Chapitre 18 : "Interlude & Benedicamus Domino "

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Ils étaient vivants.

La chose avait pourtant été assez mal engagé depuis le début.

Ils étaient vivants et leurs blessures étaient somme toutes assez légères.

Ho bien sûr, Boya avait une jambe cassée, une coupure de la pointe de la hanche jusqu'au genou, une autre qui lui barrait le torse en diagonale et une infinité de petites coupures et perforations un peu partout.

QingMing avait une fois de plus failli se faire éventrer, son bras droit était cassé en trois endroits, il avait une épaule et quatre doigts démis en plus d'une bosse de la taille d'un œuf de pigeon sur le crâne.
Mais avec l'adrénaline, aucun des deux ne s'étaient rendu compte à quel point ils étaient amochés.
A présent en sous-vêtements, allongés dans des lits, sous une couverture, à dorloter une tasse de thé décontractant, ils avaient l'impression d'être lentement essorés dans un sens, puis dans l'autre.

"- QU'EST-CE QUI S'EST PASSE ?" L'arrivée brutale de l'Empereur au point d'en sortir les portes coulissantes de leurs rails fit sursauter les deux hommes et glapir le nouveau shishen qui se cacha derrière la tête du lit de son maitre. Leurs tasses de thé volèrent et Boya chercha immédiatement son épée posée à quelques mètres de lui sur une table.

"- Majesté."

"- Mais ne vous levez pas, imbéciles !" Les deux fashi avaient eu le même reflexe de quitter leur lit. "Physicien !"

Le chef des guérisseurs qui les avait pris en charge galopa jusqu'à l'Empereur pour s'incliner servilement plusieurs fois, totalement effaré par le taureau en pleine charge qui venait de débarquer dans la chambre des deux blessés avec la délicatesse d'une armée à l'attaque.

Deux serviteurs se ruèrent sur les deux fashi pour récupérer les tasses cassées et renversées pour les remplacer.

"- Majesté."

"- Leur état ?"

"- Rien de vraiment grave, Majesté. Quelques membres cassés et démis, d'impressionnantes coupures, mais rien qui ne sera guérit dans quelques jours pour deux puissants cultivateurs comme eux." Pour des vrais humains en revanche, ça aurait été nettement plus tendu question survie sans séquelles.

L'Empereur grogna de soulagement. Il s'assit lourdement sur la chaise qu'on lui apporta au pas de course.

"- Rapport !"

Boya se chargea de faire le rapport circonstancié. Sa secte lui avait appris à le faire. Il se concentrerait plus facilement sur les éléments factuels et pertinents que QingMing qui s'intéresserait plus aux morts et aux destructions.

Après une bonne heure de question-réponse, L'Empereur les foudroyait du regard.

"- Je vous envoie tuer une mouche et faire ami-ami avec un Seigneur et vous me tuez le Seigneur et ramenez une mouche. Tss"

"- Majesté ! Ce n'est pas notre faute !" Protesta le demi-démon que la fatigue rendait ronchon et boudeur. Il était déjà remarquable qu'il retienne encore ses oreilles et ses queues. Elles le démangeaient affreusement de sortir.

"- C'est quand même la flèche de Boya-Daren qui est entre ses deux yeux. Est-ce que au moins vous avez pensé à la récupérer ?"

"- …. Non." La voix de Boya était lugubre et honteuse. Il n'y avait effectivement pas pensé. La liste de ses fautes s'allongeait de minutes en minutes.

Un petit portail doré de la taille d'une paume s'ouvrit devant QingMing malgré son épuisement. Il passa la main à l'intérieur, tira comme un sourd jusqu'à ce qu'un bruit dégoutant d'os râpé se fasse entendre et referma le portail.

"- Problème réglé." Marmotta-t-il en laissant tomber la flèche sur la couverture.

"- … Un jour, j'aimerai connaitre les vraies règles qui sous-tendent l'utilisation de ces portails." Pesta l'Empereur. L'explication qu'il en avait eu lui semblait au mieux fumeuse, au pire mensongère.

"- Le cadavre était encore à l'endroit où il est tombé."

Donc on avait laissé le corps dans la poussière de l'arène sans s'en soucier. Depuis plus de six heures.
Finalement, le Trône n'avait peut-être pas autant de problèmes que ça.

"- Mouai. Ça ne se présente peut-être pas si mal… Pour l'instant, je vous interdis de parler de ce qui s'est passé. Vous y étiez mais sans être impliqués. Au pire, vous avez assisté à la chose de loin."

"- Bien Majesté."

"- Remettez-vous vite. Rentrez chez vous dès que possible. Et reposez-vous le temps nécessaire ! Faites-vous un peu oublier tant qu'à faire." L'Empereur était perdu dans ses pensées à planifier son prochain mouvement.

"- Majesté ?"

L'Empereur paru surpris d'être rappelé par le chef de JingYun.

"- Mes vœux de chasseur de démon m'empêchent de tuer des humains. J'aurais dû déférer le Seigneur Han à votre justice."

