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Deux chapitre très courts, alors je vous les ai mit ensemble
Le troisième jour des festivités avait été proche des deux premiers à part pour quelques détails. Les alliances politiques commençaient à s'organiser, les nobles à se connaitre, les poignards à s'aiguiser.
Le premier meurtre avait eu lieu en plein milieu du jardin, à la vue de tous, sans qu'un coupable puisse être trouvé.
Le noble de moyenne extraction, issu de l'ouest, c'était effondré en se tenant le dos, un stylet enfoncé dans chaque rein.
L'Empereur s'était extasié. Il avait prévu le premier meurtre pour le premier jour. Pas le troisième ! Il s'était fait eut et son valet de pied qui le suivait depuis plus de vingt ans y avait gagné une pièce d'or.
La nouvelle du meurtre s'était rependue comme une trainée de poudre. Un détective de la garde, un certain Dee, avait bien été désigné pour suivre le dossier mais personne ne s'attendait à ce qu'il trouve quoique ce soit. Même s'il y arrivait de toute façon, la situation était tellement éminemment politique que la vérité serait enterrée quel qu'elle soit.
Des amusements avaient été organisés pour les épouses et les plus jeunes rejetons présents pour leur éviter de défunter d'ennuis auxquels avaient participés avec résignation tous les musiciens et artistes du palais. La soirée serait probablement à périr de fausses notes tellement ils étaient fatigués mais peu importait. Ceux qui venaient le soir étaient là pour voir, se montrer et créer des relations.
Lorsque le troisième banquet commença sur les traditionnels échanges de cadeaux, le Premier Disciple de JingYun apporta une boite à Mad Painter tandis que Snow Hound en donnait également une à Sha ShengShi qui l'apporta immédiatement à Boya pendant que QingMing ouvrait celle que HuaShi venait de lui passer.
Ils n'étaient évidemment pas les seuls à ouvrir les offrandes qui les intéressaient immédiatement, mais la curiosité autour d'eux était sans doute l'une des plus forte. Le scandale qu'était la cour qu'ils se faisaient semblait ravir jusqu'à l'âme une partie fort mesquine des nobles présent et le romantisme échevelé d'une part non négligeable des plus jeunes participants à cette farce politique.
Les voir arriver depuis la veille dans des vêtements qui se répondaient en rajoutait une couche en prime. Ce soir-là, le Premier Disciple de JingYun et Honey Bug avaient recommencé leurs intrigues pour les habiller tous les deux dans des vêtements strictement identiques à part la couleur, chacun dans la sienne. A ce rythme, les deux chefs de secte commençaient à craindre de se retrouver en rouge le dernier soir.
Boya prit la boite en métal recouverte d'un tissu d'un rouge si foncé qu'il en était presque noir et d'une texture qu'il n'avait jamais rencontrée. En quoi était-il fait ? Ce n'était pas la soie de Honey Bug, ni les poils de QingMing ou des plumes de Snow Hound… Non, il ne voyait pas ce que c'était. Il commença par déplier le tissu pour réaliser qu'il s'agissait d'un qun rebrodé avec un mélange de symboles protecteurs et de phénix. Le tout avait été fait à la main par quelqu'un dont ce n'était pas le métier mais qui s'était appliqué de son mieux et avait progressé au fur et à mesure de la répétition des motifs.
Boya adressa une question à Killing Stone. Qui l'avait brodé ? QingMing ? Le shishen eut un petit signe de tête affirmatif.
Le bout de tissu avait dû lui prendre des jours.
A l'intérieur de la boite, une troisième partition évidement. Celle-là, il eut beau la lire et la jouer dans sa tête, le fashi ne comprenait pas ce qu'elle avait de spécial. C'était un magnifique morceau bourré d'émotions et de tendresse mais il ne comprenait pas ce qu'il pouvait en tirer avec sa cultivation.
Jusqu'au moment où il comprit. Il s'agissait juste d'un magnifique morceau. Et c'était sa simplicité et son innocuité qui en faisait la valeur.
