la BGM du chapitre
Le chef de secte avait enfin pu gagner sa couche. Ils avaient eu droit à une fête de la part de ses hommes et n'avaient pu y couper. Les deux petits juniors étaient déjà totalement épuisés, la fête les avait achevés. Juste avant d'aller se coucher, il les avait mis au lit avec l'aide de son maitre des disciples.
C'était gentil de la part des autres disciples évidement, mais il était mort de fatigue.
Lorsqu'il s'était laissé tomber dans son nid confortable, il était sûr qu'il allait s'endormir en quelques secondes.
Ca faisait maintenant plus de trois heures qu'il attendait de s'endormir en quelques secondes.
Un grognement lui échappa. On était proche de la quatrième heure après la mi-nuit mais il n'arrivait toujours pas à s'endormir. A ce rythme, le soleil allait se lever sans qu'il n'ait fermé l'œil. Il ne savait pas comment il survivrait à une journée complète sans avoir pu dormir ne serait-ce qu'une heure. Même de la méditation profonde n'arriverait pas à soulager sa cervelle trop active et trop épuisée à la fois. Il avait besoin de vrai sommeil pour parvenir à assimiler la dernière mission en date. Il avait vu des trucs moches dans sa vie, mais c'était la première fois qu'il tombait sur un cercle d'esclavagistes pédophiles. C'était normalement de la responsabilité de la Garde. Pas du Temple. Là, ils n'y avaient été mêlés qu'à cause des talismans et des méthodes bien différentes de ravisseurs "normaux". Si certains commençaient à rajouter de la magie à leurs méfaits, il allait sans doute conseiller à l'Empereur la création d'un nouveau corps intégré à la Garde avec des spécialistes de la question. Le Temple avait déjà trop à faire. C'était normalement le boulot de l'Observatoire Céleste de s'occuper des questions de magie mais eux non plus n'avaient pas le temps. Pas avec les mariages de l'Empereur à préparer, la démission du maitre de l'ouest et le panier de crabe politique qu'était invariablement le Palais Impérial. Il aurait fallu des gens spécifiques concentrés uniquement sur le bien commun avec interdiction de toucher à la politique. Un vœu pieux.
Ecœuré, il hésita à se lever mais si son cerveau n'arrivait pas à se mettre en pause, ses membres étaient trop lourds pour qu'il arrive à bouger de son nid.
Son regard tomba sur le lin'ger qui lui permettait de parler à son compagnon le soir quand ils dormaient séparés. Il hésita encore. Il était si tard… ou si tôt !
Il prit le petit artefact entre ses doigts. Le métal se réchauffa très vite.
"- …QingMing ?" Ca n'avait été qu'un murmure. Si son compagnon dormait, il ne voulait pas le réveiller.
La réponse ne se fit pas attendre plus de quelques secondes.
"- Boya ?"
"- Je te réveille ?"
"- Non, je travaillais."
"- A cette heure-ci ?" Le vaisseau était surpris.
QingMing était un hédoniste. Il était sûr que si Snow Hound ne venait pas le sortir du lit de force quand il n'avait rien à faire, il n'en décollerait pas, même pour manger. Boya se demandait parfois si cette apathie horizontale n'était pas le signe d'une dépression sous-jacente. Il en parlait en connaissance de cause. Il lui arrivait parfois de ressentir cette atroce pesanteur de l'âme qui rendait impossible l'idée de faire quelque chose. Ça lui arrivait beaucoup moins depuis qu'il avait son Partenaire et Zhuque, mais il sentait quand même encore parfois le fantôme de ce gouffre sans fond qui ne demandait qu'à l'engloutir. Ca ne l'aurait pas choqué que le demi-renard en souffre aussi. Surtout autodestructeur comme il pouvait l'être.
"- Je n'arrive plus à dormir seul." Avoua le renard, gêné.
Boya n'aurait pas été si fatigué, il aurait ri.
"- Je suis désolé de ne pas pouvoir venir te rejoindre avant quelques jours."
"- Nous avons chacun nos devoirs, mon Boya. Je suis juste heureux que tu n'aies rien."
"- Sha ShengShi t'as déjà fait un rapport j'imagine."
"- Evidement."
"- Il faudra que je remercie personnellement les maitres qui ont acceptés de prêter leurs shishen. Ils n'en ont pas souffert ?"
"- Non, mais ils se sont rendu compte qu'ils avaient bien moins la forme qu'ils le croyaient. Ils ont été très vexés."
"- j'en suis navré."
"- Ne le soit pas. Ils ont décidé de se reprendre en main. Une bonne partie va sans doute suivre. Certains maitres n'ont pas invoqué leur shishen depuis des années. Je compte bien leur imposer de les avoir avec eux au moins un jour par semaine. Méditer c'est très bien, mais si c'est juste pour se regarder le nombril, ça ne sert pas à grand-chose. Le Bureau est apathique depuis trop longtemps. La partie "Temple" à un peu trop prit le dessus sur la Secte et le Bureau. Il est plus que temps d'y remédier."
Et que son premier disciple ait retrouvé l'accès aux catacombes et aux prisons n'avait fait qu'appuyer plus durement encore l'état de délabrement de la secte. Qu'est-ce que Zhong Xing avait fichu tout ce temps ? Et ses prédécesseurs ?
Les doigts de Boya s'étaient mis à courir sur un oreiller en soie rembourré avec des poils de son compagnon pour l'écouter pester. Le coussin sentait presque aussi bon que lui et le tueur de démon dormait toujours avec l'oreiller dans les bras quand il était seul.
"- Qu'est-ce que tu caresses ? J'entends des bruits de tissu."
"- Un oreiller en soie avec tes poils à l'intérieur."
Le sourire de QingMing s'entendit dans sa voix.
"- Je te manque aussi ?"
"- Toujours."
"- …Et qu'est-ce que tu ferais si j'étais là ?"
Boya resta silencieux un instant. Un petit sourire lui était monté aux lèvres.
"- Seriez-vous en train d'essayer de me chauffer, QingMing Daren ?"
"- Est-ce que ça fonctionne Boya Daren ?"
"- Toujours, QingMing Daren."
"- Alors que feriez-vous si j'étais à coté de vous, Boya Daren ? Me décririez-vous ce que vous feriez ou dois-je me contenter d'imaginer vos mains délicates effleurant votre peau ?"
Boya eut un petit sourire en coin.
"- Non… Mais je peux te dire ce que j'aimerai que tu me fasses en revanche." Ronronna presque le prêtre de l'est.
Heureusement que son compagnon ne le voyait pas. Il était écarlate et serrait son oreiller contre son torse comme une gamine.
QingMing entendit un bruit de tissus qu'on écarte. Il se passa la langue sur les lèvres.
"- Et si tu me laissais voir ? Tu dois avoir un fu'yan ou deux près de toi non ?"
La respiration de Boya s'accéléra un peu.
Le laisser voir ?
Pourquoi est-ce que ça l'excitait à ce point ?
Il se redressa pour attraper un fu'yan sur la table de nuit, le lança sur la canopée de son nid et l'activa. Une fois qu'il était ouvert, il eut un petit sourire.
"- Est-ce que tu me vois, mon renard ?" Il entendit son compagnon avaler sa salive puis un bruit de tissus.
"- Tu es toujours tellement magnifique
Boya attacha le lin'ger à son oreille pour ne plus avoir besoin de le tenir.
"- Où es-tu, mon renard ?
"- Dans mon bureau, au Temple.
"- Et la porte est verrouillée ?" Il entendit encore son compagnon avaler sa salive
"- Non."
"- Ferme là." Il perçut QingMing se ruer sur la porte et manquer tomber dans sa précipitation à la verrouiller physiquement et spirituellement. Puis il l'entendit activer un talisman de silence
Un petit gloussement échappa au vaisseau de Zhuque. Il aurait dû être affreusement gêné de s'offrir ainsi à distance à la vue de son Partenaire, à lentement ouvrir sa tenue de nuit pour soulager la chaleur croissante qui se rependait dans ses membres mais au contraire, il se sentait en position de force. Son renard était tellement avide de lui, même si c'était juste l'entendre et le voir à distance, qu'il ne pouvait que se sentir...désiré, aimé.
