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j'ai repris les cinq cadeaux tels que décrit pour courtiser un demon-renard de la fic : The Taming of the Hanyou : archiveofourown works / 1206700 De synaesthesia_mnemonic.
Je voulais quelque chose de "traditionnel" mais comme je n'ai rien trouvé (google tu m'as déçu, sache-le), j'ai repris des propositions déjà faites. J'ai demandé son autorisation à l'auteur sans réponse de sa part, donc je la crédite ici. Qu'elle n'hésite pas à me dire si elle veut que je modifie.
Boya essuya ses mains en sueur sur son pantalon avant de claquer de la langue. Il portait encore ses cuirs. Pour essuyer ses mains, il y avait mieux.
Ronchonnant dans sa barbe, il prit un quart d'heure pour se changer et enfiler une tenue d'intérieur en coton choisie parmi l'élevage de vêtements que QingMing s'était amusé à lui trouver pour garnir sa penderie de la Maison du Lac.
Pour une très, très rare fois, le chef de secte n'était pas dans la tanière de son compagnon avec lui mais dans sa chambre qui lui servait surtout de bureau et de retraite quand il voulait avoir un peu la paix à l'écart. Tout le monde dans la Maison le savait et personne ne venait l'y ennuyer, pas même QingMing.
Ils étaient revenus du Palais tous ensembles avec un arrêt à JingYun pour y laisser ses maitres puis ils étaient rentrés à la Maison.
Tout le monde était allé se coucher d'épuisement sauf lui. Il avait réussi à récupérer discrètement le seul cadeau qui l'intéressait dans la masse de ceux qui lui avaient été offerts comme ouverture de négociation pour un cour en règle. Killing Stone avait l'air ravi de pouvoir s'amuser à faire le tri et lui conseiller lesquels garder et lesquels renvoyer.
Boya s'assit en tailleur sur son lit. Il y dormait tellement peu qu'il sentait encore le neuf. Même sa propre odeur corporelle, pourtant bien plus forte et complexe depuis qu'il avait Zhuque avec lui n'avait pas encore eut le temps de l'imprégner.
Il se frotta encore les mains sur les cuisses.
La boite était posée devant lui.
Elle était belle en soi. Assez belle pour être un cadeau elle-même.
Il connaissait assez QingMing pour savoir que c'était une possibilité et qu'elle pouvait parfaitement être vide. Dans ce cas, il savait qu'au moins un autre cadeau, voire plusieurs, sans doute un par banquet, ne tarderaient pas à la remplir. Le yin yang shi était assez tordu et charmant et romantique et…Bref. C'était quelque chose que Boya anticipait comme possible.
Il finit par se décider, prendre une grande inspiration et la boite sur ses genoux.
Elle était faite dans un bois dense et lourd qu'il n'avait jamais vu. Au début, il avait cru la boite couverte de nacre mais devait se rentre à l'évidence, ce n'était pas le cas. La boite était simplement en bois. Un bois qui naturellement ressemblait à de la nacre. Il n'en n'avait jamais vu de pareil ni entendu parler. Le bois était doux aussi, le grain était incroyablement serré ce qui participait à son poids conséquent.
Satisfait de son examen premier, Boya reposa la boite devant lui pour l'ouvrir. Il mit facilement deux bons bâtonnets d'encens avant d'y parvenir. Il ne s'attendait pas à un mécanisme à pression.
Enfin, avec un petit "clic", la boite s'ouvrit. Elle était presque vide. A l'intérieur de la boite à rouleaux, puisque c'était sa fonction, il n'y avait qu'un seul rouleau de papier.
Le fashi le prit pour le dérouler prudemment.
Un petit hoquet lui échappa. C'était une partition de cultivation musicale expressément écrite pour un jeu au dizi. D'après les notes sur la partition, il s'agissait d'une musique de guérison. Et d'après la couleur du papier, la partition était antique. Où QingMing avait-il pu trouver ça ? Le cadeau était princier. Comme la cape et la décoration de son dizi.
Un grognement échappa au tueur de démon lorsqu'il réalisa soudain.
Ce n'était pas le premier cadeau qu'il recevait de la part de QingMing pour le courtiser.
C'était le troisième.
Au moins.
Pour courtiser son renard, il allait devoir trouver des orchidées et une eau de source de qualité.
Vite.
Pour courtiser son chef de secte, il allait devoir trouver quelque chose de plus extravagant encore.
La question était de savoir quoi. Qu'est ce qui pourrait être assez exceptionnel pour un homme comme le sien ?