Après de quoi guérir et tuer, QingMing lui offrait juste de quoi profiter de la vie. C'était tellement 'lui' que Boya eut le sourire le plus tendre qu'on lui ait jamais vu en public. Il roula la partition, la rangea à nouveau puis rendit les cadeaux à ShengShi pour qu'il les lui garde par devers lui jusqu'à ce qu'ils rentrent à la Maison.
Une fois de retour à sa place, Killing Stone eut un soupir. Ces deux-là étaient d'un romantisme écœurant et ne le réalisaient probablement même pas. Le shishen retint un petit gloussement lorsqu'il surprit Mad Painter et Snow Hound s'échanger des petits cadeaux eux aussi cachés par la table et leurs hanfu. C'était…mignon. Purement mignon de ridicule. Ou ridiculement mignon.
Ces deux-là se grimpaient dessus à en faire trembler les murs depuis près de trois siècles mais ils s'échangeaient des petits cadeaux comme des gamins.
Kuang HuaShi avait posé la boite de Boya devant son maitre. Elle était petite, noire, avec le symbole de JingYun encore une fois. QingMing l'ouvrit avec impatience et se figea. Il sortit avec précaution l'éventail peint à la main qu'il contenait. L'objet était d'une délicatesse rare avec une monture en os et une soie blanche d'une finesse extrême. Mais surtout, une main malhabile mais déterminée y avait peint un renard et un oiseau dans une position arrondie qui rappelait le signe du yin yang. L'œil rouge de l'oiseau et le jaune du renard étaient les deux seules touches de couleur du dessin. Le dessin était tout sauf remarquable mais pour QingMing, c'était sans doute le bien le plus précieux qu'il avait à présent. Il le plia avec précaution et le rangea immédiatement dans sa manche. Lui aussi avait un petit sourire timide et tendre.
Derrière lui, Mad Painter avait un peu grimacé devant le dessin. De son point de vue de professionnel, c'était un ratage absolu. Pour ce qu'il représentait et sa valeur sentimentale en revanche … C'était sans doute le plus bel éventail décoré à la main qu'il avait jamais vu.
A quelques tables de là, une jeune femme referma bruyamment la boite qu'elle venait de recevoir, gifla son prétendant et renvoya le cadeau avec outrage. D'accord, les bijoux étaient beaux et valaient chers. Mais s'il voulait sa main, pourquoi ne faisait-il pas quelque chose avec les siennes hein ? Si deux couillus déviants et inconvenants avaient l'idée de faire quelque chose de romantique, pourquoi des hommes normaux se contentaient-ils de cadeaux aussi médiocres et sans saveur ? Pff. C'était une honte.
L'arrivée de l'Empereur fut annoncée une fois de plus et chacun regagna sa place pour saluer le souverain.
Dans leur dos, les deux chefs de secte sentaient la rancœur jalouse de plus d'un courtisan en colère de voir leurs cadeaux dépréciés parce qu'ils n'avaient ni imagination ni talent.
Les deux chefs de secte allaient devoir lever le pied sur les ouvertures devant tout le monde s'ils voulaient éviter les ennuis encore plus prononcés que ceux qu'ils avaient déjà.
Et dire que l'Empereur leur avait demandé près d'un an plus tôt d'être discrets. Pff.
Le pire étant probablement que quoi qu'il se passe, jamais ils ne porteraient de rouge. Cette cour intempestive était sans doute très romantique mais dans l'absolue, totalement inutile. Tout ça pour avoir une excuse pour renvoyer poliment les tentatives de leur mettre la main au col. Pourquoi ces gens ne voulaient-ils pas comprendre que le mariage ne les intéressait pas ?
Comme la veille et l'avant-veille, une fois le banquet terminé, les maitres de JingYun fut rendu à leur Temple (ils ne voulaient pas subir une seconde nuit de hurlements de plaisir, merci beaucoup, Snow Hound était très fier de lui-même) et tout le monde rentré à la Maison, Boya et QingMing s'isolèrent dans la tanière de ce dernier. Après un bain en commun même pas crapuleux, les deux hommes s'endormirent dans les bras l'un de l'autre, juste contents.