Il connaissait de longtemps le désir qu'il pouvait provoquer, le plus souvent dans le regard des femmes. Il en avait toujours été gêné. Quand Long Ye avait loué ses qualités devant QingMing en la présentant comme le fantasme préféré des jeunes filles pour leurs rêves nocturnes, il avait eu envie de se cacher de honte. Mais le regard de QingMing était totalement différent. Il ne sentait pas comme un objet, un bout de viande ou un trophée. Il se sentait davantage vénéré que désiré.
Boya s'allongea plus confortablement au milieu de son nid. Lui qui était encore épuisé quelques minutes avant se sentait soudain bien réveillé. Ses doigts glissèrent sur son torse en une caresse machinale. Il entendit le souffle un peu plus court de QingMing de l'autre côté des artefacts. Savoir qu'ils n'étaient qu'à un portail l'un de l'autre mais qu'aucun des deux ne faisait rien pour se retrouver apportait en prime un piquant qu'il n'avait pas imaginé.
Le chasseur ne jeta pas un coup d'œil vers le fu'yan. Il se redressa juste assez pour retirer le haut de son zhong yi qu'il laissa glisser au sol. Le vêtement était un tout petit peu trop grand aux épaules et surtout, blanc.
QingMing sembla le réaliser lorsque Boya l'entendit hoqueter et avaler bruyamment sa salive.
"- Boya"
"- Shhhh. du silence mon cher yin yang shi. Vous allez troubler mon repos."
C'était cruel sans doute, mais il pouvait presque voir QingMing se mordre la main pour faire taire les petits bruits qu'il ne pouvait normalement s'empêcher de produire. Son amant était un bavard quoi qu'il fasse. Au lit, C'était encore pire.
Les doigts de Boya glissèrent lentement sur son torse puis sur sa gorge
"- Hmmmm. Sais-tu pourquoi j'aime autant avoir tes doigts sur moi, mon renard ? Parce que tu as les mains si fraîches. J'ai toujours chaud. J'aime la chaleur. Mais toi…C'est comme si un glaçon glissait le long de ma peau et laissait une ligne humide qui reste fraiche même après son passage. Et tes mains sont si larges par rapport aux miennes. J'ai parfois l'impression que je pourrais juste me cacher derrière tes mains si je te le demandais. Comme si j'étais fragile et que j'avais besoin qu'on me protège." Et c'était quelque part extrêmement agréable comme sensation. Pour une fois, il n'avait pas besoin d'être fort. Il pouvait se laisser aller.
Un petit sanglot étouffé échappa au Yin Yang shi. Ce fut au tour de Boya de vouloir savoir ce qu'il faisait. QingMing pouvait le voir mais l'inverse n'était pas vrai.
"- Qu'est-ce que tu fais, mon renard ? Dis-moi ce que tu fais." Il entendait QingMing haleter doucement. Pour qu'il soit dans cet état avec aussi peu…"Tu penses trop, QingMing"
"- Comment veux-tu que je ne pense pas à tout ce que je pourrais faire quand je t'ai sous les yeux comme ça ?" C'était presque un gémissement.
"- Alors dis-moi ce que tu voudrais me faire ? Dis-moi ce que tu as en tête. Et je t'interdis de te toucher tant que je ne t'en donne pas l'autorisation." Il entendait les bruits de tissu
"- Boyaaa !" C'était de la cruauté mentale.
"- Allez, j'ai pitié de toi. Contente-toi de regarder, mon fragile petit renard."
Boya fit glisser ses mains sur son torse. Les yeux mi-clos, il effleurait ses flancs du bout des doigts, un sourire aux lèvres.
"- J'aimerai tellement que ce soient tes mains. Elles sont si solides… J'ai toujours su que je pouvais me reposer sur elles, tu sais. J'ai encore leur dextérité en mémoire quand nous jouions avec le pipa."
Leur combat n'avait été réellement guère plus qu'un jeu de chatons qui se donnaient des coups de pattes même s'ils étaient tous les deux extrêmement sérieux à ce moment-là.
Le tueur de démon effleura ses mamelons du bout des doigts. Il les sentit se durcir immédiatement, suffisamment pour pouvoir les pincer entre ses doigts juste un petit peu trop. Un hoquet lui échappa sous la délicieuse douleur.
"- Tu savais que mon premier disciple a les tétons percés ?" Le grondement de jalousie de QingMing le fit largement sourire. "Mais il parait qu'il ne faut pas parler de ses ex-partenaires au lit." Le sifflement de rage du renard était très sympathique. "Je t'interdit de le frapper. Nous étions ados." Il commençait à le connaitre. "Tu aimerais que je me fasse poser des anneaux ?"
"- Non." La voix normalement douce de QingMing était rauque et heurtée
"- Vraiment ? Tu ne voudrais pas jouer avec ? Savoir que le frottement du tissu sur mes mamelons les garde durs en permanence ?"
"- La seule chose qui peut jouer avec toi, c'est moi, Boya. Je ne laisserai pas un bout de métal me voler ce qui m'appartient. Aussi peu soit-il."
Boya sentit un lourd frisson lui remonter dans le dos. Il n'avait jamais entendu QingMing aussi déterminé et possessif
"- Et si j'avais envie, moi, d'en avoir ?"
"- Alors je ferais le trou avec mes crocs."
Boya faillit se rependre tellement l'image mentale le renversait. Il sentait presque déjà la délicieuse douleur de la morsure
"- A…Avec tes crocs Et qu'est-ce que tu ferais d'autre ?
"- Je lècherai la plaie jusqu'à ce que tu arrêtes de saigner. Puis je mordrais encore, juste pour t'entendre gémir de douleur entre mes bras. Et si tu veux vraiment avoir quelque chose là, je suis sûr que je trouverais quelque chose qui te conviendrait bien mieux qu'un bête anneau. Peut-être un artefact qui resterait toujours froid puisque tu aimes ça ? Ou une petite pince pour te rappeler mes crocs sur toi ?" La voix était si rauque que Boya peinait à le comprendre.
A moins que ce soit le son de son sang qui rugissait à ses oreilles qui l'empêchait de bien l'entendre ? Boya donnait des hanches dans le vide sans le vouloir. Les marques de Zhuque étaient toutes là et le brulaient d'une chaleur aussi délicieuse qu'impossible à ignorer
De plus en plus souvent, le dieu-gardien se mêlait à son esprit quand il était avec QingMing. Il aimait ca autant qu'eux.
"- Je veux voir plus, mon Boya. S'il te plait."
Le tueur de démon se fit un plaisir d'obéir à son compagnon.
Ses mains descendirent lentement le long de son torse sur son ventre pour tracer la moindre marque de Zhuque avec précision. Le phénix s'étira à l'intérieur de lui en roucoulant. Il prenait encore plus plaisir à la caresse. Elle était "pour" lui après tout. Boya pouffa. Cette dichotomie était étrange. Il profitait de ses propres caresses mais Zhuque en jouissait comme quelqu'un d'autre. Pourtant, c'était le même corps qui les recevait. Le phénix se tordit un peu plus dans son esprit, s'enroulant autour du plaisir comme un chat sous la main qui le caresse
"- Elles sont plus grandes." Réalisa soudain QingMing. "Tes marques sur les hanches. Elles sont plus nombreuses." Était-ce Zhuque qui prenait plus de place dans l'esprit de Boya ? Leur symbiose qui s'approfondissait ?
"- Elles sont plus sensibles en tout cas." Souffla Boya
Il glissa ses mains sous la ceinture de son pantalon pour donner une longue caresse légère comme une plume sur son membre déjà rigide.
QingMing geignit avec désespoir
"- Laisse-moi voir, s'il te plait"
"- Est-ce que tu te touches en même temps, mon renard ?"
"- Non !"
"- Vraiment ?"
"- Tu me l'a interdit."
Boya rouvrit les yeux pour fixer le fu'yan, incrédule. Et QingMing le faisait ? Il résistait parce qu'il le lui avait dit ? Le tueur de démon se sentit durcir davantage.
"- Ho, mon adorable petit yin yang shi... si avide de me plaire. Si pressé de m'obéir. Je devrais te récompenser tu ne crois pas ?"
Boya attrapa le bout du cordon qui retenait son pantalon et tira lentement, si lentement dessus.