Boya resta longtemps immobile à juste fixer la partition. S'il n'avait pas fait nuit, il aurait pris son dizi pour la jouer. Il pouvait entendre dans sa tête la musique, douce et tendre qu'il produirait. S'il la chargeait de son qi, il était presque sûr qu'il aurait un Killing Stone la tête sur ses genoux les yeux clos à se repaitre de la mélodie en moins de trois minutes, où que le shishen puisse être sur le domaine quand il avait commencé à jouer. Il pouvait presque sentir les harmoniques délicates qui soignaient, celles qui renforçaient les muscles ou allégeaient la peine.
Cette pièce de musique était une œuvre d'art.
Il finit par la ranger avec précaution dans la boite pour ne pas l'abimer.
La première chose qu'il devrait faire était de la copier. L'original resterait dans sa boite, à l'abri, sans doute avec des sœurs qui ne tarderaient pas à la rejoindre. Si la taille de la boite était signifiante, six autres morceaux devraient prends leur place à ses côtés.
Boya prit un bout de papier qu'il griffonna rapidement.
Il quitta sa chambre après avoir rangé la boite, passa par celle de Killing Stone pour glisser le papier sous sa porte puis se mit à la recherche de QingMing lorsqu'il constata que sa tanière était vide. Il commençait à connaitre assez le domaine pour savoir où chercher heureusement. Il ne lui fallut que quelques minutes pour trouver la large forme poilue de son compagnon qui somnolait au pied du grand pêcher au fond du jardin. Il se glissa à sa place, entre ses pattes avant et sa tête. Le renard l'y accueillit avec plaisir, lui donna une petite lèche sur la joue puis referma les yeux. Ils s'endormirent ensembles, juste content.
Killing Stone se leva parmi les premiers, chose rare. Avec ce qu'il avait avalé la veille, sa gueule de bois était quasi inexistante. Il se sentait assez en forme pour un petit entrainement contre lui-même. Il ne se faisait aucune illusion sur l'état de ses deux frères ainés ou de leur maitre et son compagnon.
Il trébucha presque sur le petit mot laissé par Boya sous sa porte. Un énorme sourire lui monta aux lèvres. Il allait tellement s'amuser !
Boya-Daren acceptait le gage formel de QingMing-Daren et laissait le shishen choisir quatre autres cadeaux dans la pile qui feraient office de cache misère en attendant. Puisqu'il fallait faire dans le politique, il fallait bien qu'il se force à faire semblant d'accepter qu'on le courtise.
La fin du petit mot le surpris cependant. Avait-il une idée de ce qu'il pourrait offrir à son maitre pour ouvrir sa propre cour ? Ce n'était pas nécessaire maintenant que QingMing-Daren avait officialisé sa sienne pourtant. Mais qui était-il pour refuser de voir son maitre être un peu gâté pour changer. Depuis le début de leur relation, à part l'appartement vide que Boya avait fourni à leur maitre au Temple de JingYun, il avait été assez rapiat sur les cadeaux alors que leur maitre l'avait quand même bien gâté. Il était plus que temps que Boya pense à lui faire un peu plaisir lui aussi.
Il avait semblait-il ce qu'il fallait pour le renard. Mais pour le fashi ? le maitre de secte était à court d'idées après le cadeau qui ouvrirait la cour.
Ou plus exactement, il avait trop d'idées, beaucoup trop extravagantes pour pouvoir les produire devant tout le monde. Une fois la cour acceptée, il serait bien vu que les cadeaux soient ouverts à la vue de tous quand c'était possible. C'était le principe de courtiser quelqu'un après tout : le faire voir.
Killing Stone prit le temps de répondre au petit mot et glissa sa réponse sous la porte du chef de secte. De l'extravagance ? Mais c'était EXACTEMENT ce qu'il fallait pour faire sa cour au palais ! et QingMing Daren n'était-il pas aussi extravagant que nécessaire pour que des cadeaux insolites soient vu comme naturels ?
Le maitre de JingYun s'éclipsa dans l'après-midi pour faire ses propres préparatifs avant le banquet du jour. S'ils n'étaient pas conviés aux discussions politiques, les deux chefs de secte l'étaient pour venir parader le soir au banquet impérial.
Boya avait finalement décidé de se passer de l'intervention des serviteurs du palais. Son Premier Disciple serait chargé de remettre à Mad Painter au banquet du soir les deux boites en bois noir qu'il avait préparé. Dans l'une, il y avait les deux queues de renards et dans l'autre, une branche d'orchidée blanche au cœur d'or et une fiole en cristal remplit d'eau tenue glacée par un talisman, prise à la source qui désoiffait le Temple de JingYun. De quoi satisfaire l'humain, et le renard.
