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TW : automutilation, suicide
QingMing n'allait pas bien.
Ses shishen le savaient.
Maintenant, même Killing Stone et Hei Feng s'en rendaient compte.
Inquiets, ils avaient demandé à leurs deux ainés ce qui se passaient. Ni Snow Hound, ni Mad Painter n'avaient pu leur apporter une réponse satisfaisante.
L'absence de Boya avait été une excuse quelques jours mais jamais encore son absence n'avait eu de pareilles conséquences sur leur maitre alors qu'ils s'étaient parfois séparés des semaines, voir des mois.
Hei Feng avait finalement avoué avoir trouvé leur maitre sous sa forme de renard, en larmes, roulé en boule dans une chambre isolée, avant même que Boya ne parte. Le pauvre petit shishen avait failli se faire éventrer par les serres de TianGou jusqu'à ce qu'il avoue que leur maitre lui avait interdit d'aller chercher quiconque. Mad Painter et Snow Hound étaient furieux, mais pas contre lui.
Plus ils additionnaient les informations, et plus ils devaient se rendre à l'évidence. Le coupable était Boya. Ils ne savaient pas de quoi, mais son absence seule ne pouvait expliquer l'état déplorable de leur maitre.
D'extérieur, pour ceux qui ne le connaissaient pas ou mal, tout allait bien pourtant. Il effectuait son travail, il souriait, il était calme et posé.
Mais pour ceux qui le côtoyaient quotidiennement ou le connaissaient depuis des années, c'était une autre musique.
Ils voyaient la peine dans ses yeux, l'angoisse dans ses traits, le tremblement de ses mains ou la façon qu'il avait d'avaler convulsivement sa salive. Et puis, il y avait ses robes.
Normalement, les zhong yi que QingMing portaient avaient les mêmes manches amples que ses robes l'hiver ou pas de manches du tout l'été. Là, ceux qu'il portait avaient des manches étroites qui empêchait de voir ses bras par accident.
Mad Painter était persuadé qu'il avait recommencé à se griffer et qu'il le camouflait comme il le pouvait.
Sa secte devait se poser des questions, mais pas assez pour venir lui en poser.
Et eux…Ils étaient limités dans ce qu'ils pouvaient faire. QingMing pouvait leur ordonner de ne pas se mêler de ses affaires après tout. Pour pouvoir continuer à s'occuper de lui, ils étaient plus ou moins obligés d'ignorer ses tourments.
"- Qu'est-ce qu'on fait alors ?"
Hei Feng s'était recroquevillé sur lui-même comme il le faisait souvent, suffisamment petit ainsi pour tenir entièrement sur un coussin de sol.
Snow Hound serra les mâchoires.
"- Rien. On ne peut rien faire. S'il se rends compte qu'on sait qu'il ne va pas bien, il va trouver le moyen de le cacher encore plus."
"- Et si j'y allais bille en tête ?" Proposa Killing Stone. "Je ne sais pas ce qu'il lui a arrivé par le passé mais d'après vos réactions, il a déjà beaucoup souffert. Si je le mets face à lui-même, qu'est ce qui pourrait arriver de pire ? Qu'il m'interdise d'en parler ? Qu'il me renvois sur le plan spirituel ? Il ne fera ni l'un ni l'autre. Ça se verrait trop."
Mad Painter y réfléchit longuement. Ce n'était pas idiot. Si eux, qui l'avaient élevé, tentaient une approche, il le saurait. Si c'était Killing Stone, il ne s'y attendrait pas.
Honey Bug avait les larmes aux yeux d'angoisse. Elle tenait un morceau de tissu dans ses mains.
"- Quoi qu'on fasse, il faut le faire vite." Elle déplia le morceau de tissu qui se révéla être un zhong yi. Les manches étaient couvertes de sang comme les deux ainés des shishen le craignaient. "Le pantalon est dans le même état au niveau des cuisses. Il a essayé de s'en débarrasser mais je les ai récupérés."
Les cinq servants étaient lugubres.
"- Et si on allait demander son aide à Boya-Daren ?"
"- Je sais que tu l'aimes bien, Killing Stone. Mais c'est probablement lui le responsable."
Le jeune shishen fit une tête de trois pieds de long.
"- Ha. Mais…pourquoi ? Il a fait quoi ?"
"- On n'en sait rien. Et c'est bien ça le problème." Mad Painter s'agaçait de plus en plus.
Trop de questions, pas assez de réponses.
"- Pour l'instant, ce qu'il faut, c'est mettre le nez de QingMing dans la situation actuelle. Et effectivement, Killing Stone est le plus à même de le faire."
"- …Je peux simplement arracher sa manche et exiger des réponses."
C'était un peu brutal mais… il suffisait de regarder la quantité de sang sur le zhong yi récupéré par Honey Bug pour savoir que même avec le degré de cultivation de leur maitre et les capacités de régénération du renard, il y aurait encore des marques.
"- … C'est une solution. Fais ça. on va rester en embuscade pour qu'il n'ait pas le temps de dire quoi que ce soit avant d'être nous aussi devant le fait accompli. Si on arrive à le déstabiliser assez, il devrait craquer"
"- Et s'il s'effondre ?"
Snow Hound et Mad Painter étaient lugubres.
"- Ce ne sera pas la première fois qu'on le rattrapera au vol."
Killing Stone sauta sur ses pieds.
"- J'y vais. Vous suivez derrière ?"
Honey Bug hésita. Elle n'avait pas envie d'assister à ça.
"- Honey Bug. Reste en arrière. Il aura surement besoin après de quelqu'un qui ne sait pas ce qui se passe. Ou qu'il considérera comme tel."
Elle hocha la tête.
"- Je vais aller lui préparer quelque chose à manger. De sucré. Qu'il aime beaucoup."
C'était aussi une bonne idée. La nourriture aidait dans les situations de crise.
Pendant qu'elle filait à la cuisine, elle passa par la terrasse où le cadeau de Boya attendait. C'était le premier depuis des jours.
Une bonne nouvelle ?
Elle le prit avec elle pour aller cuisiner. Elle l'apporterait avec la nourriture.
Ca ne pourrait que faire plaisir à leur maitre et lui remonter davantage le moral n'est-ce pas ?
Killing Stone se mit à la recherche de QingMing.
Il le trouva dans son bureau, comme presque tout le temps quand il n'était pas dans à sa secte. A croire qu'il ne dormait plus dans sa chambre depuis des jours. De ce qu'avait dit Hei Feng, c'était une possibilité très forte.
Maintenant, comment l'aborder ?
Le shishen décida d'y aller comme un brutal.
"- QingMing Daren ?"
