Chapitre 20 : "Monday Hunt" *

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La situation avec le Domaine Han avait été tendu quelques semaines.
Il était très vite apparu pour les fonctionnaires envoyés sur place que le tout jeune Seigneur et sa mère en sa qualité de régente n'avaient qu'une seule idée en tête : faire oublier les horreurs commises par le précédent Seigneur et se faire oublier du Trône.

L'enfant d'une des autres épouses ou concubines serait peut-être plus ennuyeux, mais celui-là voulait juste avoir la paix. Comme ça convenait parfaitement à l'Empereur, il avait confirmé son ascension à son titre et l'en avait félicité avec quelques cadeaux grandiloquents.

Il y avait eu quelques accidents et disparitions parmi les demi-frères et sœurs du nouveau Seigneur évidement. Plusieurs épouses et concubines avaient décidées de rentrer dans leurs domaines d'origine pour disparaitre mystérieusement sur le chemin, mais aussi bien la mère du jeune seigneur que les envoyés de l'Empereur détournèrent les yeux des exactions des autres puisqu'ils œuvraient au même but commun.

Boya et QingMing avaient tous les deux reçues un dédommagement officiel de la part du Domaine Han pour ce qu'ils avaient endurés.

Les cadeaux avaient été envoyés en lot aux deux hommes. A charge pour eux de se les répartir. Boya avait préempté les chevaux montagnards, les armes et l'or pour sa secte, QingMing avait pris le reste pour la sienne et sa maison. Sa secte avait récupéré l'argent, une partie des soieries, des meubles précieux et des bœufs des montagnes qui seraient parfaitement à l'aise dans le froid du nord. Pour la Maison, il avait personnellement gardé le reste des soieries, quelques bijoux et des graines de plantes et légumes que Honey Bug n'avait pas encore dans ses collections. Les doublons de plantes étaient partis pour la secte du yin yang.

Le jeune seigneur leur avait également envoyé une invitation ouverte. Ils seraient toujours les bienvenus sur le domaine peu importe quand ils voudraient venir au chaud soleil du sud.

Killing Stone avait insisté pour que son maitre le laisse venir si d'aventure il y retournait. Il voulait se griller la couenne sous le soleil brulant du sud.
Les autres shishen étaient curieux eux aussi. Et s'ils s'en voulaient un peu de ne pas avoir été utiles quand leur maitre était en train de lutter pour sa vie, ils le camouflaient très mal. Ou alors, Boya commençait à très bien les connaitre.

"- NON ! C'EST MOI D'ABORD !"

"- NON ! C'EST MOI !"

Des bruits de luttes en plus des cris tirèrent Boya de ses pensées. Il avait repris sa place de chef de secte depuis trois mois sans aucune difficulté après que le domaine de QingMing se fut remis de ses travaux dans la neige.

Depuis, il avait discuté avec ses maitres et les anciens pour établir un planning qui conviendrait à tout le monde et le laisserait profiter de son compagnon en prime.

Ses ainés avaient été indulgents. Tant que la secte tournait, que les chasses étaient honorées et que les shidi profitaient de toute l'attention dont ils avaient besoin de sa part, ils lui faisaient cadeau de ses soirées. Néanmoins, ils espéraient quand même que le yin yang shi passerait la moitié de ses dites soirées à la secte de l'est puisque Boya en passerait la moitié chez lui.

La nouvelle organisation n'avait pas mis longtemps à se faire.

QingMing avait accepté la restriction de passer trois ou quatre nuits par semaine au Temple de JingYun à la condition de remplacer le lit de son partenaire par une vraie tanière confortable. Son installation avait été tout un poème qui avait été plus compliqué que prévu. La sienne à la Maison avait des années et des années. Il en changeait une partie régulièrement, mais elle avait eu le temps de se charger de qi, d'odeurs et était bien plus que simplement un endroit pour dormir.

Snow Hound avait simplement proposé de prélever un bon tiers de la tanière d'origine pour installer la base de celle à la secte et de compléter les deux. Et puis, ce serait le nid de Boya. Il était normal qu'il l'installe à sa guise avec ce qu'il voulait voir et sentir dedans.

Zhuque avait proposé d'y ajouter de ses plumes. Comme elles se désagrégeaient dès qu'elles quittaient les ailes de Boya, le dieu-gardien avait dû travailler longuement avec son vaisseau pour qu'il puisse manifester ses ailes dans son corps humain. Ce avait été long et fastidieux mais à présent, il n'avait plus besoin de se taper les escaliers qui menaient au Temple s'il le voulait.

Les petits shidi avait été fascinés par les ailes de leur chef de secte. Plus d'un avait supplié d'avoir une plume eux aussi. Boya avait promis qu'il leur en garderait de sa prochaine mue ce qui n'avait pas été long puisqu'il changeait de plumes quasiment en permanence. Zhuque l'avait rassuré. Il n'était qu'à peine plus qu'un poussin pour un phénix. Qu'il sorte de ses plumes d'un jour sur l'autre était normal. Suffisamment en tout cas pour que les deux tanières aient été rembourrées avec une partie de son plumage, que les petits shidi aient tous une de ses plumes au moins (le grand jeu était visiblement de les ramasser sur son passage quand ses ailes étaient sorties) et que Snow Hound lui en ait barbotté au passage un nombre conséquent. Ils s'étaient rendu compte que comme celle du tengu restaient toujours froide et pouvaient rafraichir n'importe quoi une fois chargé en qi, les siennes pouvaient vous griller un lapin si on faisait pareil.

Au moins maintenant, même lorsqu'il devait dormir seul, Boya ne se sentait plus malheureux comme les pierres et en sécurité comme jamais avant. Ce nouveau "lit" avait été adapté évidement à ses préférences et tenait davantage d'un mix entre nid et tanière que pure tanière.

Son premier disciple et plusieurs de ses maitres avaient vu la chose avec perplexité jusqu'au moment où Boya leur avait fait poser leurs fesses dessus. La bouffée de qi, d'odeurs complexes relaxantes et apaisantes, le moelleux bien ferme, la chaleur sèche mais rafraichissante les avait scandalisés. Ca existait un plumard aussi confort ? Ils voulaient la même chose.

Leur chef de secte y avait mis le holà. Qu'ils se débrouillent pour mettre ce qu'ils voulaient dans leur chambre mais qu'ils laissent tranquille la sienne.
De nouvelles rumeurs sorties d'on ne sait où avaient commencées à se rependre comme quoi il couvait une nouvelle nichée.
Là, il s'était fâché et avait un petit peu verbalement éventré le noble qu'il avait entendu raconter des âneries pareilles au milieu de la cour avant un conseil qu'il n'avait pu esquiver. Mais qu'est-ce que les gens avaient dans le crâne ?

Pondre des œufs ! Lui ! Il n'y avait bien que Zhuque qui pouvait croire à une stupidité pareille.

Evidemment, si on ne l'avait pas vu voler régulièrement au-dessus de sa secte pour se faire les muscles du dos, ça aurait surement été plus crédible.

Hormis cette petite irritation passagère, le chef de secte était sur un petit nuage.

Pendant qu'il s'occupait en journée de sa secte et de ses chasses, QingMing s'occupait de sa propre secte, de ses recherches et de ses sauvetages.