Même s'ils n'en disaient rien, ils attendaient avec une impatience réelle ce que l'autre avait trouvé pour marquer son attachement.
Boya attendait une quatrième partition.
QingMing attendait du thé vert et des gâteaux de riz.
Auraient-ils raison ? Ou tort ?
Ils prenaient gout à ce jeu de séduction codifié où seule l'imagination et les moyens pouvait mettre un frein à leurs ambitions.
QingMing passa une partie de la journée du lendemain avec sa secte pendant que Boya restait avec la sienne. Ce n'était pas parce que les rumeurs les plus folles volaient qu'ils ne devaient pas faire leur travail.
Ils avaient des papiers à signer, des rapports à lire, des shidi à éduquer et des missions à organiser jusqu'à ce qu'il soit l'heure pour eux de rentrer se faire habiller.
Ils le savaient maintenant, Honey Bug et Yan Shu, au moins, intriguaient ensemble pour que les tenues soient chaque soit coordonnées ou au moins se répondent.
Ce soir, les couleurs étaient pour la seconde fois inversées. QingMing étaient en noir et or, et Boya en blanc et argent. Les coupes étaient celles dont ils avaient l'habitude à part de petits détails. Les vêtements de Boya étaient un peu plus moulants qu'à l'ordinaire, mettant en valeur ses épaules et ses hanches musclées. Ceux de QingMing étaient plus délicats à modifier. Les cols étaient un peu plus larges, s'ouvraient un peu plus, suffisamment pour que des cicatrices de morsures se voient à la jonction entre le cou et l'épaule et les manches étaient plus longues, presque aussi longues que celles d'une femme mariée. C'était subtil, mais quand on connaissait les atours habituels des deux hommes, les modifications et leur fonction étaient évidents.
Cette fois, ils n'ouvrirent pas le cadeau de l'autre. La majorité de leurs courtisans avaient compris le message. Il n'y avait plus que deux obstinés pour Boya et un seul pour QingMing qui continuaient à leur offrir chaque soir un nouveau cadeau. Les autres avaient laissés tomber. Quand bien même ils leur offriraient la lune, ils n'arriveraient jamais à les intéresser. Ce n'étaient pas des parents auxquels il fallait prouver qu'ils avaient assez de bien pour être intéressant pour une alliance, c'étaient des hommes adultes qui savaient parfaitement ce qu'ils ne voulaient pas. Et ce qu'ils voulaient.
Un murmure de mécontentement finit par remonter jusqu'à eux. Bon alors ? Ils les ouvraient leurs fichues boites ?
Ils n'y touchèrent pas, un peu renversés quand même. Non mais ils n'étaient pas des amusements publics enfin !
L'Empereur fut annoncé, chacun s'inclina profondément puis les serviteurs attendirent pour servir que le souverain le demande. Et ça ne venait pas.
Les deux fashi échangèrent un regard. Ils le sentaient venir. Vraiment. Aussi gros que le Serpent.
"- QingMing Daren, Boya Daren. Nous attendons." Finit par lâcher l'Empereur, un sourire de chacal aux lèvres. "Ouvrez, tout le monde est impatient de savoir." QingMing ouvrit la bouche mais l'Empereur lui coupa l'herbe sous le pied. "Et pas la peine de m'envoyer une autre lettre d'insultes, QingMing Daren." Le yin yang shi resta imperturbable mais l'agacement était visible dans ses yeux.
Killing Stone fila poser la boite du jour devant Boya pendant que Mad Painter donnait la sienne à son maitre.
Les deux hommes fusillèrent du regard l'Empereur comme s'ils n'étaient que tous les trois dans la grande pièce. Certes c'était une exigence de l'Empereur, mais c'était davantage un ami qui ennuyait les deux autres qu'autre chose. S'ils avaient des spectateurs, il y avait aussi un jeu politique subtil qui échappait complètement aux deux prêtres mais s'ils savaient exister. L'Empereur les utilisait pour mettre son pied sur la gorge de quelqu'un. Qu'est ce qui se passait en sous-main ?