L'Empereur grogna. D'accord. S'il était stupide, il aurait eu la possibilité de faire exécuter le chef de secte pour avoir trahis son serment.

"- Et la justice de l'Empire a été servi par vos actes. Je ne vois aucune rupture de serment."

La tension dans les épaules du fashi disparue lentement.

"- Merci de votre générosité Majesté."

L'Empereur eut un rapide signe de tête. Il quitta l'infirmerie pour laisser les deux hommes se reposer.

Hei Feng se sortit de l'arrière du lit pour venir se rouler en boule contre la hanche de son maitre qui perdit ses doigts dans ses cheveux à les caresser gentiment pour le calmer.

"- Il fait peur." Murmura le jeune shishen.

Tout le coté du lit se perdait dans ses ombres mouvantes et fluides. Un pseudopode d'ombre s'écarta soudain pour rapporter la théière et resservir les deux humains lorsque les tasses neuves furent vides.
Boya renifla avec amusement. Le petit shishen lui rappelait ses shidi à être tout timide et inquiet comme ça. Et pourtant, malgré ses yeux fermés, il était sur le qui-vive. Sinon, il n'aurait pas vu pour leurs tasses.

"- Physicien !"

Le guérisseur se précipita une fois de plus. Ses deux patients devraient être morts. S'ils étaient des humains normaux, ils le seraient sans doute ou au moins, au bord du coma à cause de la douleur et de la perte de sang. Mais encore une fois, c'étaient des cultivateurs. Ces animaux là pourraient sans doute se recoudre un bras s'ils se le faisaient couper.

"- Ça ne va pas ? Des douleurs ?"

"- On peut partir ?"

"- QUOI ? Vous n'êtes pas en état !"

QingMing était déjà en train de se lever après avoir fait descendre son nouveau servant du lit qui se précipita pour récupérer les robes de son maitre et l'aider à les enfiler.

"- Boya, Au Temple ou à la Maison ?"

"- Maison. Si tu peux envoyer un message au Temple après."

"- Evidement."

"- Non ! Vous ne pouvez pas partir ! Attendez !" Le pauvre guérisseur paniquait allègrement. S'il arrivait quelque chose à ses patients, il y risquait sa tête !

"- Nous avons un guérisseur à domicile. Ne vous en faites pas." Ils se sentaient déjà mieux. Morts de fatigue, mais mieux.

"- Messieurs ! s'il vous plait !"

Hei Feng récupéra les vêtements de Boya après avoir fini avec son maitre et l'aida à son tour à s'habiller malgré leur gêne à tous les deux et la timidité du jeune shishen. Se faire remercier le fit rougir affreusement. D'habitude, personne ne remarquait même son existence.

Le portail doré s'ouvrit, les trois hommes s'engouffrèrent dedans malgré les cris du guérisseur du palais qui ne savait pas comment expliquer la fuite de ses malades à l'empereur s'il demandait.

Un énorme soupir de soulagement échappa aux deux chefs de secte.

Ils étaient à la maison.

"- Maitre QingMing ! Maitre Boya ! HO PAR LE GRAND PISTIL !" Honey Bug se précipita pour trouver de l'aide. "KILLING STONE ! MAD PAINTER !" A cette heure-ci, Snow Hound donnait son repas à Ye HuoHua.

Les deux shishen se précipitèrent. Le même coassement échappa aux deux esprit gardiens devant l'état de leur maitre et de leur frère.

"- Maitre ! Qu'est ce qui s'est passé !"

Sans leur demander leur avis et malgré les protestations, Boya et QingMing se retrouvèrent immédiatement chargés dans les bras des deux shishen et portés au pas de course jusqu'à la tanière de leur maitre.

Effrayé et perdu, Hei Feng suivit sans trop savoir quoi faire jusqu'à ce que Honey Bug se rende compte de sa présence.

"- Bonjour ? Tu es nouveau ?" Le jeune shishen hocha la tête. "Ha, Maitre QingMing doit se reposer mais je vais m'occuper de toi, d'accord ? Il ne faut pas avoir peur. Tu es avec des amis maintenant." Elle en avait vu tellement passer des petits nouveaux terrifiés…

Le sourire lumineux de la petite démone rassura un peu le démon d'ombre. Pour la première fois depuis longtemps, il ne tremblait pas comme une feuille. Il prit timidement la main qu'elle lui tendit et l'accompagna pour aller chercher le matériel de soin dont elle allait avoir besoin pour raccommoder les deux idiots.

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Il faisait chaud.

Boya avait toujours aimé la chaleur.

Sans doute parce qu'il faisait toujours froid entre les murs du Temple où il avait grandi.

Il avait passé toute son enfance à avoir froid jusqu'à ce que son Node doré s'allume. Après il avait été indifférent au froid même s'il aimait toujours la chaleur.

Zhuque avait été une satisfaction depuis qu'il l'avait avec lui. Le phénix le rôtissait agréablement de l'intérieur.