Le soir, ils se retrouvaient chez l'un ou chez l'autre sans faute.

Leur organisation était si tranquille à présent qu'ils pouvaient se concentrer sur de nouveaux défis.

QingMing cherchait toujours au moins un nouveau combattant pour soulager Killing Stone maintenant que Snow Hound et Mad Painter était en plus ou moins en retraite forcé (même si le yin yang shi ne le leur avait pas encore annoncé, il savait qu'il allait se faire écharper). Hei Feng était parfait pour prendre la place de Mad Painter en tant que dernière ligne de défense mais Killing Stone en avait trop facilement plein les bras. Il y avait bien Zhuque mais QingMing renâclait toujours autant à l'appeler, à la grande irritation de ce dernier et de son vaisseau.

"- C'EST MOI D'ABORD !"

Ha oui, les hurlements. Perdu dans ses pensées, Boya les avait à moitié oubliés le temps de descendre de son bureau.

"- Qu'est ce qui se passe ici ?" Deux juniors étaient en train de s'écharper sur le sol. Rien de grave évidement mais ça faisait de la bonde.

"- C'EST LUI QUI A COMMENCE !" Hurlèrent les deux adolescents en se pointant l'un l'autre du doigt.

"- Qui a commencé quoi ?"

"- IL A… !"

"- Sans hurler."

"- Il a dit que je ne pouvais pas aller avec le prochaine Chasse Nocturne alors que c'est mon tour !"

"- Non ! C'est le mien !"

Boya soupira. C'était tous les ans la même chose quand les plus jeunes juniors avaient enfin la permission de participer à leurs premières chasses. Tout le monde voulait être le premier.

"- Qu'est-ce qu'a dit le maitre des disciples ?" Les deux gosses baissèrent le nez. "Plus fort, je n'ai pas entendu."

"- Que si on n'était pas capable d'attendre notre tour, on n'était pas assez grand pour être raisonnable sur le terrain."

"- Et donc ?"

"- …."

Boya attrapa les deux juniors par le col, les souleva de terre et le porta à bout de bras comme des chatons mouillés jusqu'au bureau de leur responsable.

"- Lun Yao. Tu me mettras ces deux-là dernier et avant-dernier de la première rotation des juniors pour les chasses nocturnes. Ça leur apprendra à se comporter comme des gosses de cinq ans.

Le maitre des disciples leur jeta à regard noir. Dans un coin du bureau, trois autres juniors étaient à genoux sur la pierre, les bras tendus devant eux, avec leur épée neuve dans les mains.

"- Si ça continue, je vais les repousser de six mois. J'en ai puni déjà six ce matin. Plus ces deux-là, on est à onze." C'était quoi cette rébellion inhabituelle ?

"- Je n'avais pas souvenir que cette fournée était à ce point insupportable." S'irrita le maitre de secte.

Avaient-ils laissé la discipline se détendre à ce point ?

"- Je crois que nous avons tous été trop gentils. Surtout avec la fournée arrivée début de l'année." Ces gosses étaient beaucoup trop raisonnables pour leur âge. Ils pensaient beaucoup trop mais obéissaient bien trop aussi. Les adultes leur avaient laissé la bride sur le cou en même temps qu'ils s'étaient relâchés avec les plus grands. Les mauvaises habitudes se prenaient vite.

"- …Je retoque les premières sorties de six mois. Le temps de les reprendre en mains." Décida Boya.

"- Je préviens Yan Shu mais il faudra compenser avec les séniors."

Ça allait remettre en question toute leur organisation pour les prochains mois. Ils arriveraient à l'été beaucoup trop vite. Les rues de la capitale allaient à nouveau dégueuler de démons énervés. Ils avaient besoin de ces juniors déjà formés pour suppléer aux séniors et aux pertes de l'année. Leur corps de métier n'allait pas sans une durée de vie en générale assez courte et des pertes fréquentes.

"- …Il y a peut-être moyen de nous simplifier le travail." Boya tentait de réfléchir autrement. Il avait toujours suivi les habitudes du Temple mais parfois il fallait tout remettre en question.

QingMing c'était assez fichu de lui pour ça. Il fallait travailler intelligemment, pas plus. Pour être efficient, il fallait être faignant. Et QingMing était très très faignant.

"- La Garde nous supplie depuis des années de les aider à gérer les démons directement au lieu de faire nos rondes de nuit seuls et d'attendre qu'on vienne nous chercher quand il se passe quelque chose."

"- Qu'est-ce que tu as en tête ?"

"- A part pour des gros démons qui sont finalement assez rares en ville. Pourquoi ne pas proposer une organisation panachée ? Un sénior ou un maitre, deux juniors et quatre ou cinq gardes ? Un sénior/maitre pour deux juniors est suffisant pour qu'il puisse leur botter le train et les garder en laisse. Les gardes amènent leur force de frappe. Même s'ils sont peu puissants, ils sont nombreux et leur donner quelques trucs nous libèrera des missions les plus basiques comme nettoyer les démons cafards des égouts." Ca, n'importe qui qui ne partait pas en hurlant pouvait le faire. Même des enfants avec des bâtons.

Sauf que même les gardes avaient peur à cause de leur apparence aussi le temple devait s'en charger. L'été, ils s'en tartinaient au moins trois fois par semaine.

Ils avaient quelques mois pour trouver quelque chose pour compléter leurs équipes. Les juniors étaient indispensables dès la fin du printemps pour les préparer aux chasses d'été. S'ils ajoutaient à ça l'afflux de touristes naïfs qui faisaient les meilleures proies pour les démons, il leur fallait augmenter leur capacité d'intervention.

"- Avoir de simples humains avec des connaissances basiques mais un peu partout nous permettrait aussi d'avoir de meilleurs retours d'information quand il se passe vraiment quelque chose. Si on pouvait avoir au moins un garde par patrouille avec la formation d'un shidi ici depuis mettons un an, on arrêterait d'aller courir après des dévorateurs d'âmes quand ce sont des chèvres fantômes qui mangent un magnolia."

L'idée était bonne. Mais pour arriver à la mettre en place, il faudrait abattre beaucoup de résistance, convaincre les responsables de la force publique, débloquer des crédits pour organiser les apprentissages…Quoi qu'ils pussent se faire directement dans la rue avec un sénior et deux juniors. Peut-être que responsabiliser les juniors en leur faisant comprendre que la vie de ces hommes dépendrait directement de leur capacité à bien leur enseigner… Oui, ça pouvait marcher.

Les juniors à genoux sur la pierre retenaient leur souffle. Ils allaient quand même participer à des chasses nocturnes ? Pour de vrai ?

"- Il va falloir proposer ça au responsable de la ville et à celui de la garde. Ca va prendre des semaines."

Boya balaya la chose d'un geste de la main.

"- J'en parlerai à l'Empereur. Ça ira vite."

Lun Yao le fixa longuement dans les yeux. Il était sérieux là ? Il se rendait compte de ce qu'il venait de dire ?

"- Attends…Tu veux aller lui en parler comme ça ? Au débotté ?"

"- …Tu as raison. Je veux plutôt lui demander un entretient." Une blague. C'était une blague. "Je plaisante." Lun Yao soupira de soulagement. "De toute façon ça fait des semaines qu'il ne m'a pas fait appeler, ça ne devrait pas tarder."

