Chapitre 30 : "Somebody help me" ##

TW : automutilation, suicide

La Terreur était totale.

La Peur avait un nouveau nom.

L'Angoisse était palpable.

La Tornade Blanche était là.
Monsieur Propre était dans la place.

Treeembleeez pauvres mortels ! La Fin du Monde était arrivée !

Ou en tout cas quelque chose d'approchant.

QingMing avait décidé de faire le tour du Temple de la cave aux greniers pour estimer le coût des réparations et d'éventuels agrandissements pour accueillir davantage de petits shidi.

Un petit sourire de façade aux lèvres, le Premier Disciple trottait derrière QingMing avec un rouleau qu'il remplissait avec un bâton de charbon dès que leur chef de secte disait quelque chose.

Le demi-démon était arrivé avant l'aube, visiblement irrité et frustré. Enfin, ça, c'était ses shishen qui l'avait murmuré entre eux. Le premier disciple voulait bien les croire sur parole. Pourtant, il était sûr que leur chef de secte avait un copain. Alors pourquoi frustré ? Ils s'étaient disputés ? Quoique s'il y réfléchissait bien, ça faisait bien deux mois que le caractère de QingMing devenait de plus en plus difficile à vive.

Ce n'était pas son affaire bien sûr, mais si le couple battait de l'aile, ils allaient en subir les conséquences.

Son problème du jour, c'était de suivre à la trace son maitre pour tout noter. Et c'était compliqué !

Leur chef de secte semblait affecté d'une frénésie assez inquiétante. Même les séniors et les maitres dégageaient le passage et ne ressortaient le nez que lorsqu'il était passé.

QingMing avait déjà déterré deux tripots, un fumoir, deux bars et ce qui ressemblait à un bordel vide.

A l'intérieur du Temple.

A L'INTERIEUR DU TEMPLE !

Ha ils étaient beaux les vertueux prêtres du yin yang qui regardaient le demi-renard de haut parce qu'il n'avait aucune retenue et aucune pudeur (en plus d'oreilles blanches et de beaucoup trop de queues, en plus placées à l'arrière, du haut de ses six ans)

Dire que leur chef avait été en colère était une erreur. Il n'avait pas montré la moindre émotion. Et c'était sans doute ce qui faisait le plus peur, A chaque nouvelle découverte perdue entre des toits aux tuiles abimées, des escaliers usés dont il fallait remonter les marches, des réserves si vieilles qu'ils allaient devoir jeter ce qu'il y avait dedans pour les remplacer ou des dortoirs si mal installés que les petits shidi dormaient à deux par grabats pour se protéger du froid, QingMing avait caché sa réaction derrière son éventail.

A chaque fois, il avait censuré la brusque bouffée de qi qui avait menacé de lui échapper et fait rajouter une ligne sur le grand rouleau.

Pour l'instant, ils avaient passé en revue environ un tiers du Temple et le rouleau était déjà à moitié plein, leur chef de secte était tellement furieux qu'on aurait probablement pu faire rissoler des nouilles sur ses mains tellement il contenait son qi pour ne pas démolir un truc. Son premier disciple avait vu à plusieurs reprise le fantôme de longues queues blanches apparaitre avant de disparaitre aussitôt.

S'il avait tenté de plaisanter au début pour détendre un peu son maitre, il ne s'y essayait plus du tout depuis plusieurs heures. La colère qu'il sentait était trop forte pour qu'il prenne le risque de la voir lui tomber sur la tête même s'il n'avait rien fait de mal.

Lorsqu'ils eurent enfin fini d'explorer tout le Temple à l'exception des catacombes et du Mausolée (il n'y avait que QingMing et son élève qui étaient au courant de leur existence), la nuit était proche du petit matin. l'exploration avait duré presque vingt-quatre heures.

le demi-démon était toujours aussi frustré, il était toujours aussi énervé et en plus maintenant, il était furieux et écœuré.

Il n'avait pas été très compliqué de comprendre que certains de ses disciples profitaient des

ressources du Temple pour avoir une gentille petite vie bien confortable.

C'était pour ça que le premier disciple avait été renvoyé à son lit pour se reposer pendant que QingMing, après avoir pris quelques minutes pour déposer son cadeau du jour sur le bureau de Boya, était au sien en train de faire le tour de tous les budgets pour savoir où passait argent, qui s'était sucré jusqu'à son arrivée au pouvoir, qui continuait et jusqu'où allait la corruption au sein du Bureau.

Ça ne se passait pas bien.

Du tout.

Si une grande majorité des détournements pouvaient être attribués à des anciens ou des maitres qui avaient déjà été débarqués, il en restait qui continuaient à taper dans les caisses. Le pire qu'il avait vu jusque-là était sans doute le budget amputé discrètement des crédits pour la réparation du dortoir des juniors dans l'aile nord. Non seulement c'était le plus exposé aux éléments à cause de sa localisation, mais c'était celui des plus jeunes ! Un non-sens complet.

Il fallait endurcir les jeunes disciples.

D'accord.

Mais pas en les faisant mourir de froid !

QingMing avait creusé un peu plus. Dans les vingt dernières années, onze enfants étaient morts de froid dans leur dortoir Et les excuses sur la qualité de leur Node doré étaient un autre nonsense. C'étaient des ENFANTS. Même des adultes auraient eu du mal à thermoréguler la nuit dans cette glacière.

A peine le soleil était-il sorti de derrière la montagne que QingMing était à la porte du dortoir en question. Comme prévu, les enfants dormaient pelotonnés les uns contre les autres, leurs petits lits poussés ensembles, pour se réchauffer par la masse.

Et après on s'étonnait qu'ils soient fatigués, malades et qu'ils ne progressent pas... Depuis sa propre enfance, la quantité d'enfants qui parvenaient à devenir des juniors était en chute libre. Entre ça et la qualité de la nourriture trouvée dans les réserves…

Et ce n'était même pas la faute de son maitre. Le ravitaillement et l'entretien courant du Temple était à la charge principale des anciens.

Pas du Maitre de Secte.

Les gamins se réveillèrent un peu confus. Qu'est-ce que leur Shifu faisait là ? Un peu honteux de faire panier de chats, les gamins ne savaient pas trop quoi faire. Leur maitre ne serait pas là avant qu'il soit l'heure d'aller déjeuner. Devaient-ils se lever ? Suivre leur routine ? Mais d'abord, ils devaient saluer leur Shifu.

"- QingMing Daren ? Bonjour ?"

Le demi-démon eut un sourire apaisant.

"- Bonjour mes enfants. Que diriez-vous de déménager ? Ces dortoirs sont honteux de froid et de décrépitude"

Les gosses s'entre-regardèrent. Eux ils voulaient bien hein. Mais depuis quand on leur demandait leur avis ?

"- Dépêchez-vous de vous habiller, rassemblez vos affaires, on va vous installer ailleurs. Et où est votre maitre ?"

Les gosses s'empressèrent de répondre. Il viendrait les chercher après le petit déjeuner, pour faire leurs cours de la matinée.

Ca irrita plus encore QingMing. Depuis quand laissait-on des enfants de cet âge se débrouiller complétement ?

Il aida lui-même la vingtaine d'enfants de moins de dix ans à se préparer. Il n'était pas doué avec ces petites choses mais le temps passé à JingYun avec les shidi de Boya lui avait donné quand même quelques trucs

Une fois tout le monde lavé, habillé, coiffé et leur peu d'effets personnels mit en baluchon dans leurs couvertures, il les fit mettre deux par deux en se tenant la main. Les shidi étaient si petits qu'ils tiendraient sans peine dans un seul appartement de maitre. Et ça, Ils en avaient à la pelle !

