Chapitre 33 : "Canta per me"

Le problème avec les plans de bataille, c'était qu'ils ne survivaient jamais au premier engagement, même si on avait passé des jours à les préparer.

La preuve une fois de plus

Boya avait minutieusement tout préparé pour se donner enfin à son renard et leur journée n'avait été que sexe débridé où son QingMing s'était encore retrouvé sur le dos. Enfin sur le dos... A peu près dans n'importe quelle position sauf sur le dos mais empalé sur lui quand même.

Boya rougit tout seul pendant qu'il rinçait le riz qu'il voulait faire cuire. QingMing dormait encore d'épuisement. Après leur folle journée sous la couverture, il ne pouvait lui en tenir rigueur. Si lui était debout, c'était uniquement parce que Zhuque l'avait réveillé avec insistance pour qu'il prépare de quoi nourrir leur Partenaire. Après un aussi bel accouplement, il fallait se nourrir pour faire des œufs forts.

Boya était tellement fatigué de tenter de détromper le phénix qu'il n'avait même pas protesté. La plaisanterie avait arrêté d'être drôle après la trois ou quatrième fois. C'était plus simple d'aller faire à manger, surtout que lui aussi était mort de faim. Il en venait presque à se demander si le dieu-gardien ne faisait pas un peu exprès pour l'embêter. Mais ça ne faisait pas ça un dieu-gardien n'est-ce pas ? La suspicion était réelle. Heureusement pour le piaf monté en graine, Boya n'entendit ni gloussement, ni n'entendit de ricanement ou autre manifestation de moquerie. La suspicion était quand même légitime. Après tout, qui aurait pu croire que Zhuque puisse avoir de l'humour ? Pourtant, c'était le cas. Alors prendre plaisir à l'embêter ? Il n'aurait pas été plus choqué que ça. QingMing le faisait bien.

Boya remonta les larges manches de la robe de dessus qu'il avait emprunté à son Partenaire. C'était stupide, il le savait, mais il adorait porter ses robes sur sa peau nue. C'était comme une embrassade interposée un peu. Et puis, ça sentait son renard. Jamais avant d'être avec son compagnon il n'aurait pu imaginer à quel point les odeurs pouvaient être importantes dans une relation.

Mais la leur était sans doute un peu hors norme aussi.

Même s'ils étaient des figures proéminentes de la Cultivation, il n'y aurait jamais de mariage en grande pompes, il n'y aurait pas de petits enfants qui courraient dans les couloirs de l'une ou l'autre de leurs sectes. Au mieux, il y aurait d'autres shishen qui s'ajouteraient à la calme tranquillité de la Maison, peut-être une adoption ou deux, mais c'était tout. Ce n'était déjà pas si mal. Il n'y avait aucun regret à avoir. Encore moins pour lui qui n'imaginait pas avoir une relation tout court. Ou survivre au-delà de quarante ans. Là, il avait une bonne chance. Surtout maintenant qu'il avait quelqu'un pour qui faire l'effort de rentrer.

Pendant que le riz gonflait, il prit les légumes pour les couper en petites lamelles, rondelles et cubes puis détailla de l'oignon et de l'ail qu'il mit à rissoler avec un peu d'huile dans le wok qu'il avait trouvé sous le plan de travail de la cuisine. Il ajouta un petit bout de piment épépiné pour ne pas trop agresser les papilles délicates de son renard. Une fois les légumes cuits, il les mit à réserver pour faire cuire le riz. Ce n'est que lorsque la viande fut jetée dans le wok avec les légumes que QingMing se sortit de son sommeil de plomb.

Deux bras poulpesques se nouèrent autours de la taille de Boya puis un menton se posa sur son épaule. Un torse large se colla à son dos et des petits crocs aigues mordillèrent sa nuque.

"- Bonjour mon bel oiseau."

"- Bonjour mon adorable renard."

QingMing déposa quelques baisers dans le cou de son compagnon. Le niveau de mièvrerie entre eux était cosmique mais ça ne regardait ni ne gênait personne.

"- Me voilà aimé, nourrit, cajolé... Que vais-je devenir quand tu ne seras plus là pour t'occuper de mes moindres besoins ?"

"- Un fashi très ronchon, affamé et en rut ?"

QingMing ne put s'empêcher de rire.

"- C'est un risque."

Boya mit le riz cuit dans les bols, les légumes et la viande sur un plat, le tout sur un plateau et se retourna pour aller poser le tout dans la salle de réception. Il y avait des tables après tout.

"- QINGMING ! Tu aurais pu t'habiller, quand même ! Au moins un minimum"

"- Quelqu'un m'a volé mes vêtements." Souriait le yin yang shi, visiblement très fier de lui.

A part ses queues autours de son bas ventre et ses longs cheveux laissés libres, il ne portait rien. Boya se passa la langue sur les lèvres. Il pouvait faire son outré autant qu'il voulait, il adorait la vue. Et cette chute de reins là…

Zhuque était d'accord. Leur Partenaire était la plus désirable créature de ce monde sordide.

Boya suivit le postérieur musclé en secouant la tête. Une fois le plateau posé sur la table basse, QingMing attrapa au vol son compagnon pour l'installer dans son giron. Une fois de plus, le renard donna la béquée à son bel oiseau qui se laissa faire malgré son amusement irrité.

Zhuque était scandalisé. C'était à lui de nourrir son Partenaire ! Pas l'inverse ! Et puis, il devait manger plus s'il voulait que la coquille des œufs soit bien solide. QingMing n'aurait même pas dû se lever d'ailleurs. Il fallait du temps pour que les œufs prennent. Il aurait dû rester dans le nid immobile deux levers de soleils pour être sûr que la nichée serait forte et

nombreuse.

Boya laissait Zhuque geindre tout son saoul, confortablement installé dans les bras de son compagnon. Malgré tout ce qu'il pouvait en dire ou montrer, il adorait quand QingMing prenait soin de lui.

"- Au moins, nous sommes recallés maintenant. Le soleil est levé depuis moins de deux heures." Murmura soudain le tueur de démon.

Ils allaient peut-être pouvoir profiter de la ville et la découvrir un peu.

QingMing n'oubliait pas qu'il avait trouvé Hei Feng dans la capitale du sud. Avec un peu de chance, peut-être qu'il trouverait un ou deux autres démons qui accepteraient de travailler pour lui. Il n'oubliait pas non plus qu'ils avaient besoin de quelqu'un pour entretenir leur nouveau lupanar. Pardon, garçonnière. Il fallait qu'il choisisse son vocabulaire avec soin ou son adorable oiseau allait faire une attaque.

Boya se sortit des bras de son compagnon malgré la petite moue triste de ce dernier

"- Je m'occupe de la vaisselle."

QingMing accepta de se faire chasser gentiment. Puisque son compagnon semblait déterminé à être raisonnable, autant qu'il le soit aussi.

Le milieu de matinée n'était même pas encore sonné qu'ils étaient propres et rasés de près. Pour les vêtements, C'était un peu plus aléatoire. Boya portait juste la robe de dessus de son compagnon et un bas de pantalon, quand à QingMing, il portait juste un zhong yi. C'était succinct, mais suffisant pour qu'ils puissent accueillir un serviteur du Seigneur Han qui leur apportait une invitation officielle pour rencontrer le jeune seigneur le soir même au palais.