Contrairement à la veille, les deux hommes se rejoignirent à l'Observatoire, chacun avec leurs gardes du corps/duègnes. La protection était dans le nombre quand on était la proie d'autant de mère de familles déterminées à marier leurs filles, de veuves joyeuses et de père à la recherche d'un parti politiquement intéressant pour augmenter le pouvoir de leur famille.
Comme la veille, leurs tenues s'accordaient une fois de plus parfaitement. Mais, pour la première fois depuis que Boya le connaissait, QingMing n'était pas en blanc.
Il était en noir et argent.
Un frisson remonta dans le dos du tueur de démons de voir son compagnon en ses couleurs.
Le même frisson remonta dans le dos du demi-démon de voir Boya en blanc et or.
Comme ses vêtements étaient plus serrés qu'a l'ordinaire, ceux de Boya étaient plus fluides.
Honey Bug avait-elle intrigué avec le premier disciple de JingYun ? Personne n'en avait la preuve. Mais lorsqu'ils avaient tous les deux présentés les tenues respectives à leur maitre, le regard satisfait qu'ils leur avait lancé les avait fait frémir. Ils n'avaient pas eu le choix, chacun chez soi, que d'accepter les vêtements présentés. Ni Honey Bug, ni Yan Shu n'auraient accepté un "non" de leur part.
Il y avait forcément d'autres conspirateurs dans l'histoire. De telles tenues ne se réalisaient pas en une journée. Et Honey Bug n'avait pas le qi nécessaire pour ouvrir un portail entre la Maison et JingYun. QingMing comme Boya jetèrent un coup d'œil en coin à Snow Hound, très content d'être lui aussi en noir et argent, comme ses deux compères.
Les conspirateurs ne pouvaient qu'être fier d'eux.
Il n'y avait bien que le maitre des archives de JingYun qui faisait un peu la gueule. Il n'avait pas l'habitude du blanc. Yan Shu non plus mais il était trop content de voir son chef de secte en blanc pour se soucier du reste.
Jusqu'à la première tâche.
Comment camouflait-on une tache de sauce sur du blanc ? Ils verraient ça quand ils seraient devant leurs assiettes.
Pour l'instant, le jeu était de décoller les deux fashi l'un de l'autre sans qu'ils ne se sautent dessus et commencent à s'entrainer à faire des bébés devant tout le monde.
Et qu'ils arrêtent de se dévorer du regard.
Et qu'ils calment un peu leurs contreparties qui exprimaient olfactivement leur contentement. Ils s'y étaient tous fait et l'odeur de musc et d'épices que les deux chefs de secte émettaient n'étaient pas désagréables, mais elle pouvait quand même faire poser question.
"- Dites ! Messieurs. Va falloir y aller." Coupa soudain Wen Ji en les faisant sursauter tous les deux.
Les deux maitres de secte rosirent allègrement sous l'amusement de trois des quatre maitres postés à l'Observatoire et l'écœurement du dernier.
Cette fois, les quatre maitres se présenteraient en même temps qu'eux au banquet.
Le groupe poussa les deux maitres de secte devant eux. A ce rythme, ils n'allaient jamais avancer.
"- QingMing Daren. Arrêtez de baver." Souffla Mad Painter
"- Je ne bave pas, je me concentre." Grommela le yin yang shi.
Mad Painter haussa un sourcil. Se concentrer ?
"- Avec ces fichues robes toutes moulantes, si je ne concentre pas, ça va se voir."
Le shishen eut lentement un petit sourire en coin.
"- Et j'imagine que Boya-Daren doit avoir un problème proche." Le cuir, ça maintenait bien tout en place après tout. Plus que des robes lâches en soie.
"- Je vous déteste tous." Grommela QingMing au grand amusement de ses shishen pendant que Boya pestait lui aussi.
En plus, la soie ca frottait partout là… Même avec son zhong yi bien serré autours de lui, sa frottait sur son dos principalement à cause de ses armes. Ca frottait sur ses mamelons. Il devait lutter pour que les autres marques de Zhuque n'apparaissent pas sur son visage. Il avait laissé tomber de retenir les autres mais celles sur son visage, il ne pouvait pas les laisser être vues.
Entre ca et son entrejambe réfractaire, la soirée allait être délicieuse, il le savait déjà.