Depuis qu'il avait QingMing, il avait chaud à l'extérieur aussi.

Un énorme soupir de contentement lui échappa.

Son compagnon dormait dans ses bras, quelqu'un dormait dans son dos, il y avait d'autres qi connus autours d'eux…

Ils étaient à l'abri pour la première fois depuis des jours.

Il se rendormit profondément sans voir le soulagement sur le visage des autres Shishen.

Leur maitre et son compagnon dormaient depuis trois jours. Régulièrement, Honey Bug les réveillait pour leur faire avaler un bouillon épais pour les garder hydratés et leur donner de quoi guérir puis les laissait de se rendormir.

Après la première nuit de quasi-coma, c'étaient les cauchemars des deux hommes qui les avaient forcés à agir. Aucun des shishen ne savait ce qui avait forcé des traumatismes enfouis à remonter mais le résultat était là.

Ils ne les laissaient jamais seul. Quand ils s'agitaient trop, ils les rejoignaient dans la tanière pour les apaiser de leur présence et de leur qi et les cajolaient comme des petits enfants qu'ils n'étaient plus depuis très longtemps.

Petit à petit, les cauchemars s'étaient faits de plus en plus rares. D'ici le matin, ils pourraient sans doute les réveiller pour de bon au lieu de les laisser endormit grâce aux bouillons d'Honey Bug.

Caché dans un coin, le nouveau membre de leur petite famille n'avait pas voulu quitter leur maitre. Ils comprenaient son angoisse alors ils avaient laissé faire. Le pauvre gamin était terrifié par ses trois ainés. Il n'y avait bien qu'avec Honey Bug qu'il ne tremblait pas jusqu'aux os. La question de son utilité resterait en suspens tant que leur Maitre n'aurait pas repris conscience.

"- Comment vont-ils ?"

Snow Hound s'assit sur le bord de la tanière de son maitre, Ye HuoHua endormit dans ses bras. Le bébé était surexcité depuis le retour des deux hommes. Paradoxalement, cet énervement le rendait bien plus vivable. Il s'épuisait tout seul et faisait beaucoup plus la sieste. Au moins, quand il dormait il ne voletait pas partout.

"- Toutes leurs blessures sont refermées. Leurs os ressoudés, ils vont être raides deux ou trois jours mais d'ici une semaine, tout ça ne sera plus qu'un mauvais souvenir." Rassura Honey Bug.

Elle servait de guérisseuse depuis des années pour leur maitre mais ce n'était que la troisième fois qu'elle le voyait aussi amoché. Et uniquement depuis qu'il connaissait le maitre de l'Est.

Il y avait là comme une certaine répétition qu'elle n'appréciait pas vraiment. Avant, ses blessures provenaient parfois de mauvaises rencontres lors de ses chasses nocturnes ou de ses explorations diverses et variées. Le plus souvent, ses blessures étaient dues a la cruauté de sa secte. Cela, au moins, avait disparu. Mais elle était quand même inquiète pour leur maitre. Avant, elle trouvait qu'il ne se mêlait pas assez aux gens. Maintenant, elle aurait aimé qu'il s'en mêle beaucoup moins. Quand il ne fréquentait qu'eux, il ne revenait pas cabossé de partout tous les deux jours.

Un gros soupir lui échappa. Si elle était contente de voir leur maitre avec un ami de cœur, et encore, elle était de plus en plus persuadée qu'ils étaient des âmes sœurs, les ennuis s'accumulaient beaucoup trop à son gout.

Elle était déterminée à les garder à la Maison le temps nécessaire à ce qu'ils soient en pleine forme et non le minimum syndical pour qu'ils retournent se faire cabosser. Si elle avait son mot à dire, elle se débrouillerait même pour qu'ils profitent de quelques vacances.

Mais pour ça, elle aurait besoin d'aide. C'est donc déterminé qu'elle alla écrire aux Temples de ses deux idiots et qu'elle porta elle-même les lettres aux premiers disciples de chacun.

En tant que physicien des deux hommes, elle les mettait à l'arrêt deux mois, sauf urgence, même l'Empereur devrait se passer d'eux !

Puis elle informa les autres shishen de sa décision. S'ils approuvèrent, ils furent un peu surpris qu'elle soit aussi vindicative.

"- Viens avec moi Hei Feng ! je ne sais pas ce que QingMing Daren veut que tu fasses, mais pour l'instant, tu vas te familiariser avec la Maison !" Remontée comme elle l'était, personne n'aurait osé la contredire. Probablement même pas leur maitre.

Le jeune démon hésita un instant puis bondit sur ses pieds pour la suivre

"- Et il va falloir te trouver une chambre et une garde-robe ! Tu ne peux pas garder ces haillons !"

Killing Stone se mit à glousser, bien installé dans la tanière en cuillère dans le dos de Boya. Il avait eu droit à la même chose à son arrivée. Ces premiers jours avec tout le monde aux petits soins pour lui pour qu'il se sente bien accueillit, avec tout ce dont il avait besoin, lui paraissaient soudain bien loin mais il les chérirait toute sa vie.