Enfin, le nœud céda mais Boya n'écarta pas immédiatement le pantalon. L'avant était à moitié détrempé déjà.
Il serait horrifié plus tard. Quand il ne serait plus à moitié noyé dans les hormones, l'épuisement, son désir et celui de Zhuque.
"- Il faudra que tu m'apprennes à utiliser un fu'yan. J'aimerais vraiment voir ce que tu fais." Son Partenaire avait-il encore quelque chose sur le dos ? Il était certes dans le bureau de sa secte mais il avait fermé portes et fenêtres, non ? "Dis-moi, qu'as-tu encore sur le dos."
QingMing tentait difficilement de garder son calme. Il ne pouvait que regarder et écouter. C'était sans doute la pire épreuve de patience, de self-control et de retenue qu'il ait subit de sa vie.
"- Tous mes vêtements à par ma robe extérieure."
"- Vraiment ? J'aurais pensé que tu te serais mis à l'aise."
"- Et me torturer encore plus de ne rien pouvoir faire ? Je suis peut-être un peu masochiste, Boya. Mais pas à ce point."
Le chasseur renifla un peu. Il était au courant pour le masochisme, merci beaucoup. Et lui-même se découvrait des travers qu'il n'aurait jamais imaginé. Ne venait-il pas de quasi prendre son plaisir à l'idée que QingMing le morde profondément ?
Il roula dans son nid jusqu'à en descendre.
"- Boya ?"
"- Je reviens."
QingMing attendit nerveusement de l'autre côté des montagnes. Boya ne tarda pas à revenir. Il glissa quelque chose sous un des nombreux coussins qui encombrait son aire avant de s'y installer à genoux. Son pantalon glissait lentement sur ses cuisses. S'il ne l'avait pas encore perdu, c'était uniquement parce que son érection le retenait.
"- Dis-moi, mon QingMing. Que veux-tu que je fasse ?"
Boya ne pouvait qu'entendre le bruit de la respiration lourde de son amant et de sa langue qui humidifiait ses lèvres.
"- Finis de retirer ce fichu bout de tissu." Mais QingMing ne menaça pas de venir l'enlever lui-même.
Le pantalon finit par tomber sur le sol. Les cuisses de Boya se contractèrent alors qu'il se rallongeait tranquillement au milieu de son nid. Il ne quittait pas des yeux de fu'yan comme s'il voulait fixer son compagnon dans les yeux.
Ses mains repartirent sans attendre à l'aventure sur son ventre et ses cuisses. Il évitait consciencieusement son sexe pour l'instant. Comme QingMing l'avait déjà remarqué sur son ventre, les marques de Zhuque étaient plus larges.
Il prit le temps de les explorer une à une avant de finalement venir prendre son membre dans sa paume. Par acquis de conscience, il attrapa la fiole d'huile qu'il avait été cherché et en laissa couler sur lui. Un petit gémissement de plaisir lui échappa lorsqu'il se repris en main. C'était beaucoup mieux comme ça malgré la quantité de fluides qu'il avait déjà produits. Il allait vraiment finir par croire que Zhuque modifiait réellement son corps petit à petit. Et pas uniquement parce qu'il avait des ailes, des marques qui apparaissaient et disparaissaient et que lorsqu'on lui donnait un œuf, il pouvait le couver avec une zone spécifique qui chauffait au niveau de son estomac. C'était trivial mais c'était bien qu'il se passait quelque chose sous sa peau en plus de sous son crâne.
Sans le vouloir, Boya avait fermé les yeux. Il n'avait jamais été très porté sur le sexe avant d'avoir trouvé QingMing. Il se soulageait quand c'était nécessaire, mais rarement parce qu'il en avait envie.
Ce soir cependant, il prenait un plaisir rare à redécouvrir ces sensations qui lui avaient toujours semblées fades et presque artificielles. Était-ce parce qu'il avait un spectateur ?
Une onde de plaisir remonta dans son dos.
"- QingMing…" Son compagnon le regardait.
Son compagnon était là à l'observer. Il entendait son souffle heurté, le bruit de ses robes qui bruissaient les unes sur les autres alors qu'il tentait de trouver une meilleure position pour soulager son entre-jambe rigide sans se toucher.
"- Ha, QingMing…" Boya caressait la longueur de son membre de la paume lentement puis ses doigts glissaient sur le bout avec légèreté comme s'il ne voulait pas que le plaisir vienne trop vite.
Il serrait à peine, effleurait la couronne du bout des doigts, redescendait à la base juste avec ses doigts puis se reprenait un peu plus rudement dans la paume.
Il libera une de ses mains pour jouer avec ses testicules avec douceur. Il avait encore à l'esprit la bouche de QingMing lorsqu'il avait joué de la langue sur lui pour la dernière fois. Il n'avait pas imaginé que ces parties-là puissent être aussi sensibles dans la bouche de quelqu'un.
Un petit hoquet échappa au tueur de démon lorsqu'un peu d'huile chauffée par sa peau glissa plus bas. Sa main libre la suivit pour venir effleurer son entrée gentiment.
Ses gestes sur son sexe restaient légers, comme accessoires devant le déluge de sensations qu'il se prodiguait avec le plus parfait abandon.
Sur une inspiration soudaine, Boya fit glisser une phalange en lui. Un petit hoquet lui échappa. La dernière fois qu'il avait eu quelqu'un entre ses cuisses remontait à ses années. Si ça n'avait pas été très douloureux, ça n'avait jamais été particulièrement agréable non plus.
A chaque fois qu'il voyait QingMing se tordre de plaisir entre ses bras quand il le faisait sien, il se demandait un peu plus ce qu'il y avait de si bon à ça. Là, soudain, il avait peut-être un début de réponse. Cette zone avait-elle toujours été aussi sensible ou la tournure d'esprit du moment aidait-elle ? Il s'entendit gémir de plaisir alors qu'un long frisson le remontait le long du dos. Il sentait son ventre se contracter alors qu'il cherchait à s'empaler un peu plus sur ses doigts. Depuis quand en avait-il rajouté un ? Il les écartait doucement, avide de cette légère brûlure qui disparaissait pour un soulagement avide qui en voulait davantage.
Il roula sur le ventre. A genoux sur les coussins, le visage écrasé contre l'oreiller remplis des poils de son compagnon, ses doigts jouaient en lui avec une avidité croissante. Son ventre était vide et demandait à être remplis.
QingMing se mordait le poing pour ne pas céder à son propre désir. Il voulait ouvrir un portail pour remplacer les doigts de son compagnon par les siens et sa langue. Il voulait l'avoir dans son giron pour le faire rebondir sur ses cuisses jusqu'à ce qu'il hurle de plaisir. Il voulait…
Juste le voir était de la torture. Chaque gémissement, chaque hoquet, chaque frémissement résonnait en lui en un écho débilitant qui rendait l'humain aussi bien que le renard fous de manque.
Mais il tenait.
Son partenaire lui avait donné un ordre alors il obéissait. Il enfonçait lentement ses griffes dans les accoudoirs de son dossier, mais il tenait.
Boya se redressa soudain au milieu de son nid.
De la salive coulait de sa bouche, son regard était vague et perdu, comme s'il cherchait quelque chose.
"- QingMing ?"
"- Je suis là, Boya. Je suis toujours là…"
"- Tu me manques…"
Le yin yang shi dû se mordre la langue à sang pour ne pas le supplier de le laisser venir le monter. Perdu dans les voiles troubles du plaisir et de l'épuisement, il doutait que Boya réalise vraiment ce qu'il lui montrait depuis plus de deux heures maintenant. Le soleil commençait à montrer le bout de ses rayons du côté de JingYun mais aucun des deux hommes ne s'en rendait compte. Il faudrait encore plus d'une heure pour qu'il daigne venir ennuyer le Temple du Yin Yang.
"- Tu me manque aussi, Boya."
"- J'ai besoin de toi."
"- Qu'est-ce que tu veux que je fasse."
Le tueur de démon avait roulé sur le dos. Les jambes largement écartées sans la moindre pudeur, il s'empalait sur sa main de son mieux en donnant des hanches.
"- Aide moi à finir."
QingMing avala sa salive.
"- Veux-tu que je vienne ?"
"- Non."