"- BOYA !"

"- J'ai la chance d'avoir sa faveur pour l'instant. Je doute qu'il voit d'un mauvais œil une tentative de faire faire des économies en hommes et en argent à tout le monde tout en augmentant nos capacités militaires."

"- Présenté comme ça, forcément…"

"- Je ne serais même pas étonné qu'il veuille ajouter des soldats à la garde pour qu'eux aussi acquièrent un petit vernis pour savoir comment traiter la présence de démons."

Et encore une fois, ce ne serait pas de trop ! Ne serait-ce que reconnaitre que quelque chose était bizarre pouvait suffire à sauver des vies. Et pas que celles d'humains. S'ils pouvaient chasser le démon problématique avant qu'il ne cause de vrais dégâts au lieu de le tuer, c'était de l'énergie économisée.

Ils avaient vraiment besoin de force de dissuasion avant le retour de l'été et des festivals qui allaient rendre fous la moitié de la ville. L'anniversaire de l'Empereur allait être la fête qu'il n'avait pas pu être l'an passé. Certains voulaient en profiter pour commémorer la chute du Serpent dans la foulée pour tenter de relier les deux dans l'inconscient collectif. L'idée était bonne dans l'absolu. Infiniment politique, évidement, mais une bonne idée. Le seul vrai problème qu'il y voyait était que ça relierait encore un peu plus l'Empereur actuel avec JingYun, la secte du yin yang et bien sur les deux chefs de secte. Si c'était pratique pour l'instant qui pouvait dire ce qu'il en serait dans cinquante ans ? Les sectes devaient rester neutres le plus possible. Là, la faveur toujours croissante du dirigeant actuel le mettait dans l'embarras. Il appréciait l'homme mais devait distancier sa secte du l'Empereur. JingYun se devait à l'Empire et la Capitale avant toute chose.
Ce qu'il pouvait détester la politique…

La cloche du diner sonna. Les juniors lancèrent un regard suppliant à leur chef de secte

"- Non. Vous avez encore une punition à finir.

"- Mais le diner sera fini le temps qu'on termine !" Protesta un des juniors.

"- Et c'est bête parce que vous venez de prendre une heure de plus à protester. Vous mangerez demain."

L'un des gamins ouvrit la bouche comme s'il allait se plaindre mais les autres le firent taire. Ils ne voulaient pas passer la nuit à genoux, merci beaucoup !

Misérables, ils baissèrent la tête et subirent leur punition en silence.

Avant de partir diner, Boya se promis de leur faire envoyer quand même un bol de riz et quelques légumes. Il avait été jeune aussi. Il avait été comme les autres à vouloir être dans la première rotation de chasse nocturne. C'était presque une tradition de se faire punir pour ça.

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D'accord. Le maitre avait été dubitatif lorsqu'on lui avait confié deux juniors, cinq gardes de la ville et cinq soldats de la garnison la plus proche.

D'accord, il s'était demandé ce qui passait par la tête de leur chef de secte de remplacer les équipes d'un maitre avec cinq juniors pour leurs premières chasses.

D'accord, il l'avait probablement même insulté dans le secret de sa petite cervelle.

D'accord, il s'était même carrément dit qu'à force de se faire ramoner l'arrière-train, sa cervelle avait dû commencer à ressembler à de l'eau chaude.

Mais là, tout de suite il s'excusait mentalement très très fort.

Vraiment.

A n'avoir que deux juniors dont s'occuper, plus la force de frappe brute que représentait les dix vétérans avec eux, ils allaient survivre. Les gosses avaient fait plus de progrès en trois sorties qu'ils n'en faisaient d'habitude en vingt parce qu'il avait eu le temps de se concentrer individuellement sur chacun.

Les soldats en prime n'étaient sans doute pas très utiles pour courir après un démon, mais pour se carrer sur leurs talons et taper où on leur disait, ils étaient plutôt doués.
C'était la seule chose qui expliquait d'ailleurs qu'ils soient encore tous vivants et non découpés en tous petits morceaux sur le sol par les dents acérées du nid de rats sur lequel ils étaient tombés en investiguant sur la disparition mystérieuse d'un jeune fils d'artisan et de sa concubine. Pour lui, il s'agissait d'un hulijing qui avait décidé de faire du jeune idiot sa victime. Pourtant, ils avaient eu la preuve que tous les démons renard avaient quitté la ville depuis plus de six mois maintenant.
Un nouveau venu ? Il ne voyait que ça.

"- Chef ? on a fini je crois."

Le garde était épuisé mais vivant. C'était la première fois qu'il se battait contre des rats démons et la première fois que de simples gardes y survivaient. Normalement, une rencontre avec ces bestioles-là était la chronique d'un massacre annoncé.

"- Des blessés ?"

"- Quelques coupures."

"- Pas de morsures ?"

"- Aucune."

Le maitre passa quand même en revue chaque blessure qu'il traita en les tamponnant avec un liquide huileux puant qui fit grimacer les gardes et les soldats. Pendant qu'il nettoyait les plaies, il expliquait ce qu'il faisait aussi bien aux gamins qu'aux vétérans.

"- Il faut aller faire notre rapport."

Ils avaient tous encore un peu de mal avec le bureau conjoint qui regroupaient un membre du Temple, un militaire et un officier de la garde et qui géraient les rapports (en triple exemplaire évidement). C'était bizarre de devoir faire le même rapport de trois façons différentes. Chaque groupe armé avait ses propres besoins quant aux informations partagées.

Derrière lui, le maitre entendait les hommes du rang murmurer entre eux. Eux aussi avaient été dubitatif. Partager des missions avec la Garde ? et des prêtres ? L'Empereur avait abusé de l'alcool de prune ? Pourtant, comme le maitre, ils devaient des excuses à l'intelligence de leur Empereur. Ils apprenaient énormément les uns des autres. Et pas uniquement la gestion des démons par les prêtres. La Garde avait ses propres habitudes qui n'étaient vraiment pas idiotes. Et inversement.
Cet échange culturel entre division allait sauver des vies et l'avait déjà fait, c'était une évidence. Quand les soldats seraient à nouveau au milieu de nulle part, ils sauraient quoi surveiller pour soupçonner la présence d'un sortilège ou d'un démon. Ce ne serait pas sur a cent pourcent évidement. Mais toute change de survie supplémentaire était bonne à prendre. Le maitre du Temple avait promis qu'a la prochaine sortie, il leur montrerait comment surveiller que personne ne souffrait de malédiction. Pour ça, ils iraient du côté des cimetières. Personne n'était chaud bien sûr, mais avec trois prêtes avec eux, ça ne pouvait que bien se passer n'est-ce pas ?

Alors qu'aucune des trois corporations ne faisait normalement confiance aux autres, un certain respect commençait à se faire jour.

Une fois au bureau conjoint, le maitre fit longuement son rapport avec l'aide des membres de son groupe. Ils étaient tous là pour apprendre, donc encouragés à s'exprimer aussi. Avec de la chance, un jour arriverait où ils seraient tous en position de faire eux même le rapport. Ou de le recevoir.

Le maitre en charge releva le nez de la feuille qu'il remplissait.

"- Un hulijing ? Tu es sur ?"