Boya ouvrit sa boite le premier. Vu la forme, il s'attendait encore évidement à une partition. Cette fois, pourtant, il n'en fut rien.
Il sortit les deux dagues et leurs fourreaux avec révérences. Elles étaient courtes, plus courtes que ses avants bras. Et les fourreaux étaient justement prévu pour s'adapter aux avant-bras. Il demanda a Killing Stone de l'aider à les installer pour juger de leur qualité et de leur aisance. Si elles étaient trop lourdes, elles seraient surtout gênantes. Pourtant, elles étaient parfaitement adaptées. Il fit quelques mouvements sans être gêné ni par le poids ni par la taille.
Puis il les dégaina. L'aura des deux armes fit pâlir les gens autour de lui. C'étaient de pures lames démoniaques. Entre les mains d'un tueur de démon comme lui, les deux lames jumelles étaient de véritables engins de mort. Killing Stone avait bondi en arrière pour s'éloigner au plus vite des deux armes, livide. Il avait renversé le pauvre militaire juste à la droite de Boya mais l'homme ne lui en voulait pas. Lui aussi sentait l'aura meurtrière qui exsudait des armes.
Boya les rengaina immédiatement. L'aura de destruction disparue aussitôt.
"- QingMing, qu'est-ce que c'est que ça !"
Le yin yang shi cacha son sourire derrière son éventail, celui qu'il avait eu la veille.
"- Ce sont des lames maudites. Des dévoreuses d'âme."
Boya ouvrit de grands yeux en bondissant sur ses pieds.
"- TU ES MALADE ?!" Tous les prêtres savaient ce qu'étaient ce genre de lames.
L'âme de puissants démons y étaient enchâssés. Seuls des prêtres de très haute cultivation et avec une rigueur morale extrême pouvaient maitriser des armes de ce calibre. Mais quand ils y arrivaient, on se souvenait d'eux dans toutes les légendes. Pour ça, encore fallait-il ne pas se faire dévorer de l'intérieur par elles. Ce n'était pas un cadeau, c'était une malédiction. Alors pourquoi QingMing les lui offrait-il ?
"- Pff. Comme si j'allais les laisser te faire du mal." Pesta Zhuque.
Boya en tira encore une. Il sentait la faim de la lame, son envie de chasser, son désir de servir son nouveau maitre mais aucune envie de le manger, lui. La lame ne le reconnaissait tout simplement pas comme une proie potentielle. Un démon ne pouvait rien contre un dieu-gardien.
Sans y réfléchir plus avant et sans se soucier une seconde des gens autours qui observaient ce qui se passait, il s'entailla les poignets sur chacune des deux lames pour les nourrir de son sang.
QingMing replia son éventail. La soif mortifère des deux lames s'étaient calmées. Elles avaient reconnu leur maitre et se soumettaient.
"- Zhuque a retrouvé ses serres." Murmura-t-il "reste à savoir s'il parviendra à les enflammer." Mais ça, ils testeraient à la maison.
Encore secoué, Boya se rassit avec l'aide de Killing Stone. Son premier disciple le prit en charge mais un coup d'œil du Shishen à son maitre le conforta dans l'idée de rester avec le maitre de JingYun. Il était mine de rien tout pâle et semblait pas mal secoué. Et il ne parlait pas des marques qui étaient apparues sur ses tempes. Il valait mieux qu'un de ses frères reste avec lui. Le shishen sortit son petit nécessaire de premier soin qu'il avait comme les autres toujours sur lui à cause de leur maitre qui trouvait toujours le moyen de se cabosser aux moments les plus farfelus et pansa les poignets du maitre de secte. Le sang avait arrêté de couler très vite, retenu par son qi, mais les plaies étaient encore béantes.
A sa place, l'Empereur était comme les autres spectateurs, bien livide. Il s'attendait encore à quelque chose de romantique en diable, pas à une scène d'horreur avec tentative de suicide.
