Info :
Dans YYM DoE, Qingming reveille Azur Dragon et Boya réveille Vermillon Bird.
Hors : Qinglong (azur dragon) est souvent couplé avec Zhuque, parce que les deux représentent à la fois le conflit et la joie du mariage. En Chine et au Japon, le dragon est un symbole de l'empereur et le Phoenix de l'impératrice.
Boya avait intrigué, si on pouvait appeler ça comme ça, avec Mad Painter pour s'assurer que ses retrouvailles avec son Partenaire se passeraient sous les meilleurs auspices.
Il avait été jusqu'à utiliser un messager rapide du Temple pour aller sur le Domaine Han avec une lettre pour le jeune Seigneur des lieux pour lui demander son concours. Sa demande se limitait à pouvoir coller le fu'yan qu'il y avait avec la lettre pour que Snow Hound puisse ouvrir un portail pour lui et QingMing sans que ce dernier sache où ils allaient.
Il y avait un festival dans la capitale du sud dans quelques jours, ce serait le moment parfait pour donner son dernier cadeau à son partenaire, refaire connaissance tranquillement, avoir la paix et être sûr que personne ne viendrait les embêter.
Le jeune seigneur avait été tout à fait disposé à leur fournir en prime un logement dans un coin reculé sans en dire davantage, pour qu'ils puissent y loger quelques jours.
Toute l'organisation avait bien sûr repoussé d'autant leurs retrouvailles, mais ça en valait le coup de son point de vue. Boya avait en prime put reprendre le train-train de sa secte, faire connaissance avec la marée de nouveaux shidi (il devait admettre qu'il y en avait beaucoup. Beaucoup trop. Est-ce que le nord en voudrait certain ? Lun Yao en avait déjà repéré un certain nombre qui n'avaient pas l'agressivité naturelle pour s'adapter confortablement à leur Temple. Une secte plus placide comme celle du nord leur conviendrait mieux), faire le tri dans les courriers, répondre à ce qu'il devait, aller voir son Shifu qui avait encore demandé à le voir…
C'était sans fin.
Il fallait qu'ils repensent l'organisation interne de la secte avant que quelqu'un, possiblement lui d'épuisement, n'en meurt.
Mais ce n'était pas la question. Pour maintenir la flamme de l'attente éveillée, les deux hommes avaient continués à s'envoyer des petits rien.
Boya avait même envoyé un petit poème écrit de sa main. Il était très mauvais, même lui en convenait, mais ce n'était pas l'important. Comme toujours, c'était l'effort fait qui comptait. Il avait passé presque une nuit dessus et si le résultat aurait probablement fait éclater de rire un artiste du Palais par sa médiocrité niaise, il avait réussi à s'exprimer avec.
Pour lui qui peinait toujours à simplement "parler", trouver un médium quel qu'il soit pour s'exprimer, était toujours un petit miracle en soit.
Il ne savait pas si QingMing avait pleuré de rire en lisant son essai pathétique, mais c'était fait avec le cœur en tout cas.
A la Maison du Lac, QingMing avait tout simplement fait encadrer le petit poème pour le mettre dans son bureau. C'était en effet mauvais, mièvre à pleurer, pas bien écrit du tout mais peu importait. L'effort était là, les sentiments étaient là, c'était tout ce qui comptait à ses yeux.
A mesure que la date de leurs retrouvailles prévues approchait, les deux hommes étaient l'un comme l'autre de plus en plus à cran.
Ce n'était pas une nervosité agressive, bien au contraire. Tous les deux souriaient davantage, tous les deux étaient de plus en plus énergiques et…Tous les deux fatiguaient de plus en plus leurs entourages.
Les seuls qui les supportaient encore vraiment étaient les shidi et les juniors de leurs Temples respectifs. Ils avaient l'énergie pour, eux.
Puisque s'occuper d'eux canalisait un peu l'excitation dont vibraient les deux hommes, les deux Temples avaient eu la même solution. Les deux chefs de secte avaient été déchargés momentanément de toutes leurs autres responsabilités à par leur correspondance le temps qu'ils se retrouvent et ne s'occupaient que des mômes.
Dire que certains étaient jaloux était une vue de l'esprit. Surtout quand plusieurs shidi de neuf ans et tous les juniors avaient réussi à appeler leur premier shishen en moins d'un mois au nord et que la moitié environ des séniors avaient été écrasés lors du concours mensuel de tir à l'arc par les moins de douze ans à l'est.
Yan Shu avait offert un verre à Kin Lao lorsque le premier disciple du yin yang était venu lui déposer des lettres et un dossier. Si Kin Lao était très jeune pour être premier disciple, Yan Shu lui reconnaissait tout à fait son titre. S'il était un peu surexcité, il était efficace et facile à vivre. Il apprenait vite mais ne se laissait pas marcher sur les pieds.
"- Alors ? Ça se passe comment chez vous ?"
Kin Lao avait soupiré.
"- Vivement qu'ils se revoient et se ressautent dessus. QingMing Daren est bien plus vivable quand il n'est pas frustré."
Yan Shu éclata de rire.
"- Je pourrais dire la même chose de Boya-Daren."
Personne ne savait ce qui s'était passé entre leurs deux chefs de secte mais ils s'étaient momentanément séparés, c'était une certitude. Une autre certitude était que ça allait mieux entre eux et qu'ils avaient déjà tout planifié pour se revoir et reprendre leur relation là où ils l'avaient interrompu.
Dans les deux sectes, tout le monde était d'accord sur la même chose. Quoi qu'il puisse se passer à l'avenir, ils ne devaient en aucun cas les laisser se séparer à nouveau. Ils avaient été formés pour tuer des démons, lancer des sortilèges et négocier avec des dieux dévoyés. PAS pour gérer les histoires de cœur de leurs chefs.
Ça, c'était trop compliqué et de loin.
"- Au moins, ça occupe les shidi" Soupira Kin Lao.
Il leur en manquait encore tellement…
"- A ce propos, on en a trop de shidi, vous en voulez ?"
"- …Quoi ?" Des shidi ce n'était pas une assiette salade tomates oignons. On ne pouvait pas les donner aux copains juste comme ça !
Le premier disciple de l'est expliqua leur situation au premier disciple du nord. Leur cargaison de gamins bien trop calmes et timides qui préféraient lire des bouquins que d'aller courir dehors, ils en voulaient ?
Kin Lao accepta avec plaisir la quarantaine de gosses. Que Yan Shu s'occupe de préparer leur transfert, lui allait s'occuper de leur arrivée.
Un boucan de fin du monde coupa les deux hommes dans leurs négociations. Les cours de la journée pour les shidi se finissaient justement. Morts de fatigue, l'estomac vide et surexcités d'avoir leur da-shixiong avec eux toute la journée depuis trois semaines, les nabots étaient en train de fondre sur leur gouter comme une colonie de criquets. Derrière eux, amusé, Boya les enjoignaient au calme et à la retenue.
Les gamins obéirent peut-être deux minutes avant de manger à nouveau comme des sauvages.
Le chef de secte monta les escalier quatre à quatre jusqu'au balcon intérieur où son second et celui de QingMing observaient le chaos.
"- Kin Lao."
"- Boya Daren. Vos élèves sont énergiques dites-moi."
"- Ils progressent vite."
"- Ils veulent surtout que tu sois fier d'eux." Renifla Lun Yao.
"- Il n'y a que le résultat qui compte." Le maitre des disciples se moquait un peu de son chef de secte mais il était, comme tout le monde, soulagé de le voir plus stable.
Leur chef avait retrouvé cette efficacité tranquille qui l'avait fait choisir par leur Shifu parmi tous les candidats potentiels. Ça avait été un peu inquiétant de le voir vaciller comme il l'avait fait pendant plusieurs semaines, rongé de l'intérieur par quelque chose qu'ils n'arrivaient pas à découvrir. Plusieurs avaient même proposés de vérifier qu'il n'était pas possédé.
Il l'était bel et bien, mais ni par un esprit, ni par un fantôme. Par un démon en revanche… Un demi-démon pour être encore plus exact.
Les deux semaines de séclusion de Boya avaient été courtes mais avaient fait leur travail. Il avait retrouvé tout son allant et son efficacité.
Au nord, QingMing Daren aussi avait retrouvé son calme et son équilibre. Comme quoi, les deux hommes avaient eu besoin de se séparer avant de se retrouver.
"- Vous comptez partir pour le sud quand ?"
"- Après demain pour une semaine."
Lun Yao connaissait assez son chef pour ne pas poser de question et Kin Lao était assez fine mouche pour comprendre que son chef n'était sans doute pas au courant qu'il allait être absent une semaine d'ici deux jours. Le premier disciple du nord nota donc la chose pour préparer l'absence de son chef. Il fallait qu'il lui fasse signer plein de choses avant son départ, dont une demande de riz et une autre de chaussettes qui devenait indispensable. Ils consommaient presque autant de chaussettes que de riz ! Mais il faisait froid dans le nord. Se remplir le ventre c'était bien. Ne pas se geler les orteils, c'était mieux.