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Mad Painter fit un soudain bond en arrière et se plaqua contre le mur, juste à temps pour éviter la collision avec le grand renard blanc dégoulinant d'eau qui venait de partir en luge sur les fesses dans le couloir, se cogner dans le mur en face, tourner et repartir à fond de train dans un autre couloir.

"- Où est-il ?"

Trempé comme une vieille serpillère, pieds et torse nus et le bas de son pantalon remonté aux genoux, un pain de savon encore moussant à la main, Boya glissa lui aussi sur le parquet. Il s'arrêta grâce au coin du mur qu'il attrapa au vol.

"- Il se dirigeait vers les cuisines."

Le maitre de secte jura. Il prit un autre couloir, bien décidé à coincer son compagnon dans un coin et finir de le laver. Il lui avait promis de s'occuper de sa forme complète et comptait bien le faire. Mais pour lui huiler le poil et les coussinets, il fallait bien qu'il soit propre à la base.

Le shishen soupira. Depuis trois semaines qu'ils étaient réveillés, les deux hommes avaient retrouvé une forme olympique.
Ils avaient été un peu surpris mais très heureux de savoir que leur maitre avait montré sa forme complètement démoniaque au chasseur de démon et plus encore de voir que Boya avait accepté la chose sans drame.

Ils avaient été extatiques de trouver dans le vaisseau de Zhuque un allié naturel pour forcer leur maitre à prendre davantage soin de lui-même.

Ce qu'ils n'avaient pas prévu, c'était à quel point QingMing adorerait embêter son partenaire. Le voir fuir le toilettage n'était pas une première. Comme le voir abuser du vin le soir jusqu'à ce que Boya y mette le holà pour lui. Voir, grimper aux arbres pour récolter des pêches, manquer se tuer en tombant pour être rattraper à la dernière seconde par son compagnon mort d'inquiétude et se faire hurler dessus parce qu'il prenait des risques idiots.

QingMing tentait de voir jusqu'où il pouvait aller trop loin avant que Boya n'explose pour de bon. Il connaissait son peu de patience ordinaire. Le voir lui passer à peu près tout était à la fois exaltant et un peu inquiétant.

"- HA !"

Le couinement du renard fit sourire Mad Painter. Le voir suivre Boya qui le tenait par l'oreille, piteux comme un chiot, le fit rire à pleine gorge.

Le grand renard suivit son partenaire en chouinant jusqu'aux bains pour sauter dans le grand bassin sur un geste péremptoire du tueur de démon. Boya sauta dans l'eau près de lui pour reprendre son savonnage énergique.

Mad Painter avait suivi pour voir ce qu'ils trafiquaient.

"- Ne lui mettez pas d'eau dans les oreilles, Boya Daren. Il risque une otite autrement." Et entendre leur maitre pleurnicher pour ça, ils en avaient soupé les deux fois où c'était arrivé.

Le yin yang shi avait peut-être presque la quarantaine, mais il chouinait comme un gamin quand il était malade. A sa décharge, avec sa cultivation, il fallait vraiment que le virus ou la bactérie soient de compétition pour qu'il tombe malade. S'il avait eu trois rhumes sans sa vie, c'était le bout du monde. D'où les drames cosmiques quand il était souffrant. Des membres cassés et des hémorragies internes ? il gérait. Les sinus pris, la gorge douloureuse et de la toux ? il était forcément mourant.

Boya fit attention en versant l'eau chaude sur la tête du grand renard.

"- Tu vas me laisser faire et regarder ?" Taquina un peu le fashi en grattant vigoureusement le dos de QingMing qui se mit à taper de la patte arrière lorsqu'il s'acharna sur un point précis de sur le coté de sa colonne vertébrale.

"- Absolument, Boya Daren. Je l'ai assez fait quand il était petit et qu'il perdait de la bourre par kilo au changement de saison. Mais je peux aller vous chercher les cardes pour le brosser après le bain."

"- Je t'en serais reconnaissant."

"- Vous savez que je ne suis pas un chien de manchon hein. Je peux encore tenter de vous noyer." Protesta le yin yang shi.

"- Fais ça et tu dormiras tout seul pour les dix prochaines nuits."

Le grand renard se coucha dans l'eau pour que Boya puisse plus facilement le rincer.

Mad Painter éclata encore de rire.

Le chef de la secte Est le contrôlait tellement bien. C'était adorable.

Il s'excusa le temps d'aller chercher les brosses et deux grands sacs. Le temps qu'il revienne, QingMing s'était ébroué dehors et attendait patiemment d'être brossé.

"- Mettez les poils morts dans les sacs." Demanda Mad Painter en donnant une brosse à Boya. Il n'était pas un monstre. Vu la taille du bestiau, il allait aider.

