Hound et moi, nous t'avons davantage élevé que Zhong Xing. Crois-tu vraiment que nous pourrions ne pas tout faire pour te protéger ?" La voix était douce, presque triste.

Zhong Xing avait été le maitre d'un petit demi-humain. Eux avaient été les parents d'un petit demi-démon. Ils avaient fait de leur mieux pour trouver le bon équilibre mais n'y étaient pas vraiment parvenu.

QingMing jeta le shishen à terre d'un coup de patte. Il écrasa son torse sous ses pâtons avant de lui hurler au visage.

"- ARRETEZ DE VOULOIR MOURIR POUR MOI !" Il n'avait jamais pu faire le deuil de Gold Spirit. Il n'avait pas eu le temps.

Snow Hound avait empêché Killing Stone de s'approcher. Il attendait calmement un peu à l'écart avec Honey Bug et la Multitude.

"- Il ne va pas lui faire de mal hein ?"

Le vieux shishen secoua la tête.

"- Il est incapable de faire du mal à sa famille."

Comme pour lui donner raison, la grosse tête du renard remplaça sa patte sur le torse du shishen puis un bruit étrange sortit de la gorge du démon à cinq queues.
Mad Painter se redressa pour glisser ses mains autours du museau poilu.

"- QingMing…allons…Il ne faut pas pleurer." Il lui caressait le sommet du crâne comme lorsqu'il était tout petit.

Le Yin Yang Shi laissa échapper un petit bruit à mi-chemin entre le jappement et le gémissement. Il se laissa tomber par terre comme si ses pattes ne le soutenaient plus.

"- Je ne peux pas vous perdre vous aussi." Zhong Xing, Gold Spirit, sa mère… C'était déjà trop pour quelqu'un comme lui qui ne savait pas se lier aux autres et avait plus ou moins inconsciemment rejeté tout lien affectif avec les humains.

Il avait une véritable angoisse sociale qu'il camouflait sous la dérision. Les tortures de son enfance avaient encore renforcé cette incapacité sociale. Ses masques étaient peut-être très efficaces devant les gens mais à l'intérieur, il restait pétri d'inquiétudes et d'angoisses.

Mad Painter continuait ses caresses du bout des doigts. Il ne pouvait même pas promettre qu'il ne leur arriverait rien. C'était leur devoir de protéger leur maitre. S'il le fallait, ils se sacrifieraient tous pour lui.

"- Je te promet que je ne prendrais pas de risque inconsidéré."

"- Moi non plus." Assura Snow Hound en s'accroupissant près du grand renard pour lui caresser le dos.

Honey Bug lui sauta plus simplement au cou pour se serrer contre la large épaule. La Multitude se mit à caresser ce qu'elle avait d'accessible. Le dernier fut Killing Stone. Il était encore neuf dans cette relation si profonde entre leur maitre et eux. Quand il avait rejoint QingMing, il n'avait jamais imaginé une seconde que sa vie serait aussi satisfaisante, lui qui n'avait connu que la peine depuis avant même sa mort. Il passa ses bras autour du cou de son maitre de l'autre côté d'Honey Bug pour coller son visage dans ses poils. Les pleurs du renard étaient quelque chose qu'il ne voulait plus jamais entendre. Ce petit son perdu lui crevait le cœur comme rarement. Ils lui rappelaient d'autres pleurs qui l'avaient poursuivi autour de sa mort en tant qu'humain et qui le hantaient toujours.

Mad Painter et Snow Hound échangèrent un regard par-dessus la tête de leur maitre. Qu'est ce qui c'était passé pour que QingMing soit émotionnellement en vrac ? Qu'est ce qui avait mis un coup de pied dans son équilibre déjà instable depuis la mort de leur précédent maitre ? Il n'avait pas eu le temps de faire son deuil avant d'être appelé à la Capitale. L'un comme l'autre ne voyait qu'une seule réponse : Sa relation avec Boya avait évolué. Dans le bon sens, ils en étaient sûr, mais…

Les shishen continuèrent à cajoler le renard jusqu'à ce qu'il cesse de pleurer. Honey Bug distribua les brosses, les sacs et tout le monde se mit au travail sur sa fourrure. Ça faisait tellement longtemps que la pauvre forme démoniaque n'avait pas eu droit à un vrai nettoyage en règle qu'elle avait perdu les trois quarts de son épaisseur lorsqu'il fut toiletté correctement. Snow Hound alla même jusqu'à lui faire les griffes, ce qu'il détestait.