"- Killing Stone ?" Le teint de leur maitre était jaunâtre. Il avait des cernes énormes malgré le maquillage qu'il s'était mis pour les camoufler un peu et ses mains tremblaient. "Qu'est ce qui se passe ?" Le shishen venait de s'approcher de lui sans rien dire et d'attraper sa manche comme pour l'empêcher d'écrire. "Que…"
Killing Stone n'hésita pas une seconde. Il arracha la manche au niveau du coude et força son maitre à poser son bras sur la table. Le shishen serra les dents. L'intérieur du bras de QingMing ressemblait à de la viande hachée. Profitant de la stupeur du yin yang shi, il attrapa son autre bras et fit la même chose.
Alors seulement le démon renard le repoussa brutalement.
"- KILLING STONE !"
"- Maitre…. Je sentais bien une odeur de sang autour de vous mais ça… Qu'est ce qui se passe ?"
"- Ca ne te regarde pas ! Et je t'interdis d'en parler à qui que ce soit." Le yin yang shi cherchait à cacher les plaies avec les lambeaux de ses manches.
Killing Stone était bien le dernier qu'il aurait imaginé lui sauter dessus comme ça. il se méfiait comme de la peste de HuaShi et TianGou mais il ne s'attendait pas à ce que ShengShi soit aussi brutal pour savoir ce qui lui arrivait. Il pensait vraiment que personne ne s'était rendu compte de son trouble. Ils étaient inquiets, d'accord, mais…Ce n'était pas la première fois qu'il était chiffonné.
Le shishen le foudroya du regard. Ses frères entrèrent dans le bureau. Ils avaient entendu la commotion et n'attendaient que ça pour venir voir.
Killing Stone hocha la tête. Pas besoin de parler pour confirmer.
Mad Painter se précipita vers leur maitre. Il attrapa ses bras avant qu'il ne les cache à nouveau et le força à lui montrer l'état des plaies.
"- QingMing…" Il y avait tellement de tristesse dans la voix du shishen que les larmes montèrent aux yeux du fashi.
Snow Hound s'accroupit de l'autre côté du demi-démon.
"- Tu sais que tu peux nous parler de tout n'est-ce pas ?"
Il eut un petit regard pour Killing Stone et Hei Feng. Le premier souleva le second sur son épaule et sortit avec lui du bureau. Il ferma la porte du bureau derrière eux.
"- Viens. On va aller chercher la boite à bandages." Les deux vieux shishen seraient bien plus efficaces pour traiter la situation maintenant qu'elle était sortie du chapeau.
"- Il va aller mieux tu crois ?" Hei Feng était toujours aussi effrayé de tout mais il était comme les autres, il s'inquiétait pour leur maitre.
"- Il n'ira pas plus mal en tout cas."
Dans le bureau, QingMing cherchait encore à récupérer ses bras pour les cacher. Ses ongles étaient encore encroutés de sang. Malgré tout le soin qu'il avait pu apporter au nettoyage de ses griffes, il n'avait pas pu tout enlever.
"- QingMing, arrête !" Finit par ordonner Snow Hound de la voix de papa mécontent qu'il n'avait plus prit avec le yin yang shi depuis qu'il avait dépassé les dix ans.
Le demi-démon se figea immédiatement. Il était peut-être un adulte mais le petit enfant au fond de lui réagissait quand même toujours au ton employé par le shishen.
Mad Painter put enfin déplier ses bras pour juger des dégâts.
"- …Et tes jambes sont dans le même état évidement."
QingMing baissa les yeux. Il était déjà mal d'en venir à ces extrémités pour soulager sa peine, mais ajouter à sa peine la déception de ses parents adoptifs était de la pure torture.
La porte du bureau se rouvrit. Une spire d'ombre entra, posa une boite en bois sur le bureau puis ressortit discrètement.
Snow Hound ouvrit la boite de bandages. On y avait tassé aussi du baume, du désinfectant et des morceaux de tissus. La discrétion de Hei Feng et Killing Stone était appréciée.
"- Il faut qu'on soigne tout ça."'
"- Non…"
"- Ça risque de s'infecter, QingMing."
"- J'en ai besoin." Plaida le yin yang shi.
C'était la première fois qu'il tentait, même vaguement, d'expliquer son geste. Quand il était adolescent, il était incapable de simplement articuler un mot quand il était en crise. Là, c'était mieux que rien.
Mad Painter se décida. Il le souleva de son coussin sans lui laisser le choix et le porta purement et simplement au nid de son compagnon. Snow Hound les suivit.
Les quelques autres résidents de la Maison avaient eu la bonne idée de ne pas trainer dans le coin pour épargner la sensibilité de leur maitre. Il était déjà dans une situation humiliante, autant ne pas en rajouter une couche.
HuaShi le posa sur le bord du nid avant de le déshabiller comme il avait dû le faire des centaines de fois dans ses situations allant du beaucoup plus marrant au plus sale en passant par le plus sensuel. TianGou comme lui l'avaient vu dans toutes les circonstances imaginables. Ce n'était même pas la première fois qu'ils soignaient les reliefs de crises d'automutilation. Les tortures psychologiques reçues du temple du yin yang avaient trouvées un terreau fertile dans l'esprit fragile d'un enfant effrayé et le manque d'action proportionnées et efficace de la part de leur précédent maitre n'avait pas aidé.
Mad Painter soupira en voyant l'état de ses jambes. Elles étaient un peu moins attaquées que ses bras mais probablement parce qu'elles étaient plus difficiles à atteindre la journée sous les épaisseurs de tissus. Les plaies étaient moins nombreuses mais plus profondes. Idéalement, il aurait probablement fallu en recoudre certaines. Les griffes du renard étaient vraiment acérées.
"- Tian' tu peux aller chercher le nécessaire de suture s'il te plait ?"
Snow Hound n'hésita pas. Son compagnon voulait rester un peu seul avec leur maitre. La situation lui en rappela une autre près de dix-huit mois plus tôt. Cette fois, c'était leur maitre qui avait voulu rester seul avec Mad Painter pour l'engueuler.
Mais aujourd'hui, hurler sur QingMing ne servirait à rien à part à l'enfoncer encore plus.
Une fois le tengu sortit, Mad Painter gifla le fashi à la volée avant de le prendre dans ses bras. La douleur surprise de la gifle fit sauter quelque chose dans sa tête. La douleur qui le maintenait à flot depuis des jours était uniquement auto-infligée. Celle-là ? Il ne l'attendait pas. Et si elle n'était pas grand-chose par rapport à celle de ses bras et de ses jambes, elle le submergea totalement. Un hoquet lui échappa. Il se retrouva soudain plié en deux à pleurer toutes les larmes de son corps dans les bras du vieux shishen qui lui caressait les cheveux sans rien dire. Des sanglots si forts qu'il faillit en tomber du bord du nid se retrouvèrent soudain à lui érafler la gorge alors qu'il tentait de les contenir un peu.
La main de Mad Painter se posa sur sa nuque et serra doucement. Le renard cessa toute résistance comme n'importe quel bébé mammifère que sa mère prend par la peau du cou entre ses dents. Il se fit soudain totalement mou et s'effondra complétement. Il n'y avait plus rien pour retenir ses sanglots de s'évacuer jusqu'à ce qu'il ne reste rien qu'une désolation hébétée dans son cerveau.