Timide comme un chaton, Hei Feng sortit des ombres pour proposer son aide. Son maitre ne lui avait toujours pas donné de fonction précise mais lui avait ordonné de s'habituer à la Maison, de faire connaissance de ses membres et d'essayer de participer à la vie commune. Avec un peu de chance, il y trouverait une place et une fonction. Pour l'instant, il aimait surtout rester au calme à la bibliothèque. Il ne savait pas lire évidement, mais les autres shishen se relayaient pour lui apprendre. Ca sidérait toujours le jeune démon que quelqu'un prenne de son temps pour l'aider et lui apprendre des choses sans être forcé.

"- Je peux aider ?"

Mad Painter lui montra la boite de toilettage.

"- Prends une brosse. Et toujours dans le sens du poil."

Il ne fallut pas longtemps pour que la langue du renard dégouline en mirliton du coté de sa gueule de contentement béat. Lorsque sa fourrure fut enfin sèche, Boya huila abondamment son poil de couverture, puis massa longuement ses coussinets jusqu'à ce que l'huile ait bien pénétrée les craquelures. Malgré tout ce qu'il avait pu en protester, QingMing se sentait choyé comme jamais au point d'en ronronner bruyamment.

Mad Painter était satisfait. Leur maitre s'était remplumé sous cette forme. D'ici quelques semaines, il aurait une épaisseur normale et des muscles suffisants s'il continuait à aller chasser régulièrement. Le voir avec un daim dans la gueule avait été un choc pour le shishen. Leur maitre savait se servir de ses doigts (enfin, ses crocs) pour assurer sa subsistance ? Il avait sans doute eu une tête assez proche de celle d'un chat a qui son maitre apporte un poisson après des années passées lui apporter des souris pour lui faire comprendre à quel point il était un chat inférieur.

"- Merci de vos bons soins, Boya Daren."

Boya soupira. Combien de fois leur avait-il demandé d'être moins cérémonieux avec lui ?

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"- SNOW HOUND !"

Le shishen ailé baissa les yeux vers Boya. Le chef de secte avait gentiment accepté de garder son poussin pendant qu'il aidait son frère à faire la récolte de fruit du mois. Evidemment, Killing Stone avait immédiatement parié sur le temps qu'il faudrait avant que le vaisseau ne craque nerveusement.
Ça avait pris quatre heures.

"- Honorable." Murmura Killing Stone du haut de son arbre.

Il jeta une dernière pêche dans le seau que tenait le tengu avant de descendre des branches avec l'aisance d'un écureuil. Il récupéra le seau des mains de son frère au passage pour le laisser en tête à tête avec le fashi.

"- Je vais les apporter à Honey Bug !" Elle avait promis de faire une tarte pour le diner.

Snow Hound se posa devant Boya.

"- Que se passe-t-il, didi ?" Il était le seul à réellement considérer Boya comme un petit frère et à se permettre de l'appeler comme tel. Petit à petit, il l'adoptait comme il avait adopté QingMing.

Le chasseur lui mit son dizi sous le nez.

Le shishen haussa un sourcil.

"- …C'est un dizi ?"

"- Le bout."

Snow Hound prit l'instrument pour l'examiner sans comprendre. Il passa ses doigts sur le corps de la flute.

"- …Elle est abimée ?"

Boya la lui arracha des mains et la tint au-dessus de sa tête. Moins de vingt secondes plus tard, Ye HuoHua voletait de toute la force de ses ailes trop longues pour se jeter sur la flute, l'entourer de ses bras et de ses jambes et en mordiller le bout.

"- …il fait ses dents. Sur MA flute." Le ton du chef de secte était lugubre.

Snow Hound dut fournir un effort de bouddha pour ne pas éclater de rire.

"- Je suis désolé, Boya-didi. Je ne sais pas trop comment lui faire comprendre qu'il ne doit pas le faire."

La flute était en bambou laqué. Elle restait froide, dure mais un peu moelleuse en même temps. Idéale pour les dents en train de sortir d'un bébé.

Le chef de secte soupira, grommela mais ne pouvait pas engueuler le petit. Pas avec ce grand sourire baveux heureux de vivre qu'il lui lançait dès qu'il lui parlait. Il avait surtout envie de lui faire des prouts sur le ventre pour le faire hurler de rire quand il changeait sa couche.

Ronchon, le fashi récupéra le morveux sous son bras comme un sac pour rentrer dans la Maison.

Snow Hound le laissa faire. Boya avait laissé sa flute au bébé quand même.

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Les deux hommes regardaient la liste de course longue comme le bras que Honey Bug leur avait donné en arguant qu'il fallait qu'ils se réhabituent aux gens.

Ils n'avaient pas fait remarquer que c'était ELLE qui leur avait imposé deux mois de vacances mais n'en pensaient pas moins.

Enfin, la question n'était pas là. Elle était qu'ils avaient été lâchés avec leur liste longue comme un jour sans pain, sans supervision adulte et une bourse bien remplie.

Ce n'était pas la meilleure idée du monde.