C'était un autre drame de la secte. Ils étaient de moins en moins nombreux. Boya faisait régulièrement écumer les bas quartiers de la capitale et récupérait tous les mômes qui voulaient bien venir. QingMing se moquait souvent de lui et de son obsession à remplir les cavernes inferieures de son Temple, mais lui-même allait se trouver dans une situation pire dans peu de temps. Avec un taux de décès qui approchait les cinquante pourcents avant d'avoir vingt ans, ils avaient un besoin cruel de sang neuf. Si rien ne changeait, la Secte du Yin Yang serait une secte éteinte d'ici deux siècles à peine. Sans doute même moins.

QingMing guida la petite troupe jusqu'à une suite qui mériterait un coup de balai mais ferait l'affaire. Même ainsi, sans feu dans l'âtre, il y faisait déjà plus chaud que dans le dortoir des enfants.

"- Vous allez vous installer ici."

"- Whaaaa il fait chaud ! et c'est grand !"

"- Y a même une salle de bain !

"- On peut l'utiliser ?"

"- On va dormir ou ?"

"- Ya un grannnnd lit" En se serrant bien, ils auraient sans doute pu tous tenir dessus. Ils avaient l'habitude.

"- On va vous faire installer vos lits ici." Il y avait trois pièces en plus de la pièce à vivre avec une salle de méditation, la chambre et un bureau. A six ou sept par chambre, ils seraient un peu tassés mais ça resterait quand même plus confortable que leur dortoir. "les autres suites du couloir vont être utilisées pour d'autre shidi plus vieux en attendant que les travaux soient faits. Ça ne vous dérangera pas de vous serrer un peu tous ensembles ?"

Les enfants étaient au contraire ravis. C'était comme un grand jeu pour eux ! Ils posèrent tous leur baluchon sur le lit puis se rangèrent en rang d'oignon derrière leur chef de secte pour aller manger tous ensembles.

Comme leur maitre ne semblait pas pressé de les récupérer, QingMing les garda avec lui toute la matinée. Il se rappelait parfaitement ses cours à leur âge et tenta de son mieux de les émuler, les coups en moins quand ils se trompaient ou n'y arrivaient pas, évidement.

La vingtaine de petits shidi se délectaient de cette journée étrange avec leur maitre de secte. Ce n'était pas la première fois qu'ils avaient droit à son aide, mais c'était la première fois qu'il leur faisait un vrai cours de cultivation. Ses explications étaient souvent bien différentes de celles que leurs maitres leurs ânonnaient sans fin, sans nuance et sans chercher à comprendre ce qui les bloquait pour trouver d'autres méthodes pour leur expliquer. A chaque fois que QingMing réalisait qu'un enfant se débloquait juste parce qu'il leur expliquait différemment, il avait juste envie d'aller croquer les fonds de pantalon de leurs professeurs

QU'EST-CE Q'ILS FICHAIENT ?

Il avait trouvé les rouleaux qu'ils utilisaient pour leurs cours. Ne faisaient-ils donc que les lire sans fin sans même tenter de comprendre ce qui gênait les gosses ? Visiblement, oui.

Le demi-démon réalisait avec écœurement qu'il avait eu une chance insolente d'avoir comme tuteur les trois shishen de son maitre en plus des professeurs officiels de la secte. Quand il ne comprenait pas quelque chose, il leur demandait. Là ? de ce qu'il comprenait, chaque question était répondue par une simple relecture en boucle des mêmes lignes, encore et encore.

C'était du sabotage.

Purement et simplement du sabotage.

Les gamins le suivirent avec un enthousiasme fascinant pour aller déjeuner.

"- OU EST-CE QUE VOUS ETIEZ PASSE ?"

Le hurlement de leur maitre fit glapir les enfants qui se cachèrent derrière les robes de leur chef de secte.

"- Maitre QingMing, je suis désolé que vous vous soyez retrouvé avec ces nabots. J'espère qu'ils ne vous ont pas trop gênés."

"- Sachant que JE suis allé les chercher dans la glacière qui leur sert de dortoir pour les déplacer ailleurs. Non."

Le professeur en resta bête. Quoi ?

"- Mais... pourquoi ?

"- Pour éviter qu'ils ne meurent de froid ? Par exemple ?"

"- Il faut bien qu'ils s'endurcissent !

"- Ils ont des années pour ça. Combien de temps avez-vous mit à vous rendre compte qu'ils avaient disparu ?"

Le professeur se tortilla un peu, mal à l'aise sous le regard trop froid de son chef de secte.

"- Et bien..."

"- Si vous n'aimez pas enseigner, ce que je peux comprendre, dites-le au lieu de torturer des enfants"

Un des petits tira sur la manche du demi-démon

"- On est obligé de retourner avec lui ?" Il y avait de la peur dans les yeux de l'enfant et dans ceux de tous les autres bambins.

"- Très bien. Vous êtes démis de vos fonctions de professeur. Je veux que tous ceux qui sont en charge des petits soient dans mon bureau d'ici une heure." Ca ne pouvait clairement pas continuer comme ça.

Et dire qu'il pensait que sa secte avait enfin reprit le bon chemin. On lui prouvait une fois de plus que c'était faux. QingMing aurait presque pu en pleurer de frustration. Une frustration différente de celle qui lui serrait le ventre depuis des semaines bien sûr mais une frustration réelle.

Il allait devoir trouver quelqu'un pour s'occuper des plus jeunes le temps de mettre, une fois de plus, sa secte en ordre. Ça commençait à être usant. Dès qu'il mettait une rustine quelque part, il réalisait qu'un autre bout partait en lambeaux. Avec son irritation et sa frustration croissante depuis de jours, le moindre accroc devenait une montagne de plus en plus difficile à surmonter.

Il sortit une épaisse pile de talismans de sa manche, les passa en revue pour en sélectionner une dizaine puis invoqua ses shishen. Comme il ne les appelait pas au combat, il n'eut pas besoin du son et lumière, juste de leur ouvrir la porte. C'était bien plus discret et moins énergivore, plus délicat aussi. Sans un contrôle très précis de ce qu'il faisait, il aurait pu se blesser et blesser ses shishen.

C'était déjà délicat pour un, alors pour dix. En même temps…

Une fois Mad Painter, Snow Hound, la Multitude et tous les autres qu'il avait sorti de leurs terriers pour une fois devant lui, il leur donna leurs ordres s'occuper de tous les moins de quinze ans de la secte le temps qu'il en ait fini avec leurs professeurs.

Ca protesta un peu du côté des adultes. Il n'allait pas laisser des enfants à la merci de démons qui...

Devant le regard absolument meurtrier de leur chef de secte, ils préférèrent la fermer. Une demi-heure plus tard, tout ce qui était en dessous du junior était rassemblé dans la cantine sous la surveillance efficace d'une dizaine de shishen. Il ne fallut pas longtemps avant qu'ils se mettent au travail avec les petits. Ils restèrent avec eux quelques heures avant que des séniors viennent les remplacer après les avoir remerciés. Les disciples étaient livides. Leur chef de secte pouvait être tout aussi cordial et gentil qu'être un animal. Pour l'instant, c'était cette partie que les maitres étaient une fois de plus en train de rencontrer. A croire qu'ils devaient aimer se faire souffler dans les bronches à force.

Lorsque QingMing rentra enfin à la Maison, deux jours plus tard, il avait remercié une bonne moitié des professeurs pour les remplacer par des maitres plus jeunes, voir des séniors. Pour les plus jeunes élèves, pas besoin d'avoir une très haute cultivation, juste d'être empathique et de connaitre sa théorie.

Il avait aussi envoyé tout ce qu'il avait de maitres disponibles écumer les bas fond des villes et des villages du Nord pour ramener un maximum d'enfants des deux sexes. A l'idée que des FILLES puissent devenir disciples, certains avaient hurlés. Jusqu'au moment où QingMing avait craqué. Un énorme renard blanc de la taille d'un cheval avait failli poursuivre une partie des maitres pour leur croquer les fesses pendant un bon moment mais il s'était retenu. Il s'était contenté de leurs hurler dessus à en faire trembler les murs tout qi dehors au point qu'il avait mal à la gorge. Les gosses l'avaient encouragé sans comprendre le problème pour le yin yang shi de bramer a s'en mettre la gorge en sang et de coller physiquement au mur ses maitres juste à cause de la pression de son qi.