Ces deux-là allaient avoir des explications à donner.
Pendant que les gens autour d'eux se remettaient et que Boya reprenait son souffle appuyé contre son grand frère, perdu dans ses pensées et celles de Zhuque, QingMing avait ouvert sa propre boite.
Si la réaction de Boya à son cadeau avait été violente et dramatique, la sienne fut tranquille.
Il sortit la petite théière tenue chaude par un talisman, le gâteau de riz et mangea tranquillement le tout sans jamais quitter des yeux son compagnon. Malgré sa fatigue, le tueur de démon souriait, content.
Personne autour d'eux à par Mad Painter ne comprenait la portée du cadeau évidement. Après ceux de la veille et de l'avant-veille, la déception était évidente.
Alors pourquoi le yin yang shi avait-il l'air si satisfait ?
Et dire qu'il ne restait qu'un seul banquet avant la fin de cet évènement comme il n'y en avait qu'un par vie…Ils allaient tous rater la fin des échanges de cadeaux, ils le savaient. Ils n'assisteraient pas à la demande en mariage elle-même. C'était un scandale.
On apporta enfin le diner, Killing Stone dû aider Boya à manger. Il avait si bien entaillé ses poignets qu'il peinait à tenir ses baguettes. Il se fit d'ailleurs engueuler par ses deux maitres aussi bien que par son frère shishen.
Une piqure au bout du doigt aurait fait l'affaire ! Imbécile !
Lorsque les convives commencèrent à quitter les lieux, des serviteurs vinrent chercher les deux chefs de secte et leurs suites pour une dernière tasse de thé avec l'empereur.
Si les shishen n'en furent pas affectés, le Premier disciple et le maitre des archives de JingYun furent pris d'une suée. C'était l'Empereur quand même !
Le physicien personnel de l'Empereur attendait dans la petite salle à manger lorsque le groupe fut introduit auprès du souverain. Il se précipita pour examiner les poignets de Boya, recousit les plaies béantes puis les pansa à nouveau. Elles avaient déjà commencé à se fermer évidement mais elles feraient sans doute des cicatrices.
"- Est-ce que quelqu'un peut m'expliquer ce qui s'est passé tout à l'heure ?"
"- Nous avions nos raisons de ne pas ouvrir les paquets tout de suite, Majesté." Sourit QingMing derrière son éventail.
"- Et il était obligé de s'ouvrir les veines là ?"
"- Il en a un peu trop fait. Juste se piquer le doigt sur la pointe de chaque lame aurait suffi."
"- Non."' Contra Boya.
"- Non ?"
"- Ca n'aurait pas suffi. Elles avaient faim. Elles auraient voulu tuer. Là, elles sont liées, muselées et repues." C'était encore le mieux à faire. "QingMing où as-tu trouvé ces machins ? De pareilles lames maudites n'ont pas été enregistrées depuis des années."
Le maitre de secte eut encore un sourire satisfait.
"- Je ne vais pas te révéler tous mes secrets tout de suite, mon ami. Mais j'aimerai savoir où tu as trouvé des informations pour les tiens de cadeaux."
Boya renifla avec hauteur.
"- Je ne vais pas te révéler tous mes secrets tout de suite, mon ami" Répéta-t-il crânement.
"- Un jour ils vont arrêter de se donner des coups de pattes comme des chatons et ce jour-là sera une vraie catastrophe." Soupira Snow Hound avec la fatigue d'un père de famille.
"- Bois ton thé" Ordonna le yin yang shi à son compagnon, vexé.
Le visage imperturbable, le vaisseau de Zhuque obéit mais ses lèvres frémissaient d'amusement.
L'Empereur les regardait faire avec un certain détachement amusé. En un peu plus d'un an (déjà un an qu'il se gelait le cul sur ce fichu trône ?) il s'était habitué aux manières des deux hommes au point de ne même plus leur demander un peu de distance et de tenue. Il doutait même que les deux prêtres réalisent à quel point ils étaient proches et fusionnels. Ils étaient un couple naturel. Leur relation était sans doute aussi confortable à vivre qu'à voir vivre. Il n'avait jamais cru au concept d'âmes-sœur avant mais depuis qu'il les connaissait, il savait qu'il en avait un couple devant lui.
