Chapitre 38 : "Shattered me"

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Le chef de JingYun vérifiait les comptes depuis trois jours lorsqu'il tomba sur des rentrées d'argent étranges.

Il était ronchon.

Sa méditation de trente-six heures lui avait fait un bien fou, c'était une évidence. Il se sentait plus proche que jamais de Zhuque, plus à l'aise dans son propre corps et son qi coulait bien mieux dans ses méridiens.

En contrepartie, il n'arrivait pas à dormir. Ce n'était pas inattendu mais c'était irritant. Il aimait dormir ! Surtout roulé en boule dans les bras de son QingMing. La seule consolation était que son Partenaire était occupé avec le seigneur Xang depuis quatre nuits et pour encore une. Normalement, l'âme de sa malheureuse épouse serait libérée au petit matin, et de la malédiction, et du poids des remorts qui la retenaient. Il serait temps ! L'âme était à la limite

de la transformation en démon lorsque QingMing avait commencé à l'apaiser. Il avait mis du temps à dénouer chaque fils de la malédiction l'un après l'autre. Mais enfin, ce serait finit dans moins de vingt-quatre heures. Son compagnon allait probablement rentrer à la Maison du Lac dans la foulée pour s'écrouler et dormir.

Pas la peine que Boya aille le rejoindre immédiatement, il serait tellement profondément endormi que sa présence serait même dommageable en forçant son QingMing à réaliser qu'il était là. Le renard voudrait forcément le cajoler ou au moins le marquer un peu. Même si c'était juste en mettant son odeur sur lui, ce serait du repos en moins pour son compagnon. Il valait mieux qu'il reste à JingYun encore deux nuits. Au pire, son amoureux viendrait le voir lui-même s'il avait besoin de sa présence, l'appellerait avec un lin'ger ou un de ses frères shishen viendrait le chercher.

Pendant ce temps, Boya pouvait avancer au mieux son propre travail pour avoir quelques jours libres pour son QingMing et rien que pour lui.

C'était pourquoi il avait le nez dans les comptes alors qu'il était aussi doué pour ça qu'un canard pour faire du tir à l'arc.

Dès qu'il devait sortir de simples opérations basiques, il était perdu. Calculer un pourcentage de taxe sur une rentrée d'argent lui donnait des bouffées de chaleur. Une retenue sur avance des palpitations, et il ne parlait même pas du calcul des impôts sur les rentrées immobilières. Quoi que cela puisse vouloir dire.

Ce qui le gênait surtout, c'était que le Temple était censé être totalement exempt d'impôts pour services rendus.

Est-ce qu'on tentait encore de les arnaquer ?

Il fit seller sa jument, mit les rouleaux dans un sac et prit la direction du palais et de l'aile des finances. Son arrivée mit un grand branlebas de combat parmi les fonctionnaires qui collationnaient des listes et des listes de taxes et de rentrées d'argent diverses et variées.

Qu'est-ce que le chef de JingYun faisait là ?

Un eunuque se précipita. Y avait-il un problème ? Une infestation ? L'empereur avait décidé tous les renvoyer ?

Boya jeta à l'homme un regard presque venimeux. Pourquoi l'Empereur l'enverrait LUI pour faire le ménage ? Il était son ami, son conseiller peut-être, mais certainement pas son toutou et encore moins son bourreau.

"- Que pouvons-nous pour vous, Boya-Daren ?"

Il sortit sa pile de rouleaux.

"- M'aider à comprendre pourquoi JingYun paye des impôts."

Ça jeta un froid. Le Temple ne devait PAS payer d'impôts ! S'il en payait, c'était sans doute que quelqu'un se sucrait.

Ça pouvait très vite très mal tourner !

L'eunuque l'invita à s'installer dans un bureau devant une tasse de thé puis alla chercher plusieurs de ses collègues qui avaient la charge du temple ainsi que des prélèvements obligatoires.

Boya leur donna ses rouleaux. Ils allèrent chercher les leurs pour vérifier longuement où était l'erreur.

Au bout de deux heures à attendre, Boya se mit à méditer. Autant qu'il s'occupe pendant que les fonctionnaires faisait de la magie avec force chiffres, nombres et autres bidules mystiques qui transformaient trois sacs de riz en villa sur la côte sud.

Zhuque l'accueillit très vite à l'intérieur de lui-même. Il était de plus en plus aisé de partager les expériences du phénix. L'oiseau-gardien était avide de partager avec son vaisseau. Ils revivaient ensemble ses souvenirs enfuis, des expériences passées. A travers les yeux de pierres de la statue qui avait contenu le dieu-gardien, Boya avait vu un Zhong Xing jeune, une Princesse encore et encore changeante mais pourtant toujours la même. Il avait vu un

nombre incalculable d'empereurs et de nobles, d'enfants et d'adultes. Il avait vu grandir et mourir tellement d'humains qu'il en sortait toujours avec l'impression que le temps n'avait plus aucune valeur ni aucune importance.

Il ne le réalisait pas, mais Zhuque travaillait lentement sa perception humaine du temps pour qu'elle s'élargisse. Boya avait déjà conscience de la valeur du temps, ou de son absence. Mais entre en avoir conscience et pouvoir l'accepter, il y avait un gouffre que le phénix tentait de combler lentement. Il ne voulait pas que son vaisseau devienne fou parce qu'il vivrait des siècles. Les humains n'étaient pas faits pour vivre aussi longtemps. Il fallait un travail minutieux pour leur retirer lentement cette composante si importante pour leur perception du monde.

Ils avaient de la chance que leur Partenaire en soit déjà dépourvu.

Une main timide le secoua doucement.

La fusion entre les deux esprits se résorba lentement.

"- Boya Daren ? Vous êtes avec nous ?"

"- Pardonnez-moi, je méditais."

Le fonctionnaire eut un petit sourire timide au malaise évident.

"- Nous avons trouvé la source de l'erreur."

"- Ha ? De quoi s'agit-il ?"

"- Et bien...Il s'agit d'une allocation fautive dut à un mauvais enregistrement immobilier de..." Le regard bovin du prêtre le fit s'arrêter. "Quelqu'un de chez vous a mal étiqueté un truc donc on ne savait pas que c'était à vous."

"- Ha !" Là il comprenait mieux. "Vous savez de quoi il s'agit précisément ?"

Le fonctionnaire lui donna un rouleau.