Après tout, pourquoi pas ?

Ils pouvaient passer la journée à installer un peu mieux leur petite maison. Ils n'avaient fait qu'en faire sommairement le tour.

"- Je ne cuisine pas pour midi !" Prévint quand même Boya.

QingMing eut un petit sourire en coin.

"- Ho ? Mon bel oiseau ne veut plus nourrir sa femelle"

Boya leva les yeux au ciel. Ce n'était pas la chose à dire. Zhuque en remit immédiatement une couche sur les soins à apporter à leur partenaire. Vraiment, ce n'était plus drôle.

"- TOI !

Boya bondit sur ses pieds pour sauter sur son épée. QingMing s'échappa devant l'arme en riant. Il repoussa le coup suivant avec son éventail puis les deux hommes basculèrent dans un autre genre de jeu à deux que celui de la veille. Les épées n'étaient plus de chair et le champ de bataille plus large qu'un lit mais ils s'amusaient tout autant.

Depuis quand n'avaient-ils pas eu le plaisir de se battre l'un contre l'autre ? le petit combat de six heures qui les avait opposés à JingYun ? Probablement. Cette fois néanmoins, il n'était pas question de se passer les nerfs ou d'essayer de faire mal.

Juste de s'amuser.

QingMing s'échappa de sous un coup d'aile particulièrement vicieux pour changer de forme aussi vite qu'il le pouvait. Boya attendit que le grand renard blanc ait retrouvé ses appuis pour lui voler dans les poils et tenter de le renverser au milieu des hautes herbes, son épée oubliée avec l'éventail dans les fourrés. Le hulijing s'écarta d'un petit bond de côté pour tenter d'attraper son agresseur par les ailes.

Très vite, leur combat ressembla plus à la tentative d'un renard trop grandit d'attraper une poule énervée qu'au combat de deux dignes fashi qui s'entrainaient.

QingMing parvint à repousser son compagnon d'un coup de pattes puis lui sauta dessus. Il l'immobilisa enfin, une patte avant sur chacune de ses ailes.

"- Tu es lourd, QingMing !" Protesta Boya, maintenu sur le dos, les ailes grandes ouvertes.

Le renard recula un peu pour juste immobiliser son Partenaire par ses pattes sur ses plumes et non sur ses ailes. Il ne voulait pas le blesser. Il avait gardé ses griffes rentrées aussi. Un sourire de canidé en mirliton, QingMing se pencha lentement sur son amant pour prendre son dû.

"- Non… Non ! N'y pense même pas ! QINGMING ! NON ! JE TE L'INTERDIT !" Se mit à hurler Boya en se débattant de toutes ses forces pour échapper à son triste destin.

Mais c'était trop tard, Boya avait perdu et allait devoir en accepter les Conséquences.

Une énorme langue baveuse s'acharna à lui refaire le brushing jusqu'à ce qu'il n'ait plus un poil ni une plume de sec.

La robe de dessus de QingMing avait été écartée par des crocs délicats pour laisser un meilleur accès à la langue pleine de bave déterminée à bien rappeler à son compagnon que ce n'était pas parce que Boya avait passé des heures à le faire sien que le tueur de démon n'était pas à lui aussi. Ce n'était pas parce que QingMing le laissait le marquer comme lui le faisait qu'il n'avait pas le droit de mettre son odeur sur lui.

Le renard finit par s'estimer satisfait. Il retira ses pattes des plumes de Boya pour le pousser de la truffe jusqu'à ce que le tueur de démon se lève enfin, absolument écœuré de son état collant et baveux. QingMing, hilare, n'osa pas reprendre sa forme humaine avant que son pauvre compagnon se soit décrassé. Il le poussa jusqu'à la salle de bain pour se laisser tomber près de la baignoire.

"- Je te déteste cordialement." Pesta Boya avec un regard noir.

Les cinq queues du renard s'agitèrent comme celles d'un chiot très content d'avoir joué avec sa baballe. Boya dut se décrasser de la pointe des orteils aux bouts des cheveux tout en marmottant à mi-voix. Non mais sérieusement, qu'est ce qui lui avait pris à sa boule de poils de le traiter comme un vieux jouet ? Il était tout collant. Et il puait ! Et il allait mettre la journée à se décrasser les cheveux, ça COLLAIT cette cochonnerie ! Et que QingMing arrête de rire !

Le rire du renard était communicatif et il n'arrivait pas à rester ronchon avec l'énorme canidé à côté de lui qui se roulait sur le dos en riant.

"- QINGMING ! Arrête de rire et aide-moi. Sinon, tu dormiras tout seul ce soir."

Immédiatement, le renard se figea. Hein ? Il ne pouvait pas lui faire ça !

Assis dans son baquet d'eau, les bras croisés sur le torse, Boya le fixait avec le même regard de déception qu'il utilisait avec ses petits shidi.

Le yin yang shi s'approcha de la baignoire, prit le savon et se mit à laver les cheveux de son Partenaire sans protester.

"- Tu ne me laisseras pas tout seul ce soir, hein ?

"- Imbécile." Le tueur de démon était incapable de conserver son air sérieux et mécontent plus longtemps. Le soulagement de QingMing lui fit un peu mal au cœur. "Je peux savoir ce qui t'as pris de me baver dessus comme ça ?"

"- Tu n'es pas le seul à vouloir avoir ton odeur sur moi

"- Idiot." Insulta encore Boya avec tendresse.

Mais ça ne lui rappelait que trop qu'une fois de plus ses projets avaient volé en éclat avant même d'avoir commencés. Et ce n'était pas le soir même qu'il pourrait non plus les mener à terme s'ils allaient diner chez le jeune seigneur Han.

Qui aurait pu croire qu'il soit aussi difficile de se faire grimper dessus ?

Qui aurait pu croire que le plus gros problème actuel de Yuan BoYa, Chef de Secte de JingYun, Avatar du Dieu-Gardien Zhuque, Vainqueur du Serpent, soit d'arriver à se faire grimper dessus par son collègue, maitre et Partenaire, Anbei QingMing, Chef du Yin Yang Bureau, Vainqueur Aussi du Serpent et demi-démon renard.

Boya éclata soudain de rire.

C'était...Tellement ridicule dit comme ça.

QingMing le fixa par en dessous. Quoi encore ?

Boya prit le visage de son compagnon penché au-dessus de lui entre ses mains mouillées et l'embrassa avec passion.

"- Mon renard adoré... Je suis désolé de ne pas sentir assez bon pour toi. Je te promets que tu pourras mettre ton odeur sur moi autant que tu veux avant qu'on aille voir le jeune seigneur."

Le petit sourire satisfait du yin yang shi continua de faire sourire son compagnon. Boya s'abandonna entre ses mains pendant que son partenaire finissait de laver ses cheveux puis de les démêler.

Il le laissa même le sécher puis le prendre nu dans ses bras pour le cacher dans ses queues avant de le couvrir de petits baisers et de caresses jusqu'à ce qu'il sente assez son odeur pour que le renard soit satisfait.