Snow Hound était revenu dans la chambre et s'était assis de l'autre côté de QingMing. Il l'avait déjà vu dans un état lamentable, mais certainement jamais à ce point détruit.
Qu'est ce qui avait pu se passer pour en arriver là ?
Pendant que son compagnon continuait à cajoler le prêtre, le tengu prit le matériel de suture et recousit chaque plaie qui en avait besoin sur ses cuisses après avoir désinfecté avec précaution. Il n'avait aucune envie de lui faire plus mal que nécessaire. QingMing aimait la douleur au lit dans des circonstances bien encadrées, mais là, ce n'était ni le lieu, ni le moment. Une fois les plaies recousues, TianGou posa du baume, des linges propres par-dessus puis des bandages pas trop serrés. Il n'y avait pas d'hémorragie à contenir, juste des plaies à garder propres.
Le temps qu'il finisse, QingMing avait cessé de pleurer et restait simplement dans les bras de HuaShi, hébété et silencieux.
"- QingMing ? Si tu nous disais ce qui se passe ? On sait que c'est Boya-Daren qui est en cause. Et ne dis pas que c'est juste son absence qui te pèse." Là, c'était un véritable effondrement psychologique.
Comment QingMing arrivait à encore donner le change à sa secte les renversaient. Soit il était meilleur comédien qu'ils ne le pensaient, soit, plus simplement, tout le monde s'en fichait.
Le demi-démon serra un peu plus fort le devant des vêtements de HuaShi auxquels il s'était accroché.
"- QingMing…Tu sais qu'on ne te jugera jamais."
"- Laisse nous soigner tes bras tu veux bien ?"
Le fashi hocha la tête lentement. Il n'avait plus l'énergie ni de protester, ni de faire semblant de toute façon.
Snow Hound désinfecta ses avant-bras, retira un bout de griffe coincé dans une plaie avec un soupir désolé, en rouvrit une pour évacuer le pus que des débris avaient générés puis mit de la pommade, un linge encore puis les bandages.
Il poussa son maitre et son compagnon tout au fond du nid. Avec le demi-renard entre eux, ils retrouvaient une installation qu'ils avaient eu des dizaines, peut-être des centaines de fois avant que QingMing ne soit adulte et qu'il avait besoin de quelqu'un pour simplement passer une journée de plus.
Ils restèrent silencieux un long moment avant que QingMing ne murmure ce qui lui pesait sur le cœur. L'éloignement progressif de Boya, son rejet de plus en plus évident de toute formes d'intimité, son ordre de ne pas se toucher non plus, ses absences de plus en plus longues, la disparition des petits cadeaux qu'ils se faisaient puis le coup de grâce avec le livre de poésie usagé et la lettre qui demandait une pause.
Une fois qu'il eut finit, Snow Hound écumait, Mad Painter était à deux doigts de lancer une offensive sur JingYun et seul leur âge conséquent à tous les deux leur permettait de prendre un peu de recul et de se calmer.
Si Boya avait eu l'éducation de QingMing, ils seraient déjà en train d'aller lui démonter le portrait. Mais Boya avait eu une éducation bien plus… Rigide que celle de leur renardeau. Il était même étonnant jusque-là qu'il se soit sentit aussi bien dans une relation, de longue durée, avec un autre homme, qui en plus était un demi-démon et un demi-renard en prime.
Qu'il prenne soudain conscience de l'énormité de la situation et ai besoin d'une pause n'avait rien de choquant.
Qu'il agisse comme un idiot non plus.
QingMing était émotionnellement fragile et l'avait toujours été malgré l'apparente stabilité tranquille qui montrait à tous. Qu'il s'écroule aussi vite et aussi profondément parce que le seul et unique humain pour qui il ait eut des vrais sentiments de sa vie le repoussait n'était pas non plus étonnant.
Maintenant, les deux réactions étaient excessives.
Le leur dire ne serviraient à rien.
On ne pouvait pas régner sur une perception comme celle-là. Leur dire qu'ils étaient ridicules n'aurait fait que les blesser tous les deux davantage.
Le drame pour QingMing était réel. S'il l'était pour lui, alors c'était un véritable drame. Peu importait que pour quelqu'un d'autre ce ne soit qu'une basse contrariété.
Peu importait qu'il aurait dû en parler avant avec Boya. Ou que Boya aurait dû lui parler aussi. Ce n'étaient que des détails dont les deux shishen devaient gérer les résultats sur le moment. Ils n'avaient pas non plus de quoi rassurer leur maitre ni ne savaient comment lui montrer que ce n'était pas si grave. Ca n'avait pas d'importance non plus.
QingMing était malheureux.
Assez malheureux pour se faire du mal parce que c'était la seule méthode qu'il connaissait pour soulager la peine qui obscurcissait aussi bien sa tête que son cœur parce que c'était une méthode pour soulager sa douleur psychologique qu'il avait déjà utilisé avec succès et qu'elle l'avait même empêché d'en finir quand il était adolescent. Ce n'était pas une bonne méthode, loin de là, mais la seule qu'il connaissait.
QingMing était terrifié.
Assez terrifié pour repousser la peur par la douleur parce qu'il l'avait déjà fait et que c'était la seule chose qui l'avait maintenu en vie quand sa mère était morte.
Aussi bien l'enfant que l'adolescent avaient survécu en se torturant physiquement sans que personne, à part trois shishen, ne s'en rendent compte ou ne s'en soucie.
Pour lui, aussi triste que cela puisse être, c'étaient des schémas rassurants et connus. Un tout petit ancrage de stabilité dans une situation qui le dépassait.
Les deux shishen le serrèrent plus fort dans leurs bras. La première chose à faire était de le calmer. La seconde, d'arriver à le faire dormir.
Ensuite, ils aviseraient.
On gratta à la porte du nid.
Qui trouvait intelligent de venir les déranger maintenant ?
Snow Hound se dégagea du lit. Heureusement que Ye HuoHua dormait bien sagement dans son berceau. Quand il dormait, le bébé était mort pour l'univers.
"- Honey Bug ?" Ha oui, elle avait dit qu'elle préparerait quelque chose de bon à manger pour leur maitre.
"- Il y avait un paquet de Boya Daren pour QingMing Daren aussi. Tu crois que ça pourrait lui remonter le moral ?"
Snow Hound prit la boite. Sans s'occuper de savoir si faisait une grave offense au protocole, il ouvrit la boite.
un petit sourire lui monta aux lèvres. Le soulagement était visible sur le visage tiré du vieux shishen.
"- Merci Honey Bug. Ca va effectivement lui faire beaucoup de bien. Et ton repas aussi."
La petite démone eut un petit sourire timide mais content.
"- Je peux rassurer Sha ShengShi et Hei Feng ? Je crois que Killing Stone ne va pas tarder à manger le bas des portes si personne ne le tient au courant de ce qui se passe." Le jeune démon était affreusement possessif et protecteur avec leur maitre. Autant qu'eux. C'était dire.