"- Pensez à Boya. Je ne crois pas qu'il appréciera de se faire déchirer le dos au summum de la passion, juste parce que vous n'aimez pas les pattucures. "

Le renard grommela un peu mais posa une grosse patte sur les genoux de l'esprit-gardien qui le foudroyait du regard, une scie et une râpe à métal à la main. Il venait en même temps de confirmer l'avancée de sa relation avec l'autre chef de secte. Ses shishen étaient contents.

Mad Painter referma le dernier des gros sacs remplis de poils. Il allait avoir de quoi s'amuser pendant des semaines.

"- Mad Painter, j'aimerai que tu vois avec Honey Bug si elle peut utiliser une partie de ma fourrure pour faire une cape avec."

"-….une cape ?" Un petit sourire effleura les lèvres de l'artiste. "A la taille de Boya Daren j'imagine ?"

"- Si vous arrivez à la teindre en noir, ce serait encore mieux. Quelque chose qu'il puisse porter facilement et qui n'entrave pas ses mouvements lorsqu'il chasse." Peut-être plus une robe de dessus qu'une cape ? C'était Honey Bug la spécialiste des vêtements de toute façon. Elle saurait ce qui conviendrait le mieux.

Avec les armes, c'était délicat. C'était un défi pour Honey Bug qui en frétillait déjà. Entre sa soie et les poils de son maitre, il y avait de quoi faire quelque chose de splendide. La fourrure de renard démon était imperméable à tous les sortilèges et toutes les malédictions. Dans les bonnes conditions, elle pouvait même rendre invisible. Pour un chasseur de démon, ce serait une protection sans prix.

"- Avec vos griffes, je pourrais faire des supports de talismans" Proposa soudain Killing Stone après avoir joué quelques minutes avec les morceaux de corne si durs que la scie avait fini par rendre gorge sur le dernier ergot. La lime aussi était fichue "Vous n'aurez qu'à dessiner dessus les sigils que vous voulez que je grave."

"- Et je pourrais tisser vos poils pour en faire un cordon pour les attacher quelque part !" ajouta Honey Bug.

"- Avec quelques tubes de plumes, il y aurait de quoi faire des décorations pour son dizi pour accrocher les talismans." Finit Snow Hound

Les shishen semblaient tout émoustillés à l'idée d'aider à préparer un cadeau pour le vaisseau de Zhuque. Un élan de tendresse pour ses esprits gardien manqua noyer le renard démon. Il entoura le petit groupe de ses queues pour les serrer contre lui.

"- Faites attention à vous."

"- Toujours maitre." Assura encore Honey Bug avant qu'il ne les lâche.

"- J'y retourne. Contactez-moi au besoin. Je reviendrais sans doute demain soir." Avec tout ça, ils étaient proches de la mi-nuit. Boya devait se poser des questions.

"- Prenez soin de vous aussi, Maitre."

Le Yin Yang Shi reprit sa forme humaine. Même ainsi, le travail de toilettage sur sa fourrure se voyait. Ses cheveux étaient plus lustrés, sa peau plus lumineuse et il se tenait plus droit. Les shishen attendirent que le portail se referme sur ses talons.

Mad Painter de chargea d'un des ballots de poils.

"- Allez, on ferme bien tout et on jette dans le lac. Faut que ça dégorge quelques jours avant de pouvoir en faire quelque chose." La masse de cochonneries dans une fourrure, même bien entretenue était une catastrophe. Dans une qui n'avait pas été brossée pendant des années…

"- Le lac entier va sentir le chien mouillé" Soupira Killing Stone. "Les poissons vont défiler devant la porte pour protester."

"- Vu ton odeur, tu ne devrais te rendre compte de rien." Persiffla Honey Bug avant de fuir en riant devant le jeune shishen énervé.

#*#*#*#*#*#*#*#*#*#*#*#*#*#*#*#*#*#*#*#*

Boya avait pris un long, très long bain pour se détendre. Dès qu'il fermait les yeux il se retrouvait avec la forme à moitié nue de QingMing à l'esprit. Il avait beau avoir vu l'autre cultivateur complètement dévêtu une fois, ce n'était pas pareil quand il était blessé. Comment voulait-on qu'il résiste devant un Yin Yang Shi en parfaite santé, abandonné à moitié nu dans sa baignoire ? Heureusement que l'eau permettait d'évacuer facilement certains résidus.

Un peu honteux de se comporter comme un adolescent hormonal sur son dernier coup de cœur malgré les encouragements de Zhuque qui en profitait comme un bon drogué aux endorphines, Boya profita de sa solitude pour s'examiner longuement devant le miroir en argent poli de ses appartements. L'antiquité avait été offerte à un de ses prédécesseurs, sans doute en paiement d'une chasse particulièrement difficile. Il avait dû couter une fortune au suppliant.