Boya avait immédiatement vu la petite étincelle joueuse dans les yeux de son compagnon. Le pire était sans doute qu'il devait en avoir une identique dans les siens. A les traiter comme des gamins pas sages comme le faisait Honey Bug, ils allaient forcément finir par se comporter comme des gamins pas sages. Ils n'étaient que des hommes après tout. Être adulte et responsable, c'était très surfait quand ils n'avaient pas leurs responsabilités sur le dos pour les écraser. Ce n'était pas pour rien que Snow Hound et Mad Painter s'identifiaient résolument comme les deux seuls mâles adultes responsables de la Maison du Lac. Le pire était sans doute que personne ne leur disputait cette constatation.

Pas même le maitre des lieux et son compagnon.

"- nous n'avons même pas distribué ce que nous avons acheté au village avant nos vacances." Réalisa soudain Boya en payant pour une grosse bouteille de sauce de poisson qu'il passa a QingMing

Le demi-renard la posa sur le comptoir de la cuisine via un portail avec le plus grand naturel. Toute la Maison avait l'habitude de voir des portails sortir de nulle part de toute façon.

"- J'ai totalement oublié aussi avec toutes ces aventures. Il faudra les distribuer ce soir.

Boya raya une ligne de la liste avec un petit tube de charbon.

Les deux hommes firent lentement le tour du marché jusqu'à rayer la dernière ligne.

C'est presque avec surprise qu'ils s'installèrent à la terrasse d'une maison de thé pour s'humidifier les amygdales. Il n'y avait pas eu de catastrophe, personne ne leur avait sauté sur le râble, ils avaient tout trouvé...

C'était louche.

Surtout vu les catastrophes qui leur tombaient dessus dès qu'ils mettaient le nez dehors.

"- Cette petite sortie annonce la fin des vacances." Soupira soudain QingMing

Et plus que la fin des vacances, leur séparation. Vivre l'un sur l'autre depuis des semaines avait été un bonbon sur la langue. Ils avaient enfin pu prendre le temps d'apprendre à se connaitre physiquement un peu mieux, de découvrir ce qu'ils aimaient ensembles et lorsque la gêne était trop grande, ils reprenaient les bonnes habitudes avec une feuille et un pinceau. La dynamique fonctionnait parfaitement pour eux. QingMing gardait précieusement la moindre lettre reçue. Elles avaient toutes une grande valeur sentimentale pour lui. C'était la preuve physique que quelqu'un pouvait l'aimer et inversement. Quand il serait à nouveau seul, un jour, il aurait au moins ce souvenir.

Il n'était pas cynique, juste résigné. Il lui faudrait encore du temps pour accepter que leur relation puisse réellement durer.

Comme son compagnon doutait tout autant que lui, il se sentait moins seul.

De ca aussi ils avaient discuté sur papier. Un peu. Il y avait des angoisses qu'il leur était encore trop compliqué d'exprimer. Sans doute parce qu'ils se refusaient à les accepter.

"- Au fait, où sommes-nous ?" C'était le problème avec la Maison. Elle n'était pas vraiment où que ce soit. A force d'être nulle part, ils en sortaient n'importe où.

"- A l'Ouest de la capitale. A environ 500 li. Un peu plus de cinq jours de marche"

"- Tu as énormément exploré." Boya ne savait pas si c'était une bonne ou une mauvaise chose.

"- Quand je partais en chasse ou en mission, il n'y avait personne pour me cracher dessus, me frapper ou tenter de me pousser dans les escaliers."

Une mauvaise chose donc.

"- J'imagine que ton maitre ne te retenait pas"

"- Mon maitre...Ne m'a jamais vraiment compris. Il a fait de son mieux mais je ne lui ai pas simplifié la vie non plus." Tout n'était pas à mettre sur le dos de Zhong Xing non plus.

QingMing avait été une petite teigne hargneuse quand il voulait. Et surtout renfermé comme une huitre. C'était compliqué de le faire parler de lui-même. Il l'était toujours mais ça se voyait un peu moins. Son maitre n'avait jamais vraiment compris que derrière ses pointes d'humour et ses sourires, il y avait quelqu'un devenu profondément indifférent à tout le monde à part ses shishen. Qu'il n'ait pas comprit d'où venait son problème avec le bouclier était sans doute l'appel au secours qu'il n'avait pas entendu qui avait le plus blessé l'enfant pendant qu'il grandissait puis l'adolescent et enfin le jeune homme. Ou alors son maitre avait parfaitement compris mais n'avait rien voulu ou su faire. Des deux, QingMing ne savait pas ce qui le blesserait le plus s'il avait une réponse.

Un petit soupir lui échappa. il avait dit à Wen Zhu qu'il n'avait rien à dire à son maitre. A mesure que sa relation avec Boya prenait de l'ampleur et le forçait à mettre le nez dans ses traumas autant que dans ceux de son compagnon, il commençait à penser qu'il s'agissait peut-être d'une erreur. D'ici quelques temps, il irait peut-être demander une audience au mânes de son maitre.

Qu'il accepte ou non de lui répondre serait en soit une réponse.