"- Nous avons déjà fait les modifications nécessaires. Un remboursement de trop-perçu sera envoyé au temple sous quinzaine." Et comme ça durait depuis des décennies, ça faisait quand même pas mal d'argent, surtout avec les intérêts rétroactifs compensatoires. Il allait falloir une grosse charrette pour leur renvoyer autant d'or.

Boya ouvrit le rouleau et resta bête.

"- Ho...

"- J'en conclus que vous n'étiez pas au courant que le Temple est propriétaire de cet établissement ?

"- Absolument pas, du tout. Je doute même que mon Shifu l'ait su. Sinon, il me l'aurait dit."

"- Ca expliquerait pourquoi ce trop perçu dure depuis plus de quatre-vingts ans. Ça a commencé après le remplacement de la gérante par une autre. Il y a dû y avoir des erreurs d'écritures. "

"- Si vous le dite. Je vous crois sur paroles." C'était moins compréhensible pour lui que le langage des souris des champs.

Le temple de JingYun était donc le propriétaire d'un des Bordels les plus huppés de la capitale. Et pourquoi son nom lui disait quelque chose ?

L'Orchidée Rouge...

Où en avait-il entendu parlé ? Et récemment en plus. Enfin, relativement. C'était dans une

conversation de...

Ses yeux s'élargirent soudain.

Killing Stone !

Killing Stone y était né !

"- Boya Daren ? Ça va ?"

Le tueur de démon eut toutes les peines du monde à se calmer.

JingYun était...Avait été propriétaire de Killing Stone.

S'il s'attendait... Et son frère shishen ne se souvenait pas de son nom humain. Il était proche de sa libération quand il était mort. Est-ce que…est-ce qu'il pourrait retrouver les informations manquantes ? Son contrat peut-être ? Le libérer de cette dette, même symboliquement ?

Il fallait qu'il aille voir.

Il n'y avait plus soudain que cette information d'importante pour lui.

"- Puis-je avoir la preuve que l'établissement appartient à JingYun ?"

"- Le rouleau que vous avez dans les mains est une copie du titre de propriété. Vous pouvez le garder évidemment."

"- Parfait." Boya remercia les fonctionnaires de leur travail efficace et s'excusa de leur avoir troublé leur journée.

Lorsqu'il partit, les fonctionnaires étaient juste contents qu'il n'ait pas exigé la tête du responsable. Un noble ne se serait pas privé de faire un drame. Ils avaient de la chance que malgré toutes les perversions qui étaient associées au prêtre par la rumeur, il soit encore humain et sensible. Finalement, les pervers leur causaient peut-être moins de soucis que les "braves gens". Pff.

Boya avait pris le chemin des écoliers pour trouver le bordel. Il n'était pas dur à trouver. C'était l'un des plus courus de la capitale mais il n'avait pas vraiment envie qu'on l'y voit. Il n'était pas immense mais tout y puait le luxe délicat et non le stupre bas de gamme. Les prostituées y étaient des courtisanes, pas des putains de bas étage.

Il hésita un peu sur la conduite à tenir. Devait-il entrer par la porte avant ? se faufiler l'arrière ? Par les toits ? Quoi qu'il fasse, la rumeur se rependrait qu'on l'aurait vu y entrer ou il serait vu à l'intérieur.

C'était une certitude.

A moins d'attendre que le bâtiment soit vide de clients. Et ce genre de bâtiment n'était JAMAIS vide de clients.

Il soupira et fit contre mauvaise fortune bon cœur. Au moins son QingMing n'était pas du genre à lui sauter à la gorge avant qu'il ne s'explique.

Il carra donc les épaules et entra résolument, le visage fermé, par la porte avant. Nombre de passants et de clients lui jetèrent un regard incrédule en le voyant entrer.

Même la jeune femme à l'accueil parut interdite en le voyant. Tout le monde connaissait le chef de secte après tout et la ville entière était au courant de la soi-disant sulfureuse liaison qu'il aurait avec un autre chef de secte. Il y avait même des rumeurs sur une cour officielle entre eux.

Si c'était vrai, qu'est-ce qu'il faisait ici ? Quoi que le mariage n'eût jamais été une excuse suffisante pour retenir les hommes de venir dans un bordel.

"-...Boya Daren..." Elle s'inclina très bas. Que devait-elle faire ? Elle ne voulait pas l'insulter mais... "Qu'est-ce que cette courtisane inférieure peut proposer à Boya-Daren ?" Ils n'avaient pas de garçons en ce moment mais un des bordels un peu plus loin en avait.

"- Je suis là dans le cadre de mes fonctions. Je voudrais voir votre Dame."

Le soulagement sur le visage de la jeune femme avait quelque chose de très mignon finalement.

"- Evidemment, suivez-moi." Elle ne voulait pas le laisser devant tout le monde plus longtemps, ça allait finir par faire mauvais genre.

Déjà, elle pouvait entendre les murmures sur leur passage. Heureusement que le cultivateur avait eu la bonne idée de venir en costume de chasse avec ses armes ! S'il était venu en civil, rien n'aurait pu sauver sa réputation. Là, il pouvait encore dire qu'il venait pour le boulot.

La jeune femme toqua à la porte de ce qui devait être un bureau. Ils avaient laissé derrière eux la fumée d'encens, les odeurs d'alcool et de corps emmêlés en montant au troisième et dernier étage du bâtiment.

"- Entrez." La voix était indéniablement féminine et sèche comme un coup de trique.

Boya sut tout de suite quel genre de femme gérait l'établissement : Dure, froide, mais pas forcément cruelle.

La jeune femme ouvrit la porte et s'inclina.

"- Madame, un visiteur pour vous."

"- Je n'ai pas le temps de...

Boya poussa la jeune femme.

"- Et bien vous allez le prendre."

Un certain trouble passa sur le visage de la sexagénaire.

"- Boya-Daren...

"- Madame ?"

"- Vous pouvez m'appeler Xiu

"- Madame Xiu donc."

"- Que puis-je pour vous ?"

"- Il est venu à ma connaissance, aujourd'hui même, que JingYun est propriétaire de cet établissement."

La crispation de Madame Xiu s'accentua.

"- C'est exact.

"- Depuis quand plus personne du Temple n'était au courant ?"

Madame Xiu serra les mâchoires.

"- Quelques décennies. Mais nous avons toujours envoyés notre part."

"- Et j'imagine que ça vous arrangeait bien."

"- Qu'est-ce que vous voulez ?" Eclata la madame. "Nous faire fermer ? Avoir accès aux filles gratuitement pour vos hommes ?"