Après tout, Zhuque se mêlait plus souvent qu'à son tour à leur relation, il pouvait accepter de se laisser couvrir de l'odeur de QingMing autant qu'il en avait envie. Ou besoin.

Le demi-démon déposa un petit baiser sur sa gorge une fois satisfait.

"- Merci "

Comme s'il y avait besoin de remercier pour ça ! Que QingMing l'estime nécessaire était un peu triste pour le chasseur de démon. Tout était peut-être pardonné entre eux, mais certainement pas oublié.

Ils s'habillèrent enfin de propre et sortirent de la maison pour aller manger dans le quartier. Ils ne mirent pas longtemps à trouver un petit troquet où s'installer en terrasse.

Les plats étaient toujours aussi épicés mais heureusement, le cuisinier sembla ne pas mal prendre qu'ils demandent une version allégée en piments. Leurs activités de la veille, malgré leur petit déjeuner, leur avait laissé l'estomac dans les talons. Ils se régalèrent de nouilles sautées, de poisson croustillant grillé, de légumes épicés, de riz a la prune et de petits gâteaux de riz à la pâte de haricot rouge, le tout humidifié de thé à la rose et de vin de prune.

Lorsqu'ils payèrent, ils étaient à nouveau prêts à faire face au monde.

Jusqu'à ce qu'une phalange de gardes passe devant eux et qu'ils entendent le mot magique : démon

Ils s'entreregardèrent. Ils n'avaient pas besoin d'y aller. La garde des lieux devait pouvoir gérer. Et puis, ils avaient leurs propres prêtres ici non ? Ils gardaient un chien de leur chienne aux prêtres du sud qui avaient participés à l'esclavagisme et au massacre des habitants du cru mais ils n'avaient probablement pas eu plus le choix que les autres d'obéir au Seigneur Han décédé.

"- On y va ?" Soupira QingMing.

Boya était déjà en route. Ils trottèrent à la suite de la douzaine de gardes jusqu'à une maison avec un étal devant la porte. Le propriétaire des lieux vendait des brochettes de poulets aux travailleurs qui se pressaient devant son étal.

Mais ce n'était pas que lui le problème.

Le problème c'était surtout le démon accroché dans un arbre avec une poule dans ses bras et qui menaçait quiconque s'approchait.

Le couple échangea un regard.

Qu'avait dit le chef de clan près d'un an avant ?

Qu'ils donnent un coup de pied dans un arbre et douze démons en tombaient, quatre sortaient de terre pour se plaindre d'avoir été réveillé, trois faisaient un câlin à l'arbre blessé et un voulait des poules. Il y avait toujours un démon qui voulait des poules.

Les deux prêtres eurent le même petit sourire. Ils avaient leur démon à poule.

"- TUEZ LE ! C'EST UN DEMON !" Hurlait la foule

"- TUEZ LE ! C'EST MA POULE !" Hurlait le vendeur.

"- NE TUEZ PAS MA POULE ! C'EST MA POULE !" Pleurait le pauvre démon.

Dans ses bras, le gallinacé était parfaitement à son aise et frottait même sa petite tête contre la joue du démon en caquetant de contentement.

Boya faillit s'étrangler en réalisant qu'il comprenait la poule.

"- Zhuque ?"

Le phénix le méprisa avec hauteur. Et bien quoi ? Pourquoi trouvait-il étonnant de comprendre le langage de la poule ? En tant qu'oiseau au sommet de l'évolution, il était normal qu'un phénix comprenne tous ses petits frères et sœurs. Alors avec la symbiose entre eux qui augmentait, qu'y avait-il d'étonnant à ce que Boya comprenne la poule ? Il

comprenait bien Ye HuoHua depuis qu'il était né et que le bébé tengu gazouillait.

"- QingMing...Je comprends la poule."

Le renard lui jeta un regard incrédule. Sérieusement ?

Boya hocha la tête, consterné. Avec ça, il n'allait plus jamais pouvoir manger de poulet !

"- Nous sommes des prédateurs, mon vaisseau. Bien sûr qu'on mange du poulet.

"- Et elle dit quoi la poule ?"

"- Que le démon est son ami. Il faudrait l'interroger correctement."

Les deux prêtres faillirent éclater d'un rire un peu hystérique. Interroger la poule…

Lorsque les gardes en eurent marre et tirèrent leurs arcs, les deux hommes intervinrent sans réfléchir. Un bouclier protégea le démon d'une volée de flèches pendant que Boya faisait baisser leurs arcs aux gardes.

"- Qu'est ce qui se passe ici ?"

"- Pour qui vous prenez vous ?" S'énerva le chef de la petite troupe avant de les reconnaitre. "Ho...C'est vous. Nous sommes en intervention vous ne voyez pas"

"- Je vois surtout que vous voulez tuez un pauvre garçon qui n'a rien fait de mal." S'irrita QingMing.

Le pauvre démon était recroquevillé autours de sa poule pour la protéger

"- Il m'a volé ma poule !" Insistait l'humain

"- C'est pas vrai ! C'est ma poule ! C'est lui qui me l'a volé " Protestait le démon qui faisait immanquablement penser QingMing et Boya à Killing Stone. Il semblait encore plus jeune et tout aussi paumé.

Le garde commençait à s'énerver. Ils n'allaient pas passer la journée là pour une histoire de poule quand même !

"- Bon ca suffit, on se débarrasse du démon et on récupère la poule." C'était juste un démon.

QingMing s'interposa une fois de plus. Il laissa Boya gérer les gardes pendant qu'il s'approchait du démon dans son arbre.

"- Bonjour ? Est-ce que tu peux me dire ce qui s'est passé ?" Le démon jeta un coup d'œil à l'humain qui lui parlait. Enfin humain… il sentait quand même très fort le démon. "Je m'appelle QingMing." Ca calmait souvent les démons effrayés.

Ca marcha une fois de plus. Avec son sourire doux, le yin yang shi était passé maitre dans l'art de calmer les démons effrayés par les humains.

"- C'est ma poule." Insista le démon.

"- C'est ce que j'ai cru comprendre."

"- Il a volé ma poule pour la tuer et en faire des brochettes. C'est ma poule. Je l'ai depuis qu'on était dans notre œuf." Insista le démon.

QingMing eut un peu de peine pour lui. La simple poule était sans doute la seule compagne de galère du jeune démon.

"- Je veux juste ma poule." Insista le jeune démon, les larmes aux yeux.

QingMing jeta un coup d'œil derrière lui. Boya avait fini de calmer les gardes

"- Ils nous laissent nous débrouiller. Ils ont autre chose à faire qu'à s'occuper de voleurs de poules."

"- HE ! CEST MA POULE !" Insistait le vendeur.

Il tenta d'attraper la jambe du démon qui lui balança un coup de pied en pleine face.

"- IL M'A AGRESSE ! FAITES QUELQUE CHOSE !" Exigea le vendeur.

Autour d'eux, la foule rigolait.

"- Deux chefs de secte pour gérer un démon et une poule. Tu crois qu'on va s'en sortir ?" Les yeux de QingMing brillaient d'amusement.

"- Tu vas le récupérer ?