QingMing était presque sûr qu'il refuserait

Boya posa discrètement sa main sur la sienne. Ils étaient dehors, à la vue de tous. Il ne pouvait ni prendre son Partenaire sur ses genoux ni monter sur les siens pour lui changer les idées. Effleurer ses doigts des siens étaient bien la seule chose assez discrète pour qu'il puisse se le permettre.

"- Tu as l'air pensif."

"- La fin des vacances ne sera peut-être pas si dommageable finalement." Rester à ne rien faire à part se faire des papouilles avec son compagnon, c'était ben, mais ça forçait à réfléchir.

Ils finirent leur thé puis quittèrent le marché pour rentrer à la maison.

Aucune catastrophe, pas de problème...Cette sortie avait été étrange.

Ce qui l'était encore plus était sans doute de regretter qu'il ne se soit rien passée.

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Killing Stone reposa la minuscule pince qu'il utilisait pour replier les griffes qui retenaient le cabochon de jade sur l'anneau en argent repoussé. C'était une nouvelle technique qu'il n'avait jamais essayée. Hei Feng avait trouvé un rouleau qui en parlait dans la bibliothèque. Leur nouveau frère avait appris à lire à une vitesse folle. Il peinait un peu plus avec sa calligraphie à cause de ses mains tremblantes mais Mad Painter avait une patience à toute épreuve quand il s'agissait d'enseigner cet art. Surtout que Hei Feng faisait de véritables efforts ! Il était juste tellement terrifié de tout que même la voix douce et encourageante du vieux shishen le faisait trembler.

A force de lire tout ce qui lui tombait sous la main, le jeune démon d'ombre finalement avait trouvé un traité de joaillerie. Timide comme il l'était toujours, il l'avait apporté a Killing Stone au cas où il trouverait ca intéressant.

Killing Stone avait été ravi ! Suffisamment pour vouloir offrir son premier essai à ce nouveau frère si timide et si fragile. Il ne savait pas trop à quoi il pourrait servir mais peu importait. Il faisait partie de la famille maintenant. Au pire, il pourrait aider Honey Bug dans ses devoirs. Il était assez discret et minutieux pour ça.

Le jeune shishen posa son menton dans sa main. Sa vie avait tellement changé en moins de deux ans... voilà qu'il avait maintenant une famille, un rôle, une fonction et un but.

Avant, il végétait dans sa dépression, suicidaire, épuisé et perdu, le cœur en miette de ne pas parvenir à faire un deuil qu'il n'avait pas imaginé devoir subir et qu'il ne parvenait tout simplement pas à reconnaitre comme tel. Un démon ne pouvait aimer n'est ce pas ? Alors s'il ne pouvait aimer, il ne pouvait souffrir de la perte de cet amour ? Il avait été perdu si longtemps entre ce qu'il ressentait et ce que le monde lui disait qu'il devait ressentir qu'il s'y était perdu jusqu'à ce le monde le gifle en pleine figure. Ou lui transperce la cuisse. Au choix.

Il se leva soudain pour se mettre à la recherche du chef de JingYun.

Killing Stone le trouva finalement en train de somnoler à l'ombre, allongé contre le flanc de leur maitre sous sa forme complète de renard. Les cinq longues queues blanches lui servaient de couverture et l'épaule de QingMing d'oreiller.

La scène était paisible. Le qi qui les entourait était si doux que le shishen dut faire un effort pour ne pas se rouler en boule sur leurs genoux et participer à la sieste. Il savait qu'il y serait le bienvenu. L'homme qui haïssait les démons et avait voulu le tuer juste pour exister lui ferait sans la moindre difficulté une place près de lui pour qu'ils partagent la présence et la chaleur du maitre des lieux.

Resté sur la terrasse de la maison, assit par terre entre les jambes de Snow Hound qui avait passé ses bras autours de sa taille et posé son menton sur son épaule, Mad Painter griffonnait la scène avec un bâton de plomb sur une feuille épaisse. Le bébé dormait dans un petit couffin près d'eux, abandonné à une sieste comme il n'en faisait pas assez au gout de ses parents.

Boya ouvrit un œil lorsque le shishen s'approcha d'eux.

"- Hmmm ?"

Killing Stone s'inclina devant le chef de secte.

"- Je voulais vous remercier, Boya-Daren. QingMing-Daren"

Ca réveilla davantage le cultivateur aussi bien que son compagnon qui releva son museau de ses pattes.

"- Quand je suis allé volé le pipa conservé dans votre Temple, j'espérais mourir mais je n'avais pas le courage de me tuer moi-même." Killing Stone s'était assis à genoux devant le couple. "J'avais l'impression de ne plus rien avoir à perdre à part ma peine. Vous m'avez donné la chasse et je me suis rendu compte que j'arrivai encore à avoir peur. Que je ne voulais pas tant que ça mourir finalement. Lorsque vous m'avez harponné avec votre flèche, je crois que c'est à ce moment que j'ai réalisé que je ferais n'importe quoi pour vivre encore quelques minutes. Surtout après que QingMing-Daren m'ait donné le droit d'aimer. C'était la première fois qu'un humain me donnait ce droit. C'était la première fois qu'on me reconnaissait mon existence comme autre chose qu'un animal à abattre ou un parasite à éliminer." Sa musicienne, ce n'était pas la même chose. Elle l'aimait. Là, c'était un inconnu total. Un inconnu qui aurait dû le tuer comme les autres.