Le premier disciple du yin yang finit par saluer les deux orientaux pour retourner à sa secte. Son chef y était très occupé à aider les juniors avec leurs portails, au grand dam des séniors. Eux aussi voulaient apprendre ! Alors ils restaient dans le coin à tenter d'entendre ce que racontait QingMing aux miniatures.
Bien loin de ce genre de considération et surveillés du coin de l'œil par QingMing, les plus jeunes shidi jouaient tous ensembles à une espèce de jeu de chat et de la souris avec des talismans et de la peinture. Ca travaillait leur capacité à tracer des talismans rapidement, à éviter les attaques ainsi que leur endurance. Pour les quelques-uns qui avaient déjà un shishen, c'était l'occasion de travailler avec eux aussi. Un des gosses semblait totalement éperdu de bonheur, juché qu'il était sur le dos d'un énorme chien avec miroir au-dessus de lui et des petits nuages au-dessus de la tête.
Kin Lao ne savait pas ce qu'était ce shishen, mais le petit enfant et son nouvel ami semblaient s'entendre comme larron en foire.
Et si tout le monde était couvert de peinture, ce n'était pas bien grave.
Lorsque les petits shidi décidèrent de se liguer tous contre leur chef de secte, ils furent vite rejoints par les juniors qui ne pouvaient pas laisser passer une occasion pareille. La cacophonie fut telle que le reste des prêtres vint voir ce qui se passait.
Plus d'un soupira de voir leur Chef de secte, hilare, jeté au sol par la masse de ses petits élèves, couvert de peinture et qui demandait grâce.
Enfin, il valait mieux les voir comme ça qu'à raser les murs ou manquer manger la tête des gens qui disaient bonjour.
Lorsque QingMing rentra à la Maison du Lac ce soir-là, ses shishen ne cherchèrent même pas à savoir pourquoi leur maitre était de toutes les couleurs.
Honey Bug l'envoya se laver pendant qu'elle finissait de préparer le diner pour tout le monde.
La Maison avait retrouvé son calme naturel. Le but du jeu serait de ne plus jamais le perdre, maintenant.
#*#*#*#*#*#*#*#*#*#*#*#*#*#*#*#*#*#*#*#*
Deux jours plus tard, après avoir été cherché leur maitre pour le faire rentrer tôt et lui rappeler qu'il avait un rendez-vous, Mad Painter se laissa tomber au milieu du nid à côté de son compagnon. En bon frère, Killing Stone avait proposé de prendre Ye HuoHua pour la nuit voir un peu plus pour que ses parents aient la paix. Depuis des semaines, c'étaient eux qui avaient subi le pire de la charge émotionnelle de la dépression de leur maitre. Ils avaient bien le droit à quelques jours tranquilles.
Ils avaient fini d'habiller QingMing, avait collé une poche quiankun dans sa manche avec de quoi se changer pour au moins une semaine puis l'avait poussé dans les bras de Boya lorsqu'il était venu le chercher.
Un portail ouvert pour le sud et le couple avait disparu de l'autre côté pour être accueillit par le jeune seigneur Han.
Snow Hound attrapa immédiatement son compagnon par la taille avant de refermer ses ailes autours d'eux.
"- Tu crois que tout se passera bien pour eux ?"
"- Ce ne sont plus des enfants. Ils ont tout ce qu'il faut pour passer une nuit mémorable. Et un séjour parfait. S'ils n'oublient pas qu'une relation se construit à deux."
TianGou embrassa son compagnon sur la gorge. Ils étaient ensembles depuis qu'ils s'étaient rencontrés grâce à leur précédent maitre. Ni l'un ni l'autre n'aurait jamais imaginé trouver un ami d'abord, un amant ensuite puis enfin le compagnon de toute une vie après avoir été invoqués par le yin yang shi. Ils ne savaient même pas si Zhong Xing avait été au courant de leur relation finalement. Vu ses capacités à l'aveuglement volontaire sur certains sujets, ils étaient quasi sûr qu'il n'aurait rien vu même s'ils s'étaient embrassés sous son nez. Après tout, il n'avait jamais réalisé qu'ils avaient été extrêmement "proches" de QingMing jeune adulte alors même qu'il leur avait quasi marché dessus plus d'une fois.
Les vêtements tombèrent rapidement sur le sol avant que Snow Hound ne se glisse entre les cuisses de son compagnon et ne l'assaisonne longuement avec de l'huile de fleurs jusqu'à ce qu'il se torde entre ses mains.
"- Tu vas me faire attendre encore longtemps ?"
"- Jusqu'à ce que tu me supplies ?"
HuaShi se redressa juste assez pour venir embrasser son plumeau blanc préféré sur les lèvres. Il sentit l'huile dont son compagnon l'avait largement garni couler entre ses fesses sur les couvertures.
"- Te supplier ? Ho non, mon cher cœur. C'est toi qui vas me supplier de condescendre à me donner à toi. C'est toi qui vas tout faire pour que je sois tout à toi. Mon roi."
Une étincelle possessive brilla dans les yeux du tengu. Lui qui était un ancien roi, un dieu mineur qui avait été adoré pendant des siècles aimait qu'on le vénère. Alors quand son compagnon se rebellait contre sa domination ? il ne pouvait que tout faire pour obtenir à nouveau toute son adoration.
"- Alors c'est moi qui vais t'aimer jusqu'à ce que tu acceptes tout ce que j'ai à te donner." Souffla Snow Hound avant de s'agenouiller devant lui pour le prendre dans sa bouche.
HuaShi se laissa retomber dans les coussins. Ça commençait bien comme soirée pour eux aussi. Il glissa ses mains dans les cheveux noirs de son compagnon.
"- Vous avez une langue bien agile, mon roi…Continuez votre diplomatie voulez-vous ? je vais finir par y être sensible."
L'amusement brillait dans les yeux de TianGou. Son amoureux voulait se projeter dans un jeu de rôle ? Ça lui allait parfaitement pour commencer leur soirée.
#*#*#*#*#*#*#*#*#*#*#*#*#*#*#*#*#*#*#*#*
QingMing avait senti son cœur faire un bond dans sa poitrine lorsque Boya avait débarqué de JingYun, habillé aussi élégamment que lorsqu'ils devaient se rendre aux banquets de l'Empereur, une boite sous le bras.
Leurs regards s'étaient croisés et toute l'angoisse, toute la peine des semaines passées avait disparue pour le renard. Son compagnon était là, tout allait bien.
Boya avait quasi jeté son paquet dans les mains de Killing Stone pour venir enlacer son Partenaire. Il avait immédiatement enfoui son nez dans son cou avant de soupirer de soulagement. Ce qu'il lui avait manqué…
Lorsque les bras de QingMing s'étaient refermés autour de sa taille, il lui avait gentiment mordillé la gorge. Les deux hommes étaient restés l'un contre l'autre quelques minutes avant que les shishen de QingMing les poussent vers leur destination.
Boya avait récupéré son paquet, ils avaient passé le portail et le jeune Seigneur Han les avait accueillis avec une courbette.
Les deux hommes l'avaient salué à leur tout en le remerciant pour son hospitalité. A leur grande stupeur, ils avaient réalisé que les offres d'hospitalité que le jeune seigneur leur avait faites n'étaient pas là que pour la galerie. Sinon, la maison installée le long du mur d'enceinte à l'extérieur du palais du sud ne leur aurait pas été présenté comme 'la leur' mais comme leur lieu de résidence pour la durée de leur séjour. Ils avaient demandé confirmation. Le jeune homme avait insisté. C'était bien LEUR lieu de résidence. Ils pouvaient y venir quand ils le souhaitaient. Avec son petit mur autour d'un jardin délicat, la maison était petite mais de qualité. Sans doute une garçonnière récupérée d'un ancien partisan de Han père qui n'avait pas survécut à la purge ordonnée par l'épouse de ce dernier. Autant que le bâtiment serve. Il y avait peu de monde pour acheter l'ancienne maison de quelqu'un estampillé 'traitre'. Donner la maison et son jardin aux deux fashi au lieu de démolir, purifier et reconstruire était une économie d'argent, de moyen et faisait montre d'un pragmatisme fascinant.
Ils avaient remercié chaleureusement la générosité du jeune homme qui leur avait abandonné les clés du lieu avant de les laisser à leur solitude.
La maison était meublée évidemment. Tout ce qu'il y avait dedans avait été laissé. Seule une trace de sang mal nettoyée sur la terrasse restait pour prouver le tragique destin du précédent propriétaire des lieux.