Le renard retint un sanglot. Inari, cette cruauté !
"- Très bien… Alors écoute moi, mon Boya. Ferme les yeux. C'est ma main sur ton ventre, serre davantage tes doigts, plus lentement, suis le rythme de ma voix, je veux que tu ailles lentement. Beaucoup plus lentement. Tu n'as pas le droit de jouir avant que je te le dise, d'accord ?" Boya lâcha un petit sanglot étouffé. "Rajoute encore un doigt, lentement, écarte-les. Encore…écarte les jambes davantage que je vois bien mon Boya… Tu es tellement débauché comme ça… Si loin du digne prêtre que j'ai rencontré la première fois… Si j'avais su, je serais venu directement dans ta chambre ce premier soir. Je t'aurais plaqué contre ton lit, j'aurai retiré un à un chacun de tes vêtements jusqu'à ce que tu me supplies d'arrêter." La voix du renard était rauque et chargée de tension aussi bien que de désir. Puisqu'il ne pouvait venir soulager son amant physiquement, il fallait bien qu'il remplace ses mains par une quelconque fantaisie qui le pousserait à la limite.
"- QingMing…pitié."
"- Non… Pas encore. Continue à jouer avec tes doigts…Plus profond…tu peux faire mieux…Tu ne te feras pas mal, mon cœur… Montre toi à moi…Davantage… Si magnifique… Je voudrais pouvoir remplacer tes doigts par ma langue tu sais…T'ouvrir moi-même jusqu'à ce que tu me supplies de te faire mien, jusqu'à ce que tu cries de plaisir entre mes bras puis que tu me supplies encore…"
Boya ne mordit les lèvres pour ne pas exploser. Il voyait derrière ses paupières closes son amant qui s'était donné à lui avec un enthousiasme inattendu et qui en avait redemandé, encore et encore.
"- Ne veux-tu toujours pas que je te couvre, mon bel oiseau ? J'aimerai tellement te voir avec le ventre rond de mes œuvres, te voir pondre nos œufs dans notre nid…"
Zhuque était presque délirant de contentement. Il voulait ça lui aussi ! Il voulait que son vaisseau agrandisse enfin leur Jubilé. Peu lui importait qui des deux portait les œufs du moment qu'il y en avait.
"- Qing...QingMing…S…S'il te plait…"
"- Est-ce que tu as été un bon fashi, Boya ? Est-ce que tu as mérité que je te laisse prendre ton plaisir ?"
"- Oui…Oui…S'il te plait… Oui…" Boya en avait les larmes aux yeux. Ses reins s'agitaient sans qu'il le veuille, éperdu de pouvoir s'assouvir enfin.
QingMing tenait son éventail entre ses deux mains comme si sa vie en dépendait. S'il le lâchait, il ne serait pas capable de tenir ses mains tranquilles.
"- Vraiment ? Alors tu as droit à une récompense mon adorable tueur de démon. Joui pour moi mon bel oiseau."
Boya s'assouvit avec un cri de plaisir. Il s'écroula sur le lit en couvrant son torse et son ventre de longue giclées blanches qui semblaient ne jamais finir.
Le yin yang shi venait de casser son éventail en métal entre ses doigts et s'enfonçait les deux morceaux restant dans les paumes sans le réaliser tellement la vision de son amant qui n'en finissait pas de jouir le paralysait de fascination.
Enfin, après plusieurs minutes, Boya s'effondra totalement dans les coussins.
Le souffle court, les larmes aux yeux, il peina à retrouver son calme.
"- QingMing ?"
"- Je suis toujours là mon Boya… Tu devrais dormir maintenant."
"- Mmm…"
Le fuy'an et le lin'ger s'éteignirent lentement.
"- Bonne nuit mon bel oiseau." Murmura encore le yin yang shi avant que les deux artefacts ne s'éteignent, soufflés comme Boya par son épuisement.
Alors que Boya s'endormait enfin comme une masse, le cerveau vidé de tout, comme paralysé par le plaisir à l'exclusion de toute autre chose, QingMing se laissa aller en arrière dans les coussins qui lui servaient de siège à son bureau. Son entre-jambe n'avait probablement jamais été aussi dur et Boya ne lui avait toujours pas donné l'autorisation de se soulager.
Il gémit, désactiva les sorts de silence sur son bureau, puis prit le premier dossier de la pile.
Sa frustration était terminale. Mais le plaisir qu'il en tirait était presque aussi intense que la soulager l'aurait été. Elle durerait juste plus longtemps. Ça valait le coup d'obéir à son amant et de tenir ses mains tranquilles.
"- Demande d'aide pour un village contre une invasion de yao…" Qui avait-il de disponible en ce moment qui aurait bien besoin de voir la lumière du jour ?
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Boya s'étira lentement dans son nid. Il avait finalement dormi comme un loir. Il ne savait pas trop l'heure qu'il était mais quelqu'un tapait à sa porte. Il se tira de son lit, attrapa pour se couvrir la robe de dessus blanche qu'il avait piqué la dernière fois que QingMing était resté dormir chez lui puis alla déverrouiller la porte sans réaliser qu'il était encore tout collant de partout et qu'il en avait même sur la joue et dans les cheveux
Son premier disciple lui jeta un petit regard amusé en voyant la robe et les résidus. Il tenta de voir à l'intérieur de l'appartement s'il était occupé par plus que son vieil ami. Normalement, le yin yang shi avait la pudeur d'une professionnelle en service dans un bordel ou presque.
"- Tu n'étais pas seul ?"
"- Si. Prise de guerre." Il ne devait parler que de la robe blanche qu'il avait sur le dos bien sûr. "Qu'est-ce que tu veux ? Quelle heure est-il ?"
Yan Shu eut toutes les peines du monde à ne pas éclater de rire. Son maitre de secte ne réalisait visiblement pas son état. Qu'est-ce que ces deux animaux avaient encore inventés pour qu'il soit dans cet état-là ? Voulait-il vraiment savoir ? Sans doute pas.
"- Le déjeuner est dans moins d'une heure. Et Shifu a demandé à te voir."
Le chef de secte avala sa salive.
Son prédécesseur en séclusion complète voulait le voir. Boya n'était plus un gamin, mais il s'était fait suffisamment chauffer les oreilles quand il était jeune pour quand même angoisser de voir son ancien maitre.
Yan Shu lui tapota l'épaule.
"- Bonne chance. Ho et va te laver. A fond. Tu es dégouttant. Les cheveux aussi."
Il ne réalisa pas tout de suite ce que son second venait de dire avant de rougir affreusement lorsqu'il baissa les yeux sur lui-même et constata l'ampleur de la catastrophe.
Il referma la porte de ses appartements à la figure de son second pour se ruer dans la salle de bain et son grand miroir. Même avec QingMing, il ne s'était jamais mis dans un tel état. Sans doute parce que ce que QingMing ne récoltait pas, il l'avalait…
Boya grogna.
"- QingMing…." C'était sa faute.
Evidement que c'était sa faute. Avant de le connaitre, il n'aurait pas passé deux heures à se complaire à…à…A ce qu'ils avaient fait cette nuit avec les talismans là ! Qu'est-ce que son amant devait penser de lui maintenant ? Il s'était exposé comme…Comme…
Il se prit le visage dans les mains, jeta la robe de dessus dans la panière à linge et ses fesses dans l'eau chaude de la baignoire. Il avait moins d'une heure pour se décontaminer de la pointe de cheveux jusqu'aux bouts des orteils. Il n'avait pas une seconde à perdre !
"- Allons, allons. Ne soit pas aussi vindicatif avec notre Partenaire, mon vaisseau. C'est toi qui l'appelé je te rappelle"
"- C'est lui qui a commencé à me faire des propositions douteuses."
"- Si tu n'avais pas aimé ça, tu aurais désactivé le lin'ger." Rappela le dieu-gardien, sans la moindre pitié. "Et puis, j'ai beaucoup aimé son idée."
"- …Son idée ?" Boya ne se souvenait pas de grand-chose. Il avait été noyé sous les sensations si profondément qu'il ne savait même plus trop ce qu'il avait fait.
"- Oui, te voir porter nos œufs, les pondre et les couver. Je suis sûr qu'on peut y faire quelque chose. Tu es assez fort pour ça."