"- Pourquoi pas ? Ce ne serait pas le premier après tout. Que dis la poule ?"

Boya leva les yeux au ciel mais s'approcha à son tour du démon qui glapit. Si QingMing était connu comme un allié, Boya était connu comme le croquemitaine

"- Du calme, gamin. Je veux juste que ta poule me dise ce qui s'est passé."

La poule se mit à caqueter avec entrain. Elle était tranquillement chez elle avec son démon et quand ils étaient sortis pour prendre l'air et qu'elle puisse trouver de quoi manger dans le parc le plus proche de chez eux, le vendeur de brochettes avait voulu l'acheter parce qu'elle était bien grasse et avait de jolies plumes bien faites. La poule était scandalisée. Elle était une poule bien élevée, elle. Elle ne parlait pas avec n'importe qui ! Quand son démon avait refusé de la vendre, l'humain s'était énervé, avait fini par frapper son démon parce qu'il n'était qu'un démon, l'avait attrapé par les pattes et était partit avec elle sans se soucier de ses cris. Son démon s'était précipité pour la sauver.

Si la situation n'avait pas été aussi ubuesque, QingMing aurait probablement été en train de pleurer de rire. Néanmoins, la vie d'un démon innocent était quand même en jeu.

Boya foudroya le vendeur du regard.

"- Vous avez volé la poule."

L'humain resta paralysé.

"- Mais...C'est un démon !"

"- Et alors ? Qu'est-ce qui vous permet de voler sa poule ?

"- C'est juste un démon ! Tuez-le !"

QingMing serra les mâchoires. Il n'allait pas se lancer dans une grande explication de texte, ça ne servirait à rien. L'homme voyait juste de la matière première gratuite pour son commerce et le démon était juste un inconvénient à éliminer au même titre que les plumes sur la poule sans doute.

"- Personne ne te fera de mal. Ni à toi, ni à ta poule" Rassura le yin yang shi en souriant au jeune démon. "Comment t'appelles-tu ?"

Le démon resta perplexe que des humains ne veuillent pas le tuer tout de suite et plus encore qu'on lui demande son nom.

Il descendit timidement de l'arbre à l'invitation de QingMing.

"- Liu Ye "

"- C'est un joli nom." QingMing était déjà en train de réfléchir à quoi faire de lui. Il ne pourrait le laisser dans la ville, tout le monde saurait très vite qu'il était un démon. "Dis-moi Liu Ye. Voudrais-tu être mon shishen ?"

Boya leva les yeux a ciel mais savait déjà comment ça se terminerait.

Le jeune démon hésita. Il baissa les yeux sur sa poule qui l'encouragea à accepter. ils seraient à l'abri, ils auraient à manger, il n'aurait plus à se battre avec des serpents pour la protéger, un bout de cave pour dormir au sec peut-être même ! Et peut-être que son démon ne serait plus aussi seul. Elle n'était qu'une poule. Ca ne vivait pas très longtemps une poule.

Le jeune démon hocha la tête.

QingMing murmura le sort de lien. Le sceau s'enfonça docilement dans le front du petit démon qui ferma les yeux à la sensation chaude et apaisante qui l'enveloppa.

Boya se souvenait de cette sensation. Zhuque aussi. C'était une sensation qui faisait du bien. Une sensation qui repoussait la peine et la solitude. Une sensation qui vous remplissait le cœur de petits picotements de joie.

"- Vous venez avec nous ?"

"- Oui QingMing Daren." Obéit docilement le nouveau serviteur à l'ordre de son nouveau maitre.

La poule caqueta un remerciement, toujours confortablement installée dans les bras de son

démon.

Le vendeur n'en finissait pas d'avaler sa fureur. SA POULE !

Boya en eut marre. Il le fixa dans l'œil jusqu'à ce que l'humain se soumette. Il n'allait pas embêter le monde pour une poule même pas à lui quand même !

QingMing était déjà en train de rassurer le jeune démon.

"- As-tu des affaires à récupérer ? Je vais te présenter à tes nouveaux frères dès que nous serons rentrés."

Le démon hocha la tête. Sa tanière n'était pas loin et il n'avait pas grand-chose. Une poupée en tissus, quelques vêtements maniaquement propres même si usés jusqu'à la trame, une couverture, un petit coussin pour sa poule et c'était tout. La plus part des bas démons des villes vivaient dans un dénuement presque pire que les pauvres les plus pauvres. Pendant qu'il faisait son petit sac, QingMing l'abandonna quelques minutes avec Boya.

"- Je reviens. Je dois vérifier quelque chose."

Boya resta avec le petit démon. Le pauvre gamin peinait à simplement organiser ses quelques affaires pour tout prendre sans lâcher sa poule.

Boya finit par avoir pitié. Il prit la couverture, plia toutes les affaires dedans puis attacha la couverture comme un sac en travers du torse du jeune démon.

"- Voila. Comme ça tu peux installer ta poule dans le sac et avoir les mains libres."

Le sourire lumineux du démon lui rappela ceux de ses shidi. Ce démon était atrocement jeune.

"- Comment s'appelle ta poule ?"

La question sembla perturber le jeune démon.

"- Poule ? parce que c'est une poule ?"

"- Mais c'est ta poule. Elle a droit à un vrai nom à elle, tu ne crois pas ?"

Liu Ye fronça les sourcils.

"- Je vais y réfléchir." Le fashi n'avait pas tort.

QingMing les retrouva à l'extérieur de la petite tanière.

"- Qu'est-ce que tu as trouvé ?"

Le yin yang shi jeta un coup d'œil au shishen tout neuf. Il cajolait et discutait avec sa poule.

"- Le bâtiment au-dessus. C'est un ancien abattoir désaffecté depuis quelques mois."

"- … Tu veux dire…"

"- Je pense que c'est un bébé démon. Il doit avoir juste quelques semaines. Quelques mois au plus. Il est né de la peine, de la terreur et de la souffrance des animaux amenés ici. Et maintenant que l'abattoir est fermé, toute cette peine est restée seule ici sans rien d'autre qu'elle-même. Avec les esprits torturés des animaux, ils auront fini par accoucher de ce petit démon. Il y avait une chance sur deux que ce soit un démon destructeur, mais je crois qu'il n'est pas…finit. Il manque quelque chose. Il manquait une conscience pour diriger la douleur, la haine et la peine. Il a fallu que l'une d'entre elles devienne cette conscience puisqu'il s'est incarné sous une forme humanoïde. C'est un démon vengeur, mais sans haine. Et c'est pour ça qu'il comprend sa poule. Je pense qu'il doit comprendre tous les animaux. Au moins ceux d'élevage en tout cas. Il aime sa poule parce qu'il ne sait pas ce que c'est que de ne pas aimer. Il n'a pas ce qu'il faut pour ne pas aimer. Quelque chose me dit qu'il va très vite aimer tout le monde à la Maison." Et QingMing était aussi certain qu'il ne pouvait le laisser seul ici. Il lui fallait du monde autour de lui.

Boya secoua la tête, blasé.

Puisqu'ils étaient à l'abri, il ouvrit ses ailes.

"- Allez, viens là gamin."

Le petit démon ouvrit de grands yeux. Il se glua immédiatement dans les ailes de Boya, des étoiles dans les yeux.