Les maitres étaient une fois de plus terrorisés.

Et les anciens qu'il avait nommé quelques mois plus tôt lui avaient hurlés dessus à leur tour. Comme le renard criait quand même plus fort qu'eux et qu'il avait des dents plus longues, ils s'étaient écrasés assez longtemps pour écouter son raisonnement.

Même si ça leur avait arraché les dents de le reconnaitre, QingMing avait raison. Ils avaient besoin de disciples, ils avaient besoin de mettre un terme au pillage de leur budget et ils avaient besoin de réparer le Temple.

Tout ça en même temps.

A la grande surprise du maitre de secte, les anciens pas si vieux que ça avaient retroussés leurs manches et s'étaient mis au travail pour prendre les trois sujets à bras le corps. QingMing se réservait bien sûr le droit de venir mettre sa truffe dans ce qu'ils faisaient mais c'était déjà un grand pas en avant que des problèmes soient reconnus comme tels et adressés avant qu'ils ne deviennent totalement critiques.

Les anciens avaient décidé de laisser une chance aux voleurs. S'ils rendaient ce qu'ils avaient pris, ils échapperaient à une punition... compliquée. Dans le cas contraire…

Trois maitres avaient "étrangement" disparu du Temple dans la nuit avec toutes leurs affaires.

Un groupe de séniors leur courraient après. Ils avaient autorisation des anciens de tuer. Cruel, mais nécessaire. A force de promettre une action, il fallait bien en montrer une de temps en temps ou finir par passer pour un idiot et se faire détrousser systématiquement comme au coin d'un bois.

"- QingMing Daren ? Vous avez l'air fatigué."

Le fashi s'était laissé tomber face contre la plus proche surface plane moelleuse qu'il avait trouvé en arrivant qui se trouvait être les cuisses de Honey Bug, très occupée à tresser des cordons de soie sur la terrasse pour prendre le frais.

La petite démone passa ses doigts dans les cheveux un peu décoiffés de son maître.

"- Je vais finir par passer cette secte par le feu et m'en laver les mains. Pas forcément dans cet ordre."

Honey Bug gloussa.

"- Voulez-vous que je vous prépare vos plats préférés pour ce soir ?"

Il roula sur le côté jusqu'à être sur le dos, toujours la tête sur les genoux de la petite shishen.

"- De la soupe de poule noire ? Du lotus frit ? des baos au légumes ? des jiaozi ?"

"- Tout ce que vous voulez."

"- Tu me gâtes bien trop."

"- Quelque chose me dit que quelqu'un ne vous gâte pas assez depuis quelques temps"

QingMing fit la moue. Ce n'était peut-être pas faux mais il n'allait certes pas se plaindre à la petite démone.

"- Je prépare pour deux ?"

"- Au pire il y aura des restes pour le petit déjeuner" Soupira le chef de secte avant de quitter les jambes de sa servante

"- Allez vous reposer un peu, QingMing Daren. Vous n'avez pas eu une nuit de réel repos depuis des jours."

Le demi-démon était tristement d'accord avec elle. Entre sa secte et Boya qui le négligeait…

Bref.

Il se traina à sa tanière pour se changer, prendre un rouleau qu'il voulait lire depuis longtemps et s'installa sur la terrasse pour profiter des derniers rayons du soleil.

Il se coucha tôt, seul et frustré, comme tous les soirs depuis des jours.

Lorsque Boya le rejoint deux heures après la mi-nuit, il se colla à son compagnon et accueillit ses caresses et ses baisers avec plaisir mais une fois de plus, le chasseur repoussa ses avances pour davantage.

QingMing le laissa s'endormir dans ses bras avant de lourdement soupirer. Qu'avait-il fait de mal pour que la libido de son partenaire ne réponde plus à ses tentatives. Le spectre de quelqu'un d'autre commençait à inquiéter grandement le demi-renard. Il avait beau renifler l'autre prêtre, il ne sentait que son odeur personnelle et celle de son savon, comme tous les soirs.

Pourquoi perdait-il du temps à se laver au Temple au lieu de venir le faire ici ? Il aurait passé des heures à s'occuper de lui avec toute la vénération qu'il méritait.

Boya venait de plus en plus tard aussi.

Quand il venait.

Comme lui, il était débordé évidement. Alors il ne lui reprochait pas de ne venir que lorsqu'il pouvait.

Mais lorsque lui allait le voir pour la nuit à JingYun, il finissait invariablement par dormir là aussi seul une bonne partie de la nuit. Boya se couchait bien après la mi-nuit et se levait si tôt qu'il ne faisait même pas encore jour.

Le demi-renard ne voulait pas croire que son compagnon puisse le tromper. Ce n'était pas dans son caractère. Peut-être ne voulait-il simplement plus de lui ?

Lui continuait à lui déposer un cadeau chaque matin sur son bureau. Ca faisait des jours que le sien restait vide.

Il attendait toujours le kamaboko et le thé noir puis le vin de prune et un ohagi.

Mais rien.

De plus en plus anxieux, QingMing finit par quitter sa tanière pour aller se rouler en boule dans ses poils dans une autre chambre inutilisée pour ne pas déranger son compagnon avec la crise de panique qui montait lentement. Pour lui qui avait toujours été rejeté par l'humanité, le spectre d'être abandonné par son compagnon le terrorisait. Suffisamment pour que Hei Feng entende ses petits couinements de détresse en allant se coucher et vienne voir ce qui se passait en passant devant la pièce normalement vide.

"- QingMing Daren ?"

Le petit démon se faufila dans la chambre abandonnée sans trop savoir ce qu'il allait trouver. Voir le grand renard tremblant roulé en boule dans un coin l'inquiéta évidement.

"- Vous êtes blessé ? Vous voulez que j'aille chercher quelqu'un ?" Même s'il était son shishen, il était le dernier en date. Il se sentait encore comme une pièce rapportée sans vraiment de légitimité.

QingMing secoua la tête. Il n'avait besoin de rien ni de personne. S'il pouvait juste arrêter de

paniquer…

Hei Feng hésitait sur la conduite à tenir. Aller chercher un de ses ainés ? Aller chercher Boya Daren ?

"- Voulez-vous que j'aille chercher Boya Daren ?" La brusque tension du renard le fit grimacer.

Quoiqu'il se passe, c'était entre les deux hommes.

Ne sachant pas trop quoi faire d'autre, il s'assit près de la tête du grand animal et resta près de lui jusqu'à ce que le soleil se lève. Lorsque QingMing retourna à sa tanière, elle était déjà vide.

Hésitant comme rarement, il déposa quand même une petite boite sur le bureau de son compagnon une fois sur qu'il n'était pas dans la pièce.

Devait-il même continuer ?

Combien de temps avant qu'il trouve sur son bureau les talismans qui permettait à Boya d'aller et venir à sa guise ?

Il mit longtemps à avaler la boule qu'il avait dans la gorge.

C'est dans un flou un peu cotonneux qu'il retourna à sa secte pour travailler.

Il parlerait à Boya le soir même. Voila. Il allait lui parler.

Pour lui dire quoi ? Il n'en savait rien. Tout ce à quoi il arrivait à penser ressemblait trop à une crise de jalousie pour être utile. Ou même bienvenu.

Travailler jusqu'à épuisement était plus facile

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Boya s'étira difficilement.

Sa vie avait toujours été compliquée et la situation actuelle n'était pas un réel changement. Une évolution peut-être ?

Heureusement qu'il avait son Partenaire pour ajouter un peu de fraicheur dans la panique organisée qu'était sa vie. Le pauvre QingMing devait en avoir assez de le voir juste pour s'écrouler d'épuisement dans ses bras mais pour l'instant, il n'avait pas le choix s'ils voulaient se voir un tout petit peu.