"- Je pense que tu peux leur dire de venir nous rejoindre s'ils veulent. Et toi aussi."
La petite démone remercia mais déclina.
"- Je vais les prévenir."
Snow Hound laissa la porte ouverte pour remonter dans le nid avec le plateau d'un côté et la boite de l'autre.
"- QingMing ? Honey Bug t'a préparé ton dessert préféré."
"- Pas faim."
"- Je crois que lorsque tu auras ouvert la boite que Boya Daren a déposé tout a l'heure tu auras faim."
QingMing releva le nez immédiatement, une étincelle d'espoir dans les yeux.
Mad Painter avait froncé les sourcils. Il était moins prompt que son compagnon à pardonner et à faire confiance au vaisseau de Zhuque.
"- Je peux l'avoir ?"
Snow Hound posa la boite sur le nid. QingMing s'assit en grenouille devant elle. Elle était grande et d'une forme bizarre.
Il s'essuya les mains sur les cuisses avant de grimacer. Il s'était fait mal à appuyer sur ses plaies.
TianGou s'était assis du bout des fesses près du prêtre. Quelque chose lui disait qu'ils allaient encore avoir droit à des larmes.
Le yin yang shi ouvrit la boite…Pour en trouver deux à l'intérieur.
Il prit la plus longue. Elle était fine et plate.
Qu'est-ce que c'était ?
Il fit finalement glisser le couvercle avant de se figer. Une plume. Une longue plume assez proche de celle d'un paon. Noire et rouge. Et qui était chaude, brulante presque.
Il la prit entre ses doigts avec stupeur. Elle exsudait autant la chaleur que le qi mêlé de Boya et Zhuque.
QingMing ne savait pas ce que son compagnon avait fait, mais il lui avait offert une plume de queue de phénix.
On n'offrait pas ça à quelqu'un qu'on quittait…N'est-ce pas ?
Un espoir fou au creux du ventre, il prit la seconde boite et l'ouvrit.
Une théière maintenue chaude par un talisman, du thé noir à l'intérieur, une petite assiette délicate et des kamaboko dessus.
Il fondit en larmes à nouveau.
Cette fois, de soulagement.
Mad Painter jura à voix basses.
Ils auraient sa peau ces deux-là. Ils allaient bien ensemble tient.
Killing Stone et Hei Feng se faufilèrent dans la chambre pour se figer devant les larmes de leur maitre.
"- Tout va bien" Rassura Snow Hound avant de s'écarter un peu pour leur faire de la place.
Il ne fallut pas très longtemps avant qu'un demi-renard en larmes mange ses gâteaux de pate de poisson en buvant son thé entre deux sanglots puis partage les douceurs faites par Honey Bug avec ses quatre shishen.
Ils se pelotonnèrent autours de lui, soulagés de le voir aller un peu mieux.
Mais ça n'excluait pas qu'ils allaient casser la gueule de Boya-Daren la prochaine fois qu'ils le verraient.
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Après une nouvelle nuit de repos, Boya avait repris sa méditation. Lentement, il avait fait le tour de ce qui l'avait amené à repousser son Partenaire sans vraiment le réaliser et pourquoi. Il fallait qu'il l'accepte, il s'était comporté comme un odieux personnage qui s'était laissé influencé par son éducation, son ami et ses propres craintes.
Malgré la facilité avec laquelle il s'était coulé dans sa relation avec QingMing, malgré l'amour qu'il avait pour lui et qu'il n'avait jamais réussi à verbaliser clairement jusque-là, il restait le produit de son éducation.
Comme il n'arrivait pas à lui dire qu'il l'aimait, comme il n'arrivait pas à se donner à lui, il avait mal pris la plaisanterie de Yan Shu pour tout ce qu'elle véhiculait de sous-entendus dégradant, virilistes et machistes.
Comme si se prendre un coup de queue dans l'arrière-train pouvait changer quoi que ce soit à ce qu'il était ou à ses compétences. QingMing n'était pas moins puissant ou viril parce qu'il se faisait monter par Boya régulièrement.
Et puis, ce n'était pas comme si Boya lui-même ne s'était jamais fait grimper dessus avant non plus !
Mais là, on parlait de son QingMing.
Il aimait QingMing.
Pas les autres qui l'avaient eu avant lui.
A ses yeux, c'était ce qui changeait tout.
Même si JingYun tolérait sa romance avec le yin yang shi avec une évidente bienveillance, certains voyaient quand ça d'un mauvais œil. Il avait même du taper du poing sur la table après tout. D'autant plus depuis qu'il avait confirmé à tous et chacun que QingMing était bien un demi-renard démon.
Que Yan Shu lui balance les classiques poncif qu'on attribuait aux couples comme le sien n'était pas inattendu.
Au contraire.
Mais c'était justement douloureux parce que ça venait d'un ami qui ne comprenait pas en quoi c'était douloureux et dégradant.
Et en produit de son éducation, Boya y avait réagi comme si être en couple avec un homme était effectivement dégradant et le renvoyait à la plus bestiale animalité instinctive de l'être humain.
Il fallait qu'il y réfléchisse longuement.
Parce que des réflexions, ils en auraient encore.
Et de plus en plus avec le temps.
Sans doute de plus en plus violentes à mesure que sa relation durerait et s'approfondirait avec QingMing. Ce qui au départ avait été vu comme de la curiosité ou un bête amusement de la part d'un homme assez jeune fasciné par la nouveauté finirait par être réellement perçut comme ce que leur rapport était : une vraie relation de couple.
Cerise moisie sur le gâteau de boue, le simple fait que Boya soit le shishen de QingMing causerait problème quand ça se saurait. Parce que ça aussi ça finirait par ce savoir à un moment ou un autre. Quelle garantie que QingMing ne le forçait pas finalement ? Si Killing Stone et ses disciples s'étaient posé la question, d'autres le feraient à un moment ou un autre.
Il fallait que le chef de secte commence à réaliser dans quoi il s'engageait vraiment.
QingMing et lui étaient tous les deux des personnalités politiques et presque mythologiques depuis qu'ils avaient détruit le Serpent. S'ils étaient encore vu comme des humains et le seraient encore quelques décennies, ils finiraient par être considérés comme Qinglong, Baihu, Xuanwu, Zhuque et tous les autres. Les humains étaient ainsi faits qu'avec la mémoire qui s'émoussait, les légendes prenaient le relais. D'ici quelques décennies, nombreux seraient ceux qui ne croiraient même plus à leur existence autrement que dans les légendes. Les humains qu'ils étaient ne seraient plus regardés avec la même indulgence que celle dont ils profitaient pour l'instant. Entre l'aura qu'ils avaient pour avoir vaincu le Serpent et la protection de l'Empereur, ils avaient de la chance.
Pour l'instant.