D'un commun accord, les deux prêtres firent une rapide prière pour purifier les lieux et accompagner les éventuelles âmes tourmentées qui seraient restées sur le petit domaine.
Quand ils eurent fini, la maison était déjà plus agréable.
"- Ce n'était pas prévu." Murmura Boya en reprenant son renard dans ses bras.
Ils s'embrassèrent tranquillement un long moment avant de se lâcher.
"- Qu'est ce qui était prévu alors ?"
"- Un diner au restaurant, un long moment d'amusements au marché de nuit, puis revenir à notre logement pour autant de câlins que désiré."
QingMing l'embrassa encore, charmé par la proposition.
"- Ca me parait très, très bien." Les lèvres de Boya lui avaient tellement manqué qu'il n'arrivait pas à s'empêcher de l'embrasser.
A sa grande surprise, son compagnon ne chercha pas à le repousser ni à reprendre le contrôle du baiser. Il se laissa faire, souple et conciliant entre ses mains.
QingMing finit par le lâcher, les yeux brillants de tendresse.
"- Nous allons diner alors ?"
"- Veux-tu ouvrir ton cadeau ici ?"
QingMing frémit.
"- Ce sera mieux je pense."
Ils savaient tous les deux ce qu'il contenait.
Le demi-démon s'agenouilla sur la terrasse tachée.
Boya s'assit en face de lui, posa la boite et la poussa vers lui.
QingMing l'ouvrit lentement.
Les ohagi et le vin de prune étaient là.
Il les sortit tous les deux. Il mangea lentement les gâteaux de riz sans quitter son Partenaire des yeux puis but lentement les deux coupes de vin de prune.
Boya relâcha le souffle qu'il n'avait pas réalisé retenir depuis qu'il avait poussé la boite vers son compagnon.
La tradition voulait que le hulijing soit à lui jusqu'à la prochaine nouvelle lune.
S'ils suivaient la tradition, QingMing était à lui pour vingt-quatre jours. Mais ce n'était pas le plus important.
Ce qui avait commencé comme une plaisanterie, une de plus, les avait pris au piège d'un symbolisme que ni l'un ni l'autre n'avaient réussi à stopper. Y mettre un terme aurait été perçu comme une insulte pour l'autre.
Ils restaient malgré tous des prêtres. Le symbolisme était au cœur de leur vie malgré tout ce qu'ils auraient voulu pouvoir en dire.
Si ce dernier échange de cadeau était important pour leur couple, il était aussi important parce qu'il les libérait d'une spirale un peu bizarre dont ils ne voyaient pas de fin réelle et qui en était venu à leur bouffer une partie de leur stabilité et du plaisir d'être ensemble.
Une routine malsaine commençait à se dégager progressivement de leur relation : ils avaient tendance à en faire trop et exagérer systématiquement ce qu'ils faisaient pour l'autre.
Ils étaient tellement avides de satisfaire leur partenaire qu'ils ne réalisaient jamais qu'ils allaient trop loin.
Ce jusqu'auboutisme allait devoir être surveillé et travaillé. S'ils ne faisaient pas davantage attention, arriverait un moment où ils se feraient vraiment du mal.
Et encore, Boya n'était pas au courant, pas encore, de l'état des bras et des jambes de son compagnon. S'il ne restait quasi aucune marque, celles qui restaient allaient forcément entrainer des questions.
Boya se leva le premier. Il offrit sa main à son compagnon qui la prit puis glissa son bras sous le sien.
Juste avant de partir diner, QingMing ouvrit un portail pour la Maison et appela Honey Bug. La petite shishen fut des plus surprises et évidemment, immédiatement inquiète. Que son maitre lui montre la petite maison dont ils venaient d'hériter et elle était déjà prête à l'installer correctement.
"- Ne vous en faites pas, QingMing Daren. Boya Daren. Le temps que vous reveniez et ce petit nid sera aussi confortable que ce dont vous avez l'habitude !" Elle eut un large sourire en les chassant vers la porte une fois le portail ancré pour quelques heures.
Les deux prêtres scellèrent les portes du jardin pour éviter des mauvaises surprises et laissèrent ce souci derrière eux. Un bon repas les attendait de l'autre côté de la ville.
Ils prirent leur temps pour rejoindre le restaurant, profitant de la chaleur du sud et des odeurs si différentes de la capitale ou du nord.
"- J'ai réalisé que je ne t'avais jamais invité au Bureau." Murmura soudain QingMing.
Boya y était venu une fois, propulsé par Zhuque, mais il ne l'avait jamais formellement invité à y venir alors que lui avait une invitation ouverte qu'il ne rechignait jamais à utiliser.
"- Tes disciples sont un peu moins agressif ou je devrais prendre des saucisses à leur jeter à la figure pour les calmer ?"
QingMing donna une petite tape sur le bras de son compagnon. C'était méchant. Pas fondamentalement faux mais méchant.
"- Fais attention ou la prochaine fois que je viens à JingYun j'apprends à tes shidi à jouer avec de la peinture et des talismans."
Boya haussa un sourcil. Ça avait l'air prometteur ça.
"- Maintenant, tu m'interpelles. J'ai envie de voir ça. tant que ça n'abime rien."
"- Ce sont des pigments qui partent à l'eau heureusement. Mais la lessive risque d'être longue."
Le chasseur haussa les épaules. Les petits shidi étant ce qu'ils étaient, ils ne portaient de toute façon pas les même robes deux jours de suite. Il fallait bien attendre qu'ils aient douze ans au moins avant que leurs vêtements extérieurs survivent deux jours à leur train de vie enthousiaste et énergique.
Boya serra un peu plus le bras de QingMing sous ses doigts.
Depuis qu'ils se promenaient tranquillement dans les rues, il avait l'impression que les gens les saluaient de la tête et leur souriaient quand ils les voyaient.
C'était suspicieux.
"- Ne te raidit pas comme ça, Boya."
"- Ces gens…"
"- Ils nous reconnaissent. Ils étaient pour la plus part dans les gradins de l'arène quand le Seigneur Han est mort. Ils savent que nous avons participé indirectement à les sauver de son despotisme. "
Boya avait oublié ce détail. Ca expliquait aussi sans doute pourquoi personne ne mouftait de les voir bras dessus, bras dessous.
Au moins avaient-ils la décence de ne pas venir les ennuyer.
Ils continuèrent à se promener en toute simplicité jusqu'à atteindre le quartier du grand canal avec ses jardins et ses restaurants. Trouver leur réservation prit encore un petit peu de temps mais ils purent s'installer en terrasse dans une petite alcôve de verdure qui donnait sur le fleuve peu après que le soleil soit complètement couché.
Les premières lanternes furent lancées, attachées à des fils pour qu'elles ne se perdent pas et ne risquent pas de mettre le feu à la ville.
Lorsque le serveur vint leur apporter quelques petites bouchées vapeur pour les faire patienter pendant qu'ils faisaient leur choix, les musiciens de rues avaient commencés à jouer, enveloppant leur petite alcôve de verdure dans un cocon presque irréel ou plus rien n'existait à par eux. La musique étouffée les isolait du reste de l'humanité, les autres clients étaient comme eux, invisibles à la vue et à l'oreille grâce aux plantes, aux paravents et aux tentures… Il n'y avait guère que les discrets serveurs qui vinrent poser leur commande sur la petite table devant eux qui brisèrent momentanément cette impression d'être les seuls êtres vivants au monde.
Dès que l'intégralité des plats fut posée devant eux, QingMing quitta sa place bien rangée sur son coussin pour venir prendre Boya dans ses bras comme le tueur de démon le faisait souvent. Cette fois, c'était son tour. Contrairement à ce qu'il attendait, Boya se laissa faire. Il fit même un peu plus confortablement son trou entre ses bras pour pouvoir poser sa joue sur son épaule.
De toute leur relation, ces moments de pur calme étaient ce dont ils avaient le plus besoin.
Ils restèrent immobiles à juste profiter de la musique étouffée, des lanternes dans la nuit et du bruit des insectes à peine troublés de temps en temps par les cris d'humains au loin jusqu'à ce que leurs estomacs se mêlent à la soirée.
Boya se redressa juste assez pour attraper le plat le plus proche, ses baguettes et donner la béquée à son compagnon comme QingMing l'avait fait ses semaines auparavant.
Zhuque en roucoulait de contentement. C'était important pour le phénix de pouvoir nourrir leur partenaire. S'il ne pouvait chasser pour lui, au moins pouvait-il porter le contenu d'un plat à sa bouche.
Les deux hommes restèrent silencieux à partager leur repas jusqu'à ce que tous les plats soient vides.
Lorsque le serveur vint débarrasser et prendre le payement, ils somnolaient presque, au chaud dans les bras l'un de l'autre à regarder le ciel et les lanternes.