Puis Zhuque se tut d'un coup, laissant son vaisseau à mi-chemin entre inquiétude, panique et incrédulité. Qu'est-ce qu'il voulait dire exactement ? Comment ça pondre des œufs ? Comment ça ? COMMENT CA ?
Il passa son agacement sur son savon et sa brosse pour se décontaminer puis se lava longuement les cheveux jusqu'à être sûr qu'il n'avait plus rien de dommageable pour sa réputation de visible collé dedans.
Lorsqu'il descendit enfin pour déjeuner, il remarqua que les deux poussins qui l'avaient accompagné en mission n'étaient pas là.
"- Où sont les gamins ?"
"- Ils étaient épuisés" Rassura Lun Yao. "Je leur ai permit de dormir tout leur saoul aujourd'hui et demain."
Boya hocha la tête. Ça leur ferait du bien physiquement et psychologiquement.
"- Je veux leur donner une petite pièce chacun et leur permettre d'aller la dépenser en ville. Tu pourras trouver un sénior ou un maitre qui voudra les accompagner ? Qu'ils se changent un peu les idées et ne ressassent pas trop.
Lun Yao hocha la tête.
"- Excellente idée. Je m'en occupe."
Boya dévora son repas. Il se resservit même plusieurs fois, ce qui n'était pas trop dans ses habitudes. Rester avec ses ailes manifestées pendant plusieurs jours sans rien manger ni boire, ni dormir, l'avait réellement fatigué. Il avait besoin de carburant pour remonter son niveau d'énergie.
Une fois les assiettes vides, il fit le tour des classes, passa à son bureau pour traiter les quelques urgences, positionna quelques séniors sur des missions qui ne demandaient pas trop de subtilité ni de force de frappe. Deux-trois maitres avec des juniors pour d'autres missions un peu plus pointues, puis il ne lui resta plus que le courrier à traiter. Il appela un messager pour envoyer la dizaine de lettres et un autre spécifiquement pour le palais.
Alors seulement, une fois que les affaires de la secte étaient traitées, il se sentit en droit de répondre à la demande de son Shifu et d'aller le voir.
Les cellules de séclusion définitive étaient dans une aile quasi abandonnée du Temple. Personne n'y venait à part ceux qui étaient de corvée de cuisine qui apportaient une fois par jour les trois repas des quelques prêtres enfermés là. Sur les cinq personnes encore en vie, deux étaient là volontairement. Les trois autres étaient des criminels. Ils n'avaient pas été exécutés pour pouvoir se repentir de leurs actes.
Lorsqu'il passa devant une des portes verrouillées, il haussa un sourcil. Le plateau devant la trappe qui permettait de faire passer la nourriture était encore là. Ce n'était pas encore un motif d'inquiétude. Il n'était pas rare qu'un maitre en séclusion se livre à quelques jours, voir semaines d'inedia. Le Temple avait pour habitude de laisser deux mois sans prendre la nourriture avant de considérer le cultivateur à l'intérieur comme décédé. Alors seulement la porte était totalement scellée et un mur de pierre était monté devant la porte.
Leur Temple avait rarement de cultivateur qui arrivaient à l'âge où ils souhaitaient se retirer du monde. Son Shifu était le premier depuis plus d'un siècle. L'autre maitre était enfermé depuis plus de deux. Il semblait se satisfaire d'être à l'écart du monde et de simplement méditer.
Boya avait plusieurs fois faillit proposer de l'envoyer dans le sud. Le maitre y serait sans doute mieux mais qui était-il pour lui proposer de quitter la maison de toute une vie ?
Enfin, si l'un des trois criminels pouvait avoir défunté, ce ne serait pas une perte. L'homme avait été enfermé quand il n'était qu'un petit shidi. Il ne savait pas ce qu'il avait fait mais comme il n'y avait que deux crimes qui signifiait une séclusion forcée à vie, ce n'était guère compliqué. Soit il s'agissait d'un meurtre, soit d'un viol.
Le Temple de JingYun n'était pas coulant avec ce genre d'agression. Et encore, à une époque pas si lointaine, on y ajoutait l'émasculation. Maintenant, c'était plus humain. On se contentait de la castration.
Boya arriva enfin devant la porte de son Shifu. Il se mit à genou devant la porte et monta un peu son qi pour que son maitre sache qu'il était là.
"- Ce disciple inférieur salut Maitre Ren LingXin." Il s'inclina profondément et attendit sans bouger.
Au bout d'un petit quart d'heure, la trappe qui isolait l'ancien chef de secte de JingYun s'ouvrit de l'intérieur. Un visage âgé mais encore solide apparut.
"- Je pensais vraiment que tu serais venu me voir avant, A-Ya."
"- Cet humble disciple tente de faire de son mieux pour ne pas être une charge, LingXin Daren"
Le vieil homme renifla avec amusement. La dernière fois qu'ils s'étaient vu, Boya était dans un état lamentable. Il revenait tout juste de la capitale après avoir vaincu le Serpent et n'était encore que premier disciple. Son maitre lui avait largué la secte dans les mains en arguant qu'il était maintenant "prêt". Boya gérait quasi tout depuis déjà plusieurs années, son maitre n'avait plus eut qu'à lui remettre les clés des portes et déplacer les ancrages des boucliers de ses épaules à celles du jeune homme.
"- D'après ce que j'ai entendu, tu fais mieux que "tenter". Tu y réussis avec panache. Approche mon petit. Que je te vois mieux."
Boya s'approcha de la petite trappe. Il n'avait pas vu le vieil homme depuis près de deux ans. Il sentit son cœur se serrer. Deux ans sans le voir, mais au moins était-il vivant. Il ne pouvait que compatir à la peine de QingMing d'avoir du tuer son propre maitre.
"- Tu as bien murit. Et changé. Tu sembles plus stable. Ton poignet."
Boya obéit sans réfléchir. Il passa sa main dans la trappe avant de réaliser ce qu'il faisait. Son vieux maitre examina immédiatement sa cultivation. Il s'attendait à des progrès bien sûr, mais certainement pas à ce qu'il avait devant lui.
"- …Qu'est-ce que ça veut dire ?" il avait entendu des rumeurs bien sûr, mais rien qu'il ne croit vraiment.
Boya récupéra sa main, un peu gêné.
"- Guère plus qu'à votre départ."
"- Ton Node n'était pas rouge et noir quand je me suis enterré ici !" Aboya le vieux maitre.
"- Zhuque à tendance à s'étaler un peu."
LingXin fixait son élève, les sourcils froncés. Pour la première fois, il ne se tortilla pas sous son regard glacial mais le lui rendit, très calme. Jamais encore il n'avait vu son plus jeune élève aussi placide. Où avait-il appris ça ?
"- Explication. Maintenant."
Boya soupira et se lança dans le long et peu agréable travail d'expliquer succinctement les deux années passées à son maitre. Il ne lui cacha pas grand-chose. Ni sa faveur auprès du nouvel empereur qui se trouvait être un cousin, ni sa relation avec QingMing, pas plus que sa symbiose avec Zhuque ou le fait qu'il soit devenu le shishen d'un autre maitre. Comme son vieux maitre ne lui coupa pas la parole, il continua un peu sans même vraiment le réaliser avec tout ce qu'ils avaient traversés depuis deux ans : Le naja, le Seigneur Han, la tentative de meurtre sur l'Empereur, ses shidi, la secte du Yin Yang qui avait tenté d'assassiner son nouveau chef de secte, la discussion avec sa mère, la forme démoniaque complète de QingMing, son neveu qu'il commençait à apprécier de baby-sitter quand Snow Hound voulait avoir la paix, ses trois frères shishen. Il se tut finalement quand il commença à avoir mal à la gorge. Son maitre lui tendit une tasse de thé avec du miel pour qu'il se soulage.
"- Et bien. Tu as eu deux années absolument remarquables." Le vieil homme souriait.
Il n'était pas d'accord avec certains choix de son élève comme patauger d'un peu trop près dans la politique mais il se rendait bien compte que c'était la politique qui était venue à lui. Pas l'inverse.
"- Je suis content que tu ne sois plus aussi seul."