Le fashi resta immobile un long moment à juste s'observer. Il suivit des yeux les marques sur son visage et son torse, puis son ventre. Elles ne s'arrêtaient pas sur ses hanches mais descendaient autours de son entrejambe, ses cuisses et se terminaient sur le coté de ses genoux avec la même finesse que les lignes de ses tempes. Il eut plus de mal pour observer son dos. Il dut utiliser un second miroir, à main celui-là et de moins bonne qualité. Les marques formaient un dessin stylisé d'ailes. Il était étonnant que des dessins aussi fin soient aussi sensibles. Il ne voyait pas d'autre marques sur son dos, juste les fins de dessins sur son ventre et ses cuisses qui se perdaient vers son postérieur et l'arrière de ses cuisses.

Puisqu'il avait la paix, il prit quelques minutes pour passer ses doigts sur les lignes de son visage et de son torse. Elles étaient sensibles, mais rien d'aussi extrême que lorsque c'était QingMing qui les touchaient. Il aurait fallu qu'il demande à un de ses frères de toucher les lignes de son visage pour voir la différence.

Une grimace lui échappa. Les protestations de Zhuque étaient bruyantes. Les marques n'étaient pas pour se faire tripoter par n'importe qui enfin !

Comment lui faire comprendre que c'était éducatif ? il fallait qu'il sache en situation neutre ce qu'il ressentait pour pouvoir réagir s'il se produisait quelque chose en situation de stress. Il se passerait quoi si une coupure sur l'une des lignes le fichait par terre ? Est-ce que cette sur-sensibilité était réservée à son partenaire ? Il avait besoin de savoir !

Le dieu-gardien finit par accepter à contre cœur. Mais il surveillerait hein ! Que leur partenaire n'aille pas se faire des idées et croire qu'il courtisait quelqu'un d'autre.

Le chasseur finit par se brosser les cheveux, les huiler puis les natter grossièrement pour la nuit. Comme à son habitude, il se glissa dans son lit avec juste un pantalon de soie sur les fesses. Il ne comprenait pas cette manie de transpirer comme un porc avec dix-sept couches de vêtements quand on était couché. Bien sûr, quand il était invité quelque part, il sacrifiait aux bonnes manières. Mais là ? Qu'on le laisse tranquille ! Il passait déjà ses journées engoncé dans du cuir, il voulait dormir confortablement.

Il éteignit toutes les lumières sauf les deux bougies les plus proches du lit. Il se glissa sous la couverture avec un rouleau pour lire en attendant QingMing. Il n'imaginait pas dormir sans lui maintenant. A peine une nuit côte à côte et déjà des habitudes de prises comme si elles avaient une vie entière.

Un claquement de langue lui échappa. Voilà ce qu'il avait oublié. Il dut aller fouiller dans une réserve pour en sortir un oreiller supplémentaire. Le lit était trop petit pour être confortable longtemps à deux. Il faudrait qu'il trouve le moyen de le faire remplacer discrètement.
La mi-nuit était dépassée depuis une grosse heure quand une présence familière se glissa près de lui. Boya s'était endormit sur sa lecture.

"- QingMing ?"

"- J'ai été long, désolé."

Boya se redressa. Il y avait une tension dans la voix de son ami qui n'était pas là lorsqu'il était parti.

"- Un problème ?"

Le Yin Yang Shi laissa glisser ses robes par terre. Malgré la rougeur de ses joues, Boya le regarda se déshabiller avec plaisir. Il avait l'impression d'être devant un cadeau qui s'ingéniait à ne révéler son contenu que pour ses yeux. Le physique de QingMing était presque aussi bien défini que le sien. Et ces hanches, ces épaules…

"- Pas vraiment. J'ai discuté avec Mad Painter. C'est toujours émotionnellement épuisant de parler de ce qui fâche. Et nous avons beaucoup parlé." D'une certaine façon, il avait pu commencer à faire le deuil de son maitre et de Gold Spirit, ce qu'il n'avait jamais pu faire jusque-là.

Boya ne pouvait qu'être d'accord.

Il s'écarta dans le lit pour faire de la place tout en ouvrant la couverture. Il voyait les yeux rouges de l'autre fashi. Il avait pleuré.

"- Il est tard."

QingMing lui fut reconnaissant de ne pas demander à en savoir plus. Il s'allongea près de son ami qui le prit dans ses bras. Le contact était simple et familier, reposant. Pourquoi avaient-ils mis si longtemps à se tourner autours ? Ils n'étaient que deux idiots. Presque un an pour avoir quelque chose qu'ils auraient pu avoir en quelques semaines voir jours.