"- C'est ce qui parait le plus logique en tout cas. Nous n'en avons pas vu depuis des mois en ville, mais tous les indices convergent : un jeune artiste, avec de l'argent, complètement enamouré du jour au lendemain, qui n'écoute plus sa famille, qui disparait avec la concubine… Et il a vingt-cinq ans environ." Les hulijing évitaient les victimes trop jeunes.

"- …Boya-Daren voudra s'en charger lui-même." Les rumeurs n'en finissaient pas de courir sur leur chef de secte et son copain. Les origines de ce dernier n'avaient jamais été divulguées avec certitudes à l'extérieur mais tout le monde au Temple "savait". Certains avaient plus de mal que d'autres bien sûr mais personne ne mouftait. Leur chef de secte était bien trop possessif, protecteur et puissant pour qu'on s'en prenne à sa moitié. Et puis, il était peut-être un demi-démon, mais il était un chef de secte lui aussi. Sa partie démoniaque ne devait pas être si forte que ça.
S'ils savaient…

Mais la présence d'un nouveau hulijing en ville posait un gros problème. S'il venait exhiber ses queues sur le territoire du compagnon d'un autre, ça allait saigner. Aucun des deux chefs de secte ne prendrait la chose avec philosophie.

Le groupe signa sa fin de mission puis chacun retourna chez soi jusqu'à la prochaine chasse dans quelques jours. Le petit groupe commençait à vraiment bien travailler tous ensembles.

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Boya reposa le rapport avec un soupir.
forcément, ça devait arriver. Une grande ville comme la capitale sans hulijing, c'était quasi impossible. Après l'expulsion des précédents habitants poilus il y avait presque dix mois maintenant, il fallait bien que la rumeur de la vacance de pouvoir se répande et que quelques idiots à queues multiples tente à nouveau leur chance.

"- Je vais m'en occuper."

Les maitres échangèrent un regard inquiet.

"- Seul ?"

"- C'est juste un démon renard."

"- On a aucune information sur sa force ou son âge. Tu peux gérer un deux-trois queues, mais plus ? Seul ? S'il t'arrive quelque chose, surtout pour ça, je n'ai pas envie que ton copain tente de raser JingYun."

"- Il ne ferait pas ça voyons !"

Les maitres le fixèrent durement. Il n'avait jamais vu le regard qu'avait le yin yang shi quand Boya ne le regardait pas. Il y avait tellement de possessivité là-dedans qu'il aurait pu en coller des murs à l'envers. Ils ne l'avaient jamais vu réellement en colère, mais vu ses capacités quand il servait juste de mannequin d'entrainement à leur chef de secte, ils n'avaient AUCUNE envie d'avoir le yin yan shi en colère contre eux. Et si les rumeurs étaient vraies (elles l'étaient, ils le savaient tous) ils avaient encore moins envie d'avoir sur les bras un démon renard furieux qu'on ait fait du mal à son compagnon.

"- Tu prends une équipe d'au moins quatre maitres avec toi."

Boya voulu protester. Il se sentait tout à fait capable de gérer et…

"- Ne pèche pas par excès de confiance." aboya sèchement un des Anciens.

Ils avaient tous vu les changements de leur chef de secte en deux ans. Certains étaient bénéfiques, d'autre étaient plus sujets à caution. Il était moins taciturne, plus enclins à sourire, plus puissant aussi. Plus réfléchis, moins rapide à mettre en colère.

Plus mature simplement.

Mais il était devenu aussi moins prudent, plus joueur avec ses proies et avait commencé à développer une certaine empathie pour ses victimes. Ce n'était pas bon. Ils savaient qu'il commençait maintenant par tenter de négocier au lieu de juste éliminer les démons qui croisaient sa route. Ils savaient que c'était la faute du yin yang shi. Tant que les démons à faire disparaitre disparaissaient, qu'ils soient morts ou partis, le boulot était considéré comme fait. Mais cette pitié ? Cette commisération ? Ils ne la comprenaient pas.

Un bon démon était un bon démon mort.

La seule chose qui retenait parfois certains d'entre eux de demander la tête de QingMing était qu'il était à moitié humain, qu'ils voulaient garder la leur et qu'ils n'étaient pas stupide. Le yin yang shi était malgré ses origines, un allié. On ne tuait pas un allié pour des bêtises comme son espèce.

Boya finit par accepter d'avoir quatre maitres pour l'épauler. Ils partiraient en chasse dès la nuit suivante.

Avec un soupir, il regagna sa chambre pour envoyer un message à QingMing. Il ne pourrait pas le rejoindre cette nuit-là ni la nuit d'après. Au moins. Il lui demanda aussi de ne pas venir. Il fallait qu'il se prépare.

A la Maison du Lac, Honey Bug apporta le message de Boya à son maitre.
QingMing soupira mais il connaissait assez son compagnon pour ne pas s'en faire. Ça lui donnerait une bonne raison d'aller courir un peu dans les montages et de continuer à apprendre à chasser.
Depuis qu'il allait régulièrement se dégourdir les pattes, il avait gagné en muscles et en cultivation. A ne plus affamer une partie de lui-même, il ne pouvait qu'acquérir un meilleur équilibre général.

Il finit de lire les rapports de sa secte qu'il avait encore à viser puis alla chercher ses deux plus jeunes shishen. Voulaient-ils venir se balader en forêt avec lui ?

Killing Stone était évidemment partant. Même s'il était un démon des villes, il aimait l'ambiance de la forêt. Le pauvre Hei Feng hésita beaucoup plus avant de se laisser convaincre. Pendant que les deux autres feraient les andouilles dans les sous-bois, il pourrait toujours ramasser des herbes pour Honey Bug.

Finalement, JingYun avaient mis deux jours à retrouver la trace du jeune artisan et de sa concubine. Ils les avaient trouvés dans une auberge en bordure de la capitale et observés depuis la fenêtre d'une autre auberge ce qui se passait dans la chambre. Sans grande surprise, le jeune homme était totalement sous le contrôle du démon renard. Assez étonnamment, elle était assez précautionneuse dans ses repas. Jamais elle ne consommait assez d'énergie du jeune homme pour vraiment le mettre en danger. Il mangeait de la nourriture correcte, elle le laissait se reposer et ne se nourrissait de lui qu'une seule fois par jour. Elle voulait qu'il dure.

Normalement, un démon renard tuait sa victime en un repas ou deux quand il ne voulait pas sa chair mais son énergie.

Les quatre maitres et leur chef de secte organisèrent leur intervention. Boya était persuadé qu'il aurait été suffisant seul mais n'avait pas insisté. Après tout, même les maitres avaient besoin de sortir un peu pour ne pas s'encrouter.

Zhuque s'agita un peu sous son crâne. Il y avait des semaines que QingMing ne les avait pas invoqués. Il était complétement sur le bec a défaut des dents. Il avait besoin de relâcher la pression mais sans adversaire, ça commençait à être compliqué. Les nuits passées avec leur Partenaire aidaient bien sûr mais ça n'allait vite plus être suffisant. Allaient-ils enfin avoir une chance de bruler un peu d'énergie en trop ?

Boya tenta de le calmer lorsqu'il vit ses maitres s'écarter de lui à cause de la chaleur croissante qu'il émettait.

"- Zhuque, calme-toi."