Quand les deux auraient disparu, ils seraient regardés avec le même mépris que les autres couples de leur genre l'étaient. S'ils voulaient éviter les insultes et le dégout de certains, ils n'auraient pas d'autre solution que de se cacher. D'autant plus quand ils auraient quitté leurs sectes respectives pour vivre leur vie dans le monde.
Boya avait intérêt à commencer à se blinder dès maintenant. S'il ne supportait pas les insultes, peut-être valait-il mieux qu'il quitte le yin yang shi avant qu'ils n'en souffrent davantage tous les deux…Tous les trois. Zhuque serait inconsolable s'ils se séparaient. Boya le savait. QingMing serait toujours incapable d'être discret. Ce n'était pas dans sa nature. Cela finirait donc toujours par rejaillir sur Boya.
Il fallait qu'il se décide dès maintenant sur la nature de la relation qu'il voulait à l'avenir avec le demi-démon. Soit il acceptait tout de leur relation, soit il rejetait tout. Mais il ne pouvait pas en picorer des bouts en fonction de ses sensibilités. Il n'y avait pas que lui qui en avait. Ils étaient quatre dans cette histoire même si le renard était moins indépendant et détaché de QingMing que Zhuque l'était de lui.
Ce qui ouvrait un autre problème que Boya n'avait pas réalisé jusque-là. QingMing acceptait tout de leur relation les bras grands ouverts. Il prenait tout ce que Boya lui donnait sans se poser de question ni marquer le moindre rejet ou hésitation.
Ce qu'ils faisaient entre eux se négociait à deux normalement. Mais pour l'instant, ils n'avaient pas négocié grand-chose. QingMing laissait toute latitude à Boya de décider pour eux deux de ce qu'ils faisaient ou non. Il finirait bien par arriver un moment où ça aussi arriverait à une limite.
Boya se frotta le front. Zhuque avait raison.
Depuis le début QingMing proposait, parfois, et Boya disposait, toujours. Mais en général, ils suivaient le rythme qu'imposait le tueur de démon. Etant le moins expérimenté des deux, ce n'était pas illogique. Ca faisait surtout montre une fois de plus de la grande considération de son amant à son égard.
Ce qui pourrait devenir malsain c'était si son renard taisait systématiquement ses désirs et ses besoins pour ne se concentrer que sur les siens.
Hors, c'était ce qu'il faisait invariablement. Il suffisait de voir comment QingMing avait accepté depuis des semaines que Boya le repousse dès qu'il voulait un peu plus.
Boya ne parlait pas de lui forcer la main non plus évidement. Il y avait une différence entre un peu d'insistance amoureuse et poli et une agression (ironiquement, il en savait quelque chose. Il l'avait appris à la dure une fois encore, entre les bras de son QingMing. Encore une fois, c'était son amant qui avait subi) mais simplement de lui demander verbalement ? Là, ce n'était même plus faire preuve de considération à son égard, c'était se torturer pour le bien être d'un autre qui ne réalisait même pas qu'il y avait un problème. Surtout face à la libido facile et ouverte de QingMing.
Il fallait autre chose que le silence pour une relation saine.
C'était à croire que QingMing craignait qu'il le quitte s'il ne lui donnait pas exactement ce qu'il voulait sans se soucier de lui-même.
Dans sa méditation, Boya eut un reniflement ironique un peu écœuré.
Quelle idée que quelqu'un qui avait été torturé toute son enfance par des humains et qui lui avait expliqué lui-même que son partenaire était le seul humain à qui il faisait confiance pleinement depuis qu'il était petit, puisse craindre de se faire abandonner s'il n'était pas exactement ce que son partenaire attendait de lui ?
Quelle idée.
Vraiment.
Pourquoi QingMing pourrait-il craindre de le perdre au point de tout faire, probablement même inconsciemment, pour que Boya n'ait aucune raison de se plaindre et de partir au point de sacrifier son bien-être pour le sien.
Qui pourrait même imaginer que QingMing soit terrifié à l'idée de le perdre ?
Boya lâcha un grognement. Il aurait pu se frapper.
Il n'était qu'un abrutit finit.
Il avait eu toutes les clés sous le nez depuis le début mais n'avait même pas daigné une seconde regarder ce qu'il avait entre les mains pour préférer se laisser vivre dans la quasi-vénération que QingMing avait pour lui.
Il s'écœurait tout seul.
Il faisait nuit noire lorsque Boya ouvrit les yeux. On avait encore apporté un plateau pour son repas, ce dont il fut reconnaissant.
Il avala la nourriture maintenue chaude par des talismans sans même en sentir le gout.
Il s'était comporté comme un égoïste avec son compagnon. Il connaissait ses angoisses et l'avait plus ou moins abandonné sans même lui parler.
Connaissant la capacité à l'exagération de son renard, il n'aurait pas été étonné qu'il pense que Boya ne voulait plus de lui. Surtout avec son avant-dernier cadeau et la lettre.
S'il avait reçu la même chose…
Ça avait un sale gout de rupture qui ne voulait pas dire son nom et préférait laisser mourir les choses sans en accepter la responsabilité.
…D'accord, ça dépeignait une attitude de troufignard. Il n'y avait pas d'autre terme.
Comment avait-il pu faire ça à son compagnon ?
"- Comment comptes-tu te faire pardonner ?"
"- parce que j'ai une chance d'y arriver ?"
"- Il continue à t'envoyer un petit cadeau tous les matins" Rappela Zhuque.
Boya le savait et c'était peut-être ce qui le consternait le plus. Qu'avait-il fait pour mériter une telle dévotion ?
"- Tu lui as donné ta vie et ton âme. Je pense qu'il peut attendre un peu quand même."
Boya n'était pas le seul en faute. Même si le dieu-gardien l'avait un peu enfoncé, tout n'était pas de sa seule responsabilité. C'est la seconde fois qu'ils manquaient tout gâcher par un manque de communication manifeste entre eux. Mais comme la première fois, il fallait être deux pour communiquer.
Cela remonta un peu le moral du chef de secte.
un peu.
Une fois son plateau finit, il regagna son nid pour y décider de son plan d'action.
Il était en séclusion depuis presque deux semaines maintenant. Il allait finir ses deux semaines. Il en avait besoin.
Il allait reprendre aussi ses bonnes habitudes d'échanger ses petits cadeaux avec QingMing.
La veille de sa libération, il lui enverrait les ohagi et le vin de prune.
Le lendemain, il lui enverrait l'épingle à cheveux avec les deux coqs dessus qu'il avait trouvé depuis une éternité.
Ça lui laisserait une journée pour reprendre sa secte en main.
Et le lendemain, il lui offrirait un dernier cadeau : lui.
Il n'allait pas se mettre de nœud rouge autour de l'entrejambe mais c'était l'idée.
A part un détail.
un détail aussi gênant que malaisant qu'il ne savait pas comment gérer. Il allait avoir besoin d'un allié qui avait probablement juste envie de l'éventrer avec un de ses pinceaux s'il avait fait ne serait-ce qu'à moitié autant de mal à QingMing qu'il l'imaginait.