Se réveiller seul dans la tanière ce matin-là le laissa un peu perplexe. Où était son renard ? Les couvertures étaient froides près de lui. QingMing avait dû se lever depuis longtemps.

Une urgence ? Probablement. Et il l'avait laissé dormir. Son partenaire était bien trop gentil pour lui. S'il y avait vraiment quelque chose de grave, il aurait dû le réveiller et le laisser venir avec lui.

Malheureusement, c'était trop tard maintenant et le contacter avec un lin'ger ne risquait que de le mettre en danger.

Avec un soupir, il s'habilla puis retourna à son Temple en regrettant comme chaque jour depuis des semaines de ne pas avoir plus de temps à consacrer à son compagnon. Peut-être qu'il devrait rester travailler jusqu'à être totalement libre de prendre au moins un jour ou deux jours tranquilles avec lui plutôt que ces quelques heures inutiles qui le frustraient tous les deux.

A peine avait-il eut le temps de s'habiller de ses cuirs et de son armure que son second venait le chercher pour partir.

"- Tu as mangé ?"

"- Non, pas eu le temps."

Yan Shu lui lança un gros bao à la viande encore chaud enroulée dans une feuille.

"- Avale ça en marchant."

Boya dévora le petit déjeuner simple mais roboratif. Le temps qu'ils arrivent aux écuries, il rinçait le repas avec une gorgée d'eau prise à la flasque à sa ceinture.

"- Où va-t-on aujourd'hui ?"

"- L'orphelinat au sud du quartier des tanneurs"

Depuis des jours, ils fouillaient minutieusement chaque orphelinat de la ville pour y récupérer un maximum de petits shidi. Chaque soir ils rentraient au Temple avec une vingtaine d'enfants supplémentaires minimum. Au moins. Les cavernes inférieures n'avaient jamais été aussi pleines et ils n'avaient pas fini.

Ses hommes lui disaient qu'ils avaient assez de nouvelles recrues et de finir le tour des orphelinats l'année d'après ou dans deux ans mais Boya rechignait à laisser des enfants dans ces mouroirs alors qu'ils pouvaient s'occuper d'eux et en faire quelque chose d'utile.

Zhuque était d'accord. Leur Jubilé était large mais il manquait de jeunes. Puisqu'ils n'avaient pas encore d'œufs à eux, il était normal qu'ils prennent sous leurs ailes les orphelins d'autres Jubilés. En plus, ça apportait du sang neuf à leur propre groupe.

Boya fut déçu du peu de petits qu'ils purent récupérer le jour même. L'orphelinat était petit et le nombre d'enfants qui avaient le bon âge pour rejoindre le Temple était faible.

Yan Shu soupira de soulagement. Ils pouvaient accueillir les cinq enfants du jour mais il fallait qu'il y mette le holà. Il comprenait le désir de leur chef d'augmenter leur troupe, mais pour le faire efficacement, il fallait qu'ils puissent s'occuper de ces gamins correctement. Là ? Ils n'avaient juste plus de place

"- Demain nous..."

"- Non."

"- Quoi ?"

"- Boya, on a plus de place. Pire, on a plus assez d'adultes pour s'occuper des gosses et faire notre boulot en même temps à moins de surcharger les groupes. Et si on fait ça, ça veut dire qu'on ne pourra pas éduquer correctement les gosses ou que quelqu'un va finir par commettre une erreur sur le terrain à cause de l'épuisement. Ça pourrait leur couter la vie."

Aux enfants comme aux adultes. Juste pas au même moment.

Le visage du chef de secte se ferma.

"- Yan Shu..."

"- BOYA ! Ça suffit. Je ne sais pas ce qui t'arrive mais on ne PEUT PAS matériellement prendre en charge plus d'enfants cette année. On reviendra l'an prochain mais on ne peut pas. Imagine qu'on ait une disette cet hiver comme quand on était gosses ? On leur donnera quoi à manger ? On a des réserves mais quand elles seront vides ? Avec autant de gamins, il va falloir augmenter la taille des cultures. On n'a pas la place ! On va devoir acheter plus de nourriture. On n'a pas l'argent ! Et si on augmente nos tarifs, ça veut dire que moins de gens pourrons nous demander de l'aide, que le nombre de morts dans la capitale va augmenter à cause des démons laissés dans la nature. Donc plus de gosses dans les orphelinats. C'est ça que tu veux ? Priver des gamins de leurs familles ?"

Il écartait un peu le compas et le savait. Mais cette frénésie étrange de son ami de toujours devait s'arrêter maintenant.

Boya resta figé un long moment. Les paroles de son Premier Disciple l'avait frappé d'un coup par leur justesse. Alors pourquoi ressentait-il encore ce besoin frénétique de rassembler des poussins autours de lui ?

Des poussins...

"- Zhuque ? "

Un silence maussade lui répondit. C'était le même depuis des jours. Quelque chose irritait le dieu gardien mais il ne savait pas quoi. Il n'y avait que lorsqu'ils étaient prêt de leur partenaire que l'oiseau s'éclairait un peu. Boya comprenait. Lui aussi son compagnon lui manquait. Mais il y avait tellement à faire...Même s'il occultait la recherche d'élèves, il s'occupait des extensions du Temple, de la paperasse, des commandes, participait à au moins une dizaine de chasses par semaine comme avant d'être chef de secte.

Il y avait effectivement une frénésie certaine d'activités qu'il ne comprenait pas.

"- Zhuque, qu'est ce qui t'arrive ?" Le dieu-gardien restait silencieux, boudeur. "J'ai fait quelque chose de mal ?

"- Non." C'était bien le problème.

Il ne faisait plus rien. Et ça rendait l'oiseau complétement fou. A chaque fois qu'il voyait le premier disciple, il avait envie de l'éventrer avec ses serres maintenant. C'était sa faute.

Boya secoua la tête, perplexe. Il sentait la colère de son colocataire mais il ne voulait pas lui dire quel était le problème ? POURQUOI ? C'était quand même plus simple s'il lui disait ce qu'il avait fait de mal. Parce que Zhuque avait beau lui dire l'inverse, il était sûr que c'était sa faute.

Un gros soupir lui échappa soudain. Il était fatigué. Il n'avait pas envie de faire d'effort ni de voir qui que ce soit tout soudain. Il voulait juste se coucher et dormir.

QingMing lui pardonnerait de l'abandonner pour une soirée n'est-ce pas ?

"- Tu devras te prendre ta soirée, Boya." Le fashi avait oublié son second. "Et peut être remettre tes priorités dans le bon sens."

Ce n'était pas un conseil superflu. S'il mécontentait tout le monde par ses actions, il fallait effectivement qu'il se remette en question.

"- Je vais faire ça."

"- Essaye de méditer un peu peut être ? Tu n'as jamais pu finir les quelques semaines de séclusion que tu voulais faire. Prends une semaine ? Un mois ? Reste chez toi ? Je demanderai à un junior de t'apporter à manger. Et je suis sûr que QingMing Daren en a plein les bottes de toi aussi en ce moment."

Boya voulait bien le croire. Ses aller-et-venues en pleine nuit pour repartir à l'aube, parfois sans avoir le temps de plus que de dire bonne nuit devait être insupportable pour son compagnon.

Le chef de secte remercia son second. Il passa par son bureau avant de rejoindre sa chambre pour y trouver un cadeau, comme chaque jour. A chaque fois, il avait un coup de tendresse pour son renard. Lui n'avait pas eu le temps de lui trouver quoi que ce soit depuis des jours. Il devait lui en vouloir mais ne lui avait rien reproché jusque-là. Que QingMing continue religieusement à lui déposer un petit quelque chose tous les matins lui gonflait le cœur de joie et la gorge de remords.

Tant et si bien qu'il alla fouiller dans la bibliothèque pour en exhumer un petit recueil de poésies qu'il avait beaucoup lu quand il était jeune. Ce n'était sans doute pas très honnête de sa part de le piquer mais il se nota mentalement de le remplacer plus tard.