Le serveur se racla la gorge. Il était désolé de les déranger mais il devait préparer la table pour un second service. Les deux hommes se séparèrent à regret mais il était déjà tard.
"- Quel est le meilleur moyen de rejoindre le marché de nuit ?"
Le serveur jeta un coup d'œil aux deux hommes tout en comptant l'argent qu'ils venaient de poser sur la table pour le repas.
"- Le plus rapide ou le plus agréable ?"
"- Le plus agréable" Sourit QingMing. Evidement.
"- Alors prenez une barque. Les canaux sont agréables à cette époque de l'année."
QingMing rajouta quelques pièces au diner qui avait été étrangement peu cher pour remercier le serveur. Il avait été discret et plus tolérant qu'ils ne l'attendaient.
Les doigts noués sous la large manche du yin yang shi, le couple descendit de la rue vers le canal où des dizaines de bateliers attendaient le client.
Ils choisirent au hasard une barque qui semblait confortable avec un banc rembourré et un dossier assez haut pour s'y installer.
"- Vous pouvez nous emmener jusqu'au marché de nuit ?"
Le batelier releva le nez, les observa un instant puis hocha la tête
"- Bien sûr. Vous voulez vous y rendre rapidement ou faire le tour de la ville ?" Il avait bien compris qu'il ne s'agissait pas forcément d'une course
"- Le tour de la ville ?" Boya hocha la tête à la question de son compagnon.
Le batelier leur tendit la main pour les aider à monter. Boya la dédaigna, bondit dans la coque de noix pour offrir sa main à son compagnon, plus engoncé dans ses vêtements que lui.
Ils s'installèrent sur le banc puis le batelier leur tendit une fourrure.
"- Il fait vite froid sur l'eau". Ils la posèrent sur leurs jambes et se laissèrent véhiculer en bon touristes qui profitent de leur soirée. "Voulez-vous que je vous présente la ville ou préférez-vous du calme ?" Décidément, le batelier semblait bien décidé à avoir un bon pourboire.
"- Présentez-nous la ville" Décida Boya. "Et si vous avez des histoires croustillantes, faites-en bon usage." Il lança une rognure de cuivre au batelier qui l'attrapa au vol.
Très vite, la distance polie entre les deux hommes disparus et le couple se trouva à nouveau étroitement serré l'un contre l'autre sous la fourrure, les pieds posés sur le banc en face d'eux.
Le batelier n'était guère à l'aise avec cet étalage mais tant que les mains restaient sages et que ça ne se bécotait pas, il pouvait faire comme si de rien n'était.
D'une voix de conteur, il commença à raconter l'histoire de la ville et de tous les évènements dont il avait connaissance. La moitié était de la superstition, une autre moitié des racontars de bonne femme plus ou moins scandaleux et le reste des supputations de pilier de bar mais les histoires arrachèrent même quelques rires au tueur de démon.
Imaginer un digne collecteur des impôts passer de toit en toit dans le plus simple appareil poursuivit par la colère des locataires de plusieurs maisons closes à qui il avait volé les taxes pour s'amuser chez les voisines, avec un autre collecteur des impôts qui leur courait derrière pour récupérer l'argent qui n'avait jamais été noté comme collecté était quand même cocasse.
Le batelier avait grandi dans la ville. Il la connaissait par cœur. Il connaissait même quelques histoires de fantômes particulièrement croustillantes qui se finissaient invariablement avec le fâcheux qui avait causé la colère du fantôme punis par là où il avait péché. Que ce soit un amant traitre à sa dulcinée, un père brutal avec sa famille, un prêtre qui utilisait ses pouvoirs pour son plaisir personnel ou un fonctionnaire qui utilisait sa place pour opprimer le pauvre tous obtenaient la punition de leurs actes répréhensibles.
Le batelier les fit passer par le marché flottant, à leur grand plaisir. Ni l'un ni l'autre ne connaissait l'existence de ce marché où se concentrait tout ce qui était un petit peu, non illégal mais plus…récréatif.
QingMing ne put s'empêcher d'acheter de l'encens soi-disant aphrodisiaque, quelques colifichets qu'il savait aux goûts de la pie qu'était Killing Stone pour tout ce qui brillait, une épingle à cheveux avec des fleurs pour Honey Bug, du papier artisanal avec des fleurs dedans pour Mad Painter, des graines pour le jardin de Snow Hound et une longueur de dentelles noires pour Hei Feng. Il prit même un hochet en forme d'oiseau pour Ye HuoHua.
Amusé, Boya le laissa faire et se laissa même tenter par quelques objets pour ses plus proches amis du Temple.
Enfin, ils atteignirent le marché de nuit et ses tentations, les manches de QingMing déjà bien remplies de petits cadeaux divers et variés pour leurs familles élargies.
Ils payèrent le batelier, là aussi bien moins cher qu'ils auraient payés à la capitale. Mais tout semblait au moins un tiers moins cher qu'a la capitale. Pourtant, il était facile de les identifier comme des touristes, les vendeurs auraient dû en profiter pour les étrangler au contraire. Ils n'allaient pas faire la fine bouche néanmoins.
Boya lança un copeau d'argent comme pourboire à leur taxi qui le prit avec reconnaissance, les aida à descendre puis leur souhaita une bonne soirée.
Très vite, ils se retrouvèrent noyés dans la masse de la foule. Normalement, ils n'aimaient ca ni l'un ni l'autre mais cette foule semblait plus disciplinée que celle de la capitale encore une fois. Peut-être un souvenir d'avoir eu un despote sur le dos pendant des années ? En tout cas, personne ne les bousculait, les vendeurs n'essayaient pas de les alpaguer en hurlant mais vantaient quand même leur marchandise avec énergie.
Boya avait à nouveau glissé ses doigts dans ceux de son compagnon. Il lui caressait la paume du pouce en une caresse inconsciente, juste heureux de l'avoir près de lui.
Zhuque roucoulait de contentement, lui aussi satisfait d'avoir retrouvé son Partenaire. Cette séparation avait été difficile pour tous les quatre. Il ne fallait pas recommencer.
Boya était d'accord. Ils devaient arrêter de faire n'importe quoi et cesser de se jeter en tous sens dans leur relation sans réfléchir. C'était une situation certes neuve pour tous les deux, mais si les autres y arrivaient sans causer de guerre, ils devaient bien y parvenir aussi. Ils n'étaient pas plus bêtes que les autres.
Boya se dressa soudain sur la pointe des pieds pendant qu'ils observaient un spectacle de danseuses vêtues de nombreuses épaisseurs de voiles de soie pour déposer un petit baiser rapide sur le cou de son partenaire pour attirer son attention sur lui.
QingMing sourit. Sans tourner la tête, il serra ses doigts dans les siens plus fort.
"- Je n'aime pas que tu regardes des filles s'agiter comme ça." Marmotta le tueur de démon.
Le yin yang shi tourna enfin la tête vers lui.
"- C'est esthétique. Tu sais que j'aime ce qui est esthétique."
"- Je ne suis pas esthétique ?"
"- Tu es le plus esthétique de tous." Murmura encore le renard, une lueur jaune au fond des yeux. "Mais l'esthétisme que j'imagine pour toi ne se fait pas la vue de tous mais au-dessus de moi sans grand-chose sur le dos."
Boya se sentit rougir affreusement. Lui était au courant de ce qu'il voulait offrir à QingMing pour la fin de la soirée. Pas son partenaire.
"- QingMing !"
"- C'est toi qui as commencé."
"- Effronté."
"- Toujours."
S'ils n'avaient pas été en public, Boya aurait plaqué QingMing contre le mur le plus proche pour l'embrasser jusqu'à ce qu'il demande grâce. Comme il ne le pouvait pas, il se contenta de monter sa main à ses lèvres pour embrasser discrètement ses phalanges.
Cette fois, c'est QingMing qui rougit légèrement. Il ne s'attendait pas à autant de marques d'affection en public. Même si elles étaient relativement discrètes, elles étaient quand même à la vue de tous. Jamais Boya n'avait été aussi audacieux. Était-ce parce qu'ils n'étaient pas à la capitale ? Probablement.
Ils laissèrent les danseuses derrière eux après avoir jeté une rognure de cuivre ou deux dans le petit panier par terre pour continuer leur exploration du marché.
Boya s'arrêta soudain, la narine alertée par une odeur alléchante. Ce n'était pas lui qui la trouvait attirante, c'était Zhuque. Le grand oiseau supplia son vaisseau d'acheter une brochette de cailles au sucre et de la manger pour lui.
Amusé, QingMing poussa son compagnon un peu à l'écart pour faire paravent avec sa manche. Boya comprit l'invitation et laissa Zhuque venir autant à l'avant de sa conscience que possible sans faire sortir ses ailes. Les marquages apparurent sur son visage avant qu'il ne grignote la brochette, à l'absolue délectation du dieu-gardien.