Un énorme soupir lui échappa.
Il prit une feuille, un pinceau et rédigea une courte note à Mad Painter pour lui demander son expertise pour satisfaire son renard.
S'il ne débarquait pas dans les dix minutes pour lui arracher le foie, Boya considèrerait ça comme une victoire.
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QingMing avait dormit deux jours avant de bouger.
Lorsqu'il se redressa enfin, il avait la gueule de bois, une migraine, ses bras et ses jambes lui faisaient mal à hurler, il avait de la fièvre et l'impression qu'on l'avait balancé d'une fenêtre.
"- Est-il nécessaire que je vous demande comment vous allez ?" Snow Hound était assis par terre avec son fils devant le nid et jouait avec le petit enfant avec des blocs en pierre gravée.
"-... Snow Hound ?" Où était-il ? Ce n'était pas sa tanière ici. Le nid du shishen ?
Le cultivateur voulu se lever pour débarrasser le plancher. Qu'est-ce qu'il faisait ici à gêner ?
Snow Hound le rattrapa au vol avant qu'il ne tombe par terre.
"- Calmez-vous, maitre. Tout va bien. Vous avez dormi deux jours. Et vous êtes encore dans un sale état."
QingMing réalisa alors seulement qu'il avait juste un pantalon sur les fesses et rien de plus. Petit à petit, il commençait à se souvenir et pâlissait lentement de plus en plus.
Ils étaient au courant. Tous.
Ils avaient vu les plaies.
Il avait tout dit.
Il se mit à trembler à mesure que la crise d'angoisse montait rapidement.
Snow Hound prit la tasse de thé froid à côté de lui et la lui jeta au visage. Le liquide froid lui fit un choc suffisant pour rompre la panique.
"- QingMing. Ça va. Tout va bien."
Mais rien n'allait bien. Rien ne pouvait bien aller. Pas alors qu'il avait complétement craqué comme il l'avait fait. Pas alors qu'il était aussi fragile et à ce point incapable de contenir ses émotions. Pendant des années, il s'en était débarrassé de son mieux et n'en avait pas plus mal vécut, au contraire. Pourquoi fallait-il qu'il les retrouve si c'était pour en souffrir à ce point ?
Snow Hound l'attrapa par les épaules pour le secouer gentiment. Il ne s'attendait pas à ce que leur maitre ait retrouvé toute sa stabilité mais un peu quand même. Ce n'était visiblement pas le cas.
Pourtant, il continua de lui parler tranquillement puis finit par lui mettre Ye HuoHua dans les bras. Le bébé tengu fixa son tonton avec un mélange d'inquiétude et de curiosité. Son shushu ne pleurait plus. C'était déjà ça. mais il n'allait pas bien. C'était sûr.
Timidement, le petit enfant fit comme lorsque son tonton avait tellement pleuré avec lui. Il tendit la main et lui caressa la joue. Le geste fit se figer le fashi.
Le bébé recommença son geste avant de sourire. L'énergie négative autours de QingMing commençait à lentement se dissiper sous les gentilles attentions du bambin. Il ne comprenait pas ce qui se passait, il ne comprenait pas ce qu'il faisait. Il savait juste que son tonton allait mieux quand il faisait pareil que son papa ou sa maman quand lui pleurait.
TianGou aurait pu sourire si la situation n'avait pas été aussi compliquée. Ye HuoHua était un petit céleste. Même sans comprendre ce qu'il faisait, il soulageait déjà la peine autour de lui.
Petit à petit, QingMing finit de se calmer. Le sommeil et la fatigue laissaient lentement à place à un calme qu'il n'avait pas ressenti depuis longtemps.
Le bébé dans ses bras finit par s'endormir d'épuisement, pelotonné contre lui. Il avait épuisé tout son qi pour soulager la peine de son tonton.
"- Je ne savais pas qu'il pouvait faire ça." Murmura Snow Hound.
"- Moi non plus." QingMing gardait le bébé contre lui avec étonnement. "Tu n'as jamais fait ça toi."
TianGou secoua la tête.
"- Je doute d'en être capable." Mais il n'était né tengu. Il l'était devenu. "Il va bien ?"
"- juste fatigué. Il lui faudra un gros repas. C'est tout."
Rassuré, le shishen caressa la joue du bébé comme le petit avait caressé celle de son tonton renard.
"- Même pas encore un shishen et déjà en service."
QingMing voulu rendre l'enfant à sa mère adoptive mais le tengu refusa.
"- Gardez le avec vous. Ca ne fera de mal à aucun de vous deux…Comment vous sentez vous maintenant ?"
"- Mieux. Beaucoup mieux." Les restes de panique, de fatigue et d'incohérence avaient déserté son cerveau. "Mes bras et mes jambes me font un mal de chien mais le reste, ça va. J'ai juste affreusement honte des problèmes que je vous ai encore causé."
Le shishen secoua la tête.
"- Un jour, vous devrez réaliser que vous devez nous parler. Vous cacher pour lécher vos plaies est inutile et dommageable."
QingMing baissa le nez, désolé.
"- Je sais."
"- Tu ne vas pas recommencer ?" Le yin yang shi secoua la tête comme un gamin
"- Bon. Il faut qu'on change tes bandages. Infirmerie. Maintenant. Et pas de protestation."
QingMing soupira lourdement mais obéit. Il en avait assez fait comme ça.
Il suivit Snow Hound et le laissa désinfecter puis panser à nouveau ses plaies. En deux jours, elles avaient déjà bien guéri. Encore une semaine et il ne devrait pas rester de cicatrices à part peut-être une ou deux sur les cuisses qui disparaitraient elles aussi rapidement.
"- Où sont les autres ?"
Il fallait bien qu'il pose la question à un moment ou un autre.
"- Honey Bug fait de la cuisine compulsive, vous aurez d'ailleurs assez de gâteaux pour nourrir toute votre secte quand vous y retournerez. Hei Feng est dans la bibliothèque pour ranger les nouveaux livres qu'il a trouvé je ne sais pas où, Killing Stone est en train de s'entrainer au tir à l'arc. On a mis un cordon de sécurité autour de la zone après qu'il ait réussit à se planter une flèche dans la fesse. Ne me demandez pas comment il a réussi cet exploit, je n'en sais rien." Snow Hound était parfois l'image même de ce papa blasé et résigné que tout un chacun connaissait pour l'avoir eu en face de soi au moins une fois dans sa vie, en général après la pire bêtise de l'univers. C'était le cas à cet instant. "Et Mad Painter à eut une commande à honorer, il devrait être rentré dans la journée."
QingMing hocha la tête. Il commençait à avoir faim.
Les kamaboko l'avant-veille étaient bien loin. Il avait besoin de manger pour se remettre de ses émotions autant que pour aider sa guérison.
Une douce chaleur lui monta dans le ventre. Il n'avait pas rêvé hein ?