Même si Boya avait toujours été proche de ses shidi, LingXin s'était toujours inquiété de le voir incapable d'avoir le moindre attachement pour qui que ce soit. Et maintenant, il avait une famille. Une famille étrange, très loin de ce qu'il aurait imaginé, composé en majorité de créatures qu'il aurait éventré avec plaisir avant. Et pourtant.
"- Alors tu peux voler ?"
Boya ouvrit ses ailes avec un sourire de gosse fier de lui.
"- Zhuque a été généreux."
"- Généreux ? Moi ? Peuh. C'est toi qui m'as rendu une vie, mon vaisseau. Je me contente de te donner ce que je suis. C'est tout."
"- Je vois ça." Le vieux maitre était fasciné. "Il ne te manque plus qu'une épouse pour être la figure même du jeune cultivateur bien sous tous rapports."
Boya resta troublé un instant. Qu'est-ce qu'il ferait d'une épouse ? Est-ce que son maitre… Ho ! Ho… Oui…Evidement. Il avait expliqué sa relation avec QingMing oui. Mais n'avait absolument rien dit de la partie physique de leur relation. Pour lui, il s'agissait probablement d'un profond lien platonique comme il en existait souvent entre cultivateurs justement. Peut-être même à les considérer comme des âme-sœurs. Ce qu'ils étaient, il en était certain. Mais ça n'impliquait pas forcément une dimension physique à la relation. Encore moins entre cultivateurs du même sexe.
Il n'eut aucune envie de le détromper. Ca ne le regardait pas. Ca ne regardait personne d'autre qu'eux et bien trop de gens étaient déjà au courant.
"- Je n'ai aucune envie d'une épouse, Shifu. Je suis très bien comme je suis. Mais ce n'est visiblement pas l'avis de tout le monde, mes shidi inclus. Je me retrouve à devoir honorer deux rendez-vous avec des candidates potentielles. J'ai le premier rendez-vous dans quelques jours d'ailleurs. Et AUCUNE envie d'y aller." Il eut une grimace de dégout. En plus, c'étaient des gamines ! Pour qui le prenait-on ? Un pédophile ? Si quelque chose l'avait forcé à se marier avec une femme, il en aurait voulu une de son âge. Pas une petite fille de seize ans ! Pauvre gamine…Il savait que beaucoup d'hommes aimait les femmes plus jeunes qu'eux mais lui… Enfin, la question ne se posait même pas. Le seul individu qu'il voulait et dans son lit et dans sa vie était son yin yang shi. Les satellites inclus ne comptaient pas. Ils étaient satellites justement. Ils faisaient partie du lot. C'était sans doute pour ca que l'idée de voir QingMing au lit avec ses shishen ne le dérangeait plus vraiment.
L'ancien chef de secte le crût tout à fait. Il connaissait le jeune homme depuis qu'il avait ramassé le petit garçon de sept ans dans la rue. Le gamin avait perdu sa mère sous les crocs d'un démon renard dans un obscur petit village à quelques jours de marche de la capitale. Il était venu seul, à pied, après avoir appris que les membres de JingYun tuaient les démons. Il avait rencontré la petite boule de rage et de peine au milieu de la rue. Le gosse l'avait alpagué sans peur et sans se soucier une seconde qu'il soit avec plusieurs de ses séniors. Il avait exigé de rejoindre le Temple. Comment aurait-il pu refuser une telle détermination ?
Et voilà que la petite boule de haine était devenue un chef de secte respecté, respectable, le vaisseau d'un dieu gardien et avait pour âme-sœur un demi-démon-renard qui dirigeait lui aussi une secte. Le destin était étrange parfois. Mais LingXin ne serait vraiment satisfait que lorsqu'il le saurait marié avec au moins un rejeton. Il fallait bien ça pour qu'il considère que l'univers aurait rendu au gamin tout le bien qu'il avait fait et ferait encore pour ses semblables. Il ne méritait pas de vieillir seul et de finir comme lui en séclusion parce que la vie n'aurait plus rien à lui offrir. Qu'il ait déjà quelques rendez-vous organisés, sans doute par des marieuses, était une excellente chose. Les professionnelles trouveraient exactement l'épouse qu'il lui fallait.
"- Parle-moi un peu plus de la secte. Combien avons-nous de petits shidi ?"
Un petit sourire tendre apparut sur le visage du jeune chef de secte. Il s'assit en tailleur sur la pierre froide avant de faire le tour de toutes les nouveautés et cancans depuis deux ans. Ce n'était sans doute pas ce qu'il fallait à quelqu'un en séclusion, mais si Boya espérait voir son Shifu en sortir, même pour partir à la campagne se mettre au vert, personne n'avait besoin de le savoir. Et ça passait par lui redonner l'envie de voir la vie autour de lui.
Le vieux cultivateur eut un profond soupir. Il aimait le calme de la séclusion, mais la vie du Temple lui manquait. Il avait décidé en conscience de quitter la tête du Temple parce qu'il se sentait trop vieux, trop encombrant pour y rester plus longtemps. Il fallait de la chair fraiche pour que le Temple ne se recroqueville pas sur lui-même et se sclérose. Normalement, les maitres de secte ne restaient pas en vie suffisamment longtemps pour avoir le temps de prendre leur retraite. Et voilà que lui avait dépassé confortablement son premier siècle depuis déjà quelques temps quand il était tombé sur ce gosse brutal et remplit de colère qu'il avait pris sous son aile comme son fils. Il avait voulu le laisser s'envoler comme un grand.
La plaisanterie était sur lui de le savoir le vaisseau d'un dieu-gardien avien.
S'il demandait à rompre sa séclusion, est ce que Boya le lui permettrait malgré le risque que sa présence pourrait représenter pour son autorité ? Quoi qu'il pouvait toujours partir s'installer à la capitale. Ou dans l'une des fermes que possédait le Temple et qui servait à son indépendance. Quoi qu'il décide après, la rupture de son isolation volontaire dépendrait entièrement du choix de son ancien élève. Pour l'instant, LingXin ne savait pas si c'était ce qu'il voulait, mais l'odeur du dehors le rendait nostalgique.
"- …La prochaine fois que QingMing a un peu de temps pour rester quelques jours ici, voudriez-vous venir diner avec nous ?"
La question était ouverte avec tout ce qu'elle contenait.
"- J'y réfléchirais."
Boya eut un de ces petits sourires doux si rare.
"- Très bien. Je vous préviendrai à ce moment-là."
Ils restèrent silencieux encore quelques minutes. Ils n'avaient plus vraiment quoi que ce soit à se dire. Boya avait le parfait contrôle de la secte et avait imposé son style. Les conseils de son ainé ne lui était plus nécessaire. Quant au vieux prêtre, il n'avait plus rien à lui apprendre.
"- Je vais te laisser retourner à ta vie, mon petit. Merci d'avoir pris le temps de satisfaire le caprice d'un vieux bonhomme."
Boya s'inclina encore profondément. Plus profondément que devant l'Empereur lui-même.
"- Vous serez toujours mon Shifu, maitre. Répondre à vos demandes ne sera jamais une charge pour moi."
Le vieux maitre renifla, amusé.
"- Tu as appris à faire de la politique, Boya. C'est dégoutant."
"- Ca fait beaucoup rire QingMing aussi, je vous assure. Il dit que j'ai la délicatesse d'un éléphant lâché dans une pente. Mais au moins, c'est efficace."
Cette fois Ren LingXin éclata de rire pour de bon. Il voulait rencontrer ce maitre qui taquinait si facilement son difficile élève et y avait survécut.
"- Bon retour parmi les vivants, mon petit."
Boya se releva, s'inclina encore puis repartit sans un regard en arrière, le cœur serré. Heureusement qu'il s'était occupé de toutes les affaires du Temple avant de venir voir son Shifu, sinon, il n'en aurait pas été capable après.
Incapable d'être plus longtemps productif, il retourna a son bureau après avoir prévenu son premier disciple de son absence et se rendit directement à la Maison du Lac. QingMing y serait, ou pas. Peu importait finalement. Il avait juste besoin de se sentir chez lui.
Il tomba rapidement sur Honey Bug et Hei Feng qui se disputaient gentiment pour décider quoi faire pour le diner. Ils avaient tous les deux des rouleaux de recettes sur les genoux mais n'arrivaient pas à se décider.