Zhuque remercia son avatar avant de reculer gentiment. Les marquages noirs disparurent sur son visage et sur sa gorge mais pas sur le reste de son corps. Il voulait profiter lui aussi. Et puisque son vaisseau était généreux et n'était pas dérangé par sa présence, il était content de rester sur son épaule, comme un rapace posé sur celle de son dresseur.
QingMing profita de leur isolation momentanée et de sa manche qui les protégeait d'éventuels curieux pour embrasser longuement son compagnon. Boya se laissa faire, content de l'enthousiasme du yin yang shi à remettre son odeur sur lui. Depuis le temps qu'ils ne s'étaient pas vu, il savait qu'elle avait disparue. Il lui suffisait de voir la réaction des démons qu'il chassait pour le savoir.
"- On continue notre ballade si Zhuque à assez mangé ?"
Boya reprit ses doigts dans ses siens, embrassa encore une fois ses phalanges, puis ils reprirent leur tour du marché.
Le chasseur de démon s'arrêta devant un stand de bonbons pour prendre un gros sac pour ses shidi. QingMing trouva l'idée excellente et l'imita. La vieille vendeuse parut au bord de l'apoplexie qu'ils achètent sur son stand. La commande était grosse évidemment, mais quand même.
Une fois les deux sacs rangés dans une des poches quiankun que les deux fashi avaient sur eux, ils s'arrêtèrent devant un petit spectacle de marionnettes. Ils rougirent en même temps lorsqu'ils réalisèrent que les artistes jouaient la mort du Serpent à la capitale. Les deux poupées qui les représentaient étaient beaucoup trop détaillées pour leur tranquillité d'esprit. Ils s'éclipsèrent discrètement pour continuer leur chemin. Zhuque réclama plusieurs fois de la nourriture, le renard en profita pour voler d'autres baisers à son compagnon et ce n'est que lorsque le lointain commença à s'éclaircir très légèrement à l'est que le couple fit demi-tour.
Fatigués mais satisfait, ils prirent une voiture pour retourner à leur nouveau logement.
Le temps qu'ils y arrivent, le ciel était rose.
Honey Bug avait encore fait des miracles lorsqu'ils firent le tour de la petite maison à la recherche de la chambre. Une salle de bain, une cuisine, une salle de réception à l'avant et deux pièces à l'arrière dont la plus grande avec un ersatz de nid installé avec une épaisse couche de coussins et de couvertures sur la structure de base du lit qui devait déjà être présent. Des tentures épaisses avaient été installées sur les fenêtres et un petit encensoir avait rependu une odeur apaisante qu'ils connaissaient tous les deux. Il y avait longtemps qu'ils s'étaient mis à utiliser le même encens.
Sans un mot, ils se déshabillèrent l'un l'autre avant de se glisser nus dans les couvertures.
Ils y retrouvèrent leurs places sans même y réfléchir. QingMing cala son visage dans le creux du cou de son compagnon, Boya passa une de ses jambes au-dessus des siennes, leurs bras se nouèrent autours de la taille de l'autre. Le même soupir de contentement leur échappa.
Les ailes de Zhuque se refermèrent sur eux, les queues du renard s'enroulèrent autours de leurs jambes.
Le sommeil ne fut pas long à venir.
#*#*#*#*#*#*#*#*#*#*#*#*#*#*#*#*#*#*#*#*
QingMing s'enterra sous la couverture lorsqu'une caresse sur son épaule le poussa vers l'éveil. Il n'avait pas aussi bien dormi depuis une éternité au moins. Il était au chaud, collé à son compagnon dont il sentait la chaleur aussi bien que l'excitation matinale contre sa cuisse et n'avait aucune envie de se lever.
La caresse sur son épaule glissa dans son dos jusqu'à ses reins puis remonta en lui arrachant un petit souffle trouble. Il était tellement frustré depuis des semaines qu'un sourire un peu appuyé de son Boya lui aurait donné chaud de tout façon.
Ses queues se déroulèrent puis disparurent en même temps que ses petites oreilles.
Il roula sur le dos, entrainant Boya avec lui qui se trouva couché sur son ventre.
"- Bonjour mon cher Yin yang shi."
"- Bonjour Boya Daren."
Le tueur de démon donna légèrement des hanches contre son compagnon. Leurs membres frottèrent l'un contre l'autre avec délectation, tirant le demi-démon plus rapidement hors du sommeil.
"- Que me vaut ce réveil en fanfare ?"
"- Il fait presque nuit."
"- …On a dormit toute la journée ?" C'était surprenant.
"- Nous en avions sans doute besoin."
Boya s'écarta juste assez pour glisser sa main entre eux et les caresser tous les deux jusqu'à ce qu'ils souillent leurs ventres puis descendit sur QingMing pour le nettoyer de la langue. Il laissa le nordiste le renverser sur le lit pour lui rendre la pareille, content lorsque QingMing posa sa joue sur son ventre, amusé de le voir jouer du bout des doigts avec sa toison comme il aurait pu caresser un oreiller pour s'occuper.
"- Doit-on faire quelque chose ?"
"- A part trouver à manger ?"
Ils soupirèrent en chœur une fois encore. Il n'y avait pas de shishen pour préparer à manger, pas de disciple ou de serviteur. Rien du tout. Ils étaient livrés à eux même et à leurs cuisines tout sauf gastronomique. Celle de QingMing aurait tué une ville, celle de Boya aurait nourrit une garnison, rien de plus.
Ils allaient devoir sortir.
"- Si nous revenons ici, il faudra trouver au moins un serviteur ou deux." Se plaignit le tueur de démon
"- Ou trouver un ou deux esprits qui serait prêt à échanger un logement tranquille contre son entretient."
Avant, Boya aurait hurlé. Maintenant, il réfléchit réellement à la question.
"- Pourquoi pas."
QingMing déposa un baiser sur le nombril de son compagnon avant de quitter le lit. Boya sauta sur ses pieds pour le suivre sans se soucier une seconde d'être nu. Ils n'étaient que tous les deux, les protections mises la veille les protégeaient des curieux aussi bien que des indésirables. S'ils avaient eu envie de s'amuser au milieu de l'herbe, même les gardes qui faisaient leur ronde sur le mur d'enceinte du palais juste au-dessus de la maison n'auraient rien vu ni entendu. Cela demanderait à être grandement raffiné bien sûr. Ce que QingMing avait installé n'était après tout que quelques talismans bruts mais ils faisaient l'affaire pour l'instant.
La salle de bain était petite mais confortable. Faire chauffer l'eau avec un talisman fut comme toujours plus rapide qu'avec un feu de bois. Le plus long fut de remplir la grande baignoire avec les seaux placé sur le côté. Ils avaient de la chance, la garçonnière avait dû être utilisée par un dépravé quelconque, il y avait de la place pour quatre dans la baignoire.
QingMing se glissa dans l'eau chaude, immédiatement suivit par Boya qui s'installa une fois de plus dans son giron. Le renard se délectait de son compagnon. Maintenant, s'il leur redonnait l'autorisation de se satisfaire…
Boya gloussa de sentir une fois de plus son partenaire durcir contre lui.
"- Je vais vraiment finir par croire que je t'ai vraiment manqué."
"- Tu m'as vraiment manqué."
Boya se laissa glisser dans l'eau. Il posa ses mains sur ses cuisses pour les écarter avant de se figer. C'était quoi ces cicatrices ? C'était nouveau ? Les plaies avaient dû être profondes pour que les cicatrices soient encore là avec une cultivation comme celle de QingMing.
"- Qu'est ce qui t'es arrivé ?" Le yin yang shi détourna les yeux. "QingMing ?"
La lune de miel de leurs retrouvailles était-elle finie ? Si vite ?
"- Ce n'est rien."
"- QingMing…" Le simple fait qu'il ne veuille pas lui dire était bien la preuve que ce n'était pas rien.
Le demi-démon hésita. C'était le manque de communication qui une fois de plus les avait mis dans l'embarras. Il ne voulait pas casser leurs retrouvailles pourtant.
"- On peut en parler plus tard ?"
"- Le plus tard à tendance à mettre six mois avec nous." C'était tristement vrai. "C'est ma faute ?" Boya ne voyait que ça comme explication aux atermoiements de son compagnon.
"- …J'ai cru que tu m'avais abandonné." QingMing n'était pas fier. Ses angoisses avaient pris le meilleur sur sa raison. Il n'avait aucune envie que Boya réalise à quel point il était cassé tout au fond de lui. Mais il fallait bien qu'il s'en rende compte à un moment ou un autre non ? "Après ta lettre, en plus de tout le reste…j'étais sûr que je ne te reverrais plus."