L'agacement agressif de la femme aurait presque pu faire sourire Boya s'il n'avait été concentré sur autre chose.

"- Je n'ai jamais été très fan des bordels mais je ne suis pas naïf. Je n'ai pas envie de voir à la rue les femmes qui vivent ici." Il fallait savoir choisir ses combats. Fermer l'Orchidée Rouge ne ferait que jeter les filles dans d'autres bordels pas forcément aussi bien gérés. "Ce n'est pas la raison de ma venue."

Le soulagement était évident sur le visage de la Dame de l'établissement.

"- Alors pourquoi êtes-vous là ?"

"- D'abord pour m'assurer que tout est bien géré, ensuite pour obtenir une copie de votre comptabilité. La vraie bien sûr. Celle où nous notez les pots de vin et services en plus de l'argent que vous récoltez." Il y avait une ironie mordante dans son sourire.

Son pragmatisme plaisait à la Dame des lieux. Au moins, le chef de secte n'était pas une oie blanche aveuglée par la pureté. L'un de ses prédécesseurs avait été un cauchemar pour ca

"- Autre chose ?

"- Vous enverrez les enfants qui naissent ici au Temple systématiquement, quel que soit leur sexe. Je n'ai rien contre le fait que des femmes adultes choisissent en connaissance de cause de venir travailler ici, j'ai plus de mal avec des enfants." Un peu naïf quand même hein. "Le temple a besoin de chair fraiche pour fonctionner. Autant la prendre là où elle pousse." Ha. Cynique comme ça finalement.

Madame Xiu était un peu déstabilisée. Mais elle n'en montra rien. Au moins elle saurait quoi faire des petits garçons. Elle n'aimait pas devoir les noyer à la naissance.

"- Je veux faire le tour du bâtiment également."

Madame Xiu se leva immédiatement, elle n'avait même pas pensé à offrir du thé à son hôte mais il ne semblait pas se soucier de son manque de considération

"-Voulez-vous faire ça maintenant ?

"- Ce sera toujours ça de fait et vous n'aurez pas eu le temps de cacher des choses."

Elle l'entraina de la cave au grenier pour lui faire faire le tour de l'intégralité des bâtiments. Le visage fermé, Boya ne montrait aucune émotion. Vers le milieu de la visite, lorsqu'ils passèrent au premier étage où quelques clients fumaient de l'opium, il grimaça. Des lignes bizarres apparurent sur son visage à la grande stupeur de la Dame des lieux.

"- Je ne veux plus sentir d'opium ici." Zhuque était en rage.

Pour le phénix, c'était du poison que ces humains ingéraient. Boya était fondamentalement d'accord. Il y avait des drogues récréatives bien moins dangereuses et tout aussi agréable. Comme tous les jeunes du temple, il avait été tapé dans les réserves de l'infirmerie à un moment où un autre pour tester. Les adultes fermaient les yeux sur les apprentissages de leurs cadets tant que ça restait occasionnel et sans addiction. Il fallait bien que jeunesse se passe.

"- Les clients qui viennent ici pour ça...

"- Irons ailleurs. Mais je ne veux pas voir les travailleuses d'ici polluées par les miasmes de quelques imbéciles."

La Dame était elle aussi fondamentalement d'accord mais ça allait faire un manque à gagner.

"- Augmentez les tarifs des à-côtés d'une fraction comme la nourriture ou l'alcool. Personne ne s'en rendra compte." Ce qui n'était pas faux.

Sur la masse de clients, ils s'y retrouveraient.

"- Avez-vous un service de massage ? Des bains ?

"- Nous n'avons pas ce genre de prestations."

"- Renseignez-vous." Il pensait aussi à ses hommes.

Une fois que le Temple saurait que le Bordel leur appartenait, même s'ils n'avaient pas de réduction, ils viendraient plus facilement. Ca ne leur ferait pas de mal. Mais il y avait plus que juste des services sexuels pour faire du bien à un cultivateur. Et des cultivatrices.

"- Vous n'avez pas de mâles à disposition pour une clientèle féminine ?" Mince, ses pauvres Shijie…

Madame Xiu était de plus en plus perturbée. Elle gérait l'établissement depuis plus de vingt-cinq ans sans anicroche et ce gamin qui avait encore du lait qui coulait du nez venait lui dire comment travailler ? Malheureusement, il était le propriétaire. Ou tout au moins, le représentant du propriétaire. Elle devait obéir ou il serait capable de la remplacer. A son âge, elle finirait à la rue.

"- Cet établissement est respectable vous savez." Finit-elle par lâcher, piquée.

"- Et en quoi massages et bains sont-ils moins respectables que vendre des corps. Et quitte à en vendre, pourquoi juste des femmes pour des hommes ? Les femmes n'ont pas le droit de s'amuser aussi ?" Il avait grandi dans un temple où les chasseuses étaient aussi indépendantes que fortes. Ça se voyait.

Madame Xiu n'avait aucune réponse à apporter à cela si bien qu'elle resta silencieuse et finie de lui faire le tour.

Boya n'aimait pas voir des gens en esclavage mais c'était leur société. Il ne pouvait rien y faire. Et comme pour Fang, ces femmes avaient une chance de s'en sortir.

"- L'établissement est-il à votre satisfaction."

"- Relativement. Nous discuterons d'éventuelles modification ultérieurement."

La Dame se crispa évidemment encore.

"- Nous verrons.

"- Effectivement, nous verrons. Retournons à votre bureau, voulez-vous ?"

Boya laissa la Dame passer devant lui.

Une fois à nouveau proprement assis sur un coussin et cette fois avec une tasse de thé à la main, il expliqua la véritable raison de sa présence.

"- Gardez-vous une trace de vos anciens…locataires ?"

Madame Xiu le regardait par en dessous. Qu'est-ce qu'il voulait ? Qu'est-ce que le chef de secte voulait réellement. Tout le reste n'avait été que poudre aux yeux mais pas ce qui l'intéressait vraiment.

"- Evidement."

"- Jusqu'où remontent vos archives."

"-…Des décennies."

"- Des siècles ?"

"- Possiblement...Boya Daren, parlons franc jeu. Que voulez-vous ?"

Boya hésita un instant avant de se décider. Il était là pour ça et avait besoin du concours de la gérante pour trouver les informations dont il avait un besoin impérieux.

"- Il y a au moins deux siècles je pense, peut-être plus, un bébé mâle est né ici. Il y a grandi et a été élevé avec les filles."