"- …J'ai bien eut des kamaboko et du thé ?"
Snow Hound du lutter pour ne pas sourire.
"- Et vous avez tout mangé sans en laisser une miette ni une goutte." Mais il avait partagé les gâteaux de Honey Bug avec eux.
Snow Hound le raccompagna jusqu'à sa chambre une fois les pansements finit puis l'aida à s'habiller de frais après un nettoyage à l'éponge pour ne pas noyer ses bandages. Le plus long fut de lui démêler les cheveux.
"- Voila. Vous être quand même un peu plus propre et respectable comme ça."
Il lui tapota l'épaule avant de reprendre son fils.
"- Vous allez pouvoir rester seul ou voulez-vous que j'appelle quelqu'un ?" Il fallait qu'il change son petit.
"- Ca va aller. Ne t'en fais pas."
Si, TianGou s'en faisait évidement pour le premier enfant qu'il avait élevé. Même si c'était maintenant un homme adulte. Même quand QingMing aurait cinq siècles, il continuerait à s'inquiéter pour lui s'il était encore en vie à ce moment-là. C'était comme ça que ça fonctionnait un bon parent.
Et comme Mad Painter, il était un très bon parent.
Il finit quand même par le laisser en se promettant de revenir dès que possible.
QingMing s'assit sur le bord de sa tanière. Elle sentait bon son Boya. Il avait hâte qu'il soit près de lui.
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Mad Painter avait pris la lettre des mains de Honey Bug avec une surprise incrédule.
TianGou aussi était resté stupéfait.
Qu'est-ce que Boya voulait à son compagnon ? Et spécifiquement à lui en plus ? Était-il suicidaire ? Quoi qu'il ne dût rien savoir de l'état de QingMing évidemment. Mais quand même !
HuaShi avait finalement ouvert la lettre pour la parcourir.
La première chose, avant même de la lire, fut la qualité de l'écriture. Le fashi était nerveux, inquiet et visiblement pressé. Comme s'il l'avait écrite avant que tout son courage ne l'abandonne sans même la relire. Les quelques erreurs de traits, quelques hanzi carrément barbouillés puis réécrit à coté, tout transpirait l'angoisse et la précipitation.
Le shishen était peut-être une sale bête, mais il était content de cette inquiétude manifeste. Après ce que leur maitre avait vécu depuis des semaines, ça lui faisait les pieds. Et surtout, ça confortait Mad Painter dans l'idée que si Boya ne savait pas avant qu'il y avait un soucis, il le craignait, ou tout au moins le subodorait probablement.
"- Tian' Tu peux m'ouvrir un portail pour JingYun ?" D'eux tous, le tengu était celui qui maitrisait le mieux ce sort et dépensait le moins d'énergie pour le lancer.
Snow Hound déposa un petit baiser sur les lèvres de son compagnon.
"- Ne l'abime pas complètement. QingMing en a besoin."
HuaShi eut un reniflement un peu supérieur. Il n'abimerait rien de trop délicat non. Mais il allait quand même lui mettre son poing dans la figure !
Le shishen passa le portail. Il était dans le bureau du chef de secte qui tressaillit lourdement en le voyant.
"- Bonjour Mad Painter. Merci d'être venu."
"- De rien"
Dès que le fashi fut à distance suffisante, le shishen lui balança un crochet dans l'estomac et un direct du gauche dans la mâchoire. Boya recula de deux pas en grognant. Il était solide, merci beaucoup. Un humain médiocre serait surement inconscient sur le sol.
"- …QingMing est aussi mal que ça ?" Il se repris un direct dans la figure. ha quand même. "Je suis désolé."
"- Je ne vais pas vous dire dans quel état il est. Mais jusqu'à hier, il était persuadé que vous l'aviez abandonné pour de bon."
Boya pâlit visiblement. QingMing avait vraiment cru…
"- Et n'allez pas lui reprocher de ne pas croire en vous. Vous savez très bien que ce n'est pas uniquement à cause de vous."
le fashi le savait oui.
"- Je sais. Je suis désolé." Répéta-t-il. "Je ne m'étais pas rendu compte à quel point je me suis comporté comme un malappris avec lui jusqu'à ces derniers jours." Il s'en voulait vraiment.
Sa réaction apaisa quelque peu Mad Painter. Au moins, il s'en était rendu compte. C'était tout ce qui comptait. Continuer à lui en vouloir pour ça aurait été stupide. Il valait mieux réparer que pointer du doigt.
"- Qu'allez-vous faire ?"
"- Je reviendrais le voir dans quelques jours. J'ai eu…des problèmes personnels à gérer moi aussi." Il grimaça. "Ma stabilité n'était pas excellente ces derniers temps et il en a subi le pire en partie à cause de ça. Il a fallu que je mette tout à plat dans ma tête avant toute chose."
Le shishen hocha encore la tête. Au moins, même s'ils se comportaient comme des idiots, aucun des deux ne se cherchait d'excuses ni ne restait assis sur ses mains une fois un problème reconnu. Rien que pour ça, il était satisfait du choix qu'avait fait QingMing avec Boya. Rien ne serait jamais un long fleuve tranquille sans accroc avec des pétales de fleurs et des cœurs dans les yeux, mais ils étaient capables de se remettre en question et d'avancer. C'était sans doute ce qui sauverait leur couple avec les siècles. Les humains étaient en général trop prompts à jeter ce qui était cassé au lieu de le réparer. Pourtant, une tasse réparée avec du kintsugi était plus belle que jamais. S'ils acceptaient de mettre de l'or entre eux, HuaShi était confiant pour leur avenir ensemble.
"- Que puis-je faire pour vous ?"
"- Quand tu partiras, j'aimerai que tu donnes mon cadeau du jour à QingMing. Mais avant ça…" Boya rougit affreusement, visiblement mal à l'aise.
Mad Painter sourit, amusé. Il commençait à connaitre le chef de secte.
"- Ha. C'est une question sur ce sujet-là."
Boya rougit encore plus avant de prendre son visage entre ses mains sous la honte.
"- Je sais que c'est ridicule et qu'à mon âge je ne devrais pas avoir besoin de demander conseil à qui que ce soit."
"- Ne soyez pas idiot." HuaShi se permit de mettre de l'eau à chauffer sur le petit réchaud et de leur servir du thé a tous les deux.
Il s'assit de l'autre côté du bureau, donnant une apparence de solennité et de professionnalisme qui devrait permettre au prêtre de reprendre son calme. Ca ne rata pas. Boya prit la tasse avec reconnaissance et se rassit à son bureau. La planche de bois et de pierre entre eux était un bouclier rassurant pour le fashi.
"- Peu importe votre âge ou votre expérience. Il est préférable que vous révisiez vos classiques avant de faire n'importe quoi et de blesser quelqu'un. Que vous veniez me demander de l'aide est plus rassurant pour moi que si vous vous lanciez bille en tête dans l'inconnu au risque de vous blesser l'un ou l'autre."