Killing Stone en profita pour attraper au vol Yan Shu pour lui annoncer qu'il avait fait le tri dans les cadeaux reçut par Boya-Daren. Il les avait tous fait renvoyer à part quatre plus celui de QingMing Daren, évidement. Ceux qu'il avait choisi de garder étaient tous de femmes de petite noblesse ou de haute bourgeoisie. Elles prendraient bien mieux le rejet qui se solderait a la toute fin de cette vaste farce et surtout, elles n'auraient pas le pouvoir de faire d'ennuis à qui que ce soit. Elles se contenteraient aussi d'un cadeau terminal relativement modeste pour rompre la cour quand Boya-Daren en aurait marre de faire semblant pour la galerie.
Le premier disciple était heureusement surpris. Le shishen savait ce qu'il faisait et bien mieux que lui ! Il allait lui abandonner complètement la gestion de cette blague, ce serait plus simple. Surtout sachant pertinemment que les seuls cadeaux vraiment importants seraient échangés entre les deux fashi.
Un serviteur, comme la veille, les prit en charge dès leur arrivée près des jardins. La masse de visiteurs était encore impressionnante même si les plus grosses délégations avaient laissé une partie de leurs membres à leur logement. Tous ne pouvaient pas participer au banquet de toute façon et des décisions devaient être prises entre les chefs de clans, les nobles des domaines et les maitres artisans. Le diner de ce second jour serait plus tranquille que la veille.
L'aboyeur annonça les six prêtres avant que des serviteurs ne les installent. Si Boya et QingMing avaient les mêmes places que la veille, ce n'était pas le cas des quatre prêtres de l'Observatoire qui étaient cette fois plus proche de la table de l'Empereur de quelques dizaines de rangs et des voisins des deux chefs de secte. Cette fois, Boya était encadrés de couples de nobles avec leurs enfants à la seconde table et QingMing avait droit à un général d'un côté et une veuve dans la force de l'âge de l'autre. Tous les deux avaient également leurs rejetons à la table arrière.
Un énorme soupir leur échappa. Une fois la salle pleine mais l'empereur toujours absent, le même balai de serviteurs que la veille s'organisa à nouveau. Aussi bien Mad Painter que Killing Stone refusèrent tous les cadeaux reçut à part ceux des quelques élus de la veille.
Puis le premier disciple de JingYun quitta sa place pour apporter les deux boites à Mad Painter qui les prit avec un sérieux absolu. Snow Hound passa une seconde boite à Killing Stone pour Boya.
Autour d'eux, les murmures étaient autant fascinés que choqués. Les deux hommes se courtisaient, officiellement, devant tout le monde, en respectant les règles de la bienséance. Il ne s'agissait pas d'une mésalliance de fin fond de couloir mais de quelque chose de tout à fait officiel, entre individus hauts placés et en vue.
C'était du jamais vu.
Totalement choquant, scabreux, indécent, inconvenant et malséant.
Mais personne n'osait rien dire.
Chacun regardait son voisin comme le suppliant de faire ou dire quelque chose.
Killing Stone quitta soudain sa place sur un signe de Boya. C'était le second cadeau qu'il recevait, il pouvait (et voulait) l'ouvrir dès maintenant.
Zhuque aussi était curieux. La séduction pour un phénix était très importante. Il était très triste que Boya ne puisse pas parader en faisant la roue avec ses plumes de queue alors il espérait qu'il avait trouvé quelque chose d'équivalent et d'aussi flamboyant. Avec un peu de chance, puisque Boya avait réussi à matérialiser ses ailes, peut-être Zhuque arriverait-il à le faire se concentrer assez pour faire la même chose avec sa queue ? le dieu-gardien était certain que leur partenaire de jubilé serait fasciné par ses plumes qui brulaient en permanence d'une douce chaleur et rependaient une large lumière dans la nuit.
Le shishen apporta la boite en bambou ouvragée cachée dans une longueur de tissu blanc moiré d'une rare épaisseur. Contrairement à la veille, ce qui était important était dans la boite. Le contenant était sans importance. Le tissu l'était en revanche. Boya reconnu immédiatement la texture du satin autant que l'odeur qui s'en dégageait. Le symbole personnel de QingMing avait été tissé directement dans le tissu. Le tout, encore une fois, devait valoir le prix d'une petite maison. Quant au rouleau à l'intérieur de la boite en bambou, il s'agissait comme prévu d'une partition de cultivation. Le maitre de l'est la déroula prudemment. Le papier était ancien encore une fois. Plus que celui de la veille. A plusieurs endroits, il avait même été restauré par un professionnel. C'étaient des originaux qui devaient avoir des siècles. Cette fois, il s'agissait d'une partition créée pour tuer. Il suffisait au fashi de la jouer dans sa tête pour le comprendre. Jouer cela tuerait la personne vers qui il dirigerait son qi via sa flute. Et ce serait une mort douloureuse et lente.