"- Plus d'un garçon s'est retrouvé à se prostituer ici au fil des années, Boya Daren. Si vous n'avez que ça comme information, il va être difficile de vous en dire plus."

"- Justement, il n'a pas été mis au travail dans les chambres. De ce que je sais, mais c'est peut-être flou, il a été éduqué pour devenir la sage-femme de la maison. La Dame de l'époque allait même jusqu'à le louer aux autres bordels alentour."

Un véritable trouble passa sur le visage de Madame Xiu.

" Comment connaissez-vous cette histoire ?"

"- Donc c'est vrai ?"

"- Et bien...C'est plus une légende qu'une réalité." Avoua la Dame. "Ça fait partie de l'histoire de la maison. Il parait qu'il y a environ trois siècles, un peu moins je crois, un garçon est effectivement né ici d'une des premières courtisanes et...heu..." Elle hésita.

"- Vous savez qui est le père ?"

"- Il y a des rumeurs, mais je n'ai jamais eu la curiosité d'aller voir si c'était vrai."

Boya hocha sèchement la tête.

"- Je veux que vous fouilliez vos archives jusqu'aux plus vieux documents. Et je veux toutes les informations sur ce garçon. Son nom, celui de sa mère, de son père si vous le connaissez ou les rumeurs d'époques. Ce qu'il a fait. Comment il est mort. Tout. Je veux absolument tout."

"- Mais qu'est-ce que ça peut vous faire ? D'accord, d'après la rumeur son géniteur était le chef de JingYun du moment. Mais quand même !"

Boya ouvrit de grands yeux.

"- QUOI ?

La dame se mordit la langue. Elle avait gaffé ? Oups ?

"- Et bien...C'est ce que rapporte l'histoire en tout cas."

Boya se passa une main sur le visage. Si c'était vrai, ça ferait de Killing Stone son oncle martial ! Entre lui et le chef de l'époque, il n'y avait eu qu'un seul chef de secte : son Shifu.

Martialement parlant, le chef de l'époque était son grand père !

Il avala le reste de sa tasse de thé en une gorgée. Si c'était vrai, comment allait-il annoncer la chose à son frère shishen ? Son oncle ? Son frère ? C'était trop compliqué...

De toute façon, il ne dirait rien sans avoir de preuve. Mais ça expliquerait pourquoi l'enfant n'avait pas été vendu ou tué. Mais pas pourquoi il n'avait pas été emmené au Temple où son géniteur aurait pu le surveiller sans avoir besoin de révéler sa filiation. Il fallait qu'il parle à son Shifu.

"- Trouvez-moi tout ce que vous avez ou c'est moi qui viendrais chercher." Siffla-t-il.

Les yeux du fashi avaient une très faible lueur rouge au centre de la prunelle sous l'émotion. Il ne se retenait que de peu de sortir ses ailes. Zhuque était tout autant agité que lui.

"- Je reviendrais dans quelques jours."

Madame Xiu était aussi perplexe que sur la défensive. Elle ne comprenait évidemment pas le trouble du chef de secte mais l'entrevue était visiblement terminée.

Boya s'était levé.

"- Je vous raccompagne ?

"- Ce ne sera pas la peine."

Il la salua de la tête, à moitié perdu dans ses pensées.

Une fois à l'extérieur du bâtiment, Boya resta immobile une minute ou deux, le visage fermé. Il secoua la tête, reprit sa monture et la direction du Temple.

Attendre les nouvelles rumeurs allait l'occuper quelques jours.

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Les deux maitres, les cinq séniors et leur chef de secte étaient tous épuisés.

Les cinq juniors qui les avaient accompagnés pour observer leur avait à tous offert de l'eau tirée de leurs flasques et des fruits secs. Ils avaient tous acceptés avec reconnaissance la petite attention de la part de leurs cadets.

Un peu à l'écart, le seigneur Xang pleurait sans bruit. L'âme de sa femme était enfin libre. Il avait vu l'état dans laquelle elle était. QingMing n'avait pas pris de gant. L'âme de la pauvre femme avait été délibérément déchiqueté par quelque chose ou quelqu'un pour la pousser à devenir un démon.

S'ils n'étaient pas intervenus, il y avait fort à croire que le reste de la famille aurait été rapidement massacré par le démon nouveau-né.

Quelqu'un avait cherché à créer artificiellement un démon.

C'était ce qui restait après tout ce travail.

Un gros soupir échappa a QingMing. Un faux prêtre de JingYun cherchait à fabriquer des démons. Allaient-ils réellement devoir encore se battre ?

Boya avait-il trouvé quelque chose ?

Mad Painter avait fait un portrait-robot du prêtre avec l'aide du Seigneur Xang mais le dessin était tellement générique que s'en était ridicule. L'homme sur le papier aurait pu être tout le monde et n'importe qui. Le visage était si peu remarquable que s'en était louche. Normalement, il y avait toujours quelque chose qui allait accrocher le regard. Là ? Même en regardant encore et encore le dessin, QingMing oubliait d'une minute sur l'autre à quoi

ressemblait leur faux prêtre.

Soit il y avait un sort à l'œuvre, soit il y avait du maquillage. Mais en tout cas, il y avait quelque chose. C'était obligé.

Et ça l'ennuyait beaucoup.

Il avait l'impression de laisser tomber son bel oiseau de n'avoir pas pu fournir plus d'aide

pour identifier le coupable.

"- QingMing Daren ?"

"- Allez-y. J'ai encore à parler avec le Seigneur Xang mais vous avez tous très bien travaillé."

A part pour les maitres, c'était tous leur première fois pour un travail aussi sale et écœurant. Même les juniors s'étaient bien tenus. Pourtant, surtout ce soir, l'apaisement de l'âme avait été assez terrifiant.

Les membres du yin yang bureau s'inclinèrent puis les deux maitres ouvrir un portail, laissèrent leurs cadets le passer puis le refermèrent derrière eux.

Une fois seul avec le seigneur Xang, QingMing lui offrit une tasse de thé. Le domaine entier était vide. Tous les serviteurs, sa seconde épouse et la petite fille logeaient dans une auberge non loin pendant que le bâtiment était "débarrassé de ses nuisibles".

"- Seigneur Xang ? Comment vous sentez vous ?

"- Vide." Souffla le quadragénaire, le regard un peu dans le lointain.

"- La semaine écoulée a été assez désagréable." Approuva le demi-démon. "Mais votre épouse et votre fils reposent en paix à présent. Vous aussi pouvez reposer en paix."