"- Grande Poule !"

S'en fut trop pour QingMing. Il éclata de rire. L'outrage sur le visage de Boya était beaucoup trop drôle.

Grande poule hein…

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Le temps qu'ils retournent à leur garçonnière, Boya avait réalisé que QingMing avait raison. Le petit démon était incapable de ne pas aimer. Avec sa poule contre lui, il avait déjà décidé que son maitre tout neuf et le copain de son maitre étaient la meilleure chose qui lui soit arrivé de sa vie. A part sa poule.

Libéré de la peur de devoir aussi bien se protéger que protéger sa poule, le démon avait très vite montré qu'il était en effet très jeune. Tant et si bien que QingMing avait décidé de le prendre par la main comme un enfant pour ne pas le perdre dans la foule pourtant clairsemée du milieu d'après-midi.

"- On va où ?" Finit-il par demander ?

"- On va aller là où on loge pour l'instant. Ensuite, je vais ouvrir un portail et te présenter à tes grands frères. Ils vont s'occuper de toi, t'installer à la Maison et voir quoi faire de toi."

"- Mais je reste avec ma poule hein ?"

"- Bien sûr que tu restes avec ta poule."

Bon, s'il restait avec sa poule, tout allait bien.

Boya suivait, encore une fois un peu blasé par les évènements. Rien n'allait jamais comme il le prévoyait. Rien n'allait jamais comme il voulait.

Grande Poule…Tsss

Une fois le portail du jardin refermé et verrouillé avec un talisman, il attrapa QingMing par le cou et l'embrassa avec passion.

"- Tu es bien trop gentil."

QingMing caressa la joue de son compagnon du bout des doigts.

"- Et toi bien trop tolérant." La bonne blague. Boya. Tolérant. Ha !

Le jeune démon s'était un peu éloigné pour faire le tour du petit jardin. Il ne tarda pas à revenir avec une demi-douzaine de petits passereaux sur les épaules et la tête.

"- Ils disent que ça sent meilleur depuis que vous êtes là."

QingMing fit signe au petit démon de s'approcher.

"- je vais ouvrir un portail. Et te présenter à mes autres Shishen. Ils s'occuperont de toi."

"- …Vous allez me laisser ?"

"- J'ai du travail à faire ici. Mais je rentrerai à la fin de la semaine. J'ai toute confiance en eux. Ils prendront grand soin de toi. J'ai un autre shishen qui est originaire d'ici. Il est arrivé il y a un an. Il est très très timide, mais vous vous entendrez très bien, j'en suis sûr."

QingMing ouvrit un portail. Liu Ye le suivit, un peu inquiet. Boya ferma la marche.

Honey Bug fut la première à arriver, comme souvent.

"- Maitre ? Il y a un problème ?"

Elle pencha la tête sur le côté en voyant le petit démon accroché à la main de son maitre.

Les autres ne tardèrent pas, attiré par le nouveau qi qu'ils ne connaissaient pas.

"- Et qui est ce petit bonhomme ?" Killing Stone boitait un peu.

QingMing faillit demander mais le sourire en coin de HuaShi et le regard glacial de TianGou répondirent sans qu'il en ait besoin. Il se sentit rougir. Il avait compris.

"- Voici Liu Ye. Il va rester avec nous maintenant."

"- Bonjour !" Il était timide mais salua ses ainés avec un large sourire. "Et ça c'est ma poule !"

Sa poule ? Les shishen échangèrent un regard. Sa poule ?

"- Liu Ye est très, très jeune. Je pense qu'il a moins de six mois. Vous voudrez bien vous occuper de lui ?"

Les servants sourirent tous au jeune démon. Il avait l'air un peu ailleurs, un peu…amoché. Mais il avait l'air adorable. Il ne serait pas un guerrier pour leur maitre. C'était une certitude.

Killing Stone lui donna la main.

"- Je m'appelle Killing Stone. Viens, on va trouver un endroit où t'installer." Il allait peut-être le garder avec lui quelques jours le temps qu'il s'adapte.

Le sourire radieux de leur nouveau frère était adorable.

Pendant que ShengShi s'occupait de Liu Ye, les autres demandèrent quelques explications. Leur maitre avait eu raison de prendre le petit démon en charge. Il n'était pas fini, probablement handicapé, mais il était tellement chou….

"- Tant qu'il n'est pas séparé de sa poule, ça devrait aller."

"- Peut-être qu'on devrait installer un poulailler. Ca nous ferait des œufs frais."

Zhuque protesta immédiatement.

"- Sans coq, Zhuque. Ce ne sera que des œufs clairs." Mais le phénix n'était quand même pas content.

QingMing remercia ses shishen de s'occuper de leur nouveau frère puis ouvrit un nouveau portail pour repartir finir sa semaine en amoureux avec son Partenaire.

Snow Hound avait repris Mad Painter contre lui. Ces quelques jours sans leur maitre leur faisaient à eux aussi un bien fou.

"- Il a l'air heureux."

"- Oui. Il pue affreusement l'odeur de Boya-Daren, mais il est heureux. Ils sont heureux."

C'était bien tout ce qui comptait.

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Ils étaient rentrés assez tard pour devoir se préparer en urgence pour leur soirée au palais du sud.

Il n'était pas prévu non plus de devoir socialiser pendant leur petite lune de miel et n'avaient pas voulu s'encombrer en revenant d'avoir déposé le nouveau shishen de QingMing à la Maison.

Le pauvre gamin allait avoir besoin de temps pour s'adapter à un environnement amical. Mais si Hei Feng y était parvenu, n'importe qui pouvait y arriver.

Les deux hommes portaient non leurs vêtements de tous les jours mais à peine mieux. Même leurs cheveux étaient sommairement apprêtés. Boya avaient tressé les cheveux de son compagnon comme ceux d'un maitre de JingYun et QingMing avait relevé les cheveux de Boya comme ceux d'un maitre du yin yang. Sans le chapeau, le chignon était un peu haut et durcissait le visage du vaisseau. QingMing ne pouvait s'empêcher de trouver que ça lui allait très bien, comme le fin trait noir sous ses yeux la veille et le léger rose à lèvres le rendaient encore plus délicats.

Son Boya était parfait partout, tout le temps, quoi qu'il fasse.

Et quoi qu'il porte. Ou pas.

QingMing était amoureux comme un adolescent.

Boya et QingMing s'inclinèrent devant leurs hôtes.

Le jeune seigneur Han et sa mère les saluèrent eux aussi. Ils étaient contents de les voir.

Le diner était heureusement organisé en privé, sans les dignitaires du Domaine contrairement à ce que les deux prêtres avaient craint.

Ils furent installés à la place des invités d'honneur à la petite table même s'ils n'étaient qu'une huitaine de convives.

"- J'espère que le Domaine Han vous traite mieux cette fois que lors de votre dernière visite". Sourit timidement l'adolescent.

Boya ne souriait pas mais QingMing rassura Han RenSu.

"- Oui, nous vous remercions. Vous avez été plus que généreux pour notre installation et vos gens sont étrangement bienveillant à notre égard.

Le sourire de l'adolescent disparu, remplacé par de la résignation.