"- Non ! Je n'ai pas envie de faire encore du poulet. C'est toujours pareil."
"- On a plus de poisson. Il n'y en aura pas avant la fin des grandes marées de toute façon"
"- Du porc ?"
"- Pourquoi pas…Et avec ça ?"
"- Du bœuf ?"
"- Trop cher à cette période."
"- Du mouton ?"
"- Trop fort avec le porc enfin !"
"- Alors il reste quoi ?"
"- ….du poulet."
Les deux shishen eurent le même grognement. Encore du poulet.
"- Et si je passais commande ? Ça vous mettrait d'accord ?"
"- Boya Daren !"
Honey Bug sauta sur ses pieds à défaut de lui sauter au cou. Elle ne se retint que de justesse. Après des débuts difficiles, il la considérait comme une petite shimei.
Hei Feng aussi s'était levé mais se cachait derrière ses amples manches en soie noire. Il était toujours aussi chou et timide. Un véritable petit shidi tout juste arrivé de sa campagne.
"- Que voudriez-vous pour le diner, Boya Daren ?"
"- J'aimerai de la soupe de porc et lotus, ainsi que des beignets de crevettes avec des légumes sautés au piment, du riz noir et…des ohagi. C'est possible ?"
Les deux shishen compulsèrent mentalement la liste de leurs réserves. Il faudrait rajouter quelques plats d'accompagnement pour que ce soit équilibré aussi bien en énergie, qu'en saveurs et en nutriments, mais oui. C'était possible.
"- Bien sur Boya Daren ! On va vous préparer ça."
"- Savez-vous si QingMing sera là ce soir ?"
"- Normalement non, mais je peux le prévenir de votre présence."
Boya secoua la tête.
"- Je ne vais pas le déranger s'il a du travail." Mais la déception fugitive sur le visage du cultivateur décida Honey Bug à prévenir son maitre quand même.
"- Pourquoi n'iriez-vous pas vous mettre à l'aise pendant qu'on prépare le diner ? Voulez-vous que je prévienne la Multitude pour vous faire un massage ? Vous me donnez l'impression d'en avoir bien besoin.
"- …Et bien pourquoi pas." C'était la première fois qu'il acceptait ce genre de proposition. C'était en soi une preuve de plus qu'il n'était pas bien.
"- Allez aux bains, je m'occupe de tout." Sourit la petite démone, très contente que le compagnon de leur maitre ne soit pas d'une maintenance trop compliquée.
Boya obéit après avoir fait un crochet par sa chambre pour s'y débarrasser de ses armes, son chapeau, son armure et ses bottes. Il se sentait déjà plus humain lorsqu'il entra dans la dépendance qu'occupaient les bains. Il se déshabilla, se lava rapidement puis alla se tremper longuement dans l'eau chaude d'un des bassins.
Une des ombres de la multitude, heureusement assumant une apparence masculine, finit par entrer avec une pile de vêtements propres. Il s'installa derrière le prêtre pour lui laver les cheveux malgré ses protestations qui ne durèrent pas très longtemps lorsqu'il commença à lui masser le cuir chevelu.
D'accord, il comprenait la sensualité naturelle de QingMing s'il avait été élevé avec ce genre de prestation depuis que Zhong Xing l'avait recueilli. C'était absolument impossible de ne pas profiter de ce massage au point d'en fermer les yeux et d'en roucouler de contentement.
Zhuque aussi fondait un peu plus sous les mains agiles de la Multitude.
Le prêtre et l'oiseau ne purent retenir un petit bruit de déception lorsque l'esprit-gardien les invita à sortir de l'eau pour un massage. Leur déception ne dura pas très longtemps néanmoins. Pas alors que la Multitude semblait déterminé à faire disparaitre le moindre de leurs os et le moindre de leurs muscles à force de massage.
Lorsque l'esprit eut terminé, Boya surnageait dans une brume de contentement béat dont il ne se sortit que progressivement pendant que le shishen séchait ses cheveux et le coiffait d'un simple chignon haut retenu par des tresses comme il n'en avait jamais portés. Une unique épingle à cheveux, celle que lui avait offert Killing Stone, retenait le tout.
Le chef de secte remercia l'esprit qui s'inclina. Avait-il besoin d'aide pour s'habiller ? La question était si naturelle que Boya ne rougit pas comme il l'aurait fait normalement quand on lui proposait ce genre de service au sortir du bain.
"- Non, je te remercie."
L'esprit s'inclina encore avant de quitter les bains. Boya se débarrassa de la serviette qu'il avait sur les reins pour enfiler les vêtements qu'on lui avait apporté. Le zhong yi était confortable, les deux robes de dessous en cotons étaient douces et légères et la robe de dessus affreusement confortable. Décidément, il comprenait QingMing de plus en plus.
On lui avait fourni aussi des chaussons d'intérieur moelleux en diable comme il n'en avait jamais porté.
C'est un peu somnolant qu'il rejoint la salle à manger.
"- Il va falloir patienter encore un peu, Boya Daren. On a eu un petit problème avec les desserts."
Le prêtre gloussa, amusé.
"- Prenez votre temps. Je ne suis pas pressé."
Avec le décalage horaire entre JingYun et la maison du lac où qu'elle puisse être, le soleil commençait à peine à se coucher alors qu'il faisait déjà nuit noire à l'est.
Boya alla chercher le dizi que lui avait fabriqué Killing Stone. Il s'installa sur la terrasse qui donnait sur le lac. A peine s'était-il assit que des servants avaient glissés un coussin sous ses fesses, un dossier dans son dos et posé du thé près de lui.
Amusé, il porta la flute à ses lèvres pour jouer la première et la troisième composition que QingMing lui avait offert comme cadeau pour le courtiser. Il avait eu le temps de les mémoriser.
Il ne fallut pas longtemps avant que Killing Stone se faufile sur la terrasse et s'assoit non loin de lui pour se nourrir. Boya poussa un peu plus de qi dans son jeu. Le soupir de contentement du shishen le fit sourire. Il y avait trop longtemps qu'il n'avait pas pris le temps de jouer pour lui ou le reste de la Maison. Snow Hound ne tarda pas à s'installer aussi avec Mad Painter. Le Tengu s'allongea sur le sol, la tête sur les genoux de son compagnon et Ye HuoHua couché sur son torse. Le bébé somnolait doucement pendant que Mad Painter glissait ses doigts dans les cheveux de son compagnon, les yeux clos. Boya avait eu des audiences plus difficiles à satisfaire mais peu qu'il voulait davantage contenter.
Petit à petit, tous les servants présents dans la Maison s'approchèrent pour profiter du petit concert impromptu. Hei Feng et Honey Bug finirent par servir le diner sur la terrasse. Tout le monde était trop bien installé pour bouger.
Boya se mit à alterner quelques bouchées, un peu de thé pour se nettoyer la bouche et un nouveau morceau jusqu'à ce que Mad Painter s'excuse un instant, le temps d'aller chercher son propre instrument et celui de Snow Hound. Killing Stone prit le bébé tengu dans ses bras pour que ses parents puissent se faire plaisir et jouer avec le maitre de secte. Ils laissaient Boya commencer puis se joignaient à lui avec un guqin et un erhu. Killing Stone leur était reconnaissant de ne pas jouer du pipa. S'il avait bien avancé dans son deuil, entendre cet instrument lui faisait encore mal. D'un accord tacite de tous les servants de la maison, les pipas resteraient rangés jusqu'à ce que le jeune shishen prenne de lui-même l'instrument dans la salle de musique et en joue lui-même. Pas avant.
Boya prenait plaisir à jouer comme rarement. Depuis longtemps, son dizi était devenu un outil. Lui faire retrouver son statut de simple instrument fait pour le plaisir était à la fois une surprise et un soulagement. Il retrouva dans sa mémoire des morceaux qu'il avait appris enfant et que sa mère jouait sur son guqin mais dont il était aisé de transposer les morceaux au dizi. La plus part étaient inconnus des esprits gardiens qui n'en étaient que plus charmés encore. Snow Hound et Mad Painter cessaient de l'accompagner quand ils ne connaissaient pas les morceaux pour juste écouter et profiter. Petit à petit, Boya se prit à jouer des morceaux de folklore local sur lesquels il s'amusait à partir en improvisations inattendues que les deux plus vieux shishen suivaient avec plaisir à leur tour. Killing Stone finit par donner le bébé qui dormait à Hei Feng pour aller chercher son propre instrument. Le voir revenir avec un sheng fut une surprise mais le ton haut perché et joyeux de l'instrument se mêla facilement aux autres. Les morceaux populaires s'ajoutèrent aux autres dans ce bœuf impromptu jusqu'à ce que Honey Bug et Peach Blossom aillent chercher l'alcool. Il ne fallut pas longtemps avant que des danseurs plus ou moins doués se mêlent à la petite sauterie, faisant régulièrement éclater de rire tout le monde.