Le seigneur le fixa sans comprendre avant de soudain réaliser.

"- Ho...Alors...Moi aussi..."

"- Je le crains."

Comment un homme mort avait-il réussit à venir chercher de l'aide jusqu'à la cour, QingMing avait une petite idée. Mais le qi ne mentait pas. Si les serviteurs étaient encore en vie, si la seconde épouse également, le maitre des lieux était lui aussi décédé depuis un long moment. Son âme s'était juste accrochée à son enveloppe pour aider son épouse.

"- Quand..."

"- Sans doute en même temps que votre fils et votre dame." A mesure que le corps réalisait qu'il était mort, la corruption s'y attaquait à toute vitesse. "Quelqu'un vous a empêché de partir. Sans doute le même qui a maudit votre épouse et votre fils."

"- Vous le trouverez n'est-ce pas ?"

"- Nous ferons tout pour."

"- Ma petite fille."

"- Je veillerai à ce qu'il ne lui arrive rien." Si la seconde épouse voulait la garder, elle le pourrait. Sinon, il l'emmènerait avec lui au Bureau.

"- Ma seconde épouse n'en voulait pas vous savez. Elle ne voulait pas m'épouser. Mais sa famille l'a forcée. Elle est libre maintenant. Elle peut retourner dans sa famille."

"- Je le lui dirais."

"-...C'est difficile de passer ?"

"- Toutes les âmes que j'ai accompagné ont parues apaisées et sereines, Seigneur Xang.

"- Ha...Très bien...Très bien."

Il s'était laissé tomber assit sur un coussin et fermait les yeux comme si un épuisement total lui tombait soudain sur les épaules.

"- Reposez-vous... Il est plus que temps. Ils vous attendent de l'autre côté."

Le cadavre rendit son dernier soupir en souriant.

Le fashi le retint de s'effondrer et l'allongea dignement sur le sol. Il murmura les dernières paroles d'accompagnement puis alla chercher le reste de la famille à l'auberge.

La nouvelle du passage du chef de famille fut accueillie sans larmes et sans vraie surprise. Tous avaient conscience qu'il se passait quelque chose d'étrange depuis la mort de la première épouse et de son fils.

"- Votre époux m'a demandé de vous transmettre ses dernières paroles. Il vous libère de sa famille si vous le souhaitez."

La seconde épouse baissa les yeux sur sa fille. Être libérée ? Très bien. Mais sa famille ne la reprendrait pas avec un enfant à charge.

"- je peux m'occuper d'elle si vous ne la voulez pas."

C'était sans doute d'une réelle cruauté, mais la petite fille serait plus heureuse au temple qu'avec une famille qui ne voulait pas d'elle. Elle n'était qu'une fille, elle n'était que le rejeton d'une seconde épouse. Elle n'avait droit à rien. Au mieux, elle serait dépendante du bon vouloir de ses grands-parents.

"- Qu'est-ce que vous feriez d'elle ?"

"- Le Temple est toujours à la recherche de nouveaux élèves. Et votre fille a déjà fait preuve d'une remarquable sensibilité. Elle sera parfaitement à sa place parmi d'autres cultivateurs."

La réponse ne se fit pas attendre.

"- Alors prenez là." La mère de la petite aussi avait conscience que sa fille serait traitée au mieux comme une servante, plus probablement abandonnée ou tuée.

QingMing s'accroupit devant la petite fille.

"- Jia ? Tu te rappelles de moi ?"

Il n'y avait aucune peur dans ses yeux.

"- Oui Ming-Daren !"

"- Alors Jia. Il semblerait que tu viennes avec moi."

La petite fille leva les yeux sur sa mère.

"- Mama ?"

"- Tu seras plus heureuse là où QingMing Daren va t'emmener.

Restait une question pour savoir ou déposer la petite fille.

"- Dis-moi Jia. Qu'est-ce que tu préfèrerais ? Apprendre à tirer à l'arc et à manier l'épée ? Ou lire plein de livres ?" II était presque sûr que la petite fille préfèrerait la seconde possibilité.

Les yeux de l'enfant brillèrent.

"- Être une guerrière !"

QingMing en resta stupéfait.

Il s'était trompé dans les grandes largeurs. Eh bien, c'était pour ça qu'il avait demandé après tout !

"- D'accord, est-ce que tu voudrais rejoindre le temple de JingYun et apprendre à protéger les gens des démons et des malfaisants ?

La gamine hocha vigoureusement la tête. La peur dans ses yeux avait disparue, remplacé par une rare férocité.

"- OUI !

"- Et bien, C'est décidé."

Malgré l'agonie d'abandonner sa fille, la mère savait que c'était la bonne décision. Elle la serra trės fort contre elle.

"- Pardonne moi ma chérie...

"- Je t'aime mama.

"- Moi aussi je t'aime. Tu auras une bonne vie là-bas. Meilleure qu'avec moi."

QingMing installa la petite fille sur sa hanche. Il commençait à maitriser la gestion de petits d'hommes à force de côtoyer les shidi de Boya autant que les siens. Si Boya pondait un œuf comme Zhuque le réclamait à corps et à cri, peut-être qu'il ferait un parent décent. Petit à petit, l'idée ne lui semblait plus si farfelue.

La seconde épouse s'inclina profondément. Avec l'aide des serviteurs et du majordome de son défunt mari, elle pouvait gérer le reste. Elle veillerait aussi à rendre les rites au bébé mort et à sa mère comme il le fallait. Maintenant, le domaine lui appartenait après tout. Peut-être qu'elle n'allait pas retourner auprès de sa famille. Ils l'avaient vendu sans état d'âme a son défunt mari finalement. Sans sa fille, elle pourrait même se remarier éventuellement. Mais ce serait elle qui choisirait, cette fois.

"- Merci pour tout, QingMing Daren."

Il les salua d'un signe de tête puis ouvrit un portail pour JingYun. La gamine ouvrit de grands yeux, fascinée.

"- Je vais apprendre ça ?"

"- Non, c'est réservé à mon école. Mais tu apprendras d'autres chose."

La mère regarda disparaitre sa fille dans le portail en souriant. Elle ne fondit en larmes qu'une fois le portail refermé. C'était la meilleure chose à faire pour sa petite.

"- QingMing Daren ?"

Le soleil n'était pas encore levé.

"- Bonjour..."Il ne se souvenait pas du nom du jeune prêtre devant lui, s'il l'avait même jamais connu.

"- Kung Liao, QingMing Daren, Qui est cette jeune demoiselle ?