Boya le fixait, visiblement horrifié. Il savait qu'il avait été un butor et un gougnafier. Mais il ne se doutait pas que QingMing l'avait pris aussi durement, au point de croire qu'il l'avait jeté de sa vie.
"- Alors la lettre ajoutée à tout le reste…" Le reste ? Boya avait une boule dans la gorge. "J'avais si mal…j'ai repris des mauvaises habitudes." Il montra aussi ses bras où quelques cicatrices finissaient de disparaitre.
Le tueur de démon réalisa soudain que les marque n'étaient pas les restes d'un combat ou d'un entrainement qui avait mal tourné mais étaient auto-infligées. Il pâlit brutalement. La tête lui tournait. Il avait poussé QingMing à se torturer pour échapper à la peine qu'il lui avait causé ?
Il faillit vomir. Quel genre de compagnon faisait ça à son Partenaire ?
"- Ce n'est pas ta faute, Boya. J'ai juste tendance à monter un peu en épingle ce qui n'est finalement pas grand-chose." Sourit le yin yang shi pour le rassurer.
"- Je suis désolé…" Le tueur de démon serra très fort son partenaire contre lui.
Heureusement qu'ils étaient dans l'eau chaude. Boya avait si froid tout d'un coup…
"- Ce n'est pas ta faute." Répéta l'hybride avant d'embrasser timidement son partenaire, comme s'il avait peur soudain de se faire repousser.
Boya reprit ses lèvres avec passion dans l'espoir stupide, sans doute, lui faire oublier toutes ses angoisses. Petit à petit, il le sentit se détendre à nouveau contre lui.
"- Comment…Comment t'es-tu fait…tout ça ?" Autant qu'il sache quoi surveiller le cas échéant.
QingMing soupira. Ses mains changèrent légèrement jusqu'à ce que des griffes acérées remplacent ses ongles.
Boya frémit. Même Zhuque était horrifié. Leur Partenaire c'était torturé avec ses propres serres parce qu'ils lui avaient fait du mal ! Le dieu-gardien s'en voulait tellement fort !
Boya ne put le retenir lorsque ses ailes s'ouvrirent en grand pour envelopper QingMing, lui faire enfouir son nez dans son cou et roucouler de détresse.
Le yin yang shi serra son compagnon contre lui avec désolation.
"- Zhuque…je suis désolé… Ce n'est pas votre faute, ni à Boya ni à toi…" Il n'était pas compliqué de savoir qui agissait entre l'avatar et le dieu-gardien. "Zhuque…S'il te plait…" QingMing caressa les marques dans le dos de Boya jusqu'à ce que l'éclat rouge de ses yeux disparaisse pour laisser la place à l'humain.
" Il est bouleversé." Murmura le tueur de démon, tout autant troublé que le grand oiseau vermillon.
"- C'est du passé."
"- Ne recommence pas, d'accord ? je ne pourrais jamais t'abandonner." Que QingMing l'ai cru…Il ne pouvait pas y avoir que cette fichue lettre ! Ce n'était pas assez ! Un point culminant, sans doute. Mais pas tout. Et c'était sans doute le pire. "Quoi d'autre ? Qu'est ce qui t'as conduit à penser que je ne voulais plus de toi ?"
QingMing hésita.
" Juste… Un ensemble de choses. Comme si tu réalisais petit à petit que tu n'avais rien à faire en tant que digne prêtre de JingYun avec un demi-démon renard dépravé."
"- QingMing…"
Le demi-démon lâcha l'affaire. A voix basse, il fit la somme de tout ce qui l'avait conduit à se croire abandonné, comme il l'avait fait avec Mad Painter et Snow Hound. C'était plus facile une seconde fois sans doute. Ou alors, c'était d'être dans les bras de son compagnon. Mais il ne pleura pas même s'il resta dans un état de désolation assez prononcé quand il eut fini.
Dans ses bras, Boya avait envie de se gifler. Il n'avait jamais pris la mesure de la fragilité de son compagnon quand des humains étaient concernés.
Comme QingMing n'avait probablement prit la mesure de la sienne lorsque des démons étaient concernés.
Ha ils étaient beaux tous les deux. Si semblables et si opposés en tout.
Un petit rire écœuré échappa au tueur de démon. Opposés hein. Comme le yin et le yang. C'était tellement parfait, tellement ridicule, tellement stupide…
Il serra plus fort QingMing contre lui.
"- Je t'aime QingMing. N'en doute jamais. S'il te plait. Je suis un parfait idiot parfois, mais je sais au moins que je t'aime plus que tout."
Voila. Il l'avait dit. Il avait réussi à le dire.
Il garda son Partenaire contre lui jusqu'à ce qu'il arrête de pleurer. Quelque chose lui disait qu'il avait dut le faire pas mal ces derniers temps. Lui s'extériorisait par la colère, son renard par l'automutilation. Si on lui retirait ça, il fallait bien qu'il trouve une autre soupape de sécurité.
L'eau avait commencé à refroidir lorsqu'ils eurent repris leur calme tous les deux.
Boya embrassa son imbécile de renard sur la gorge.
"- Et quand je te demande quelque chose au lit, une fois qu'on a fini, c'est fini. Sauf si on en a discuté avant et convenu tous les deux qu'on continuait à jouer" Il donna une petite tape sur le bout du nez de l'autre prêtre qui rougit. "Mais que tu me donnes ce pouvoir sur toi m'émoustille grandement."
QingMing lui jeta un regard qui hésitait entre la honte et l'irritation.
"- Ne te moque pas."
"- Non, c'est ton boulot ça."
Ils finirent par se sortir de l'eau, se sécher et s'habiller l'un l'autre puis se coiffer.
Boya s'était amusé à tresser les cheveux de QingMing en une version ancienne et presque barbare d'une coiffure de maitre de JingYun. Quant au demi-démon, il avait fait un chignon compliqué avec force rubans qui retombait délicatement sur la nuque de Boya et féminisait un peu sa tournure.
"- Tu me laisserais jouer un peu avec toi ?" Demanda soudain QingMing.
Boya haussa un sourcil mais hocha la tête.
QingMing fouilla dans une de ses poches quiankun pour en sortir plusieurs petits pots.
Il prit le menton de Boya entre deux doigts et lui mit un trait noir sous les yeux qui se prolongeait au coin de l'œil vers le haut, puis un peu de rose sur les lèvres, juste de quoi les faire paraitre plus charnues et brillantes, rien de vraiment visible.
Un soupir de contentement échappa au Yin yang shi.
"- Délectable."
"- Tu as finit de t'amuser ?"
Devant le grand sourire de son amant, Boya alla vérifier dans le petit miroir en argent de la chambre ce qu'avait fait exactement son compagnon. Il fut soulagé de voir la discrétion du maquillage mais dut reconnaitre que ça lui allait bien. Ses yeux surtout lui paraissaient plus grands.
"- Veux-tu que je t'enlève tout ça ?"
Boya y réfléchit un instant avant de secouer la tête. Personne du Temple ou de la garde ne le verrait comme ça ici, ça faisait plaisir à son renard et ce n'était pas outrancier. En plus, il faisait nuit, même s'ils retournaient au marché de nuit pour manger et s'amuser encore, la pénombre n'allait pas accentuer la chose.
"- Non, je peux bien le garder pour ce soir."
Le sourire de QingMing s'élargit un peu plus.
Ils reprirent une voiture pour le marché de nuit. Comme la veille, ils furent étonnés que personne ne les bouscule malgré la presse encore plus importante que la veille.
Ils s'installèrent à une terrasse pour gouter quelques spécialités locales. La nourriture y était bien plus épicée qu'à la capitale et plus encore que dans le nord. QingMing se mit à tousser comme un perdu en goutant un innocent plat de légumes sautés avec du riz. Le serveur se précipita, désolé. Ça n'allait pas ? Ce n'était pas bon ? Il y avait un problème ?
Hilare, Boya poussa sa tasse de thé vers son compagnon.
"- Non, c'est juste le piment. Il n'a pas l'habitude."
Le serveur revint très vite avec un bol de lait de chèvre.
"- Rincez-vous la bouche avec ça, ce sera mieux que le thé."
Le fashi obéit, les larmes aux yeux, à deux doigts de cracher du feu. Le liquide blanc apaisa très vite ses papilles maltraitées.
"- Merci. Je ne m'attendais pas à ce que ce soit si fort." S'excusa-t-il.
Le serveur reprit le bol entamé.
"- je vais vous rapporter la même chose mais avec moins de piments."
QingMing n'eut pas le temps de protester que le serveur était déjà parti. Boya aussi avait la langue en feu mais pas au point d'en crever sur place. Il ne finit quand même pas ses légumes mais le bol de lait de son compagnon.