Il faisait nuit noire depuis plusieurs heures lorsque les plus fatigués des servants demandèrent grâce pour aller se coucher. Petit à petit, les morceaux de musiques redevinrent sérieux, les auditeurs plus rares, jusqu'à ce que seul Boya continue à jouer.
Lorsqu'il s'arrêta enfin, il était seul et ses mains lui faisaient mal. Il reposa sa flute sur ses genoux, bizarrement heureux et détendu. Il aurait aimé que QingMing soit là évidement, mais son absence n'était pas aussi dommageable qu'il l'avait imaginée.
Quelqu'un prit ses mains dans les siennes pour masser gentiment ses doigts gourds de fatigue.
"- …QingMing ?"
"- C'était splendide mon Boya."
"- Depuis quand es-tu là ?"
"- Je suis arrivé juste avant que Honey Bug ne distribue le diner."
"- Et tu ne m'as pas prévenu ?"
"- Je n'ai prévenu personne."
Il était resté caché derrière un pilier, son qi étouffé au maximum pour ne déranger personne, à profiter de la musique et de voir sa famille aussi heureuse et détendue. Il était heureux de voir à quel point Boya s'était bien intégré à eux.
Boya lui jeta un regard noir qui manquait de feu. Il devait reconnaitre qu'il avait pris plaisir à cette soirée et que l'absence de QingMing y avait apporté quelque chose. Ca n'aurait pas été pareil s'il avait été là. Mais maintenant qu'il était avec lui, il n'allait pas le laisser partir tout de suite.
Le chasseur de démon se laissa aller contre le torse de son compagnon. Le renard le garda simplement dans ses bras sans rien dire, juste à lui masser les doigts pour soulager les crampes. Les lampes à huile ne tardèrent pas à s'éteindre les unes après les autres par manque de carburant. La lune était haute et croissante, assez pour que la nuit soit suffisamment claire pour que la lumière des lampes ne leur manque pas.
QingMing déposa un petit baiser dans le cou de son amant avant d'y nicher son cou et de se gorger de son odeur. Il ne demandait rien de plus. Si sa frustration l'avait poursuivi toute la journée et le torturait toujours, Il était juste content de partager un simple moment de calme avec son partenaire.
Boya soupira de plaisir. Lui qui s'était perdu moins de vingt-quatre heures avant dans une impressionnante euphorie sexuelle se satisfaisait comme un gosse de juste se recroqueviller dans le giron de son Partenaire et d'y profiter de sa présence. Les grandes manches blanches étaient comme ses propres ailes quand il gardait QingMing dans ses bras. Elles tenaient chaud et étaient si réconfortantes qu'il aurait sans doute pu s'endormir.
Le yin yang shi déposa un nouveau petit baiser juste sous son oreille. Il n'y avait rien de demandeur ou de tendancieux. C'était juste un petit baiser tendre comme ils aimaient tous les deux en recevoir.
"- Tu as passé une bonne journée ?" Finit par demander le tueur de démon.
Il se tortilla dans le giron de son compagnon pour poser sa joue contre son torse. Les bras de QingMing se refermèrent un peu plus étroitement autours de lui.
"- Mmm… Et toi ? Pas trop fatigué ?" Il s'était endormit tard.
"- Un peu."
La conversation n'avait aucun intérêt. ils auraient aussi bien pu parler de la pluie et du beau temps. Ou ne pas parler du tout. Ils étaient juste confortables l'un avec l'autre.
Aucun des deux n'avait réellement envie d'aller se coucher. Il aurait fallu bouger et déranger leur installation. Ils restèrent sans bouger jusqu'à ce que la lune se couche, les plongeant un peu plus dans le noir. Il n'y avait plus que les étoiles pour les voir lorsque QingMing finit par prendre la décision. Il repoussa juste assez son compagnon pour le soulever dans ses bras comme une jeune mariée et le porter jusqu'à sa tanière. Il l'y posa, ouvrit en grand toutes les fenêtres pour profiter de la fraicheur nocturne aussi bien que des étoiles puis se déshabilla rapidement pour ne garder que le pantalon de son zhong yi. Boya l'imita.
Les deux hommes retrouvèrent naturellement leur installation à présent habituelle. QingMing avait repris Boya dans ses bras pour qu'il pose sa joue sur son épaule. Ils avaient leurs petites habitudes maintenant.
"- Mon Shifu voulait me voir aujourd'hui." Lâcha soudain Boya.
Les doigts de QingMing couraient entre ses épaules en une caresse machinale dont il ne se lasserait jamais.
"- Il est encore en vie ?"
"- Il est entré en séclusion juste après le Serpent et m'a laissé la secte."
Les doigts de Boya traçaient des petits cercles sans fin au creux de ses reins, juste au-dessus de l'attache de ses queues.
"- Il va bien ?"
"- je crois qu'il regrette. J'aimerai qu'il mette un terme à sa séclusion. Même si c'est pour prendre sa retraite à l'extérieur."
QingMing ne dit rien. Il n'était là que pour aider son compagnon à s'exprimer s'il en avait besoin.
"- Comment penses-tu que ton Shifu aurait réagi à nous deux s'il était encore en vie ?"
Le yin yang shi y réfléchit longuement.
"- Avec la plus grande déception je crois. Mais je lui ai caché tellement de choses sur qui et ce que je suis que noyé dans la masse, je doute qu'il se soit rendu compte de quoi que ce soit."
Boya avait relevé la tête, surpris.
"- Caché ?"
"- Mon maitre à tenter de faire de moi le parfait disciple humain, sans passion et sans émotion."
Le chasseur renifla avec amusement.
"- Entre ta nature et ton éducation, comment a-t-il même eut cette idée un jour ?"
"- Mon Shifu a toujours été très doué pour se voiler la face et se boucher les oreilles. Il suffit de voir ce qu'il a fait avec Fangyue. Il était bourré de bons sentiments mais la mise en pratique était plus…problématique."
"- Tu lui en veux ?"
"- …Pas vraiment." C'était sans doute le pire. Pour lui en vouloir, il aurait fallu qu'il attende quelque chose de lui. Mais il y avait longtemps que QingMing n'attendait plus rien des humains.
Qu'on ne s'y trompe pas. Il avait aimé son maitre. Vraiment. Mais… Pas assez pour qu'il soit une base à son sort de protection. Ou peut-être, pas de la façon nécessaire pour ça. Malgré tout ce que Zhong Xing avait fait pour lui, QingMing avait toujours gardé une certaine distance avec lui parce qu'il était humain. Et il lui avait fallut tomber amoureux d'un chef de secte brutal et agressif pour comprendre qu'il avait toujours gardé les autres humains à bout de bras. La mort de son maitre l'avait dévasté, mais pour des raisons totalement différentes que perdre une figure paternelle.
Boya leva la main pour caresser la joue de son renard. Il n'avait probablement pas conscience qu'il se mentait à lui-même. C'était plus confortable ainsi. Plus rassurant. Quand il aurait la stabilité pour, il ferait face à ce trauma de plus. En attendant, ça ne servait à rien de forcer.
Boya reposa sa joue contre son torse.
Il était tard encore une fois. Si tard qu'il en était tôt.
"- Ta secte t'attends demain ?"
"- Sans doute mais peu importe."
QingMing sourit. C'était sans doute l'un des rares avantages de leur position. Tant que les papiers étaient faits en temps et en heure, personne ne pouvait leur reprocher de prendre une journée ou deux par ci par là.
Ils s'endormirent ensemble, une fois de plus, en espérant que des milliers et des milliers d'autres nuits identiques suivraient celle-là et toute les autres.