"- Une nouvelle recrue pour vous j'espère ?

Le jeune sénior hocha la tête.

"- Je fais prévenir le maitre des apprentis, la première Shijie et Boya Daren. En attendant, la cantine est ouverte si vous voulez. Allez manger un truc et nourrir la petite shimei, vous avez l'air épuisé comme rarement."

Le demi-renard remercia. Il porta la petite fille jusqu'à la cantine où il la servit probablement davantage qu'elle ne mangeait normalement en une journée. Il remplaça le thé par du lait de chèvre chaud avec du miel et arrosa généreusement le congee de fruits frais et de graines.

La petite fille lui sourit largement avant de dévorer son repas.

"- QingMing ?"

Le demi-renard releva le nez de son thé. Il s'était quasi endormit devant. A côté de lui, la petite fille avait fini de manger, avait quitté son coussin pour s'installer dans son giron et dormait allègrement la tête sur son torse, enroulée dans ses manches pour se tenir chaud. Depuis quand attendait-il ? Il était encore très tôt. Le soleil ne se lèverait pas avant encore au moins une heure

"- Boya ?"

"- Je ne t'attendais pas avant au moins deux jours."

"- Si ma présence dérange, je vous dépose juste la petite et je m'en vais." Sourit sans plaisanter le yin yang shi.

Le maitre des lieux lui jeta un regard noir. Idiot imbécile.

"- Ne soit pas ridicule." Il pensait juste qu'il rentrerait dormir chez lui. "Et cette petite ?"

QingMing expliqua qui elle était et pourquoi il l'avait emmené à.

"- Elle veut devenir une guerrière. Pas rester derrière un bureau." Et il y avait plus de filles ici qu'au Bureau.

Boya avait baissé les yeux sur la gamine qui dormait sans le moindre complexe dans le giron de son renard.

"- Elle est différente n'est-ce pas ?

"- Elle aura des besoins particuliers mais elle a une très grande sensibilité au qi."

Le chef de secte hocha la tête. Ils pouvaient gérer des enfants sourds ou aveugles, une petite fille un peu différente ce n'était pas la mer à boire.

Il salua respectueusement la tueuse de démon qui vint chercher la gamine.

"- Shijie."

"- Boya-Daren. Alors il parait que nous avons une nouvelle recrue ?"

Boya montra d'un signe de tête la petite fille dans le giron de QingMing. La jeune femme salua le demi-renard d'une inclinaison du buste avant qu'il ne répète à nouveau d'où venait la nouvelle petite shimei.

"- Je vois...Vous avez bien fait. Elle sera très bien avec nous.

Une fois l'enfant réveillée et transférée à la Shijie, Boya passa un bras sous celui de son Partenaire. Puisqu'il n'y avait encore personne ou presque de levé, il n'avait pas envie de faire attention.

"- Tu m'as manqué." Ca n'avait été qu'un murmure.

QingMing avait le même petit sourire presque timide

"- Ca ne fait qu'une semaine."

"- Tu m'as manqué quand même."

QingMing se retrouva très vite très tout nu et dans une baignoire d'eau chaude dans les bras de son compagnon.

"- Tu retournes à ta secte ?"

"- Malheureusement, ils m'attendent."

Boya soupira mais ne protesta pas.

Il déposa un petit baiser sur la nuque de son compagnon, juste à profiter de sa présence dans ses bras. Zhuque roucoulait doucement tout au fond de son esprit. Il demanda la permission de prendre l'ascendant quelques instants.

Boya le laissa faire.

QingMing sentit immédiatement la différence.

"- Zhuque ?"

"- Il me laisse venir devant." Le rythme de parole du phénix était encore haché mais il progressait jour après jour.

QingMing se laissa embrasser par le dieu-gardien. S'il était fou de son Boya, il appréciait grandement le phénix. Ce qui était quand même une bonne chose puisque les deux étaient indissociables à présent.

"- Tu nous as manqué."

"- Vous m'avez manqué également tous les deux."

Les yeux de Boya étaient rouges avec une lueur noire au fond. Si Zhuque était aux commandes, Boya était derrière et observait comme Zhuque le faisait d'habitude. Le phénix pinça gentiment l'épaule du fashi du bout du bec avant de frotter sa joue contre la sienne pour le marquer de son odeur. QingMing l'imita à la grande satisfaction de l'oiseau mystique qui possédait le corps de son compagnon. Les petits coups de dents se firent plus demandeurs sur son épaule.

Le renard donna une gentille petite tape du bout de l'index sur le nez de son compagnon.

"- Pas maintenant, Zhuque. Je n'ai pas dormi depuis presque une semaine. Je suis épuisé et je dois retourner travailler à ma secte."

Le dieu-gardien soupira lourdement mais n'insista pas. Il lui donna un dernier petit coup de dent sur l'épaule puis laissa la place au propriétaire légitime de son corps.

"- Désolé pour Zhuque." Grimaça le tueur de démon.

QingMing embrassa son compagnon avec tendresse.

"- Ne t'excuse pas pour lui. Il a autant le droit d'être demandeur que toi."

Le commentaire arracha un petit rire au chasseur.

"- Tu es bien trop disponible."

"- Uniquement pour toi."

"- Et tes shishen."

"- Et mes shishen."

La confirmation fit soupirer le tueur de démon

"- Et ils sont demandeurs souvent ?"

"- Pas depuis que tu es là." Mais ça viendrait, ils le savaient tous les deux. "Ça te dérange à ce point " La question était honnêtement posée

"- Il y a un an et demi, je t'aurais sans doute fait une scène. Maintenant, ce qui me dérange, c'est que ça ne me dérange pas plus que ça.

"- Et ?" Qing Ming connaissait assez son Boya pour savoir qu'il y avait autre chose quand il détournait les yeux et que ses oreilles rosissaient doucement.

"- Et il y a un an, je ne fantasmais pas de participer s'ils viennent te voir."

La surprise de son renard le fit glousser d'amusement, sa gêne oubliée. Il était rare qu'il surprenne à ce point son amoureux. Finalement, la fatigue de QingMing n'était peut-être pas si grande si son bel oiseau faisait la majorité du boulot.

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Boya méditait comme il le faisait de plus en plus souvent.