Il alla le mettre dans une boite avec un petit mot pour son compagnon. Il ne viendrait pas le voir avant quelques jours. Il avait besoin de prendre un peu de distance avec lui-même. Qu'il ne l'attende pas pour le moment le soir. Il en était désolé mais ce serait mieux pour tous les deux. Il était infernal en ce moment, il ne voulait pas accabler son compagnon davantage alors que lui-même était débordé.

Il utilisa le portail de son dizi pour déposer son paquet sur la terrasse avec la lettre puis alla se coucher. Il n'avait pas réalisé à quel point il avait besoin d'une pause jusqu'à ce qu'on lui mette le nez dedans. Les mois passés avaient été intenses aussi bien pour sa secte que pour ses émotions. Lui qui avait été émotionnellement réprimé toute sa vie ou presque peinait à faire face à cette débauche de bouleversements personnels.

Une énorme bouffée d'angoisse le submergea soudain pendant un instant avant de passer pour ne laisser qu'une désolation sans nom.

Boya ferma les yeux, tremblant. Était-ce l'idée de pouvoir prendre un peu de temps pour lui-même ? De pouvoir réellement se mettre émotionnellement à l'abri quelques jours qui le faisait réagir comme ça ? Cette bouffée d'angoisse, une fois passée, l'avait libéré de quelque chose. Sans doute avait-il besoin de décompresser d'une façon ou d'une autre.

Il faudrait qu'il remercie Yan Shu pour son bon conseil.

C'est plus soulagé qu'il ne l'avait été depuis des mois qu'il se mit au lit.

QingMing lui manquait mais en même temps, il était soulagé de son absence. S'il avait été passé ses quelques jours avec lui, il n'aurait pas manqué de lui poser des questions et de s'inquiéter pour lui.

Il avait juste besoin de calme et de solitude.

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QingMing avait pris le cadeau de Boya avait un soulagement indicible lorsque Honey Bug le lui avait apporté.

Il avait passé une mauvaise journée. Entre le manque de sommeil, l'angoisse et sa secte qui semblait ne pas savoir tourner dans le bon sens même avec un plan, il avait failli fondre en larmes à plusieurs reprises.

L'arrivée du petit cadeau était un baume sur une plaie ouverte. Il aurait préféré que Boya le lui donne lui-même bien sûr mais il acceptait. C'était la preuve qu'il pensait à lui malgré tout. Il devait juste être débordé.

QingMing avait été charmé par le petit recueil de poésie usé.

Pendant un instant.

Puis le plaisir du renard s'était émoussé presque immédiatement en sentant la multitude d'odeurs sur le petit fascicule. Il en reconnaissait même certaines. Le petit livre devait venir de la bibliothèque de JingYun. QingMing avait étouffé sa déception. C'était déjà quelque chose n'est-ce pas ? Sans doute son compagnon état-il réellement débordé. Il arrivait toujours si tard, partait toujours si tôt, il était juste débordé.

Uniquement débordé.

Il prit la lettre avec le livre et sentit son sourire forcé disparaitre lentement.

Boya voulait mettre un peu de distance entre eux pendant quelques temps, faire une pause.

Il reviendrait le voir quand il se sentirait mieux.

Une énorme bouffée d'angoisse le submergea soudain pendant un instant avant de passer pour ne laisser qu'une désolation sans nom.

Le maitre de secte se força à se distancier de ses émotions au plus vite. Ill ne voulait pas submerger ses shishen par sa peine. Le mur que Boya avait lentement détruit en deux ans retrouva sa place avec une violence presque douloureuse autour de son cœur. Une fois de plus comme lorsqu'il était petit, il rejeta ses émotions vers le renard pour ne pas s'effondrer.

Une pause…. Boya voulait faire une pause.
Il voulait de la distance.

Il voulait s'éloigner de lui.

QingMing resta immobile plusieurs heures avant de trouver la force de bouger. Le cœur en miette, il anticipait déjà la suite. Boya reviendrait peut être une ou deux fois, de plus en plus distant, de plus en plus détaché. Puis il ne viendrait plus du tout.

C'était comme ça que ça se passait toujours n'est-ce pas ?

Qu'est ce qui avait cassé leur relation d'un coup comme ça, sans prévenir ? Il avait beau se repasser en mémoire les derniers moments qu'ils avaient passés ensembles, il ne voyait rien.

A part peut-être son insistance à obtenir une intimité physique que Boya ne semblait plus vouloir.

Depuis que Boya et lui s'étaient amusés avec le lin'ger et le fu'yan, Boya fuyait le moindre contact trop appuyé.

Avait-il soudain réalisé à quel point QingMing était dépravé ?

Les câlins lui allaient. Davantage ? il n'en voulait plus. C'était une évidence. Et lui comme un idiot avait insisté à chaque fois qu'ils étaient ensemble.

Même la nuit précédente il avait insisté. Ho, pas longtemps bien sûr. Dès que Boya avait repoussé sa main, il avait laissé tomber. Mais c'était déjà trop visiblement.

C'était même pire que ça. Même quand ils s'étaient détendus avec les deux artefacts, Boya avait mis une limite à leurs amusements. Il avait interdit à son compagnon de jouir de lui. Il n'avait pas voulu qu'il utilise ce qu'il voyait ou entendait de lui pour prendre son plaisir.
Et il n'avait pas compris. Il n'y avait vu qu'un jeu alors que c'était déjà une limite déterminée.

Et maintenant, maintenant il voulait de la distance et faire une pause.

Une pause...

QingMing se roula en boule dans sa tanière machinalement. L'odeur de son compagnon était tout autour de lui et le narguait douloureusement.

Il n'arriva pas à y rester plus de quelques minutes avant de fuir ses appartements. Comme la veille, il finit la nuit dans une des pièces vides de la Maison.

Le demi-démon était à son poste dans son bureau de secte avant même le lever du soleil.

Le cœur au bord des lèvres, il avait quand même envoyé à Boya son cadeau du jour.

S'il le lui renvoyait, il saurait qu'il n'avait plus aucun espoir à se faire

Kin Lao trouva son maitre déjà à son poste alors que le soleil n'était levé que depuis une heure. Ça devenait récurrent. Il n'aimait pas ça. Pas avec le sourire figé qu'avait le chef de secte. La chaleur dans ses yeux avait disparu pour un vide pénible à voir.

Il ne dit rien mais était inquiet. Ca faisait des jours que QingMing n'allait pas vraiment bien. L'état de la secte l'impactait plus fort que le demi-renard ne l'avait imaginé. Même s'il poussait des hauts cris, il avait hérité de la secte de son maitre. Même s'il répétait à l'envie qu'il s'en fichait plus ou moins, même Kin Lao savait que ce n'était pas vrai. Quelqu'un qui s'en fichait ne ferait pas autant pour redonner ses lettres de noblesse au Bureau. S'il s'en fichait vraiment, il serait parti quand les anciens avaient tenté de lui prendre sa place. Il ne se serait pas battu bec et ongle pour conserver son statut de maitre de secte.

Sans un mot, Kin Lao alla faire chauffer de l'eau pour apporter du thé frais à son maitre. QingMing le prit avec un petit sourire de reconnaissance qui ne monta pas jusqu'à ses yeux.

"- Merci. Qu'est ce qui est prévu pour aujourd'hui ?"

Le premier disciple déroula les notes qu'il avait à la main. Il notait tout maintenant. Son esprit était trop vagabond pour ne pas se perdre autrement. Il devait apprendre à se structurer. QingMing était très doué pour le lui apprendre. L'esprit du demi-démon aussi battait la campagne en permanence mais il savait garder une partie de son attention bien concentrée en permanence. Kin Lao se languissait d'arriver à faire pareil au lieu de jouer les bébés-chiens au milieu des fleurs et des papillons.