Le phénix ne voulait pas se calmer. Il voulait de l'action, quel que soit le type d'action. Et puis, trois nuits sans leur partenaire, ça faisait beaucoup trop. Pour ça aussi il se laissait vivre. Quand est-ce qu'il allait en demander davantage hein ? Ils savaient tous les deux qu'il en avait envie.

"- Zhuque ! Nous ne sommes pas là pour revoir l'état de ma vie sexuelle !"

"- Le printemps arrive. Il serait temps de faire quelque chose."

C'était parfois irritant d'avoir un locataire sans aucun filtre.

"- Chef ?"

Boya serra les mâchoires.

"- Prenez les extérieurs. Je veux la confronter directement." Lui avait sa cape en fourrure, son lien avec QingMing qui le protégeait, Zhuque sous son crane… Il avait plus de chance de survivre que tous les autres.

Ses hommes hochèrent la tête. Ils attendirent que la nuit soit complétement tombée pour prendre discrètement l'auberge d'assaut.

Boya entra par la porte avant. Il monta l'étage sans se soucier du propriétaire qui eut un geste pour l'arrêter, reconnu ses vêtements puis s'en retourna attendre, inquiet de ce qui se passait chez lui.

La main sur son épée, Boya entra dans la suite où le jeune artisan se reposait d'une séance intime de plus. Le renard démon était à moitié allongé sur le lit, visiblement satisfait. Sa longue robe ne couvrait qu'à peine ses atouts.

Le chef de secte n'avait même pas besoin d'ouvrir son troisième œil pour sentir les queues du renard battre doucement derrière le démon.

"- Tient tient tient… Nous avons un visiteur inattendu."

Le renard se redressa en souriant avant de sa figer. Elle attrapa l'artisan par l'épaule et le jeta sans ménagement sur le côté. Le pauvre homme s'écrasa au sol avec un hoquet de douleur.

"- Ma douce.."

"- La ferme !"

L'humain se tut, le regard vitreux. Il était totalement sous l'emprise de la démone.

"- Toi…Qui es-tu ?"

Boya dégaina son arme sans répondre et attendit. Il s'était assez battu avec QingMing pour savoir que s'il attaquait le premier il aurait des ennuis. Ce renard-là était plus vieux et plus fort que ceux qui avaient fui juste en sentant l'odeur de son compagnon sur lui.

"- Tu sens le renard mais tu n'en es pas un…Ou as-tu trouvé cette cape ?" La colère était visible dans les yeux du démon.

L'humain avait tu tuer beaucoup de renard-démon pour avoir une cape comme la sienne.

Boya s'approcha encore.

"- Cette ville a déjà été revendiquée. Je vous conseille de partir maintenant. Sans le gamin. Et je vous laisse en vie."

Une bouffée d'odeurs agressa les narines sensibles du vaisseau de Zhuque sans qu'il ne s'en soucie. Il reconnaissait les phéromones pour ce qu'elles étaient mais elles n'avaient pas le moindre impact sur lui. Pas avec celles de QingMing autour de lui, ses mâchouillâges sur son cou et son odeur libéralement étalée sur sa peau à chaque fois qu'ils dormaient ensembles. S'il ajoutait à ça la cape qui ne faisait que rependre davantage l'odeur de son propriétaire et il n'avait aucune chance de se retrouver à se tordre sur le sol en gémissant comme le pauvre gamin qui suppliait sa belle de l'aimer encore.

"- Ne jouez pas à ça. il n'y a pas que la ville qui a été revendiquée." C'était la dernière chance qu'il lui laissait.

Le démon renard eut un sourire en coin.

"- Hooo ? Alors le petit prêtre a été mangé ?"

Boya s'approcha jusqu'à n'être qu'à quatre mètres. Il savait qu'il prenait un risque mais il ne voulait montrer aucune peur.

"- Et vous n'êtes pas à moitié aussi impressionnante que mon renard. Alors barrez-vous de ma ville."

C'était peut-être un peu péremptoire.

A l'extérieur, les quatre maitres hésitaient à intervenir. Devaient-ils s'en mêler ? Pour l'instant leur chef avait l'air de se débrouiller. Le commentaire de Boya les avait d'ailleurs laissés mal à l'aise. Son renard ? Sa ville ? Entre deviner et avoir des preuves, il y avait un delta qu'ils n'avaient pas envie de voir réduit à néant.

Le renard sauta immédiatement sur Boya, toutes griffes dehors. Il s'écarta d'un pas pour les éviter. Le coup de griffe suivant fut arrêté par son épée. Pour l'instant, elle était moins rapide que son compagnon.

Sept queues rousses se déployèrent derrière la démone.

Une bouffée de haine remonta dans la gorge du fashi. Toute pitié déserta son regard alors que les marquages de Zhuque apparaissaient sur son visage. Il avait peut-être soldé pas mal de choses, mais sa haine pour les hulijing quand ils venaient sur son territoire n'était pas de celles-là.

La démone hésita. Le qi qu'émettait l'humain était puissant mais venait de faire un bond impressionnant. Malgré son âge, elle se demanda soudain si elle avait la force d'éliminer son adversaire.
Sans attendre davantage, elle lui bondit à la gorge. La rencontre avec le poing gantée de l'humain la jeta par terre en toussant. A son tour, elle n'eut que le temps de se jeter de côté pour éviter de finir avec une tête en moins.
les deux adversaires continuèrent à s'affronter jusqu'à ce que la démone en ait assez.

"- Toi ! Attrape-le !"

"- Que !"

Boya n'eut pas le temps d'éviter la masse de l'artisan qui lui tomba dessus sans ménagement, totalement sous le contrôle de sa maitresse. Il se ferait tuer pour elle si elle le demandait.

Encombré par l'humain, Boya n'eut d'autre choix que de l'assommer avec le pommeau de son arme. Où étaient ses disciples bon sang ?

A peine s'agaçait-il de leur absence qu'ils entrèrent par les fenêtres pour l'aider à se débarrasser de l'artisan et à encercler le renard.

"- Ne respirez pas son odeur. Si elle en déploie, sortez." Ordonna à voix basse Boya.

Il n'avait aucune envie de se battre contre ses propres hommes. Même s'ils portaient des protections que le bas du visage, les masques de soie ne filtreraient jamais totalement les phéromones d'un renard adulte.

La démone n'attendit pas plus, Elle changea de forme pour bondir par la fenêtre.

Puisqu'elle ne pouvait vaincre le prêtre, elle n'allait pas tenter sa chance face à cinq d'entre eux, dans une petite pièce.
Boya jura. Il bondit après elle.

"- OCCUPEZ VOUS DU GAMIN ! LES AUTRES SUIVEZ MOI !" Qu'ils s'organisent comme ils voulaient ?

L'un des maitres resta en arrière pendant que les trois autres suivaient leur chef qui couraient déjà dans la ruelle derrière l'auberge.
La renarde était rapide mais elle ne connaissait pas encore parfaitement la ville. Boya ne mit pas longtemps à comprendre qu'elle filait vers les docks. C'était une erreur de sa part. Elle aurait mieux fait de partir vers l'ouest, elle aurait eu une chance de rejoindre la forêt la plus proche. Le sud ? comme l'est c'était un piège de canaux et de marinas plus ou moins mal fichus. Même en les arpentant depuis son enfance, il s'y perdait encore. Alors un démon tout juste arrivé ?