Un soupir de plaisir franchit les lèvres du maitre des lieux lorsque QingMing reprit ses caresses entre ses épaules. Ce contact si simple allait vite devenir une drogue. Sa main trouva sa place au creux des reins du Yin Yang Shi, juste au-dessus de l'attache de ses queues si elles avaient été présentes. Le ronron qu'il attendait ne tarda pas à résonner dans la poitrine du demi-démon.

Ils échangèrent quelques baisers paresseux avant que la fatigue ne les rattrape. Le sommeil les prit calmement, nichés l'un contre l'autre. Pour l'instant, cette intimité tranquille leur suffisait.

#*#*#*#*#*#*#*#*#*#*#*#*#*#*#*#*#*#*#*#*

La convocation était arrivée aux premières lueurs de l'aube. Les deux maitres devaient se rendre au plus vite auprès de l'Empereur.

Le premier disciple avait hésité un peu mais c'était un ordre de l'Empereur. Il avait donc passé dix bonnes minutes à taper comme un sourd à la porte de son chef de secte jusqu'à ce qu'un grognement à l'intérieur le prévienne que ça se levait.

Depuis que le couple en était officiellement un, les deux hommes n'essayaient même plus de faire semblant. Tout le monde savait que la suite donnée au Yin Yang Shi lui servait de bureau et pour ses shishen lorsqu'ils restaient la nuit. Le reste du temps, il occupait sa moitié de lit dans la chambre de leur chef de secte. Personne ne s'en plaignait. Les disciples étaient trop contents de voir le petit sourire heureux de leur da-shixiong.
Les deux hommes ne s'affichaient pas mais il n'était pas rare de les croiser dans les couloirs marcher épaule contre épaule, leurs doigts légèrement noués cachés par les larges manches de QingMing. Le besoin permanent de contact entre eux était adorable.

Le premier disciple avait prévenu de la convocation urgente avant de filer. Il n'avait aucune envie d'assister à quoi que ce soit entre les deux hommes de plus intime que leurs mains nouées malgré tout.

Depuis trois semaines que le Yin Yang Shi était installé au temple, le premier disciple avait presque oublié que leur invité était quelqu'un d'important. Il était si facile à vivre, si tranquille, que le voir en robes précieuses avec un guan le perturba un instant. Au moins leur chef portait ses cuirs quasi tout le temps. La différence entre sa livrée d'apparat et sa tenue de chasse n'était pas aussi marquée. Là, le Yin Yang Shi faisait vraiment ce qu'il était.

"- Une voiture vous attends."

QingMing la refusa. Ils la renvoyèrent pour un transport plus rapide. Si leur présence était à ce point urgente, pourquoi perdre trois heures à parader dans les rues avec une phalange de soldats pour les trimballer ? Encore un fonctionnaire qui avait voulu se faire mousser.

Les conseillers qui attendaient devant la salle du trône faillirent sortir de leur propre peau lorsque les deux hauts prêtres sortirent d'un portail quasi sous leur nez.

Immédiatement l'aboyeur les annonça tout en se prosternant devant l'Empereur.

Les lourdes portes de la salle du trône, fermées depuis des heures, s'ouvrirent aussitôt pour eux. A leur grande tristesse, les fonctionnaires, les nobles et les conseillers durent rester à l'extérieur. Ce n'étaient pas eux qui avaient été convoqués.

"- Vous avez fait vite."

"- Votre majesté."

Les deux hommes s'inclinèrent avant de plier le genou pour se prosterner en kowtow mais l'Empereur les arrêta.

"- Ha, pas de ça entre nous." D'abord ça l'énervait et en plus les deux hommes avaient suffisamment donnés pour le trône pour s'affranchir de ce genre d'humiliation.

Après tout Boya et lui étaient cousins, à une vache près leur destin à tous les deux auraient été différent. Un petit sourire apparut sur les lèvres de l'Empereur. Il en ferait la blague un de ces jours. Il voulait voir la tête du Yin Yang Shi lorsqu'il saurait que son confrère était passé à un cheveu d'avoir le cul posé sur les coussins à sa place.

"- Que pouvons-nous pour son altesse ?"

L'Empereur fit un signe du doigt a des serviteurs qui se précipitèrent avec des coussins pour que les deux prêtres s'installent confortablement au milieu des marches qui montaient vers le trône. C'était un signe de grande considération.

Un peu surpris, les deux hommes s'y plièrent néanmoins et s'installèrent de part et d'autre du trône comme demandé silencieusement.

"- Un homme est venu dans la nuit. Il a fait un esclandre assez impressionnant pour me voir. J'ai été curieux au lieu de le faire éliminer immédiatement." C'était quelque chose qu'il allait devoir travailler.