Était-ce réellement de la méditation lorsque Zhuque se contentait de partager avec lui ses souvenirs et ses connaissances ? Les deux esprits continuaient à lentement apprendre à se connaitre. La symbiose entre eux était de plus en plus étroite. Si ses ailes étaient devenues une seconde nature chez Boya, sa queue aussi avait fini par être intégrée au point qu'il lui était arrivé une fois ou deux de faire la roue en voyant QingMing après un jour ou deux de

séparation. Heureusement qu'il n'y avait qu'eux ! Si ses disciples ou pire, ses frères shishen avaient assistés à la chose, Boya ne savait pas s'il y aurait survécu. En tout cas, ils auraient continué à se moquer de lui probablement jusqu'à ce que la lune tombe.

Pour l'instant, Boya méditait surtout pour calmer sa colère. Il avait appris pour l'existence d'un faux prêtre de JingYun depuis près d'un mois à présent mais malgré l'aide de QingMing et de Mad Painter, il n'avait pas réussi à retrouver l'odieux individu. Un signalement avait été fait au palais et à la garde bien sûr. Aussi bien pour couvrir le Temple que pour qu'ils aident à le trouver mais pour l'instant, rien. Du tout.

C'était agaçant.

D'autres preuves de ses malversations avaient été trouvés. Le résultat allait de la pure incompétence à quelque chose de plus trouble qui gênait énormément les deux fashi. Ils avaient pu recréer une chronologie dans les activités de cet homme. Si elle semblait assez pertinente, ils n'aimaient pas du tout le tableau qu'elle dépeignait.

Le faux prêtre avait commencé par faire n'importe quoi. Petit à petit, il tentait de manipuler l'évolution d'âmes maltraitées.

Une nouvelle bouffée de colère manqua lui faire cramer le coussin sous ses fesses. S'il était résistant aux flammes de Zhuque, ce n'était pas le cas du mobilier.

Le dieu-gardien l'apaisa gentiment. Il ne servait à rien de se mettre en colère tant qu'ils ne savaient pas qui était le coupable ni où il était. Quand ils le sauraient, il serait bien assez tôt pour aller lui cramer le museau et le transformer en petit tas de cendres.

QingMing était peut-être un gentil, ce n'était pas leur cas tous les deux. Ils étaient des violents et des brutaux qui ne s'apaisaient un peu qu'entre les mains de leur partenaire.

Boya referma les yeux. Le vent autour de lui était agréable. Sa terrasse était définitivement le meilleur endroit du monde pour méditer avec Zhuque. Il avait l'impression de voler.

Pendant qu'il tentait de se calmer, le dossier qu'il avait demandé à la Dame de l'Orchidée Rouge attendait sur son bureau. Il ne voulait pas l'ouvrir avant d'avoir vu son Shifu.

Le vieux cultivateur avait accepté de le voir dans la soirée.

Une fois de plus QingMing allait dormir seul. Heureusement que c'était pour la bonne cause. Boya se tortilla sur son coussin. Son renard lui manquait.

Grandement.

Depuis quelques temps, une sourde chaleur lui remontait au creux du ventre à chaque fois qu'il pensait à lui, accompagné des doux roucoulements de Zhuque. Le phénix devait être en

chaleur. Par réaction, il avait davantage besoin de son QingMing. En tout cas, il était systématiquement sur le dos depuis quelques semaines. Non que QingMing refuse de se donner à lui, c'était juste Boya qui n'avait pas envie d'autre chose. Encore une fois, son renard sacrifiait ses désirs aux siens à l'irritation croissante du chasseur de démon.

Comment pouvait-il être irrité d'avoir un compagnon aussi plaisant que le sien ! Il ne le méritait pas.

Ce qui l'irritait encore plus.

Boya avait envie d'être irrité ce soir.

Zhuque finit de le chasser de leur méditation conjointe en lui conseillant d'appeler leur Partenaire. Au lieu de remâcher comme une vieille vache, autant qu'il fasse quelque chose de plaisant.

Boya attrapa le lin'ger qui ne le quittait pas.

"- QingMing ?" L'artefact resta silencieux. "QingMing ?" Qu'est-ce que son compagnon faisait ? "QingMing ! et voilà, il s'inquiétait

"- Boya-Daren ?" La voix de Snow-Hound fut à la fois irritante et un soulagement.

"- TianGou-ge. Ou est mon renard ?

"- Désolé Boya-Daren. Il chasse."

"- Il chasse ?"

"- Il a neigé ce matin sur la Maison. Sans que j'y sois pour quelque chose." Crut bon de spécifier le tengu. "Il y a bien deux mètres de neige. Alors il chasse."

Au diable son irritation, son Shifu pouvait bien l'attendre, Boya se jeta sur son dizi et son talisman pour passer le portail qui le séparait de son compagnon si vite qu'il en éternua de froid lorsque ses pieds nus touchèrent le bois glacé de la terrasse.

Snow Hound avait un petit sourire amusé.

"- Boya Daren."

"- Snow Hound. Qu'est ce qui s'est passé ?

"- Il neige parfois ici aussi. Ca ne dure que quelques jours en général."

La Maison du Lac était magnifique sous son épaisse couche de neige.

"- Ou est-il ?"

Killing Stone montra du doigt une masse blanche indistincte qui bondissait dans la neige avant de disparaitre dessous et d'en ressortir quelques mètres plus loin en bondissant encore

Le jeune shishen avait mis sur ses épaules une épaisse cape sous laquelle Mad Painter, Honey Bug et Liu Ye avec sa poule se serraient contre lui. Killing Stone était une fournaise quand il le voulait. Alors ils se réchauffaient contre lui au grand amusement de Snow Hound. Quand la canicule d'été tombait sur le Domaine, c'était contre lui qu'on se collait.

La mauvaise humeur de Boya disparu aussi vite que son QingMing sous la neige.

Le grand renard se sortit soudain de la poudreuse. Il avait senti son compagnon. Il allait pour les rejoindre mais entendit un bruit. Il se figea sur trois pattes. Ses queues aussi s'étaient figées, toutes droites. Il penchait la tête d'un côté, puis de l'autre, comme s'il tentait de découvrir précisément la source du bruit qui l'interpelait.

Puis soudain, Boya le vit sauter en l'air en cloche et s'enterrer la truffe la première dans la neige tant et si bien qu'il était planté à la verticale dans la poudreuse avec juste les fesses et les queues qui sortaient de la neige. Il pédalait des pattes arrière pour s'en sortir en poussant des petits grognements d'irritation. Boya allait foncer l'aider mais QingMing se sortit de la poudreuse sans peine, un énorme rat dans la gueule. Même ICI il y avait des bêtes rats de champs ! Sans trop savoir pourquoi, Boya s'en sentait vaguement arnaqué.