Boya roula la partition pour la ranger à nouveau, plia le carré de tissu pour le poser sur ses jambes puis rendit la boite a Killing Stone pour qu'il la garde pour lui.
Autour d'eux, les échanges de cadeaux continuaient toujours.
QingMing ouvrirait les siens seuls, comme il se devait pour les premiers.
Tout se passait finalement relativement tranquillement à part les quelques insistants qui tentaient toujours de faire accepter leurs offrandes de séduction.
Lorsqu'un serviteur apporta une boite directement à QingMing et la posa devant lui avant de murmurer à son oreille, Boya fronça les sourcils. Lorsque le yin yang shi se tourna vers Mad Painter avec un sourire immense, il sourit largement lui aussi.
Lorsqu'il vit le shishen pâlir et Snow Hound commencer à congeler le sol autour de lui, il faillit éclater de rire.
Presque tout en bas de la salle du trône, une dame d'une trentaine d'année fit un petit signe au shishen lorsqu'il tourna la tête vers elle. QingMing rendit la boite au serviteur. Ses servants ne pouvaient en aucun cas être courtisés ainsi. On ne courtisait pas un esclave. Que ses shishen le pardonnent d'utiliser pareil argument. Sur le moment, Mad Painter lui aurait pardonné à peu près n'importe quoi pour ne pas avoir à subir lui aussi cette mascarade.
"- Vois le positif" Souffla Killing Stone à son oreille en lui donnant une tasse d'alcool. "je suis sûr que Snow Hound va te rappeler longuement à qui tu appartiens." Le regard brûlant du tengu était une promesse qui fit frémir Mad Painter comme rarement.
L'arrivée de l'Empereur fut annoncée, le repas servit et chacun repartit à socialiser avec ses voisins. Encore une fois, les maitres de Boya eurent très vite envie de se pendre pendant que Killing Stone faisait son planqué entre Snow Hound et Mad Painter, encore plus inapprochables que la veille, totalement scandalisés que quelqu'un puisse faire du plat à Mad Painter. Avait-il l'air d'être célibataire ? Il était maman d'un poussin et d'un renard ! qu'on lui fiche la paix ! Il était vieux et il avait mal à son pinceau. Pour un peu, il aurait boudé.
A peine étaient-ils rentrés à la Maison du Lac (pour une fois, Boya avait plaidé pour que ses maitres puissent y passer la nuit comme récompense pour leur travail) que Snow Hound jetait Mad Painter sur son épaule et l'entrainait vers leur nid pour lui rappeler avec énergie à qui il appartenait sous les gloussements de Killing Stone.
"- Et n'oubliez pas les talismans de silence hein ! Je dors pas loin !" Il ne plaisantait qu'à moitié. S'ils faisaient autant de bruit qu'il l'anticipait, il allait squatter la chambre de Hei Feng. Le jeune shishen le voyait comme un grand frère, il ne réfléchirait même pas avant de lui faire de la place dans son placard. Le pauvre gosse était toujours tellement terrorisé de tout qu'il avait installé sa tanière dans son PLACARD !
Comment Snow Hound arrivait-il à faire un bras d'honneur avec ses ailes restait un grand mystère que QingMing n'avait toujours pas résolu même au bout de trente ans.
Honey Bug salua son maitre et les deux membres de JingYun qui observaient tout autour d'eux, les yeux écarquillés. Ils sentaient la présence d'une multitude de démons mais aucun n'était agressif. Boya leur avait bien fait la leçon. QingMing avait accepté de les laisser passer la nuit sur le domaine mais s'ils causaient le moins incident, la fureur de leur chef de secte en plus de celle du yin yang shi feraient passer le Serpent pour un sac à main en pilou.
"- Messieurs, je vais vous conduire à une chambre."
Sans savoir quoi dire, ils suivirent la petite démone comme des chiots perdu, sans même oser poser la cascade de questions qui se précipitaient dans leur cerveau. Où étaient-ils ? Quelle était cette atmosphère si étrange ? C'était quoi ces lumières vertes et jaunes et violettes qui dansaient dans le ciel et…
QingMing se retira dans son bureau pour ouvrir ses paquets après avoir invité Boya à se rafraichir dans la salle d'eau de sa chambre et de l'y attendre s'il le souhaitait. Le maitre de JingYun le retint un instant.
"- Si tu veux bien, j'aimerai que tu ouvres la plus petite des deux boites en ma compagnie."