"- Vous avez du courrier auquel répondre, des rapports à viser et les entrepreneurs doivent arriver dans l'après-midi pour juger des travaux à faire et évaluer le cout. Maitre Xie Xiuying aimerait que vous passiez l'aider pour sa classe de talisman. Ses élèves ont du mal avec plusieurs structures et il n'arrive pas à leur expliquer comment les faire autrement qu'en reprenant les livres."

QingMing hocha la tête. Il avait demandé aux maitres de demander de l'aide aux confrères s'ils bloquaient pour enseigner quelque chose. Le but était de promouvoir la connaissance. Si même ceux qui étaient censés la distribuer ne comprenaient pas ce qu'ils faisaient, ils n'allaient pas aller loin à simplement recopier des talismans jusqu'à la nausée.

"- Pour cet après-midi, en attendant les entrepreneurs, vous pourrez aller dire bonjour aux nouvelles recrues. Elles devraient arriver juste après le déjeuner en provenance de la ville voisine. Les maitres que vous avez envoyés en quête de nouveaux élèves sont allés voir directement le Seigneur du Domaine. Visiblement, avec les accidents de l'hiver dernier, il y a des gosses à ne plus savoir qu'en faire qui n'attendent qu'une chance de faire autre chose que serviteurs ou esclaves."

Au moins une bonne nouvelle. Toute relative pour ces pauvres enfants, évidement. Perdre toute sa famille n'était pas quelque chose que Kin Lao souhaiterait à son pire ennemi.

"- Très bien." Autant commencer tôt.

QingMing se mit au courrier avant tout le reste. Les messagers auraient le temps de rapporter une fois des réponses dans la journée s'il y avait des urgences.

Pendant qu'il se concentraient sur son travail, son second l'observait avec une inquiétude croissante, Le chef de secte qu'il connaissait depuis dx huit mois maintenant était quelqu'un d'à la fois sur la réserve et extrêmement expansif au point d'en être gênant. Là ? C'était comme un soufflé retombé. Il n'y avait plus aucun allant, plus aucune énergie. Ce que faisait QingMing était machinal et sans passion. Ho, il abattait un boulot monstrueux. Mais il le

faisait avec une efficacité douloureuse à voir.

Le voir rentrer chez lui après une longue journée passée à gérer la secte fut presque un soulagement.

A peine Kin Lao avait-il quitté le bureau que plusieurs maitres l'abordaient dans les couloirs.

"- Qu'est ce qui lui arrive ?" Pas besoin de préciser de qui il parlait.

Le pire dans leur inquiétude était sans doute que les maitres n'appréciaient même pas vraiment leur chef de secte. Ils avaient appris à le respecter à leur corps défendant parce qu'il était le plus puissant et que ses connaissances étaient encyclopédiques sur des sujets dont ils ne connaissaient même pas l'existence. Mais l'apprécier pour l'homme qu'il était ? Vaste plaisanterie. Il n'était même pas un homme de toute façon. Pour eux, il serait toujours un demi-démon avant d'être un demi-humain.

Le jeune Premier Disciple haussa les épaules.

"- Aucune idée. Il a peut-être eu une mauvaise nouvelle. Ou il a peut-être perdu un shishen." Ils savaient tous à quel point leur maitre de secte était proche de ses servants.

S'il en avait perdu un au combat ou dans un accident, il était normal qu'il le vive très mal.

Les disciples hésitèrent, mal à l'aise. Ils ne pouvaient rien faire. Ca n'était pas leurs affaires.

Ils verraient si ça allait mieux dans les jours à venir.

Pour l'instant, ils avaient des nouveaux shidi dont s'occuper. Ca faisait des années qu'ils n'en avaient pas eu autant d'un coup ! Histoire qu'ils s'habituent, QingMing avait modifié les habitudes et attribué deux enfants à chaque maitre.

C'était un peu bizarre comme méthode mais pourquoi pas. Ils verraient sur le tas.

Pour l'instant, Ils devaient surtout s'habituer à avoir des nabots dans les pattes et les installer dans leurs suites. Puisqu'il n'y avait plus de dortoir utilisable pour l'instant… Et puis, leur chef de secte n'avait jamais été dans les dortoirs mais toujours avec son maitre. Il suffisait de voir ses capacités par rapport à sa classe pour se rendre compte du gouffre qu'un enseignement quasi personnel avait généré. Puisqu'ils n'étaient pas encore débordés de shidi, ca paraissait une bonne idée. Même les plus âgés des enfants allaient être confiés à des adultes par affinités.

Kin Lao était soulagé de ne pas avoir à gérer de gamins. Il avait déjà bien assez à faire avec son statut de premier disciple. Quelque chose lui disait que son rôle, déjà souvent compliqué, allait lui rester sur les bras d'ici peu de temps.

QingMing était rentré chez lui sans réaliser que son état inquiétait ses disciples. Il aurait même probablement éclaté de rire si quelqu'un lui avait dit que ses disciples se souciaient de lui. A part Kin Lao, même s'ils le respectaient à peu près, c'était loin d'être l'amour fou.

Le demi-renard s'était installé à son bureau sans vraiment savoir pourquoi il était là. Il voulait éviter sa chambre comme la peste.

L'odeur de son...L'odeur de Boya y était trop forte, trop présente pour qu'il la supporte sans fondre en larmes. Simplement penser au vaisseau de Zhuque lui serra le cœur comme jamais.

Il était amoureux pour la première fois de sa vie et ne savait pas comment réagir à ce qu'il voyait comme une méthode polie pour rompre.

Un instant, une bouffée de rage incontrôlable lui remonta dans la gorge. Il eut envie de prendre le talisman de Zhuque et de l'invoquer de force pour avoir des réponses. Ou de le détruire pour ne plus jamais être tenté de l'invoquer.

Qu'est-ce qu'il avait fait de mal ? Pourquoi Boya ne voulait-il plus de lui ? Les deux questions revenaient en boucle dans sa tête.

Les réponses qu'il avait trouvées ne lui suffisaient pas. Elles n'étaient que trop incohérentes avec les actions de Boya ces dernières semaines. D'accord, il ne voulait plus qu'il s'intéresse à sa libido, mais il voulait quand même de ses câlins. Il venait de lui-même le prendre dans ses bras, l'embrasser, le cajoler, lui mordiller la gorge et la nuque et réclamer la pareille.

Même la veille au soir il lui avait montré de la tendresse. Alors pourquoi ? Qu'est ce qui se passait ?

QingMing desserra douloureusement ses poings. Ses griffes s'étaient profondément enfoncées dans ses paumes. Un sourire amer lui échappa. Pendant quelques instant, la douleur de ses mains lui avait fait oublier celle de son cœur. Il connaissait bien cette facilité de transférer la peine de son cœur à une autre partie de son corps. Ce n'était pas la première fois qu'il la pratiquait.

Il referma ses poings. Ses griffes s'enfoncèrent encore dans ses chairs jusqu'à heurter les os.

Ca faisait mal.

Mais moins mal que son cœur blessé.

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Il était l'heure de se lever pour le chef de secte.

Il aurait dû en tout cas.

Il entendait les bruits de sa secte qui se réveillait lentement. Les cris des petits shidi qui commençaient à courir partout, les cris des adultes qui les surveillaient, les cavalcades pour arriver les premiers à la cantine pour dévorer le premier congee du matin.
Il resta dans son nid, a se tortiller dans les bonnes odeurs de son partenaire et les soies qui effleuraient son corps nu en de délicieuses caresses.

Il aurait préféré être niché contre son Partenaire bien sûr. Il aurait préféré se réveiller sous ses caresses comme il le faisait souvent.
Boya adorait quand QingMing le réveillait en effleurant ses épaules du bout des doigts. Il recommençait, encore et encore, jusqu'à ce que le vaisseau s'étire contre lui et colle son torse au sien. Il prenait ensuite son visage entre ses doigts et l'embrassait paresseusement jusqu'à ce que Boya soit assez réveillé pour lui dire bonjour.

Un gros soupir échappa au chasseur.

Il aurait aimé que QingMing soit là et pourtant, son absence lui faisait du bien.