La curiosité n'était jamais une bonne chose pour un dirigeant. Pas sans garde-fous en tout cas. Et c'était la raison de la présence des deux maitres de secte. L'Empereur ne faisait pas confiance à grand monde dans le coupe-gorge qu'était le palais. Ses anciens hommes étaient encore en train d'être rapatriés pour servir à la place d'une partie de la garde héritée de l'Impératrice. Il aurait encore quelques semaines à devoir raser les murs pour éviter de se prendre une dague dans le dos.

Un autre signe de la main et deux gardes escortaient un homme habillé en soie de bonne qualité sans rien de remarquable. De ce que pouvaient en voir QingMing et Boya, l'homme n'était pas un cultivateur. Il ne devait pas non plus travailler de ses mains. Il n'avait pas les cals d'un artisan ou d'un paysan. Un petit lettré donc. Peut-être même un fonctionnaire local venu d'une province quelconque.

L'homme s'inclina calmement mais n'attendit pas qu'on lui donne l'ordre pour parler.

"- Votre Majesté, je suis là pour vous demander humblement de bien vouloir vous retirer."

"- ….Pardon ?"

"- Je vous en prie. Je suis sûr que sa majesté est parfaitement consciente que son accession au trône n'était ni souhaitable ni souhaitée. Je suis…disons que je représente les intérêts particuliers de la nation. Et que vous allez évidement vous retirer pour laisser la place à un Empereur capable de rendre sa grandeur à l'Empire.

L'Empereur était incrédule. C'était une blague ? Qui était ce guignol ? Son culot était fantastique. Pour un peu, il l'aurait applaudi.

"- Vous débarquez dans mon palais pour me demander à moi, de dégager ? "

"- Votre altesse." Gronda l'homme en cachant son sourire derrière un éventail comme s'il parlait à un petit garçon un peu bêta. "Nous aimerions tous ne pas en venir à des situations désagréables pour tout le monde. Je suis certain que votre fille, entre autres, n'a que peu envie de quitter son village et sa mère. La capitale n'est pas pour elle et vous le savez. Elle est si jeune encore… Elle est loin d'être en âge de se marier. Au mieux. Nous avons tous ce qui risque d'arriver à une fille née hors mariage."

"- …C'est une menace ?"

Personne n'était au courant de l'existence de sa fille naturelle. Il la gardait et la garderait loin du palais autant que possible. Elle n'était encore qu'un bébé pas encore sortit de ses langes.

"- Une menace ? ho majesté, je n'oserai pas…C'est au mieux une information, voir une suggestion…"

Le sourire de l'imbécile était trop calme, trop serein pour qu'il soit venu seul et sur un coup de tête. L'homme n'avait aucune importance en lui-même. Ceux qui le contrôlaient par contre….

QingMing se leva tranquillement.

"- Majesté, où sont la princesse et sa mère ?"

L'Empereur hésita une seconde.

"- Dans le village de Baili"

"- Sur la cote, oui, je connais. Avec vous une babiole qui pourrait les assurer que quelqu'un est bien envoyé de votre part ? Quelque chose en cas de danger pour les mettre à l'abri immédiatement sans qu'elles ne posent de question ?

L'Empereur lança une des bagues qu'il avait à la main droite au prêtre.

"- Ou les trouver ?"

"- Elles résident dans le clan Chi, à la sortie est de la ville."

"- Votre majesté…Vous réalisez bien que le temps que vous envoyez quelqu'un les chercher, tout peut arriver dans un voyage de six semaines aller-retour." Souriait encore le désagréable apprenti maitre chanteur en jouant avec son éventail. "Quand bien même votre chien courant partirait dès maintenant."

Sauf que QingMing venait d'ouvrir un portail et de disparaitre à l'intérieur. L'apprenti maitre chanteur ouvrit de grands yeux. Ce n'était pas prévu ça ! Il n'avait pas eu cette information ! Heureusement pour lui, le Yin Yang Shi revint seul une vingtaine de minutes plus tard. Le sourire revint sur le visage de l'idiot. Il venait de passer vingt minutes à transpirer sous le regard noir de l'autre chien de l'Empereur…Il rêvait ou plus le temps passait et plus des marques noires apparaissaient sur son visage ? Non, c'était ridicule. Il ne les avait pas vu avant c'était tout. Avec les ombres de la pièce, il les avait ratés. L'homme avait vraiment l'impression que ses commanditaires lui avait tut une partie de leur plan. Ou qu'ils étaient bien moins informés qu'ils l'avaient montrés. Le négociateur à louer, médiocre fonctionnaire qui avait décidé de quitter sa province pour un commerce plus lucratif et moins fatiguant que faire des milliers de rapports que personne ne lirait commença à transpirer. On lui avait promis le double de l'or déjà reçut pour cet entretien. Il comptait bien le dépenser en filles et en vin le soir même.