Lorsque le serveur revint avec les légumes à peine pimentés, QingMing les partagea avec Boya.
Le serveur avait dû prévenir en cuisine. Les plats suivants furent infiniment moins agressifs bien que très aromatisés.
Petit à petit, les deux hommes commençaient à se poser des questions. Comme la veille et bien qu'ils eussent balayés très vite la chose, les gens les observaient du coin de l'œil et nombreux étaient ceux qui avaient un mouvement de tête vers eux ou leur souriaient.
Boya finit son bol de légumes.
"- …Fantastique, le monde sait qui nous sommes."
"- J'en ai bien peur. Personne ne nous a oubliés." La rumeur s'était même probablement rependue depuis la veille.
Et ils étaient toujours associés à la chute du précédent seigneur en place. C'était compréhensible mais irritant. Pour l'instant, personne n'avait encore eut le courage de venir leur parler directement, mais ça viendrait.
Le couple finit de manger, prit quelques provisions dont du riz, de la viande et des légumes à un petit vendeur puis rentra à leur garçonnière. L'idée d'avoir une garçonnière faisait visiblement très plaisir à QingMing qui souriait dès qu'ils s'en approchaient. Boya ne disait rien de son amusement et souriait lui aussi, juste heureux de voir son Partenaire sourire.
Cette fois, la nuit était encore jeune lorsqu'ils se couchèrent, pourtant fatigués alors qu'ils n'avaient fait que se laver, pleurnicher et manger. Les émotions, ça vous épuisait même un cultivateur. Ou un renard. Ou un piaf géant.
Ils passèrent encore un moment à se bécoter et échanger quelques caresses avant de s'endormir d'un sommeil sans rêve, apaisés et prêt à en découdre à nouveau contre l'univers.
#*#*#*#*#*#*#*#*#*#*#*#*#*#*#*#*#*#*#*#*
Le lendemain en milieu de matinée, c'est QingMing qui réveilla son compagnon. Affamé de lui, il s'était dégagé lentement de ses bras pour ne pas le réveiller tout de suite.
A ce rythme, leur séjour allait se résumer à dormir, manger, se promener et se faire des papouilles. Ce n'était pas un planning si insupportable que ça, bien au contraire.
Le demi-démon descendit sur le torse de son amant en traçant une ligne de baisers sur ses muscles. Un roucoulement satisfait résonna dans le torse de Boya sans qu'il ne bouge pourtant. Zhuque était réveillé, pas l'humain, et le dieu-gardien profitait comme un sale tout seul pour une fois.
Amusé, QingMing salua Vermillon Bird.
"- Bonjour Zhuque. Boya dort toujours ?" Le petit roucoulement bas lui répondit. "Je vois."
QingMing continua son chemin de caresses et de baiser sur le ventre de son compagnon jusqu'à venir prendre gentiment son sexe entre ses lèvres.
Zhuque roucoula encore de plaisir. Le son ne s'échappait pas de la bouche du fashi mais résonnait dans son torse. Il viendrait bien un moment où Zhuque pourrait contrôler le corps de son hôte quand il dormait ou le laissait faire. QingMing devait accepter qu'ils étaient trois dans le lit, au moins. Ca ne lui posait aucun problème. Le phénix avait sauvé la vie de son Boya, il voulait bien n'importe quoi. Et puis, ce n'était pas comme s'il était étranger à avoir plus d'une seule personne à la fois entre ses draps.
Le yin yang shi remonta sur son Partenaire pour l'embrasser doucement. Zhuque lui pinça gentiment les lèvres du bout des incisives, comme il aurait pu le faire si Boya avait un bec.
Un soupir échappa au tueur de démons avant qu'il n'ouvre les yeux.
"- Tu me trompes avec Zhuque maintenant ?" Mais il souriait largement.
C'était un soulagement que QingMing accepte totalement ce qu'il était en train de devenir. Même à son Temple, il savait que ses disciples seraient mal à l'aise s'ils réalisaient l'ampleur de la symbiose encore en court.
"- Je suis juste généreux et amoureux."
Zhuque continuait à roucouler. Les marques sur le corps de Boya étaient pleinement visibles. Lorsque QingMing redescendit sur le ventre de son compagnon pour reprendre ses caresses buccales, le dieu-gardien et son avatar en profitaient tous les deux à égalité.
Le yin yang shi avala avec plaisir la semence de son amant, comme à chaque fois fasciné par la chaleur de celle-ci. C'était une preuve de plus que Zhuque n'avait pas qu'une influence psychologique sur lui.
"- A mon tour." Ronronna soudain Boya.
QingMing se retrouva très vite à quatre pattes sur le lit avec son amant derrière lui qui lui mordilla une fesse ronde et musclée.
"- Boya…" Ca faisait si longtemps !
"- Je peux ?"
QingMing lui jeta un regard noir par-dessus son épaule.
"- Si tu ne fais pas quelque chose d'efficace très vite, je vais le faire moi-même."
Boya éclata de rire. Il s'éclipsa le temps de trouver une petite bouteille d'huile de fleurs qu'il jeta sur les couvertures. Il écarta un peu plus les jambes de son amant pour avoir meilleur accès.
"- Ça va ?"
"- Mes hanches ne vont pas apprécier longtemps."
Une pile de coussins sous le ventre de QingMing et Boya fondait sur lui comme la pauvreté sur le monde. Avec une délectation certaine, il reprit possession de ce corps qu'il avait abandonné beaucoup trop longtemps. Son premier disciple pouvait prendre ses jugements, les tailler en pointe et s'asseoir dessus. Il ne connaitrait jamais cette intoxication des sens que mordiller, lécher et caresser la peau de son renard provoquait chez le tueur de démon. QingMing était une drogue dure et il en était complétement accroc.
Zhuque roucoula soudain lorsqu'un lourd ronronnement se mit à résonner dans la poitrine de QingMing sous une caresse particulièrement agréable. Boya mordilla encore la petite zone sur la pointe de son omoplate jusqu'à y laisser un petit suçon puis reprit son exploration. Le dos de son amant était adorablement musclé. Et ses hanches… Celles de Boya étaient étroites et sèches, celles de QingMing plus larges et généreuses avec une taille plus marquée que la sienne. Et plus sensible aussi. Le demi-renard ne put retenir un gémissement de plaisir lorsque les mains de Boya glissèrent sur sa peau jusqu'au venir le saisir et serrer gentiment pour laisser des marques de doigts sur ses hanches. La légère douleur le propulsait un peu plus loin dans le plaisir de ces retrouvailles.
Les mains de Boya glissèrent de ses hanches à ses reins puis s'étalèrent sur ses fesses rondes. Il se pencha pour donner un petit coup de dent du bout des incisives. Zhuque aussi voulait participer. Généreux, Boya le laissait faire quand il le voulait.
QingMing hoqueta doucement. Il lui était de plus en plus facile de savoir qui de Boya ou de Zhuque s'amusait avec lui.
"- Zhuque !"
Le doux grondement dans la poitrine de Boya le fit s'étirer contre lui, avide d'en avoir plus.
Boya écarta gentiment les deux globes de chair, les yeux brillants de détermination. La littérature, c'était bien. La pratique, c'était mieux. Il savait théoriquement quoi faire, restait à voir si cette fois il ferait honneur à son prof de théorie. Il entendait presque Mad Painter ricaner à son oreille d'être tout gêné pour "aussi peu". Après tout, ce n'était pas la première fois qu'il y mettait les doigts n'est-ce pas ? Alors il y mit la langue.
QingMing lâcha un cri de surprise. Le plaisir lui traversa les muscles sans pour autant lui faire perdre son excitation. Boya commençait à connaitre la résistance de son renard. Il le nettoya de la langue avant de revenir à son anus. QingMing se tordit très vite de plaisir entre ses bras, ravagé davantage par l'idée de ce que faisait Boya que par le plaisir physique réel de son geste. Il jouit une seconde fois lorsque la langue du tueur de démon passa l'anneau de muscles, à son grand amusement d'ailleurs.
"- Ha mon petit renard…Toujours si abandonné, si sensuel…" Et tellement frustré depuis des semaines que Boya aurait probablement réussit à le faire se répandre juste en lui mordant le lobe de l'oreille.
Avec un gloussement, il s'y essaya avec réussite.
"- Boya…" Supplia le yin yang shi, magnifiquement débauché sous les mains de son amant.
Il s'était un peu redressé, les reins cambrés, les joues rouges et les yeux légèrement vitreux de plaisir. Boya se pencha sur lui pour lécher au coin de sa bouche le filet de salive qui s'en échappait.
"- Tu es à moi mon QingMing, n'est-ce pas ? A nous ?"