"- Y a-t-il autre chose, Majesté ? Boya a besoin de se reposer, il est tard, Ye HuoHua a besoin de ses parents et je suis persuadé que vous attendrez demain soir pour nous apprendre la raison de cet évènement à part votre désir de rencontrer tous les nobles du royaume. Et d'en faire éliminer quelques-uns."
"- QingMing Daren ! Vous me vexez. Je n'ai fait éliminer personne. Je suis un militaire. Les chutes malencontreuses dans les escaliers arrivent. Quand je veux tuer quelqu'un, je le fais de face et avec une arme. Toute autre méthode serait insultante."
"- Mais vous n'êtes pas responsable de ce que font les nobles entre eux ?"
"- C'est vous qui l'avez dit."
"- Et bien j'espère que vous n'avez pas causé la mort malencontreuse de vos futures épouses."
"- Vous !"
"- C'était assez évident, Majesté." Confirma Boya en se retenant très fort de bailler. "Avec toutes ces jeunes filles à marier à l'étalage, il était évident que vous feriez votre choix parmi les candidates déjà retenues."
L'Empereur grommela un peu. Sa surprise quoi !
"- Au moins, vous n'avez pas deviné qui j'ai choisi." Enfin, il l'espérait.
Les deux hommes restèrent absolument silencieux.
"- Qian Wuhan se fera un plaisir de vous préparer les cartes propitiatoires pour trouver les meilleures dates pour vos mariages, Majesté."
Ils échangèrent encore quelques plaisanteries avant que Boya ne commence à avoir du mal à rester droit.
L'Empereur leur permis de se retirer directement. Il commençait à avoir l'habitude de les voir se balader par portail aussi leur permit-il d'en ouvrir un directement dans son étude. Un jour, il demanderait à en prendre un par curiosité.
Les Maitres de JingYun rentrèrent chez eux les premiers puis QingMing ouvrit celui pour la Maison du Lac.
L'empereur était à chaque fois plus charmé par ce qu'il voyait. Le Domaine du yin yang shi avait l'air tellement paisible. Honey Bug apparut très vite de l'autre côté du Portail, le bébé tengu dans les bras. Il s'agita dès qu'il vit le groupe d'adultes. Il n'avait d'yeux que vous ses parents mais perdu au milieu des autres…
Les deux prêtres s'inclinèrent imité par les trois shishen puis le portail se referma derrière eux, laissant l'Empereur seul et perdu dans ses pensées.
Aurait-il dû leur dire pour les rumeurs de contrat sur leur tête ? Ils étaient intelligents. Ils devaient déjà se douter qu'avec la faveur qui était la leur auprès de lui de nombreux courtisans voulaient les voir morts. Avec leur sans-gêne à étaler leur relation au point de se courtiser officiellement à la vue de tous, ils avaient froissé plus d'une sensibilité.
Ils n'étaient pas stupides. Ils le savaient. Et quelque chose disait à l'Empereur qu'ils avaient autant de raisons de s'exposer ainsi que lui de les utiliser pour appuyer quelques petites gifles humiliantes à certains de ses ennemis politiques.
Le lendemain soir, les quatre mariages de l'Empereur seraient annoncés.
Il avait plus hâte de voir les derniers cadeaux que le couple partagerait devant eux que de voir comment allaient réagir ses nobles à l'annonce de ses mariages.
Maintenant, pourquoi les deux hommes avaient-ils eut l'air si satisfait pour un thé vert et un gâteau de riz ? Après tout le reste, qu'était la valeur d'un aussi médiocre cadeau ?
Quelque chose lui échappait.
Il ordonna qu'on lui convoque Qian Wuhan pour la troisième heure du matin après le lever.
Il saurait lui.
Peut-être.