"- Ha majesté…Comme vous voyez…"

"- Votre dame et votre fille ont été mises en sécurité, majesté. J'ai laissé deux de mes servants les protéger." Coupa QingMing en s'inclinant.

Donc elles devaient être dans une des dépendances de la Maison du lac en attendant de les relocaliser ailleurs.

"- Parfait ! Et bien, je crois qu'il est temps de faire parler notre ami bavard." Siffla Boya, lugubre.

C'était son tour de s'amuser maintenant.

Il écrasa simplement son poing dans l'estomac du négociateur. La satisfaction de le voir vomir son petit déjeuner était subtile.

"- Tu vas tout nous raconter mon ami. Tu vas tellement chanter qu'on pourra te mettre dans une cage."

La suite de l'entrevue fut déplaisante jusqu'à ce que l'idiot n'ait plus rien à hurler. Les deux prêtres ne pratiquaient pas la torture, juste la suggestion pour parler. Enfin, surtout Boya. Des deux, il était le 'méchant'. QingMing se contentait de rappeler, un calme sourire aux lèvres, que tout serait moins désagréable pour tout le monde s'il voulait bien sacrifier à une bienveillante coopération.

L'Empereur observait les deux prêtres avec suspicion.

Qu'est-ce que c'est deux animaux avaient encore inventé ?

S'ils étaient d'une redoutable efficacités indépendamment l'un de l'autre, ils étaient carrément terrifiant ensemble avec le même objectif.
C'était aussi ce qui leur avait permis de vaincre un serpent géant. Ils étaient prêts à tout et même au reste pour vaincre et faire leur devoir.

Pour l'instant, si l'ennemi était bien moins effrayant qu'un reptile de six li, sa destruction était tout aussi certaine.

Pour un peu, l'Empereur aurait pu avoir pitié de ce pauvre idiot. Déjà, le menacer n'avait pas été malin. Le faire en présence de ses deux conseillers "spéciaux" était carrément suicidaire.

Il y avait quelque chose d'assez divertissant à les voir jouer avec leur proie. Les deux hommes tenaient du prédateur. La chose avait échappé à l'Empereur jusque-là. Qu'est-ce que les deux hommes lui cachaient encore ?

Le plus effrayant était sans doute le sourire doux mais carrément carnassier du Yin Yang Shi. Boya était de nature plus brutale que son homologue. Le voir menacer physiquement le maitre chanteur n'était pas inattendu même si efficace. Mais voir le gentil QingMing, souriant, promettre de sa voix douce les pires tourments "pour éviter à son ami de se salir, vous comprenez" était proprement terrifiant.

Pourtant, l'un dans l'autre, l'Empereur n'en était pas plus étonné que ça. Non. Ça restait de la politique coup de poing. A l'armée, on faisait un peu pareil. Cogner un peu vous faisait gagner un temps fou en général.

Ce qui le mettait mal à l'aise était le regard tendre de Boya lorsque son homologue avait proposé d'épargner ses cuirs autant que la faim presque animale dans les yeux de QingMing lorsque Boya avait brisé la mâchoire de l'apprenti idiot d'un coup de poing.

Ces deux idiots flirtaient ? Sous son nez ? En tabassant un apprenti maitre-chanteur qui en avait directement après sa vie et celle de sa famille pour le compte de quelqu'un d'autre ? Il avait tellement craché tout ce qu'il savait que l'Empereur allait pouvoir éliminer la conspiration à un détail près qu'il allait confier aux deux prêtres. Eliminer les démons, c'était leur boulot. Quand l'un d'eux se prenait de vouloir monter sur le trône, l'Empereur lâchait les chiens. Là, il s'agissait des deux hommes.

Mais…. Ils étaient sérieux à se regarder comme ça ? De plus en plus mal à l'aise, l'Empereur devait se retenir de se tortiller sur son siège. Ils avaient oublié qu'il était là où bien ?
Lorsque les deux hommes se penchèrent l'un vers l'autre, il se racla bruyamment la gorge. Ils n'allaient pas s'embrasser sous son nez ! D'accord, il était un militaire et comme tous les militaires, il était plus coulant que la majorité de la population sur bien des choses. Mais…Il était là ! Il n'avait aucune envie de tenir la chandelle merci beaucoup.

Deux regards étrangers se fixèrent sur lui. L'un avait des reflets rouges, l'autre jaune. Les couleurs inattendues disparurent immédiatement. Un reflet ?

Qu'est ce qui s'était passé entre eux pour que leur dynamique passe d'une amitié profonde emprunte de respect et d'agacement mêlé à…ça… ?

"- Est-ce que je veux savoir ce qui s'est passé ?"

Le ton de l'Empereur était lugubre.