Ce n'était pas traditionnel mais ils n'en étaient plus là. QingMing la lui rendit.
"- Je te rejoins rapidement." Il lui vola un rapide baiser avant d'aller ouvrir la grande boite dans son bureau.
Tout aussi nerveux que Boya la veille, il se changea rapidement pour des robes d'intérieur avant d'ouvrir la boite posée sur son bureau. L'offrande fut comme un coup en pleine poitrine.
Il sortit de la boite les deux queues de renard encore pleine d'énergie et de forces. Il pouvait sentir la haine de leur propriétaire décédée exsuder encore des deux appendices. S'il les consommait, il aurait assez de force pour une sixième queue. Il ne manquerait que le coup de pouce émotionnel nécessaire pour qu'elle apparaisse.
Il prit la première entre ses doigts. Elle était agressive, remplie de rage et cruauté. Il la draina lentement de tout le qi qu'elle contenait pour le faire sien. Puis passa à la seconde pour lui faire subir le même sort. Il en avait la nausée mais ne cessa pas avant qu'elles ne soient plus toutes les deux que deux sacs de peau et de poils secs et vides de toute substance. Il remit les restes dans la boite. Il les brulerait au matin. Maintenant, il ne restait rien du renard que Boya avait tué. QingMing avait assimilé ce qu'il en restait.
Il resta assis à son bureau quelques minutes, les tempes bourdonnantes. Il sentait encore la violence de la démone courir dans ses veines. Il sentait sa fureur et sa rage. Sa jalousie et son avidité. Petit à petit, le qi pollué s'assoupit, purifié et équilibré par le sien à mesure qu'il passait et repassait dans ses méridiens pour s'y assimiler pleinement.
Lorsqu'il quitta son bureau pour rejoindre sa tanière, il vibrait littéralement d'énergie.
Un petit sourire lui monta aux lèvres lorsqu'il rejoint ses appartements. Xue TianGou était souvent considéré comme froid et placide mais QingMing le connaissait pour ce qu'il était vraiment. On ne devenait pas un tengu juste en étant calme et placide. Les cris de Kuang HuaShi résonnaient dans toute l'aile d'habitation de la Maison du Lac. Killing Stone avait dû fuir pour demander asile à Hei Feng, Honey Bug devait avoir fui chez Peach Blossom et Boya…
Il poussa la porte de sa chambre. Boya l'y attendait avec un simple zhong yi blanc sur le dos et une robe d'intérieur qui n'était pas à lui. Le pauvre chasseur était écarlate.
QingMing eut, pour une fois, pitié. Il ferma la porte derrière lui, posa des talismans de silence sur les murs pour étouffer aussi bien les sons qui sortaient que ceux qui entraient.
Le soulagement du fashi était presque comique à voir.
"- Je n'imaginais pas Snow Hound aussi enthousiaste."
"- C'est un faux calme. Et cette femme l'a mis en colère à tenter de séduire son partenaire."
"- Je peux comprendre son irritation. Je n'aime pas non plus voir autant de cadeaux s'entasser devant toi."
QingMing eut un petit rire bas.
"- A l'inverse, j'adore voir autant de gens ramper pour obtenir ton attention." Ronronna le renard démon. "Les voir supplier pour avoir la moindre goutte de ton intérêt et savoir que tu n'es qu'a moi."
Un lourd frisson remonta dans le dos de Boya. Il attrapa QingMing par la manche et le tira dans la tanière pour le garder dans ses bras. Un vif coup de dent sur sa gorge entailla assez la peau pour qu'il puisse lécher un peu de son sang.
"- Tu aimes me rendre jaloux n'est-ce pas ?"
"- J'ai beaucoup aimé ton cadeau. J'espère que les miens t'ont plu aussi ?"
Boya enfouit son nez dans son cou.
"- Je jouerai pour toi quand je connaitrai toutes les musiques par cœur." Enfin, celles qui ne risqueraient pas de lui faire du mal, évidement. Quelque chose lui disait que celle reçut aujourd'hui ne serait pas la seule.
QingMing se sortit de ses bras. La seconde boite l'attendait toujours. Boya se rangea proprement au milieu de la tanière, les yeux brillant d'anticipation et d'un peu d'angoisse aussi. Son autre cadeau avait été accepté, mais il espérait que celui-là le serait aussi. Il s'était purement concentré sur le renard dans ses offrandes. Les suivants se concentreraient uniquement sur l'humain le lendemain.
Le yin yang shi s'assit en tailleur devant son compagnon.
Il prit le temps d'examiner la boite en bois noir. Comme la sienne la veille, elle était frappée aux armes du Temple de Boya.