Boya rougit encore un peu.
"- Je vais donner des ohagi et du vin de prune à QingMing dans quelques jours." C'était tout sauf une surprise. "Seulement, je ne veux pas lui demander de…heu…" Qu'il était difficile de vocaliser les choses.
"- Vous ne voulez pas que ce soit lui sur le dos mais vous."
Boya grogna mais hocha la tête.
"- Je n'ai jamais fait ça avec lui. Et mon expérience de cette place est…extrêmement limitée"
Mad Painter en resta surprit. Ils n'avaient jamais échangé ? Il comprenait un peu mieux l'angoisse de son renardeau finalement.
"- Vous avez toujours refusé pour quelle raison ?"
"- On…On n'en a jamais vraiment parlé en fait." Plus il parlait et plus c'était facile de parler. "Il n'a jamais vraiment insisté quand il a vu que je n'étais pas à l'aise."
Mad Painter avait autant de décence et de retenue qu'un chien affamé devant une assiette de saucisses, à savoir aucune. Boya ne connaissait ni son âge, ni son parcours, mais pour être aussi à l'aise avec tout ce qui touchait de près ou de loin aux arts et à la sensualité il ne l'imaginait pas venir d'un Temple. Peut-être un bordel comme Killing Stone ? Avait-il été un humain comme lui et Snow Hound ? Quelque chose lui disait que non. Il n'y avait aucune retenue humaine chez lui. Même chez le tengu il y en avait. C'était comme s'il manquait quelque chose chez ce shishen. Quelque chose qu'il n'avait jamais eu parce qu'il n'était pas issu de la chair.
"- Pourquoi n'en avez-vous jamais parlé ?"
"- Ca m'est difficile de parler." Ils s'en étaient tous rendu compte. Boya avait plus un réflexe de violence ou de se renfermer au lieu de s'exprimer. Il s'améliorait mais c'était compliqué.
"- Boya Daren. Pardonnez mon franc-parler, mais pour ce qui se passe dans un lit, tout ce que vous pouvez imaginer, ailes et accessoires compris, nous l'avons déjà fait avec QingMing, Snow Hound et moi. Et encore plein de choses que vous n'imaginez pas encore pour l'instant. Mais ça viendra. QingMing m'a posé toutes les questions les plus humiliantes, les plus tordues et les plus bizarres qui soient. Alors ne soyez pas gêné. Vraiment. Et ne craignez pas non plus que votre manque d'expérience ne le satisfasse pas. Vous forcer à quoi que ce soit n'est pas une bonne idée non plus. C'est aussi pour ça qu'il vous laisse aller à votre rythme. Il vous aime. C'est pour ça qu'il est heureux avec vous, même quand vous lui prenez juste la main, il est heureux. Simplement passer du temps avec vous le rends heureux. Même à deux nous n'avons jamais réussi à lui faire atteindre les niveaux de satisfaction que vous lui donnez. Alors n'essayez par de comparer ce que vous lui donnez et ce que nous avons pu faire avec lui."
Boya avait la gorge serrée. Il se sentait à la fois soulagé et stupide. Il n'était pas un misérable puceau merci beaucoup. Mais face au shishen plusieurs fois centenaires ? Ha ! il était comme un gamin. Mais visiblement, ça ne dérangeait personne. Il fallait qu'il fasse confiance à HuaShi là-dessus comme sur le reste. Il était sûr qu'il ne prendrait pas le risque de blesser QingMing, même par accident, pour l'humilier lui.
"- Je…C'est un bête problème technique et sanitaire." Commença le chef de secte.
Mad Painter haussa un sourcil avant de comprendre. Il le laissa pourtant expliquer avec ses mots ce qu'il voulait. Ce n'était pas lui rendre service que de répondre à demi-mots à ses demandes. Il fallait qu'il s'exprime davantage justement.
Boya lui jeta un regard par en dessous. C'était…humiliant. Allez, il avait l'habitude de cultiver l'humiliation avec QingMing. Son Partenaire adorait le mettre mal à l'aise. Il le trouvait adorable quand il était gêné. Par extension, Mad Painter était un bout de QingMing après tout. Et s'il se cherchait des excuses, qui était au courant à part lui ?
"- Comment je dois faire pour me présenter…propre…Pour ses attentions ?"
Il avait bien une idée évidemment. Mais d'autres y avaient forcément pensé avant lui.
Mad Painter eut un sourire presque attendrit de ses difficultés.
"- Je vais vous faire passer un livre. C'est un roman qu'a écrit QingMing mais vous y trouverez toutes les informations nécessaires dedans.
Pauvre Boya qui allait découvrir les joies de l'énéma.
"- Et je vous donnerai quelques adresses à la Capitale pour que vous puissiez acheter le matériel nécessaire."
Le fashi passa au livide. Parce que EN PLUS, il allait devoir aller acheter lui-même des objets tendancieux, probablement dans des magasins louches. Il avait déjà envie de mourir.
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Snow Hound haussa un sourcil. Son compagnon était revenu depuis moins d'une heure de son rendez-vous avec le compagnon de leur renardeau.
Il avait eu le temps de chercher le livre promis, de le lui envoyer via un tout petit portail qu'il avait peiné à créer puis avait apporté le cadeau du jour de Boya a leur maitre.
Et voilà qu'il pleurait encore !
Ça commençait à ne plus être drôle du tout comme plaisanterie.
Le tengu se pinça la racine du nez entre deux doigts. Son fils dormait encore d'épuisement après avoir calmé QingMing. Là, il allait finir par prendre un seau d'eau glacée et lui balancer à la figure si ça continuait.
Snow Hound était lui-même nerveusement assez fatigué pour prendre une décision un peu brutale.
HuaShi haussa les épaules sans comprendre. Le cadeau n'était pas des meilleurs, d'accord. Mais de là à pleurer ?
"- QingMing ?"
Le yin yang shi releva les yeux sur ses servants qui purent constater que même s'il pleurait, il avait un large sourire. Il leur montra l'épingle à cheveux avec révérence. La lettre de Boya était serrée, froissée entre ses doigts.
L'épingle était en bois clair, presque blanc d'années d'usage. Une fleur de magnolia était sculptée sur le bout. Les deux fortes dents de l'épingle étaient usées mais encore solide. Elle devait avoir des décennies.
"- Elle appartenait à la mère de Boya. C'est la seule chose qui lui reste d'elle à part un bracelet."
Les deux shishen revirent immédiatement leur estimation du cadeau à la hausse de façon météoritique. C'était un cadeau splendide. Que QingMing y aille d'une petite larme était plus que compréhensible.
"- HuaShi ? Tu travailles beaucoup le bois. Tu saurais comment la protéger pour qu'elle ne s'use pas plus ?"
Le servant hocha la tête.
"- Il y a des vernis qui aident pour ça. je vous en préparerai."
"- Merci…"
QingMing caressa le bois encore un moment avant de piquer l'épingle dans ses cheveux.