"- Un maitre-chanteur ?" Tenta de rappeler QingMing.

"- Non, je ne parle pas de ça !" L'Empereur eut un reste vague vers le pauvre idiot qui repeignait le sol avec son sang. "Ho et débarrassez moi de ça." Il était écœuré.

Deux gardes se précipitèrent pour embarquer le futur cadavre.

"- Jetez moi ça du mur." C'était sale comme mort. Une chute de plusieurs dizaines de mètres sur les pierres. Si l'homme ne mourait pas sur le coup, il agoniserait des heures. "Et vous deux, qu'est ce qui se passe ?"

Les deux chefs de secte échangèrent un regard sans comprendre. Ils ne comprenaient pas trop la question. Rien n'avait changé dans leur relation pourtant. Ou presque. Juste une évolution naturelle qu'ils avaient refusé d'accepter pendant trop longtemps. Ils ne voyaient pas en quoi cela pouvait impacter leur travail. Ils étaient des professionnels, merci beaucoup.

"- Majesté ?"

"- Entre vous ! Vous avez failli vous bouffer la glotte sous mon nez."

"- Majesté !" Protesta le chef du protocole.

"- La paix, toi !" Le vieillard hoqueta mais la boucla. "Ho et puis…Venez avec moi vous deux." L'Empereur eut un regard noir pour les serviteurs présents. "Et si j'entends la moindre rumeur, je fais le ménage moi-même." Et dit avec la main sur l'énorme coupe chou que l'Empereur avait refusé de lâcher avec son ascension au trône, ça vous calmait un gaillard.

Les deux chefs de secte suivirent l'Empereur dans son étude privée. Il se laissa lourdement tomber sur une pile de coussin avant d'inviter les deux hommes à s'installer aussi. Il fit chauffer de l'eau lui-même sur un vieux réchaud de campagne et leur passa des tasses en métal qui avaient dû passer bien longtemps à rebondir sur le cul d'un cheval au point d'en avoir pris la forme et la couleur. Il était peut-être l'homme le plus puissant de l'Empire mais il avait commencé en courant sur le champ de bataille à huit ans pour récupérer les flèches, comme tous les autres nabots de son âge. Il avait encore du mal à se faire servir en permanence.

"- Avant que je vous envois avec des soldats et une partie de vos hommes faire du ménage, qu'est-ce que vous me faites tous les deux ? Vous vous comportez comme des ados amoureux."

Les deux cultivateurs eurent toutes les difficultés du monde à ne pas rougir. C'était une chose de se laisser aller dans le Temple où tout le monde était au courant et s'en fichait plus ou moins tant qu'ils ne se bécotaient pas sous leur nez (ou trouvait ça mignon), s'en était une autre de se faire remonter les bretelles par l'Empereur lui-même parce qu'ils étaient un peu trop proches.

L'ancien militaire ajouta une goutte d'alcool de prune dans son thé.

"- Je ne sais pas si je dois être irrité, dépité ou résigné."

"- Majesté ?"

"- J'espérai bien vous faire épouser deux ou trois de mes cousines à chacun." L'horreur absolue sur le visage des deux hommes n'eut pas besoin de traduction. "Si je fais ça je n'aurais pas besoin de m'inquiéter de mon prochain repas, c'est ça ?"

"- Nous ne vous menacerions jamais, Majesté."

"- Non, vous agiriez. C'est pire. Pas comme ce ramassis de serpillères inutiles que je suis obligé d'appeler une cour." L'écœurement était palpable. "Plus sérieusement messieurs. Je suis un militaire avant tout. Ce que vous faites de votre temps libre et avec qui ne regarde que vous. Soyez discrets, c'est tout ce que je vous demande. Et mettez un frein sur le maquillage."

"- Le maquil…."

Boya se tourna vers QingMing en même temps que le Yin Yang Shi se tournait vers lui.

Un soupir échappa au maitre du nord qui hocha la tête. Un grognement échappa au chef du Temple local. Une interrogation passa dans les yeux du demi-démon à laquelle Boya répondit d'un haussement d'épaules.
Une vraie conversation silencieuse se déroulait sous le nez de l'Empereur sans qu'il s'en saisisse le contenu.

"- MESSIEURS ! Parlez avec des mots ! Je suis là." Les voir se comprendre d'un regard aussi facilement était flippant. Et ils ne se connaissaient que depuis quelques mois ! Ce serait quoi dans dix ans…ou dans trois siècles ?"

"- Pardon votre Majesté. C'est juste que ce n'est pas du maquillage."

L'Empereur regarda les deux prêtres, sa tasse de thé vide puis soupira. Il la remplit complètement d'alcool, se l'envoya derrière la cravate puis se reprit une tasse de thé pour tasser l'alcool. Il allait devoir manger un truc s'il ne voulait pas finir avec une migraine dans peu de temps.