"- Sans votre action, jamais mon géniteur n'aurait eu ce qu'il méritait. Vous ne l'avez pas tué" bien sûr que si, Boya l'avait achevé, mais l'histoire était faite par les survivants. "Mais votre présence a été le catalyseur qui manquait pour sauver mon peuple de sa cruauté et de sa folie. Sans vous, nous serions probablement en train de voir nos gens préparés de force pour une guerre inutile contre l'Empereur." L'adolescent frémit. Une guerre était bien la dernière chose qu'il voulait pour ses gens.

Han RenSu s'inclina, imité par tout l'aéropage autour d'eux.

"- Le Domaine Han vous sera toujours éternellement reconnaissant pour votre aide."

"- Nous n'avons fait que notre devoir." Contra Boya en s'inclinant lui aussi.

Les mots avaient un sens. Et le gamin ne se rendait sans doute pas compte que son serment, dans un lieu aussi ancien que son Domaine, avait un poids. Ils seraient réellement éternellement les bienvenus par la conscience collective de la ville alors qu'ils avaient juste sauvés leur peau. Ce n'était pas leur devoir DU TOUT que d'être concerné par une situation comme celle de cette ville. Ils s'occupaient des démons et du spirituel.

Pas des humains et de leurs politiques.

S'ils étaient intervenus, ce n'était pas en tant qu'envoyé du Trône ou en tant que prêtre, mais parce qu'ils étaient humains malgré tout.

N'importe qui aurait pu, et aurait DU intervenir. Mais les horreurs du contrôle et de la terreur de masse étaient ainsi faites qu'il était difficile d'abandonner le peu de sécurité obtenu pour soi pour tenter d'en obtenir davantage pour tous.

Ajouter à ça un soupçon de dilution de la responsabilité et il n'était pas étonnant que personne ne bouge lorsqu'un nouveau tyran levait son nez pour s'imposer à ses petits camarades.

Des serviteurs apportèrent finalement le diner. Tout était affreusement épicé bien sûr.

Les deux prêtres se servirent aussi peu que possible en viande et en légume et chargèrent en riz. Ils ne voulaient pas insulter leurs hôtes mais... ils ne pourraient simplement pas manger ce qui leur était proposé autrement. A croire que plus la nourriture était "riche", plus elle était piquante.

QingMing tenta de faire bonne figure mais il était visible qu'il souffrait du diner. Boya aussi bien qu'il avait l'habitude de la chaleur. Une forme ou une autre… Finalement, c'était un peu pareil.

Le yin yang shi finit péniblement le peu qu'il s'était servi mais refusa qu'on le resserve. Il accepta encore du riz seul jusqu'à ce qu'il se rende compte que lui aussi était épicé.

Il reposa ses baguettes avec une réelle détresse dans les yeux. C'était trop pour lui. Même pour de la politique, il ne pouvait pas manger d'avantage sinon, il allait vomir du sang dans pas longtemps. Son estomac et son œsophage le brulaient atrocement. A croire qu'il avait été empoisonné. Contrôler sa nausée croissante lui demandait toute sa concentration.

"- Le repas ne vous plait pas, QingMing Daren ? S'inquiéta un peu Han LaiMin, la mère du Seigneur local.

"- Je suis originaire du nord." S'excusa le prêtre. "C'est un petit peu épicé pour moi"

Boya reposa son bol.

"- J'avoue que c'est effectivement très, très piquant." Il avait tout mangé mais avait la langue qui lui donnait l'impression d'avoir doublée de volume et ne sentait plus ses lèvres.

Un évident amusement passa parmi autres convives. Ha ! Ces nordistes, ils ne tenaient pas la base de leur alimentation. Tous des fragiles.

La mère du seigneur s'excusa immédiatement.

"- Je suis navré, nous n'y avons pas pensé. Ici, plus c'est épicé, plus c'est respectueux de nos hôtes." Elle était mortifiée.

Comment n'y avait-elle pas pensé ! Son mari décédé y pensait lui ! Même si de son point de vue, c'était sans doute une insulte.

"- Si cela ne vous dérange pas, je crois que je préfèrerai être beaucoup moins respecté mais conserver mon estomac intact." Répondit drôlement QingMing, la main sur la poitrine.

Il transpirait de plus en plus, les joues écarlates. Il finit par sortir son éventail pour se rafraichir un peu. Le piment était en train de lui monter à la tête et sa nausée de plus en plus forte.

"- QingMing ?"

"- Je ne me sens pas très bien, Boya."

Le vaisseau de Zhuque s'inquiéta immédiatement. Il posa sa main sur son front.

"- Tu es brûlant "

Un serviteur se précipita avec un pichet de lait et un bol. Il fallut que Boya aide QingMing tellement les mains yin yang shi tremblaient.

Le seigneur Han avait ordonné qu'on aille chercher le cuisinier pour savoir ce qu'il y avait dans les plats. Une allergie peut-être ? Ca arrivait. Un de ses demi-frères était mort d'avoir mangé des fruits apportés de l'est. Ils n'avaient pas ça ici. Le pauvre gamin avait gonflé de partout et était mort en quelques minutes.

Le cuisinier consterné débarqua, affreusement inquiet. Avec le père de leur seigneur, il aurait été écartelé. Il s'excusa platement mais les deux prêtres balayèrent ses excuses. Il n'avait rien fait de mal. Ce n'était pas de sa faute si QingMing ne supportait pas autant de piments

"- Pourtant, je n'ai mis que les meilleurs ! J'ai même mit du tueur-de-chien !

Boya fixa le cuisinier.

"- Du tueur-de-chien ?"

"- C'est le surnom du piment le plus piquant que nous ayons sur le domaine. Il a un gout aussi riche qu'il est piquant. On l'appelle comme ça parce que et bien... Il a été utilisé il y a des décennies pour régler une invasion de chiens sauvages. Une énorme meute de chiens enragés et possédés avaient détruit plusieurs petits hameaux. Les prêtres du temple du sud ont fait mariner de la viande dans les piments et leur ont donné. Ils sont morts en quelques heures.

QingMing était blême. Les chiens et les renards étaient cousins après tout

"- Il faut que je vomisse." Murmura-t-il

Il ne pourrait de toute façon par se retenir encore très longtemps.

Le jeune homme qui l'avait servi n'attendit même pas un ordre de son seigneur pour le guider jusqu'aux lieux d'aisance les plus proches.

Boya resta près de lui jusqu'à ce qu'il se soit débarrassé du poison.

Le Seigneur Han les avait suivis, consterné. Il bafouillait des excuses pendant que QingMing vomissait autant son diner que du sang.

"- On aurait dû rester à la maison." Soupira Boya, dépité.

Il essuya les lèvres tachées de sang de son compagnon de sa manche

"- Ça va mieux ?"

Le demi-renard hocha la tête. Il avait juste envie de se cacher dans les ailes de son compagnon roulé en boule dans ses queues et d'attendre d'aller mieux.

"- Je ne m'attendais pas à ça."