Un petit "yeurk" général échappa aux shishen de voir leur maitre croquer le rat en deux coups de dents et l'avaler tout rond.

Puis se remettre en chasse.

"- QingMing !"

Le renard s'arrêta net, déploya ses queues de contentement de voir son compagnon, se rinça la gueule avec de la neige puis sautilla tel un cabri dans la neige jusqu'à la terrasse où il s'ébroua vigoureusement des grelots de glaces qui s'étaient formés dans sa fourrure. Killing Stone protégea Mad Painter, Honey Bug et Liu Ye en resserrant un peu plus la cape autours d'eux pour qu'ils ne se retrouvent pas couvert de neige.

"- Si tu me lèches, je m'en vais." Menaça Boya.

Le renard renifla avec hauteur. Pour qui le prenait-il ?

"- Je te connais, comme si tu étais mon compagnon."

La langue du renard coula en mirliton sur le côté de sa gueule avant qu'il ne se mette à ronronner lorsque le chasseur de démon lui gratta consciencieusement le menton avec ses ongles.

Boya le lâcha enfin pour laisser le yin yang shi reprendre forme humaine. Ses petites oreilles et ses queues se résorbèrent en dernier pour laisser le digne fashi un peu fripé de partout et les cheveux largement ébouriffés par sa cession de chasse au rat.

"- Alors pendant que je me noie sous les dossiers, QingMing-Daren s'amuse dans la neige."

"- Personne n'interdit à Boya-Daren de faire une pause pour venir jouer dans la neige lui aussi." Contra QingMing.

"- Boya-Daren…"

Mais Boya-Daren ne dit pas grand-chose de plus lorsqu'une boule de neige lancée par Mad Painter lui arriva dans les gencives.

"- TU !"

Une seconde lui atterrit à nouveau dans la figure lancée cette fois par Honey-Bug sous les rires de QingMing.

La terrasse fut rapidement abandonnée pour un long et difficile combat fashi contre shishen que les deux maitres de sectes perdirent évidemment dans les grandes largeurs. Non seulement ils étaient à cinq contre deux mais surtout, Snow Hound avait fini par se mêler à la bagarre.
Que pouvaient-ils faire contre un tengu après qu'il leur ait fait tomber au moins une tonne de neige fraiche pour les enterrer dessous avant de les finir à la boule de neige pendant qu'ils en étaient encore à tenter de s'en sortir !

Les deux hommes capitulèrent en riant, trempés, glacés, mais contents comme des gosses.

La fin de la journée se finit aux bains tous ensembles avec la pauvre Honey Bug exilée dans sa propre salle de bain pour se laver pendant que les garçons profitaient des sources chaudes en groupe. La seule fille qui les avait accompagnés était Sardine qui flottait tranquillement dans un petit panier au milieu du grand bassin. Quand le petit panier arrivait vers l'un d'eux, ils le poussaient gentiment un peu plus loin a la grande délectation de la poule qui se baladait en caquetant de contentement.

Boya n'en revenait pas de se retrouver avec juste une serviette autour des fesses appuyé contre le bord du grand bassin avec son compagnon et quatre shishen.

Killing Stone aidait Liu Ye à démêler ses cheveux qu'il commençait à laisser pousser. Il le grondait gentiment comme un grand frère qui prends soin de son shidi qui fait n'importe quoi mais le sourire lumineux de Liu Ye tendait vers une volonté délibérée de faire justement n'importe quoi pour que son Da-ge s'occupe de lui.

Snow Hound avait fermé les yeux et profitait de la chaleur du bain même si le froid de la neige n'avait, évidemment, aucun impact sur lui. A côté de lui, Mad Painter avait posé les bras sur le bord du bassin et profitait lui aussi tranquillement. Boya ne pouvait s'empêcher de détailler avec curiosité les tatouages qui couvraient ses bras et ses épaules.

"- Vous avez des questions, Boya-Daren ?"

Le fashi se sentit rougir. Mad Painter n'avait pas ouvert les yeux mais il avait senti son regard sur lui.

"- J'étais juste curieux de tes tatouages."

"- Ils m'aident à faire circuler le qi pour créer des boucliers mais pas uniquement. Ils m'aident aussi à retenir mon énergie. Comme mes vêtements."

Killing Stone cessa de brosser les cheveux de son jeune frère.

"- J'avais bien vu qu'il y a une trame métallique dans ta tunique."

Toujours sans ouvrir les yeux, le vieux shishen continua.

"- Les fils de métal crées un bouclier autours de moi qui retient mon énergie pour quand j'en ai besoin." Ce qui expliquait que devant le Serpent il s'en soit débarrassé pour avoir accès à toutes ses capacités et ne plus entraver les flux de qi.

"- Et accessoirement, c'est très esthétique." Murmura QingMing qui avait passé des heures à tracer chaque tatouage du bout des doigts

Boya hocha la tête. Il s'habituait à voir autant d'hommes au trois quart nus autours de lui comme si c'était la chose la plus naturelle du monde. Aucun ne semblait particulièrement dérangé par la chose alors que les bonnes mœurs les auraient voulus accrochés au mur en criant au scandale.

Snow Hound et QingMing échangèrent un regard entendu qui échappa à Boya. Encore dix-huit mois plus tôt, le maitre de JingYun aurait catégoriquement refusé de partager le bassin avec qui que ce soit ou presque. Il aurait accepté QingMing, mais certainement pas avec juste une serviette miniature sur les fesses qui gardait davantage le principe que leurs pudeurs.

"- Le soleil ne va pas tarder à se coucher. Tu restes diner mon Boya ?" Murmura QingMing a son oreille.

Un long frisson remonta le long du dos du tueur de démon. Il y avait tellement de promesses dans la voix de son compagnon.

"- J'aimerai. Mais je ne peux pas. Je dois diner avec mon Shifu."

Le demi-démon soupira mais n'insista pas.

"- Si je finis avec lui à une heure décente, promis, je te rejoins." Cela suffit à rendre le sourire au yin yang shi qui lui vola un long baiser à la limite du crapuleux jusqu'à ce que Snow Hound leur rappelle leur présence.

Boya rougit affreusement avant de sortir du bassin en catastrophe.

"- Il faut que j'y aille. A plus tard, QingMing."

Il laissa derrière lui un renard ronchon, trois shishen moqueurs, un qui s'en fichait et une poule qui continuait à flotter dans son panier.