"- Allez-y, je suis prêt."

"- Disons que nous n'avons pas été totalement exhaustifs dans nos rapports sur les éléments avec le Serpent ?"

"- ….Vous croyez qu'une seule flasque d'alcool va suffire ou j'en redemande ?"

"- Majesté…"

"- Poursuivez, poursuivez…"

QingMing prit sur lui de rajouter les quelques éléments qu'ils avaient passé sous silence jusque-là : Zhuque, le lien de shishen entre eux, Zhuque qui vivait dans Boya, QingMing qui pouvait les invoquer tous les deux…

L'Empereur se frotta le visage des deux mains.

"- Si je résume, basiquement, à vous deux vous pourriez potentiellement contrôler ou détruire toute la Cultivation de l'Empire." Et prendre le contrôle de l'Empire aussi. La blague de Boya avec du sang Impérial n'était plus si drôle tout soudain.

"- C'est une façon de voir. Mais je crois que nous avons assez de problèmes comme ça sans en rajouter."

Boya approuva.

"- Elever mes shidi me prends déjà bien assez de temps et d'énergie comme ça, sans que j'ai envie de me rajouter des problèmes." Tant qu'il pouvait chasser, s'occuper de sa secte et passer du temps avec son partenaire, ça lui suffisait. Zhuque déteignait un peu pour certaines choses.

L'oiseau-gardien avait tendance à lui faire simplifier et rationnaliser son rapport au monde. C'était très bien de se mettre la rate au court-bouillon pour quelque chose qui ne vous concernait pas et sur lequel vous n'aviez aucune prise mais ça ne servait pas à grand-chose. Se concentrer sur le moment et le lieu présent était bien plus efficace et moins fatiguant.

L'ancien militaire voyait surtout les avantages et les inconvénients de la situation.

"- Je vois…" L'Empereur se laissa aller dans ses coussins, les yeux mi-clos, à observer les deux hommes.

Il y avait une tension vis-à-vis de lui, évidement, mais une décontraction totale entre eux. Il n'avait jamais pensé qu'il serait de son intérêt de se mettre les deux prêtres à dos et le pensait encore moins à présent. Ils pouvaient être ses meilleurs alliés comme son pire cauchemar. Au pire, il les voulait neutre pendant son règne. Ils lui survivraient largement de quelques siècles, qu'ils ne lui mettent pas de bâton dans les roues et il serait content. Ce ne serait pas très compliqué d'obtenir ce résultat. Ils n'étaient sensibles ni à la flatterie ni à la manipulation, il lui suffirait de leur ficher la paix à eux et à leurs sectes.

"- J'aimerai voir ce que ça donne à l'occasion. Mais pour l'instant, nous allons gentiment oublier que je suis au courant de tout ce dont nous avons parlés jusque-là. Soyez discrets pour le reste et tout se passera bien. Pour en revenir notre histoire de maitre chanteur. Où est ma fille ?"

"- Elle est à l'abri dans une de mes propriétés avec sa mère sous la garde de deux de mes shishen. Personne ne les trouvera là." Rassura le Yin Yang Shi

"- Elles seront relocalisées sur une petite ile du sud. Elles ne peuvent rester à la capitale ou dans leur ancien village."

QingMing inclina la tête.

"- Elles seront prêtes à gagner leur nouvelle résidence sur vos ordres."

Honey Bug était déjà en train de s'agiter autours de la mère quand il partait et Killing Stone avait d'autorité prit le bébé dans ses bras pour le cajoler et refusait de le passer à Honey Bug. QingMing était sûr qu'il y avait une histoire sous-jacente à la réaction de son jeune shishen. Il lui en parlerait s'il voulait. La naissance d'un démon comme lui était toujours la conséquence d'une souffrance extrême. Killing Stone ne faisait pas exception à la règle. Snow Hound et Mad Painter lui avait racontés leur histoire, peut-être que Killing Stone le ferait quand il se sentirait assez à l'aise avec lui.

"- Parfait. Vous réquisitionnerez les hommes et le matériel dont vous aurez besoin, mais je veux que cette menace soit totalement éliminée au plus vite. Faites le nécessaire. Laissez les soldats nettoyer les humains, occupez-vous de ce démon et faites attention à vous. Je peux me passer de quelques soldats, pas de mes deux prêtres préférés."

Les deux chefs de secte s'inclinèrent.

"- A vos ordres."

Puis un petit sourire un rien vicieux apparu sur le visage du quinquagénaire.

"- Et si un jour vous comptez porter du rouge, prévenez-moi. Je veux être au premier rang des invités"

"- MAJESTE !"