Le demi-démon hocha la tête. Boya ne savait pas trop s'il comprenait vraiment ce qu'il lui demandait mais peu importait finalement. Si QingMing lui disait stop, il s'arrêterait à la seconde. Tant qu'il acceptait ce qu'il faisait, il continuerait à le torturer et à savourer son plaisir jusqu'à ce qu'il n'ait plus rien à lui donner.
Zhuque trouvait l'idée aussi délicieuse que le plaisir qu'il en tirait. Il poussa un peu son avatar, de plus en plus avide de profiter avec eux de tout ce qu'ils partageaient tous les deux.
Boya embrassa encore QingMing sur l'épaule.
"- QingMing ? Zhuque veut venir avec nous." Il glissa une main sous la gorge de son amant pour l'embrasser gentiment, sa main libre au creux de ses reins.
Le voir ainsi cambré lui donnait envie de peser sur lui et de le posséder des heures.
Le yin yang shi eut un petit sourire brumeux. Malgré les craintes de son amant, il avait parfaitement conscience de qui se passait.
"- Laisse le venir alors." Zhuque était une partie de Boya maintenant. Même s'ils étaient encore séparés, un peu, ils étaient un tout. Demander à Zhuque de rester à l'écart semblait particulièrement cruel au demi-renard. Mais peut-être était-ce aussi parce qu'il avait appris très tôt à partager ses partenaires avec d'autres. Ou à être partagé lui-même entre plusieurs amants et maitresses.
Les ailes de Zhuque s'ouvrirent en même temps qu'une longue queue aux épaisses plumes brillantes se matérialisait pour la première fois sous les yeux de QingMing.
"- Si jolie…" S'extasia-t-il
Zhuque bomba le torse et roucoula dans l'esprit de Boya. Si un oiseau avait pu rougir, il l'aurait fait. Il n'y avait rien de plus important pour un phénix pour séduire qu'avoir une belle queue.
Alors il fit la roue, au grand amusement de Boya. Il avait encore du mal avec la sensation bizarre de ces plumes qui partaient du creux de ses reins quand elles s'ouvraient en éventail. Ca le grattait affreusement.
QingMing gloussa. Les plumes étaient d'un rouge profond presque noir, à part les yeux moirés de toutes les couleurs de chaque plume et qui brillaient d'une flamme interne brulante.
"- Tu es magnifique, Zhuque…" Le phénix n'en pouvait plus de joie.
Leur Partenaire était content et les trouvait beau. C'était un bon prérequis pour faire des œufs. Il poussa Boya à le couvrir au plus vite. S'il était aussi conciliant, peut-être était-il en chaleur !
Boya rit doucement. Il embrassa encore son amant entre les épaules et descendit lentement jusqu'à ses reins.
"- Zhuque veut que j'essaye de te faire des œufs. Qu'est-ce que tu en penses mon renard ?"
QingMing était un peu moins perdu dans le plaisir mais en profitait encore davantage. Être conscient du plaisir était meilleur que simplement le subir.
"- Qu'on peut toujours essayer. Je ne sais pas si ce sera très productif mais on peut au moins s'entrainer."
Zhuque était délirant de bonheur et noyait son avatar dans une marée de satisfaction que Boya, tout stricte et rigide qu'il pouvait être, n'aurait jamais imaginé éprouver. Pour un peu, il en aurait presque oublié les conseils de Mad Painter.
Le chasseur attrapa la bouteille d'huile. Il en fit couler au creux des reins de son amant. L'huile y resta, attirant un sourire de plus sur les lèvres du fashi. Cette cambrure, là….
Il préleva un peu d'huile avec ses doigts pour venir préparer longuement son amant. Sans vraie surprise, QingMing fondit sous ses attentions comme une rose en sucre plongée dans un thé brulant.
"- Mon digne chef de secte qui n'attends que moi pour l'aimer…"
"- Tu m'as tellement manqué."
Boya ajouta encore un peu d'huile mais obéit à son renard quand il lui demanda de limiter son travail sur ses muscles. Il aimait la brulure quand on le malmenait un peu.
"- Boya… S'il te plait." La voix rendu rauque par le désir, QingMing jeta un petit regard à son bel oiseau par-dessus son épaule. "Viens, s'il te plait." Il n'en pouvait plus d'attendre. Son ventre était si vide…
Comme Boya était un garçon obéissant, il rajouta encore un peu d'huile par acquis de conscience, en couvrit son entre-jambe puis obéit à son amant. S'il le posséda lentement, il ne fit aucune pause, forçant les muscles autour de lui à douloureusement céder sous son intromission.
QingMing gémissait sans fin sous lui, totalement abandonné. Il aimait que Boya use et abuse de lui comme il le faisait. Il aimait son poids sur lui. Il aimait ses ailes qui s'étaient refermées sur lui et le conservait protégé du monde, isolé de tout à part de leur étreinte.
QingMing s'assouvit avec un petit hoquet lorsque Boya pinça sa nuque entre ses dents. Un petit rire échappa au yin yang shi perdu dans le plaisir. Zhuque était avec eux. Il ne manquait plus vraiment grand monde n'est-ce pas ?
Ses queues se déployèrent, noyant Boya dans leur chaleur soyeuse. Un long frisson échappa au chasseur lorsque les caresses sur sa peau nue le poussèrent à la limite. Il s'enfonça un peu plus dans le corps conciliant sous lui, juste assez pour pouvoir pincer les petites oreilles blanches entre ses dents.
La douleur arracha un cri et un orgasme de plus au renard
Comme la fois précédente, c'était sans fin. Les deux hommes étaient partis pour des heures et des heures d'amusements qui n'allaient leur laisser aucun repos avant qu'ils ne soient totalement épuisés.
Encore une fois, ils avaient totalement oublié de s'isoler des autres.
A la Maison du Lac, les shishen de QingMing étaient impressionnés.
Deux jours.
Leur maitre avait mis deux jours avant de se lancer dans un marathon sexuel de haute volée.
Il les avait oubliés une fois de plus, évidemment, mais ils ne s'attendaient pas à autre chose. Pas après les dernières semaines que Boya et lui avaient passés séparés.
Qu'ils aient mit deux jours à se sauter dessus avait même inquiété tout le domaine. Est-ce qu'ils n'avaient pas réussi à faire la paix ? Est-ce qu'ils s'étaient disputés ? Séparés ?
A leur grand désarroi, ils étaient tous sur la brèche.
Lorsque les premières vagues de plaisir et de désir avaient commencées à les balayer, ils avaient été soulagés. Le temps de mettre les enfants à l'abri, que les couples momentanés ou non se forment et ils étaient tous parés pour profiter d'une journée de plaisir intense.
A force, ils n'allaient même plus protester.
Leur maitre et son compagnon les nourrissaient en même temps de plus de qi qu'ils ne pouvaient en absorber quel que soit normalement leur style pour se nourrir et il y avait quand même plus désagréable pour passer le temps.
Comme la fois précédente, Snow Hound et Mad Painter avaient ouvert leur nid à Killing Stone, Hei Feng avait accepté l'invitation de Honey Bug et Peach Blossom.
Ce n'est qu'à la nuit tombée, lorsque les deux prêtres se laissèrent enfin tomber sur leur lit, vidés pour l'un et remplit pour l'autre, que les cris de plaisirs et les gémissements de passion cessèrent également à la Bordure. Le perpétuel printemps du Domaine s'était un peu plus agrandit et de nouvelles pousses avaient pris racines un peu partout. Le lac brillait de qi et les habitants des lieux reprenaient leur souffle sous une magnifique aurore boréale causée par le qi ambiant.
Mad Painter embrassa la nuque de son compagnon avec tendresse. Killing Stone dormait sur leurs jambes, totalement épuisé. Cette fois, il avait été demandeur pour profiter de leur affection. Les deux vieux shishen avaient été surpris mais s'étaient fait un devoir de satisfaire leur jeune frère. Ils n'espéraient pas qu'il se détendrait aussi vite en la circonstance.
"- A force de nous noyer de yang à ce point, c'est que tu pourrais presque finir par nous faire un œuf." HuaShi ne plaisantait qu'à moitié en caressant la plaque incubatrice juste sous l'estomac de son tengu.
"- Qui sait." Le sourire de l'ancien roi de la montagne était brumeux.
Qui savait ce que les années à venir leur proposerait.
Dans son berceau dans la chambre toute proche, Ye HuoHua dormait d'un sommeil de plomb. Comme les autres, il s'était nourrit de l'énergie ambiante. Comme tous les petits, il n'était juste absolument pas sensible à la composante sexuelle de cette énergie.
Heureusement.
Mais si ça avait été le cas, QingMing et Boya se seraient déjà fait trucider par les parents présents sur le Domaine. Ils étaient tous plus ou moins sans-gêne mais certaines choses étaient sacrées. L'innocence des petits en faisait partie.