Son absence lui rappelait qu'il ne lui était pas dut. C'était un privilège de pouvoir dormir dans les bras de son compagnon et de se réveiller près de lui. Il l'avait…oublié.

Sa présence lui manquait.

Ses mains sur sa peau lui manquaient.

Son corps, se traitre, se mit à protester un peu plus. Depuis combien de temps ne s'étaient-ils pas aimés ? Combien de semaines…De mois ?

La chose le surpris. QingMing était un hédoniste de la dernière eau. Comment pouvait-il supporter qu'il ne le touche pas depuis des semaines ?

"- Peut-être parce que tu le rembarres à chaque fois qu'il t'approche ?" Le ton de Zhuque était proprement écœuré. "Ne viens pas te plaindre que tu ponds des œufs clairs s'il ne peut pas les féconder." Pesta encore le dieu-gardien. "Enfin, encore faudrait-il que tu le laisses te couvrir de toute façon." Ce n'était plus de l'écœurement, c'était carrément de la colère.

Boya resta bête. Comment ça il le rembarrait ? Il n'avait jamais fait ça ! Et QingMing n'avait pas tenté de le convaincre depuis longtemps… Si ?

Zhuque se fit un plaisir de lui remettre en mémoire avec un précision vicieuse chacune des fois où il avait repoussé les avances de son Partenaire depuis des semaines.

Depuis que Yan Shu avait qualifié leur relation de copulation dépravée d'animaux en rut et depuis que Boya tentait de se convaincre que leur relation n'avait pas un besoin impérieux de sexe pour fonctionner finalement.

"- Ho." Et QingMing n'avait pas protesté ?

Pourquoi ?

"- Parce que tu es son Partenaire ?" Vraiment Zhuque en avait soupé de la bêtise de son vaisseau depuis quelques temps. "Et qu'il ne va pas te forcer à quoi que ce soit ?"

Boya se mordilla la lèvre inférieure.

Il allait culpabiliser à ce rythme.

A part pour venir dormir en coup de vent avec QingMing, il l'avait complétement abandonné ou presque depuis des semaines. Et quand il s'occupait de lui, c'était pour complétement lâcher l'affaire deux minutes plus tard dès que le demi-renard commençait à montrer des attentions pour lui.

Juste parce qu'il essayait de se prouver à lui-même quelque chose qu'il savait déjà, qui était stupide, et qui ne regardait qu'eux.

Il s'assit sur le bord de son nid, inquiet.

QingMing devait être vraiment en colère contre lui. Pourtant, pas une seule fois il n'avait eu un mouvement d'humeur contre lui. Au contraire. Il était toujours aussi câlin et affectueux avec lui.
Boya lâcha un petit grognement.

Il n'était qu'un imbécile.

Pourquoi est-ce que la réflexion de Yan Shu l'avait à ce point marqué ? En plus, c'était juste une stupidité moqueuse de plus. Il ne le pensait même pas vraiment.

"- Il faut que j'aille m'excuser."

"- CERTAINEMENT PAS MAINTENANT !"

Boya se retrouva assis par terre en se tenant le crâne.

Le hurlement de Zhuque lui avait fait MAL !

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Snow Hound et Mad Painter étaient inquiets.

Pendant une semaine, ils avaient vu le teint de leur maitre se plomber. Lorsque QingMing leur avait dit que Boya était totalement débordé et qu'il lui manquait, ils avaient accepté l'explication. Si le fashi ne pouvait pas venir voir son compagnon, ils pouvaient comprendre que leur maitre soit un peu déprimé par son absence. Ces deux-là s'aimaient comme des idiots. Qu'une séparation momentanée à cause de leurs devoirs respectifs les affecte tous les deux, ils pouvaient l'entendre. Ce n'était pas la première fois et à chaque fois, leur maitre en avait souffert même s'il avait toujours réussi à ne pas montrer sa peine au vaisseau de Zhuque. Il se concentrait simplement sur leur prochaines retrouvailles et remontait très vite la pente. En général, quelques heures suffisaient. S'il n'allait vraiment pas bien, QingMing s'incrustait auprès d'eux. Ils râlaient un peu pour le principe mais ne l'auraient renvoyé pour rien au monde.

Là ? leur maître n'était pas venu les voir une seule fois. Il souriait comme si de rien n'était, il se comportait comme si tout allait bien mais il n'y avait plus d'étincelle dans son regard. Même son sourire était faux. Les deux shishen avaient tous les deux déjà vu ce sourire et ce regard bien des années avant. Ils ne voulaient pas revivre ces moments d'angoisse où ils craignaient chaque matin en se levant de trouver le cadavre de l'adolescent dans son lit parce qu'il se serait ouvert les veines pendant la nuit.

Zhong Xing n'avait jamais réalisé à quel point il était passé prêt de perdre son élève quand le demi-renard avait entre quatorze et seize ans. Il n'avait jamais vu les cicatrices sur ses bras qui disparaissaient en quelques heures grâce à son Node doré. Il n'avait jamais surpris le jeune homme submergé par le renard en train de se taillader les bras ou les jambes avec ses griffes dans l'espoir fou de faire disparaitre le renard qui hurlait à ses oreilles. Eux, si. Ces deux années d'angoisses avaient été atroces pour eux. Puis ça c'était arrêté comme ça avait commencé, du jour au lendemain. Le renard s'était calmé, les tourments intérieurs de QingMing aussi.
Aucun d'eux n'avait jamais compris ce qui avait provoqué cet effondrement psychologique qui avait duré près de deux ans. Comme le reste du temps le disciple était resté fonctionnel hors de ses crises, personne à part les trois shishen de son maitre n'avait réalisé que quelque chose n'allait pas.

Tout ce que Mad Painter et Snow Hound espéraient, c'était qu'ils n'allaient pas revivre ces moments d'angoisse.

"- QingMing ? Est-ce que tu peux garder Ye HuoHua quelques heures s'il te plait ?" Snow Hound espérait que ça lui changerait les idées.

QingMing releva le nez du dossier qu'il lisait sans se plaindre. Normalement, non seulement il ne ramenait pas de travail à la maison, mais il pestait jusqu'à en avoir la langue bleue lorsqu'il avait de l'administratif à faire. Là ? Rien.

"- Bien sûr."

Lui qui peinait avec les tous petits prit le bébé tengu sur ses genoux sans protester.

Mad Painter le remercia. Il ne savait pas si ça le distrairait de sa tristesse, mais au moins, ça l'occuperait un peu.

Dans les bras du fashi, le bambin se figea, non pas sur la défensive mais un peu inquiet quand même. Il n'avait jamais connu QingMing que heureux et rayonnant. Le voir aussi triste fit fondre en larme le petit tengu dès que ses parents furent sortis de la pièce.

Désolé, QingMing commença à le bercer gentiment

"- Allons, allons... Qu'est ce qui t'arrive ?" Il n'avait jamais vu pleurer le bébé pour autre chose qu'une couche sale ou faim. "Toi non plus tu ne me supportes plus on dirait." Lui aussi allait pleurer à ce rythme. "S'il te plait...bébé…" Les pleurs de l'enfant se firent plus vigoureux malgré tous les efforts du demi-démon. "S'il te plait... Ne pleure pas." Supplia encore QingMing avant de se fondre soudain en larmes silencieuses qui le secouèrent de la tête aux pieds.

Le bébé tengu cessa de pleurer sous la stupeur. Un grand pleurait ? Ca pleurait les adultes ? Malhabile, il caressa maladroitement la joue de QingMing comme le faisaient ses parents quand il pleurait. Voyant que ça ne servait à rien, il se remit à pleurer lui aussi en silence. Sans doute par solidarité.

Lorsque Mad Painter vint chercher son fils, il fut aussitôt sur le qui-vive. Le bébé comme son maitre avaient les yeux rouges.

"- Maitre ? Qu'est ce qui ne va pas ? Boya Daren vous manque ?"

QingMing tressaillit violement.