L'instinct seul lui fit lever son bras armé pour repousser les griffes du renard. La démone avait repris sa forme intermédiaire pour l'attaquer. Toutes dents dehors, elle poussa son avantage. Puisqu'il repoussait ses griffes, elle s'attaquerait à sa gorge.

Boya la repoussa d'un coup de pied dans l'abdomen lorsqu'elle parvint à déchirer le haut de ses cuirs.

La renarde eut un rire déstabilisant en voyant sa peau. Il y avait tellement de morsures à divers degrés de guérison qu'elle comprenait mieux pourquoi son odeur n'avait aucune prise sur le prêtre. Un autre renard l'avait déjà complétement ensorcelé.

"- Crois-tu être libre petit prêtre ? Tu ne l'es guère plus que mon gentil petit humain."

Elle espérait le troubler.

Boya haussa un sourcil.

"- Vraiment ? Alors si lui est tout autant bouffé que moi, qui est le plus ensorcelé des deux ?"

La renarde hésita.
Il ?
Elle ne connaissait qu'un seul renard mâle assez fort pour prendre le contrôle d'une ville comme la capitale et d'un homme comme le prêtre.

Elle ouvrit de grands yeux en réalisant soudain qui elle avait devant elle et qui était son renard.

C'était à la fois le pire qui pouvait lui arriver et la meilleure des tentations. Si elle parvenait à prendre le contrôle du prêtre…

Elle se mordit la langue jusqu'à ce que sa bouche soit remplie de sang puis bondit à nouveau sur Boya. Celle fois pourtant, ce n'était pas pour le blesser mais pour l'immobiliser.
Le changement d'attaque le surpris assez pour qu'elle arrive à agripper son poignet armé et le tordre jusqu'à ce que les os craquent avec un bruit de branche brisée.

Boya hurla de surprise plus que de douleur.

La démone en profita. Elle colla sa bouche à la sienne et le força à boire une grande goulée de son sang avant qu'il ne parvienne à la faire reculer en lui enfonçant sa dague dans le ventre. Le cœur au bord des lèvres, il récupéra son épée et trancha dans le vif pendant qu'elle tentait de retirer la dague qui ressortait de son estomac.

Ce fut le tour de la démone de hurler quand deux de ses queues tombèrent sur le sol.

Elle allait bondir à nouveau quand une volée de flèches la cueillit au vol. Elle s'effondra par terre en s'agitant encore mollement. Les flèches la maintenant par terre sans qu'elle n'ait une chance de s'enfuir.

"- Tu es à moi maintenant, humain. Libère moi." Ordonna-t-elle entre deux hoquets de douleur. Avec le sang qu'elle avait forcé Boya à boire, il n'y avait aucune chance qu'il lui résiste. "NON !"Son cri fut coupé nez quand l'épée du chef de secte trancha à travers les cervicales.

La tête roula dans la poussière pour rejoindre les deux queues qui s'agitaient encore.
Boya tomba à genoux.

Deux doigts dans la gorge et il vomissait tout le sang qu'il avait été forcé d'avaler.

"- Chef !"

"- Les queues. Je les veux. Avec la tête. Brulez le reste."

Il tenta de se remettre debout mais s'écroula à genoux. Le sang du renard commençait à le ronger de l'intérieur. Il vomit encore du sang mais le sien cette fois. Sa chaleur corporelle était en train de monter à toute allure. Zhuque l'aidait à lutter contre l'infection.

"- On vous ramène au Temple."

"- Les queues… la tête..."

"- On s'en occupe."

"- La renarde…"

"- Elle est morte."

"- Si froid…" Il était brulant de fièvre et commençait à trembler.

L'un des maitres le chargea sur son dos et courut récupérer leurs montures et galoper à brides abattues vers le Temple.

Lorsqu'ils arrivèrent enfin, Boya délirait depuis près de deux heures. Sa température était telle que même à travers sa cape, ses vêtements et ceux du maitre qui le tenait contre lui, le maitre était sûr qu'il devait avoir des plaques rouges sur le torse

"- Qu'est ce qui s'est passé ?"

La monture du maitre s'écroula presque en arrivant en bas du Temple où attendaient quelques juniors occupés à nettoyer. Ils se précipitèrent pour s'occuper du cheval.

Leur ainé ne leur répondit pas. Il monta le grand escalier de pierres quatre à quatre puis fonça à l'infirmerie tout en hélant sur son passage le guérisseur du Temple et le premier disciple.

A peine avait-il posé le chef de secte sur le lit qu'il se mettait à convulser.

"- TENEZ LE !"

Le maitre enfonça son poignet recouvert de cuir entre les dents de Boya pour qu'il ne se blesse pas pendant que les autres tenaient ses membres en attendant que les convulsions se passent.

"- Qu'est ce qui s'est passé ? Ca ne devait être qu'une petite chasse au renard !"

"- Une renarde justement. Sept queues. Il en coupé deux. Elle lui a fait avaler son sang. Il a réussi à le vomir en grande partie. Elle est morte. Il a le poignet cassé. Fiévreux et délirant depuis qu'on a quitté la ville. Il émet des bruits bizarres." Il ne pouvait pas savoir que s'était Zhuque qui réclamait pour avoir de l'aide. Il faisait de son mieux pour protéger son vaisseau mais entre protéger son esprit et son corps, il n'avait pas eu le choix d'abandonner le second pour protéger le premier.

"- Il faut faire tomber sa fièvre avant tout."

"- On a besoin d'eau froide."

Ils le portèrent sans pitié dans la salle de bain de l'infirmerie où ils le déshabillèrent rapidement avant de le pousser dans l'eau froide directement puisée de la source principale du Temple.

Le froid glacé fit réagir immédiatement le chef de secte qui se rebella de toute la force de ses muscles.
Les deux maitres et le guérisseur boulèrent au sol. Boya s'extirpa de la baignoire comme il put pour se recroqueviller en tremblant dans un coin.
Ses pupilles rouges étaient totalement dilatées. Ses muscles s'agitaient convulsivement et un peu de salive coulait de sa bouche.

"- Qu'est-ce qu'on fait ?"

"- Il faut faire d'abord baisser la fièvre." Insista le guérisseur.

"- Et si on demandait de l'aide…"

"- Quoi ? Au yin yang shi ?" Il y avait une réticence certaine à l'appeler à l'aide. Encore. Ils étaient tout à fait capables de se débrouiller sans lui et d'aider leur chef de secte comme des grands.

Le maitre n'ajouta rien. Il était fondamentalement d'accord, mais il ne voulait pas perdre leur chef de secte pour une question d'orgueil mal placé.

"- Si son état s'aggrave, on appellera de l'aide." Finit par couper le guérisseur.

Il laissa le premier disciple et le maitre pour surveiller le malade pendant qu'il courrait préparer quelques tisanes. Il revint avec un plateau et une dizaine de tasses qui infusaient des plantes variées. Le tout puait horriblement.

Il força une première tisane avec des boules d'herbe entre les mâchoires de Boya qui se défendait de son mieux, perdu dans les hallucinations qui oscillaient entre le terrifiant et le parfaitement monstrueux.

"- Tenez ses mains !"

"- On a besoin d'aide."

Le guérisseur gueula à ses aides qu'on leur envoi du monde.