Il l'ouvrit prudemment. Une épaisse couche de soie isolait et immobilisait son contenu. Il retira l'épais tissu noir et resta saisit.
Une branche d'orchidées blanches au cœur doré et une flasque en cristal d'eau fraiche.
"- ….de l'eau de source ?"
"- Prise à la source même de celle qui arrose JingYun." La voix de Boya était aussi serrée que celle de QingMing.
Le demi-renard cherchait son souffle. Où Boya avait-il trouvé ces informations ? Certains savaient comment s'attirer les bonnes grâces d'un renard démon avec du sake et des aburrage, mais des orchidées ? De l'eau de source ?
QingMing leva les yeux sur Boya. Le chef de secte en vibrait d'anticipation.
Y aurait-il du thé vert et des gâteaux de riz ensuite ? Demain peut-être ? Ou serait-ce trop tôt ?
Sans le quitter des yeux, il prit les fleurs et les mangea lentement, une à une, avant d'ouvrir la flasque d'eau glacée et de la boire gorgée après gorgée.
Petit à petit, les épaules de son compagnon s'étaient détendues jusqu'à ce que QingMing referma la boite vide avec la flasque et la lui rende.
Boya la posa par terre près de la tanière moelleuse puis lui sauta dessus sans attendre.
QingMing n'eut même pas le temps de protester avant que Boya ne prenne ses lèvres pour un baiser possessif et un rien brutal qui se finit par une infinité de petits baisers le long de sa gorge et de son épaule. Pendant un instant le yin yang shi s'attendit presque à une répétition de leur première étreinte.
Heureusement, il n'en fut rien. Les baisers restèrent des baisers ou juste de petits coups de dents tendres. La satisfaction de Boya que QingMing ait accepté sa cour officiellement envers sa moitié non humaine était extrêmement plaisante pour le yin yang shi. Malgré sa haine des démons et des hulijing en particulier, le tueur aimait cette partie de lui que QingMing avait hait si longtemps et qu'il commençait à peine à faire plus que juste tolérer.
"- Dois-je m'attendre à quelque chose d'autre demain ?"
"- Et de totalement différent." Confirma le vaisseau de Zhuque en descendant lentement le long du ventre de son compagnon jusqu'à venir le prendre entre ses lèvres.
Il avait pris gout à cette caresse et y excellait maintenant avec la détermination dont il faisait preuve dans toutes les compétences qu'il se mettait en tête d'acquérir. Les joues un peu roses encore, il avala l'offrande salée et amère de son Partenaire avant de remonter le prendre dans ses bras. Les doigts de QingMing se refermèrent sur son entre-jambe mais il les repoussa gentiment. Il n'avait pas très envie ce soir. Il était surtout déjà concentré sur le cinquième et dernier cadeau que le renard recevrait de lui. Même si cela les mènerait bien après la fin de la rencontre organisée par le trône, il avait hâte d'y être. Cinq cadeaux pour le renard, cinq pour l'humain. Les deux queues n'avaient été que l'ouverture des négociations comme la boite l'avait été pour lui.
Une fois que QingMing aurait tout accepté de lui, c'était lui qui enfin, se donnerait à lui.
Il y aurait mis le temps, mais c'était le moment ou jamais. Boya ne comprenait pas vraiment d'où lui venait cette angoisse de s'abandonner à son partenaire alors qu'il avait eu plus d'un amant entre ses cuisses avant mais elle était bien présente. Si quelqu'un savait ce qu'il pouvait avoir dans le crâne. "Je sais moi !" A part Zhuque, il pouvait parler.
Le dieu-gardien se mit à bouder.
"- Et si tu demandais à Mad Painter. Ce garçon a autant de filtre sur ce sujet qu'une passoire a thé percée."
"- Tu ne crois pas qu'il soit déjà un peu trop au courant de ce qui se passe dans la tanière de QingMing ?"
"- Justement, je suis sûr que notre Partenaire lui dit tout ce qu'i savoir."
Boya se redressa. Il avait posé sa joue sur le torse de son Partenaire mais la réflexion de Zhuque lui posait question.
"- … Dis-moi que tous tes shishen ne sont pas au courant de ce qu'on fait ensembles."
QingMing eut un large sourire.
"- Bien sûr que non." Boya se détendit, soulagé. "Juste ceux qui demandent."
"- QINGMING ! Qui ?"
"- HuaShi évidement."
"- …C'est tout ?"
"- C'est tout. Mais je doute qu'il cache quoi que ce soit à TianGou."