"- Un peu plus chaque jour." Il ne mentait même pas. Il était juste malheureux comme les pierres.

"- Il va vite revenir." Tenta de rassurer le shishen. "Vous savez comment est la gestion d'une secte. Vous le subissez vous aussi chaque jour," Et encore, QingMing ne passait pas son temps à aller tuer en plus des démons. Lui, il allait sur le terrain aussi bien sûr, mais rarement pour tuer des gens. Plus souvent pour mettre à l'abri des victimes.

Le pauvre sourire forcé de QingMing fit mal au cœur du shishen.

"- Oui, bien sûr."

Il fallait l'espérer en tout cas. Et l'espoir diminuait chaque jour.

Une fois seul à nouveau, QingMing serra à encore les poings. Il rouvrit les plaies dans ses paumes sans chercher à s'y soustraire.

Ca faisait du bien d'avoir mal.

Ça avait toujours fait du bien d'avoir mal quand c'était lui qui s'infligeait la douleur.

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Boya avait voulu aller voir son compagnon immédiatement mais Zhuque l'avait retenu. Avant de faire n'importe une fois de plus, peut-être pourrait-il réfléchir et faire ce que son second lui avait conseillé de faire : se remettre en question.

Boya avait concédé la chose.

Il avait pris la journée pour considérer qu'il y avait quelque chose qui n'allait pas puis, après une nouvelle nuit de sommeil qui lui avait permis de reposer encore un peu ses muscles trop tendus, avait médité pendant quarante-huit heures. Il y avait si longtemps qu'il n'avait pas pris le temps de cultiver un peu que la méditation avait été physiquement douloureuse. En deux ans, c'était la première fois qu'il la pratiquait avec Zhuque éveillé sur son épaule. Les deux entités s'étaient pas mal tournées autour, c'était heurtées assez brutalement avant de trouver leur place l'un par rapport à l'autre.

Quand QingMing avait parlé de symbiose entre eux, il n'avait pas eu tort.

L'assimilation était encore loin d'être finie mais elle avait progressé. C'était aussi ce qui permettait à Boya d'avoir des ailes quand il était dans son corps d'humain. Petit à petit, il devenait Zhuque et Zhuque devenait lui. C'était la conscience de l'humain qui primait néanmoins parce que c'était son corps physique. Les deux ne se mêleraient sans doute jamais complétement. Ils étaient deux entités qui étaient trop éloignée à la base l'une de l'autre pour pouvoir se mêler pleinement. C'était en ça que c'était une symbiose et non une fusion.

Boya avait pris le temps de réexplorer son propre corps de l'intérieur comme il avait appris à le faire quand il était petit. Il lui avait fallu redéfinir les limites de sa propre existence maintenant qu'elle avait été étendue par Zhuque. Il était humain et un peu plus.
C'était ce "un peu plus" qui l'avait occupé presque trente-six heures avant qu'il ne reprenne conscience de son environnement.

Deux plateaux chargés de nourriture à présent froide avaient été posés prêt de lui par un disciple quelconque pendant qu'il méditait. Malgré tout, il se jeta dessus pour tout avaler. Il avait dépensé beaucoup d'énergie à recompartimenter qui il était, où il commençait, où il finissait et où Zhuque se situait en lui et par rapport à lui.

Une fois repus, il s'était rendormit presque aussi sec.

Le quatrième jour de séclusion, il avait repris une activité physique stricte jusqu'à s'épuiser les membres à la limite de l'étourdissement. Il n'y avait pas que son esprit qui s'était étendu avec Zhuque. Il avait eu besoin de connaitre les nouvelles limites de son propre corps et de sa résistance. La prochaine fois que QingMing invoquerait sa forme d'esprit gardien, il faudrait qu'il se livre au même travail de méditation et d'entrainement physique.

Il avait négligé la base de sa cultivation trop longtemps, noyé sous le travail et les stimuli extérieurs. Il pouvait comprendre le besoin de son Shifu de se cacher en séclusion après des décennies à la tête de JingYun. Il y avait tellement de travail à faire que l'humain finissait par s'oublier devant les responsabilités. Là encore, il y avait sans doute quelque chose à faire pour élargir l'assiette des responsabilités. Un humain seul ne pouvait tenir une secte à bout de bras et les anciens avaient un peu trop tendance à laisser faire sans se mêler de rien à part pour se plaindre.

Le soir même, c'était un chef de secte physiquement épuisé comme rarement qui s'était trainé dans son nid pour s'y endormir, roulé en boule autours d'un coussin remplit de poils de son Partenaire adoré.

Il avait débattu avec lui-même un long moment avec dans la main le lin'ger relié à celui qu'il avait donné à QingMing. Devait-il, avait-il le droit de l'appeler de manière aussi cavalière ? Après le manque total de considération dont il avait fait preuve depuis des semaines ?

Ça aurait été encore pire.

Il avait reposé l'artefact.

QingMing pouvait supporter son silence quelques jours de plus.

Le cinquième jour, Boya s'était concentré exclusivement sur sa relation avec Zhuque. Le phénix avait tellement de choses à lui apprendre ! Il fallait juste qu'il l'écoute. Quand il lui avait appris à sortir ses ailes même dans son corps humain, ça n'avait pas pris très longtemps. Il ne pouvait pas apprendre à changer complétement de forme (pour l'instant avait sous-entendu Zhuque), mais il pouvait lui apprendre à l'accepter davantage. Son compagnon lui avait d'ailleurs donné de quoi l'aider pour ça. Boya avait pris des dagues et avait appris à utiliser son qi pour les intégrer comme une partie de son propre corps à ses mains. Il lui avait fallu deux jours de plus, mais au soir du septième jour de séclusion, Zhuque avait réellement retrouvé ses serres. Le plus dur était pour le fashi de ne pas s'éborgner avec quand ses mains étaient "changées". Ce n'était pas comme ses ailes qui étaient des membres en plus. Là, il s'agissait de modifier des appendices déjà existants. C'était plus compliqué que rajouter une image de quelque chose qu'il n'avait jamais eu.

Puis Zhuque avait insisté pour qu'ils intègrent autre chose.

Boya avait râlé cette fois.

De son point de vue, ça n'avait pas d'intérêt et ce n'était que de l'esbrouffe. Les deux consciences s'étaient heurtées plusieurs heures avant que Boya ne concède. D'accord, avoir une queue pouvait sans doute aider à mieux voler. Quand il s'était battu contre He Shouyue, son gros problème avait été de tourner. A chaque fois, il devait plus ou moins piler sur place avant de changer de sens. Avec un gouvernail arrière, c'était quand même plus simple puisque c'était PREVU POUR !

Boya avait pesté, râlé, chouiné mais finalement, trente-six heures de médiation et de tests en plus et il se trouvait affublé lorsque ses ailes étaient de sortie d'une longue queue aux plumes ardentes noires et rouges très proches de celles d'un paon.

Il pouvait même faire la roue avec !

Et cramer des trucs.

Quand il avait voulu s'asseoir sans s'en débarrasser, le coussin sous ses fesses s'était enflammé.

Zhuque s'était moqué de lui. Ce n'était pas pour rien que l'imaginaire collectif se souvenait des phénix comme des oiseaux qui embrasaient la nuit des flammes de leurs queues. Ses plumes de gouvernail étaient effectivement enflammées.

S'il le leur demandait.

Boya avait peiné ensuite deux jours pour contrôler leurs flammes non seulement quand elles étaient reliées à son croupion mais aussi après en avoir arraché une et l'avoir posé dans une boite.

Boite qu'au matin du onzième jour de séclusion, il avait envoyé à QingMing avec des kamaboko et du thé noir.

Enfin, après tout ce travail sur sa cultivation et l'extension de sa symbiose avec son colocataire, Boya s'était attaqué au reste du problème qu'il occultait sans le vouloir depuis des semaines : sa relation avec QingMing et son caractère physique.

Mais après deux jours de repos.

Il n'en pouvait plus.