"- J'ai demandé qu'on vous prépare du tofu au sucre." Annonça la mère avec inquiétude

Elle avait peur. Peur qu'ils s'en prennent à son fils ou se plaignent à l'empereur. Elle avait conscience de la faveur dont jouissaient les deux prêtres alors qu'eux étaient surveillés comme le lait sur le feu. Si l'un des espions de l'empereur se mettait à croire qu'ils avaient tenté d'empoisonner les chouchous de l'empereur, ils ne resteraient pas en vie très longtemps.

Boya porta presque son Partenaire à la petite salle à manger. Heureusement que le diner avait été privé. Il s'excusa encore platement pour la gêne occasionnée. Ni l'un ni l'autre ne s'attendaient à une réaction pareille. Ni l'un ni l'autre n'était fan du piment depuis leur arrivée, mais ils ne s'attendaient pas à ce que QingMing subisse un véritable empoisonnement.

Le cuisinier apporta au yin yang shi un plat de tofu soyeux avec un coulis de fruits glacé pour aller avec. La douceur soulagea aussi bien la gorge douloureuse que l'estomac protestataire de QingMing qui remercia le cuisinier pour son adaptabilité et sa rapidité d'action.

L'homme s'inclina, soulagé. Il n'était pas le seul. Le fashi reprenait des couleurs, son compagnon aussi même s'il le surveillait avec la plus grande attention.

"- QingMing, ça va aller ?"

"- Oui, merci." Il s'excusa encore pour le dérangement.

En plus le tofu était un délice.

Boya emprunta sans réfléchir sa cuillère à son compagnon pour gouter la douceur. Il suspendit son geste, la cuillère dans le bec, quand il réalisa le petit choc outré sur le visage de leurs hôtes.

"- Boya..."Gronda doucement QingMing. "Tu aurais pu demander une autre cuillère tu ne crois pas ?" Le tueur de démon du lutter pour garder sa dignité et ne pas lui tirer la langue.

Il luttait pour ne pas lui donner la béquée après l'avoir installé sur ses genoux. Déjà retenir ses ailes était difficile. Zhuque était mort d'inquiétude pour leur renard.

Boya rendit sa cuillère à son compagnon qui reprit du tofu avec amusement.

"- Excusez le. C'est toujours comme ça avec les chasseurs, j'imagine. Ils sont parfois un peu frustes mais sont pleins de bonne volonté." Le regard noir de Boya fit doucement rire QingMing qui finit en toussant.

Sa gorge était encore trop fragile.

Boya lui reprit la cuillère mais cette fois pour lui faire avaler du tofu bien froid. Il prit le plat pour le reposer sur la table puis posa ses mains sur la gorge de son renard pour faire couler un peu de son qi dans le tube digestif de son compagnon pour soulager la brulure du piment autant que l'irritation et l'inflammation causée par le poison.

leurs hôtes le regardèrent faire, fascinés. Ils voyaient parfois des cultivateurs mais il était rare qu'ils les voient faire "quelque chose". Et plus encore quelque chose qui ne demande ni arme, ni talisman, ni rien du tout.

Là, les paumes de Boya s'étaient gentiment illuminées de rouge et déversaient de l'énergie directement dans le corps de son compagnon où elle devenait dorée et disparaissait à mesure que le renard l'assimilait.

Pour des médiocres, c'était fascinant à voir.

QingMing avait fermé les yeux. Le qi de son compagnon était toujours affreusement apaisant pour lui, presque au point d'être devenu une partie de lui. Son propre qi ne le repoussait même plus comme il aurait dû le faire mais l'accueillait avec plaisir.

Boya finit par retirer ses mains.

"- Ça va mieux ?"

"- Oui, beaucoup, merci."

S'ils tentaient de rester dignes et de ne pas trop s'afficher, la tendresse entre eux était évidente. Suffisante pour faire rougir la mère et le fils.

"- J'ai entendu une information captivante cette après-midi." Lâcha soudain l'adolescent pour changer de sujet. "II était question d'un démon et d'une poule ?

Boya ne put s'empêcher de rire silencieusement pendant que QingMing souriait avec douceur en reprenant du tofu. Il était toujours un peu pale mais allait visiblement mieux

"- Un jeune démon, né d'un abattoir abandonné. Il a trouvé une poule et a décidé qu'elle est son amie. Un vendeur de brochettes a tenté de la lui voler pour avoir de la matière première à moindre cout. Il a volé à l'aide de son amie à plumes et nous l'avons trouvé dans un arbre."

"- Qu'avez-vous fait de lui ?" Ça pouvait être aussi inoffensif un démon ?

"- Je l'ai mis à l'abri avec son amie la poule, bien sûr. Il est totalement innocent."

Le jeune seigneur hocha la tête, un peu perplexe. On ne lui avait que trop répété qu'un bon démon était un démon mort. Mais avait-on le droit de tuer un innocent, juste parce qu'il était un démon ? Ça lui posait question.

Avait-il le droit de tuer un humain juste parce qu'il avait les yeux gris alors qu'il n'avait rien faire de mal ? Evidement que non. Était-ce pareil ? Peut-être ? Il ne s'était jamais posé ces questions. Pouvait-on dire que les démons qui vivaient sur son domaine étaient aussi ses sujets ? Si oui, avait-il des devoirs envers eux ?

"- Vous récupérez souvent des démons perdus comme celui-là ?

"- Moins qu'à une certaine époque, mais oui. C'est relativement fréquent." Trois en trois ans, c'était fréquent. A une époque, c'était un par mois au moins après tout.

"- Et qu'en faites-vous ? Vous servent-ils ?"

QingMing finit le tofu. Il était réellement délicieux.

Le serviteur prit le bol vide et en rapporta un autre rapidement, avec deux cuillères cette fois. Décidément, ce jeune serviteur avait de la suite dans les idées, était efficace et n'attendait pas les ordres. C'était rare. QingMing pourrait-il le débaucher ?

"- Je les protège." Continuait à sourire QingMing. "Ils ne me doivent rien. Certains décident de devenir mes servants au combat, d'autres d'entretenir ma maison, mais je ne leur demande jamais rien. Ils sont libres de vivre leur vie à l'abri. C'est la seule chose que j'espère d'eux : qu'ils restent en bonne santé."

"- Vous êtes un maitre généreux."

"- Je ne suis pas leur maitre. Juste leur ami."

Boya pourrait argumenter la chose des jours jusqu'à en avoir la langue bleue mais QingMing voyait réellement sa relation avec ses shishen comme une relation familiale. Grandement incestueuse par bien des aspects, extrêmement tordue par d'autres, totalement pervertie par l'éducation qu'avait reçu le demi-renard, mais ça marchait pour lui et ses servants là ou personne d'autre n'aurait approché la chose même avec un bâton de deux li.

Et lui se retrouvait jeté au milieu de ça sans trop savoir comment se situer là-dedans et quoi en faire. QingMing ne lui tiendrait jamais rigueur de refuser tout ou partie de ce qui lui était et lui serait sans doute offert dans l'avenir. Boya n'était pas idiot. Il avait vu le regard appréciatif de HuaShi et de TianGou lorsqu'il se baladait à la Maison dans une tenue légère pour lui. Il avait vu leur regard quand il était en cuir. Mad Painter avait été très clair quand ils avaient discuté. Que Boya n'espère pas avoir la fidélité totale et absolue de QingMing. Il lui appartenait sans doute, mais il leur appartenait à eux depuis plus longtemps. Il fallait qu'il accepte qu'il revienne vers eux de temps en temps. Mais s'il arrivait à l'accepter, ils seraient très heureux de lui ouvrir les bras. Entre autres.