Boya grogna.
"- QingMing ! Ca ne les regarde pas enfin !"
"- J'ai partagé des amants et des maitresses avec eux, Boya. Il n'y a pas grand-chose que je ne sache pas sur eux qu'ils ne sachent pas sur moi. Au moins en ces matières."
Le chasseur hésitait entre le scandale le plus absolu, l'horreur et la curiosité, sans pouvoir totalement cacher qu'il en restait un brin émoustillé. Son compagnon était en train de faire de lui un dépravé.
"- Quand tu dis que tu partageais…" Boya n'avait pas remarqué qu'il caressait le torse de son demi-renard du bout des doigts. Cette conversation était en train d'allumer un feu qui n'avait pas eu l'heur de le titiller peu avant. "Tu les leur passais quand tu avais fini, ce sont eux qui te les passaient ou autre chose ?"
QingMing baissa les yeux sur Boya. Son adorable chef de secte était en train de ce chauffer tout seul ! S'il s'attendait à ça !
"- Parfois oui. Mais pas toujours."
Parfois oui ? Mais parfois quoi ?
"- Pas toujours ?" Et voilà, Boya avait autant envie de savoir que de rester dans l'ignorance maintenant.
Sans doute parce qu'il était en train d'imaginer son Partenaire et les deux shishen effectivement en train de se partager la même maitresse. Absolument écarlate, il se racla la gorge.
"- Qu'est-ce que tu es en train d'imaginer ?" Sourit QingMing en roulant dans les couvertures, les coussins, les plumes et les poils jusqu'à avoir son amant coincé sous lui. Son érection se colla à la sienne, l'invitant à donner gentiment des hanches contre lui.
"- Rien."
"- Boya…" le yin yang shi se frottait davantage contre lui.
Le tueur de démon s'empourpra encore plus.
"- QingMing…"
"- Ne serais-tu pas en train de nous imaginer tous les trois sur le même partenaire ?"
Le terme utilisé explosa directement entre les jambes de Boya. La femme sans visage prit d'autres traits bien plus masculins : les siens.
"- QingMing…"
Il enfouit son visage contre son torse.
"- Qui sait, dans quelques années, peut-être que nous pourrons nous amuser tous ensembles… Quelque chose me dit que Killing Stone sera ravi de t'avoir entre ses cuisses."
"- QINGMING !" Boya avait atteint le dernier degré du scandale et de la frustration. Son imagination n'avait jamais été la plus fertile mais là…
"- Tu sais que Mad Painter n'a pas des tatouages que sur le visage et les bras ?"
"- Arrête ca…" Suppliait le chasseur en cachant son visage dans le cou de son renard, incapable de se retenir de donner des hanches contre lui.
Le yin yang shi glissa une main entre eux pour les caresser tous les deux en même temps.
"- Et il en a fait aussi à Snow Hound. Un dos magnifique qui prend aussi les cuisses. Ça ne m'étonnerait pas qu'il finisse par demander à Killing Stone de le laisser le décorer aussi."
Boya haletait doucement, les yeux clos, le front contre l'épaule de QingMing, il ne pouvait que visualiser le moindre murmure de son partenaire.
"- Toi qui a déjà les marques de Zhuque, il n'y aurait que moi à ne rien avoir sur ma peau… peut-être que tu pourrais y réfléchir. Et que je pourrais demander à Mad Painter de me faire les tatouages. Qui dirais-tu si je lui demandais un phénix… Je nous imagine très bien tous les cinq dans la même tanière…dans les bras les uns des autres…"
Boya lâcha un petit hoquet de plaisir en se rependant entre leurs ventres, vite suivit par son compagnon.
"- Tu es…tu es…un bâtard immoral et effronté !"
QingMing l'embrassa, un large sourire aux lèvres.
"- Je t'aime aussi, mon Boya."
Les deux hommes se figèrent soudain.
C'était la première fois que l'un d'eux prononçait ces paroles.
Boya écrasa ses lèvres sur les siennes avec une passion absolue.
Il n'arrivait pas à le dire encore, mais il pouvait au moins montrer qu'il le ressentait aussi.
QingMing ne lui tint pas rigueur de son manque de réponse orale. Il le connaissait assez pour savoir qu'il lui faudrait du temps.
Déjà, il devrait remplacer le balai qu'il avait dans le fondement par quelque chose de bien plus confortable et satisfaisant pour tous les deux.
Pour le reste, il verrait plus tard.
Il pouvait se satisfaire de n'entendre sortir de la bouche de son compagnon que ses cris de plaisir quand il s'assouvissait pour lui.