Trois séniors ne tardèrent pas à venir les aider. L'un d'eux attrapa les mains de son chef avant qu'il n'arrive à s'ouvrir les bras avec les ongles comme c'était bien partit pour, comme s'il cherchait à faire sortir quelque chose de sous sa peau.

Un autre immobilisa une jambe et le second la dernière.

Le guérisseur recommença à lui faire avaler médicament après médicament dans l'espoir de calmer et la fièvre et le délire qui le ravageaient.

Boya parut se calmer quelques instants. Prudent, ils relâchèrent à peine leur étreinte sur lui.

"- C'est fini ?"

"- NON !" Le hurlement de pure terreur les prit complétement par surprise.

Ils se retrouvèrent tous au sol, repoussés par les ailes du vaisseau de Zhuque qui s'étaient ouvertes en grand. Pour tous, c'était la première fois qu'ils les voyaient se manifester vraiment d'aussi près.

"- Ne vous approchez pas de lui."

Le chef de secte avait réussi à descendre du lit pour aller se recroqueviller dans un coin de la pièce, ses ailes refermées étroitement autour de lui.

"- Et maintenant ? on fait quoi ?"

Le guérisseur haussa les épaules.

"- On attends. Avec ce que je lui ai mis dans l'estomac, il devrait s'endormir assez rapidement."

Il n'y avait plus qu'à croiser les doigts.
Il fallut plus d'une demi-heure pour que le vaisseau commence à piquer du nez.

"- On le remet sur le lit."

Après avoir pris quelques coups d'ailes dans la figure, ils laissèrent tomber. Boya ne tremblait plus, il n'avait pas convulsé davantage, autant attendre.

"- Je lui ai donné de quoi accélérer son métabolisme. Les drogues qui le perturbent devraient disparaitre rapidement."

"- C'est pas des drogues, c'est du sang."

Les séniors ne comprenaient pas pourquoi ils n'avaient pas appelé son compagnon.

Ils n'appréciaient pas cet orgueil mal placé mais ne pouvaient rien faire. Tout ce qu'il restait à espérer, c'était que le yin yang shi se rende compte qu'il y avait un problème et vienne de lui-même.

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Boya battit des paupières comme s'il sortait d'un sommeil particulièrement lourd mais peu reposant. Ses yeux le brulaient. Ses muscles étaient à la torture et il avait l'impression d'avoir vomit de la bouse de vache.

"- Zhuque ?" La présence envahissante du dieu-gardien faillit le submerger. "Qu'est ce qui s'est passé ?" Il se souvenait du démon renard, du gout de son sang sur sa langue qui avait été encore plus mauvais à vomir qu'à avaler puis plus rien.

"- Le sang du renard t'a empoisonné. Ca fait quatre jours que tu dors. Enfin, quatre jours que je monte la garde pendant que ton corps dort."

"- QingMing ?" Parce que son compagnon était forcément venu. Il le savait.

"- Ton coussin."

Boya se força à se tourner un peu. Ha oui…il était niché contre le torse de son compagnon qui dormait, appuyé contre la tête de lit.

Le léger mouvement réveilla immédiatement le yin yang shi. Il ne dormait pas, il méditait.

"- Boya ! Enfin…"

"- QingMing…"

Le chef de secte reposa sa joue dans son cou. Il était si fatigué…

"- Comment te sens-tu ?"

"- Fatigué."

"- Alors dors… je vais juste t'installer dans ton nid, d'accord ?"

Le chef de secte hocha lentement la tête. Il ne savait pas où ils étaient mais il s'en fichait. Il voulait être à l'abri chez lui.

Il referma les yeux et se remit à somnoler tranquillement.

Il ne les ouvrit pas lorsqu'il perçut les protestations du guérisseur qui voulait le garder à l'infirmerie. Il ne les ouvrit pas lorsque la voix basse et menaçante de QingMing informa qu'il ne s'agissait pas d'une requête mais d'une information. Ils en avaient bien assez fait en ne l'appelant pas immédiatement.

Ils avaient de la chance que Boya ait plus besoin de lui qu'il n'avait envie d'arracher la langue des idiots qui avaient décidés de ne pas l'appeler.

Boya eut un petit sourire dans son sommeil. Il était en sécurité. Il était noyé dans l'odeur de son compagnon. Petit à petit, lentement, celle de la renarde se détachait de lui à mesure que celle de QingMing reprenait sa place.

Pendant que le guérisseur tentait de convaincre QingMing, Boya finit par se redresser juste assez dans les bras de son compagnon pour enfoncer ses dents dans son cou et avaler un peu de sang. Un gros soupir lui échappa. Voila. Là, il était bien. Il avait à nouveau son renard avec lui et plus cet horrible gout de sang moisit sur la langue.

Le guérisseur s'était tut en voyant le geste. Leur chef remplaçait un empoisonnement par un autre ? Ou ne se rendait-il pas compte de ce qu'il faisait ? Une addiction qui c'était déclenchée peut-être ? ou bien…

QingMing perdit patience. Il saignait, Boya avait besoin de repos et d'un bain. Il bouscula l'homme pour s'éloigner à grand pas vers les appartements du chef de secte.

"- QINGMING DAREN ! ATTENDEZ !"

Le yin yang shi fit la sourde oreille aux appels du premier disciple. Il ouvrit la porte des appartements de Boya d'un coup de pied puis alla le poser directement dans le nid.

Boya s'y recroquevilla avec un soulagement visible.

"- QingMing Daren ! Vous ne pouvez pas débarquer comme ça et décider sur un coup de tête de…" Le prêtre laissa échapper un gargouillis terrifié lorsqu'il se retrouvé soulevé de terre et collé au mur par la poigne de QingMing qui le tenait d'une main sous la gorge.

Ses yeux étaient totalement jaunes et la fureur qui les habitaient faillit faire perdre le contrôle de sa vessie au premier disciple mais le pire fut la voix douce et menaçante à la fois.

"- Yan Shu. Je ne sais pas pour quelle raison vous avez refusé de m'appeler. Mais je peux vous assurer que s'il a la moindre séquelle, je prendrais mon temps pour faire de ce Temple un tas de gravats."

Le premier disciple hocha frénétiquement la tête tout en s'étouffant lentement. Il avait compris ! il était désolé.

"- Qing…Ming ?"

Immédiatement, le demi-renard lâcha le prêtre pour se précipiter auprès de son compagnon. Le prédateur avait instantanément disparu pour laisser la place à un compagnon dévoué entièrement dédié à son bien-être.

Le premier disciple resta à tousser sur le sol un moment.

Le yin yang shi s'était assis sur le bord du nid pour reprendre son compagnon contre lui. Il le cajolait avec douceur à lui murmurer des petits rien. Et dire qu'eux se faisaient instantanément agresser s'ils approchaient.

Il regrettait de ne pas avoir appelé le fashi tout de suite, oui…

Et il regrettait encore plus d'avoir tenté de l'empêcher de rejoindre leur chef de secte quand il avait débarqué mort d'inquiétude la veille. Avait-il vraiment cru qu'ils parviendraient à l'en empêcher ?

"- Boya ?"

"- Mmm."

"- Comment te sens-tu ?"

"- Mieux. Tu es là." Ca ne fit qu'ajouter un peu plus à la culpabilité du premier disciple.