Killing Stone se prosterna en kowtow quelques secondes devant le couple.

"- Merci à vous deux de m'avoir rendu ma vie."

Il se leva et retourna à sa bague. Il avait un petit frère à gâter.

Il ne vit pas l'expression de profonde fragilité mêlée de culpabilité sur le visage du tueur de démon.

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Les vacances étaient finies.

Chacun était attendu dans sa secte dans la matinée.
Si ces deux mois de repos avaient été salutaires, les deux hommes rechignaient à remettre le collier. Plus exactement, ils rechignaient à se séparer. Retrouver un lit froid et vide allait être de la torture après deux mois à profiter de la présence de l'autre tous les soirs.

Le sexe aussi manquerai, évidement, mais moins que la simple compagnie. Tout au moins pour le tueur de démon. Sa libido progressait, mais elle n'avait encore rien à voir avec celle de son partenaire. Heureusement que le demi-démon était aussi patient que compréhensif.

Ils profitaient néanmoins de leurs dernières heures de calme de la plus délicieuse des façons.

Allongés dans l'un des bassins chauds de la maison, ils reprenaient leur souffle après une étreinte tout en douceur. Comme toujours, QingMing laissait Boya le faire sien. Ca ne le dérangeait pas de ne pas échanger. Lorsque son compagnon en exprimerait le désir, il ne dirait pas non. Mais pas avant. Même s'il l'y encourageait subtilement, il refusait de lui mettre la pression. De son point de vue, ce n'était pas un dû, c'était un cadeau.
Il savait que Boya avait eu d'autres amants et qu'il lui était arrivé d'être celui qui était sur le dos. Il n'avait pas posé de question sur d'éventuelles maladresses ou pire, mais le mieux qu'il pouvait encore faire était de lui prouver que c'était jouissif. Son manque de retenue personnelle quand Boya le faisait sien était probablement le meilleur outil pour finir par convaincre son compagnon de le laisser l'aimer à son tour. Heureusement la crise de violence et de panique de Boya ne s'était jamais reproduite.

"- Tu réfléchis." Se plaignit Boya.

Bien installé entre les jambes de son compagnon, son dos contre son torse, il se laissait mordiller le cou et les épaules avec une certaine délectation. En deux mois, il avait appris à ne pas laisser sa cultivation guérir les morsures aussi vite qu'elles le devraient. Il aimait ces marques et voulait les conserver le plus longtemps possible. Avec leur séparation forcée, il éprouvait même le besoin de les avoir.

"- Tu vas me manquer." Soupira QingMing en mordant encore à sang la nuque de son partenaire. Il lécha la plaie jusqu'à ce que le sang arrête de couler.

"- Tu sais que j'ai toujours le talisman que tu m'as donné hein ? je peux rentrer tous les soirs si je veux."

"- Mais nous avons des devoirs tous les deux."

Être raisonnable. Cette plaie d'être adulte et d'exercer des responsabilités. L'un comme l'autre savait qu'ils auraient de la chance s'ils se revoyaient avant deux semaines au moins.

Réapprendre la distance allait être douloureux.

QingMing tendit le bras derrière lui pour prendre le rasoir qu'il avait préparé ainsi que le pain de savon. Il avait obtenu de Boya qu'il le laisse s'occuper de lui pour cette dernière matinée de liberté et comptait bien en profiter.

Boya ferma les yeux lorsque son compagnon couvrit le bas de son visage de savon. La tête appuyée sur son torse, il était parfaitement détendu quand le coupe-chou s'approcha de sa gorge pour le raser lentement. Si QingMing devait le couper ce serait une volonté délibérée de sa part, avec une raison pour se faire.

Le demi-renard prit son temps. Comme Boya avait pris le sien pour brosser ses queues jusqu'à le faire s'endormir, il le rasa de prêt plus efficacement que tous les serviteurs qu'il avait pu avoir avant qu'il ne s'en charge.

Lorsqu'il eut enfin fini et que le feu du rasoir eut été apaisé avec une lotion de la fabrication de Honey Bug dont Boya comptait bien récupérer une bouteille, QingMing l'embrassa gentiment.

"- Tu es tout doux comme ça."

"- Dommage que ça ne dure pas. Et je pourrais m'y habituer." Comment pouvait-il ne pas vouloir ses mains sur lui ?

"- Dois-je noter cela comme une de mes prérogatives lorsque nous sommes ensembles ?"

Boya fit semblant d'y réfléchir un instant.

"- Hmmm. Je crois que ce serait agréable en effet."

QingMing se pencha sur lui pour l'embrasser encore.
le temps filait. Ils devaient se préparer.

Que la séparation allait être compliquée….