Et ça perturbait grandement le fashi de ne pas l'être davantage et de ne pas considérer QingMing avec eux comme une tromperie.

Mais ce n'était pas le moment de réfléchir à pourquoi se retrouver en sandwich entre Killing Stone sur le dos, un des deux vieux shishen sur lui et QingMing dans la bouche lui faisait monter des petits frissons dans le dos.

Boya dut se mordre la langue pour garder son calme. Lui qui avait une libido de cadavre avant de rencontrer son renard était en train de devenir aussi dévoyé que lui. Et encore une fois, il s'en fichait totalement. Il ne faisait de mal à personne après tout.

Reprendre la conversation là où elle en était entre le jeune seigneur, sa mère et QingMing fut quelque peu difficile.

De quoi parlaient-ils maintenant ?

"- Le temple du sud a rapatrié tous ses prêtres après la mort de mon géniteur. Après ce qu'il leur a fait subir, je peux le comprendre, mais les habitants en souffrent. Ils ont besoin de l'aide des prêtres. Il y a bien ceux de la ville mais ils ne sont pas très efficaces pour tenir en respect les démons, fantômes et autres manifestations. Nous avons besoin de cultivateurs. Je ne sais plus quoi faire pour les inviter à revenir." Se désolait l'adolescent.

Il savait comment prendre soin de ses gens mais n'était pas aidé sur certains sujets.

"- Je ne peux vous conseiller quoique ce soit à part leur promettre une meilleure installation. Mais peut-être que nous pourrons en parler au maitre du sud qui est à la capitale. Sa parole aura sans doute du poids. Avez-vous essayé d'aller au Temple vous-même ?"

L'adolescent secoua la tête.

"- Je n'oserai pas ! Je craindrais trop qu'ils prennent ma présence comme une agression et une exigence. Je ne veux pas qu'ils craignent la ville comme ils la craignaient du temps de mon père." Son géniteur était une tache sanglante sur le Domaine entier.

"- Envoyez leur simplement les requêtes de mission. Ne cherchez pas à avoir une présence permanente." Proposa Boya. "Traitez-les comme n'importe quelle autre secte. Il doit y en avoir d'autres moins prestigieuses dans le coin n'est-ce pas ?"

Han LaiMin fit signe à un de ses serviteurs qui fila chercher une carte du domaine. Elle l'étudia un moment au-dessus de son assiette à moitié vide.

"- Nous avons quatre petits clans de cultivateurs."

"- Contactez les. Envoyez-leur vos requêtes Payez les pour leur travail. Proposez-leur un logement s'il le faut. Vous devez avoir des petites propriétés pour quelques personnes ?" Comme celle qui leur avait été donnée. "Quand le Temple du Sud verra que vous avez trouvé de l'aide ailleurs, ils reviendront forcément, ne serait-ce que pour ne pas être exclus des éventuelles décisions qui pourraient être prises sur le Domaine"

"- Cultiver vos cultivateurs autochtones ne pourra de toute façon pas faire de mal." Confirma QingMing. "On a souvent tendance à oublier que les petites sectes sont tout aussi capables que les grandes. Ils sont juste plus petits. A part pour des grosses chasses, ils sont tout à fait capables de s'occuper d'infestations normales."

Boya grimaça. Il n'y avait pas de petite secte dans l'est. JingYun les avait totalement phagocytées. Ce qui posait des problèmes de réactivité sur le terrain. JingYun s'occupait quasi exclusivement de la capitale, a part pour quelques maitres qui faisaient des rondes dans le reste de la région comme il l'avait fait avant d'être propulsé chef de secte à la place de son Shifu. Mais comme ils l'avaient vu lorsqu'ils avaient fait de la course après le naja, ils ne pouvaient pas tout faire. Il serait peut-être pertinent de proposer à d'anciens à la retraite ou à de vieux maitres qui envisageaient de raccrocher d'aller fonder des petites sectes à des endroits stratégiques.

QingMing eut un sourire tendre pour son compagnon. Il connaissait ce regard depuis le temps. Un peu perdu mais concentré, avec une petite ride verticale sur le front. C'était le regard qu'il avait toujours quand il prévoyait ce qu'il allait faire dans les mois à venir. Il triait les idées et les mettaient de côté. En général, ça voulait dire que Yan Shu allait hurler à la mort dans peu de temps et se plaindre que c'était la faute de QingMing. Encore.

Le seigneur Han prenait en note l'idée de Boya. Elle était bonne. Il n'y avait généralement pas grand-chose de mieux pour titiller l'orgueil des uns que de servir la soupe à d'autres. Mais l'idée de base était quand même excellente. Ne pas dépendre d'un seul groupe pour protéger la ville de l'occulte était une excellente idée.

Sans compter que la ville était grande. Peut-être qu'ils devraient installer un équivalent local de l'Observatoire Céleste ? Mais s'ils faisaient ça, il prendrait le risque que 'Empereur voit d'un mauvais œil ce qui pourrait être pris comme une tentative d'indépendance.

Mais... S'il demandait l'autorisation ? En expliquant pourquoi ?

Oui, cela devrait fonctionner. Pas quémander l'autorisation d'ailleurs. Demander son avis à l'Empereur, dans le cadre d'une meilleure protection des habitants.

Le jeune homme expliqua son idée aux deux chefs de secte. C'était un risque mais ça pouvait plaire à l'Empereur. C'était un ancien militaire après tout. Il pouvait apprécier le cran de l'adolescent. Surtout qu'il n'était qu'un adolescent. C'était l'âge idéal pour lancer des idées audacieuses. Et puis, il fallait être honnête. L'empereur saurait probablement dans trois jours qu'ils avaient été invités par le jeune homme et de quoi ils avaient parlé. D'ici une semaine, le couple pouvait déjà parier qu'ils seraient convoqués pour le thé par l'Empereur pour avoir leur avis sur le courrier que le gamin n'aurait probablement même pas finit d'écrire

Ha l'espionnage…Ce monde merveilleux...

Pendant qu'ils étaient-là, le jeune seigneur leur demanda quand même s'ils accepteraient de mettre leurs talents à son service quelques heures pour examiner une des dames de sa cours. C'était une jeune femme bien sous tous rapports qui avait commencé à changer dramatiquement depuis quelques mois. Sans prêtre suffisamment capable pour l'aider, sa famille avait décidé de l'enfermer pour qu'elle ne puisse blesser personne. Tout le monde était sûr qu'elle était possédée par une entité quelconque.

Les deux hommes ne purent refuser. C'était leur devoir d'aider après tout.

"- Puisque nous sommes là...Est-elle visitable maintenant ?

Il faisait nuit mais c'était une urgence non ? Et puis, les fantômes, les spectres et les esprits étaient souvent plus actifs la nuit.

Le soulagement de l'adolescent fut évident. Peut-être aussi parce qu'il l'appréciait grandement.