"-…QingMing Daren ? Il va aller mieux ?"

Le demi-démon lui jeta un regard assassin.

"- Oui. Il a vomi la majorité du sang qu'il avait avalé. Il est assez fort pour repousser le reste le temps que les flammes de Zhuque le détruisent." Mais s'il avait été là, ça aurait été plus vite. Ne serait-ce que parce qu'il aurait dit à ces idiots que la chaleur corporelle de Boya n'était pas de la fièvre mais Zhuque qui luttait contre le poison. Une telle chaleur ne représentait plus aucun danger pour le vaisseau. Tenter d'abaisser sa température n'avait fait que retarder sa guérison.

"- Vous…Vous l'aidez ?"

"- Evidement."

Le disciple de JingYun piétina d'un pied sur l'autre. Il n'était plus un gamin mais il se sentait aussi honteux qu'un enfant.

"- Je…"

"- Ecoutez, la seule chose qui m'empêche de vous éventrer actuellement c'est qu'il a plus besoin de moi que j'ai envie de vous voir saigner sur le sol. Alors s'il vous plait, pour notre tranquillité d'esprit à tous les deux, veuillez vaquer." Sourit très calmement le yin yang shi qui ne retenait sa nature de prédateur que par probablement un poil de moustache ou deux, pas plus.

Le premier disciple fila aussi vite que ses jambes purent le porter.
Resté seul avec son compagnon, QingMing le laissa le temps d'aller chercher un baquet d'eau chaude, le sortit enfin de ses cuirs de chasse puis le leva lentement avec un bout de tissu pour retirer la moindre trace de crasse ou de sueur. Nettoyer les lignes de larmes séchées sur ses joues lui creva le cœur. Les hallucinations avaient dû être affreuses.

Docile entre ses mains, les yeux mi-clos, Boya se laissait faire dans le plus parfait abandon.

"- Elle a voulu me prendre à toi." Finit par murmurer le chasseur.

"- C'est pour ça qu'elle t'a fait boire son sang. Elle a voulu submerger ma marque sur toi."

"- Ca n'a pas marché. Même si elle avait deux queues de plus que toi."

"- Non, ça n'a pas marché." Sourit tendrement le yin yang shi.

"- Je les ai coupés tu sais."

"- Coupé quoi ?"

"- Ses queues en plus. Je crois pas que j'aurais pu garder son cœur."

QingMing en resta bête un instant en comprenant. Une bouffée de tendresse lui serra la gorge.

"- Tu es un idiot." Murmura-t-il avant de l'embrasser. "Un adorable idiot"

"- Tant que c'est ton idiot."

"- Mon idiot."

QingMing se mordit la langue avec ses crocs pour laisser Boya lécher son sang directement dans sa bouche. Son corps était habitué à son sang. Il n'était pas un poison pour lui contrairement à celui de l'autre renard. Pas alors qu'il était librement donné et librement consommé.

Lorsqu'ils se séparèrent enfin, les yeux de Boya étaient un peu plus ouverts.

"- Tu es hors de danger. Tu as juste besoin de te reposer."

"- Ne secoue pas trop de mes hommes, d'accord ? Ils peuvent être encore utiles."

"- Je te laisserai faire surtout. Ce sont tes hommes. Pas les miens."

Boya renifla, les yeux à nouveau clos.

Il tira un peu sur la manche de son compagnon pour qu'il le rejoigne dans son nid.

"- J'enlève juste mes robes."

Il avait hésité à enfiler un pantalon de dessous à son compagnon après l'avoir lavé avant de renoncer. Il serait plus à l'aise nu alors que lui avait gardé ses propres robes pour l'instant.

Une fois bien calé dans les bras de son renard enfin déshabillé, Boya lui mordilla l'épaule.

"- Je sens encore son odeur sur moi."

Ce n'était que psychologique mais ça le gênait.

QingMing l'allongea au milieu couvertures garnies des plumes de Boya et des coussins garnis de ses poils. Avec une application toute scolaire, il entreprit de le lécher intégralement pour s'assurer qu'il ne restait pas la moindre odeur parasite sur lui mais la sienne et uniquement la sienne.

"- Tu sais que je pourrais prendre gout à t'avoir à mes ordres ?" La voix du vaisseau n'était qu'un murmure.

"- J'y compte bien mais tu as bien autre chose à apprendre avant." Sourit QingMing. Il donna un long coup de langue sur le flanc de son compagnon avant de frotter sa joue contre lui. Il aurait voulu sortir ses queues pour le marquer davantage de son odeur mais ne voulait pas affoler les protections anti-démon du Temple.

Une douce chaleur avait commencé à coloniser le ventre du tueur de démon. L'idée de donner des ordres à QingMing dans une situation intime lui donnait des envies malgré son épuisement total.

La langue du yin yang shi continuait son travail exhaustif sur sa personne.

"- QingMing…"

Boya n'avait absolument pas l'énergie pour ça mais comment résister à la bouche qui venait de prendre son membre entre ses lèvres ?

Son partenaire le lâcha un instant.

"- Laisse toi juste aller, Boya. Ne cherche pas à résister. Laisse-moi prendre soin de toi."

Il le repris entre ses lèvres, presque paresseux. Il ne cherchait pas à le faire durer, juste à le faire s'assouvir gentiment pour finir de le détendre.

Il avala le liquide chaud puis reprit sa route sur le corps de Boya jusqu'à avoir fini d'un côté. Il le retourna dans les coussins comme une crêpe, s'attirant un rire épuisé vite suivit d'un gémissement de plaisir quand il reprit son patient travail de nettoyage. Boya se mit à haleter lorsque QingMing prit ses orteils dans sa bouche pour les sucer un à un.
Les yeux étrécis, le demi-démon notait consciencieusement la moindre réaction. Il n'aurait pas imaginé que Boya puisse avoir quelque chose pour se faire sucer les pieds mais il doutait que Boya le sache lui-même. Il n'avait jamais vraiment exploré toutes les plaisantes petites choses qui pouvaient se faire entre gens de bonne volonté une fois les vêtements plus ou moins retirés.

Il mordilla une jolie petite fesse ronde et musclée puis l'autre avant de donner en long coup de langue entre. Boya gémit lourdement à nouveau.

"- QingMing…"

Le yin yang shi en profita longuement jusqu'à lui faire souiller la couverture sous lui, puis continua sa lente remontée par le creux de ses reins, ses hanches et son échine.
Assis sur ses reins, il passa un très long moment à suivre du bout de la langue les marques de Zhuque jusqu'à ce que le phénix roucoule sous ses attentions presque aussi fort que Boya avait chanté lorsqu'il l'avait pris entre ses lèvres.

Il finit par mordiller ses épaules puis le marquer à sang sur la nuque et au creux entre l'épaule et le cou.

Alors seulement les deux hommes, le renard et le phénix furent satisfaits.
Boya s'installa résolument couché sur QingMing une fois qu'il eut assez d'énergie et s'y endormit. Son partenaire faisait un excellent matelas après tout.

Une fois de plus, le yin yang shi ne put que regretter de ne pas pouvoir le couvrir de ses queues pour lui tenir chaud.

Il resta immobile à le caresser entre les omoplates jusqu'à ce que Boya se réveille à nouveau, près de dix-huit heures plus tard.